9
Orgueil et Préjugés
Sirius fumait tranquillement sur le perron de la maison de James. Il était sorti pour ne pas indisposer son tout jeune filleul et la marraine de ce dernier. Tout en profitant de la fraicheur du soir, il guettait les ténèbres. Cela faisait trois mois que les Potter se cachaient avec Elizabeth. Elle les avait prévenus que Voldemort était à leurs trousses. Maintenant, ils vivaient sans cesse sur le qui-vive.
Elisabeth…elle avait bien changé depuis la dernière fois qu'il l'avait vue. Plus pâle et plus maigre que dans ses souvenirs…il en venait à se demander si elle n'avait pas contracté elle aussi la lycanthropie. Mais elle avait toujours cette même attitude, cette même étrangeté qui le fascinait. Il ne se souvenait plus exactement quand tout avait commencé, mais il savait très bien pourquoi il s'était intéressé à elle: la dernière amie de Servilo, celle qui lui était toute dévouée…ce sale bâtard graisseux…ça l'avait amusé de le voir souffrir quand il s'était aperçu que lui aussi voulait lui voler celle à qui il tenait. Le problème, c'est qu'il n'avait pas prévu que Beth deviendrait sa fascination…il n'aimait pas trop ça…il avait juste voulu s'amuser comme d'habitude. Sauf qu'Elizabeth Keats était différente. Son physique était atypique : trop pâle, de plus en plus mince, un regard océan qui semblait sonder votre âme… elle semblait posséder deux facettes : l'une normale, celle d'une fille simplement heureuse, l'autre moins apparente au premier abord, celle d'une femme qui a trop vécu et qui en a trop vu. Raisonnable, pondérée dans ses paroles, elle affichait un visage imperméable aux étrangers. Elle possédait une dévotion hors norme. C'était peut-être ça qui l'avait attaché… Le fait qu'elle aide même sa méprisable mère quand l'annonce de la mort de Regulus était tombée.
Il tira une nouvelle bouffée quand la porte grinça. Il jeta un coup d'œil par-dessus son épaule. Quand on parle du loup… Il prit le temps de souffler la fumée bleutée avant de lui faire face.
« Alors ? » commença t-elle en resserrant son châle autour de ces épaules
« Rien à signaler…qu'est-ce qu'ils font ? »
Elle haussa les épaules, avant de répondre :
« Peter amuse Harry en faisant des grimaces, Lil' fait semblant de lire et James tourne en rond. »
« Super ambiance… »
Ils se turent à nouveau. Sirius porta à nouveau sa cigarette à ses lèvres.
« Tu veux bien m'en laisser tirer une ? »
« De quoi ? » répondit-il étonné de sa demande
Elizabeth soupira elle faisait toujours ça avec lui et il détestait cela. Ca lui donnait l'impression de lui être inférieur.
« Mon coup, crétin…passe-moi ta cigarette. »
« Depuis quand tu fumes ? »
« Depuis que j'ai mis un psychopathe à mes trousses. Alors ? »
Il adorait le geste impatient qu'elle faisait avec sa main. En fait, il adorait l'énerver. Cependant il lui passa ce petit tube qui contenait assez de poison pour vous faire mourir à petit feu. Elle aspira la fumée, inconsciente de sa sensualité. Elle la souffla légèrement, cherchant à se détendre…mais elle fut prise d'une quinte de toux. Il lui fallut plusieurs longues minutes pour s'en remettre. Sirius ne chercha pas à l'aider. Il ne le voulait pas. Lorsqu'elle cessa de tousser, elle fit comme si de rien n'était.
« Je t'ai vu, tu sais. »
« Et alors ? »
« Tu n'as pas confiance en lui ? »
Elle eut un rire bref sans joie.
« Peter et confiance sont deux antithèses, Black. Mais les Maraudeurs ne se trompent jamais. Vous avez voulu qu'ils assurent notre protection, soit.»
« Après tout ce temps, la magnanime, la grande Elisabeth Keats n'a pas tourné la page. »
« Magnanime…tu m'impressionnes. Je ne te savais pas capable d'ouvrir un dictionnaire… »
« Oh ! Quelle méchante tu fais, je crois bien que je vais aller bouder… »
« Venant de toi, cela ne m'étonnerait pas… Oh moins, ça fera baisser le niveau de stupidité de la rue. J'ai pardonné à Remus. Je fais des efforts avec James par égard pour Lily. »
« Et moi ? »
« Toujours aussi égocentrique, Black…Tu devrais lire Copernic tu te rendrais compte que la Terre certes tourne autour d'une étoile, mais c'est du soleil qu'il parle. »
« Ne sors pas ta science. Tu essayes juste de noyer le poisson. »
« Tu as vieilli. Mais j'en veux toujours au sale gosse de Poudlard… »
« Bien sûr, le courageux Servilo…Je n'ai jamais compris pourquoi tu t'obstinais à défendre ce bâtard graisseux. En plus de la flaque d'huile qu'il avait sur la tête, il suintait la magie noire… »
Il pensait la provoquer. Tout ce qu'il obtint fut un haussement de sourcils.
« Il n'y a pas de grandes différences entre toi et lui… tu as eu la chance de faire les bonnes rencontres…pas lui. Oui, vous n'êtes pas si différents que ça…c'est comme avec ton frère… »
Sirius sentit sa colère gonfler. Elizabeth ne devait pas mêler Reg à ces histoires. Cela faisait un mois que son frère était mort et encore une fois, elle avait arrondi les angles. Lui et sa mère avaient failli s'écharper au-dessus du cercueil, mais elle avait joué le rôle de tampon. Il l'avait longtemps prise pour une insensible, mais en vérité Beth ressemblait à Reg elle ne montrait pas facilement ses sentiments. Mais ces derniers étaient extrêmement profonds. D'eux trois, c'était elle qui semblait la plus ébranlée par la disparition de son frère. Elle n'avait pas versé de larmes, ne portait pas le grand deuil comme sa mère, mais elle n'avait pas affiché de haine envers la famille comme lui-même l'avait fait. Sirius ne l'avait pas lâché du regard, essayant de trouver une faille en elle. Mais rien… elle s'était contentée d'aider Mrs Black a rentré chez elle, avait échangé deux mots avec les Malefoys et s'était éclipsée dès qu'elle avait aperçu Bellatrix, cette dernière l'ayant plus d'une fois menacé de la tuer.
« Ne parle pas de lui… »
« Ca fait mal, hein ? »
« La ferme…Regulus était mon frère, pas le tien. Tu ne connais rien de mon histoire, alors tais toi ! »
« Toi, toi et encore toi ! Il n'y a que ta petite personne qui compte Black. Tu as chassé Regulus de ta vie. Il était à Serpentard et ça te suffisait pour couper les ponts et en faire un objet de dégout… Mais il faudrait que son souvenir t'appartienne encore…»
« Tu ne sais pas ce qu'est la fraternité ! »
« Reg avait été abandonné. Des deux côtés. Par ta faute. Qui es-tu pour croire que je ne sais pas ce que c'est d'avoir un frère ? A six ans, j'étais fière d'être la sœur de Georges Keats. Je l'adorais. Mais ce n'était pas suffisant pour qu'il vive. Il est parti en un mois de temps et il a emmené ma mère avec lui. Reg n'avait plus de frère, moi non plus. On s'est trouvé, et avec Severus, on a essayé de former une famille, nous, les enfants perdus. Mais ce n'était pas suffisant, encore une fois ! Et à cause de qui…»
« Tais toi, j'te dis ! »
Ils étaient tous les deux dans une colère noire. Il était grand temps de percer l'abcès.
« Oh que non, Black ! Je ne vais pas m'incliner comme ces gourdasses. Tu as détruit ma famille. Tu as saccagé nos vies ! D'abord Severus, malgré tous mes efforts pour le protéger. Et puis Regulus a commencé à glisser à son tour. J'ai fait tout ce que j'ai pu pour l'empêcher de se noyer. Et c'est lui…qui a lâché prise… »
« Tu as fait tout ce que tu as pu, hein ? Manifestement, ça ne devait pas être grand-chose ! »
Il voulait absolument qu'elle ait mal, qu'elle goûte à ce poison qui le rongeait. Il voulait briser cet aspect lisse qui donnait l'impression qu'elle pouvait toujours avancer malgré les coups. Il voulait voir la femme, la vraie celle qui avait un cœur et des sentiments.
« C'est facile de me faire des reproches, Black ! Tu as détruit ma famille, mais ce n'est pas grave pour le grand Maraudeur. Dis-moi, es-tu encore capable de te regarder en face et de clamer tout haut que tu n'y es pour rien, que tu n'es pas coupable des malheurs qui arrivent à certains ? Répond-moi franchement, Black ! Pour une fois comporte-toi en homme ! »
Elisabeth était à bout de souffle. Sa respiration sifflait et elle se mit à tousser plus violemment encore, avant de sortir un mouchoir qu'elle teinta rapidement de rouge. Il le lui arracha et le bout de tissu tomba à terre. Il l'avait plaquée contre le mur, ne sachant trop comment la faire taire. Elle continuait à le regarder, mais il ne voyait pas cette flamme qu'il désirait dans ses yeux. Où était la passion chez elle ?
« Tu n'es qu'un enfant. » jugea t-elle simplement tournant la tête comme s'il allait la laisser partir. Elle avait retrouvé son calme beaucoup trop rapidement.
Il n'était qu'un enfant ? Certainement pas. Il la sentait qui cherchait à le repousser. Il la plaqua derechef contre le mur et sans plus attendre, il posa sauvagement ses lèvres contre les siennes. Il voulait trouver la femme, celle qui comme les autres le désirait, se donnerait tout à lui. Mais elle ne répondait pas. Elle se contentait d'attendre qu'il arrête. Toujours et encore cette retenue chez elle. Il pouvait lui faire du mal. Elle ne réagirait pas. Il força le passage et le goût métallique du sang déferla dans sa bouche. C'est alors qu'il comprit. Elle le comparait à un enfant. Elle avait raison, comme toujours. Il ne se comportait pas en homme, mais en enfant capricieux qui n'a pas ce qu'il veut. Il cessa son affront et la regarda. Il la vit cette souffrance dissimulée au fond du regard de cette femme. Il se croyait fort et courageux, mais la vraie force, le vrai courage, ils se trouvaient chez elle, elle qui risquait sa vie pour son amie, qui voulait prendre sa place face au danger, qui le tirait vers elle.
« Qu'est-ce que j'ai fait ? » chuchota t-il, dégouté
Elle le repoussa, plus fermement. Sirius n'opposa aucune résistance. Il était vaincu.
« Tu vas peut-être finir par comprendre que les autres ne sont pas un decorum et que les femmes ne sont pas des trophées…Sirius. » répliqua-t-elle sur un ton égale
« Beth, je… »
« Encore…je ne veux pas d'excuses. »
« Je vais changer ! Je te le promets… »
« Pas de promesses non plus…essaye de changer si tu veux… que veux-tu que cela m'apporte ? Le mal est trop grand pour être réparé….»
Elle fut coupée par la porte qui s'ouvrit. Peter repartait. Il les regarda, avec surprise…
« Qu'est-ce que vous faîtes dehors ? » demanda t-il trouvant surprenant que ces deux-là ne se soient pas écharpés
Beth haussa les épaules. Sirius comprenait maintenant son détachement.
« J'aide Black à mettre fin à ces jours tout en lui expliquant comment j'ai l'intention de défaire Voldemort. En parler avec vous me permet de peaufiner ma stratégie. Vous n'imaginez pas à quel point c'est important d'être entouré de gens de confiance..» répliqua-t-elle en montrant le paquet de cigarettes
« Quelle occupation ! Bon, c'est pas tout, mais il faut que je file. » répliqua Peter en regardant avec inquiétude la rue. Ses yeux furetaient dans tous les coins et il semblait en proie à une certaine forme d'agitation.
James sortit à son tour sur le perron. Il fronça les sourcils en direction de Sirius.
« J'ai entendu Beth. Tu devrais arrêter, Patmol… Harry fera des cauchemars plus tard si tu lui montre des chicots pourris. Et Beth, je te ressortirai les mots qu'une amie m'a dit un jour : « un peu d'humilité de ta part soulagerait la pression de tes chevilles et te rendrait plus séduisante.»
« C'est l'hôpital qui se fout de la charité, là ? » répliqua-t-elle vertement.
« A demain ! J'ai promis à Harry de lui raconter la suite des aventures de Queudver. » annonça Peter pour couper court à la dispute naissante en resserrant son col.
« Les aventures de Queudver ? » répéta Sirius dubitatif.
Elisabeth le coupa.
« C'est une bonne idée. Tu viens aussi pour Halloween ? » demanda t-elle. Quelques minutes plus tôt, Sirius n'aurait pas accordé une grande attention à ses paroles. Mais comme elle semblait se méfier de Peter, il accorda à sa réponse une oreille attentive :
« Oh…euh… je ne pourrais pas…j'ai comme qui dirait un rendez-vous ce soir-là. »
« Un rendez-vous…tu serais devenu le tombeur de ces dames ? »
Peter semblait légèrement mal à l'aise. Mais James n'y fit pas particulièrement attention.
« Petit cachotier…tu nous raconteras, j'espère ? »
« Oh… bien sûr ! »
James le serra contre lui avant qu'il ne parte. Beth se contenta de lui tendre la main. Sirius était toujours étonné de la voir faire ce geste. Mais les maraudeurs n'étaient pas ses amis. Si elle était aussi froide avec Peter, ce n'était pas parce qu'elle le soupçonnait. Lui-même se retient d'être trop soupçonneux. Il était intelligent, mais il préférait en avoir le cœur net avant de juger un de ses plus vieux amis. Tandis que Beth rentrait au chaud, Sirius et James regardèrent transplanner Peter.
« Alors ? » demanda James
Sirius savait de quoi il voulait parler. Il garda le silence un instant, ça ne lui ressemblait pas. James le regarda longuement. Sirius semblait passablement déprimé.
« Je l'ai embrassée… »
« C'est une bonne chose, non ? »
« Cornedrue…Beth n'est pas l'une de ces filles qui te tombent dans les bras comme ça… »
« Attend, une seconde Patmol…j'ai comme qui dirait l'impression que ce n'est pas simplement un flirt, là ? »
Sirius regarda un instant son meilleur ami avant de fixer un point imaginaire dans la rue :
« Je suis dans un merdier à un point pas possible… »
« Tu ne vas pas me dire que… »
« Si, je me suis foutu dedans tout seul, comme le grand connard que je suis…c'est bien la première fois que ça m'arrive…je crois bien que…que je l'aime… »
Il y eut un nouveau silence. Sirius jeta un coup d'œil à James. L'expression choquée et figée de ce dernier l'enfonça un peu plus dans sa déprime.
« Toi et Beth…celle que je surnommais l'iceberg ? »
« Arrête avec ça. Et puis c'est encore en sens unique, mais pas dans le bon. »
« Mais ça ne veux rien dire ça ! Déjà, je pensais que tu ne te caserais jamais…mais maintenant t'es bien partis pour avoir une famille comme moi et Lily-jolie ! »
« Wow ! Cornedrue, tu t'emballes…si je te dis que c'est en sens unique, c'est qu'il y a une raison. »
« Laquelle ? »
« J'ai fait beaucoup trop d'erreurs. »
« Je devrais normalement te soutenir, mais Lily m'a appris un ou deux trucs sur les femmes et, c'est vrai que tu n'as pas été trop subtil avec Beth. »
« Ca te va bien de dire ça ! »
« Ecoute Patmol, tu veux te mettre avec elle oui ou non ? »
« Laisse tomber, j'te dis. »
« Répond à ma question. »
« T'es lourd ! »
« Et toi tu esquives. Je ne lâcherai pas l'affaire et Lily non plus. »
« Mais c'est pas ses oignons, si je me prends un râteau ou non. »
« Lily est une Potter et je ne lui cache rien. »
« Tu m'énerves ! »
« Donc, c'est un oui. »
« T'es pire qu'une gonzesse. »
Sirius sauta les deux marches et fit quelques pas dans l'herbe sous le regard légèrement inquiet de son presque frère. Jamais James ne l'avait vu dans un tel état pour une fille. Quand ils étaient encore à Poudlard, James avait pu se moquer de lui en disant qu'il tournait aussi guimauve que lui. Mais quand il avait compris qui il avait choisi, James avait eu un doute. Lily disait le plus grand bien d'elle, mais il n'avait guère approuvé qu'elle fût à ce point amie avec Snape. Il se moquait bien de ce dernier depuis qu'il avait Lily pour lui, mais il n'avait pas hésité à proposer son aide à Sirius. A sa grande surprise, son meilleur ami avait préféré se débrouiller seul, sans parvenir à aucun résultat probant. Lorsqu'il avait voulu s'en mêler, Lily lui avait conseillé de n'en rien faire en lui racontant une partie de l'histoire de sa meilleure amie. Patmol revint vers lui :
« James, je pensais que me caser, rester avec la même personne ça me gonflerait. Mais…ça fait plus de cinq ans maintenant…et j'ai pas réussi à me l'enlever de la tête. C'est pas seulement de l'attirance…je te jure que j'ai tout fait pour repousser ce truc, mais ça me prend les tripes. J'ai besoin qu'elle soit là, à mes côtés, que je puisse la sentir, la toucher. Je veux pouvoir la serrer dans mes bras. Quand elle n'est pas là, c'est pire, j'arrive pas à me concentrer, je suis énervé… Mais elle, elle reste tranquille, calme…toujours. Je voudrais qu'elle me dise que je lui ai manqué, qu'elle m'embrasse comme le fait Lily avec toi. Je voudrais qu'il y ait un nous, qu'on construise une histoire. Je voudrais qu'elle m'aime…Putain ! J'ai rien vu venir … Et tu vois où j'en suis maintenant ! …C'est pathétique. »
James rejoignit Sirius et posa sa main sur son épaule.
« C'est pas pathétique…Patmol…c'est juste nouveau. »
Elizabeth avait entendu leur conversation. Elle soupira. Pourquoi les choses devaient-elles être toujours compliquées. Elle se mordit les lèvres. Depuis qu'elle connaissait Severus, elle en était tombée amoureuse, souffrant de le voir adorer Lily sans jamais tourner la page. C'était même plus que de l'amour. Elle ne se sentait entière que lorsqu'il était à ses côté. Elle acceptait tout de lui-même le fait qu'il ne l'aimerait jamais comme elle l'aimait. Regulus avait été le seul à jamais savoir la vérité. Elle ne parvenait pas à l'oublier, même si elle savait que rien ne serait jamais possible. Elle était à lui corps et âme. Et voilà que Sirius était contaminé. Sirius qu'elle avait haï si fort à Poudlard, Sirius qu'elle découvrait sous un nouveau jour depuis quelques mois, Sirius qui la remarquait toujours quand elle s'effaçait…C'était sa faute s'il s'était acharné sur l'homme qu'elle aimait, le poussant à commettre les plus grandes erreurs. Elle ne pouvait rien rattraper, il était trop tard. Voldemort la tuerait sûrement. Elle le savait, elle l'avait accepté. Pour le bien de tous, elle devait disparaître en entraînant ce fléau avec elle. Et même si elle ne pardonnait pas totalement Sirius, elle ne souhaitait pas encourager des sentiments qui finiraient pas le faire souffrir. Elle aurait pu l'enfoncer en sachant très bien que sa mort pourrait le miner. Elle ne pouvait pas. Ce n'était pas dans sa nature. Une larme coula le long de sa joue. Elle pensait qu'elle les avait toutes versées pour Severus. Elle attendit d'avoir retrouvé son calme avant de rejoindre Lily dans la cuisine.
Sa meilleure amie s'apprêtait à laver les assiettes. La table avait été débarrassée.
« James t'a aidé ? » demanda de but en blanc Beth qui s'assurait toujours que sa sœur d'adoption ne servait pas de boniche
Lily sursauta, s'éclaboussant avec de la mousse.
« Ah ! C'est malin ! Tu as vu le résultat Beth ? »
« Oui, très esthétique ! Tu as décidé de te changer en chantilly ? »
« Chuut ! Si James t'entendait…tu lui donnerais des idées. » répondit goguenarde Lily
« Lily Potter ! Je n'ai pas besoin de connaître les détails de ta vie sexuelle ! »
« Mais qui te dit que je te parle de ça…perverse ! Toi, tu dois être en manque. »
« Lily… je sais que ma vie sentimentale doit te paraître horriblement vide, mais tu connais mes raisons…» tenta Beth en rangeant les boissons et avant de s'emparer du plat qu'elle vida dans un tupperware
« Dis-moi, Beth ça fait combien de temps que tu ne t'es pas lâchée ? Un an…plus. Depuis que tu assures notre protection, j'ai l'impression que tu es montée sur ressort. Pense un peu à te détendre… »
« Lily, il peut arriver à tout moment. »
« Raison de plus pour que tu profites de la vie. »
Lily serra contre elle sa meilleure amie, avant de la regarder gravement.
« On n'est pas sûres que ce sort marche, Beth. Il ne faut pas que tu aies le moindre regret…je ne suis pas d'accord, tu le sais bien, pour que tu te sacrifies…mais tu es têtue. Je voudrai que nous ayons une autre possibilité. Tu ne veux pas changer d'avis. Mais écoute moi bien et suis à la lettre mon conseil pour une fois, tu vas me rendre un grand service…toi et moi, on vit peut-être nos dernières heures et je veux que tu en profites. »
Beth rangea le vin dans le bar avant de s'appuyer contre. Elle avait besoin de se confier.
« Sirius m'a embrassée. » lâcha-t-elle
De surprise, Lily lâcha l'assiette qu'elle tenait en main. Un rapide reparo et elle retourna dans l'évier.
« Mais c'est génial ! » s'écria-t-elle « Ou pas » rajouta t-elle en voyant le regard perdu de Beth
« Lily…il m'a fait souffrir. Severus et Regulus… dans les deux cas il a agi d'une manière monstrueuse. Et maintenant… il se pointe comme une fleur pour me récupérer. Je l'ai entendu avec James. Il voudrait que je lui pardonne et qu'on construise quelque chose, c'est ce qu'il a dit. Mais…je ne peux pas…je ne peux pas…je ne sais pas je l'ai détesté et maintenant…il semble sincère mais c'est de Sirius qu'on parle…et puis Voldemort… il y a aussi cette prophétie…je ne sais plus où j'en suis, Lily…ma vie…ma vie vacille jour après jour…Lily… »
Elle suffoquait, retenant ses larmes qui l'étouffaient. Lily ne prit même pas le temps d'essuyer ses mains pour venir la consoler. Elle savait que Beth était mise à rude épreuve et que les soucis l'acculaient : sa santé se dégradait, les médecins étaient formels, elle ne pourrait jamais guérir. La tuberculose était à un point de non-retour. Regulus était mort, son père aussi. Ses études étaient entre parenthèses et ils craignaient tous les jours que Voldemort ne les retrouve.
« Pleure si ça peut te faire du bien. Et à partir de maintenant, vis au jour le jour, Beth. Si je peux te donner un conseil : laisse sa chance à Sirius. Il n'a pas mauvais fond et, même si tout finit bientôt, il vaut mieux avoir vécu cette histoire que de partir avec des regrets, tu ne crois pas ? »
« Et lui ? Si je me fais tuer, il pourra vivre avec cette souffrance ? »
« Je connais Sirius, Beth. Je l'observe : il te regarde et je pense…non, je suis sûre qu'il te voit. Avant que tu ne nous préviennes, s'il venait à la maison et que tu n'étais pas là, il prenait de tes nouvelles. Tu l'aurais vu ! C'était d'un comique ! Et puis essaye d'être optimiste, si ça se trouve, on se fait du souci pour rien, et vous perdez du temps. »
« Lily…tu es vraiment trop romantique, tu le sais ? »
« Ah oui, mais seulement avec votre histoire. Elle ressemble à Orgueil et préjugé et à Roméo et Juliette!» se moqua t-elle en portant sa main à son front
« Va coucher Harry ! Ça t'évitera de dire des conneries. »
Beth poussa Lily hors de la cuisine.
« Mais, la vaisselle ! J'ai pas terminé ! » protesta faiblement la rouquine
« Je m'en charge ! File ! »
« Tu me raconteras ? »
« De quoi ? »
« Mais ta nuit avec Patmol ! Comme ça je saurai si les rumeurs étaient vraies ! »
« Merlin ! Lily, tu ne t'arrêtes jamais ! Et puis cette nuit j'ai l'intention de dormir, parce que jouer au crabe avec ton fils, c'est épuisant. »
Lily arracha à Beth un sourire amusé en la voyant prendre un Harry endormi dans ses bras et de chuchoter: « Je veux tous les détails demain ! ». Malgré tout, Lily ne se départait pas de sa bonne humeur, gardant le moral des troupes au beau fixe. La jeune maman et son fils disparurent bientôt à l'étage. Beth lança un sortilège sur la vaisselle pour qu'elle se fasse automatiquement et aille se ranger d'elle-même dans l'armoire. Elle retourna ensuite dans le salon où elle ressortit sa thèse sur les chamans et le pouvoir des mots. Elle relisait sans cesse la même phrase lorsque les hommes rentrèrent.
« Lil' est déjà montée ? »demanda James en jetant un coup d'œil dans la cuisine
« Oui. Elle doit être en train de coucher Harry. » répondit Beth
« Je ne veux pas louper ça. C'est trop mignon. Bonne nuit vous deux. » lança t-il en montant rapidement l'escalier
Elisabeth se contenta de grogner, toujours plonger dans sa thèse. Elle refusait de lever les yeux sur Sirius. Ce dernier soupira avant de se laisser tomber à côté d'elle sur le fauteuil. Beth se raidit instinctivement et chercha à s'absorber d'avantage dans sa relecture.
« Beth…il faut qu'on parle. » commença t-il
« On a déjà parlé à ce que je sache. » répliqua t-elle sans lever les yeux de ses papiers
Elle voulut prendre un crayon pour rectifier une note, mais au moment où elle se levait pour aller chercher son sac, Sirius lui vola sa thèse.
« Attention ! Sirius ne fait pas le con. C'est six mois de boulot acharné que tu as dans les mains. »
« Le boulot, le boulot, quand ce n'est pas ça c'est la sécurité de la maison que tu vérifies quatre fois par jour ! Beth, ce n'est pas une vie. »
Il agita les feuillets devant son nez avant de les mettre de nouveau hors de portée.
« Rends-moi ça ! »
« A une condition. »
« D'accord, tu veux parler, on va parler. »
Sirius surprit qu'elle rende si vite les armes, abaissa son bras. Beth saisit l'occasion pour l'attraper. Mais emportés par son élan, ils tombèrent tous les deux à la renverse sur le canapé.
« Je les ai ! » jubila t-elle avant de sentir les bras chauds de Sirius entourer sa taille
« Tu as pleuré… » remarqua t-il
Elle n'osa pas répondre à cause de leur proximité. Fallait-il vraiment qu'elle accède à ses désirs et qu'elle laisse ses propres sens la diriger ne serait-ce qu'une nuit ? Leurs jambes étaient totalement emmêlées. Sirius dégageait une chaleur qui lui faisait du bien, elle qui avait toujours froid. Perdue, elle posa sa thèse au sol. Sirius saisit sa chance au vol et rapprocha la nuque de Beth, leurs nez se frôlaient et leur souffle ne faisaient plus qu'un. Il mourrait d'envie de gouter à ses lèvres une nouvelle fois, mais il voulait que ce soit partager. Il se contenta de resserrer sa prise.
« Tu prends un risque, Sirius…et moi aussi… »
« Tu sais bien à quel point j'aime le danger… » Et sans plus attendre, il l'embrassa de nouveau. Cette fois-ci, Beth lui répondit. Elle laissa Sirius approfondir leur baiser. Le sang semblait avoir disparu. Leurs langues se trouvèrent pour ne plus se séparer. Mais le manque d'air se fit bientôt sentir. Il l'observa un instant, avant d'embrasser son front, puis sa gorge.
« S'il te plaît…donne…moi…ma…chance… »chuchota t-il en découvrant la peau de son cou, douce et sensible à ses lèvres.
« Pourquoi ? »
Il s'écarta et la regarda : son regard était de nouveau dur. Il exigeait une explication. Mais derrière, il la voyait cette lueur. Elle hésitait mais elle lui accorderait peut-être une chance.
« Parce que tu es unique. Parce que tu es belle, mais surtout noble. Parce que je ne veux pas croire que tu ne sois faite que de glace. Parce que je sais que tu doutes de toi, que tu as peur mais que tu le caches pour les sauver. Parce que tu donnes sans retour et parce que quel que soit notre avenir, j'aimerai que tu saches que quelqu'un voit la femme en toi avec ses forces et ses faiblesses avant l'aède, le bouclier. »
Il se tut et quémanda l'accès à sa bouche. Elle ne bougea pas. Il posa ses lèvres sur les siennes, les caressa de la pointe de sa langue. Alors sa maîtrise sembla vaciller et elle les entrouvit timidement. Sirius initia un baiser doux qui prenait peu à peu feu. Il voulait qu'elle sache ce que c'était d'être désirée pour ce qu'on était. Elle commença à ployer sous sa main.
« D'accord. » gémit-elle « Ce n'est …plus le…moment…d'hésiter, Sirius »
Sirius s'empara de nouveau de ses lèvres. Il repoussa son gilet et commença à défaire sa chemise. Beth lui retira son pull de cachemire gris et le laissa tomber à terre. Elle commença à déboutonner sa chemise rayée quand il lui fit glisser la sienne. Elle frissonna.
« Tu verras, tu ne sentiras bientôt plus le froid. » lui glissa-t-il taquin à l'oreille.
« Tais-toi… Il faut…lancer un…sort d'insonorisation… » rappela-t-elle avec peine.
Sirius chercha à tâtons sa baguette et lança rapidement le sort. Rapportant son attention sur sa compagne, il put apprécier la légère coloration qui teintait ses joues. Merlin ! La chance qui lui était donné l'exaltait. Ce fut elle qui crocheta ses mains autour du cou de son futur amant. Il inversa leur position, la dominant. D'un geste qui n'avait pas perdu de son habileté, il décrocha son soutien-gorge qui rejoignit leurs hauts. Mais c'est avec une tendresse nouvelle qu'il vénéra son buste, embrassant chacun de ses monts de chair crémeuse. Beth hoqueta quand elle sentit ses lèvres se refermer sur son téton. Elle n'aurait jamais cru qu'elle vivrait sa première fois avec Sirius et avec un espoir secret, elle s'était toujours réservée pour Severus. Mais les choses avaient changé…bientôt leurs jeans rejoignirent la pile de vêtements. Elle eut peur. Sirius le sentit. Tout en caressant son ventre, il embrassa son front. Son regard le fuyait de nouveau.
« Qu'est-ce qui ne va pas ? » s'inquiéta t-il
Sa superbe assurance, sa maîtrise s'étaient envolée. Elle n'était plus qu'une femme fragile.
« Sirius…je n'ai encore jamais eu…de rapports… »
Il en eut le souffle coupé. Alors cette sensualité qu'il percevait chez elle était vraiment inconsciente. Ce n'était pas la première fois qu'il déflorait une fille, mais elle…ce n'était pas la même chose. Pour elle, il se devait d'être le plus doux possible, conscient de ce qu'elle lui offrait. Il la marquait à jamais. Il remonta doucement sa main, la laissant effleurer sa peau. Il embrassa avec amour sa mâchoire. Il voulait la remercier. Elle déposa un simple baiser sur ses lèvres. C'était le premier qu'elle lui donnait de son propre chef.
« Aie confiance… »chuchota-t-il «oublie tout, contente toi de ressentir… »
Il fit de nouveau glisser sa main le long de son corps. C'était comme un souffle aérien. Elisabeth se forçait à se détendre. Elle ne devait pas avoir peur. Après tout, si elle était prête à mourir, elle ne devait pas avoir peur de se laisser aller, d'une petite souffrance de rien du tout. Elle glissa sa main dans les cheveux de Sirius. Elle ne l'avouerait jamais, mais elle les avait toujours trouvés magnifiques. Ils étaient lourds, doux et formaient des boucles qu'elle trouvait captivantes. Elle gémit quand il la toucha là où elle était le plus sensible.
Sirius prenait son temps. C'était important pour eux deux. Elle ne lui semblait que plus charmante, alanguie à ses côtés, ondulant sous ses caresses. Son désir augmenta quand elle se mordit la lèvre pour retenir un gémissement. D'autres l'auraient trouvée ingénue. Pour lui, elle était simplement parfaite. Il appuya un peu plus fort, la sentant prête à partir, et quand elle atteignit le point de non-retour, il se pencha sur ses lèvres, absorbant son cri. Revenant des limbes du plaisir, elle cueillit son visage et mordilla ses lèvres. Sirius la voulait absolument. Sinon…Beth le sentit et eut un sourire sincère. Elle emmêla un peu plus ses cheveux avant de faire glisser ses mains, le long de son torse, dessinant des symboles qu'elle seule pouvait comprendre mais qui l'attirait encore plus. C'est avec une timidité non-feinte qu'elle l'effleura avant que ses mains se ne lient derrière ses reins pour l'attirer à elle
« Viens. »
Ce n'était pas un ordre, c'était une prière. Il se força à être lent, bien qu'il faillit perdre la tête en sentant que bientôt il la possèderait. Elle se crispa mais avant même qu'il eut amorcé un geste, elle prit sur elle et se détendit. Elle agissait seule, ne demandant d'aide à personne. Encore une fois, elle ne le regardait plus, fixant obstinément le plafond, pour qu'il ne voie pas les larmes qui débordaient sur ses joues. Il fut bouleversé au plus profond de lui-même Beth était un ange qui avait perdu ses ailes. Elle se moquait bien d'être protégée, mais il espérait que son amour la toucherait. Il attrapa ses mains et lia ses doigts aux siens avant de cueillir un nouveau baiser et de boire ses larmes. Ses cheveux tombaient des deux côtés de sa tête, les coupant du reste du monde. Il attendait qu'elle fasse le premier geste pour continuer. Il ne pouvait la ramener du paradis dont elle était tombée, mais il pouvait au moins lui en montrer le chemin et faire un bout de route avec elle. Elle finit par bouger les hanches.
Au fur et à mesure qu'il sentait qu'ils ne tarderaient plus à se consumer entièrement, Sirius la serrait d'avantage contre lui. Enfin avant qu'ils ne perdent pied tous les deux, il se lança :
« Quoique…tu dises…quoique…tu penses…je t'aime… »
Et leur passion les emporta tous deux.
Elisabeth fut réveillée par un rayon de soleil. Elle fut d'abord surprise de se retrouver sur le canapé, mais les souvenirs de la nuit passée lui revinrent brutalement quand elle sentit la tête de Sirius contre sa gorge et ses mains autour de sa taille, la serrant légèrement contre lui. Ce geste possessif la fit sourire, malgré elle. Mais son visage s'obscurcit rapidement. Elle posa ses lèvres dans les cheveux de son compagnon…
« Tu ne devrais pas t'attacher à une Keats… » chuchota t-elle
Elle se tortilla du mieux qu'elle put pour se défaire de son étreinte serrée. Il grogna et se retourna. Elle crut l'avoir réveillé, mais ce n'était pas le cas. Elle finit par sortir du canapé. Après s'être rapidement rhabillée, elle tira le plaid sur le corps de son amant. C'est alors qu'elle remarqua un tatouage sur son avant-bras. Elle eut un sourire en reconnaissant l'étoile de Sirius. Il était incorrigible. Il y avait aussi une phrase. Elle osa les sourcils, surprise de reconnaître une citation d'Ovide : Ce qui est permis n'a pas de charme, ce qui est défendu est excitant.
« Tu n'as pas idée à quel point… » chuchota-t-elle
Sans faire de bruit, elle se rendit dans la cuisine. Lily était assez gentille pour l'héberger durant la protection, alors pour la dédommager, Beth s'arrangeait pour faire le plus de tâches possibles. Passant devant le porte-manteau, elle chercha dans son sac ses médicaments…c'est alors qu'elle réalisa qu'ils n'avaient pas pris leurs précaution et qu'elle n'avait pas de contraceptif.
« Merde ! » jura t-elle à voix basse
Ne pas paniquer…ça ne voulait encore rien dire. Et puis…elle ne serait bientôt plus là… C'était une chose qu'elle ne connaîtrait pas. Une de plus.
Pour chasser ses idées noires qui se multipliaient ces derniers temps, elle se mit en tête de préparer le meilleur petit-déjeuner qui soit pour la maisonnée. Farfouillant encore dans son sac, elle sortit sa boîte de thé à la rose. James dirait encore qu'elle avait des goûts de luxe, mais ce thé, c'était son petit rituel du matin, sans lequel elle passait une mauvaise journée. Elle posa la boîte sur la table et baillant, elle sortit les ustensiles dont elle aurait besoin.
Sirius fut réveillé par une odeur de pain grillé. Lui aussi fut d'abord surpris de se retrouver sur le canapé, mais il retomba dans les cousins, heureux de se souvenir pourquoi. Cependant, Beth n'était plus à ses côtés. Peut-être avait-il rêvé ? Le doute s'effaça quand il vit ses vêtements posé à terre. Pour la première fois, il se sentait serein. Il n'avait pas cette impression de manque. Le seul petit défaut était l'absence de son amie. Cela n'était peut-être qu'une aventure et elle voulait passer à autre chose. Il s'habilla rapidement rien n'était jamais sûr avec Elizabeth Keats.
Il entra sans faire de bruit dans la cuisine. Elle s'occupait de faire cuire des œufs et surveillait le lait qu'Harry boirait. Elle fredonnait une chanson que Sirius l'avait déjà entendue chanter avec Lily. Il sourit quand il la vit se mettre sur la pointe des pieds pour attraper les tasses. La voir comme ça dans une vie simple, celle de tous les jours où l'autre abruti ne la menaçait pas le fit rêver.
Elle fit un mouvement de la main et une tasse quitta son perchoir pour se poser tout en délicatesse dans sa main. Il se souvint pourquoi James l'avait surnommée l'iceberg. Elle était à part et elle ne s'intégrait pas facilement. Elle faisait peur et elle suscitait les moqueries avec son physique d'épouvantail émacié. Lui-même n'avait rien fait pour l'aider à s'intégrer, retenu par son arrogance, par sa fidélité envers sa maison…par différents prétextes tous plus stupides les uns que les autres. Alors qu'elle posait les tasses sur le plan de cuisine, poussé par un instinct de protection, il vint entourer sa taille par derrière et nicher son menton sur son épaule, sans oser l'embrasser. Il la sentit se raidir contre lui, avant de se détendre.
« Bonjour. » souffla-t-il à son oreille
« Bonjour. » répondit-elle un peu tendue.
Il y avait un malaise, il le sentait bien. Il retira ses bras.
« Désolé… » marmonna t-il
« Non…excuse-moi… »
Sans plus dire un mot, elle prit la corbeille de pain et la plaça sur la table sans le regarder. Pour la première fois, Sirius sentit son cœur se serrer.
« Est-ce que tu regrettes ? » demanda t-il le cœur au bord des lèvres
Il ne voulait pas qu'elle ait des regrets. Grâce à elle, il avait vécu l'une de ses plus belles nuits. Mais ce n'était pas simplement du sexe, pas pour lui. Il avait senti quelque chose qu'aucune autre femme ne lui avait jamais procuré. Elle finit par le regarder, et pendant quelques instants, il put encore voir son vrai visage. Mais le masque fut repositionné. C'était intolérable.
« Non…mais ce n'était qu'une nuit… »
« Ne dis pas ça… »
Il l'avait touchée. Il le vit à l'air surpris qui passa un court instant sur son visage encore chiffonné de sommeil. Pour se donner contenance, elle versa son thé et il l'a vit prendre ses médicaments en buvant une petite gorgée. L'odeur de rose était entêtante.
« Sirius… » commença t-elle en reposant sa tasse
Pourquoi fallait-il qu'elle soit raisonnable ? Pourquoi ne lâchait-elle pas son fardeau pour vivre ?
« Je ne suis pas sûre que ça soit une bonne idée qu'on commence quoi que ce soit… »
Il vint lui faire face et attrapa son menton dans le creux de sa main. Son regard exprimait de nouveau un calme imperturbable, une douce résolution.
« Regarde-moi bien dans les yeux Elisabeth Keats, et dis-moi en face que tu n'as rien ressenti, que tu ne veux pas continuer, que je te suis totalement indifférent. »
« Sirius, es-tu à ce point sado-masochiste ? »
« Encore une fois, tu cherches à esquiver. »
« Je n'esquive pas Sirius Black. Qu'espères-tu ? Qu'on commence une histoire, qu'on soit un joli couple qui finira par se marier, avoir une jolie maison et des enfants ? »
« Oui. »
Sa réponse sincère troubla une minute Beth. Elle sembla se radoucir et effleura la ligne de ses mâchoires. Son regard se fit plus doux comme celui qu'on prend avec un enfant pour lui expliquer pourquoi il ne verra plus jamais sa grand-mère. Elle ne l'avait jamais regardé avec autant de gentillesse auparavant. Mais ce regard lui donnait envie de pleurer.
« Sirius…ce n'est qu'un rêve, un beau rêve, mais impossible à réaliser… »
« Fais un effort pour l'imaginer… »
« Sirius…ce n'est pas possible… »
« Pourquoi hein ? Beth depuis que je te connais j'ai l'impression que tu portes le malheur du monde sur tes épaules. Quand est-ce que tu vas cesser d'être une martyre pour vivre ta vie… »
« Sirius…sois raisonnable… »
« Et toi soit le un peu moins…imagine…imagine un nous, imagine-toi totalement libre de vivre la vie que tu rêves… »
« Sirius…je vis déjà la vie que je veux…et si je commence à rêver…la réalité ne m'en fera que plus souffrir… »
« Si je pose problème, je serai ce que tu veux que je sois…mais cesse d'être cette statue de glace… »
Elle sembla énervée, mais de nouveau ses sentiments disparurent en une seconde.
« Sirius…moi, je ne compte pas. C'est toi, c'est Harry, c'est Lily et James qui comptent… »
« Pourquoi ? » la supplia t-il alors qu'il aurait voulu se mettre en colère
Elle se leva, dans un mouvement si aérien qu'elle ressemblait à un …fantôme
« Ma vie ne m'appartient plus. Cette vie que tu me décris, elle est faîte pour les vivants…pas pour les morts. »
« Qu'est-ce que tu racontes ?
Son regard observa le sol.
«J'ai la tuberculose, Sirius. Je ne suis pas contagieuse, juste condamnée.»
« La tuberculose…mais ce n'est plus une fatalité, Beth… »
« Tu ne comprends pas…je ne peux rien changer pour moi. Je fais de la magie sans baguette parce que je suis aède. Mais c'est un don pour les autres pas pour moi… C'est un pouvoir si puissant qu'il ronge mon corps, qu'il réveille la maladie. On peut tenter de la ralentir mais je ne peux pas guérir, je ne pourrai jamais guérir car la magie est plus forte. Au lieu d'agoniser en tentant de réfréner ce pouvoir, je préfère aller au-devant de la mort et me rendre utile… »
« En les protégeant… »
« En les protégeant. Toi aussi, il … »
Il la fit taire en posant un doigt sur ses lèvres.
« Ne te soucie pas de moi. Ou si tu désires que, comme tous les autres que tu protèges, je sois heureux, accepte-moi dans ta vie…même si rien ne dura… »
« Et la souffrance ? Tu l'oublies. »
« Tu penses un peu trop, non ? La souffrance, je m'en moque. Ce qui me ferait du mal, c'est qu'on passe à côté de nos vies. Et en ce moment, ma vie, je sais que je veux la faire avec toi… »
« Tu t'emballes. »
« Beth, en ce moment, on n'a pas le temps d'être lent. »
Sirius se pencha pour cueillir ses lèvres sucrées :
« Sois mon amour juré. »
« Pourquoi tout le monde cite-t-il Roméo et Juliette, dans cette baraque ? » protesta t-elle vivement
Sirius étouffa un rire contre ses lèvres. Oh oui elle serait son amour, quoique le futur leur réserve.
« Promets-moi une chose ? »
« Oui ? »
« La prochaine fois que tu me cites cette pièce, tu dors à la niche. »
