30
Beth reçut l'ordre de faire la liste de ses vœux pour fêter son diplôme et sa prise de poste prochaine à Oxford. La proximité avec leur maison avait joué. Elle voulait pouvoir agir le plus vite possible lorsqu'ils auraient découvert d'autres horcruxes et elle pourrait transplaner tous les week-ends pour venir les retrouver.
Lily, Remus et Severus organisèrent donc un petit dîner à l'extérieur. Lily s'assura que sa meilleure amie serait le point de mire de la célébration. Passer du temps à se préparer lui permit aussi de s'assurer de ce qu'elle avait cru voir quand elle avait retrouvé Beth et Sirius ensemble au rez-de-chaussée.
Beth était en train d'accrocher sa paire de pendants d'émeraude quand elle se lança :
« Ca va avec Sirius ? » commença-t-elle en ayant l'air mine de rien.
Le reflet de Beth se figea et elle la vit plisser les yeux. Oh ! Où était la finesse des Serpentards quand elle en avait besoin ?
« Pourquoi ça n'irait pas avec lui ? » lui répondit-elle doucement.
« Oh ! Pour rien ! C'est juste que… »
« Juste que ? »
« Eh bien…vous m'avez semblé bien heureux à deux tout à l'heure. »
« Qui ne le serait pas en apprenant qu'il a son diplôme et son emploi ? »
« Enfin de là à lui bondir dans les bras… »
Elizabeth tourna le buste et appuya le bras sur le dossier de sa chaise.
« Lily Potter, que voilà une étrange remarque…Je n'aurais pas dû, c'est ça ? Tu sais quelque chose que j'ignore à propos de Sirius ? Il a rencontré quelqu'un ? »
Lily dressa l'oreille à sa dernière question, mais le ton d'Elizabeth ne montrait pas si cette possibilité la dérangeait ou non. Le fait même qu'elle la pose montrait qu'elle ne se rappelait toujours pas de leur histoire. Cela allait faire bientôt un an… Et Sirius n'avait pas tourné la page. Elle les voyait tous les jours chez lui, cet espoir et ce manque. Mais elle n'avait pas à s'en mêler.
« Lily ? » demanda à nouveau Beth avec cette fois-ci appréhension.
« Pas depuis que nous vivons ici. » se contenta-t-elle de répondre.
Grandir avec Elizabeth était un avantage inégalable : elle avait appris elle aussi à dire beaucoup avec peu de mots.
Sa remarque fit mouche puisqu'Elizabeth fronça les sourcils, réfléchissant certainement déjà à tout ce que ces quelques mots pouvaient impliquer.
« Vous avez décidé de me rendre malade pour fêter mon diplôme ? » protesta faiblement Beth quand ils apparurent à la destination enregistrée dans le porte-au-loin qu'ils avaient commandé pour la soirée.
Elle tanga plus que les autres sur ses escarpins parce qu'ils lui avaient bandé les yeux. En essayant de retrouver son équilibre, elle heurta un bac de pierre et faillit tomber à la renverse dans une jardinière. Un poigne solide la rattrapa et un bras chaud s'enroula autour de ses épaules pour la redresser. Le parfum de l'après-rasage de Sirius envahit ses narines et elle inspira plus profondément.
« Reste avec nous, Madame la professeur. » la taquina-t-il sans la lâcher. Elle eut même l'impression qu'il la serrait davantage contre lui.
Elle eut le réflexe de s'écarter mais son parfum et sa chaleur abattirent ses réticences. Beth céda à son envie de rester là où elle était. Comme si elle retrouvait une place où elle se sentait pleinement entière. Sirius la sentit s'appuyer contre lui, lui faire confiance tout simplement. Son sourire amusé se figea d'abord avant de se teinter d'une nuance de tendresse, ce que tout à chacun put s'apercevoir. Lily, Remus et Severus observèrent le couple s'avancer sous les indications taquines de Sirius et les piques de Beth. Lily et Remus échangèrent des sourires amusés et des regards entendus. Mais Severus contenait son amertume et sa tristesse. Lily le remarqua et revint vers lui pour lui prendre le bras. Elle remarqua son regard perdu, tourné vers le passé et les souvenirs.
« Severus… » commença-t-elle doucement.
Le professeur de potions tourna la tête vers elle. Il sembla vulnérable encore un instant avant de s'enfermer dans sa carapace de dédain et d'ironie. Mais Lily avait eu le temps de lire en lui. Elle posa sa tête sur son épaule, sans rien dire, juste en serrant son bras doucement pour le rassurer. Severus sembla se tendre un peu avant de se laisser aller à cette étreinte qu'il croyait alors impossible. Remus les regarda tous les deux, sans les juger. James était mort et même si Lily l'aimait toujours, il était normal que leurs vies et leurs cœurs changent pour se reconstruire. Tout le monde ne pouvait pas être condamné à la solitude comme lui.
Bon gré, mal gré, ils arrivèrent devant le restaurant où ils avaient réservé. La musique qui résonnait à l'intérieur fit sourire Beth. Sirius eut du mal à ne pas se pencher pour embrasser ses lèvres rouges devant sa mine réjouie.
« C'est du jazz ! » s'exclama-t-elle en reconnaissant un morceau de Duke Ellington.
Lily et Severus se rapprochèrent et sa meilleure amie retira son bandeau. Elizabeth cilla avant de battre des mains, absolument ravie. Ils se trouvaient devant un ponton de bois qui menait à un restaurant sur un bateau-mouche. Ils étaient à Paris.
Elizabeth, heureusement surprise, embrassa ses amis pour les remercier de leur cadeau.
La soirée fut agréable. Ils se régalèrent de coq au vin, de pommes de terre frites et de poêlée de champignons tout en bénéficiant d'une vue imprenable sur Paris et ses monuments de nuit. Elizabeth, une fois n'est pas coutume, savoura champagne, vin blanc et rouge avec enthousiasme. Lorsque la soirée dansante commença, elle se montra particulièrement enthousiaste, invitant tour à tour, Lily, Remus, Severus et Sirius. Ces derniers riaient de bon cœur de la voir aussi détendue et quelque peu éméchée. Ils avaient tous l'impression que leur temps de chagrin était derrière eux.
Sirius était de nouveau assis à leur table sirotant son cognac et regardant ses amis danser, poussés qu'ils étaient par une Elizabeth euphorique. Ils semblaient tous laisser derrière eux leurs malheurs en espérant de meilleurs lendemains. Lily et Beth chantaient comme des casseroles du Madonna, s'étouffant à moiti de rire en faisant tourner Harry et Mary dans leur bras. Les enfants étaient tout aussi surexcités que leur mère et leur tante et criaient de joie pour les accompagner. On les regardait mais elles s'en moquaient. Quand la musique s'arrêta pour laisser la place à une chanson plus calme, Lily emmena les deux petits se désaltérer. Beth allait les suivre quand un homme s'approcha d'elle. Tendu, Sirius fronça immédiatement les sourcils.
« C'est qui ? » demanda-t-il à Severus.
« Aucune idée. »
Le professeur de potions observa l'inconnu qui lançait des sourires charmeurs à leur amie. Beth ne semblait pas dérangée de ses intentions.
« Merde ! Elle rit. » grogna Sirius en finissant son verre avant de se lever.
« Fais gaffe le clébard. Il voudrait bien la mettre dans son lit. » les informa Severus, sans moquerie envers Sirius, car il n'appréciait pas qu'on considère ses amies comme un coup du soir.
Sirius ne pouvait pas laisser faire ça. Elizabeth méritait mieux qu'un pathétique Don Juan français. Tandis qu'il marchait en direction de la jeune femme, sa jalousie et sa conscience se livraient un duel acharné : qui était-il pour empêcher Elizabeth de prendre un peu de bon temps ? Elle le méritait bien. Non, elle méritait un homme qui connaissait toute sa valeur et qui saurait la chérir comme elle le méritait. Il la rejoignit en grandes deux enjambées et avant qu'il n'ait pu trancher son épineux problème d'éthique, il avait entouré sa taille de ses bras et posé sa tête sur son épaule dans une attitude amoureuse clairement possessive.
« Hey ! Tu me dois une danse Bessie. » murmura-t-il à son oreille.
Il poussa sa chance jusqu'à embrasser sa joue. En temps normal, il aurait été sûr que Beth se serait échappé en demandant « du savon pour se débarrasser des puces ». Mais elle était clairement pompette car elle se mit à rire et à se couler davantage dans son étreinte, comme l'aurait fait toute fiancée affectueuse. Il en oublia complètement le séducteur parisien qui s'éloignant en grommelant quand il remarqua que sa proie ne lui prêtait plus aucune attention.
« Merlin merci ! Tu es arrivé pile avant que je ne le balance dans la Seine. » murmura Beth en redevenant brusquement sérieuse et complètement sobre.
Sirius la regarda surpris :
« Mais tu n'étais pas… »
« Complètement bourrée au point de ne pas savoir faire la différence entre un gentleman et un coureur de jupon ? Merci pour ma dignité, Sirius. C'est pas marqué « demoiselle en détresse » sur mon front. » se moqua-t-elle gentiment.
Elle se retourna alors, l'obligeant à se redresser. Il pensa qu'elle voudrait retrouver son espace mais elle crocheta ses bras autour de sa nuque et se rapprocha de lui.
« Toi, par contre, avec ton courage de Gryffondor, tu es tombé droit dans mon piège. » s'amusa-t-elle. « Comme ça, je te dois une danse alors ? »
Elle avait relevé la tête et ses yeux bleus pétillaient de malice tandis qu'elle lui offrait un sourire en coin. Ils se mirent à danser doucement, en suivant le rythme doux de la chanson.
« Qui eut cru que les blaireaux étaient aussi machiavéliques. » se moqua Sirius en glissant ses bras autour de sa taille. Elle était là contre lui, sans qu'elle ne lui offre de rebuffade. C'est tout ce qu'il voulait.
Elizabeth rit doucement de sa remarque, en fermant les yeux. Quand elle riait de petites rides apparaissaient autour de ses yeux et de sa bouche accentuant l'impression de bonheur et de joie qui l'entourait ce soir.
« Ça t'en bouche un coin, Mr Le Maraudeur, n'est-ce-pas ? » se moqua-t-elle.
« C'est sûr que je ne m'attendais pas à ça de ta part. Tu es…fascinante. » murmura-t-il en la regardant avec tendresse.
Le silence se fit pendant de longues minutes. Ils continuèrent de danser dans leur bulle. Beth le regardait de nouveau avec interrogation.
« Pourquoi… » commença-t-elle avant de s'interrompre.
Mais Sirius l'encouragea à poursuivre en la regardant tout simplement. Il raffermit doucement son étreinte : Beth sentait sa force et son parfum. Son odeur qui l'apaisait et lui donner l'impression de s'ancrer à quelque chose de fort, de tangible, quelque chose qui pouvait éloigner son destin. Pour un temps.
« A quoi penses-tu Beth ? » murmura-t-il.
Elle le regarda de nouveau. Elle ne savait pas comment comprendre les réactions de son corps et…de son cœur. Depuis que Lily avait distillé le doute en elle, l'idée que Sirius put sourire ou regarder une autre femme comme il le faisait actuellement avec elle lui était terriblement douloureuse.
« Je ne comprends pas pourquoi…ni comment…je peux…je peux t'être attachée, Sirius. Je ne pouffais pas piffrer ta tête de sale gosse et tu n'as pas non plus été tendre avec moi quand nous étions plus jeunes. On n'a aucune raison d'être aussi proche, toi et moi. Nos caractères…on se prend toujours la tête…Et pourtant… »
« Pourtant ? »
« Regarde-nous : on danse comme un vieux couple, on se vanne comme si on était les meilleurs amis du monde. On se dispute pour des broutilles mais on est toujours là l'un pour l'autre si l'un d'entre nous ne va pas bien…J'ai parfois l'impression d'avoir loupé un épisode. » remarqua-t-elle. « Et toi…toi, tu me donnes l'impression de savoir quelque chose ou d'éprouver de lourds regrets vis-à-vis de moi. » murmura-t-elle avec douceur.
Sirius hésita : devait-il lui rappeler ce qu'ils avaient vécu ensemble ? Ils étaient à Paris, la ville des amoureux. Peut-être la magie des lieux pourrait-elle lui venir en aide ?
« Sirius ? Aurais-tu fait une quelconque bêtise avant que je ne perde la mémoire ? » lui demanda-t-elle en fronçant les sourcils.
« Une bêtise ? Non…Loin de là. » répondit-il toujours en murmurant. « Beth, si je pouvais te rende la mémoire, je le ferai avec le plus grand plaisir et le plus grand bonheur. Mais je ne veux pas que mes paroles t'obligent à quoi que ce soit. Je te connais…et je ne supporterai pas de te voir penser que tu as une dette d'honneur. Je préfère espérer qu'un jour, tu te souviennes. »
« Me souvenir de quoi Sirius ? » mumura Elizabeth la gorge serrée, repoussant la pensée qui naissait dans son esprit. C'était trop terrifiant et trop…pure pour elle.
« Te le dire serait t'influencer. Et j'ai peur de la manière dont tu pourrais le prendre. Pitoyable non, pour un gryffondor ? »
« De quelle manière selon toi pourrai-je le prendre ? »
« Tu es loyale, Beth mais tu es fière aussi. Tu pourrais changer cela en devoir. Et tout perdrait de sa beauté, de sa spontanéité…Et ça me fait peur. »
« Peur ? Toi tu as peur ? Alors que tu allais te balader avec un loup-garou en pleine puberté les soirs de pleine lune ? Qu'est-ce qui pourrait bien effrayer le téméraire Sirius Black ? »
« Toi. Tu as un pouvoir sur moi. Tu es ma Belle Dame Sans Merci. »
Beth blanchit. Sa bonne humeur se dissipa totalement, remplacé par une peur immense. Elle voulut retirer ses mains mais Sirius les retint avec douceur.
« A quoi joues-tu ? » protesta-t-elle. « Je pensais que tu t'étais calmée… »
« Mais c'est le cas. Beth…je te jure que je ne joue pas. Tu n'es pas un pari, tu n'es pas une passade. Tu m'as demandé l'honnêteté. Tu m'as posé une question alors j'y réponds. Je ne joue pas. Pas avec toi. » lui promit-il, ses derniers mots mourant dans un souffle.
Beth continua de se méfier. Il le voyait à ses yeux plissés. Il le sentait à son corps tendu qui cherchait à se libérer. Une de ses mains finit d'ailleurs par s'échapper. Il s'attendait à une gifle. Mais elle lui attrapa le menton et l'obligea à regarder dans ses yeux. Douceur et gaieté avaient disparu, remplacé par quelque chose de méfiant et de sauvage, quelque chose de puissant qui n'avait rien d'humain. Quelque chose qui cherchait à soumettre son esprit avec plus de fermeté que l'imperium. La musique, les lampions, le décor romantique, tout cela avait disparu, tandis qu'il était englouti par le regard et la volonté de la banshee.
« Dis-moi tout, sans aucun fard, sans aucune dérobade. » lui murmura-t-elle à l'oreille.
Alors, il lui obéit et les mots s'écoulèrent doucement. Le poids du silence cessa de le faire souffrir :
« Quand je t'ai cru morte, tout s'est écroulé autour de moi. J'ai cru que notre amour était mort avant même qu'on ait construit quelque chose ensemble. Je suis tombé amoureux de toi peu à peu, à force de te connaître. Tu es tout ce que je désire et tu m'avais donné une chance, tu me rendais mon amour avant que Tu-Sais-Qui n'arrive. Tu me rendais heureux… »
« Non… »s'effraya-t-elle en blémissant devant ses mots.
Elle avait voulu savoir. Elle ne pourrait plus faire l'innocente.
Le charme était rompu mais Sirius avait conscience de s'être trop dévoilé pour faire marche-arrière.
« On savait que tout pouvait finir à tout instant. Mais, Beth, si tu savais à quel point je m'en moque qu'il y ait ta maladie ou Voldemort entre nous. Tout ce qui comptait, c'était que tu m'ais donné ma chance. Je t'aime encore. A en crever. Et c'est une torture de te voir tous les jours sans pouvoir te le dire. Mais je préfère encore me taire et te voir en vie que de devoir parler à une tombe… »
« Arrête ! Sirius, arrête ! » lui ordonna-t-elle brusquement.
La tête baisse, elle se retira de sa prise et quitta la piste de danse à reculons avant de lui tourner le dos pour s'enfuir. Sirius sentit un grand froid l'envahir. Il avait continué de parler dans l'espoir de réveiller quelque chose en elle. Tout ce qu'il avait gagné, c'était de la faire fuir loin de lui. Il la regarda quitter la piste de danse et l'ensemble des tables rondes pour disparaître derrière la cabine du capitaine. Il lui fallut de longues minutes avant de réaliser que Severus et Remus l'avaient rejoint et tentaient de lui faire reprendre pied avec la réalité. Comme il tardait à réagir selon lui, Severus jeta un sortilège de confusion sur les moldus les entourant avant de donner un coup de poing spectaculaire à l'ancien maraudeur. Sirius revint enfin à lui.
« Qu'est-ce qui te prend Serv…Snape ? » gronda-t-il.
Il donnait l'impression d'être sur le point de se métamorphoser.
« Il y a des années que j'aurais dû le faire. Ça fait un bien fou ! » remarqua, étonné, Severus avant de retourner son attention sur l'animagus. « Beth fait ses propres choix mais personne ne peut lui faire du mal, tu m'entends ? Peu m'importe ce que tu lui as dit, Black, tu as merdé. Maintenant, tu as intérêt à rattraper le coup. Et rapidement. Je te laisse une chance d'arranger les choses. Une seule ! Si je retrouve Beth en miettes, je te fais la peau. Maintenant, cours-lui après, espèce d'imbécile. »
Alors qu'il l'avait attrapé par le col pour lui murmurer ses menaces sur un ton glacial, il le lâcha brusquement. Sirius tituba puis se reprit. Il disparut rapidement en suivant les pas d'Elizabeth. Severus retrouva rapidement son calme en soufflant lentement. Relevant la tête, il remarqua le regard que Lily posait sur lui. Il était chaud, intense, brillant d'admiration et il lui était entièrement adressé.
