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« Entrez vite, on sera mieux à l'intérieur. » invita Sirius en ouvrant la porte du manoir.
Les invités frappèrent tous leurs pieds pour les débarrasser de la neige. Beth avait ouvert les portes de son domaine à quelques cousins de Sirius : Andromeda et Ted Tonks ainsi qu'à leur fille Nymphadora âgée de seize ans et les Weasley au grand complet. Il avait proposé l'idée de fêter Noël en famille deux semaines avant la date, n'y songeant que vaguement. Elizabeth avait paru divisée : s'ils acceptaient des invités, il fallait risquer la couverture de Severus. Ils en avaient longuement discuté à cinq avant que Severus lui-même ne tranche la question :
« Si l'ordre se reforme, nous serons tous appelés. Même moi. Alors autant préparer la cohabitation. »
« Ca ne te gêne pas de passer Noël avec certains de tes élèves ? » avait demandé Sirius.
« Mis Tonks par exemple ? C'est une calamité sur pattes mais tant que tu la gardes loin de moi, tout devrait bien se passer. »
« Tu ne nous as pas parlé des jumeaux Weasley récemment ? » demanda Elizabeth en fronçant les sourcils.
Il y eut un blanc. Ils avaient observé Severus et l'avait vu se replier sur lui-même pour poser son front sur le bois de la table.
« Je veux Zadok the Priest pour mon enterrement. » déclara-t-il lugubrement.
« A ce point ? » s'étonna Beth.
Severus pointa du doigt Sirius puis Remus.
« Ne les mets surtout pas avec ces deux-là ! » la supplia-t-il. « S'il me voit, je suis foutu. Ma réputation de monstre injuste et sans cœur est terminée, détruite…Kaput ! »
« Ok ! OK ! C'est bon. » répondit Sirius. « On a compris. Tu boiras du polynectar. »
« Mais bien sûr. Dis-moi Black, tu as seulement lu la recette ? Il faut plusieurs mois pour la préparer. Et je ne me promène pas avec un stock de cette petite rareté sous le manteau. T'en as d'autres des idées foireuses ? »
« Pas si foireuse que ça. » intervint Lily. « On peut modifier son apparence pour la soirée. »
Lily se tourna vers Beth en émettant cette possibilité.
Cette dernière pinça les lèvres et plissa les yeux
« Moui, yé peux faire de toué le plus beaux des mignons. » déclara-t-elle.
Il y eut un blanc avant que le groupe d'amis peu habitué à ce que Beth utilise pareil humour, éclate de rire.
C'est ainsi que les cousins de Sirius furent inviter à venir passer les fêtes à Hivehill. Ils entrèrent et furent éblouis par la grandeur des lieux. Sirius retira sa veste pour laisser le porte-manteau enchanté la prendre. Les enfants Weasley l'imitèrent avec enthousiasme, Fred et George essayant de se suspendre aux branches pour être transportés. Leurs parents et la famille Tonks suivirent le mouvement sans aller jusqu'à imiter les pitreries des jumeaux qui furent repris par leur mère. Les différents manteaux furent suspendus pour former un arbre.
Bientôt, Remus, Lily et Severus présenté comme un cousin d'Elizabeth les rejoignirent. Des embrassades et des poignées de main furent échangées avec chaleur.
« Dis-moi, cousin, où donc est passé la maîtresse de maison ? » lui demanda Andromeda en posant sa main sur son épaule.
« C'est bien ce que je me demande. » lui répondit-t-il.
A cet instant, ils entendirent des claquements de talons à l'étage. Sirius leva les yeux pour avoir le souffle coupé. Beth lui semblait belle chaque jour que Merlin faisait. Mais ce soir, elle était plus resplendissante qu'elle ne l'avait jamais été. Sa robe noire lamée flattait sa silhouette amaigrie, redonnant des formes là où elle avait fondu. Elle descendait avec élégance le grand escalier de marbre. Quand elle les rejoignit, il lui offrit son bras en bon gentleman. Ses parents avaient été durs avec lui mais ils avaient veillé à ce que Sirius sache toujours tenir son rang et pratique la galanterie. Beth le prit sans se faire prier. Il enroula ses doigts autour de sa main et porta cette dernière à ses lèvres, oublieux du monde qui les entourait. Beth lui offrit un sourire discret mais ses yeux brillaient d'affection pour lui. Il n'en revenait pas que ce regard si rare chez elle lui soit maintenant volontairement adressé.
« Tu es magnifique. » lui chuchota-t-il.
Son sourire s'accentua.
« Toi de même. » lui répondit-elle en serrant doucement sa main.
C'est ce qui s'approcherait le plus d'un baiser ce soir. Il le savait : en dehors de leur famille, Beth ne montrait jamais les élans de son cœur.
« Sirius ! Tu n'aurais pas oublié de me dire quelque chose ? » grinça Andromeda.
Le couple se tourna vers la cousine du maraudeur. Sirius sentit clairement Beth se figer un instant par réflexe car Andromeda et Bellatrix se ressemblaient malheureusement beaucoup physiquement. Beth ne l'avait jamais rencontrée mais dans l'Ordre, tout le monde savait qu'Alice Londubat ne lui avait pas échappé sans laisser quelques plumes. Et c'était là un gros euphémisme.
Cependant, Andromeda avait pour elle une douceur générale qui échappait à Bellatrix et qui rapidement faisait passer outre la ressemblance. Elle plissa les yeux, ce qui fit ricaner son mari et sa fille. Sirius lui offrit un grand sourire innocent.
« J'ai peut-être omis en effet une ou deux petites bricoles. Mais tu sais que l'année a été…difficile. »
« Une ou deux bricoles, vraiment ? » commenta doucereusement Andromeda.
Beth se pinça les lèvres pour ne pas éclater de rire. Voir Sirius dans cette situation domestique était vraiment divertissant.
« Oui. Tu sais pas grand-chose…juste une demande en mariage. »
Sa dernière phrase figea non seulement sa cousine mais aussi les autres conversations. Tous les anciens membres de l'Ordre se tournèrent vers le couple.
« Mon chéri, je pensais t'avoir dit de te calmer sur les effets mélodramatiques. » lui souffla Beth de manière à être audible de tous.
« Merlin, Circé, Morgane ! » s'écria Molly. « Sirius, tu vas vraiment te marier ? »
« Merci pour tes doutes, Molly. Ça fait plaisir. Vraiment ! »
« Ce n'est pas ce que…Zut ! Si c'est ce que je voulais dire ! Tu vas vraiment te marier, toi ? »
« Oui. »
« Tu as dû éclater de rire quand il te l'a demandé, Elizabeth. »
Cette dernière regarda une minute Sirius avec douceur.
« Pas le moins du monde. » répondit-elle.
« Excusez-moi, mais…depuis quand ça dure entre vous deux ? » s'étonna bien légitimement Andromeda.
Ce fut autour de Sirius de regarder Beth. Son regard était si chaud, si doux qu'Elizabeth se moqua bien d'avoir l'air d'une midinette épouvantablement fleur bleue en souriant.
« Depuis terriblement longtemps. » répondit-il.
« Ah ! Ca ! On peut dire qu'ils ont pris leur temps. » remarqua Lily. « Onze ans qu'ils se tournent autour. Si ce n'est pas plus. »
Elle s'amusa de les voir lui jeter un regard en lui demandant de se taire.
« Onze ans ! Tu as attendu onze ans. C'est seulement après tout ce temps que tu te décides ! » s'étonna Andromeda.
« J'aurais attendu toute ma vie s'il l'avait fallu. » remarqua Sirius.
Jetant ses principes par-dessus la barrière, Beth se pencha vers lui et l'embrassa avec douceur. Cela mit un terme définitif aux questions, remplacées par des acclamations émues. Sirius sourit dans ce baiser, heureux de la voir à l'aise à l'idée de présenter leur couple.
« Je pensais qu'on devait se calmer sur les effets mélodramatiques. » la taquina-t-il quand ils se séparèrent.
« C'est juste parce qu'on est sous le gui, Sirius. »
Il éclata de rire avant de l'embrasser de plus belle.
Le repas se déroula allègrement au gré des discussions et des rires des plus jeunes. Lorsque minuit sonna à la grande horloge du hall, tous les invités se retrouvèrent autour du sapin. Ce furent Marygold et Harry qui distribuèrent les cadeaux. Tous furent bien évidemment gâtés.
Harry et Mary allaient retourner s'assoir quand Sirius leur fit remarquer qu'un paquet était resté entre les branches du sapin. Les deux enfants l'attrapèrent et lurent le nom de son destinataire : Elizabeth. Ils lui donnèrent. C'était un paquet de petite taille mais soigneusement emballé. Un peu étonnée, elle releva la tête avec un sourire gêné avant de le déballer. Elle sortit de l'emballage un petit écrin blanc. La jeune femme releva immédiatement la tête pour fusiller du regard son compagnon. Pas le moins du monde mal à l'aise, Sirius la rejoignit, s'assit à côté d'elle et prit l'écrin. Il ouvrit la boîte et en sortit une bague en or blanc, simple mais élégante, surmontée d'un saphir. Calmement, il prit la main gauche d'Elizabeth dans la sienne et la regarda dans les yeux. Sa compagne avait compris ce qu'il faisait et semblait à la fois amusée et furieuse qu'il osât se donner en spectacle ainsi.
« Ma chère Elizabeth, veux-tu bien prendre en pitié mon grand âge et faire de moi un homme honnête avant que je ne devienne un vieux cinglé gâteux d'amour en acceptant de m'épouser ? » lui demanda-t-il en lui glissant la bague au doigt.
Des petites exclamations aigües devant eux l'informèrent que ses cousines devaient avoir fondu en larmes devant le spectacle écœurant de mièvrerie qu'ils donnaient actuellement. Beth leva d'ailleurs les yeux au ciel avant d'articuler silencieusement « drama queen ». Pour se venger, elle le laissa poireauter, laissant craindre à l'assistance un refus de sa part.
« C'est bien parce que j'ai pitié de ton grand âge. Au fait, ça va les genoux ? Tu as besoin de ta canne pour te relever ? » se moqua-t-elle. « Oui, je veux bien qu'on se marie. »
Ils durent se pincer les lèvres pour ne pas perdre leur sérieux tandis que Sirius achevait de lui mettre la bague au doigt.
Ils furent alors chaudement félicités par leurs amis et parents pour ce geste purement symbolique qui semblait pourtant concrétiser leur union à venir.
Petit à petit la soirée s'écoula et leurs invités commencèrent à prendre congé pour rentrer chez eux. Quand Andromeda et Ted s'apprêtèrent à rentrer, ils durent attendre Nymphadora. Cette dernière surgit du couloir, le regard pétillant et les cheveux ébouriffés. Plus que tous les cadeaux possibles, elle avait obtenu ce qu'elle voulait : un début de rapprochement avec le meilleur ami de son cousin. La première fois qu'elle avait rencontré Remus Lupin, elle n'avait que quatorze ans. Il avait beau avoir plus de dix ans d'écart avec elle, l'adolescente avait immédiatement été fascinée par ses yeux chocolat et la douceur qui émanait de lui. il lui semblait si triste qu'elle avait voulu glisser son cœur entre ses mains pour lui permettre de sourire un peu plus. Maintenant qu'elle avait seize ans, elle était bien décidée à lui faire comprendre que lui aussi pouvait être aimé pour ce qu'il était. Et ce soir n'était que la première étape d'un plan destiné à le conquérir.
Dans l'ombre du couloir, Remus posa une main tremblante sur un meuble. Il était trop vieux, trop us et trop malade. Pourtant contre sa joue, la trace d'un gloss à la fraise le faisait brûler intérieurement tandis que des mots tournaient en boucle dans son esprit :
« Tu me plais, Remus Lupin. Tu finiras non seulement par le comprendre, mais par l'accepter et le désirer aussi. »
Nymphadora Tonks ne l'avait pas lâché du regard pendant le dîner. Tout comme elle ne le lâchait pas du regard chaque fois que Sirius et lui allaient voir Andromeda. Il pensait que ça lui serait passé avec le temps. Mais ce soir, elle s'était amusée à lui faire du pied sous la table. Il pensait lui donner une bonne leçon en l'effrayant quand il l'avait surprise seule dans le couloir. Il lui avait croire qu'il allait prendre ce qu'il voulait là, maintenant, à la barbe de ses parents et de son cousin. Peine perdue : c'était à peine si elle ne s'était pas offerte à lui et ne lui avait pas sauté au cou à son tour. Il l'avait repoussée alors qu'elle modifiait ses cheveux pour adopter un style plus sage, plus semblable à celui de Lily ou de Beth, elle lui avait lâché ces quelques mots sur un ton mortellement sérieux. Ses bras avaient faibli et leurs corps s'étaient rapprochés. Il n'avait pu que subir cette attraction, fasciné par ses yeux brûlants qui ne le lâchaient pas. Il l'aurait sans doute embrassée, faible qu'il était si Andromeda n'avait pas appelé sa fille, le ramenant brutalement à la réalité. Il avait soupiré de soulagement mais avant qu'il n'it pu réagir, l'adolescente lui avait embrassé la joue en enlaçant son cou. Puis elle s'était éloignée mais, avant de partir, il avait compris que ce qu'elle venait de dire n'était rien d'autre qu'une promesse. Il allait maintenant être traqué sans répit. Par réflexe, il posa les doigts sur la trace de gloss, un frisson d'anticipation courant le long de son échine.
« Que fais-tu dans le noir, Remus ? On t'attend pour dire au revoir. » l'avertit Lily en le découvrant après avoir allumé la lumière.
Remus, pris par surprise, lui offrit un sourire hésitant avant de la rejoindre.
Elizabeth débarrassa la table avec Sirius et Kreattur qui grommelait contre ses maîtres qui ne savaient pas tenir leur place. Lily, Severus et Remus mettaient aussi la main à la pâte pour la plus grande gêne de l'elfe. Harry et Marygold étaient couchés. Sirius déposa la dinde sur le plan de travail de la cuisine. Beth arriva derrière lui en faisant léviter le service de verres en cristal. Il se recula et la laissa poser la vaisselle avec un sourire aux lèvres. Beth le remarqua et se tourna vers lui. Elle lui lança un regard interrogateur.
« Tu te rends compte que d'ici quelques mois, tu t'appelleras Mrs Elizabeth Black ? » commença-t-il. Elizabeth eut un sourire amusé avant de venir s'appuyer contre les tiroirs pour être face à lui.
« Tu te rends compte qu'à Oxford, je garderai le nom de Keats ? » se moqua-t-elle.
Sirius la rejoignit et posa ses mains de part et d'autre de son corps pour lui couper toute retraite.
« Oxford est Oxford, mon cher professeur. Ce qui compte, c'est d'ici peu nous serons mariés. Si j'avais su que ce serait toi qui me passerais la corde au cou, je ne l'aurais jamais cru. »
Il frotta le bout de son nez avec le sien la faisant rire.
« Et moi donc. La personne qui m'aurait annoncé cela, je lui aurais conseillé de prendre rendez-vous avec un psychomage. Et je crois que je me serais auto-oubliéttée pour ne pas me souvenir de cette horreur. » ajouta-t-elle.
Sirius embrassa doucement sa fiancée et caressa ses joues. Elizabeth lui sourit avec une tendresse non-feinte. Pour l'instant, le bonheur était là. Et pour rien au monde, elle n'aurait gâché ces instants précieux en pensant à son avenir qui finirait par s'assombrir inévitablement.
« J'ai un autre cadeau pour toi. Suis-moi. » lui demanda-t-il en prenant sa main.
Sans discuter, Beth enlaça ses doigts aux siens et le suivit. Ils quittèrent la cuisine et s'éloignèrent de la salle à manger. Sirius ouvrit la porte de la bibliothèque et ils entrèrent. Il alluma une lampe sur le bureau d'acajou. Beth découvrit des papiers qui portaient la signature de Sirius. A gauche de cette dernière, un espace vide attendait qu'elle appose la sienne. Elizabeth lâcha la main de son fiancé pour prendre en mains les contrats. Les contrats de mariage.
Même si elle lui faisait confiance et qu'ils se connaissaient bien désormais, la jeune femme habituée à gérer ses affaires, prit le temps de lire les documents en entier. Au fur et à mesure de sa lecture, ses sourcils se froncèrent. Elle finit par reposer en soupirant les papiers.
« Sirius, je ne peux pas accepter cela. » déclara-t-elle.
« Pourquoi ? C'est pourtant avantageux, non ? » répondit-il.
« C'est trop avantageux, justement. Ce n'est pas ta fortune que j'épouse. Je n'en ai pas besoin. » répliqua-t-elle.
Sirius, à sa grande surprise, éclata de rire.
« Je me doutais que tu allais me sortir ce vieux cliché. Je sais bien que tu n'as pas besoin de mon argent mais il te faut un accès illimité aux coffres de la famille. Mère pensait que nous pourrions y faire des découvertes intéressantes. » expliqua-t-il.
Le visage contrarié d'Elizabeth se détendit avant de s'éclairer quand elle comprit.
« Les coffres Lestrange sont à notre disposition ? »
« Tant que ma chère cousine et son adorable époux profiteront de l'hospitalité d'Azkaban. » lui confirma-t-il.
Elizabeth l'embrassa passionnément avant de prendre un stylo-plume pour signer sans hésiter davantage.
« On a un petit côté Bonnie et Clyde, tu ne trouves pas ? » s'amusa-t-il en glissant son bras autour de ses hanches pour les caresser.
« On infiniment plus de classe qu'eux. Non, on se hisse carrément au niveau des Borgias là. » se moqua-t-elle.
Son rire disparut quand Sirius vint mordiller la base de son cou, laissant ses mains remonter et effleurer sa poitrine.
« Dans ce cas, nous avons du travail pour mériter leur réputation. » conclut-il en verrouillant magiquement la porte de la bibliothèque.
