Disclaimer : Les personnages de Final Fantasy 7 appartiennent à leurs concepteurs, je ne fais que les emprunter le temps d'une fiction.


Liens ambigus

Seconde partie

4) Retrouvailles

Cassian prit une profonde inspiration et s'arrêta devant la porte de la chambre attribuée à Vincent. Depuis plus d'un mois qu'il travaillait pour la SHINRA, il avait attendu que leurs routes se croisent à nouveau, leur donnant l'occasion de renouer, mais cela ne s'était jamais produit.

Soit leurs horaires ne correspondaient pas, soit il manquait son ami de peu. Plusieurs fois il avait vu le dos de Vincent s'éloignant ou disparaissant à l'angle d'un couloir. Plusieurs fois il avait caressé la tentation de le héler, mais sans parvenir à s'y résoudre.

Même s'il avait très envie de reprendre contact avec son ami d'enfance, il ne pensait pas que l'interpeller après l'avoir entrevu au hasard d'un couloir était la meilleure façon pour parvenir à ses fins. Vincent et leur amitié méritaient mieux qu'une action aussi désinvolte.

Peut être l'aurait il fait avec un autre, mais il s'agissait de Vincent... celui qu'il avait accusé et rejeté alors qu'ils n'étaient encore que des enfants, et qu'il n'avait pas revu depuis. Il ignorait totalement comment le jeune homme aux yeux rouges allait réagir en le découvrant sur le pas de sa porte.

Il était même presque effrayé à l'idée que Vincent puisse refuser de le recevoir et lui claque la porte au nez sans ménagement. Il était en droit de le faire après tout, Cassian ne s'était pas mieux conduit envers lui à l'époque. Il y avait des choses impardonnables. Cassian espérait toutefois que son erreur de jeunesse n'entrait pas dans cette catégorie.

Enfin, il n'allait pas tarder à le savoir, si toutefois il avait le courage de frapper enfin à cette porte. Une chance qu'il soit tard et que personne ne passe dans le couloir, il devait avoir l'air malin, ainsi planté devant elle depuis une bonne dizaine de minutes, à peser le pour et le contre, sans même savoir si celui qu'il venait voir se trouvait dans ses quartiers.

Cette prise de conscience fit tressaillir Cassian.

C'était vrai, il n'avait aucune certitude que Vincent soit là, après tout, il ne savait rien de ses allers et venues, et il ne connaissait guère plus ses horaires... si cela se trouvait, celui qu'il venait voir n'était même pas présent, il était en train de perdre son temps... il ferait mieux de renoncer... ou de remettre cette visite à plus tard.

Oui... c'était sans doute prématuré, il ferait mieux de filer avant que quelqu'un ne remarque sa présence et que cela semble suspect. Il ne manquerait plus qu'il s'attire des ennuis... il n'avait vraiment pas besoin de cela.

Il était sur le point de se retourner lorsqu'une voix froide s'éleva dans son dos, le figeant sur place. Il avait trop tardé visiblement, on venait de le surprendre. Ce n'était sans doute pas son jour.

- Je peux savoir ce que vous faites devant ma porte ?

Vincent qui revenait d'une de ses rares sorties dans les rues de la ville, avait immédiatement remarqué l'homme arrêté devant l'entrée de sa chambre. Tout d'abord surpris, qu'est-ce que cet homme lui voulait ? Il s'était très vite méfié. Même s'il était peu probable qu'on lui veuille du mal, il ne pensait pas avoir des ennemis à l'intérieur même de la tour Shinra, il préférait ne pas prendre de risques.

Il avait donc tiré son arme et s'était avancé sans faire de bruits. S'il y avait bien une chose que son entraînement lui avait enseigné, c'était que l'effet de surprise jouait toujours en sa faveur.

Une fois encore, il en vérifia la réalité, celui qui se tenait devant sa porte sursauta en entendant sa voix et se retourna, pour se figer en découvrant l'arme pointée vers lui.

Comme il le soupçonnait, il s'agissait de l'un des techniciens en charge des réparations des mécanismes qu'il mettait à mal, mais pas seulement...

Il eut l'impression que son cœur manquait plusieurs battements. Après toutes ces années... pourquoi ?

Les yeux de Cassian s'écarquillèrent de surprise à la vue de cette arme que Vincent tenait fermement. Il n'avait pas besoin de s'interroger longtemps pour deviner que celui qui se trouvait là n'hésiterait pas à s'en servir si cela s'avérait nécessaire. Il leva les mains par prudence. Il était tout aussi clair pour lui que Vincent ne l'avait pas encore identifié, mieux valait ne prendre aucun risque.

Après avoir pris une profonde inspiration, il riva son regard bleu à celui écarlate de son vis-à-vis.

- Vincent, c'est moi Cassian. Je ne sais pas si tu te souviens de moi... nous avons grandi ensembles.

Il vit Vincent hausser un sourcil, mais l'expression froide de son ancien ami ne se réchauffa pas, il continuait à le fixer avec méfiance.

Cela lui fit un peu mal, rien dans le maintien de Vincent indiquait qu'il l'ait reconnu. Ils avaient pourtant dix ans lors de leur séparation... Vincent avait il donc réussi à l'oublier ? Il n'avait donc attaché que peu d'intérêt à leur amitié d'enfants ?

De son côté, Vincent faisait tout son possible pour maintenir sa façade impassible, ce qui lui demandait vraiment un très gros effort.

Si identifier Cassian n'avait pas été difficile, même si son ami d'enfance avait pas mal grandi et était devenu un homme solidement bâti, il avait toujours les mêmes yeux d'un bleu remarquable et son épaisse chevelure blonde, il était difficile de le confondre avec quelqu'un d'autre. Ce qu'il ne savait pas par contre, c'était les raisons de sa présence devant sa porte.

Que lui voulait Cassian ? On ne pouvait pas dire qu'ils s'étaient quittés en très bons termes et, pour autant qu'il s'en souvienne, le blond était pour le moins rancunier. Se pouvait il qu'il soit là pour régler ses comptes ? Aussi bien concernant ce qui les avait séparés, que ce qu'il se passait pratiquement chaque jour, les ravages causés à la salle d'entraînement, qu'il se devait de réparer...

C'était pour cette raison que Vincent préférait rester sur ses gardes et ne pas ranger son arme. Il valait mieux s'assurer des intentions de son visiteur avant de prendre une décision.

Il ne manqua pas la moue déçue de Cassian, mais ne désarma pas pour autant. Il ne savait pas quel genre d'adulte était devenu son ami, peut être ne faisait il cette tête que pour le tromper.

Il espérait se tromper, mais ne pouvait pas écarter cette éventualité. Il était un turk, les turks ne prenaient pas de risques inutiles en dehors de leur travail.

- Je peux savoir ce que tu me veux ? Questionna t'il d'une voix calme, sans sentiment.

Cassian lorgna sur l'arme toujours pointée vers lui.

- Tu ne veux pas la ranger ? Elle me rend nerveux...

- Pas avant d'avoir obtenu une réponse.

Cassian se tendit, ce n'était vraiment pas ainsi qu'il avait imaginé leurs retrouvailles...

- On m'avait dit que tu n'étais pas très sociable, mais je ne croyais pas que c'était à ce point... soupira t'il.

- J'ai tiré des leçons de mon passé. Riposta Vincent que les propos touchaient plus qu'il ne l'aurait voulu.

Il regretta ces mots à peine les avait il prononcé, mais il était trop tard.

Le regard de Cassian se fit un peu plus sombre, il baissa la tête quelques secondes.

- Je vois... tu ne me pardonneras jamais pas vrai ? Dit il avec amertume.

Il fit un pas de côté, pour s'écarter de la porte, déçu et blessé. Il préférait s'en aller que de risquer de débuter une dispute. Vincent aurait le dessus de toute manière, c'était lui qui tenait l'arme. Même s'ils étaient sensiblement de la même taille et qu'il avait un très léger avantage niveau muscles et poids.

Alors qu'il s'éloignait il entendit la voix de Vincent s'élever, un peu moins assurée qu'un instant plus tôt. Même s'il avait voulu donner le change, il cédait à la tentation de questionner son ami d'enfance. Il savait que s'il laissait partir Cassian il ne saurait jamais la réponse à la question qui l'avait tellement fait souffrir, qui le tourmentait encore. C'était plus fort que lui, il avait besoin de savoir. Peut être qu'ainsi, il viderait l'abcès, il pourrait enfin oublier, ne plus avoir mal.

- M'aurais tu pardonné la mort de ton chiot si j'étais resté ?

Cassian se figea, pris au dépourvu par cette question qu'il n'attendait pas.

Pourquoi Vincent éprouvait il le besoin de réveiller cette vieille souffrance ?

Tournant la tête il vit que Vincent avait baissé son arme et le regardait d'un air incertain. Il y avait de la souffrance dans le regard rouge.

Brusquement Cassian réalisa que Vincent n'avait jamais totalement surmonté la blessure ouverte ce jour là.

Soupirant il fit demi tour et revint vers Vincent, ce dernier releva instinctivement son arme.

Prenant son courage à deux mains, Cassian referma les doigts sur l'arme et sur la main qui la tenait.

Surpris, Vincent baissa les yeux en direction de ces doigts chauds couvrant les siens. Même s'il n'aurait sans doute jamais pu tirer sur son ami d'enfance, c'était tout de même un geste très risqué que venait d'oser Cassian, ils le savaient tous les deux.

- Vincent, regarde moi... appela Cassian.

Vincent cilla et releva la tête pour le fixer. Cassian esquissa un sourire peu assuré.

- Vincent, je t'ai pardonné depuis longtemps. Je sais que tu n'étais pour rien dans la mort de mon chiot, ce sont des imbéciles jaloux de toi qui l'ont tué pour me faire revenir vers eux. Je les ai entendu en parler, ils ignoraient que j'étais là. Je ne leur ai plus jamais adressé la parole. Non seulement ils m'avaient privé de mon chiot préféré, mais en plus ils m'avaient également pris mon meilleur ami. Si tu savais à quel point j'ai regretté mes paroles mauvaises envers toi, bien avant de les entendre parler de leurs actions révoltantes. Je sais, c'est facile pour moi de dire cela, alors que cela fait des années et que tu n'as aucun moyen de vérifier mes dires... mais je suis sincère. Pour répondre à ta question, si je suis devant ta porte aujourd'hui, c'est parce que c'est à moi de te demander pardon. J'aurai du savoir que tu n'aurais jamais fait de mal à mon chiot, ni à qui que ce soit. Tu étais bien trop gentil pour cela.

Vincent hocha la tête et rangea son arme. Il était clair qu'il n'avait plus rien à redouter et qu'il n'en avait plus besoin, cependant, la situation était loin d'être réglée.

S'il n'en voulait pas à Cassian, si le temps avait passé, il restait des points de détails qu'il ne pouvait pas négliger. Il se devait d'être honnête envers Cassian, même si cela devait écarter à jamais son ami d'enfance de lui.

- Je veux bien te pardonner, mais je me dois de te mettre en garde, je ne suis plus gentil. Je suis un turk à présent, les turks ne sont pas censés être gentils.

À suivre