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Skeeter était partie après avoir posé quelques questions supplémentaires sur la nuit du 31 octobre et les raisons qui avaient poussé Voldemort à retrouver une jeune diplômée de Poudlard pour tenter en vain de la faire disparaître. Voyant que la plume à papote était rangée au profit d'u classique carnet et d'une plume d'aigle, Beth s'était prêtée plus volontiers aux hypothèses de la journaliste. Elle avait l'impression d'avoir lâché un furet dans un trou de lapin. Skeeter n'attendait plus qu'une chose : être celle qui résoudrait l'énigme de la fin de Voldemort et mettre à mal le Ministère.
Elizabeth lui avait recommandée la prudence car elle risquait certainement de découvrir des choses qu'on chercherait à faire disparaître par tous les moyens. Elle l'avait priée de la tenir informée si des nouvelles du Seigneur des Ténèbres devaient être découvertes. Skeeter jugea le marché équitable au vu de ce qu'elle lui avait déjà fourni et l'accepta.
Elle venait de partir.
Sirius attendit quelques minutes avant de reprendre son apparence humaine. Il se tourna vers elle. Elizabeth, d'un geste de la main, fit disparaître les restes de thé. La vaisselle semblait n'avoir jamais été utilisée. Puis elle leva le visage vers lui. Un petit sourire triomphant apparut sur ses lèvres, lui donnant un air canaille.
Pour la première fois depuis un an, Sirius éclata d'un rire qui ressemblait fort à un aboiement. La jeune femme ramena le plateau de thé dans la cuisine. Il la suivit pour lui montrer l'emplacement des différentes pièces de vaisselle.
« Mais qu'est-ce que tu faisais à Poufsouffle ? La dernière fois que j'ai vu quelqu'un changer aussi vite d'avis, c'est quand James s'est rendu compte que Lily n'apprécierait pas qu'il vende sa collection de potions pour les remplacer par des manuels de quidditch ! Tu lui as jeté un sort de confusion ? »
Beth qui ramassait les tasses releva la tête et le fusilla du regard. Sirius se demanda pendant un instant si elle n'allait pas lui jeter les tasses en question à la tête.
« Si j'étais toi, je m'abstiendrais de faire des compliments si c'est pour dire de pareilles bêtises. La magie ne fait pas tout, Sirius. » déclara-t-elle d'un ton hautain.
Elle se tourna pour poser les tasses sur le plan de travail et ouvrir les placards : Sirius se rapprocha d'elle pour la guider. Il était juste derrière elle. Leur position et leur proximité lui rappela douloureusement un autre matin plein de promesses qui avaient été balayées.
« Je ne voulais pas être blessant. Pardonne-moi. » chuchota-t-il. « Mais il n'empêcha que c'est tout bonnement incroyable. Comment as-tu fait pour te la mettre dans la poche ? »
Beth s'était figée. Sirius n'avait pas tenté de l'approcher ainsi depuis l'épisode du garage six mois plus tôt. Son parfum boisé et sa chaleur la frappèrent brutalement. Elle sentit sa peau se couvrir de chair de poule.
Elle avait l'impression d'avoir déjà vécu cet instant.
« Beth ? » appela Sirius, inquiet de ne pas obtenir de réponse. Il posa sa tête sur son épaule.
Elizabeth se sentait perdue. Pourquoi avait-elle cette impression qu'il lui manquait quelque chose ? Mais la voix de Sirius la ramena au moment présent et de nouveau cette impression de déjà-vu s'évanouit.
« Tout va bien ? » s'inquiéta de nouveau Sirius.
« Oui. Excuse-moi. Je crois qu'un souvenir essayait de refaire surface. » marmonna-t-elle. « Tu disais ? »
Ce fut au tour de Sirius de rester silencieux et de la fixer longuement. Mais l'espoir qui commençait à poindre en lui s'éteignit quand son amie la regarda avec un air interrogateur.
« Oui, je voulais savoir… » Il s'interrompit. «… comment tu avais fait pour pousser Skeeter à ranger son torchon. Les tasses vont en haut à droite. » ajouta-t-il.
« De l'observation, Sirius. Skeeter se donner des grands airs mais elle n'est qu'une journaliste de seconde catégorie. Elle crève d'envie de grimper les échelons et les ragots ne suffisent pas à te propulser au rang de rédactrice en chef. Il a suffi de lui agiter sous le nez ce qu'elle désirait. » répondit-elle en se dressant sur la pointe des pieds pour poser la vaisselle selon ses indications.
« C'est très Serpentard tout cela. » se moqua Sirius.
Mais elle ne sembla pas remarquer son ton taquin.
« Et alors, si la méthode fonctionne ? Je ne vois pas pourquoi Voldemort serait le seul bon joueur d'échec de la partie. » répliqua-t-elle.
Sirius prit les dernières tasses. En silence, il combla l'espace qui les séparait. Il rangea la vaisselle et referma le placard. D'abord immobile, Elizabeth se retourna et s'appuya contre le meuble de travail pour lui faire face, levant à peine la tête pour le regarder droit dans les yeux. Elle était impassible. Pourtant ses yeux bleus se plissèrent doucement comme si…comme si elle luttait pour essayer de se souvenir.
« Mon espace vital, Back. Recule, j'ai la poignée du tiroir qui me rentre dans le bas du dos. » lui demanda-t-elle pince-sans-rire.
Sirius obéit mais il ne s'éloigna que de deux pas. Il était revenu dans le champ d'attraction de son étoile.
« Dis-moi, tu venais souvent chez Lily et James quand on se cachait ? »
Elle n'avait jamais posé la question. Et ils avaient tous respecté son amnésie pour ne pas la brusquer. Les souvenirs commenceraient-ils à revenir ?
Sirius ne souhaitait que cela. Pourtant, Beth n'était plus la même. Elle était vive mais toujours sur le pied de guerre, ne pensant qu'à prendre de vitesse Voldemort. Elle n'était plus la femme qu'il avait aimé dans le salon de ses meilleurs amis et qui n'attendait plus rien de la vie. Ce n'était pas que ses sentiments s'étaient flétris mais il avait du mal à imaginer que cette Elizabeth guerrière puisse de nouveau se laisser aller comme la jeune femme qu'il avait embrassé sur le perron dans la nuit.
Il allait répondre honnêtement quand un patronus apparut dans la cuisine. C'était celui de Remus. Aussitôt l'atmosphère se chargea d'inquiétude :
« J'ai emmené Lily à l'hôpital. Elle a perdu les eaux. Harry est avec moi. » déclara précipitamment sa voix.
Le patronus disparut.
Ils se regardèrent une seconde, se souriant tristement l'un à l'autre.
Sirius lança un sort et la maison reprit son aspect de départ.
Ils transplannèrent en laissant cet instant entre eux.
