J'ai les plus grandes craintes concernant ce chapitre. Disons que je me dis, ça passe ou ça casse! C'est un chapitre riche en dialogues. Un mal que je considérais nécessaire. Tout simplement parce que l'on y apprend beaucoup de choses. Je ne me voyais pas vous assommer d'explications à coup de longs passages narratifs. De nouveaux personnages arrivent. Un petit conseil pour la lecture de ce chapitre, ne vous focalisez pas sur la chronologie originale du tome 72. Les événements se passent dans un enchaînement et une durée qui diffèrent. Les questions qui demeurent en suspens à la fin du chapitre sont gardées pour plus tard!
Je vous souhaite une bonne lecture!
Guest 1: Je te dis un grand merci pour ton commentaire. Je suis contente que mes deux premiers chapitres t'aient plu.
Kyomi-Hime: Je te remercie pour ton commentaire qui m'a grandement motivée! Ton point de vue est très intéressant. Nous verrons ce qu'il en sera par la suite. Sasuke suscite bien des questions! J'espère que ce chapitre te plaira!
Melo: Je te remercie pour ton commentaire! Il m'a rassurée et confortée dans l'idée que je ne faisais pas n'importe quoi.
Guest 2: Merci beaucoup pour ton commentaire! Je suis ravie que tu trouves mon histoire intrigante. C'est l'effet que je désirais obtenir.J'espère que la suite te plaira!
Koaku: Mille mercis pour ton commentaire mais plus encore pour ta fidélité! Toi qui supportes mes lectures orales, qui m'aiguilles par moments! Tu m'es d'une aide précieuse et d'un soutien inestimable. Je te remercie ma petite Koaku ou MarchJupiter, comme tu préfères!
Chapitre 3:
Sa tasse reposait sur le plateau de la table, vide. Quoique pas tout à fait… Un léger dépôt subsistait en son fond. Il examinait le motif dessiné par les quelques feuilles séchées à présent humides. Elles s'étaient échappées du filtre à thé sans doute mal fixé. Décidément, Gai ne savait pas préparer une infusion convenablement. D'aucuns prétendaient que ces résidus en disaient long sur le propriétaire de la tasse. On appelait cela l'art de la divination. Comme si le fond d'un récipient pouvait vraiment révéler le futur de quelqu'un. À titre personnel, il n'y distinguait rien de plus qu'un dessin abstrait, difficilement interprétable. S'il n'y croyait pas, il se prêtait pourtant à l'exercice. Pourquoi ne pas se lire les lignes de la main, tant qu'il y était. Lassé par la futilité de sa propre réflexion, il éloigna la tasse d'un geste maladroit. Cette dernière bascula sur le côté, roula sur plusieurs dizaines de centimètres. Dangereusement, elle se rapprocha du précipice. La tasse se brisa misérablement sur le sol, éparpillée en mille morceaux. Quelqu'un de superstitieux y verrait un mauvais présage. Lui lâcha un juron, se penchant afin de ramasser ce qui pouvait l'être. À cet instant, la porte s'entrebâilla. D'instinct, il releva la tête de façon à voir qui s'annonçait. Même si en vérité il ne pouvait s'agir que d'une personne.
-J'ai entendu un bruit suspect. Pendant un instant, j'ai cru à une attaque. Mais je vois qu'il s'agissait simplement d'une tasse. Tu peines vraiment à trouver des adversaires à ta taille, ces derniers temps !
Sans prendre la peine de relever la raillerie, Kakashi se releva promptement. D'un pas lent, il se rapprocha de la poubelle et en actionna le couvercle à l'aide son pied. Il jeta les restes de la tasse qui peu auparavant contenait encore son thé. Il avait espéré que ce breuvage éclaircirait ses idées, l'aiderait à chasser ce brouillard qui embrumait son esprit. Le thé était désaltérant mais rien de plus. Le liquide chaud lui avait brûlé la langue. La vacuité de sa réflexion le désespérait. Soudain, il se recentra sur son soi extérieur, pour s'apercevoir qu'il avait gardé sa main campée au-dessus de la poubelle. Il était demeuré immobile. Gai l'observait sans rien dire et s'amusait sans doute de son manque flagrant de réactivité. Kakashi ne se sentait pas le courage d'affronter le regard moqueur de son vieux rival. Lui qui habituellement ne rencontrait jamais de difficulté de ce genre. Il lui fallait se sortir de son mutisme. Dans cette optique, Kakashi gagna l'évier. Il ouvrit la vanne du robinet, un mince filet d'eau se déversa alors sur ses mains. Il les lava soigneusement, s'assurant qu'aucun morceau de verre n'y restait collé. Enfin, il s'humifia le visage avant de se passer un chiffon propre.
-Tu portes encore ce tablier ridicule, Gai ! Remarqua-t-il, tandis qu'il se dirigeait vers la table pour s'asseoir sur une chaise. Tu ferais mieux de le rendre à son propriétaire.
-En son absence, j'ai pensé que je pourrais en prendre soin à sa place. De plus, un cuisinier a toujours besoin d'un tablier.
-Un cuisinier ? Comme tu y vas ! Je dirais plutôt que tu t'improvises cuisinier. Ce qui n'est pas une réussite. D'ailleurs, crois-tu vraiment qu'il soit bon de t'agiter autant, dans ton état…
-Quel état, je te prie ? Tu penses que je suis diminué, c'est ça ?
-Non, enfin, ce n'est pas ce que je voulais dire… Excuse-moi…
-Je sais, je sais, je te faisais marcher, Kakashi ! De toute façon, la gamine prend bien soin de moi. Alors tout va bien. Je m'accroche à ma rééducation, vois-tu ! Fauteuil ou pas, je reste le meilleur en matière de Taijutsu.
-Je n'en doute pas.
-Veux-tu que je te prépare un balaou grillé ? Ça te remonterait le moral !
-Je préfère autant le cuisiner moi-même ! Et puis je n'ai pas besoin que l'on me remonte le moral ! Je vais parfaitement bien !
-À d'autres, je vois bien que tu te fais du mouron. Je sais même exactement pourquoi. Laisse-moi te dire une bonne chose. Ce ne sont plus des enfants ! Ils n'ont plus besoin d'être couvés.
-Il ne s'agit pas de ça. C'est la dangerosité de cette mission qui m'inquiète. Dois-je te rappeler que j'étais contre ?
-Enfin, tu le reconnais !
Il employait le mot mission comme s'il était encore question de cela. Comme si tout demeurait inchangé. Comme s'ils agissaient toujours sous les ordres d'un Hokage. Pourtant, qu'étaient-ils sinon des électrons libres. Une bande d'individus esseulés qui s'activaient en dehors des rouages. Oui, il s'opposait à cette mission et pour cause… Tout retour en arrière deviendrait impossible. Leur existence s'apprêtait à éclater au grand jour. La sécurité que leur procurait l'anonymat allait s'évanouir. Même s'il la savait parfaitement illusoire et ce, depuis le début. Car Sasuke connaissait la vérité. Il n'ignorait rien de la lâcheté de son ancien maître.
-J'ai commis tellement d'erreurs.
-Pas plus qu'un autre ! Observa Gai.
-D'abord Obito, puis Rin, Minato-Sensei et Naruto… J'ai été incapable de les sauver.
-À ta décharge, Obito n'était pas vraiment mort !
-Tu es d'un grand réconfort, Gai !
-Ne porte pas le poids de tous les maux du monde sur tes seules épaules, Kakashi.
-Si nous en sommes là aujourd'hui, c'est parce que j'ai failli en tant que maître.
-De quoi parles-tu exactement ? De la dérive de Sasuke ? De ton incapacité à sauver Naruto ? Ou du fait que tu aies pris la fuite, ce jour-là ?
Kakashi détourna le regard, accablé par le poids de cette culpabilité refoulée. Le souvenir vivace de cette journée le hantait au quotidien. Il en revivait chaque instant. La plus petite émotion ressentie ce jour-là semblait s'être inscrite dans sa chair. Sasuke s'apprêtait à partir pour la Vallée de la Fin. Ses jambes ne supportaient plus son propre poids. Il essuyait le contrecoup de la perte de ses sharingans. Il…
« -Éclairez-moi. Que puis-je faire ?
-Avoir confiance. C'est tout ce que nous pouvais faire… »*
Tous, ils avaient tous péché par excès de confiance. Ils s'étaient reposés sur Naruto. L'enfant de la prophétie… La réincarnation d'Asura…
-À ta réaction, je vois qu'il s'agit de la dernière option.
Kakashi gardait ses paupières closes, comme pour mieux se préserver de ces images douloureuses. Mais dans l'obscurité, ses souvenirs s'imposaient avec davantage de force.
-Tout portait à croire que vous étiez morts. Quand le Tsukuyomi Infini a pris fin, nous-nous sommes réveillés les uns après les autres, troublés et perdus. J'étais dans un bien triste état. Aussi, je n'en garde pas un souvenir très clair mais… Alors qu'on s'organisait pour porter secours aux blessés, pour parer au plus urgent. Ninjas de Konoha, de Kumo, de Kiri, de Suna ou d'Iwa, tous s'entraidaient. Rapidement, certains se sont mis à chercher les kages. Nous avions grand besoin de nos dirigeants afin de nous aiguiller. Mais ils demeuraient introuvables. Les ninjas sensoriels ne détectaient pas leur chakra. Contre toute attente, quelqu'un est finalement venu nous apporter une réponse. Sasuke se tenait devant nous. En dépit du brouillard qui m'entourait, je me souviens parfaitement de ses paroles.
« J'ai débarrassé ce monde des entraves qui l'empêchait d'avancer. Vos kages sont morts. Les bijûs n'existent plus. Votre héros n'est plus. J'ai tué Naruto Uzumaki. Il est dans votre bon droit de nourrir de la colère à mon égard. Je vous y encourage même fortement. Déversez toute votre haine sur moi. Elle me servira à bâtir un monde sans part d'ombre. Je serai celui qui balaiera de ses flammes les ténèbres des cinq villages. Le monde Shinobi telle que vous l'avez connu, a d'ores et déjà disparu. Pour l'heure, rentrez chez vous et occupez-vous de vos morts. »
Sur ces dernières paroles, il a disparu. Nous ne l'avons plus revu. L'armée de l'Alliance Shinobi se trouvait au plus mal. La coalition était totalement désœuvrée. Nous avions perdu nos dirigeants. L'objectif de cette guerre semblait avoir été atteint. Après tout, les projets de l'Akatsuki avaient échoué. En théorie, nous venions de remporter la Quatrième Grande Guerre. En théorie seulement… Personne n'avait envie de sourire ou de festoyer. Comment considérer cela comme une victoire ? Il nous fallait panser nos blessures. Dès lors, chacun regagna ses pénates. Vint le temps de la reconstruction. En retournant dans nos villages respectifs, nous ne savions pas encore ce qui nous y attendait. Chaque nation fut bientôt soumise à un isolement forcé. Mais ça, c'est encore une autre histoire. Les morts furent mis en terre. On dressa des listes de disparus. Bien entendu, vos noms y figuraient. Vous n'aviez laissé aucune trace. Pour beaucoup, votre sort ne faisait aucun doute. Il avait été scellé depuis longtemps déjà. Sasuke ne pouvait pas vous épargner. Lui qui si souvent avait dit vouloir se débarrasser des liens du passé. On ne comptait plus le nombre de fois où il avait attenté à la vie de l'un d'entre vous. Inévitablement, on consigna vos morts sur le registre des décès. Pour une raison qui m'échappe encore, cette idée ne me convainquait pas. Je méditais sur les paroles de Sasuke. Un constat frappant ressortit de cette réflexion. Ne cherchait-il pas à nous instrumentaliser ? Sinon, pourquoi apparaître devant nous ? Ne voulait-il pas inspirer de la haine par cette longue suite d'exactions, soigneusement racontée par le menu ? À cette fin, pourquoi ne pas ajouter vos noms à la liste ? Peut-être parce que vous n'étiez pas morts.
-C'est là que tu as commencé à nous chercher…
-Exactement ! Hélas, je ne savais pas par où commencer. Je ne pouvais chercher seul, du moins pas dans mon état. Lee devint mon enquêteur. Tenten qui ne met jamais bien longtemps à découvrir tous nos petits secrets, nous rejoignit. Comme tu le sais, il ne fut pas aisé de vous retrouver. Nous procédâmes donc par élimination. Chacun y allait de ses hypothèses, des plus grotesques aux plus farfelues. Ce furent finalement les nouvelles de l'extérieur qui nous apportèrent la réponse. Tenten remarqua un jour que seules les cinq grandes nations laissaient filtrer quelques informations. De simples on-dit de voyageurs. Là-bas, la vie n'était pas plus enviable qu'à Konoha. Les mêmes procédures semblaient s'y mettre en place. Bien que de nouveaux dirigeants aient été nommés, personne ne se faisait d'illusions. Il y avait pourtant un pays dont nous restions sans nouvelles. Un pays qui paraissait échapper à ces mesures.
-Tetsu no Kuni…
-Oui, Tetsu no Kuni, le Pays du Fer… Les anciennes lois ninjas interdisaient que l'on interfère dans les affaires du Pays du Fer. Tetsu no Kuni s'est toujours déclaré comme neutre. Cette nation n'avait jusque-là jamais pris part à une guerre ninja.
-Ce qui a changé avec la Quatrième Grande Guerre Ninja.
-Plus nous y pensions, plus l'endroit nous semblait idéal pour s'y cacher.
-C'est exactement ce que je me suis dit.
-Trois questions demeuraient en suspens. Étiez-vous vraiment là-bas ? Si oui, comment vous y rejoindre ? À quoi deviez-vous votre survie ?
-La réponse tu la connais, Gai. Comme tu le disais plus tôt, j'ai pris la fuite.
Le simple fait de poser des mots, de qualifier son propre comportement, constituait en soi un progrès. Longtemps, ils avaient gardé le silence. Ils s'étaient retrouvés tous les deux, seuls. Aborder la question signifiait rompre un équilibre durement acquis. Un sacrifice auquel ni Sakura, ni même lui, ne souhaitaient consentir. Ils vivaient presque en reclus, dans ce petit coin de monde encore protégé. Maître et élève s'épaulaient au mieux. Une entraide vitale pour l'un comme pour l'autre, sans laquelle ils se seraient effondrés. Pour survivre, ils avaient passé leurs souffrances respectives sous silence. Kakashi savait Sakura détruite intérieurement. Nourrissait-elle un quelconque ressentiment à son endroit ? Cette question ne le quittait jamais. Il s'était enfui, l'avait emmené inconsciente avec lui. Il n'avait pas été en mesure de porter secours aux cinq kages. Kakashi s'était pourtant dressé une dernière fois contre Sasuke.
-Vous n'aviez aucune chance face à lui, Kakashi… déclara soudain Gai, comme s'il avait pu suivre le cours de ses pensées.
-Quand j'ai vu Sasuke revenir vers nous, j'ai compris que Naruto était mort. Je savais qu'il comptait s'approprier le pouvoir des bijûs afin de rompre le Tsukuyomi Infini. Conformément à ce qu'il nous avait annoncé. Les démons étaient encore prisonniers des blocs de roche de Sasuke, grâce au Chibaku Tensei (technique de la naissance de l'astre divin). Sakura gisait, inconsciente, toujours victime de son genjutsu. Il est passé devant nous sans nous adresser un regard. Il portait les stigmates de son combat contre Naruto. Je croyais qu'il allait s'arrêter et prendre possession de la puissance des bijûs. Il a pourtant continué sa route sans faire de halte. Sasuke empruntait la direction de l'Arbre Divin. Je comprenais ce qui se tramait. Il comptait profiter du sommeil des Kages pour s'en débarrasser sans heurts. Instinctivement, j'ai couru pour m'interposer. Mais j'avais dépensé une somme conséquente de chakra. La perte de me sharingans se faisait encore ressentir. Sasuke a contré mon offensive avec une facilité déconcertante. Deux serpents sortis de ses manches vinrent s'enrouler autour de moi, m'immobilisant tout à fait. Le Jagei Jubaku, la technique d'entrave d'Orochimaru, Regard du Serpent… Dans pareille situation et dans l'état dans lequel je me trouvais, je ne pouvais m'extirper de ses liens. Sasuke avait la voie libre.
-C'est là qu'il t'a laissé.
-Effectivement, je m'attendais à ce qu'il me porte le coup de grâce. Mais il n'en fit rien. Il comptait peut-être finir le travail plus tard. À partir de cet instant, j'ai complètement perdu la notion du temps. Je ne sais combien de minutes ou d'heures se sont écoulées. Les pensées qui m'habitaient se sont effacées. Je me rappelle simplement du moment où l'emprise des serpents a cédé. J'étais à nouveau libre de mes mouvements. Désormais, il était trop tard pour les kages. L'imminence du danger m'a frappé de plein fouet. Sans trop y réfléchir, j'ai jeté Sakura sur mon dos. D'un pas titubant, je me suis éloigné. J'ai avancé sans jamais me retourner. Combien de temps ? Je l'ignore… Le paysage changeait peu à peu, la lumière déclinait. Je marchais machinalement. Au petit matin, Sakura se réveillait.
-Quelques jours plus tard, vous croisiez la route de Mifune et de ses samouraïs qui s'en retournaient à Tetsu no Kuni.
-En parlant de Mifune, il va être l'heure de notre entrevue. Je ferai mieux d'y aller.
-De toute façon, ce n'est pas comme si tu étais connu pour ta ponctualité, Kakashi !
-Je dois l'informer de la progression de la mission. Même si pour l'heure, je n'en sais pas plus qu'à leur départ. Nous devons également discuter de notre prochain plan d'action.
-Tout se passera bien !
*Conversation entre Kakashi et Hagoromo pendant le combat de Sasuke et Naruto (cf tome 72)
