Disclaimer : Les personnages de Final Fantasy 7 appartiennent à leurs concepteurs, je ne fais que les emprunter le temps d'une fiction.
Liens ambigus
Seconde partie
5) Tentatives de rapprochement
Vincent leva les yeux du manuel qu'il était en train d'étudier.
On venait de frapper à sa porte.
Cela était pour le moins surprenant, c'était en tout cas fort inhabituel.
Personne ne frappait à sa porte, un samedi soir encore moins que les autres jours.
Tous savaient qu'il était un solitaire et qu'il évitait de sortir ce soir là, à moins d'être en mission.
Aller en ville, passer du bon temps dans les rues, finir dans un bar, tout cela n'était pas pour lui.
Outre le fait que ses yeux rouges mettaient certaines personnes mal à l'aise, il ne se sentait pas à sa place au milieu de gens désireux de s'amuser et de trop boire.
Il s'agissait probablement d'une erreur, il n'était donc pas nécessaire qu'il se déplace jusqu'à la porte pour aller voir, l'importun allait se rendre compte qu'il s'était trompé et partirait.
Oui... ne pas bouger était la meilleure option, cela leur éviterait un moment de gêne.
Il replongea dans sa lecture, mais releva très vite la tête en entendant quelqu'un crier son nom dans le couloir.
- Vincent ! Je sais que tu es là ! J'étais en train de réparer un écran de surveillance et je t'ai vu entrer dans tes appartements.
Vincent identifia sans peine la voix de Cassian et en fut très surpris.
Après leurs retrouvailles, vu ce qu'il avait dit à son ami d'enfance, il avait cru qu'ils en avaient fini avec leur passé commun.
Cassian avait visiblement eu besoin de mettre les choses au point entre eux, c'était chose faite, ils n'avaient plus rien à se dire, ce qui lui convenait.
Il avait accordé son pardon, reçu comme une délivrance les mots de Cassian. Celui avec qui il avait grandi ne lui tenait plus rigueur de la mort du chiot, tout allait donc pour le mieux.
Ils s'étaient séparés en bons termes, Vincent ne pensait pas revoir Cassian, et de fait, plusieurs semaines s'étaient écoulées sans que le blond ne donne de nouvelles.
Vincent en avait pris son parti, il ne s'était de toute façon pas attendu à ce que Cassian ait envie de le fréquenter à nouveau. Il ne lui en voulait pas, après ce qu'il s'était produit lorsqu'ils étaient enfants, il était normal qu'il préfère se préserver.
Il était donc fort surpris de l'entendre s'adresser à lui.
Pris au dépourvu, ne sachant trop que faire, il resta un moment sans réaction.
Ouvrir à Cassian était tentant, mais, cela n'était il pas risqué ? Ils en avaient déjà souffert lorsqu'ils étaient enfants... il n'était pas certain d'avoir la force d'endurer cela à nouveau.
Dans le couloir, Cassian se sentait un peu bête de parler à une porte close, et mal à l'aise en raison de ce qu'il venait de crier.
Il avait le sentiment qu'il n'était pas très bon de dire qu'on regardait les écrans en douce, surtout dans un endroit comme celui où ils étaient. Mais, ce qui était fait était fait, il aviserait plus tard, si quoi que ce soit se produisait.
Pour l'heure, la seule chose qui ait de l'importance à ses yeux, était que Vincent vienne enfin lui ouvrir.
- Vincent ! Je te préviens tout de suite ! Je n'ai pas l'intention de partir ! Je resterai toute la nuit s'il le faut !
Vincent le savait tout à fait capable de mettre sa menace à exécution, le Cassian dont il se souvenait était du genre têtu.
Il se dirigea donc vers la porte et l'ouvrit, le visage impassible, avant de s'écarter pour laisser entrer son visiteur imprévu.
Quoi qu'ils se disent ensuite, il ne tenait pas à ce que ce soit en public.
Il tenait à conserver son image de solitaire qui ne se laisse pas aborder facilement.
Pour bien le faire comprendre à Cassian il reprit sa lecture, laissant au blond le temps de réfléchir et de changer d'avis.
Cassian l'observa un moment sans rien dire, même si Vincent semblait totalement concentré sur sa lecture, il était persuadé qu'il gardait pourtant un œil sur lui.
Plus amusé que contrarié par cette attitude, il en profita pour examiner les lieux.
L'appartement de Vincent était aussi petit que le sien, et bien plus dépouillé.
Cette constatation lui fit froncer les sourcils. Vincent vivait dans cet endroit tout le temps, alors que lui ne faisait que dormir dans celui qui lui avait été alloué, mais les deux endroits n'auraient pas pu être plus différents.
Même s'il n'habitait pas vraiment dans le bâtiment et n'utilisait l'appartement qui allait avec sa fonction que pour se laver, se changer et se reposer un peu au terme de certaines journées, il avait tenu à y apposer sa marque. Les pièces étaient emplies d'objets familiers. Il avait mis des posters et des tableaux aux murs, accrochés des rideaux aux fenêtres, posé des tapis sur le sol.
Vincent lui n'avait fait rien de tout cela.
Pour autant qu'il puisse en juger, tout ce qui se trouvait dans l'appartement devait déjà y être avant que Vincent s'y installe. C'était l'équipement de base fourni par la SHINRA.
Il laissa échapper un profond soupir. C'était encore pire que ce qu'il avait imaginé. Quel genre de vie avait donc eu Vincent depuis leur séparation pour accepter de vivre de la sorte ?
- Quelque chose ne va pas ? Demanda Vincent sans lever les yeux de son manuel.
- Si quelque chose ne va pas ? Vincent, cet appartement est pratiquement vide !
- Il y a tout ce qui est nécessaire. Répondit Vincent sans se troubler.
- Seulement l'équipement de la SHINRA ! Pas la moindre décoration !
- C'est un appartement de fonction, je ne vois pas l'utilité de le décorer. Sans compter que je peux partir à tout moment.
La calme indifférence que lui opposait Vincent, son détachement face à la situation, était plus que Cassian pouvait endurer.
Il sentit ses yeux s'emplir de larmes qu'il ne chercha pas à retenir.
Où était donc passé l'enfant sensible qui cueillait des fleurs pour sa mère ? Celui qui appréciait tant les belles choses...
Lui avait il donc fait tant de mal ? Était-ce de sa faute si Vincent vivait à présent dans un cadre aussi vide ? S'il n'avait plus le moindre ami et, pire encore, plus le désir de s'en faire, lui qui aurait tout donné enfant pour en avoir...
S'il ne s'était pas montré si injuste, si blessant...
Ses larmes redoublèrent.
Sans lui, sans les mots cruels qu'il avait prononcé, la vie de Vincent aurait été toute autre. Il aurait probablement choisi une voie vouée à la connaissance, lui qui aimait tant étudier et aider les autres à le faire.
S'il n'avait pas été aussi stupide, s'il avait consolé son ami au lieu de l'accuser, ils auraient grandi encore côte à côte, seraient devenus adultes ensembles. Ils se seraient peut être éloignés l'un de l'autre, mais seraient restés en contact, il en était persuadé.
Mais il s'était montré stupide et cruel. Il avait détruit leur amitié... comment avait il l'audace de prétendre la reconstruire ?
Posant les yeux sur l'homme aux yeux rouges, dont le regard fuyait toujours le sien, dont le corps s'était raidit, il sut que Vincent n'était pas aussi indifférent qu'il voulait le faire croire.
Alors qu'il l'observait, il vit un frisson agiter le corps du brun.
Non... rien n'était perdu... et il n'avait pas le droit d'abandonner, pas le droit de s'en aller, de tourner le dos à Vincent une nouvelle fois.
Il n'était plus un enfant, il avait conscience du mal qu'il avait fait, du mal qu'il pouvait faire encore.
Il était temps pour lui de commencer à réparer, de prouver qu'il avait vraiment changé.
Avoir des regrets ne suffisait pas, il fallait des actes.
Vincent serra les dents en entendant Cassian pleurer.
Lui aussi avait pleuré jadis, après la mort du chiot et le rejet de son seul ami.
C'était vrai, il n'avait rien fait pour décorer cet appartement, mais pourquoi l'aurait il fait ? Il n'était pas chez lui dans cet endroit. Il n'était chez lui nulle part en vérité.
Entendre pleurer Cassian lui faisait mal, mais il s'interdisait de chercher à le consoler.
Il entendit le jeune homme blond se mettre à marcher et se prépara à la suite. Il ne faisait aucun doute que Cassian allait partir, ressortir de sa vie, pour la seconde fois. La dernière ?
Il sentit son cœur se serrer à cette pensée, mais puisa du courage dans la certitude que c'était mieux ainsi, ils ne seraient pas blessés une seconde fois.
Contre toute attente, loin de se diriger vers la porte, les pas venaient vers lui.
Il parvint avec peine à ne pas relever les yeux, à continuer à lire, même s'il ne parvenait plus à se concentrer sur les mots.
Il ne voulait pas voir le visage de Cassian, il ne voulait pas voir ses larmes, son expression, c'était au delà de ses forces.
Il avait beau être un turk, il y avait des choses qu'il ne parvenait pas à supporter.
D'un seul coup, il sentit les bras de Cassian s'enrouler autour de ses épaules. Le jeune homme blond se tenait derrière lui et l'enlaçait avec timidité.
Vincent sentit le tremblement qui agitait celui qui venait de se permettre ce geste des plus familiers, un geste qu'il ne devrait sans doute pas accepter. Ils n'étaient plus des enfants, l'époque des câlins était révolue. Ils n'étaient même plus des amis. Ce geste, bien trop intime, était inacceptable.
Pourtant... il ne parvenait pas à bouger, il n'arrivait pas à repousser Cassian, ni à s'indigner vraiment de cette étreinte.
Il n'y avait aucune ambiguïté dans le geste de Cassian, aucune attirance qu'il faille réprouver, il le sentait. Ce n'était pas non plus un mouvement enfantin, irréfléchi, même s'il n'avait pas été prémédité.
Non... c'était l'étreinte d'un frère. Une étreinte qui lui avait terriblement manqué, il en prenait conscience.
Levant sa main droite, il la posa sur le bras de Cassian et ferma les yeux.
Les mots étaient inutiles, leurs gestes parlaient pour eux.
À suivre
