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Severus et Sirius tinrent leur langue. Personne à part eux ne sut que Beth avait été toute prête de se laisser happer par une puissance plus forte qu'elle, une force que même Voldemort n'aurait osé défier. La jeune femme revint sur sa décision de détruire les horcruxes tous ensembles et alla seule une nuit apporter le médaillon de Serpentard sur la lande. Les deux jours qui suivirent, ils virent les bois se tordre comme si les arbres cherchaient à se déraciner. Puis le calme revint, plus inquiétant encore. Beth arpenta les jardins de longues heures en chantonnant des mélopées qui apaisèrent l'atmosphère.
Si Remus et Lily eurent peur, ils n'en montrèrent rien.
Sirius resta posté à une fenêtre du premier étage et ne la quitta pas un instant du regard. Même s'il ne pouvait rien faire pour elle, il pouvait au moins veiller.
L'ambiance changea et redevint plus terre à terre quand après avoir envoyé sa thèse, un hibou informa la jeune femme qu'elle était convoquée au ministère pour passer l'oral le 27 août.
Le jour dit, ils se rendirent tous à Londres grâce à l'ancienne voiture du père de Beth, trafiquée à la magie. Ils déposèrent d'abord les enfants chez Molly Weasley. Même si cette dernière était la mieux qualifiée pour garder des enfants, Lily ne put s'empêcher de l'abreuver de conseils et de milles précautions. C'était la première fois qu'elle se séparait de ses enfants. Et ça la terrorisait. Chacun pouvait le comprendre et personne ne lui fit de remarque. Comme elle était la seule à avoir son permis moldu, on tint sa langue même si Beth semblait sur le point de fondre en sanglots. Lily rattrapa son retard en conduisant bien au-delà de la limitation de vitesse. La mère de famille se métamorphosa et prit grand plaisir à conduire la voiture de collection jusqu'à Londres.
Sirius fut le premier à s'extirper du véhicule, le visage blême. Qui aurait cru qu'il avait le mal des transports ?
« Je persiste à dire que nous aurions pu transplanner. Lily et Severus, vous auriez pu nous rejoindre après avoir déposé les enfants. » remarqua-t-il alors qu'ils s'engouffraient dans la vieille cabine téléphonique où ils se retrouvèrent serrés comme des sardines.
« Pourquoi dans ce cas es-tu venu dans la voiture ? » répliqua Lily tandis que Beth récitait silencieusement les différents points de sa thèse en s'efforçant de rester calme. Impossible de boire c matin un philtre de paix : on soumettait les étudiants à un dépistage des potions pour être sûr qu'aucun n'avait consommé de Felix Felicis, une potion de chance extrêmement puissante.
« C'est vous les traites ! Qui a mis David Bowie ? » continua Sirius tandis que la cabine descendait dans les profondeurs du ministère.
« C'est moi. Et maintenant, pour l'amour de merlin, Circé et Morgane, ferme ton clapet ! » grinça Beth qui sentait les battements de son cœur accélérer de plus en plus. La pression de l'ascenseur n'aidait pas.
La cabine s'arrêta et s'ouvrit dans un vaste vestibule boisé au sol de marbre qui n'était pas sans rappeler à la jeune femme l'entrée du club de son père. Celui-ci l'y avait amenée de temps à autre quand ils allaient faire des achats sur le chemin de traverse ou quand elle revenait de Poudlard pour les vacances. Les femmes étaient normalement interdites mais le majordome de l'accueil la laissait toujours s'assoir dans son office qui sentait bon l'encaustique le temps que son père règle ses différentes affaires. Elle aurait aimé qu'il soit là avec eux. Elle espérait tellement le rendre fière.
C'est alors qu'une odeur de cire pour le bois vint chatouiller ses narines, comme un signe. Elle la respira avidement et retrouva doucement un peu de sérénité.
« Que dois-tu faire maintenant ? » demanda Severus.
Elizabeth sortit sa convocation et la relut pour la énième fois, afin de ne pas se tromper.
« Me présenter au bureau du secrétariat, donner ma convocation et ma…baguette. »
« Mais…enfin, ils sont bêtes ou quoi ? Tu fais comment ? » s'inquiéta Lily.
« Le ministère m'a fait une dérogation. Je dois juste faire enregistrer ma signature magique. »
« Tu passes bientôt. On a intérêt à se dépêcher. » jugea Remus en observant l'immense horloge à balancier en or qui se balançait au milieu du vestibule.
Ils se rapprochèrent de l'accueil où une sorcière les guida et les rassura aimablement dans les procédures. Ils furent envoyés dans un couloir du deuxième étage. Là, il y avait d'autres étudiants en recherches magiques qui patientaient de différentes façons : certains faisaient les cent pas, d'autres compulsaient frénétiquement leurs notes. Deux semblaient à l'aise comme si cet examen n'était qu'une formalité pour eux. D'instinct, Beth les détesta. Faire de la recherche magique n'était pas à la portée de tout le monde. Il fallait de la rigueur, de la patience mais aussi un bon esprit qui vous poussait à interroger les limites et les pratiques de la magie, de les comparer et d'en comprendre les différences avant de proposer de nouvelles méthodes, de nouveaux sortilèges qui ne soient pas le résultat d'un coup de chance afin de diffuser son emploi. Cela demandait donc de grandes forces morales et surtout il fallait se distinguer des autres. Rien n'était jamais acquis : on pouvait toujours trouver plus fort et plus malin que sot. Et ces deux-là lui donnaient clairement l'impression qu'elle allait avoir des concurrents sérieux.
Leur groupe s'assit sur des chaises mises à leur disposition. Elizabeth était la seule à être accompagnée par autant de personnes. Leur passage suscitèrent des chuchotements surtout quand son nom fut prononcé à voix basse. Elle aurait dû les ignorer. Mais aujourd'hui, elle avait l'impression qu'on n'attendait qu'un signe de faiblesse de sa part pour l'achever. Bien sûr le deuxième article de Skeeter avait beaucoup contribué à sa réputation. On oubliait ses vingt ans plus facilement. Mais elle était maintenant prisonnière de son image de martyre.
Lily s'assit à sa droite. Sirius à sa gauche. Remus resta debout à côté de lui et Severus s'enfonça dans l'ombre d'un recoin, donnant l'impression que le mur venait de former un angle s'avançant dans le couloir. Les trois hommes s'étaient disposés de manière à former un écran entre la jeune femme et les autres candidats. Sirius sortit sa baguette et lança un assurdiato. Aussitôt le bruissement de la rumeur cessa. Beth soupira de contentement et se laissa glisser contre le dossier de sa chaise. Elle voulut ouvrir sa pochette contenant ses documents. Lily lui prit les mains en secouant la tête.
« Mauvaise idée, crois-moi. » lui conseilla-t-elle avec un sourire encourageant.
« Je vais me planter. » gémit Beth en se mordant la lèvre.
Sirius leva les yeux au ciel en soupirant tandis que Lily posait la main sur l'épaule de son amie.
« Tu as bosé comme une folle. Flitcwick lui-même a trouvé ton sujet enrichissant. Ton maître de recherche a validé ton plan. Et tu connais ton sujet sur le bout des doigts. » la rassura Lily.
« Je confirme. » ajouta Sirius. « Pour en avoir entendu parler matin, midi et soir et pour avoir dû poser des questions qui me dépassaient complètement et auxquelles tu répondais parfaitement. »
« C'est pas difficile pour toi d'être dépassé, le clébard. Dès que ça vole au-dessus du quidditich et de tes préoccupations de septième d'année, tu es largué. » se moqua Severus en ricanant.
Sirius voulut ouvrir la bouche pour répliquer mais la porte de la salle s'ouvrit alors. Un sorcier âgé, ridé et aux cheveux de neige en sortit, un parchemin à la main. Il barra un nom avant de relever la tête :
« Keats Elizabeth. » appela-t-il.
La jeune femme devint livide mais se leva en soufflant calmement sous les sourires encourageant des siens, ignorant les regards curieux des autres.
