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L'enterrement fut éprouvant pour Beth, Lily et Severus.

Ces derniers avaient autant été ébranlés que leur amie par cette perte soudaine. Severus avait déserté le manoir, ne revenant même pas pour les vacances de Pâques. Sa culpabilité s'était alourdie. Jamais il n'aurait cru que cet homme calme qui avançait dans la vie, comme un navire fend les flots, puisse un jour disparaître. Le fait qu'il ait été assassiné ne rendait les choses que plus douloureuses encore. C'était sa faute. La tante Gylwyn qui les abandonnait après le coup de fusil, Beth qui échappait de peu à la mort, son père qui aurait dû pouvoir revenir dans un pays en paix et qui était tué…

Lily était venue le chercher par la peau du cou pour le ramener à la maison. Dès qu'elle les avait vus revenir, Elizabeth s'était laissé tomber dans leurs bras. C'était une vision pitoyable qui lui brisait le cœur et qui lui rappelait que leur dernière parcelle d'enfance venait d'être détruite.

Pendant de longues heures, ils étaient restés soudés les uns aux autres, pleurant ensemble. Sirius et Remus s'étaient relayés pour s'occuper d'eux. Aucun des Maraudeurs ne fit de remarques à Severus. Depuis qu'ils vivaient ensemble, ils avaient remarqué que le fait d'être sur le qui-vive sapait les forces et le moral de leur groupe. Alors, petit à petit, une entente cordiale s'était lentement mais sûrement installée entre eux. Les voir si désespérés était une vision perturbante qui remettait en question tout ce qu'ils croyaient savoir.

L'année s'écoula sans qu'aucun nouvel horcruxe n'ait été trouvé. Pour éviter qu'aucun d'entre eux n'entre en contact direct avec cet objet suintant la magie noire, ils l'avaient enveloppé d'une gangue de diamant et enterré sous une vieille statue de faune repoussante. Après concertation, ils avaient trouvé préférable de faire passer les horcruxes par groupe pour éviter d'alerter Voldemort s'il était encore conscient. Le tout était maintenant de s'assurer qu'aucune créature de l'autre monde ne s'approche du manoir pour s'en emparer avant l'heure.

Après l'enterrement, Beth et Lily avaient installé leur état-major dans le bureau de Mr Keats. Elles s'étaient plongées à corps perdu dans des hypothèses et des recherches sur ces objets. Ni Severus, ni Sirius ne connaissaient plus que cela ce genre d'objet même si la bibliothèque du Square Grimmault leur était grande ouverte et que Severus avait trouvé quelques documents utiles à Poudlard. Il leur avait envoyé des copies. Ainsi qu'une note leur indiquant que Voldemort avait postulé pour le poste de défense contre les forces du mal et qu'il cherchait si par hasard il n'aurait pas déposé un horcruxe à Poudlard.

Dumbledore tenait ses engagements jusqu'à maintenant : il leur avait fait parvenir un parchemin avec une biographie de Tom Jedusor et des différents changements survenus chez lui avant qu'il ne devienne définitivement Voldemort. Sirius et Remus cherchaient avec l'aide de Mrs Black les ascendants possibles de ce dernier au travers des généalogies éteintes de certaines maisons.

Alors qu'il pleuvait, Beth avait laissé de côté leurs recherches pour achever de préparer l'organisation du mois de Septembre. Bien sûr, elle avait encore du temps devant elle. Il lui restait encore trois bons mois. Mais elle avait reçu sa convocation pour passer la soutenance de son mémoire. Elle organisait donc ses notes, même si elle connaissait son sujet sur le bout des doigts. Se plonger dans le travail l'aidait à se remettre, même si la pense que son père n'assisterait pas à sa soutenance lui était douloureuse. Christopher Keats avait toujours poussé sa fille à aller plus loin, à poser des questions et à interroger ce qu'elle savait du monde. C'était à lui qu'elle devait ce qu'elle était aujourd'hui. C'était lui qui l'avait poussé d'une certaine manière sur le chemin de la Résistance.

Un tapotement et un hululement lui firent relever la tête. Elle ne connaissait pas l'oiseau : peut-être était-ce un de ceux de Poudlard ? Severus avait-il trouvé quelque chose de nouveau ?

Elle se leva et ouvrit la fenêtre. L'oiseau rentra dans une tornade de vent et de pluie. Beth mit son bureau sous une cloche de protection avant que ses papiers ne soient détrempés et éparpillés aux quatre coins de la pièce. La petite chouette hulotte se posa sur un perchoir en bois non loin de la cheminée. Elle ébouriffa ses plumes pour se débarrasser de son excédent d'eau puis tendit la patte pour donner une lettre.

Elizabeth prit la missive et donna à l'oiseau une friandise avant de lui jeter un rapide sort de séchage qui ébouriffa toutes les plumes de l'oiseau qui hulula de surprise avant de fermer un œil de bien-être.

« Prends le temps de te reposer et de te réchauffer. » lui dit-elle en décachetant le document.

Une minute plus tard, toutes les clochettes de la maison sonnaient. Lily, Remus et Sirius débarquèrent dans son bureau dix minutes plus tard.

« Tu as trouvé quelque chose ? » demanda Remus.

« Non, par contre quelqu'un risque de nous trouver. » répondit-elle en leur donnant à lire la lettre.

Tandis qu'ils découvraient son contenu, Beth donna une chaise rembourrée à Lily. Cette dernière la remercia d'un sourire et sa main se porta à son ventre bien arrondi. Tout le monde avait été abasourdi, Lily la première quand elle avait découvert qu'elle était de nouveau enceinte. Entre larmes et bonheur, ils se préparaient tous à l'arrivée de ce nouveau membre de la famille. Harry était de loin celui qui semblait le plus joyaux. On l'entendait souvent babiller de ce qu'il ferait avec son petit frère.

« Tu ne peux pas refuser cette interview. Sinon Sketter s'en donnera à cœur joie. » déclara Remus.

« Quoi que dise Beth, Sketter déformera tout de toute manière. Pas question qu'elle vienne ici. » décida Sirius.

Elizabeth récupéra le parchemin.

« En effet. » l'appuya-t-elle. « C'est pour ça que je propose un déménagement ou plutôt…une mise en scène. Remus, tu resteras à la maison. Toi aussi Lily. Sirius, tu te feras passer pour mon chien. Quant à moi, je serai la pauvre Survivante malade et isolée. » décréta-t-elle. « Complètement inoffensive. De celle qu'on prend en pitié, surtout quand on la pense abandonnée de ses amis. »

« Autant te dessiner sur le dos une cible. »

« C'est de la prestidigitation ! On détourne le regard des gens de ce qu'ils veulent vraiment voir. Si ça peut attirer les derniers mangemorts et nous permettre de les questionner, pourquoi se priver ? »

Lily soupira.

« Tu ne seras jamais crédible en survivante si Sketter voit ta tête. » remarqua-t-elle. « Je veux bien que tu paraisses fragile mais si elle découvre que tu es malade, tu peux être sûr qu'elle démontera tout ton scénario. On va corriger ça. »

Elle se leva.

« On n'a pas beaucoup de temps. Cette lettre n'est pas une invitation. C'est une déclaration : elle arrivera vite. Il faut qu'on trouve un endroit qui puisse donner l'impression que je vis seule. »

« Je m'en charge. » déclara Sirius. « Laisse Lily s'occuper de toi. Je reviens te chercher. »