7

Elizabeth transplanna devant Spinner's End. Elle reconnaissait que Severus avait un esprit tordu. Elle savait que, chaque été, il revenait dans cette maison minable où son abruti de père lui menait la vie dure. Même depuis qu'il était mort. Il s'était mis en tête que c'était là sa place, surtout depuis que Tobias Snape avait tué le père de Beth à la carabine, un exploit pour un moldu. Christopher avait seulement voulu aider un gamin négligé par ses parents et, après avoir survécu à toute une série d'aventures plus ou moins dangereuses lors de ses expéditions, avait fini sa vie ainsi, stupidement.

Depuis sa dispute avec Lily, depuis cet accident, il refusait de revenir à Hivehill. Le temps du bonheur et de l'insouciance était loin pour eux. Beth observa les lieux avec méfiance.

Ni son père, ni sa tante Gylwyn ne l'auraient laissée se rendre dans ce genre d'endroit. Mais son père n'était plus là et sa tante l'avait…abandonnée quand elle avait compris qu'elle suivrait les traces de sa mère. Et elle n'avait plus rien à perdre. Aussi marcha-t-elle d'un pas assuré jusqu'à l'impasse du Tisseur. Le contraste entre cette cité ouvrière et sa propre maison n'aurait pu être plus grand. Que Severus revienne ici…tout cela montrait à quel point son ami mourrait à petit feu. Si seulement, il avait pu tourner la page avec Lily…mais Elizabeth savait qu'un amour aussi puissant ne pouvait pas être déraciné aussi facilement. Oh ! Oui ! Elle ne le savait que trop.

« Spero Patronum. » murmura-t-elle.

Un poisson d'argent sauta de sa main pour filer à toute vitesse dans la maison miteuse qui fermait l'impasse.

Beth arriva au moment où la porte s'ouvrait sur une grande et sombre silhouette pointant sa baguette sur elle. Beth retira le charme qui la rendait indétectable et s'arrêta de marcher juste devant l'entrée de la maison. La pointe de la baguette était dirigée sur son cœur. Elle ne s'abaissa qu'après une longue minute de confrontation.

« Beth… » salua d'une vois atone Severus Snape.

Il se décala et la laissa entrer chez lui. Il ferma la porte puis baissa sa baguette. Puis il se tourna vers elle. Aucun d'entre eux ne fit de remarque sur la forme qu'ils n'avaient pas l'air en forme. Beth leva lentement la main et la posa délicatement sur la joue blanche de Severus. Ce dernier se rendit compte qu'il avait oublié, oublié ce qu'était la chaleur humaine. Il prit sa main et dans un accès de folie la porta à ses lèvres, la faisant suffoquer de surprise. Il avait besoin d'elle, il avait besoin qu'on lui dise encore qu'il n'était pas un déchet. Mais il stoppa tout mouvement en se rendant compte qu'elle n'était pas en état de l'aider. Beth était belle avec sa nouvelle coupe mais elle était surtout fragile avec sa pâleur et sa maigreur qui montrait la progression de la maladie qui rongeait tout ce qu'elle pouvait dans ce corps.

« Je n'aurai pas dû… » commença-t-il en proie à une douleur plus forte que son désarroi et sa peine.

« Ne dis pas de bêtise. » le coupa-t-elle en regrettant la chaleur qu'il avait fait naître en elle pour la lui retirer aussitôt. Elle avait si froid désormais. « Que s'est-il passé ? » ajouta-t-elle dans un murmure.

« Je…j'ai entendu une prophétie qui concerne le Seigneur de Ténèbres. Je…je dois lui rapporter. » expliqua-t-il en relevant sa manche.

Sur son bras gauche, elle trônait, lascive et hideuse, noire, la Marque des ténèbres. Severus détourna les yeux pour ne pas voir l'expression d'Elizabeth.

« C'est comme ça qu'il… »

« … qu'il vous convoque. Je sais. Regulus m'a montré. » termina t-elle. « L'as-tu vu ? As-tu de ses nouvelles ? » s'inquiéta-t-elle.

Ils se regardèrent de nouveau et Beth sentit son pressentiment devenir une certitude. Elle porta sa main à son front pour cacher sa douleur.

« Ca ne veut rien dire, Beth. »

« Ca ne veut rien dire ? On est en guerre, Severus. Je vois mal Regulus partir prendre des vacances sur l'île Maurice ! Oh ! Merlin ! Que vont devenir ses parents ? Walburga perd la tête, ça, ça va l'achever ! »

Beth baissa la tête pour cacher ses larmes. Reg et elle se soutenaient depuis longtemps. Ce que lui disait Severus était comme un coup de hache portée aux racines de son cœur.

Mais vaillante, elle releva la tête.

« Pourquoi m'as-tu appelée ? »demanda-t-elle comme si ce qu'elle pouvait ressentir n'avait pas de poids face aux évènements. « Pourquoi veux-tu que je t'aide avec cette prophétie ? »

« J'ai un mauvais pressentiment. La prophétie parle d'un enfant né à la fin de l'été de deux parents ayant défié le Seigneur des Ténèbres. »

Beth cilla.

« Qui a fait cette prophétie ? »

« Une aspirant au poste de divination…une Trelawney… »

Elle porta ses mains à sa bouche, le visage défait. Severus l'interrogea du regard.

« Les Trelawney sont une vieille famille de voyants, Severus. Leurs prédictions ne sont pas à prendre à la légère. Chaque prophétie donnée par ces femmes se sont révélés exactes…et ce depuis la naissance de Merlin. Répète-moi ce que tu as entendu. »

Severus s'exécuta. Quand il eut terminé, Beth ferma les yeux et respira lentement.

« Beth… »

Tu ne dois surtout pas répéter ces mots. » murmura-t-elle. « C'est une condamnation à mort pour l'enfant et ses parents. Harry…le fils de Lily… »

Severus sentit une douleur sourde se répandre en lui à cette mention. Il ne savait pas que son unique amour venait d'avoir un enfant. Beth remarqua son malaise et lui serra la main.

« Il a les yeux de sa mère. » tenta-t-elle pour adoucir la nouvelle. « Il est né le 31. Si Voldemort entend cette prophétie… »

« Il la traquera. Il les cherchera. Mais…je pourrai demander… »

« Demander quoi, Severus ? » demanda Beth suspicieuse.

Il n'osa pas continuer sa remarque. Le regard d'Elizabeth avait perdu toute chaleur et elle le regardait comme si elle ne le connaissait pas, comme elle regardait Black. Avec ce dédain mêlé de répugnance. Elle savait à quoi elle pensait. Mais elle chassa ce regard et sembla se retirer en elle-même pour réfléchir.

De longues minutes de silence s'écoulèrent entre eux.

« Harry fait le bonheur de Lily, Severus. Cet enfant nous rend tous heureux à vrai dire. Comment peux-tu… »

Mais elle se tut en évitant de se montrer blessante.

« C'est mon filleule. Lily veut que j'assure sa protection. » murmura-t-elle plus pour elle-même que pour lui.

Cette nouvelle acheva de le démoraliser. Beth et Lily n'appartenaient plus au même monde que lui. mais Beth pensait à tout autre chose.

« Lily a bien choisi. » sourit-elle.

« Pourquoi ? »

« Parce que je suis une aède. Ma mère était une banschee. C'est comme si Harry avait une fée pour marraine. Je sais ce qu'il me reste à faire. »

Son ton était affimé, décidé et quelque peu résigné.

« Récite la prophétie. » ordonna-t-elle.

Severus plissa les yeux et l'observa. Elle respirait lentement et ses lèvres bougeaient silencieusement. Ses doigts pianotaient dans l'air et une étincelle glissait entre eux.

« Non ! » cria-t-il en prenant ses poignets. « Tu ne peux pas faire ça ! Il va te tuer ! »

Beth ouvrit grand les yeux. Ses yeux bleus brûlaient, pas de fièvre, mais de magie pure.

« Mais je suis déjà morte, Severus. » répondit-elle.

Elle dégagea doucement son bras gauche et prit dans la poche de son manteau un mouchoir qu'elle déplia. Au centre du tissu s'épanouissait une fleur écarlate.

Severus releva la tête vers elle. Il n'avait même pas songé à prendre de ses nouvelles.

« Je n'ai pas vraiment choisi de mourir si jeune, Severus. Mais à tout casser, je préfèrerai avoir une mort pleine de bravoure plutôt qu'un truc pathétique au fond de mon lit en train de délirer et de m'étouffer avec mes glaires. Au moins, je serai utile. » murmura-t-elle.

« Je ne veux pas te perdre, toi aussi. »

Elle posa de nouveau ses mains sur ses épaules. Beth savait qu'elle ne pourrait jamais espérer mieux que cette déclaration venant de lui.

« Je ne te quitterai pas. Je serai toujours dans ton cœur, même si tu jures tes grands dieux que tu n'en as pas. » ajouta-t-elle pour détendre l'atmosphère.

Severus resta silencieux en s'efforçant de surmonter sa peine.

« Plutôt moi qu'eux, Severus. Je suis forte et s'il y a bien une personne capable de le faire tomber, c'est moi. » murmura-t-elle. « Récite la prophétie…s'il te plaît. »

Alors sachant qu'il la condamnait, il obéit. Et tandis que les mots s'écoulaient de sa bouche, Beth semblait les aspirer pour les déformer, les réassembler. Elle semblait irradier de l'intérieur tandis qu'elle retissait la trame du destin et modifiait son souvenir.

Celle qui a le pouvoir de vaincre le Seigneur des Ténèbres approche…Elle est de ceux qui l'ont par trois fois défié. Guide de l'enfant du septième mois, le Seigneur des Ténèbres la marquera comme son égale mais, héritière, elle aura un pouvoir que le Seigneur des Ténèbres ignore…et l'un devra mourir de la main de l'autre car aucun d'eux ne peut vivre tant que l'autre survit. Celle qui détient le pouvoir de vaincre le Seigneur des Ténèbres se redressera dans la mort du dixième mois.

Sa parole s'éteignit. Sa lumière aussi.

Beth toussa de nouveau. Son mouchoir rougit un peu plus.

Severus s'approcha. Elle le retint du bras, le souffle haché.

« Va…auprès de lui…et…vend-moi. Sauve-les. »

« Beth… »

« Sauve-les ! Fais ce que je t'ordonne ! » gronda-t-elle en fermant le poing.

Comme obligé, Severus quitta sa maison et disparut en transplannant. Elizabeth toussa de nouveau avant de s'effondrer au sol, frigorifiée alors qu'elle sentait le poids de la prophétie l'écraser. Une larme glissa le long de son nez.

« Sauve-les et sois heureux. » murmura-t-elle en modifiant le destin de Severus Snape.