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Vacances

« Elizabeth ! Tes amis sont arrivés ! » appela Christopher Keats.

Un cri de joie provenant de l'étage lui répondit, suivi par un bruit de cavalcade. Lily et Severus, âgé de treize ans, avaient accepté l'invitation d'Elizabeth Keats. Ils allaient donc passer deux semaines tous les trois dans la demeure de leur condisciple.

« Tu es sûre qu'on ne dérangera pas ? » avait demandé Lily au mois de juin dans le Poudlard Express. La jeune Poufsouffle avait secoué la tête dans un signe de dénégation :

« Ma grand-tante ne viendra qu'au mois d'août et on ne part pas en vacances avec Papa. Franchement, vous me sauveriez la vie en venant. » avait-elle répliqué. « S'il vous plaît dites oui ! Papa pourra certainement convaincre vos parents, non ? »

Lily sourit rapidement tandis que Severus pesait le pour et le contre. Sa mère accepterait certainement pour l'envoyer loin de la maison, mais elle serait seule face à son père un peu plus longtemps que prévu…

« Je ne peux rien te promettre, Beth. » murmura-t-il.

Son air déçu le toucha. Mis à part Lily peut de monde recherchait sa compagnie.

Mais sa mère avait accepté cette proposition sans peine. Le soir même, elle l'avait aidé à préparer son sac de voyage en silence quand le père s'était effondré de sommeil et d'alcool sur le vieux canapé miteux. Severus avait été partagé entre la joie d'avoir de vraies vacances, l'excitation de l'aventure et le remords de laisser sa mère seule face à son père. Mais cette dernière lui avait offert un de ses rares signes d'affection en lui conseillant de profiter de chaque instant.

Et il était là dans ce manoir qui aurait pu contenir dis fois sa maison. L'endroit aurait pu paraître intimidant d'autant plus qu'il n'était habité que par deux personnes. Mais il dégageait une impression de vie chaleureuse, renforcée par les nombreux rayons de soleil qui éclairait l'entrée. Il reflétait le caractère de leur amie.

Amie qui ne tarda pas à apparaître sur le palier de l'étage, essoufflée e les cheveux complètement en pétard.

« Lily ! Severus ! » s'écria-t-elle avant de dévaler les premières marches de l'escalier. Elle se figea soudainement au risque de tomber et sembla se rappeler ses bonnes manières. Mais le bonheur de partager deux semaines avec ses amis les fit bien vite s'envoler. Elle sauta les deux dernières marches pour se jeter dans les bras de Lily. Les deux pré-adolescentes piaillèrent de joie. Severus recula prudemment en espérant éviter d'être inclus dans ces embrassades. Un petit rire amusé résonna au-dessus de lui. Il releva la tête vers Christopher Keats. C'était un grand homme au visage allongé dont le nez légèrement tordu accentuait la longueur. Ses yeux olive les regardaient avec une bienveillance à laquelle Severus ne s'attendait pas, surtout envers lui quand on considérait de quelle famille il provenait. Severus sentit qu'on lui tapotait l'épaule. Il se retourna : Elizabeth avait les mains croisées dans le dos et ce petit air légèrement pincé qu'elle arborait quand elle était confrontée à des moments plus solennels : elle avait eu le même air quand le Choixpeau l'avait envoyée à Poufsouffle, quand Black et Potter s'étaient moqués d'elle en disant qu'elle avait l'air d'un petit blaireau colérique mais pas effrayant pour deux sous, quand elle l'attendait devant l'entrée de la salle commune des Serpentards. Elle lui tendit la main, autre signe qu'il l'intimidait. Severus n'aurait jamais cru cela possible un jour. Il pensait seulement qu'elle aurait voulu être amie avec Lily mais pendant l'année qui venait de s'écouler, elle lui avait démontré qu'elle recherchait sciemment sa compagnie et avec autant de plaisir que celle de Lily.

« Bonjour Severus. » le salua-t-elle.

Il prit sa main et la serra tendrement.

« Bonjour Elizabeth. »

Elle lui offrit un sourire lumineux. La petite fille se glissa entre ses deux camarades et leur prit le bras à chacun. Puis elle tourna la tête vers son père.

« Je m'occupe de nos invités, Papa. » déclara-t-elle avec un petit ton aristocratique qui le fit rire.

« Faites donc ma chère. N'oubliez pas que le thé sera servi d'ici une demi-heure. » lui répondit-il sur le même ton. « Quant à vous, Miss Evans, Mr Snape, cette demeure est autant la vôtre que la nôtre et je vous invite à vous mettre à votre aise. »

Son sourire était chaleureux et bienveillant, loin de l'image qu'ils s'étaient forgés du châtelain de Hivehill. Si Elizabeth n'avait pas été élève à Poudlard et s'ils n'étaient pas devenus amis, jamais ils n'auraient pu prétendre à mettre un pied dans le parc de ce manoir qui avait appartenu aux propriétaires des usines de Coketown. Lily et Severus, tout enfants qu'ils étaient, savaient par leurs parents qu'ils n'appartenaient pas à la même catégorie sociale qu'Elizabeth Keats, non seulement héritière d'une jolie fortune moldue mais aussi futur gestionnaire du patrimoine littéraire de John Keats. Mais c'était là des considérations de moldus. Elizabeth avait grandi avec son père, Christopher Keats. Il n'était que le deuxième sorcier de sa famille. Sang –mêlé comme sa fille, ami de Norbert Dragonneau avec qui il avait voyagé dans sa jeunesse avant de se marier sur le tard, il lui avait inculqué le respect de chacun quel que soit son sang ou son rang.

« Je ne vais pas m'imposer plus longtemps. Je sais qu'Elizabeth a prévu un programme serré pour votre venue et elle m'en voudrait terriblement de vous retenir en dehors des heures des repas. Bessie, si tu as besoin de quelque chose, tu sais où me trouver. »

« Dans le bureau ou la serre ! Tu as du courrier d'ailleurs.» répondit-elle joyeusement.

Lily et Severus étaient étonnés par la relation qu'Elizabeth entretenait avec son père. Il ne la traitait pas comme une enfant. Tout autant que lui et bien qu'elle ait à peine douze ans, elle était la maîtresse de maison.

« Vous avez vos sacs ? » demanda-t-elle à ses amis.

Chacun lui désigna son paquet.

« Bien. Allons voir vos chambres. Puis on fera le tour de la maison avant d'aller dans le parc. Après, c'est comme vous voulez : extérieur, intérieur, sport, bronzette, lecture… »

Severus et Lily passèrent les meilleures vacances de leur vie. Si Elizabeth et son père étaient des sorciers, ils appréciaient le confort et les loisirs de la vie moldu. La petite fille les initia au criquet les premeirs jours. Il faisait si beau et si chaud qu'ils ne passaient que peu de temps à l'intérieur. Lily et Severus découvrirent le parc et son bois. Severus apprécia le jardin d'hiver et sa serre attenante qui protégeaient une multitude de plantes diverses. Christopher prit en affection ce garçon taciturne et lui expliqua en quoi consistait son travail d'herbologue. Lily et Beth aimaient à se dépenser Et tous les trois profitaient allègrement de l'étang. Pas un jour ne passait sans que la musique des Beatles ou d'Elton John ne résonne.

Quand la pluie arriva, Lily et Severus découvrirent avec une surprise mêlée d'une pointe de peur l'histoire de la famille de Beth. Ils remarquèrent qu'elle n'évoqua pas sa famille maternelle. Mais la maison suscitait suffisamment de curiosité pour qu'ils ne s'attardent pas sur son absence de mère. Eux aussi traînaient des casseroles après tout.

Severus rejoignit les filles dans la bibliothèque-atelier de Beth. Il se laissa tomber sur le fauteuil à la tapisserie bleue et regarda les filles qui avaient ouvert un vieux coffre trouvé dans le grenier. Ils contenaient de vieilles affaires datant du XIXème siècle.

Elizabeth et Lily trouvèrent des livres reliés piqués d'humidité, un porte-plume d'argent terni, un coffret en bois, des vêtements d'homme et de femme et un cadre entouré de papier de soie jauni et fragile comme l'aile d'un papillon.

« Regarde-moi cette robe ! » s'extasia Lily en dépliant une toilette de soir violette et noire. « On dirait celle d'une princesse. »

« Plutôt celle d'une veuve. » jugea Elizabeth qui avait une passion bizarre pour le XIXème s. « C'est des couleurs de demi-deuil ça. »

Severus éclata de rire, un de ses trop rares éclats de rire. Lily repoussa loin d'elle la robe comme si elle était porteuse de maladie. Mais elle s'empara bien vite d'un chapeau haut-de-forme qu'elle posa sur la tête de Severus. Ce dernier fronça les sourcils et voulut s'en débarrasser. Lily commença aussitôt à la poursuivre dans la pièce.

Mais ils s'avisèrent alors que leur amie était étonnamment silencieuse.

« Beth ? »s'inquiéta Severus.

Davantage que Lily, il savait interpréter les silences de leur amie. Et rien n'était plus inquiétant qu'une Beth qui ne ramenait pas sa science de Miss Je-sais-tout.

Il posa sa main sur son épaule. Il fut étonné de la voir sursauter et les regarder avec panique. Lily s'en aperçut et arrêta le coup pendable qu'elle allait jouer à Severus.

« Beth ? » s'inquiéta-t-elle à son tour.

Elizabeth sembla revenir à elle.

« Vous allez flipper. » murmura-t-elle dans un langage familier qui n'était pas dans ses habitudes. « Et je vous promets que c'est pas une blague, ce que vous allez voir. »

Elle retira ses mains croisées jusque-là sur sa poitrine. Dedans se trouvait un cadre avec un daguerréotype jauni.

« Nom d'un hyppogriffe ! » s'exclama Lily.

Severus resta silencieux. Il comprenait la surprise de Lily et le choc d'Elizabeth. Lui-même se sentit bizarre comme si…comme s'il avait su à quoi s'attendre.

La photo jaunie représentait une adolescente aux longs cheveux coiffés en anglaises relevées en un chignon complexe. Elle était habillée selon la mode qui existait à la fin de l'ère victorienne. Mais ce qui troublait tant les trois amis était que cette jeune fille, bien qu'un peu plus âgée, était l'exact portrait de ce que serait Elizabeth d'ici quelques années. On aurait dit une sœur aînée.

« C'est qui ? » demanda Lily.

Elizabeth ouvrit la bouche mais aucune réponse ne lui vint.

« Je ne sais pas. Il n'y a rien d'indiquer sur la photo. » répondit-elle après l'avoir retournée dans tous les sens.

Intrigués, Lily et Severus commencèrent à fouiller dans la malle avec elle. Severus trouva un carnet qu'il ouvrit. Il y trouva une date et un nom, Georgina Augusta Wylie-Keats.

« C'est mon ancêtre alors. »

« Et tu lui ressembles comme deux gouttes d'eau. » ajouta Lily.

« Oh ! Arrête ! je vais faire des cauchemars ! » protesta Elizabeth.

Lily commença alors une folle rêverie sur la destinée de cette Georgiana qu'Elizabeth prenait plaisir à détruire à coups de remarques acides.

Severus n'intervint pas. Quelque chose dans ce nom le dérangeait, comme s'il avait oublié un détail important, un détail qui aurait pu expliquer la ressemblance troublante d'Elizabeth avec son ancêtre. Mais cela semblait lui échapper. Voulant profiter pleinement de ses vacances, Severus chassa cette pensée.

Sa vie aurait pu être tout autre si comme Elizabeth, il avait laissé le souvenir remonter de lui-même.

Durant la nuit, Elizabeth se souvint de l'amour qu'elle avait éprouvé cent ans plus tôt pour lui. Amour défait par leur différence sociale et par son mariage. Mais l'enfant qu'elle était ne comprit pas avant plusieurs années la signification de ce rêve.