Et voilàààà... ma participation (en retard) de la dernière soirée drabble, que j'ai magnifiquement squeezée (mémoire de poisson rouge quand tu nous tiens !)
J'espère qu'ils vous plairont...
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– Cent mots et des poussières –
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Père – 128 mots
Ça avait été si difficile pour eux…
Peut-être un peu moins pour Elros.
Elros était une heureuse nature, il s'adaptait facilement.
Mais Elrond, lui, n'y arrivait pas. Le mot restait coincé dans sa gorge ; il ne parvenait pas à le prononcer à voix haute. Même en murmurant, d'ailleurs. Même dans sa tête.
Il était petit, mais une épreuve trop violente l'avait obligé à grandir – trop vite.
C'était un adulte au visage d'enfant.
Il n'avait pas besoin… d'un… d'un…
D'un père…
Et surtout pas Maglor.
Maglor avait tué sa mère.
Et le mot restait coincé dans sa gorge, à mi-chemin entre l'esprit et le cœur, et il ne parvenait à toucher aucun des deux.
Elrond n'avait pas de père.
Il n'en avait pas besoin.
Et surtout pas Maglor.
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Ossements – 124 mots
Maedhros brandissait la torche à bout de bras ; son regard scrutait les ténèbres de la forêt envahie par la nuit, alors qu'il hurlait à plein poumons le nom des deux enfants.
-Elùred ! Elùrin !
Mais seul l'écho de sa propre voix lui répondait.
Le silence.
Le vide.
-Elùred ! Elùrin !
L'échec…
-Elùred ! Elùrin !
Et tandis qu'il continuait de chercher en vain, il se maudissait, et il maudissait ses frères, et les larmes coulaient de ses yeux. Mille scénarios affolants se jouaient dans son esprit torturé de remord ; le plus glaçant était celui de la pensée de deux petits cadavres sans vie, blottis quelque part dans les tréfonds de ces bois sombres – des ossements abandonnés, oubliés.
Par sa faute.
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Mot – 129 mots
« Je n'ai pas de mots pour décrire cela… »
Maedhros était assis sur le rebord de la fenêtre, le regard plongé dans le vide qui s'ouvrait sous lui ; sa chambre était au sommet de la plus haute tour.
Peut-être pour lui laisser une porte de sortie le jour où il ne pourrait plus supporter la vie.
Mais Maglor était déterminé à le retenir si, ce jour-là, il décidait de sauter.
« Je sais », dit-il seulement.
« Non tu ne sais pas, répliqua Maedhros. Tu n'as pas vu… tu n'as pas… non, tu ne sais pas. »
Sa main gauche enserra convulsivement le moignon qui terminait son autre bras.
Maglor garda le silence.
Car aussi éloquent soit-il, lui non plus n'avait pas de mots pour en parler.
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Tempête – 126 mots
Il n'y avait eu aucune sommation.
Seulement quelques nuages qui avaient voilé le ciel limpide.
Et puis d'un seul coup…
Un déchaînement d'eau, de feu et de chaos ; une tempête qui semblait sonner le glas du monde.
Et les gens qui couraient de tous les côtés en hurlant, affolés, tentant de sauver leurs misérables vies – mais que pouvaient-ils faire, prisonniers de cet île ?
Quelques-uns, désespérés, fous de terreur, étaient venus se jeter à ses pieds pour le supplier d'enrayer la colère du ciel – quel que soit le moyen.
Mais il n'avait pas bougé. Il était immobile dans la tourmente, et ses yeux enflammés brillaient d'amusement, contemplant la terreur de ces inutiles mortels.
Numénor se mourrait sous la colère d'Illùvatar, que lui, Annatar, avait provoquée.
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Sinistre – 118 mots
Caranthir était taciturne.
Caranthir était revêche.
Caranthir était difficile.
Caranthir était irritable.
Caranthir était égoïste.
Mais Caranthir était aussi un elfe, un être vivant.
Le sang qui coulait dans ses veines était rouge et chaud.
Le cœur qui battait sous sa poitrine pulsait courageusement malgré les fêlures.
On voyait en lui un être sinistre qui avait hérité de son père de tout ce qui était noir et insensible ; même ses frères semblaient avoir oublié qu'il était autre chose que cela.
Surtout ses frères…
Ils étaient ceux qui le connaissaient le mieux, et les plus aveugles à ce qu'il était réellement.
Maudits frères…
Qu'il les aimait malgré lui !
Car Caranthir était capable d'aimer.
Il l'avait déjà prouvé.
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Route – 119 mots
Il marchait il marchait, inlassablement, et il foulait de ses bottes fatiguées le sable et la poussière, les feuilles mortes, la glace, la neige. Cela faisait si longtemps qu'il marchait ainsi ; sans repos et sans but. Il marchait, fantôme hantant les routes, silencieux. Ceux qui le croisaient ne lui jetaient pas un regard ; ils ne semblaient même pas le voir.
Et lui ne disait rien. Il y avait si longtemps qu'il n'avait pas adressé la parole à quiconque ; si longtemps qu'il n'avait pas prononcé un son… quelle ironie, que lui, autrefois habile barde, chanteur virtuose, qui connaissait mieux que personne le pouvoir des mots, n'aie aujourd'hui même plus la force de composer une phrase cohérente.
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Bagatelle – 128 mots
Une coupe d'argent ouvragée, emplie de vin, posée sur la carte stratégique étalée sur la table.
La surface du liquide vermeil comme du sang était troublée de remous, et le haut pied d'argent vacillait légèrement.
« Maître… »
Un murmure alangui dans le silence.
« Je ne crois pas… que ce soit le moment… »
Mais le dernier mot s'étrangla dans une longue plainte, tel le hurlement d'un loup sous la pleine lune.
« Peu importe, Mairon… répondit une autre voix, plus grave, plus profonde, haletante. Ce n'est… qu'une bagatelle… »
Un coup sec contre la table, un frisson violent, un gémissement étouffé ; la coupe de vin se renversa, répandant son breuvage sanglant sur la masse de cheveux enflammés étalés sur la carte comme un soleil d'or.
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Hum, je crois que je me suis un peu emportée sur le dernier... mais bon, avec un mot à double sens pareil, comme résister ?! ;)
