43
Durant les deux ans qui suivirent cet épisode, Harry Puis Marygold manifestèrent de plus en plus leurs talents magiques, à la plus grande joie de leur famille. Harry développa bien vite des talents en potion et ses capacités de guérisseur ne cessaient de croître.
Ils fêteraient bientôt Noël et cette fois encore tout le monde avait mis la main à la pâte pour décorer le manoir. Depuis le débit de la semaine, des odeurs alléchantes ne cessaient de jaillir de la cuisine. Même si Lily, Beth et les enfants réalisaient bon nombre de recettes, c'était essentiellement à Kreattur qu'on devait ces délicieux parfums. L'elfe de maison avait finalement décidé de quitter le Square. Sirius n'avait pas particulièrement eu envie de l'avoir au manoir : il lui rappelait trop de mauvais souvenirs. Mais la déférence dont faisait preuve l'elfe auprès de sa nouvelle maîtresse lui avait donné suffisamment confiance pour laisser une chance à Kreattur. Depuis que ce dernier avait pris ses quartiers, la cuisine du manoir était devenue plus copieuse et plus gastronomique. L'elfe avait quitté son air ronchon et son attitude servile. Devant sa bonne volonté, Beth lui avait donné le poste d'intendant vacant depuis plus de quatre-vingt ans. Kreattur avait failli s'étrangler et s'auto-punir quand il avait découvert que ce poste était rémunéré. Beth et lui semblaient avoir eu une longue discussion à huit-clos. Quand l'elfe avait quitté son bureau, il arborait pour la première fois un air de fierté qui faisait plaisir à voir.
« Il faut que je travaille à Ste Mangouste plus tard ? » demanda Harry le jour où il préparait le sapin avec sa tante.
Beth accrocha une figurine de chien que Sirius lui avait offerte. Ces deux-là n'avaient pas encore annoncé la date de leur mariage et tout le monde pariait dans leur dos de la date du grand jour. Aucun préparatif n'avait encore vraiment eu lieu suite à la première manifestation de magie d'Harry. Beth avait dû refaire des analyses et un séjour à l'hôpital. Son médicomage avait d'abord annoncé une stabilisation de la maladie et croyait même à une rémission possible. Sirius y croyait de tout son cœur. Beth, quant à elle, ne se faisait aucune illusion. C'était un sursis. Et plus il était long, plus le retour de bâton serait douloureux. La future trentenaire s'estimait déjà heureuse d'avoir vécu plus longtemps que son illustre aïeul. Elle se tourna vers son filleule et vint le rejoindre. Harry se débattait depuis plusieurs minutes pour accrocher un croissant de lune. Elle posa sa main sur son épaule. Harry s'efforça d'autant plus d'accrocher la décoration, faisant trembler tout le sapin que chaque année sa mère métamorphosait et qu'ils décoraient peu à peu, chaque jour de l'Avent. La main de sa tante se joignit à la sienne et termina de nouer le fil de fer. Ses doigts enlacèrent ensuite les siens.
« La question n'est pas de savoir ce que tu devrais faire, Harry, mais ce que toi, tu souhaites. » déclara-t-elle posément.
Elle lui sourit doucement en passant sa main dans ses cheveux.
« Fournée de cookies ! » cria soudainement Marygold de la cuisine.
Ses pas ne tardèrent pas à se faire entendre. Par mesure de sécurité, Remus qui décorait le hall avec des branches de houx et de sapin mêlées à d'autres plantes givrées magiquement, se recula contre le mur. Mary et Lily jaillirent de la cuisine comme des diables de leur boîte portant toutes les deux des plateaux remplis à ras-bord de biscuits moelleux dégageant une bonne odeur de…
« Chocolat. » murmura rêveusement Remus.
Quand la benjamine de la famille passa devant lui, il lui chipa un biscuit.
« Maman ! Oncle'Mus vole les biscuits ! » s'écria Marygold.
Elle tourna vers lui les yeux de James et fronça comiquement les sourcils. Remus s'empressa d'engloutir l'objet de son délit, manquant de s'étouffer avec. Il lui fit un sourire innocent.
« Remus, tu devrais faire attention si tu ne veux pas entretenir cette petite brioche dont tu te plains si souvent. » se moqua Lily en venant pincer les poignets d'amour de son ami.
Celui-ci glapit de surprise mais avisant le second plateau de biscuits tenta d'en attraper un second. Mais Lily savait défendre son bien. Remus retira bien vite sa main.
« Ca sent le cookie ! » chantonna Beth en quittant le salon pour suivre la douce odeur.
« Maman ! » s'écria Marygold horrifiée à l'idée de voir disparaître tout le résultat de ses heures de travail.
« On vous prévient ! Il faudra nous passer sur le corps pour avoir ces cookies ! » les menaça Lily en gardant son plateau hors de portée de Remus.
Remus, Harry et Elizabeth échangèrent un regard pas du tout impressionné puis ils posèrent les yeux sur la mère et la fille. Mais ils n'eurent pas le temps de faire le moindre mouvement.
« C'est loin d'être un problème. » murmura la voix soyeuse de Severus à l'oreille de Lily.
Cette dernière inspira profondément, respirant une bouffée de l'odeur de Severus, mélange de plantes, de citron, de bois de santal et du tabac qu'il pensait fumer discrètement. Elle se tendit, désirant inspirer une nouvelle bouffée. De plus en plus, elle sentait quelque chose la poussait à être davantage consciente du corps et de la présence de son ami. Severus n'était pas plus beau qu'avant mais il y avait quelque chose dans sa fermeté, dans sa voix grave et dans ses gestes secs mais élégants et dans leur amitié retrouvée qui lui plaisait.
Elle tourna la tête pour se retrouver joue contre joue avec lui.
« Accio Cookies. »
Trois biscuits s'échappèrent des plateaux pour tomber aux mains des trois gourmands réjouis qui commencèrent à grignoter leur friandise.
« Vous êtes pas gentils ! Vous aurez pas de cadeaux à Noël ! » protesta vigoureusement Marygold.
Elizabeth éclata de rire et attrapa sa nièce pour la porter sur son dos, lui faisant oublier ses protestations. D'un claquement de doigts, elle alluma leur radio. Le son crachota quelques secondes avant qu'Atomic ne résonne dans la pièce et qu'elle ne fasse tournoyer la petite dans les airs. Ses éclats de rire redoublèrent.
S'appuyant contre Severus, Lily regarda sa petite famille avec un sourire, le visage réjoui. Ils étaient bien maintenant. Elle se sentit mieux encore quand Severus posa doucement son bras sur ses épaules.
