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Elizabeth Keats, portrait d'une inconnue :

Héroïne, femme vénale ou future magicienne noire ?

Alors que nous célébrons tous la fin du règne du Seigneur des Ténèbres, votre fidèle reporter a mené l'enquête pour répondre à vos interrogations sur la nouvelle héroïne du jour, Elizabeth Keats.

Tandis que nous nous relevons de cette période sombre, nous sommes en droit de nous poser des questions sur sa fin providentielle. Miss Keats n'étant pas joignable, j'ai donc pris la décision de me renseigner sur cette inconnue propulsée au rang de libératrice nationale pour satisfaire vos interrogations. Et déjà de multiples interrogations apparaissent autour du personnage : qui est cette anglo-irlandaise de dix-neuf ans ? Comment cette jeune diplômée de Poudlard encore étudiante en licence de sortilèges appliqués a-t-elle pu défaire le plus puissant mage noir connu depuis Grindelwald ? Enfin que faisait-elle seule en compagnie de l'auror James Potter dans la résidence de ce dernier la nuit fatidique du 31 octobre ? Peut-on supposer que notre nouvelle héroïne ait eu des relations dépassant le cadre d'une profonde amitié avec l'époux de sa soi-disant amie ?

« Incendio. »

Le journal que Severus était allé chercher fut réduit en cendres.

Un bruit de pas résonna derrière elle. Au souffle qu'on retenait, elle sut de qui il s'agissait. Lily se retourna comme une girouette en proie à la tempête et elle lança la boule de flammes arrivant du salon.

« Comment oses-tu ramener ce torchon ici ? » s'écria-t-elle.

Comme à son habitude depuis une semaine qu'ils habitaient tous ensemble, Severus sembla se recroqueviller sur lui-même. Dès que Lily avait le malheur de poser les yeux sur lui ou d'entendre sa voix, elle l'attaquait sans répit le traitant comme un moins que rien. La colère était plus forte encore quand elle quittait la chambre où reposait James.

« C'est pour Beth…quand elle ira mieux. »

« Tu peux me dire en quoi ces horreurs pourraient l'aider ? Ils s'attaquent à elle sans rien savoir. Ils s'attaquent à…James et ils…salissent sa mémoire ! Ils sont en train de tuer une deuxième fois mon mari ! » s'écria-t-elle en pleurant de nouveau, les bras serrés autour d'elle comme si elle risquait de se déchirer en deux.

Elle lui tourna le dos et se retira sans que Severus ait pu trouver quoi que ce soit à lui dire pur l'apaiser. Sa peine profonde lui était un supplice : il haïssait James Potter plus férocement maintenant qu'il était mort que lorsqu'il était vivant. Car il était mort en héros en s'assurant que sa femme et son fils échappent à Voldemort. Et ce sacrifice, jamais sa Lily ne pourrait l'oublier. Potter s'était montré courageux une fois et cela lui suffisait à conserver le cœur de sa meilleure amie. Alors que lui qui avait risqué la vie de Beth et la sienne pour tromper Voldemort, lui ne récupérait que son mépris.

Furieux et malheureux, il rejoignit la cave de la maison pour préparer les potions que Beth auraient besoin lorsqu'elle se réveillerait. Il refoula ses sentiments pour ne se consacrer qu'à elle. Même si le cadeau était empoisonné, elle avait réussi à sauver Lily. Seul cela comptait.

Dans l'atmosphère lugubre de la maison, Sirius ne trouvait pas sa place. Depuis la mort de James et le réveil d'Elizabeth, chacun restait de son côté pour panser ses blessures. Sirius avait essayé d'aller voir James, mais il n'en avait pas trouvé la force. Cela rendait les choses…définitives.

Quant à voir Elizabeth…c'était son plus grand désir et sa plus grande crainte. Il ne savait pas s'il pourrait supporter de la voir à nouveau froide et distante après avoir enfin pu goûter sa tendresse et son amour.

Pour s'occuper, il préparait le thé, espérant que cela pourrait les rassembler un instant. C'était étrange de constater à quel point au milieu de la peine et de la tourmente on pouvait se raccrocher à ces gestes répétitifs et anodins.

Il versait l'eau frémissante sur les feuilles qu'il avait trouvées quand il entendit un léger claquement métallique d'abord contre le bois de l'escalier puis sur le carrelage du sol. On aurait dit que quelqu'un se déplaçait avec une canne. C'était un bruit étrange, froid qui inquiéta Sirius pourtant habitué aux fantômes de Poudlard. La porte de la cuisine s'ouvrit. Le claquement reprit. Silencieusement, il sortit sa baguette et la tendit sur l'ombre qui passait à la lumière.

« J'espère que tu n'as pas l'intention de m'agresser dans ma propre maison, Black. » se moqua faiblement Elizabeth.

Pâle comme la mort, cernées, les lèvres rouges, vêtue d'une longue robe de chambre perle et enveloppée d'une épaisse étole de laine écarlate, elle apparut devant ses yeux comme un spectre vengeur. Elle s'avança lentement en s'appuyant lourdement sur une canne ancienne. On aurait dit qu'il avait remonté le temps pour se retrouver face à l'une des précédentes maîtresses de maison qu'il aurait dérangées dans son sommeil. Mais ses considérations poétiques s'effacèrent quand Elizabeth faillit s'écrouler au sol. Elle se rattrapa in extremis au bord de la table. Sirius fit un pas vers elle mais elle s'était reprise. Le peu de couleurs qu'elle avait disparu de son visage.

Elle s'assit lourdement sur une chaise de bois et laissa son dos glisser contre le dossier.

« Si tu actionnes cette poignée, les cloches qui se trouvent dans chaque pièce résonneront. Tout le monde sera dans le salon d'ici cinq minutes si tu appuies sur ce bouton. » ordonna-t-elle en désignant du bout de sa canne un panneau de commande non loin de la porte.

Elle s'adressait à lui comme à un nouveau domestique, le regardant à peine. Sirius voulut lui faire une remarque mais elle avait un regard…un regard perdu comme si elle peinait à croire à la réalité des choses qui l'entouraient, à sa propre réalité. Il lui obéit et profita du moment où elle le pensait occupé à actionner le vieux mécanisme un peu grippé pour l'observer à la dérobée : elle observait ses mains, pliant et dépliant ses doigts comme si elle en testait le fonctionnement. Puis elle porta sa main gauche à son sein droit et elle frotta le tissu de son vêtement comme si le contact avec sa peau la démangeait. Son visage se plissa d'inconfort.

Sirius parvient à actionner la poignée et un carillon de cloches dissonantes brisa le silence et retentit dans tout le manoir.

« Prend le plateau et suis-moi. » ordonna-t-elle toujours aussi détachée.

« Je ne suis pas un domestique. »

Il ne pensait pas qu'il aurait osé lui répondre ainsi alors même qu'il la retrouvait. Sa réponse était sortie toute seule, fusant dans l'air. Elizabeth s'arrêta un instant mais ne se retourna pas.

« Non…en effet. Je te prie de bien…vouloir m'excuser, Black. Je peine à retrouver…les règles du savoir-vivre. » déclara-t-elle avec une certaine hésitation, comme si elle avait vraiment perdu l'habitude de vivre entourée de gens, alors qu'une semaine auparavant, ils étaient à cinq, six dans la petite maison de Godric's Hollow. Sa voix était rauque et enrouée comme après un long silence.

Elle reprit son chemin. Là encore, Sirius remarqua une différence dans sa démarche : Beth se déplaçait vivement auparavant. Oh ! Toujours avec une certaine distinction qui lui faisait relever la tête en public. Elle s'intégrait bien dans une foule ou un groupe, en devenant rapidement une composante. Maintenant, certes sa démarche était hésitante et elle s'appuyait lourdement sur sa canne, mais cet état de fragilité ne semblait être qu'une apparence qui se dissipait dans son environnement. Dans la cuisine, Sirius avait cru voir une apparition du passé. Il n'avait peut-être pas tout à fait tort tout compte fait. Elizabeth appartenait à ses murs anciens. L'espace semblait s'organiser autour d'elle. Devenu le cœur de cette riche maison, elle était une dame patronnesse. Son port de tête et le regard qu'elle posait sur les choses ajoutaient cependant une impression de pouvoir qui lui faisait dépasser ce stade. Sirius se rappela un tableau de Poudlard qui, à l'âge de treize ans, l'avait terrifié. Connaissant son pouvoir auprès de la gente féminine et se sachant en mauvaise posture, poursuivi qu'il était par Rusard, il avait cherché un moyen d'échapper au concierge en demandant de l'aide auprès des personnages d'un tableau du couloir. Ce tableau en format paysage était aussi grand qu'une bow window et représentait un couple : un chevalier conduisant une dame sur son cheval. La scène aurait pu le faire sourire mais quelque chose dans les regards perdus du chevalier et dans la posture de la dame lourdement penchée vers lui le mit mal à l'aise. Les cheveux de la dame qui entouraient le visage du chevalier ressemblait à un filet du diable étouffant sa proie et elle-même donnait l'impression de vouloir aspirer l'âme du héros. Son malaise s'était accentué quand il avait remarqué l'immobilisme des personnages. C'est alors qu'une voix faible étouffée lui avait conjuré de s'enfuir. Sirius n'oublia jamais le moment où la tête de la dame s'était brusquement tournée vers lui et son regard trouble qui semblait l'engourdir. Il n'avait dû son salut qu'à une blague de Peeves qui avait détourné son attention de ce maudit tableau.

Aujourd'hui, Elizabeth ressemblait bien trop à cette Belle Dame Sans Merci : elle ne le regardait pas mais pourtant il se sentait soumis à son pouvoir, condamné à mettre ses pas dans les siens.

Après avoir traversé le hall, elle ouvrit une porte de bois et ils entrèrent dans un salon-bibliothèque décoré dans le style édouardien. Elle lui fit signe de déposer le plateau sur une déserte à plateau de marbre.

« Assieds-toi si tu le souhaites. »

« C'est bien la première fois qu'on permet à un chien de venir sur les fauteuils. Tu n'as pas peur que e mordille tes coussins brodés ? » tenta-t-il pour détendre l'atmosphère.

Et, à sa grande surprise, cela fonctionna. Elizabeth lui offrit un sourire, ironique certes, mais un sourire qui fit disparaître ce masque mortuaire terrifiant qu'était devenu son visage.

« Tu peux toujours essayer mais je te préviens, cette maison est vivante. Tu risquerais de dormir au chenil. »

« Mais bien sûr. » se moqua-t-il pour maintenir cette ambiance plus légère.

Mais cette dernière s'évanouit pourtant. Elizabeth tourna la tête pour regarder par les fenêtres. Elles donnaient sur le parc du manoir. Si les abords de la maison avec la terrasse et les haies bien taillées étaient rassurantes, Sirius remarqua que le parc, construit sur le modèle du paysage à l'anglaise, avait quelque chose d'inquiétant sous ce ciel gris métallique de novembre. Un bois dense et sombre en bordait les limites et du coin de l'œil, il pouvait apercevoir un bout de l'étang bordé de roseaux. Le vent pliait l'herbe, tordait les branches et arrachait les dernières feuilles. Jusque-là il avait cru que la maison était silencieuse. Il entendit soudainement les gémissements du vent pris dans les cheminées et les encoignures des ailes de la demeure. Ils ressemblaient à des voix de femmes qui tentaient de l'attirer. L'intérieur de la maison sembla craquer en écho.

« Si j'étais toi, je ne prendrais pas mes menaces à la légère. » ajouta Beth en décidant de s'assoir à son tour sur un canapé qui offrait son dos à la fenêtre. La lumière accentua les arrêtes de ses mâchoires et les ombres de son visage parurent plus prononcées, lui donnant l'apparence d'un cadavre. « Hivehill n'est pas Poudlard. La maison a…et bien, elle a un certain caractère, comme toutes les vieilles demeures. »

« Si tu veux dire qu'elle est hantée par un esprit frappeur, il a l'air grabataire. » se moqua Sirius.

« Si encore, on avait un esprit frappeur…Comment t'expliquer… »

Ils entendirent des nouveaux pas, légers, dans le couloir avant que Severus ne rentre dans le salon. Avec la familiarité des invités de longue date, remarqua amèrement Sirius tandis que le maître de potions donnait une fiole à Elizabeth. Toujours proche d'elle quoique restant debout derrière le divan, il se tourna ensuite vers lui en ne cachant pas son aversion.

« As-tu lu Poe ? » lui demanda sèchement Severus.

Sirius le regarda avec incompréhension tandis que le Serpentard levait les yeux au ciel devant son manque de culture. Mais Sirius ne voyait pas ce qu'il pouvait y avoir de méprisant devant le fait de ne pas savoir associer le nom d'un obscure auteur à la situation de cette maison. Severus émit un claquement de langue désapprobateur avant de reprendre la parole :

« Dans une de ses nouvelles, une maison est liée à une famille. Pour faire vite, quand les derniers membres de cette famille meurent, la maison s'effondre sur ses fondations. Hivehill fonctionne un peu de la même manière. »

« Excepté qu'elle n'est lié qu'à mon père et à moi. » ajouta Elizabeth. « Hivehill était à l'origine une demeure moldue tout à fait normale quand elle a été bâtie en 1563. La magie n'a commencé à s'y manifester que trois siècles plus tard… La maison s'est liée avec ses nouveaux occupants. La première sorcière à y avoir vécu et à y être morte aurait si bien imprégnée les lieux de son pouvoir que ces derniers auraient acquis une sorte de conscience qui ne s'éveille qu'en présence d'un héritier de sang. »

« Que se passe-t-il dans ce cas-là ? » demanda Sirius happé malgré lui par ces explications.

« La maison sait ce qu'elle a à faire : protéger la famille qu'elle abrite de toutes menaces. Elle obéit au maître de céans bien sûr, mais elle a développé son caractère au cours des siècles. Et elle n'hésite pas à punir ceux qui lui déplaisent. » conclut-elle en buvant la potion de Severus.

« C'est pour cela que tu aurais voulu que nous venions vivre avec toi. » comprit une voix éraillée.

Négligée et fatiguée, Lily apparut dans le cadre de la porte, suivie de Remus. Beth se releva en s'appuyant sur sa canne et claudiqua jusqu'à son amie. Les deux femmes se regardèrent de longues minutes, leurs visages marqués par une multitude d'émotions.

« Je suis navrée, Lily. » murmura-t-elle.

La jeune veuve se rapprocha et prit son amie dans ses bras.

« James ne croyait pas ce que tu lui disais. Tu comprends…les histoires d'enchanteresses et le reste. Il ne te connaissait pas. » regretta Lily en venant s'assoir à côté d'elle.

Remus s'assit à son tour à côté de Sirius. Tous les regards se braquèrent sur Elizabeth.

« Chacun d'entre vous a une vision fragmentaire de notre situation. » commença-t-elle. « Autant tout reprendre depuis le début. Sirius, James et toi avaient cru que le fidelitas serait suffisant pour vous protéger de Voldemort, n'est-ce pas ? »

Sirius et Lily acquiescèrent gravement.

« Et c'est Dumbledore qui vous a conseillé ce sortilège. On ne peut pas tout à fait lui en vouloir. Pour la simple raison qu'il n'avait pas toutes les cartes en main. Je suis soulagée de constater qu'aucun mal n'a été fait à Severus car c'est à lui que nous devons d'avoir évité une situation plus dramatique encore. »

Elle lui fit signe d'expliquer sa version de l'histoire.

« Je…j'ai entendu une prophétie faite à Dumbledore… » commença-t-il.

« Tu veux dire que tu espionnais encore ! » cracha Sirius.

La réaction d'Elizabeth ne se fit pas attendre. Elle envoya une étincelle blanche sur lui. Ebloui, il ferma les yeux. Quand il les rouvrit, il constata que ses lèvres étaient scellées. Elizabeth le regardait froidement.

« Ce n'est pas encore à toi de parler. » se contenta-t-elle d'expliquer.

Puis elle fit signe à Severus de reprendre la parole.

« Oui, j'ai servi Voldemort et j'en payerai le prix chaque jour désormais. J'ai donc entendu une prophétie qui parlait d'un enfant né en juillet de parents opposés à Voldemort et qui avait le pouvoir de le détruire. Cette prophétie…je ne lui ai pas rapporté. C'est à Beth que j'ai demandé conseil. »

Remus se tourna vers la jeune femme, le regard perplexe et furieux.

« Comment… » commença-t-il avant de s'arrêter. « Je veux dire…Beth, tu es membre de l'Ordre pourtant…tu es restée en contact avec lui ! »

« Et alors ? » répliqua-t-elle calmement en se servant une tasse de thé.

« Et alors ? » explosa Remus. « Je pensais que toi plus que quiconque aurait compris le sens du mot fidélité ! Pendant ce temps… »

« Etre fidèle signifie ne pas tourner le dos à celui qui te fait confiance, même au plus fort de l'épreuve, Remus. Je suis restée fidèle à mes premières allégeances : Lily et Severus. Et cela a sauvé des vies. » répliqua-t-elle froidement.

« Sauver des vies ? James… »

« …serait mort avec Lily si je n'avais pas répondu à l'appel de Severus. Les londubat qui ont eu un fils il y a peu aurait pu aussi être désignés par cette foutue prophétie si Severus ne m'avait pas appelé à l'aide, si Severus n'avait pas eu un doute et une fidélité infaillible envers l'amitié qui nous unit, lui, moi et Lily. » acheva-t-elle.

Elle se tut un instant avant de reprendre calmement :

« J'ai modifié la prophétie. Avant que l'un d'entre vous ne me coupe à nouveau la parole, laissez-moi vous expliquer. Si on s'en tient à un point de vue purement technique, les prophéties sont des assemblages de mots qui ne peuvent influencer l'avenir que si la parole est crue et mise en pratiques par la personne concernée par la prédiction. Voldemort était concerné et il aurait mis fin à la vie de toute personne s'opposant à lui. »

« Qui était désigné ? » demanda Lily « Qui était l'enfant ? »

Elle murmurait. Elle savait déjà la réponse, mais elle avait besoin que ses doutes soient confirmés.

« Soit Harry, soit Neville Longdubat, le fils d'Alice et Frank. »

Sa déclaration fut suivie d'un long silence. Lily se leva pour aller retrouver son fils. Personne ne la retint, imaginant sans peine ce qu'elle pouvait ressentir. Mais Beth devait terminer ses explications.

« Je ne pouvais pas laisser Harry mourir. » murmura-t-elle. « Il n'était pas question qu'un innocent soit sacrifié. J'ai fait ce que Lily attendait de moi, en me désignant comme sa marraine. Je suppose que vous savez ce que représente cette fonction. »

Condamné au silence, Sirius et Remus acquiescèrent.

« Sirius, je suppose que tu savais que je n'étais pas le premier choix de James. Je crois qu'il aurait préféré Mary MacDonald. »

Sirius acquiesça de nouveau.

« Il n'aimait pas trop savoir qu'il devrait affronter ta pokerface en permanence. » ajouta-t-il.

Elizabeth éclata de rire, mais un rire sec et dure.

« Il avait peur que je ne rétablisse Sev dans les bonnes grâces de Lily, oui. Mais c'est Lily qui a eu le dernier mot. Il faut dire qu'avec les temps qui courent, je suis la meilleure protection possible pour Harry, même si je n'ai rien contre Mary. »

« Comment ça ? Excuse-moi, Elizabeth, mais tu n'as rien de plus que les autres membres de l'ordre. Tu es même plus jeune que nous. » remarqua Remus perplexe.

« Beth est à moitié banshee par sa mère. » expliqua Lily en revenant avec Harry dans ses bras. « Ca l'apparente aux fées. »

Tout le monde eut l'air de comprendre sauf Sirius qui toqua contre le dossier de bois du fauteuil. Il la regarda d'un air interrogateur.

« Les fées-marraines ont pour obligation de veiller sur les enfants qui leur sont confiés. Elles doivent écarter le Mal de leur chemin. » expliqua Lily. « James ne croyait pas aux contes moldus. Beth a accepté cependant. »

« Dès lors, mon devoir est devenu la protection de Harry. »

« Mais tu aurais pu refusé ! » s'étonna Remus.

Beth émit un petit ricanement froid et dédaigneux.

« Remus, si c'est ainsi que les Maraudeurs conçoivent la loyauté, pas étonnant que Peter vous ait trahi. Lily et Severus ont toujours été près de moi, même dans les périodes les plus dures. Je ne me vois pas leur refuser quoi que ce soit. C'est pour cette raison que j'ai détourné le regard de Voldemort de sa cible. Normalement, James et Lily auraient dû venir se retirer ici tandis que j'aurai attiré Voldemort à moi. Mais James a refusé de se cacher derrière moi…et ce jusqu'au bout. » murmura-t-elle.

« James était fier. » reconnut alors Remus. « Et cela lui a toujours attiré des ennuis. »

« Il était condamné. » lâcha soudainement Elizabeth. « Il m'a imposé sa volonté. Et chercher à contrôler les banshees coûte cher. Cela ne se termine jamais bien pour les mortels qui s'y essayent. »

Sirius ne pouvait pas accepter ces propos. Elle essayait de se jeter l'opprobre. Elle voulait retourner leur colère et leur chagrin sur elle. Remus sembla considérer les choses du même point de vue que lui.

« Nous avons fait une erreur en pensant que l'idée de Dumbledore serait suffisante pour assurer notre sécurité. Beth voulait que nous nous réfugions chez elle. »

« Quelle différence ? » demanda Remus.

« La maison est un sanctuaire, lié à son propriétaire. Elle défend ses occupants. Aucun sortilège, aucun intrus ne peut y pénétrer. Si Voldemort avait tenté d'entrer dans mon domaine, il n'en serait jamais ressorti. Le plan de base était de l'attirer ici, sur la lande qui borde le parc. Sans le tuer, la lande l'aurait bloqué dans un entre-deux. Pour les moldus, c'est un endroit classé qu'ils n'approchent pas. D'autant plus que certaines disparitions ont donné une réputation inquiétante aux lieux. Mais pour les sorciers et les créatures magiques, la lande correspond au sîd ou le val sans retour ou pour les grecs l'asphodèle. »

Sa déclaration les rendit tous silencieux.

« Tu ne nous as jamais dit qu'on jouait si près des Enfers ! » s'étonna Lily.

« Tu penses bien qu'à l'époque, je n'étais pas au courant. Papa m'interdisait les histoires de fantômes. On comprend pourquoi. Quand il a accepté de quitter la maison, il m'a enfin averti…Mais aucun mal ne vous sera fait si vous restez dans les limites du parc. La lande est après les bois. »

« Tu veux que nous restions ici ? » demanda Remus.

« Bien sûr. C'est pour notre sécurité. Maintenant que Voldemort est affaibli, il faut que… »

« Affaibli ! Mais Beth, il a disparu ! » s'étonna Severus.

Comme preuve, il osa remonter sa manche pour montrer la marque des Ténèbres dont la couleur s'était affadie. Il avait à moitié remonter sa manche quand il réalisa que trois paires d'yeux hostiles s'étaient posés sur lui.

« Ne la cache pas. » l'encouragea cependant Beth. « Pas de faux-semblants. Ta marque a-t-elle disparu ? »

Elle ne s'était pas tournée vers lui, comme si elle connaissait déjà la réponse. Son attitude un peu secrète et pourtant très avertie des choses la vieillissait considérablement et lui donnait un air à la Dumbledore.

Severus lui obéit et remonta entièrement sa manche : la tatouage apparut aux yeux de tous.

« Non. » répondit-il lugubrement.

« Non, en effet. S'il était mort, ses sortilèges seraient morts avec lui et nous aurions eu un cadavre. »

« C'est à n'y rien n'y comprendre ! » s'énerva Lily. « Comment as-tu pu survivre alors que James est mort ? Et pourquoi Tu-sais-qui a disparu ? »

Beth baissa la tête tout en lui prenant la main dans une attitude de pénitente.

« Je n'ai pas de réponse claire, que des suppositions. Mais je crois que Dumbledore pourra nous éclairer mais il n'est pas question que nous allions le voir tant que nous ne serons pas organisés. »

« Dumbledore a quand même plus d'expérience que toit, Elizabeth. » remarqua Remus

Elizabeth releva la tête et le foudroya du regard. Le loup-garou se replia sur son siège.

« Dumbledore a certainement connu Voldemort élève. Il doit connaître ses points faibles. A-t-il jamais tenté quoi que ce soit pour l'arrêter alors qu'il a affronté Grindelwald, il y a quarante ans ? Voldemort est plus jeune que Grindelwald, il avait engrangé moins de connaissances et pourtant jamais Dumbledore ne l'a arrêté. Si tu te poses les bonnes questions, tu remarqueras qu'il reproduit le même schéma : laisser un mage noir arriver au summum de sa puissance, le défaire, récolter les éloges et la confiance des gens. Cette inaction que ça soit à l'intérieur de Poudlard quand les Mangemorts recrutaient chez les élèves ou à l'extérieur ne me pousse pas à lui faire confiance. Autre élément perturbant, Dumbledore a surpris Severus en train d'écouter la prophétie. Il aurait pu lui faire oublier. Au lieu de cela, il l'a laissé partir en sachant que c'était un mangemort. »

« Tu veux dire qu'il…espérait que cette prophétie arrive aux oreilles de Voldemort ? » supposa Lily. Beth semblait furieusement prendre la défense de Severus. Elle l'avait toujours fait au collège, même quand cela lui coûtait. Beth avait respecté son souhait de ne plus rien entendre à propos de son ancien meilleur ami, mais il y avait toujours des moments où Lily surprenait les yeux rouges de Beth ou son anxiété quand Severus se retrouvait impliqué dans des bagarres avec les Maraudeurs ou quand un élève Né-moldu était agressé par certains Sang-Pur. Cela l'avait miné et Lily soupçonnait fortement que le réveil et la croissance fulgurante de sa maladie devaient être liés aux soucis qu'elle se faisait pour Severus et Regulus Black. Aussi pour ménager son amie, évita-t-elle de mettre Severus face à ses responsabilités.

« Je n'en sais rien. Mais cette révélation faite par un homme en colère pour se venger tombait un peu trop à pic pour être une erreur de débutant venant de Dumbledore. »

Cette supposition acheva de les démoraliser. Si Dumbledore les manipulait, vers qui pourrait-il se tourner ?

« Ca m'arrache la langue de le dire mais je crois qu'on ne peut que compter les uns sur les autres. » comprit Severus en lançant un regard venimeux vers Sirius et Remus.

D'un geste de la main, Beth servit les tasses de thé et les fit léviter jusqu'à chacun d'entre eux. Elle ne répondit pas à la déclaration de Severus. Mais son silence avait valeur d'assentiment tout en mettant au défi quiconque d'y trouver à redire.

« Tu m'as insultée. Tu as préféré le pouvoir à notre amitié. Tu n'as pas eu confiance en moi. Tu as fait des mauvais choix et je suis sûre que tu as commis des atrocités. » commença Lily. Et chacune de ces affirmations semblaient être un coup de couteau porté à l'ancien mangemort. Ses lèvres disparurent tandis que la souffrance l'enlaidissait davantage. « Mais quand il a fallu que tu choisisses entre ta rancœur et ma vie ainsi que celle de mon fils, tu as pris le risque de mentir à Tu-Sais-Qui. Je t'ai rejeté parce que tu me faisais peur et tu me décevais. Mais ton réflexe a été de sauver mon enfant…je ne te pardonne pas tes fautes mais je veux bien t'accorder de nouveau ma confiance. » décida gravement Lily sans regarder son ancien ami.

Cette déclaration inespérée pour l'ancien mangemort apaisa légèrement son tourment.

« Ne me déçois plus. » lui jeta-t-elle.

Severus n'était pas naïf : il savait que rien ne redeviendrait comme avant entre eux. Il ne pousserait pas sa chance : il savait qu'il n'était pas digne d'espérer plus que cela.

Le vieux trio brisé se ressoudait maladroitement.

« Cette maison est désormais la vôtre. Elle nous abritera. Je peux lutter contre Voldemort mais je ne le ferai pas seule. Ce n'est pas seulement l'affaire d'un sortilège et d'une puissance suffisamment grande, sinon nous serions morts tous les deux. Il y a là-dessous une magie puissante mais aussi un stratagème tordu qu'il va falloir mettre en déroute pour le vaincre. Pour cela, nous avons tout intérêt à associer nos forces et nos esprits dans une cohésion totale. »

« Tu veux que nous vivions ensemble pour favoriser nos recherches ? » demanda Remus.

« Et pour éviter qu'on ne s'en prenne à nous de quelques manières qui soient. Tous les mangemorts n'ont pas été arrêté je suppose ? »

« C'est la débandade mais les plus dangereux résistent toujours. » répondit Sirius.

« Bien. Dans ce cas, la question est réglée. » décrèta Beth en reposant sa tasse sur la table.

« Je ne peux pas rester. » déclara Remus.

Il l'avait dit sur un ton las et résigné. Ses épaules voûtées, il regardait par la fenêtre de ses yeux doux et tristes.

« Oh ! Non ! Pas de ça avec moi. » gronda Elizabeth en se relevant doucement et en s'appuyant sr sa canne. « Suivez-moi. Il est temps de vous faire le tour du propriétaire. »

Elle ouvrit la porte du salon et se glissa dans un couloir aux lambris sombres. Elle les mena dans le hall.

« A l'étage, nous avons les chambres des membres de la famille et de leurs invités. Le nombre est initialement prévu pour dix personnes. Au rez-de-chaussée, vous avez deux couloirs perpendiculaires. Le plus petit mène aux anciens quartiers des domestiques et à la cuisine. Le second désert le petit salon qe nous venons de quitter, la salle à manger, le salon d'apparat ou salon de musique et la bibliothèque. Adossé à la maison, vous avez le jardin d'hiver. Et enfin… » déclara-t-elle en s'approchant de l'escalier. Dessous se trouvait une porte dérobée recouverte de lambris. Elle l'ouvrit et actionna un vieil interrupteur datant des années trente. Il éclaira un escalier de briques qui s'enfonçait dans les profondeurs.

« Après la…blague, si on peut appeler ça une blague, de Black, Severus m'a dévoilé ta condition Remus. Et puis, bon, tes copains et toi, vous n'étiez pas les rois de la discrétion. » remarqua-t-elle en les guidant le long de cet escalier étroit. Ils se retrouvèrent devant une lourde porte blindée que l'on pouvait verrouiller dans les deux sens. Elizabeth posa sa main sur la roue d'actionnement et cette dernière tourna seule. La porte s'ouvrit.

Ils entrèrent dans une immense cave au plafond en berceau. Elle était pavée de pierre du sol au plafond. Une seule partie séparée du reste par des murs de briques semblait réservée à la conservation de la nourriture mais elle ne semblait plus utilisée. Le reste était seulement occupé par des casiers à vins repoussés contre les murs. Entre les deux murs, il y avait un vaste espace sous la voute de pierre. En son centre, il y avait quelques néons qui diffusaient une lueur blanchâtre.

« Mes grand-parents et mon père ont construit cette cave dès que Hitler est arrivé au pouvoir. Mon père a beau être un sorcier, il sait que les armes moldues peuvent occasionner de gros dégâts. Tout sorcier que tu sois, quand tu reçois des éclats de pierre ou de métal dans le corps, tu meures. Hivehill est à quelques kilomètres seulement de Londres, en plein dans les zones de bombardements aériens. Les murs sont en pierre bien épaisse et une fois la porte de la cave verrouillée, on est coupé du monde. Je sais que ce n'est pas ce que tu souhaiterais, Rems. Mais tu ne risqueras rien ici. » jugea Elizabeth en regardant les lieux. Les ombres et les lumières creusaient son visage amaigri.

Elle se tourna vers eux de nouveau.

« Et quand tu n'en auras pas l'utilité, nous pourrons l'utiliser pour développer de nouveaux sorts et nous entraîner. »

« C'est assez solide ? » s'inquiéta Sirius.

« Severus ? » lui demanda-t-elle en penchant la tête vers son meilleur ami.

Severus s'avança e brandit sa baguette. Il lança un sort de sa conception. Un serpent de flammes jaillit de sa baguette. Sa puissance était telle qu'elle faisait trembler l'air confiné. Il explosa contre les murs faisant trembler les bouteilles dans leur casier avant de disparaître.

Mis à part les traces de suie sur la pierre, aucune fissure, aucun éclat n'était visible.

« Je crois que tu as ta réponse, Black. » annonça Elizabeth les mains posées sur les hanches. « Maintenant, je crois qu'il est bon de nous reposer et de nous préparer. »

« Préparer à quoi ? » demanda Lily.

« A tirer les vers du nez de Dumbledore. »