39
La pluie ruisselait le long des carreaux. Bien qu'on fût au mois d'avril, la chambre était froide. Le silence n'était interrompu que par le bourdonnement d'une mouche.
Le corps tiède de sa compagne reposait sous le sien. Si Sirius avait posé sa tête sur son petit sein blanc, il restait tout de même assez grand pour la recouvrir entièrement. C'était doux de constater qu'il n'y avait qu'au lit que leur légère différence de taille se remarquait. Il écoutait le cœur de Beth battre doucement contre son oreille. Dans la pénombre, ils n'avaient pas besoin de chercher le regard de l'autre pour se sentir complet.
Il aurait pu se reposer ainsi pour toujours qu'il en aurait été parfaitement heureux. Elizabeth avait recommencé à masser son crâne. Elle murmurait la mélodie d'une chanson. Sirius eut un sourire en reconnaissant la mélodie de Blackbird.
« Si j'avais su que tu aimais autant la pop moldue, je t'aurais abordée autrement quand nous étions à Poudlard. » remarqua-t-il doucement en prenant sa main dans les siennes.
« Même avec du Pinkfloyd, tu te serais pris un râteau Black. » lui répondit Beth.
La dureté de ses mots était atténuée par la douceur avec laquelle elle serrait ses doigts. Il porta sa main à ses lèvres et embrassa chacune de ses phalanges.
Le crépuscule était tombé. Aucun d'entre eux n'éprouvait le désir de se lever. Sirius se redressa tout de même et s'adossa légèrement contre la tête de lit. Beth se mit sur le ventre et vint poser sa tête conte son pectoral droit. Immédiatement, Sirius entoura ses épaules de son bras. Son autre main reprit les doigts de la jeune femme.
« Pourquoi me donnes-tu ma chance aujourd'hui Beth ? » murmura-t-il sombrement.
La jeune femme fronça les sourcils, étonnée de ce ton qui ne ressemblait pas à Sirius.
« Tu ne peux pas voir pour quelle raison j'ai pu changer d'avis ? »
Pour toute réponse, Sirius se contenta de la fixer, dans l'attente. Il espérait quelque chose. Il espérait qu'elle lui montre quelque chose qui en vaille la peine. Sirius pouvait-il douter de lui-même ?
Elizabeth se redressa et appuya son visage dans le creux de sa main. Elle devait plisser les yeux pour distinguer ses traits maintenant que la nuit était presque tombée.
« Serais-tu déjà las de ta victoire, Sirius ? »
« Pas de bons mots, Beth, s'il te plaît. »
« Ce n'en est pas un. Je ne fais que me baser sur ce que je connaissais de toi à Poudlard. »
« Si tu me haïssais à cette époque, pourquoi aujourd'hui es-tu ici avec moi ? Ne te dérobe pas en me répondant que tu peux toujours partir ? » ajouta-t-il la faisant sourire.
Sirius la vit réfléchir quelques instants : elle-même pouvait-elle s'étonner de ce qui les liait ? Beth donnait tant l'impression d'accepté les choses avec flegme qu'on pouvait douter que quoi que ce soit la touche vraiment.
« A l'époque, tu étais un petit con. Pour autant, cela ne m'aurait pas poussé à te détester, Sirius. Il y en avait un bon paquet entre les murs du collège. Il a juste fallu que tu remarques ma différence et que tu en fasses un défi personnel, tout en t'en prenant à Severus. Tu sais, je me serais tout à fait contenter de ne pas exister à tes yeux. Les choses se sont envenimées. Il y a eu la guerre dehors, la nécessité de faire un choix puis d'agir. Il y a eu l'Ordre et ces journées que nous passions tous ensemble. A force de se côtoyer, j'ai découvert d'autres facettes de ta personnalité mais j'étais trop fière pour changer d'avis. Les choses se sont calmées tu te souviens quand Marlène et toi êtes sortis ensemble. Entre James et Lily, Alice et Frank, Marlène et toi, c'était comme si on avait un peu d'espoir. Et puis…Marlène a été tuée… »
Elle se tut pour le regarder. Sirius avait détourné la tête. Marlène McKinnion avait été son amie avant d'être sa maîtresse. Ils étaient sortis ensemble à Poudlard, avaient rompu mais en restant bons amis. La peur, l'adrénaline des missions…cela les avait rapprochés physiquement. Ni lui, ni elle n'avaient cru en un possible avenir pour cette relation faite de rencontres rapides et d'étreintes fiévreuses. Marlène avait vite remarqué les regards qu'il portait sur Beth lorsqu'elle apparaissait. Ils s'étaient fait prendre : on avait cru qu'il se casait enfin. Avant qu'ils aient pu démentir, Marlène et ses parents se faisaient tuer. Son amie n'avait pu avoir la chance qui était la sienne aujourd'hui. Pourtant, elle le méritait bien davantage.
Il sentit une caresse sur sa joue. Il regarda de nouveau Beth.
« Je t'ai vu avec elle, avec les autres, avec Molly quand ses frères ont été tués. J'ai vu l'homme que tu es devenu, celui qui soutient et réconforte les autres quand ils souffrent. Ca m'a pris du temps pour accepter le fait que je m'étais trompée, Sirius, mais cet homme-là, j'ai voulu le connaître. C'est cet homme-là qui est resté prêt de moi quand j'ai su la mort de mon père. Tu es fort, tu es brave et tu es loyal. Et c'est là que je suis retombée amoureuse de toi. » murmura-t-elle.
Ses mots étaient inconsciemment ce qu'il avait eu besoin d'entendre.
« Retombée ? » l'interrogea-t-il.
« J'ai su que je t'aimais quand Il est rentrée dans la chambre de Harry. » murmura-t-elle les yeux pleins de tristesse. « Quand j'ai cru que ce serait la fin, c'est à toi que j'ai pensé. Et j'ai compris… »
Sirius, terrifié par ce qui aurait pu arriver, l'embrassa avec ardeur. Il leur rappela à tous deux que pour l'instant, ils étaient vivants et ensemble. Il sut que c'était le moment.
« Epouse-moi Beth. »
Le silence qui suivit laissa aux mots la possibilité d'occuper tout l'espace.
Elizabeth s'était figée.
« Quoi ? » chuchota-t-elle.
« Je t'en prie. Epouse-moi. » répéta-t-il.
Il y eut un moment de silence lourd de tension.
« Sirius… » commença-t-elle
« Je sais ce qui nous attends, Beth, si c'est ce qui te fait peur. Et cela ne me rend que plus déterminé à faire de toi ma femme. »
« Je n'ai pas dit que je refusais. » le coupa-t-elle.
Sirius se raidit. Il venait de jouer son bonheur et l'avenir de leur relation. Mais il ne voulait pas se contenter de simples étreintes, de baiser et de mots vides. Il voulait vivre ce que James avait vécu, cette vie de couple avec ses hauts et ses bas. Il était prêt à s'engager avec elle et pour elle. Tout était entre ses mains.
« C'est vraiment ce que tu désires ? » lui demanda-t-elle avec gravité.
Il acquiesça sans ajouter un mot.
« Sirius… »
Sa voix se limita à un filet comme si elle craignait sa réaction. Ne lui avait-il pas suffisamment prouvé qu'il pouvait tout endurer de sa part ?
« Je ne te donnerai pas d'enfants. »
Sirius ne s'était pas attendu à cette objection. Il n'avait pas envisagé cet aspect du mariage.
« Ton nom s'éteindra… »
« Je me moque de mon nom ! » cracha-t-il. « On m'a toujours jugé dessus et non pour ce que j'étais. Tu crois vraiment que je voudrais l'imposer à un enfant ? »
Sirius se calma. Beth n'avait pas bronché pendant son éclat.
« Tu me demandes de me projeter trop loin pour moi, Beth. Tu as peut-être cette capacité d'anticiper et prévoir l'avenir, je ne dis pas que ce n'est pas utile, mais elle te met des barrières. Tu t'interdis de vivre des choses parce qu'elles n'entre pas dans ton plan. Tu calcules tout pour les autres sans rien te laisser. Je ne me soucie pas de ce genre de chose. C'est peut-être irresponsable d'un certain point de vue. J'aurai peut-être des remords, mais je ne veux pas avoir de regrets. Et une chose est sûre : je n'aurai aucun regret à te choisir, quelques soient les épreuves que nous aurons à traverser. Elles en vaudront la peine si tu es avec moi. »
Beth ne trouvait pas les mots. Elle n'aurait jamais cru que Sirius Black puisse vraiment s'attacher et s'engager de manière aussi désintéressée.
« Beth ? »
Elle avait cru sa vie de femme morte avant d'avoir commencé. Il la faisait renaître. Il lui apprenait chaque jour à aimer et à vivre. Même si cela ne rendrait les choses que plus douloureuses quand la fin viendrait, Sirius Black était une étoile dont l'attraction était irrésistible.
« Beth… »
« Oui. » le coupa-t-elle.
Il écarquilla les yeux. Surpris, il s'attendait à devoir argumenter encore et encore avant d'obtenir une capitulation en demi-teinte. Pas un oui franc et ému comme l'indiquait son grand sourire tremblant.
« Oui ? »
« Sirius Orion Black, voulez-vous que je change d'avis ? Je viens d'accepter votre demande. » se moqua-t-elle pour reprendre contenance.
Sirius revint à lui et pour se faire pardonner ce retard l'embrassa avec fougue.
« C'est oui ? » murmura-t-il encore contre ses lèvres avec espoir, joie et soulagement.
« Mais oui, vieux cabot. » lui assura-t-elle dans un souffle avant de l'embrasser à nouveau.
