26

Severus dut faire preuve de patience et de ténacité pour réussir à faire accepter sa fille à Lily. Cette dernière avait d'abord refusé de les voir. Ni Sirius, ni Remus, ni Beth n'osèrent s'en mêler. Peut-être parce que Marygold ne voulait pas d'eux pour l'instant.

Ils s'arrangèrent donc pour décharger Severus des tâches domestiques afin de le laisser aider Lily. Ils s'occupèrent d'Harry qui ne se faisait pas vraiment à ces bouleversements. Le petit garçon qui avait été si sage piquait maintenant des colères et des caprices. A plus de dix-huit mois, il savait marcher mais ne le faisait que pour casser des objets en les faisant tomber volontairement. Sirius était dépassé : rien de ce qu'il faisait n'apaisait son filleule. Remus ne voyait pas comment il pouvait intervenir. Et Beth, de plus en plus stressée pour son oral dont la date butoir ne tarderait plus à arriver, craignait de perdre son calme et de traumatiser Harry.

« Par les bourses de Merlin, faites quelque chose pour le calmer ! » s'écria un soir Severus, tout aussi épuisé nerveusement qu'eux alors qu'Harry tenait d'envoyer le contenu de son assiette sur les quatre adultes présents. Seul Severus eut le temps de se protéger derrière un bouclier.

« Très bien jeune homme ! » gronda Elizabeth en bondissant de sa chaise, de la purée de carotte dégoulinant de ses cheveux. « Tu n'auras rien d'autre à manger tant que tu ne seras pas calmé. »

Elle l'enleva de sa chaise évolutive et le prit dans ses bras. Quand il tenta de lui donner u coup de pied, elle frappa doucement son chausson.

« Tant que tu seras un vilain petit garçon, tu resteras tout seul dans ton lit sans manger. »

« Veux pas ! » cria Harry. « Oncle 'Mus ! Veux pas ! »

Mais Remus, après avoir essuyé la purée qu'il avait sur le nez, croisa les bras pour lui faire comprendre que lui non plus n'était pas content.

Harry se tourna alors vers une proie plus facile : Sirius. Le regard triste de son neveu caché derrière son énervement ne lui rappelait que trop le petit garçon qu'il était plus jeune. Lui aussi avait fait des bêtises espérant que sa mère soit plus douce et plus attentive. Il comprenait Harry et ses peurs. Il aurait voulu le prendre à nouveau dans ses bras et le rassurer.

Mais le regard d'Elizabeth l'en dissuada.

« Onc'Si ? » tenta Harry.

« N'y pense même pas. » l'avertit Beth. « Ce n'est pas lui rendre service que de céder à ses colères. Dois-je te rappeler que tu as un morceau de jambon collé au front ? Et que c'est notre filleule ici présent qui a fait cela ? »

D'instinct, Sirius porta sa main à son front et en retira le morceau de nourriture collante.

« On ne joue pas avec la nourriture Harry. Tu n'auras rien d'autre. Maintenant au lit. » déclara-t-il fermement.

Beth le remercia d'un signe de la tête et emmena le garnement qui cria et pleura de plus belle, faisant soupirer les trois adultes rester à table. Jamais ils n'avaient été autant abattus. Les cris s'éloignèrent tandis que marraine et filleule quittaient le couloir pour monter à l'étage. Ils allaient pouvoir dîner dans un calme relatif.

« Regardez vos têtes. » leur conseilla Severus en faisant faire son rot à Marygold qu'il coucha ensuite dans son berceau en enchantant le mobile au-dessus de sa tête. Tandis que la petite attrapait sa peluche chouette, Remus et Sirius s'observèrent. Ils donnaient l'impression de sortir d'une explosion de peinture. Bien qu'épuisés, ils éclatèrent de rire en se regardant. Mais celui qui rit le plus fort fut de loin Severus, content de les voir être ridiculisés par un petit garçon d'un an. Il n'en fallut pas plus pour que Sirius attrape la cuiller de purée de carotte qu'il avait abandonnée.

Splash !

La purée vint s'écraser sur son front entre ses deux yeux et dégoulina le long de son grand nez. Severus se figea avant de lentement tourner la tête vers Sirius qui ne se retenait pas de rire.

« Ca…tu vas me le payer. » grinça-t-il entre ses dents en enlevant la purée.

Sur les joues de Lily, les larmes commençaient à sécher. Elle était épuisée et désespérée : Marygold ne voulait pas d'elle, quoique Severus lui dise. Sa fille avait raison. Son petit bébé avait bien compris qu'elle n'était pas capable de l'élever seule. La preuve étant qu'elle préférait Severus avec qui elle ne partageait aucun sang. Elle était une mauvaise mère.

Ses pensées noires ne la lâchaient pas, ne lui laissaient aucun répit et elle s'y complaisait. Sans James, elle ne pouvait pas y arriver. Il avait beau dire qu'elle était une mère fantastique, que sa présence le rassurait quand il était avec Harry, il avait tort. C'était lui qui lui donnait confiance quand elle doutait d'elle. James n'était plus là pour veiller à ce qu'elle ne fasse pas d'erreur. Marygold et Harry méritaient d'avoir d'autres parents, bien vivants et pas brisés.

Il y eut alors du tapage dans le couloir, de l'autre côté de la porte. Lily sentit son cœur se serrer quand elle entendit la voix de son fils. Il criait et il pleurait de toutes ses forces :

« Veux pas aller au lit ! Veux pas ! »

« Tu n'as pas été sage, Harry. Tu vas au lit tout seul, sans ton histoire et sans ton bisou. »

Les cris d'Harry reprirent accompagnés de sanglots lourds. Beth semblait ferme mais elle avait une voix si dure pour un petit garçon de deux ans. Harry faisait un caprice. C'était bien la première fois. Lily n'en était pas contente.

« Veux Maman ! Où elle est Maman ? Veux Maman. » demanda Harry sans crier mais en pleurant de tristesse cette fois-ci.

Le cri de son petit garçon lui déchira le cœur. Son propre chagrin attendrait, celui de son fils était plus urgent et plus grave.

« Maman est très fatiguée et un peu malade, Harry. Tu crois que cela lui fera plaisir de te voir crier et donner des coups de pieds. Elle sera très fâchée et déçue si elle le sait. Tu veux qu'elle croit que tu es devenu méchant ? » le grondait doucement Beth.

Lily entrouvit doucement la porte de sa chambre et observa son amie qui tenait dans ses bras Harry. De son fils, elle ne voyait que des épis noirs indomptables qui dépassaient de l'épaule de sa marraine.

« Non, veux pas que Maman m'aime plus. » pleura Harry.

« Oh ! Harry…Ta maman t'aimera toujours mon chéri. Tu es son grand trésor et l'amour d'une maman n'a pas de fin. »

« Non. C'est Mary le grand trésor de tout le monde. C'est elle que vous préférez. Plus personne ne veut de moi. »

« C'est pour ça que tu t'es comporté comme un bébé ce soir ? »

« Oui. »

« As-tu eu ce que tu voulais ? Est-ce que tu crois que nous sommes contents et que nous voulons passer du temps avec un petit garçon qui gaspille la nourriture et l'envoie sur les autres ? »

Il y eut un court silence avant qu'Harry ne donne sa réponse :

« Non. »

« Non, en effet. Personne n'aime recevoir de la purée en pleine figure, Harry. Ça ne donne pas envie de rester avec toi. Si tu fais cela, si tu donnes des coups de pied et que tu cries, personne ne sera jamais ton ami. Tout le monde aura peur de toi et personne ne t'aimera. »

Harry se mit à pleurer. Mais cette fois-ci, Beth lui frotta doucement le dos et le erça.

« Tu as compris pourquoi tu es puni ? »

« Oui. Mais est-ce que Onc'Mus, Onc'Si et On'Sev m'aimeront encore ? »

« Bien sûr mon chéri. Mais il faut que tu t'excuses auprès d'eux pour montrer que tu ne voulais pas leur faire du mal et tu auras quand même ta punition. »

« Pas de bisou et pas d'histoire ? » demanda plaintivement le petit garçon.

C'est là que Lily se décida à intervenir. Elle se rapprocha d'eux. Harry qui avait tourné la tête l'apperçut le premier.

« Maman ! » s'écria-t-il tout joyeux.

« Qu'est ce que j'entends Harry ? Tu n'as pas été sage ? » le gronda-t-elle à son tour.

Beth tourna la tête vers elle. Lily écarquilla les yeux en voyant la purée de carotte qui achevait de sécher dans ses cheveux.

« Harry ! » s'écria-t-elle en se tournant vers son petit garçon.

Il éclata de nouveau en sanglots.

« Pardon Maman ! Je le referai plus. »

Lily avait le cœur gros : s'il avait fait des bêtises, c'était de sa faute. Beth la regardait avec douceur et un certain contentement dû au fait qu'elle soit sortie et qu'elle prenne le relais se lisait sur ses traits fatigués.

« Je m'en occupe. » déclara fermement Lily en prenant son fils dans ses bras. Harry l'entoura aussitôt de ses bras et de ses jambes comme un filet du diable. C'est alors qu'elle se rendit compte à quel point le contact avec son fils lui avait manqué.

« Beth, tu as de la purée dans les cheveux. » lui fit-elle remarquer doucement.

Son amie éclata d'un rire mouillé qui semblait prêt à se changer en sanglot. Lily la serra contre elle. Oui, James n'était plus là, oui, Marygold ne connaîtrait jamais son père. Mais les vivants avaient droit à son affection et à son attention.

« Il faut que je redescende. Tu nous rejoints après ? » demanda pleine d'espoir Beth.

« Dès que Harry sera prêt à présenter des excuses sincères. N'est-ce pas Harry ? » demanda-t-elle à l'intéressé.

« Oui maman. » bredouilla le petit garçon.

Soupirant de soulagement et savourant le calme qui revenait dans la maison, Beth descendit les escaliers. Hivehill semblait elle aussi satisfaite de retrouver un peu de calme : les boiseries craquaient douceur et chaleur, comme si la maison se détendait enfin. La jeune femme se lança un sortilège de recurvite pour enlever le reste de la purée. Elle avait faim. Cela arrivait de plus en plus rarement et elle n'allait pas perdre l'occasion de manger pour faire un détour par la salle de bain. Soupirant de nouveau, elle poussa la porte entrebaillée de la cuisine.

« Attaque de petits pois éclair ! Prends ça dans ta face,Snape-tâche ! »

« C'est tou ? Projection de purée ! Essaye d'enlever ce truc de tes poils, le clébard ! »

« Bande de mauviettes, je vais… »

« Réfléchis bien, Remus ! C'est moi qui ai capturé le pot de chocolat. »

« Non pas le choco… »

« Qu'est-ce que c'est que ce foutoir dans ma cuisine ?! » hurla Beth.

Il n'y avait pas une surface, autrefois rutilante d'éclat, qui ne soit souillée de nourriture. La batterie de cuivre avait été pillée : casseroles, poêles, chaudron à confitures servait actuellement d'armure dépareillée à trois gamins attardés recroquevillés chacun près d'un coin différent de la table. Au milieu de ce bazar, Marygold protégée par un bouclier et bien éveillée riait aux éclats. Les trois hommes regardèrent la jeune femme : sa surprise avait fait place à une fureur qu'ils n'avaient pas revue depuis des années. Il ne manquait plus que la fumée lui sorte du nez pour qu'ils aient devant eux un véritable dragon.

Beth agita rapidement la main et une grosse louche en métal jaillit d'un tiroir et s'éleva dans les airs pour aller cogner l'arrière du crâne de Sirius, puis de Remus et enfin de…

« C'est pas moi qui ai commencé » protesta Severus en posant sa passoire bouclier sur la table.

La louche le frappa quand même dans un bruit sourd sous les ricanements de Sirius et de Remus.

« Vous en revoulez une louche ? » les menaça Beth.

Ils eurent le bon goût de baisser les yeux et de se taire.

« Pendant que Lily et moi punissons Harry pour ce genre de bêtise, ces messieurs se permettent pire dans notre dos…Je vous jure que si, lorsque je redescends, il reste la moindre trace de purée de carotte, le moindre petit pois coincé dans les rainures de la table, je vous mets au pain sec et à l'eau pendant trois semaines. Bel exemple que vous donnez à la petite ! »

Beth regarda l'horloge.

« Vous avez dix minutes. »

« Pas de soucis. » la ramena Sirius. « Ça sera fini. »

Les trois hommes comprirent que ce n'était pas la chose à dire à la jeune femme. Elle se tourna vers lui, les yeux cernés, rougis et étincelants. Elle marcha vers lui doucement mais à la manière d'un félin. Même avec ses cheveux en pagaille et ses vieux vêtements, Sirius sentit son bas-ventre s'animer. C'était pas le moment de se réveiller, se tança-t-il. Il recula précipitamment sous les yeux moqueurs de Severus et de Remus pour mettre la table entre elle et lui, tout en s'efforçant de penser aux couches sales de Marygold pour faire disparaître son érection. Merde ! Se rendait-elle compte à quel point elle était désirable à cet instant ?

« Evite de te vanter d'exploits dont tu n'es pas capable. » murmura-t-elle en posant les mains sur la table et en se penchant vers lui. « Je doute que tes conquêtes soient ravies si tu leur dis que l'affaire est pliée en dix minutes. »

Sans se rendre compte que le col de son pull baillait et que sous son t-shirt, il pouvait voir son soutien-gorge. Certes, c'était une simple brassière de sport, mais Merlin ! Il n'avait rien oublié de la douceur et de la tendresse de ses seins.

Beth fronça les sourcils en voyant son regard rêveur et légèrement affamé.

Sirius s'en rendit compte. Il venait d'aggraver son cas.

Quand Beth comprit ce qu'il regardait, elle se redressa furieuse, prête à le gifler. Mais elle ne suscitait jamais ce genre de regard. Elle aurait dû être dégoutée et avoir l'impression qu'une limace avait glissé sur sa peau. Ce regard lui donnait cependant l'impression d'être une autre personne, une femme normale sans problème. Se sentir désirée par Black lui redonnait, à son plus grand étonnement, confiance et énergie. En silence elle se redressa, le privant de la vue. Sirius ne sut s'il devait en être soulagé ou terriblement déçu. Ayant posé la main dans une goutte de confiture à la myrtille (ils avaient OSE s'en prendre à sa réserve personnelle !), Beth eut le réflexe de se lécher les doigts. Sirius sut qu'il allait exploser.

« D'accord ! » cria-t-il « On nettoie tout de suite ! »

Et il courut chercher des torchons et des serpillères dans le placard du couloir.

« Mais en fait, il ne le fait pas exprès : il est vraiment abruti. » remarqua Severus. « On a nos baguettes. »

« Ne parle pas trop vite, Sev. Vous me nettoyez tout ça sans magie bien sûr. » les avertit Beth avec un sourire froid avant de sortir de la cuisine.

Severus attendait que son amie ait disparu avant de se tourner vers Remus.

« C'était quoi ça entre Beth et le clébard ? » siffla-t-il. « Et ne me dis pas que tu n'as rien vu ! »

S'il n'avait rien vu, Remus pouvait se contenter de sentir. Le désir de Sirius avait brusquement rempli la pièce. Cela faisait huit mois que son ami n'était pas sorti prendre du bon temps. Huit mois qu'aucun effluve féminin ne s'accrochait à sa peau. Les sentiments mis de côté, c'était tout bonnement incroyable que Sirius s'abstienne de cette manière. Beth n'avait jusqu'alors jamais provoqué la moindre étincelle tant elle semblait inatteignable. Mais là…il semblait y avoir eu un changement infime chez elle. Elle avait vu le regard de Sirius et au lieu de l'ignorer ou, plus logiquement, de le remettre à sa place, elle avait ajouté de l'huile sur le feu.

« Je crois que pour les jours à venir, on a intérêt à jeter des sorts d'insonorisation sur nos chambres. » conseilla Remus à Severus.

Ce dernier sembla au bord de l'apoplexie.

« Non ! Mais…pas question ! Moi vivant, Black ne posera pas le moindre petit doigt sur Beth. »

« Calme tes ardeurs. Techniquement parlant, Sirius a fait plus que posé un petit doigt sur Beth si je me fie à son odeur. »

« Son odeur ? Celle de Beth ? »

Remus acquiesça avant d'ajouter :

« Ce n'est pas celle d'une vierge. »

« Oh ! Pitié Lupin ! Il n'a pas fait ça ! »

« Si. Mais Beth ne s'en souvient pas. Par contre, son corps si. »

Severus poussa un gémissement désespéré. Même si les choses s'apaisaient lentement avec les Maraudeurs, il lui restait difficilement acceptable que l'un d'entre eux lui prenne encore une amie.