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Lucius s'était révélé un indicateur précieux pour retrouver la trace des horcruxes : il leur avait indiqué que Bellatrix s'était elle aussi portée volontaire pour conserver ses possessions.

Quand Beth avait commencé ses préparatifs pour amener le journal sur la lande ? Sirius avait insisté pour l'attendre dans le parc avec une batterie de potions au cas où.

« Il n'en est pas question. Personne ne quitte cette maison tant que je suis…là-bas. »

Sa réponse avait fusé tandis qu'elle retirait tous ses bijoux dans leur chambre. Le passage ne devait pas être perturbé par la présence d'or ou d'argent qui avait tendance à attirer des Pillards, âmes damnées de voleurs.

« Je ne veux pas te laisser faire tout toute seule. » rétorqua Sirius en croisant les bras sur son torse.

« Sirius, on avait convenu que tu me laisserais conduire cette affaire à ma guise. »

« Cela n'implique pas la solitude. »

« Quand il s'agit de passage entre les mondes, si. » répliqua-t-elle en enfilant un collier de pierre dont la couleur ressemblait à celle du sang séché. « Je ne veux pas que tu prennes de risques. Tu as oublié ce qui a failli arriver la dernière fois ? Les âmes humaines les attirent. »

« Beth. Je resterai dans le parc. Pas question que tu déclenches… »

« Je te l'interdis ! Tu resteras dans cette maison avec les autres. Si quelque chose venait à sortir, personne ne serait de taille à l'affronter. »

« Dans ce cas-là, il ne faut pas l'affronter seule. Tu dois avoir quelqu'un pour assurer tes arrières. »

« Tu es bouchée ? J'ai dit non ! » cria-t-elle.

Elle se tourna vers lui, le visage livide de colère et les narines frémissantes.

Ils se dévisagèrent pendant quelques minutes, en parfaits adversaires. Chacun offrait à l'autre un visage de marbre mais la tension était palpable. Aucun d'entre eux ne changerait d'avis.

« Aucun mortel ne peut y faire face. Mais je ne suis pas menacée. Là-bas, j'appartiens aux Chasseurs. »

Mais Sirius ne sembla pas rassuré pour autant. Il fonça les sourcils, inquiet de la savoir face à des forces auxquelles aucun d'entre eux n'avait jamais été confronté.

Beth se retourna froidement pour mettre un terme à cette dispute stérile.

« J'ai accepté de t'épouser Sirius. Mais n'oublie pas que je ne plierai jamais à tes caprices. »

« Excuse-moi de vouloir veiller à ta sécurité. » cracha-t-il de colère.

« Ma sécurité ? Mais tu te prends pour un chevalier ou quoi ? Je n'ai jamais eu besoin de toi pour me défendre. Et je n'en aurai jamais besoin. »

Sirius reçut ses mots en plein cœur. La souffrance vint se mêler à la colère et à la peur.

« Très bien dans ce cas. Débrouille-toi sans moi. »

« Si tu crois que ça me posera problème. » ajouta Beth avant de regretter ses mots devant le regard plein de souffrance de Sirius.

Elle savait pourtant qu'il craignait par-dessus tout de rester en arrière.

Ces paroles assassines entre eux, Sirius tourna rageusement les talons, la tête haute et quitta leur chambre avant de claquer la porte.

Beth sentit sa colère retomber aussitôt. Elle soupira en passant ses mains dans ses cheveux. La présence de Sirius illuminait d'habitude ses jours. La vie semblait plus intense avec lui. Mais l'adoration de Sirius avait parfois un visage plus inquiétant. S'il n'était pas jaloux, elle sentait pourtant chez lui une volonté de la protéger de tout mal. Et elle craignait que cela ne vire à la surprotection.

Elle ne voulait pas être protégée : ce n'était pas dans sa nature. D'autant plus quand cela venait de Sirius parce qu'elle savait qu'au bout du chemin, aucune protection ne pourrait empêcher la mort de venir la trouver. Son fiancé l'inquiétait de plus en plus. Il ne voulait pas penser à l'avenir et il fermait volontairement les yeux. Quand elle l'entendait parler de projet, elle devait se mordre intérieurement la langue pour ne pas hurler et pleurer. Lily et Remus avaient promis de veiller sur lui. Mais elle ne pouvait chasser son angoisse. Beth ne pouvait pas empêcher Sirius de l'aimer à sa manière tout comme il ne pourrait pas l'empêcher de s'inquiéter silencieusement pour lui.

Elle était partie sur la lande. Sirius avait entendu la porte s'ouvrir et se refermer.

Elle était partie sans changer d'avis, sans venir le voir, sans lui laisser la possibilité de servir d'appui.

C'était son choix.

« Oncle Sirius ! Tu viens jouer à cache-cache avec nous ? » demanda Marygold en le trouvant désoeuvré dans la bibliothèque décorée de branches de houx en ce début de décembre.

« Mary ! » cria sa mère qui avait entendu la voix perçante de sa fille depuis la salle à manger où elle passait en revue le service en porcelaine et en cristal qu'ils utiliseraient pour le réveillon. « Gare à vous si vous faites encore tomber la sapin. Le Père Noël ne passera pas. Et il ne changera pas d'avis. »

Sirius sourit amusé devant la grimace de peur qui passa un instant sur le visage de sa jeune nièce. Comme Harry était le portrait craché de James, Marygold était celui de sa mère et ses deux couettes basses lui rappelaient la jeune Lily, celle qui les méprisait quand ils faisaient des bêtises. James aurait été fou de sa cadette. Plus les années passaient, plus Mary gagnait en malice. Il faut dire q'il était le premier à lui apprendre tous les tours possibles qu'une enfant de cet âge pouvait faire. La seule personne que Mary ne taquinait jamais était sa tante. D'instinct la petite fille avait senti que cette dernière avait quelque chose en elle qu'il ne fallait mieux pas contrarier.

Sirius secoua la tête. Non, il se faisait des idées et il prêtait ses sentiments à chacun. Il était juste contrarié.

« Allons-y Mistinguette. C'est ton frère qui va compter. »

Mary cria de joie.

Elizabeth ne revint qu'à la nuit tombée. Le passage l'avait épuisée. Elle avait senti le froid de l'autre monde se refermer sur ses mains et elle avait entendu leur appel. Les dames d'Avalon attendaient qu'elle retrouve sa place. Mais elle l'avait repoussé de toutes ses forces, de toute son âme et de tout son cœur. Non pas parce qu'elle devait vaincre Voldemort. Mais pour Sirius car elle refusait de le quitter dans la colère.

Dans le bois, elle ramassa une branche qu'elle fit grandi jusqu'à ce qu'elle soit assez solide pour l'aider à porter sa carcasse épuisée. La demanda magique dut être de trop après le transfert de l'horcruxe car elle sentit sa vision se troubler et ses jambes s'alourdir. Sa poitrine se compressa et elle eut l'impression de respirer du sable.

Elle n'eut que le temps de porter sa main à sa bouche avant qu'elle ne tousse un nuage sanglant. Pourquoi fallait-il toujours que la libération de son pouvoir soit liée à ses crises ? Appuyée lourdement sur sa canne de fortune, elle revint lentement au manoir, aussi faible qu'une vieille femme.

Les lumières du rez-de-chaussée qui faisaient étinceler la fine couche de neige couvrant l'herbe chassèrent les brumes d'Avalon et réveillèrent sa conscience et ses sentiments engourdis. Frigorifiée, Elizabeth s'arrêta pourtant pour faire revenir sa canne à l'état de brindille et nettoyer ses doigts rougis dans la neige. Elle ne sentit même pas la morsure du froid.

Elle monta les marches de l'escalier menant à la terrasse. La seule chose qu'elle désirait à cet instant, c'était de se retrouver dans un bon lit bien chaud et les bras de Sirius serrés étroitement autour d'elle, comme une protection pour repousser la souffrance. Mais avec leur dispute, elle ne devait pas trop y compter.

Elle ouvrit la porte de la serre et se glissa dans son atmosphère chaude et légèrement humide. C'en était trop pour son corps. Beth perdit l'équilibre et renversa un guéridon sur lequel était posée une plante épineuse. Le pot se brisa, renversant de la terre sur le dallage du sol. La plante se mit à geindre. La jeune femme tituba jusqu'à un siège en osier mais ses jambes se dérobèrent avant qu'elle ne parvienne à s'assoir. Une nouvelle quinte de toux secoua tout son corps, la faisant suffoquer.

Remus et Severus avaient entendu le vacarme dans la serre. Lily les rejoignit dans le couloir et ils entrèrent dans la pièce en éclairant immédiatement les lieux.

« Lili… » commença Severus en se précipitant au chevet de son amie.

« Je sais. Je vais aussi préparer un bain chaud et l'essence d'eucalyptus. » répondit la mère de famille.

Dès qu'ils avaient vu Elizabeth suffocante, leurs réflexes avaient pris le relais. Remus et Severus vinrent la redresser. Remus l'entoura de ses bras pour la réchauffer tandis que Severus l'obligeait à tenir sa tête droite et à garder sa langue hors de sa bouche pour qu'elle ne s'étouffe pas. Il fit apparaître une serviette d'eau pour rafraîchir le front de son amie.

Beth sembla étouffer de plus en plus, peinant à trouver son souffle entre deux quintes de toux graves et rauques. Le sang lui coulait le long de son menton.

Remus et Severus restaient calmes malgré la situation plus que critique.

« Severus, elle tremble de plus en plus. » s'inquiéta Remus.

« Ce n'est pas ça le plus dangereux. Ça va se calme. » le rassura le maître de potions. » C'est de la fièvre dont il faut se méfier. »

Le front d'Elizabeth était bouillant. Peu à peu sa quinte de toux se calma même si elle continuait régulièrement de tousser. La respiration sifflante, elle haletait. Severus passait la serviette de son front à ses joues pour la rafraîchir quand Lily revint avec la potion. Elle la fit boire à son amie tandis que Severus faisait disparaître le linge souillé. Même si dans la maison ils étaient tous vacciné et que Beth était sous un charme d'anti-contagion, il ne servait à rien de prendre des risques inutiles.

Beth finit par reprendre une respiration à peu près correcte mais la crise avait achevé de miner ses forces. Blême, les joues creuses et le regard brillant de fièvre, elle ne semblait ni en était de parler, ni de bouger.

Severus vérifia de nouveau sa température. Il sembla en être soulagé.

« Allez, Lizzie, un petit effort. » l'encouragea-t-il avec un sourire tremblant. Il savait comment elle allait réagir.

Ça ne manqua pas : Elizabeth se redressa comme un diable sortant de sa boîte et lui pinça le bras avant que ce sursaut de force ne l'abandonne.

« T'as… pas… intérêt… d'oser m'appeler… encore une fois… comme… ça. » toussa-t-elle.

« Relève-toi alors. »

Severus lui tendit la main. Beth s'en empara tremblant mais avec une fermeté qui ne faillit pas. Il la redressa et glissa un bras sous ses genoux et l'autre derrière son dos. L'attirant à lui, il se releva. Remus veilla à ce qu'il ne perde pas l'équilibre. Beth glissa es bras autour de son cou et laissa sa tête sur son épaule. Autrefois, sa place aurait été là. Aujourd'hui, elle aurait voulu que son orgueil n'éloigne pas Sirius.

« Où sont passés Harry et Mary ? » chantonnait Sirius.

C'était à lui de trouver les enfants. Au bruit de rires étouffés, il savait qu'ils se trouvaient dans la bonne pièce. La salle à manger avec sa grande table de bois recouverte d'une nappe offrait une cachette facile. Mais il n'allait pas frustrer les enfants en les trouvant trop vite.

Cependant, son oreille capta une conversation étouffée et inquiète entre Severus et Remus. Il tourna la tête et les vit passer rapidement devant la porte entrouverte. Il sortit. Ce que portait Severus dans ses bras lui coupa la respiration.

« Beth ! Reste éveillée, espèce de marmotte. » grogna Severus.

Il était plus pâle que d'habitude. Sirius sentit sa panique gagner du terrain quand il vit la tête de Beth balloter sans résistance sur l'épaule du directeur des serpentards. Toute volonté d'amuser son filleule et sa sœur disparut. Son ressentiment s'effaça. Il s'empressa de les rejoindre alors qu'ils montaient l'escalier.

« Que s'est-il passé ? » s'inquiéta-t-il, l'estomac noué par la peur.

Il avisa immédiatement les taches de sang sur le pull jaune de sa fiancée.

« On l'a trouvé dans la serre en train de nous faire une crise. » résuma Severus en ne s'arrêtant pas.

Malgré le poids de son amie et la montée des escaliers, il continuait de marcher vivement sans être essoufflée. Il était bien plus résistant que ne le laissait penser sa carrure de fil de fer.

Sirius sentit sa gorge se nouer. Beth attrapait bien sûr tous les rhumes qui traînaient mais elle n'avait pas eu de crise si grave depuis plusieurs années. Il suivit Severus, sans jamais la quitter du regard.

Dans la salle de bain, Lily avait fait couler un bain. La vapeur couvrait les miroirs et saturait l'atmosphère. Les lieux dégageaient une forte odeur d'huile essentielle. Rapidement, ils lui enlevèrent son pull de laine, sa chemise et son pantalon de velours, ne lui laissant que ses sous-vêtements et ses chaussettes. Ils la plongèrent dans l'eau. Beth poussa un cri de souffrance.

« Sirius ! » appela-t-elle dans un sanglot, le visage crispé par la souffrance.

L'ancien Maraudeur s'assit immédiatement sur le rebord de la baignoire et se pencha vers elle. Ses yeux le piquaient. Il ne voulait pas la voir ainsi ? Il ne voulait plus qu'elle souffre de cette manière. Il y avait bien quelque chose à faire…

« Pardon…pardon, Sirius. Je ne veux pas… t'imposer… ça. » pleura-t-elle.

Elle n'avait pas à pleurer. Pas pour lui.

« Hey, ce n'est pas grave, Bessie. Et puis je t'ai promis de rester avec toi. Pour le meilleur et pour le pire, d'accord ? » murmura-t-il en oubliant les autres. Il lui offrit un sourire tremblant pour tenter de la rassurer.

Beth ne répondit pas, mais posa sa tête mouillée contre sa cuisse tandis que l'eau la réchauffait.

Sirius sentit une main lui tapoter l'épaule. Il tourna la tête et vit Severus, le visage sérieux mais le regard exprimant une souffrance semblable à la sienne. Le maître de potions lui tendit une fiole remplie d'un liquide bleu glacé. Il la prit sans hésitation.

Dès qu'elle se remet à tousser ou à étouffer, tu lui fais boire ça. Ne la sors pas du bain tant qu'elle semble avoir froid ou si elle fait encore de la température. » lui indiqua-t-il.

Sirius acquiesça sans ouvrir la bouche. Severus connaissait maintenant la maladie de Beth aussi bien que son médicomage.

« Tu m'appelles si tu constates la moindre complication. » ajouta Severus.

Sirius acquiesça de nouveau.

Pendant plus d'une heure, Sirius assista stoïquement aux quintes de toux et aux périodes de délire dues à la fièvre qu'Elizabeth traversait. Il vérifiait sa température régulièrement et l'empêchait de s'étouffer avec ses glaires. Il nettoyait ses lèvres et son visage du sang qui les maculait. Il la rassurait et lui chantonnait ses airs favoris quand elle criait, se débattait face à des fantômes qu'il ne pouvait pas voir. Il était tout simplement heureux d'être là.

« Excuse-moi Sirius. » répéta-t-elle en posant sa tête qui lui semblait trop lourde dans son giron.

« Arrête de t'excuser. Tu as fait ce qui devait être fait. Tu es revenue. C'est le principal. » décréta-t-il d'un ton sans appel.

Elizabeth ne répondit pas. Le visage crispé, elle essayait désespérément de retrouver un souffle normal. Des bruits légers de petits pas résonnèrent doucement sur le plancher du couloir. Sirius n'eut que le temps d'attirer une grande serviette et de la tendre au-dessus des rebords de a baignoire avant que les têtes de Marygold et de Harry n'apparaissent contre le cadre de la porte entrouverte.

« Tiens ! Voilà mes Potter préférés. » tenta Sirius pour dérider l'atmosphère.

Mais le frère et la sœur étaient bien trop malins pour se laisser berner par leur oncle. Aucun sourire ne vint égayer leurs visages. Beth avait détourné le sien pour ne pas les effrayer.

« Oncle Sirius, pourquoi Tante Beth a l'air aussi malade ? » demanda Marygold avec son franc-parler habituel.

« Est-ce qu'elle va mourir ? » ajouta Harry pour faire bonne mesure.

Cette simple supposition glaça Sirius mais ce qui le terrifia davantage, c'était le fait qu'il n'avait aucune assurance à leur fournir.

« Pas ce soir, mon chéri. » le rassura Elizabeth d'une voix rauque et brisée. « Pas ce soir. »

Sirius lui aurait volontiers demandé de revoir sa notion de ce qui était rassurant à dire ou pas à des enfants. Mais il remarqua alors qu'Harry semblait véritablement soulagé. Avait-il vraiment compris ce que sa marraine voulait dire ?

Mais sa surprise fut totale que lorsqu'il vit un patronus informe, mais un patronus tout de même, jaillir de son torse et voleter jusqu'à Beth. Elle partagea sa surprise, d'autant plus quand la lumière blanche tremblota devant ses yeux avant de se poser sur son cœur. Sirius l'entendit clairement prendre une grande inspiration et retrouver son souffle. Ce dernier semblait plus régulier et plus calme. Muet d'étonnement, il posa sa main sur son front pour constater que la fièvre avait complètement disparu.

« Oncle Sirius ! Harry a l'air malade aussi ! » s'alarma Marygold.

Sirius se tourna vers son filleule et quitta Beth quand il remarqua la pâleur du teint d'Harry et la sueur qui avait recouvert son front plaquant ses mèches noires sur sa peau. Il prit le petit garçon dans ses bras, inquiet. La première manifestation de magie ne se passait jamais ainsi.

« Amène-le moi Sirius. » demanda Beth avec une voix plus ferme.

Sirius lui obéit. Levant les yeux vers elle, il constata que son teint reprenait des couleurs.

Beth sorti un bras de la baignoire et sa main gauche souleva le menton d'Harry. La marraine et le filleule se regardèrent dans les yeux pendant de longues minutes. Ni Harry, ni Beth ne cillèrent. Le petit garçon avait un regard presque solennel. Sirius constata qu'ils échangeaient en silence. Ils semblaient parfaitement se comprendre sans mots.

« Merci Harry. » finit-elle par chuchoter.

Son filleule s'approcha et l'embrassa tendrement. Beth lui caressa la joue, y laissant des gouttes d'eau, avant de se tourner vers Sirius.

« Il a besoin de magnésium. Tu peux t'assurer qu'il mange un bon morceau de chocolat ? »

« Je vais t'en ramener aussi. En attendant, ne sors pas de ce bain sans mon aide. Et c'est non négociable, Beth ! »

Tout dans sa posture et dans sa voix montrait qu'il était intransigeant sur ce point.

« je vais t'attendre bien sagement. » lui promit-elle sans sourire mais en se relevant pour se rapprocher de lui. Sirius se rapprocha et pencha son visage vers elle. Elle l'embrassa, demandant de nouveau son pardon, chose que Sirius lui accorda pour sceller leur dispute et oublier sa peur.

Il quitta le rebord de la baignoire et prit Harry dans ses bras avant de tendre la main à Marygold. Une fois qu'ils eurent quitté la salle de bain, Beth retira la serviette qui préservait sa dignité et fit recouler de l'eau chaude. Tandis que la buée envahissait de nouveau le miroir et le carrelage blanc, elle se prit à songer à la magie accidentelle d'Harry. Les enfants avaient tendance à se retrouver dans des lieux improbables, à faire changer de couleur des objets… pas à faire disparaître les symptômes d'une maladie aussi grave. Harry venait d'une famille de grands potionnistes et de médicomages. Peut-être que son pouvoir avait muté avec l'environnement dans lequel il grandissait. Il aurait dû affronter un mage noir mais son destin lui avait été volé. Etait-il possible que l'équilibre du monde lui offrit une capacité de guérir à la place du devoir de mourir ? Avait-elle modifié le destin d'autres personnes ? Etait-il possible que Harry soit appelé à sauver ceux qui auraient dû mourir ?

Elle soupira en se replongeant dans l'eau et retira ses sous-vêtements. Toutes ces questions lui martelaient trop douloureusement la tête. Mais elle espérait de tout cœur que son filleule ait un aussi merveilleux avenir.