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Elizabeth réapparut sur la berge avec le craquement caractéristique des transplannages. Elle tourna le dos au bateau qui poursuivrait sa croisière sans elle et longea le quai de l'île Saint-Louis. Notre-Dame était brillamment éclairée. Mais sa lumière ne vint pas déchirer le brouillard émotionnel dans lequel était plongée la jeune diplômée.
La confession de Sirius l'avait ébranlée, faisant voler ses repaires en éclats.
Comment avait-elle pu céder ? Depuis qu'elle avait douze ans, elle avait le cœur qui battait la chamade pour Severus. Pendant sept ans, elle avait espéré qu'il remarquerait qu'elle l'attendait. Son cœur lui appartenait. Tout ce qu'elle avait fait, c'était pour lui, uniquement pour lui. Même si elle n'avait aucune chance…Severus méritait d'être heureux.
Et Sirius apparaissait comme un chien dans un jeu de quilles, prêt comme à son habitude à bouleverser tout ce qu'elle croyait immuable, prêt à la bousculer… à la faire vivre tout simplement.
Elle arrêta sa marche folle et se laissa tomber sur le premier banc venu. Glissant ses mains dans ses cheveux courts, elle chercha à calmer ses pensées qui tourbillonnaient furieusement dans son esprit. Elle chercha à calmer son souffle, à oublier. Mais c'était peine perdue.
Sirius l'aimait. Et c'était la vérité pure et dure.
Sirius l'aimait avant que Voldemort ne vienne à elle. Il l'avait empêché de mourir. Il l'avait condamné à vivre. A vivre comme tant d'autres femmes. Beth avait choisi de mourir parce qu'elle avait peur des ravages de la maladie, parce qu'elle avait peur de devoir abandonner son humanité pour survivre. Sirius lui avait donné un sursis dont elle n'aurait pas voulu deux ans auparavant. Mais deux ans auparavant, rien ne l'attendait vraiment.
Vidée émotionnellement et sentant que son estomac protestait encore contre le transplannage, elle ferma les yeux.
Sirius l'aimait. Il aurait été jusqu'à taire ses sentiments si elle n'avait pas insisté pour savoir.
Sirius l'aimait. Mais elle ne pouvait pas lui infliger le spectacle affligeant d'une malade qui s'affaiblissait de jour en jour. Il fallait qu'il oublie. Elle n'avait pas de souvenir de leur relation. Ce serait équitable pour eux deux : un retour à une amitié stable sans faux espoirs du côté des deux parties. C'était la meilleure solution. Alors pourquoi son cœur, cet idiot faiblard, se tordait de douleur à cette idée ? Elle savait qu'elle n'était pas là pour jouir du bonheur. Il n'y avait que l'honneur et la parole donnée qui comptait.
Il n'y avait pas d'avenir pour eux.
Un craquement sonore retentit dans l'ombre non loin d'elle. Elizabeth fut immédiatement aux aguets. Même en se trouvant dans le Paris moldu, on pouvait faire de mauvaises rencontres. Elle se redressa doucement, prête à se défendre. Les pas se rapprochèrent de sa position. Ils étaient rapides et bruyants. Elle se détendit une seconde : ce ne pouvait pas être un mangemort. Aucun d'entre eux n'était stupide au point de se faire aussi bêtement remarqué. Mais elle se tendit de nouveau quand elle vit Sirius apparaître dans la lumière d'un réverbère. Il s'arrêta quand il la vit.
De nouveau, le monde semble se dissoudre pour ne plus laisser queux.
Elizabeth agrippa fermement le banc pour se donner le courage de faire ce qu'elle avait décidé et pour ne pas flancher devant son regard déterminé.
« Beth. » l'apela-t-il doucement mais fermement.
Sa voix n'avait jamais tant ressemblé à un charme que maintenant.
« Oubliette. » déclara-t-elle en essayant de maîtriser le tremblement de sa voix.
Mais Sirius dressa sa baguette avant même que le sort ne l'atteigne. Ce dernier fut absorber par son bouclier. Il continua d'avancer et Elizabeth ne pouvait que se tendre d'anticipation et de…désir devant sa masculine assurance. Il savait ce qu'il voulait et elle se rendait compte que rien ne lui ferait changer d'idée.
Elle relança tout de même le sort mais son cœur l'empêchait d'y mettre toute sa détermination. Encore une fois, le bouclier de Sirius remplit son office.
« Arrête-ça Beth ! » ordonna-t-il avec irritation.
Les intonations de sa voix crispèrent les muscles de la jeune femme d'anticipation.
« Je fais ça pour toi, imbécile. » répliqua-t-elle en se levant du banc comme Sirius y arrivait.
« Imbécile ? Sérieusement Beth ? »
« Oui, sérieusement. » répondit-elle en lançant un nouveau sortilège d'amnésie qu'il contra à nouveau.
Elle recula, tituba et faillit tomber mais Sirius l'attrapa avant et la fit s'asseoir sur le banc avant de l'imiter. Beth fuyait son regard.
« Regarde-moi. » lui ordonna-t-il. « Regarde-moi. Maintenant. »
Mais elle ne bougea pas. Alors doucement, il prit son menton entre ses doigts, comme elle l'avait fait quelqus minutes auparavant. Il l'obligea à la regarder dans les yeux.
« Ne fais pas ça. » murmura-t-elle d'une voix hachée.
Il continua de la regarder. Ses yeux scrutaient chaque détail de son visage.
« Je t'en prie. »
Mais sa voix faiblissait devant ce regard si puissant, si étourdissant.
« Sirius…pense à toi. »
« C'est à toi et à toi seule que je pense. » déclara-t-il fermement. « Et ça ne changera jamais. »
« Ca n'a aucun sens. Pourquoi te faire souffrir ? »
« Mon cœur auprès de toi
Est heureux de ses chaînes.
Sans ennui, sans effroi
Je vais où tu m'emmènes.
Mais hélas ! Loin de toi… »
« …Poignantes sont mes peines :
Point de bonheur pour moi
Quand je suis loin de toi ! » acheva Beth dans un murmure.
Ils se regardèrent quelques minutes sans parler. Sirius leva la main et vint caresser la joue de la jeune femme. Elle soupira mais il n'aurait su dire si c'était de satisfaction ou de tristesse.
« Tu m'as déjà posé cette question, Beth. Au début de notre histoire. »
Elle attendit patiemment qu'il lui rappelle ce qu'elle avait oublié.
« Je ne veux pas perdre ce que nous pourrions vivre par peur de ce qui arrivera. Je ne veux pas vivre cette vie et me retourner quand je serai vieux en constatant que ce n'est qu'une suite de regrets. Renoncer à toi après avoir goûté à ce que nous avions m'est impossible. Si tu ne donnes pas une seconde chance à notre couple, tu seras mon éternel regret. »
Beth le regarda de ses grands yeux pâles sans parler. Elle semblait perdue mais touchée par ses paroles. Sirius continuait de caresser sa peau rafraîchie par l'haleine de cette douce nuit d'août. Doucement, délicatement, elle appuya sa joue contre sa main.
Notre-Dame sonna minuit.
Elle se rapprocha de lui au deuxième coup.
Il se pencha vers elle au quatrième coup.
Elle respira son parfum de tabac froid et d'eau de Cologne au sixième coup.
Il inhala son haleine acidulée à cause du riesling qu'elle avait bu au huitième coup.
Ils s'embrassèrent au dixième coup.
Ivres l'un de l'autre, ils transplannèrent dans une mansarde sous les toits au douzième coup.
