17
Mrs Black était désormais veuve et clairement incapable de s'occuper d'elle-même seule. Son esprit malade n'avait pas supporté la disparition coup sur coup de son fils puis de son époux emporté par la dragoncelle au début de l'année. Sirius semblait ne pas être touché par cette nouvelle. Pourtant il y avait moins de rancœur et de haine avec Orion Black qu'avec sa mère.
C'était donc avec la peur au ventre et la haine au cœur que Sirius avait emmené Elizabeth et Remus au Square Grimmault. Remus n'avait pas lâché son ami. Ils avaient failli être attaqués par des sortilèges mais Beth n'avait eu qu'à montrer son visage pour que ces derniers cessent. Ils avaient découvert avec grand étonnement que sa présence apaisait Walburga Black. Elle avait immédiatement appelé la jeune femme à ses côtés et Beth avait obéi. Sirius l'avait vu embrassé la main de sa mère comme une fille aimante avant qu'ils n'explorent cette maison honnie. L'image le perturbait bien qu'il n'ignorât pas que leur amie avait été la plus proche de Regulus à l'époque de Poudlard. Il n'était pas dans le genre de sa mère d'apprécier les sang-mêlés. Mais la recherche de l'horcruxe le poussa à repousser ses interrogations au fond de don esprit. Sur les indications d'Elizabeth qui avait vu des souvenirs de Voldemort lors d'un cauchemar, ils cherchaient un médaillon. La jeune femme semblait pouvoir sentir les morceaux d'âme du Seigneur des Ténèbres. Aucun d'entre eux n'avait voulu lui poser davantage de questions, tant cette capacité était perturbante.
Remus remarqua le malaise grandissant de Sirius : plus ils passaient de temps en ces lieux, plus Sirius semblait s'agiter, cherchant de plus en plus furieusement dans les cachettes possibles du vieux manoir. Il renversait maintenant des objets plus par besoin de détruire quelque chose que par volonté de trouver. Sirius se figea soudainement et Remus le regarda avec inquiétude.
« Tu entends ? » lui demanda en chuchotant Sirius calme mais tendu comme prêt à bondir.
Remus écouta à son tour. Mais la maison était calme. Son silence n'était troublé que par le lourd tic-tac d'une pendule qui résonnait dans la cage d'escalier.
« Non. Que veux-tu que j'entende ? » s'inquiéta le loup-garou.
« On est quatre dans cette baraque, cinq avec cet elfe fêlé. Mais on n'entend que nous. » chuchota Sirius.
Leur inquiétude se changea en appréhension.
« Beth est toute seule avec cette folle qui hait notoirement tout ce qui n'est pas sang-pur. » ajouta t-il comme si sa première déclaration n'était pas suffisante.
Sans se concerter davantage, ils quittèrent la vieille bibliothèque pour descendre les escaliers en s'efforçant d'être les plus silencieux possible. Chose qui se révéla extrêmement ardu avec ces vieilles marches grinçantes. Tant bien que mal, ils parvinrent au rez-de-chaussée après de nombreuses contorsions qui auraient fait rire Harry. Tout était silencieux. A l'extrémité du couloir, on apercevait toujours la lumière de la cuisine, seule pièce désormais assez chaude pour les articulations vieillissantes de Mrs Black. Les lieux étaient déserts et silencieux.
En bons maraudeurs, ils continuèrent d'avancer silencieusement. Seulement à la différence de leurs années d'étude à Poudlard, leurs baguettes tendues devant eux n'avaient pas pour unique but de les éclairer.
Mais avant même qu'ils aient pu s'en servir, la porte de la cuisine s'ouvrit, laissant passer une bouffée de chaleur.
« Milady avait raison. Le fils traitre-à-son-sang et son ami le maudit sont bien là. » annonça d'une voix grinçante Kreattur, le vieil elfe de maison.
Dès qu'il posa les yeux sur lui, Sirius ressentit une montée de haine qui le fit voir rouge. Il voulut donner un coup de pied dans le dos de ce déchet vivant. Mais une puissante force cloua sa jambe au sol.
Kreattur ouvrit complètement la porte. Face au feu, attablées toutes deux à la table de cuisine devant deux tasses de thé, Walburga et Elizabeth les observèrent comme s'ils étaient deux petits garçons en retard. Sirius fut surpris de deux choses : sa mère se trouvait dans sa cuisine et elle prenait le thé, dans son plus beau service, assisse en égale avec Beth. Beth qu'elle aurait dû mépriser à cause de ses origines douteuses. Et pourtant, cette femme qui lui faisait si peur petit et qui semblait si vieille aujourd'hui ne s'offusquait pas d'avoir leur compagne à table. Plus étrange encore, elle serrait fermement la main de la jeune femme dans ses doigts osseux.
« Es-tu satisfait de tes recherches Sirius ? As-tu suffisamment mis à sac cette maison ? » lui demanda-t-elle froidement.
Comment Beth faisait-elle ? Même s'ils étaient durs, c'était les premiers mots que sa mère lui adressait après toutes ces années de silence. Et ce n'était ni des malédictions, ni des injures ! C'était à la jeune femme qu'il les devait. Sirius était trop surpris pour répondre par une pirouette moqueuse et provocante :
« Non. » répondit-il simplement.
Il ne voulait rien lui demander : non seulement si elle comprenait que c'était un objet de magie noire qu'il cherchait, il était sûr qu'elle ferait tout pour protéger le dit-objet, mais en plus, il ne voulait rien lui devoir.
« Il semblerait que j'ai eu le nez plus fin que vous autres, les limiers. » se moqua gentiment Elizabeth, sa voix adoucissant l'atmosphère pesante.
Elle leva sa main libre. Une chaîne d'argent glissa entre ses doigts. Au bout pendait un lourd médaillon octogonal orné d'un serpent d'émeraude.
Elle avait récupéré ce foutu médaillon sans bouger de cette pièce, en discutant avec une vieille femme à demi-folle et un elfe sadomasochiste.
« Mais que…comment ? » s'ébahit Remus.
Beth fit un signe de tête discret vers l'elfe.
« C'est Kreattur qu'il faut remercier…pour sa loyauté envers sa famille et son affection envers son maître. » déclara-t-elle.
Sirius tourna son regard surpris vers Kreattur. Ce serait bien la première fois qu'il n'agirait pas dans le sens contraire du bien.
« Milady n'a pas besoin de remercier Kreattur. Non, pas besoin. Milady va faire beaucoup pour Mr Regulus et pour Kreattur. Mr Regulus voulait que Kreattur vous donne le médaillon. En mains propres. Mais Kreattur ne pouvait pas laisser la maîtresse seule. »
« Assez Kreattur. Tu as fait ce qu'on attendait de toi. Maintenant laisse-nous. » ordonna Mrs Black d'une voix que jamais Sirius n'aurait cru pouvoir un qualifier de faible. Or c'était pourtant le cas présent.
Kreattur s'inclina jusqu'à laisser ses oreilles balayées le sol puis se retira en transplannant.
« Que vient faire Regulus là-dedans ? » s'étonna Sirius.
Le regard d'Elizabeth se posa soudainement sur lui, voilé de chagrin et de colère.
« Ton frère a certainement fait plus que quiconque durant la guerre. Je t'interdis de manquer de respect à sa mémoire. »
Il voulut l'interroger mais sa mère lui coupa la parole.
« Regulus est mort en sorcier honorable. Il a prouvé à quel point il était digne de son nom. Il était un vrai Black et il a refusé de se soumettre. Il a été…il a été…mon petit garçon a réussi à berner le Seigneur des Ténèbres. Il était plus jeune mais plus intelligent. Et il est mort pour que nous ne soyons plus soumis à un imposteur…Mon petit garçon…est…mort. » répéta-t-elle.
Walburga Black n'était pas une mère tendre et affectueuse. Mais la puissance de la vérité sans fard l'avait secouée à un point que certaines de ses convictions vacillaient sur leurs fondations. Elle se tourna vers Elizabeth dans sa détresse.
« Regulus ne voulait pas que je vous rencontre. J'ai voulu lui interdire de vous fréquenter quand j'ai découvert votre lignage jusqu'à ce que votre pouvoir soit reconnu comme celui d'une aède. Votre puissance a intéressé mon époux et il m'a expliqué le bien-fondé d'une alliance avec votre sang. Mais je ne pourrais jamais vous appeler ma fille. Pourtant, j'en appelle à vous. Si Regulus était votre ami, vengez-le. Vengez sa mort. Vengez notre nom ridiculisé par ce moins que rien, ce Jedusor qui nous a dupé. Dans un an comme dans dix, redressez notre maison. » lui demanda-t-elle en serrant ses mains avec force.
Sirius avait mal : sa mère avait réussi à la blesser de nouveau en décrétant qu'Elizabeth ne pouvait être sa fille. Il n'aurait pas dû écouter les propos de ce monstre, mais ils avaient le poids et la menace du décret inviolable et implacable. La malédiction maternelle s'ajoutait à son malheur.
Elizabeth Keats ressemblait, à la lueur des flammes, plus que jamais à une créature surnaturelle qu'on aurait invoquée. Elle ne parlait pas, pas encore. Elle pensait, pesait le poids de ses mots afin que cette nouvelle chaîne qu'elle formait ne l'entrave pas dans sa mission première.
« Mon ami mort en vain ne sera pas. Il a montré la voie. Je reprends son combat. » promit-elle.
Un fil de lumière apparut autour de sa main et de celle de Mrs Black. Il s'enroula autour de leur poignet avant de se fondre dans leur chair.
Les flammes lancèrent des éclats menaçant sur le médaillon.
