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Sirius était resté sans bouger dans la chambre de sa mère. Il l'avait accompagnée jusqu'au bout. Il était surpris d'éprouver une vive peine maintenant qu'elle n'était plus. Pour empêcher Kreattur de ne faire quelque bêtise, il l'avait chargé d'envoyer un message à Elizabeth. C'était la première fois que l'elfe de maison écrivait et était autorisé à manipuler le sceau des Black.
Le temps s'écoulait au ralenti. Il aurait dû prévenir les autres. Il se sentait incapable de bouger, de penser depuis qu'il avait fermé les yeux de sa mère.
Elizabeth apparut sur le perron de Grimmault square. Elle frappa doucement à la porte. Ce fut Kreattur qui lui ouvrit.
« Miss. » la salua-t-il.
La sobriété de son salut ne cachait que mieux son désarroi. Il ne pensait pas survivre à sa pauvre maîtresse.
« Je suis navrée Kreattur. » chuchota-t-elle. « Merci d'avoir veillé sur elle, toutes ces années. »
Kreattur ne répondit pas. Il ferma la porte derrière elle. Elizabeth retira son manteau et son foulard.
« La maîtresse désire-t-elle que je fasse du thé ? » lui demanda-t-il.
Elizabeth se figea. « Maîtresse » était un titre réservé aux épouses. Kreattur ne pouvait l'appeler ainsi. A moins que…Son cœur se serra pour Sirius.
« Oui, merci Kreattur. Ajoute-y une larme de cognac veux-tu pour Maître Sirius. »
L'elfe acquiesça et disparut en cuisine.
Elle leva les yeux vers l'escalier d'ébène, la gorge serrée.
Sirius ne réagit que lorsqu'il sentit son parfum dans la pièce. Il releva la tête pour voir Elizabeth s'arrêter sur le pas de la porte. Elle regarda le lit de Walburga avant d'entrer silencieusement. Elle s'approcha de la dépouille de sa mère et se pencha pour serrer sa main qui refroidissait. Avec douceur, elle la croisa avec l'autre. Quand elle se redressa, Walburga Black tenait entre ses mains un brin de bruyère. Elle était donc bel et bien partie.
Elizabeth tourna ses beaux yeux tristes vers Sirius. Le voir si défait, si perdu lui donnait envie de pleurer. La jeune femme s'éloigna du lit pour venir auprès de lui. Doucement, elle s'agenouilla devant lui pour être à la hauteur de son visage et pour le regarder dans les yeux. Sirius semblait si loin, revivant certainement les jours qui avaient suivi la mort de James et ceux précédant son enterrement. Mais peut-être était-il parti plus loin encore, dans des pays de regret et de chagrin. Elle leva lentement la main et caressa sa joue.
« Oh ! Sirius. » murmura-t-elle, la voix lourde de peine.
Sirius revint à lui quand il entendit sa voix. Son regard au sien si doux, si chaleureux. Elizabeth était là. C'était tout ce dont il avait besoin. Il embrassa la paume de sa main avant que ses lèvres ne cherchent les siennes. Ils échangèrent un long baiser au goût de chagrin. Il n'y eut pas une seconde pendant laquelle Elizabeth ne sembla pas avec lui. Elle aimait cet homme. Son chagrin la blessait aussi sûrement que la douleur de Severus l'avait torturée.
Elle ne dit rien, accueillant seulement Sirius dans ses bras quand ce dernier se laissa aller à pleurer.
