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L'enterrement fut simple et bref, conformément aux dernières volontés de Walburga. S'il n'était pas question que Bellatrix et son époux sortent d'Azkaban pour rendre un dernier hommage à sa tante, Andromeda Tonks, son mari Ted et sa fille Nymphadora vinrent soutenir Sirius tandis que Narcissa et Lucius Malefoy apparurent en dernier pour respecter le protocole.

« Je ne veux pas d'eux ci. » gronda Sirius dès qu'il les aperçut.

Severus, dissimulé sous un sortilège de métamorphose, et Remus étaient toujours étonnés de découvrir le pouvoir d'apaisement que Beth avait su Sirius. Il lui suffit de serrer le bras de son compagnon et d'entremêler ses doigts aux siens pour détourner l'attention de Sirius et le pousser à se détendre. Il baissa le visage vers elle. L'expression de sa compagne était douce mais ferme sous sa voilette noire. Elle secoua négativement la tête. Sirius soupira.

Sans un mot, sa colère était retombée. Si Sirius permettait à Beth de se laisser aller, Beth, quant à elle, restait son garde-fou et l'aider à canaliser ses sentiments. Leurs amis avaient bien remarqué ses changements. Lily et Remus se demandaient maintenant combien de temps il faudrait encore à Sirius, l'éternel célibataire qui s'était rangé, avant qu'il ne propose le mariage à Elizabeth.

Sirius reçut les condoléances des visiteurs de manière détachée. Comme pour James, ce n'était pas quelques mots qui effaceraient la perte. Il n'émergea vraiment que lorsqu'il sentit Beth serrer plus fermement, presqu'au point de le pincer, son bras. Deux silhouettes blondes aux allures aristocratiques se tenaient devant eux. Beth et lui se tenaient face aux Malefoy.

« Sirius. » salua son cousin par alliance.

« Lucius. » lui rendit-il.

L'ambiance glaciale était à couper au couteau. Sirius se tenait si raide qu'il donnait l'impression que sa colonne vertébrale allait se rompre en deux à tout moment.

« Je ne m'étonne pas que Walburga ait rendu l'âme. » décréta-t-il en jetant un regard méprisant à Elizabeth comme si elle était une flaque de boue dans la rue qui risquait de souiller ses chaussures s'il s'en approchait de trop près. Sirius retint habilement sa colère en sachant que ce qu'il allait dire ferait disparaître ce petit air de supériorité du visage du blond.

« Mère était soulagée de ne plus souffrir et que nous nous soyons réconciliés. Nous le devons à Elizabeth. Mère aimait l'avoir à ses côtés dans les derniers temps. Elizabeth a été son réconfort et une infirmière dévouée. »

Il n'exprimait pas souvent son côté serpentard. Cachant sa surprise, Elizabeth trouva cet aspect de sa personnalité réellement attirant. Et elle ne se gênerait pas pour lui faire savoir plus tard.

« Comme c'est aimable à vous. J'espère que vous avez été dûment…payée, Miss. »

Lucius Malefoy s'adressait maintenant à elle, venin à la bouche prêt à dissoudre ce qu'il pensait n'être qu'un vernis de bienséance. A elle de lui prouver qu'aux âmes bien nées, la valeur n'attendait pas les années.

Elizabeth se redressa légèrement mais ce changement infime la fit passer de compagne compatissante à dame du haut-monde.

« Nul payement n'était nécessaire, Monsieur. La perte de Regulus nous avait rapprochées, votre tante et moi. Sirius était la dernière famille proche qui lui restait. Il était donc normal que nous prenions soin d'elle durant ses derniers jours. » répondit-elle aimablement.

« Sa perte doit vous peiner énormément. » se moqua-t-il.

Sirius serra le poing, Beth entoura ce dernier de ses doigts.

« Walburga était la dernière image de mère que j'avais, Mr Malefoy. Elle nous a quittés. La seule chose que je puisse faire désormais, c'est d'honorer sa mémoire et de respecter les engagements que j'ai pris envers elle. »

Sa voix était devenue claire, implacable, déplacée dans ces minauderies de salon. Sirius se détendit tandis que Lucius fronçait les sourcils.

« Je n'ai pas vraiment l'heur de vous connaître, Miss. » commença-t-il.

« Vraiment ? Vous devez bien être le seul dans ce cas Mr Malefoy. Je suis le professeur Elizabeth Keats. Je pensais que vous auriez au moins eu le réflexe de vous renseigner sur la femme qui a mis à bas votre seigneur et maître. » répliqua-t-elle en tendant une main gantée à son ennemi.

Lucius Malefoy eut un rictus méprisant mais prit tout de même la main de la jeune femme qu'il se força à porter rapidement à ses lèvres.

Voyant que Lucius n'avait nullement l'intention d'inclure son épouse, ce qui pouvait être considéré comme la plus grande marque d'irrespect chez les sangs-purs, Sirius attira l'attention d'Elizabeth sur Narcissa. Cette dernière lança un regard interrogateur à son cousin mais s'avança.

« Miss Keats. » la salua-t-elle posément en inclinant la tête.

« Mrs Malefoy. » lui répondit Elizabeth avec la même élégance et la même distinction.

Lucius Malefoy la regardait toujours fixement, mais sa condescendance s'était muée en méfiance. Elle était trop à l'aise. Elizabeth se permit de soutenir son regard. Elle n'avait pas à rougir de qui elle était. Son père était certes un sang-mêlé et sa grand-mère une moldue, cela n'en faisait pas moins d'elle une femme puissante.

Il y eut un moment de silence gênant pour Sirius et Narcissa.

« Ne vous pavanez pas trop Miss. Attirer l'attention sur vous pourrait vous causer de graves ennuis. » l'avertit doucereusement Lucius

« C'est étrange, Mr Malefoy, jusqu'ici, cette cible semble m'avoir bien réussi. J'ose espérer qu'il en va de même de vos affaires et de votre réputation. » répliqua-t-elle froidement.

Lucius recula comme si Elizabeth l'avait frappé. Il la foudroya du regard avant de reprendre la main de son épouse et de la poser sur son avant-bras, montrant son intention de prendre congé.

« Une réputation est comme une robe, Mr Malefoy. Un accro, ça se reprend. Le tout est de savoir trouvé la bonne couturière. Entre des mains habiles, il n'y paraîtra plus. » susurra-t-elle soudainement.

Lucius se figea et la regarda de nouveau de haut en bas.

« Tu as un fils, Lucius. » ajouta Sirius. « Tout l'argent du monde ne saurait arrêter une rumeur. Tu peux lui éviter ce que toi et moi avons connu. »

Elizabeth vit leur interlocuteur réfléchir quelques instants, en évitant soigneusement le regard que sa femme, inquiète, avait levé vers finit par leur tendre une carte, geste très aristocratique mais aussi très moldu. Elle n'aurait jamais cru que Lucius s'en saisirait.

« Toutes nos condoléances. » marmonna Lucius avant de partir avec Narcissa.

Sirius et Elizabeth les regardèrent s'éloigner.

« Qu'en penses-tu ? » murmura Elizabeth.

« Lucius est un roublard et Narcissa a vraiment eu l'air inquiète quand j'ai évoqué son fils…On a nos chances. » lui répondit-il sur le même ton.

Il porta sa main à ses lèvres et l'embrassa avec douceur. Elizabeth lui offrit un sourire. Plus qu'un amant, plus qu'un ami, Sirius était aussi un bon partenaire en affaires. Et il était bon de savoir qu'elle ne menait pas son entreprise seule.