6

Une promesse

Severus montait les marches. Rapidement. Depuis qu'il avait reçu son message.

Aujourd'hui, les nouvelles se ramassaient à la pelle. Au détour d'une allée de la bibliothèque, il avait reçu un couteau en plein coeur quand il avait aperçu Lily et Potter s'embrassant furieusement. Il avait éte témoin de sa joie amoureuse quand McGonagall avait annoncé qu'à la fin juin aurait lieu une petite fête pour les septièmes années quittant Poudlard. Il savait désormais que plus rien n'était possible entre Lily et lui, plus rien n'existait entre eux. Plus rien…hormis Beth.

Beth qu'il avait négligé depuis cette dispute, depuis qu'il avait remarqué que Black s'intéressait à elle. Regulus avait beau tenté de le secouer pour l'empêcher de briser leur lien…il s'éloignait, il le savait. Ils avaient beau lui témoigner leur amitié…il se savait ronger par le dépit, la jalousie et la haine. Et puis ce hibou de l'école, cette lettre…

Il arriva au sommet de la tour d'astronomie. Il faisait beau, les oiseaux chantaient, le vent transportait une odeur sucrée d'été. Regulus s'amusait à lancer des étincelles, appuyé contre le mur. Il avait l'air mal en point depuis le début d'année. Il savait ce que cela voulait dire : ses parents lui mettaient une pression monstre pour qu'il rejoigne les rangs de Voldemort. Beth avait bien proposé de l'héberger chez elle quand ils n'étaient pas à Poudlard pour lui éviter cela. Mais il était à Serpentard, comme lui. Et le soutien de Beth s'arrêtait quand la porte de la salle commune se refermait sur eux. Il lui jeta un coup d'œil, le visage toujours aussi neutre.

« Il est là, Elizabeth. » l'annonça-t-il en se relevant. « Je vais vous laisser. »

« Tu peux rester, Regulus. Rien ne t'oblige… »

« Non, mais c'est ton plus vieil ami. Je vous dois bien à tous les deux ce moment. » jugea-t-il en levant la tête vers…les créneaux !

Beth se tenait assise au bord du vide, regardant le vide ! Il eut l'impression que son cœur cessait de battre.

« Beth…reviens s'il te plaît. » murmura-t-il. « Comment tu as pu… » commença-t-il à l'intention de Regulus.

Beth soupira très bruyamment.

« Seigneur ! Severus, tu ne crois quand même pas que je vais me jeter du haut de la tour. Avec Regulus comme témoin en plus ! »

Ce dernier ricana.

« Comme si tu avais seulement le temps d'amorcer un geste ! Ca serait une sacrée humiliation pour Poufsouffle : la batteuse de leur équipe finalement déchue et sauvée par un serpentard ! »

« Ah ! T'imagine les rumeurs ! » plaisanta à son tour Elisabeth.

« Oh que oui ! Désolé, Keats, t'es pas vraiment mon genre. Allez, je vous laisse. Rassure cet idiot. » lui ordonna-t-il.

Severus remarqua cependant que les visages de ses deux amis n'étaient pas aussi insouciants qu'ils auraient voulu le faire croire. Regulus avait de la peine et Beth…Beth avait peur même si elle le cachait.

Elle quitta son nichoir mais continua d'observer le vide.

Son éloignement fit prendre conscience à Severus des changements physiques survenues chez elle. Elle avait perdu du poids, beaucoup depuis la dernière fois qu'ils avaient parlé. Elle avait l'air émaciée mais sa beauté se trouvait magnifiée par la pâleur de son teint et ses lèvres de plus en plus rouges. Elle n'était plus une enfant, mais une jeune femme. Cependant c'était une beauté maladive comme le montrait ses yeux brillant de fièvre. Il s'en voulut de l'avoir négligée alors qu'il savait qu'elle était fragile. La voir réellement malade fut un nouveau coup de poignard dans son cœur.

« Beth ? »

« Sev ? » répondit-elle sur le même ton.

Elle était d'humeur à plaisanter semblait-il. Mais ses yeux continuaient de le fuir, elle qui n'avait été que franche.

« C'est sympa de ta part d'avoir eu le temps de venir me retrouver. Et sans tes…nouveaux amis. » cracha-t-elle.

Lily partie, que lui restait-il ? Etait-elle vraiment surprise ? Sa mauvaise foi était une preuve de lâcheté. Regulus se débattait lui aussi et pour autant, il ne cessait pas de lui adresser la parole.

« Ton message avait l'air…urgent. » répondit-il maladroitement.

Elle eut un sourire triste. Avant elle se serait rapprochée de lui. Aujourd'hui, elle maintenait une distance entre eux, comme si elle ne savait plus ce qu'elle avait vraiment le droit de faire en sa présence. C'était un autre signe qu'il faisait les mauvais choix mais il avait mis le doigt dans l'engrenage et il ne savait plus comment s'en sortir.

Elle fit un pas timide vers lui, s'éloignant du garde-fou, allégeant un peu le poids de sa poitrine. Il ne la pensait pas capable de se jeter dans le vide mais il se rendit compte qu'il ne voulait pas tenter le diable, lui qui pensait que tout le laisser indifférent désormais.

« Severus, je préfère que tu l'apprennes de ma bouche plutôt que de la rumeur. » commença-t-elle.

Le serpentard se figea. Ces mots n'étaient pas bon signe. Elle n'avait quand même pas céder à la drague lourde de Black.

« Severus ? » s'inquiéta-t-elle.

Elle ne l'appelait plus par le surnom que Lily lui avait donné. Elle savait que cela lui faisait trop mal.

« Pitié ! Tout mais pas Black ! » répondit-il.

Beth eut alors une grimace comme si elle avait mangé un citron.

« Tu me prends pour qui ? » s'offusqua-t-elle. « Merde ! Severus, tu ne fais décidemment aucun effort pour qu'on reste en bons termes. Laisse-moi parler avant de te monter le bourrichon comme un Griffondor. »

Cette fois-ci, elle s'approcha franchement de lui, en évitant l'astrolabe.

Severus la vit ouvrir la bouche comme si elle s'apprêtait à lui dire quelque chose de grave puis se ravisa. Il vit sa détermination fondre comme neige au soleil et elle lui tourna de nouveau le dos, cherchant l'inspiration dans le ciel et le soleil.

Avec lui, Elizabeh était volontiers ironique, drôle, pleine d'entrain, parfois agacée ou en colère quand les Maraudeurs ou certains Serpentards étaient évoqués mais jamais abattue. Jusqu'à aujourd'hui.

Severus comprit que quelque chose de grave était survenu.

Cette fois-ci, ce fut lui qui fit un pas vers elle.

« Dis-moi tout Beth. » murmura-t-il en posant la main sur son épaule.

Pour toute réponse, elle sortit de sa poche une lettre moldue au regard de l'enveloppe et la déplia.

« Papa m'a envoyé ça ce matin. C'est le résultat des analyses faites en janvier et en avril. Ça fait un moment que j'ai l'impression d'être de plus en plus fatiguée et ça me fait mal quand je respire. »

Un frisson courut le long du dos de Severus. Il s'attendait au pire.

« La maladie s'est déclarée, Severus. » annonça-t-elle.

Quelque chose se brisa en lui. Peu lui importait Voldemort, les mangemorts, le bien ou le mal, sa dispute avec Lily…Elizabeth était malade. Elizabeth allait…

« Quels sont les espoirs des médecins ? »

Il entendit un son étouffé et constata avec horreur que Beth si joyeuse et si forte pleurait.

« Les espoirs ? Les membres de ma famille ont rarement dépassé leurs quarante ans quand la maladie était présente. Et mon cas ressemble trop à celui de John… »

Severus déglutit difficilement.

« Combien de temps ? » osa-t-il demander d'une voix faible.

« Il est mort à vingt-quatre ans. Avec un traitement, je vais peut-être gagner…quoi…trois ou quatre ans de plus que lui. La magie va me vider peu à peu pour me maintenir.»

Vingt-quatre ans…Beth avait-elle déjà la moitié de sa vie derrière elle ?

Il voyait ses épaules tressauter et c'était un spectacle horrible. Il posa sa main sur son épaule.

« Que vas-tu faire ? »

« J'ai un traitement à suivre mais les médecins craignent qu'il soit inefficace avec les antécédents de la famille. Par précaution, on va me mettre dans une chambre à part et sous sortilège anti-contagion. Mais c'est latent, je ne devrais dans tous les cas contaminer personne. C'est toujours ça. » murmura-t-elle.

La contagion…Severus n'y avait pas pensé. Mais c'était inenvisageable de ne plus la voir et lui parler.

« Qu'en est-il du quidditch ? »

Beth émit un rire mouillé.

« J'ai mis une annonce pour vendre mon balai. Je vais pouvoir faire monter les enchères. » ironisa-t-elle.

Il y eut un long silence entre eux. Et soudain, sans crier gare, Beth poussa un hurlement de rage et de chagrin, semblable à celui d'une bête blessée à mort. Elle se recroquevilla sur elle-même. Severus vit ses mains s'ouvrir et se fermer. Elle avait besoin de frapper quelque chose. Aussi fit-il apparaître une batte entre ses mains et à ses propres pieds une pile de boules creuses en terre cuite. Son amie sembla se calmer un peu.

« Frappe. » lui ordonna-t-il en lui lançant une première balle molle.

Et elle frappa de toutes ses forces, faisant éclater la sphère. Il lui en lança une seconde plus longue. Et elle la brisa à nouveau.

« C'est de leur faute ! Putain de maraudeurs à la con ! » jura-t-elle furieuse.

Severus donna l'apparence du visage de Potter puis de Black aux deux balles sivantes. Sa haine des maraudeurs ne faisait que se renforcer. Beth avait raison : elle était avec lui lors de la blague douteuse de l'eau froide au mois de décembre. Il n'oublierait pas l'image de son amie grelottant et délirant au fond de son lit à l'infirmerie. Mrs Pomfresh avait fait ce qu'elle avait pu…

« Je vais peut-être crevée à cause de leur connerie. » ragea-t-elle.

« Non, tu ne vas pas crever. L'an prochain, je vais pouvoir entamer une formation de potionniste. » l'informa-t-il.

Beth baissa sa batte avec un sourire qui illumina ses traits fatigués et défaits.

« Ta demande de bourse a été acceptée ? » se réjouit-elle.

Il se sentit aussitôt mal à l'aise. Elle avait été honnête avec lui. Il ne pouvait pas lui mentir.

« Disons que j'ai reçu un peu d'aide. »

Son sourire s'effaça, de nouveau remplacé par une colère froide.

« Ne me dis pas que tu as accepté la proposition de Malefoy ! »

« Je ne te le dis pas ! »

Mais sa tentative d'humour ne désamorça pas sa colère.

« Severus ! Tu ne peux pas t'associer avec lui ! Rien n'est jamais gratuit avec les Malefoy ! Tu vaux mieux que ça ! Tu es la preuve même qu'à Serpentard, il y a aussi des grands sorciers et des hommes biens ! »

« Ah ! Oui ? Tu es bien la seule à le penser. Regarde Lily, elle a ouvert les yeux, il semblerait. »

« Ne recommence pas ! Tu n'es pas mauvais et la magie noire ne te rendra pas non plus digne de son attention. Tu es…brillant, Severus. Tu n'as pas besoin d'eux pour le prouver et si tu as besoin d'aide pour l'an prochain, c'est vers tes vrais amis que tu dois te tourner. »

« Mes vrais amis ? Dis-moi un peu ce qu'est la différence entre ton amitié et celle de Malefoy ou de Rosier, hein ? »

Severus se tut en voyant la douleur traverser le visage d'Elizabeth. Mais elle ne pleura ni ne lui cria dessus cette fois.

« Je pensais qu'après toutes ces années, tu n'aurais plus à me le demander. » murmura-t-elle en reposant la batte.

La morsure bien familière du regret l'envahit et Severus fit un mouvement en avant…avant de se figer. Finalement, ça devait bien arriver, ce moment où leur amitié se briserait aussi. Il baissa la tête. A quoi bon s'excuser, ce serait comme la dernière fois.

Et pourtant, il sentit une main prendre la sienne.

« Regarde-moi Severus. Regarde-moi et dis-moi ce qui me différencie d'eux. » lui ordonna-t-elle sèchement.

Mais sa main était douce dans la sienne. Alors il releva la tête vers son amie. Son amie mourante. Et ce fut à cet instant qu'il ressentit vraiment la douleur de la perte. Quoi qu'il arrive, cette réalité n'était pas occultable.

« Pardon. » murmura-t-il avant de le répéter de plus en plus vite avec angoisse.

Cette angoisse le poussa à la serrer contre lui, lui qui autrefois cherchait à éviter ses démonstrations d'affection. Beth lui rendit son étreinte avec autant de tristesse.

« N'oublie jamais Severus ce que je vais te dire : quoi qu'il arrive, quelques soient nos choix dans les années à venir, je serai là pour toi. Je ne te tournerai jamais le dos. » murmura-t-elle.

Severus décida d'être honnête.

« Je vais prendre la marque. » murmura-t-il.

Elle aurait dû le repousser, le chasser de sa vue. Elle ne le serra que plus fort contre elle.

« Beth, c'est la dernière fois… »

« Non, Severus, non. Je ne les laisserai pas nous séparer. »

« Je veux juste que tu te protèges de cette guerre. » murmura-t-il dans ses cheveux.

Elle eut un petit rire ironiqu.

« Ca te va mal de me dire ça alors que tu vas rejoindre un malade qui vous manipule, qui tuera mon père ou Lily parce qu'ils ont du sang de Moldu »

« Beth… »

Il voulut se dégager. Elle resserra son étreinte.

« Ecoute-moi, Severus. On ne sait pas forcément comment les choses évolueront et je garde l'espoir de te faire sortir de ce guêpier. Je n'ai plus grand-chose à perdre maintenant. » ajouta-t-elle. « Laisse-moi seulement t'aider. »

Elle s'écarta doucement de lui pour le regarder dans les eux.

Pendant quelques secondes, Severus crut y lire quelque chose qui l'effraya. Quelque chose qui changerait leurs vies. Quelque chose dont il ne se jugeait pas digne. Mais en un clignement de paupière, cela disparut du regard de son amie.

« Tu ne peux pas t'opposer à lui. » murmura-t-il.

« Pas directement. Pas encore. Mais je ne veux pas que tu perdes espoir, Severus. Si au milieu des ténèbres qui t'entoureront, tu éprouves un jour un doute, appele-moi. Je viendrais. » lui promit-elle.

« Pour que tu te fasses tuer ? » protesta-t-il.

Elle secoua la tête tristement.

« Je vais mourir, Severus, autant être honnête. Mais pas s'en apporter ma pierre, pas sans changer les choses. Si je peux sauver ne serait-ce qu'une vie, je le ferai. »

Ils se turent et se regardèrent tristement. Puis Beth lui tendit la main comme la première fois qu'ils s'étaient rencontrés. Mais son sourire n'était plus le même. Severus sentit son cœur se serrer en comprenant que son amie n'était plus naïve. Elle entrait de plein fouet dans le monde adulte, heurtant une réalité qu'ils ne pouvaient pas ignorée, même au sein de ces murs.

Il prit sa main froide et elle agrippa ses doigts. Comme si elle craignait de le voir disparaître.

« Où que tu ailles, quel que soit le danger qui te menace, je te jure que… »

« Beth ! Non ! » s'écria-t-il en voulant retirer sa main. Mais Elizabeth semblait avoir soudé leurs deux paumes. Elle le regarda à nouveau dans les yeux et poursuivit sans flancher :

« …mon aide te sera entièrement acquise et mon devoir sera de te protéger. »

Severus tenta de nouveau de se libérer mais un lien d'argent apparut autour de leur poignet avant de disparaître. Elizabeth lui offrit un nouveau sourire. Elle avait un air satisfait qui agaça Severus.

« Tu es folle ! » lui reprocha-t-il. « Un serment inviolable ! Tu n'es pas…pas majeure ! Tu n'as pas… »

Elle éclata de rire. Un rire qui semblait trop vieux pour une personne de son âge.

« Severus ! Si tu savais comme je m'en fous ! Une partie des sorciers qui ont accès à mon dossier scolaire ne me considère même pas comme une sorcière, voire un être humain alors leur loi, je peux leur mettre où je veux. »

« Mais je ne veux pas qu'il t'arrive quoi que ce soit. Je veux que…que tu sois heureuse ! »

« Heureuse ? Comment veux-tu que je sois heureuse si mes amis ne le sont pas ? »protesta-t-elle. « Et Merlin sait que tu vas avoir besoin de chaque parcelle possible de bonheur dans les années à venir. Dis-toi que ce serment, c'est…ta porte de sortie si jamais les choses venaient à ml tourner, d'accord ? Personne d'autre n'a besoin de savoir qu'on est lié ainsi et que tu es protégé par une fille de banshee. »

Elle ne parlait pas comme Malefoy qui n'avait cessé de le flatter et de l'appâter. Elizabeth avait offert sa protection sans contrepartie et le laissait négocier s'il le souhaitait les termes de leur accord.

« Que puis-je t'offrir en échange ? » demanda-t-il incapable de ne pas penser en termes d'échange.

« Rien ! » s'écria-t-elle et elle était de nouveau en colère. « Tu as donc si peu d'estime pour notre amitié ? Je ne suis pas Lucius Malefoy ! »

Ses yeux flamboyaient de rage et elle serrait ses doigts au point de lui faire mal.

« Beth…je veux seulement te remercier. Je voudrais être un meilleur ami, un de ceux avec qui on peut sortir à Pré-au-lard sans honte et sans risque de se prendre un sortilège…Mais ce genre de chose, je ne peux plus te l'offrir… »

« Je m'en fous Severus de toutes ces bêtises. Je ne veux pas de n'importe quelle amitié. Je veux la tienne. Je ne veux pas que tu me chasses de ta vie parce que u auras peur. C'est tout ce que je te demande. Tu me le promets ? »

« Je ne peux pas. »

« Severus, tu me le promets ? » répéta-t-elle.

« Je ne… »

« Severus, promets-le moi. » ordonna-t-elle.

Severus acquiesça, sûr de regretter cette promesse.