Un auteur, dont le nom m'échappe sur le moment, a dit qu'épargner ses personnages n'était pas leur rendre service. Ils s'enrichissent de leurs expériences, heureuses ou malheureuses, et évoluent. Le risque réside dans la platitude du personnage. Aussi, je vous conseille de prendre cette idée en considération. Car il est fort probable qu'à la lecture de ce chapitre, le comportement de son héroïne vous agace plus d'une fois !

Je vous souhaite une bonne lecture !

Cat, merci pour ton compliment. J'apprécie également ta fidélité ! Oui, effectivement il y a eu quelques remaniements successifs dans la liste des personnages. C'est l'un des défauts de cette plateforme de publication. Je trouve que le nombre des genres et des personnages pouvant apparaître, est assez limité. Ta suggestion m'a intriguée. Du coup, j'ai remplacé Mifune par Sakura pour voir ce que ça allait donner. Je comptais procéder à ce changement. Puis dans un mois, je remettrai surement Shikamaru à la place de Sakura. Je change tout le temps ! XD Espérons que Sakura ne te fera pas fuir !


La pluie s'abattait sur la demeure de la branche principale des Hyûga. Dans toute la pièce résonnait le heurt des gouttes d'eau contre les tuiles du toit. Nul ne s'attendait à cette pluie printanière. Trompés par le si grand soleil qui irradiait encore, quelques heures auparavant. L'eau s'insinuait dans les moindres recoins, formaient d'imposantes flaques que l'on contournait. Elle claquait contre les parapluies sous lesquelles se protégeaient les passants. La gouttière émettait un bruit métallique, durement mis à l'épreuve par cette pluie battante. Sur la fenêtre, se formait un dépôt de fines gouttelettes sous l'effet de la condensation. Ce même phénomène se reproduisait sur le bord de la tasse fumante d'Hinata. La buée recouvrait absolument toutes les surfaces vitrées. La jeune femme occupait une aile plus moderne de la bâtisse. Kô avait proposé de s'y installer pour prendre le thé. La pluie glaçante attaquait le thermomètre. Le temps se rafraichissait. Par chance, un kotatsu demeurait encore au sein de cette pièce. Échappant au ménage de printemps, au cours duquel on débarrassait tout ce qui avait trait à l'hiver. Une épaisse couverture glissée sous le plateau, descendait au sol. Le chauffage électrique situé sous la table fonctionnait encore. Elle jouait de chance.

Assise sur son zabuton (coussin japonais), les jambes repliées, Hinata observait le mince filet d'eau qui s'écoulait depuis la théière jusqu'à la tasse d'Ino. Kô servait le thé. Rien ne l'y obligeait, mais il insistait. Il mettait du cœur à l'ouvrage. La présence d'une amie semblait le ravir plus que de raison. Ino leva une main, cette quantité lui suffisait amplement. Kô acquiesça d'un signe de tête, puis se releva promptement avec une élégance propre aux Hyûga.

-Désirez-vous que je vous apporte des gâteaux secs ? Leur proposa-t-il avant de partir.

Hinata interrogea Ino du regard. Celle-ci déclina poliment d'un signe de tête.

-Ce sera tout, Kô. Je te remercie.

Kô s'inclina une dernière fois, gagna la porte qu'il referma doucement derrière lui. Les deux jeunes femmes se retrouvèrent seules. La pièce baignait dans l'obscurité, faiblement éclairée par une lampe disposée sur la table basse. Par moments, l'ampoule grésillait. Tant et si bien, qu'Hinata craignait qu'elles ne finissent par se retrouver dans le noir le plus total. À l'extérieur, le jour déclinait. Les nuages continuaient de s'amonceler, formant une masse imposante et menaçante d'un gris froid. Le temps reflétait l'état intérieur de la jeune Yamanaka. Ses traits d'une rare gravité exprimaient son désarroi. Rien à voir avec la mine resplendissante qu'elle arborait une semaine plus tôt. Hinata ne savait quoi lui dire. Les mots lui faisaient défaut. Aucune phrase convaincante ne se formait dans son esprit. Ino s'était présentée devant elle, requérant son aide. Les cheveux en désordre, le teint rougeaud, à bout de souffle, Hinata lui avait d'abord proposé de se désaltérer. Lui fournissant une serviette propre, Hyûga s'était assurée que personne ne viendrait les déranger. Fin stratège, Kô ne pouvait leur proposer de meilleur lieu que celui-ci. Un endroit où assurément, Hanabi n'irait pas mettre son nez. La cadette du clan Hyûga fouinait toujours, aimait à s'immiscer dans les affaires d'Hinata. Rien que pour le plaisir d'ennuyer sa sœur, peut-être manquait-elle cruellement d'occupation. L'affaire en cours méritait cependant la plus grande discrétion. Autant le dire, une qualité dont Hanabi était dépourvue.

Ino appréciait les attentions d'Hinata à son égard. Elle reconnaissait bien là la délicatesse et la prévenance qui la caractérisaient. Hinata se montrait toujours douce et gentille envers ses amis. La suite n'en serait que plus compliquée. Il lui fallait à présent exposer la raison de sa venue. Ce qu'elle ignorait encore. C'est qu'Hinata savait en partie de quoi il retournait. Toute la semaine durant, elle avait guetté une visite. Pas nécessairement la sienne, mais inconsciemment elle s'attendait à ce qu'on demande à la voir. Elle regrettait presque qu'Ino ait tant tardé à venir la consulter. Elle y aurait trouvé plus de repos, à titre personnel. Il s'agissait de Shikamaru, à n'en pas douter. Pour l'heure, Yamanaka observait le plus grand silence. Elle fixait ses mains nouées sur le tissu de sa jupe bleue. Ses ongles habituellement parfaitement manucurés, recouverts d'une fine couche de vernis transparent, étaient rongés. Ino portait une grande importance à ce genre de détail. L'apparence comptait énormément pour la jeune femme. Celles que certains décrivaient comme superficielle. Mais pour qui la connaissait vraiment. Cette frivolité manifeste n'apparaissait que comme une façade, derrière laquelle elle se réfugiait. Ino gagnait en confiance quand elle se sentait bien dans sa peau. L'aspect négligé de ses ongles trahissait son état d'esprit.

Hinata la regardait de ses yeux blancs, attendait qu'elle parle. Ses mains se réchauffaient contre la surface de terre cuite de sa tasse. Elle n'osait pas porter le breuvage à ses lèvres, par peur de paraître trop détachée. Ino battit involontairement des cils, un tic nerveux qu'elle ne maîtrisait pas. Elle puisait en elle la force nécessaire à sa prise de parole.

-Le jour de la réunion, quand l'explosion a retenti et qu'il y a eu cette vague de panique… Je t'ai vu te faufiler par la porte…

Hinata ne sourcilla même pas devant cette accusation. À quoi bon, elle ne niait pas l'avoir fait. Elle s'appliquait à ne rien laisser transparaître. Voyant que sa remarque ne la déstabilisait pas plus que cela. Ino continua sur sa lancée.

-Tu dois te demander où je veux en venir. Je ne porte aucune accusation sur toi, sache-le. Bien que j'ignore encore ce qui t'a poussé à quitter la pièce.

De multiples motifs à invoquer existaient, comme tout autant de possibilités. La croirait-on si Hinata plaidait un réflexe de panique ? Bien entendu, cela reviendrait à mentir. Mais qui ne trichait pas par les temps qui courent ? À une époque où n'importe qui s'arrogeait le droit de diffamer, ce pour se faire mieux voir. Dénoncer un voisin devenait chose courante, même pour les plus petits larcins, avérés ou non. Le village vivait sous tension. S'afficher ouvertement comme soutien du régime en place, apportait quelques compensations. Certains étaient prêts à tout pour mettre du pain sur la table. Hinata se savait privilégier, elle ne se permettait pas de porter de jugement. Elle ne connaissait pas la misère actuelle qui sévissait dans les rues de Konoha. L'agriculture paysanne parvenait tout juste à fournir de quoi nourrir les habitants. L'arrêt des échanges commerciaux avec l'extérieur causait du tort à l'économie, mais aussi à l'alimentation. Ce thé de première fraicheur dont elle profitait au quotidien, un autre marqueur de cette différence. Une denrée qui se faisait rare, quand elle représentait autrefois un produit de consommation des plus basiques. Les foyers recyclaient leurs sachets de thé, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus rien à infuser. Un détail qu'Ino passait sous silence. Bien que ce constat l'ait frappé à son arrivée.

Aussi Hinata s'attendait-elle à une dénonciation. Voilà ce qui troublait son sommeil. La peur latente que l'on vienne la chercher au beau milieu nuit. La jeune femme prenait la pleine mesure de la gravité de son acte, aux yeux du Hokage. Elle plus que tout autre courait un danger évident. Hinata faisait partie des douze de Konoha, ainsi que de la même promotion de Naruto, elle comptait parmi ses plus proches amis. Elle n'exerçait plus. La jeune femme connaissait son statut ou plus exactement sa classification en tant que Ninja de rang S. Ironique, quand on savait qu'elle ne possédait plus d'insigne. Ino se trouvait dans la même situation, au même titre que Shikamaru, Shino, Kiba, etc… On jugeait qu'ils représentaient un danger potentiel. Ce qui leur valait d'être fichés. Si l'on apprenait qu'elle avait malaxé son chakra en faisant appel au Byakugan… Elle connaîtrait assurément le même sort que Shikamaru.

Ino n'en savait rien. Yamanaka avait tout de celle qui ignore encore. L'inquiétude qui en résulte. Hinata savait interpréter le langage corporel, comme tout bon ninja qui se respecte. Les marques violacées sous ses yeux indiquaient qu'elle ne dormait plus ou peu. Ino peinait à contenir les tremblements de ses membres. Il lui coûtait de se tenir ici. Si Hinata se fiait à son intuition, Ino venait en quête de réponse.

-Cela va faire une semaine que je reste sans nouvelles de Shikamaru. Comme tu le sais, il était présent à la réunion…

Hinata décida de lui venir en aide, abrégeant son exposé.

-N'en dis pas plus. Je comprends ton raisonnement.

Ce genre de choses arrivait de temps à autre. Les gens disparaissaient de façon brutale et inexpliquée. Quelques courageux osaient parfois signaler ces disparitions, dans le vain espoir qu'une enquête soit ouverte. Mais on ne donnait jamais suite à ce type de requête. Les proches préféraient généralement se taire, plutôt que de risquer d'éventuelles représailles sur leur famille en créant trop de remous. La plupart du temps, une part des villageois s'en réjouissaient ouvertement. Un partisan en moins, voilà qui les débarrassait des vermines de l'ancien système. La propagande fonctionnait bien. Plus personne ne voulait entendre parler de ces manipulateurs d'Hokage du passé. Ces vilipendages attestaient au moins d'une chose, nul n'était dupe quant aux méthodes employées pour faire disparaître les opposants. Tous savaient plus ou moins où on les envoyait. Admettre qu'elle avait connaissance du sort réservé à Shikamaru, revenait à reconnaître son implication dans cette affaire. Qu'elle soit grande ou petite. Hinata courait toujours le risque qu'Ino joue double jeu. Comment s'assurer de sa bonne foi ? La jeune femme refusait d'entrer dans ce schéma, cette boucle sans fin de suspicion perpétuelle. Ce jour-là, elle avait décidé qu'elle assumerait la conséquence de ses actes. Alors elle s'y tiendrait.

-Shikamaru a prêté main forte à une tiers personne. Avant toute chose, tu dois savoir que j'ignore tout de cet incident. Tout ce que je peux t'en rapporter, c'est ce que j'ai vu de mes propres yeux.

Ino la fixait sans comprendre.

-Deux personnes se livraient un affrontement, ce jour-là. L'une d'entre elles était Sasuke Uchiha.

Hinata marqua une pause, afin de laisser à Ino le temps d'accuser le coup. Son visage pâlit face à cette révélation. Hinata lui raconta comment elle avait échappé à la vigilance des Jônin, pour se glisser à l'extérieur. La fumée de l'explosion qui indiquait la route à suivre. Les flammes noires de l'Enton de Sasuke qui brouillaient ses pupilles. Les coups échangés entre les deux adversaires, la domination évidente d'Uchiha face à son assaillant qui guettait une ouverture. Puis enfin, l'intervention inattendue de Shikamaru qui offrit volontairement une échappatoire au troisième individu. L'inconnu dont Hinata taisait délibérément le nom. Il ne lui appartenait pas de le lui dire. Sakura Haruno, le fantôme qui hantait ses nuits depuis une semaine. Son nom figurait sur la liste des victimes de la Quatrième Grande Guerre, aux côtés de ceux de Neji et de Kakashi Hatake. Une tombe lui était réservée au cimetière du village, vide. Kakashi-Sensei et Sakura comptaient parmi les nombreux disparus dont on n'avait jamais retrouvé la trace. Longtemps, d'aucuns s'étaient affligés du destin tragique de l'équipe 7 qui par prolongement avait causé leur perte à tous. Si elle en croyait ses yeux, Sakura défiait tous les pronostics la concernant. Hinata n'était certes pas dotée de capacité sensorielle. Mais en revanche, ses pupilles lui permettaient d'identifier les chakras et les individus qui s'y rattachaient. Sakura vivait encore. Ce qui n'expliquait pas la raison de sa venue.

Hinata se souvenait encore du choc ressenti, le cœur au bord des lèvres, voyant Sasuke Uchiha de ses propres yeux. En une image tangible, elle ne rêvait pas alors. Pour l'être qui autrefois l'aimait, entendre son nom devait réveiller une douleur pénible. Le même type de souffrance qui animait Hinata lorsqu'on évoquait Naruto devant elle. Ino avait aimé Sasuke, du moins le croyait-elle. S'agissait-il d'un amour sincère et durable ? Yamanaka avait versé tant de larmes pour lui, quand tous s'étaient résignés à le tuer suite à son intégration dans l'Akatsuki. Hinata ne connaissait pas les sentiments actuels d'Ino. En définitive, ils ne regardaient qu'elle. En revanche, Hyûga savait à quoi s'en tenir de son côté. Uchiha Sasuke ne lui inspirait que du dégoût. Le voir la rendait malade. Même lointaine, elle jugeait cette confrontation salutaire. Elle l'avait vu, elle était parvenue à surmonter cette épreuve. Elle en ressortait grandie.

-Shikamaru et Sasuke se sont retrouvés seuls. Quand la manipulation des ombres a cédé, Sasuke a utilisé son Rinnegan pour emprunter l'une de ses fenêtres dimensionnelles. Peut-être qu'il s'est lancé à la poursuite de son assaillant. Je ne peux l'affirmer. Les forces spéciales du Hokage sont arrivées sur les lieux. Je suis désolée, Ino-Chan… Mais ils ont emmené Shikamaru avec eux.

Ino déglutit, aussi pâle qu'un linge. Elle cherchait à comprendre ce qui lui échappait totalement. Comment et pourquoi ? Ces deux mots lui revenaient inlassablement à l'esprit. À sa connaissance, Shikamaru ne s'impliquait dans aucun mouvement contestataire. Tout contrindiquait une pareille éventualité. Provisoirement évincé de la succession de son clan, Nara trouvait des petits boulots, aidait sa mère, sortait avec l'équipe 9. Il veillait sur la petite Mirai. Kurenaï comptait bien trop sur lui pour qu'il puisse prendre de tels risques. Sa promesse faite à Asuma-Sensei lui importait tant que…

« - D'après toi Ino, si on transposait le shôgi au monde réel, qui serait le roi ?

-De quoi est-ce que tu parles, Shikamaru ?

-Contente toi de répondre !

-Je ne sais pas, autrefois je t'aurais surement répondu le Hokage ou alors le Seigneur du pays du Feu… Tu en as de ces questions !

-C'est la réponse la plus évidente, je te l'accorde. Mais ce n'est pas la bonne.

-Mais qu'est-ce que j'en sais moi ?! Je ne comprends rien à ce que tu dis !

-Asuma me voyait comme un cavalier. L'avantage de cette pièce, c'est qu'en dépit de sa faiblesse elle passe par-dessus les autres. Ce qui représente un avantage stratégique non négligeable. Lui se décrivait comme un pion, autrement-dit un élément sacrifiable. Quand j'y pense, à l'époque, j'aurais dû comprendre tout de suite…

-Shikamaru…

-Le roi, Ino, n'est autre que la pièce que l'on protège coûte que coûte. Pas vrai ?

-Je suppose…

-Si un jour, il m'arrive quelque chose. Chôji et toi, rappelez-vous que le roi est Mirai. »

Cette conversation fit soudain écho. Une discussion qui datait de plusieurs mois déjà. Elle venait de lui revenir, subitement. Ino ne se l'expliquait pas. Sur le coup, elle n'avait pas compris. Mais aujourd'hui, ses paroles semblaient prendre tout leur sens. Elle se fourvoyait quand elle pensait Shikamaru incapable de se rebeller. En apparence, Nara s'accommodait de la situation actuelle. Mais en vérité, il bouillonnait intérieurement. Son rêve, celui d'un jour épauler un Naruto Hokage, avait disparu en même temps que le monde auquel il appartenait. Son sens exacerbé du devoir ne pouvait le conduire qu'à cette finalité. Hinata disait ignorer le fond de l'histoire. Ino s'interrogeait à présent sur l'identité de cette « tiers personne » qu'elle évoquait. Shikamaru connaissait-il l'individu en question ? Participait-il à cette action ? Qu'est-ce qui se jouait ce soir-là ? Autant d'interrogations qui demeuraient sans réponses.

-Sans donner plus de précisions, le porte-parole du Hokage a prétendu qu'il s'agissait d'un attentat. Si l'on considère la présence de Sasuke, cette hypothèse se tient. Il ne se montre jamais nulle part. Aussi, s'il a pris la peine de se déplacer, c'est que l'enjeu devait être de taille… Raisonna Ino. Enfin un attentat ou une action contre le Hokage, tout dépend de la façon dont on voit les choses. Shikamaru ne se mêlerait jamais à un groupuscule extrémiste.

Faisant les cent pas, Ino extrapolait, tirait des conclusions de ses hypothèses. Tandis qu'elle réfléchissait à voix haute, Hinata s'abstenait de tout commentaire. Hyûga croyait comprendre le fonctionnement d'Ino. Yamanaka rebondissait immédiatement, un moyen pour elle de ne pas se laisser abattre. D'une certaine façon, elle admirait cet état d'esprit. Mais elle ne voyait pas en quoi cette réflexion allait l'avancer. Elle ne trouverait pas les réponses à ses questions de cette façon. Quoi qu'il arrive, en vérité, elle n'en saurait jamais rien. Interroger le Hokage ou l'un des membres des forces spéciales, s'avérait inenvisageable à moins d'être suicidaire. De plus, Hinata doutait fortement que l'on puisse contacter Sakura pour l'interroger. Détail qu'Ino ignorait. Car elle avait soigneusement omis de lui préciser qu'Haruno vivait toujours. Pourquoi prendre une telle décision ? Tout simplement par déduction ! Si Sakura avait tenu à se manifester au cours des deux dernières années, la question ne se poserait même pas. Non, d'une façon ou d'une autre, elle devait tenir à son anonymat. Dans tous les cas, Sasuke la savait désormais vivante. Donc son raisonnement ne se tenait qu'à moitié. Toutes ces choses la dépassaient. Ne restait que Shikamaru pour les éclairer mais…

-Il est à Hôzukijou ! Conclut soudain Ino.

La jeune femme s'immobilisa. Elle venait seulement de comprendre. Hinata pensait qu'elle s'en doutait. Tout le monde savait que les opposants étaient envoyés là-bas. Un sort pire que la mort, disaient certains. Soudain, Ino se tourna vers elle, pointant un doigt accusateur.

-Mais attends, toi tu le savais ! Tu les as vu l'emmener et tu n'as rien fait ?!

Hinata ne chercha pas à se dérober. Ino la fusillait du regard, attendait visiblement une explication. Quelle vérité fallait-il évoquer ? Celle de son corps impuissant, ses jambes trop faibles pour la porter, ce souffle qu'elle ne parvenait pas à retrouver. Ou cet autre aspect moins avouable ? Sa résignation, son implacable rationalité qui l'avait clouée sur place. La décision de Shikamaru n'engageait que lui. Pourquoi devrait-elle y souscrire ? Qu'elle intervienne ou non, quelle importance ? L'issue serait la même, aujourd'hui. De toute façon, elle ne faisait pas le poids. Au lieu d'être seul, ils auraient été deux, voilà tout. Par solidarité, elle aurait pu partager son sort. Mais…

-De toute façon, de là où je me trouvais, je n'avais pas le temps de le rejoindre, répondit Hinata.

Et c'était vrai. La distance qui les séparait, s'avérait trop importante pour lui permettre d'arriver à temps. Mais elle avait eu ces pensées.

-Peu importe, de toute façon il est trop tard.

Ino semblait disposée à passer l'éponge. Elle reprit place sur le zabuton, puis se ravisa. Son regard portait sur l'extérieur, au-delà de la fenêtre. Elle était déjà ailleurs. Derechef, elle pivota du côté d'Hinata.

-Il faut qu'on aille trouver Chôji ! dit-elle, l'incluant d'office.

Sans attendre de réponse, Ino se rua sur la porte. La main sur la poignée, elle actionna le mécanisme d'ouverture. Le panneau s'entrebâilla. Interpellée par l'absence de bruit, elle se retourna. Hinata n'avait pas bougé, droite, toujours assise sur son coussin. Ino parut ne pas comprendre.

-Qu'est-ce que tu fais ? On y va !

Le regard dans le vague, Hinata n'esquissa pas le moindre mouvement. Ino referma la porte, fit quelques pas en avant, les sourcils froncés. Elle croisa les bras, se racla la gorge, passablement agacée par l'inertie de sa camarade. Hinata osa lui jeter un coup d'œil. Elle ne viendrait pas. D'un regard, Hyûga chercha à lui signifier son refus. Puisque son inactivité ne suffisait pas à le lui faire comprendre.

-Qu'est-ce que tu me fais, là, Hinata ?

-Tu perds ton temps, Ino-Chan.

-Comment ça je perds mon temps ? s'énerva-t-elle.

-Tout ce que tu entreprends là, à l'instant, s'avère parfaitement inutile.

-Ah bon, et puis-je savoir pourquoi si ce n'est pas trop te demander ?!

Hinata soutint momentanément son regard.

-Tout ce que tu vas faire, c'est aggraver la situation. Si je comprends bien, tu comptes aller chercher Shikamaru. Je me trompe ? Même en admettant que tu y parviennes. Et les chances sont plus qu'infimes. Qu'est-ce que tu feras ensuite ? Vous serez traqués. Que tu le veuilles ou non, tôt ou tard ils vous retrouveront. Vous serez alors trois à être enfermés à la prison d'Hôzukijou. Vos proches voudront aller vous chercher à leur tour… Et qu'est-ce que vous y aurez gagné ?

-Ils ne nous retrouveront pas, avança Ino.

-Tu peux vraiment l'affirmer ?

-D'accord, j'ai compris, tu ne veux pas en être. Alors en quoi ça te regarde, ce que je fais ou ce que je ne fais pas ?!

-Tu ferais mieux d'abandonner cette idée. C'est tout ce que j'ai à dire.

Le visage d'Ino se teinta d'un rouge écarlate. Elle n'en croyait pas ses oreilles. Elle ne reconnaissait plus Hinata dans ce discours d'un pessimisme, d'une lâcheté impressionnante. Raisonnait-elle vraiment ainsi à présent ? Son chagrin l'aveuglait, la changeait à ce point ? Les gens disaient vrai, finalement. Celle qui se trouvait devant elle, n'était rien de plus qu'une coquille vide, un fantôme. Par ses paroles et ses actes, Hinata reniait celle qu'elle avait toujours été. La jeune fille déterminée, droite et juste, s'effaçait peu à peu. Ce raisonnement l'insupportait. Fallait-il se résoudre à la fatalité ? Vivre pour survivre, en rasant les murs, en se cachant… Abandonner un ami, Naruto n'aurait jamais consenti à cela.

-Ce n'est pas parce que tu as renoncé, que les autres doivent en faire autant ! Pour quelqu'un qui disait ne plus vouloir fuir, je te trouve bien lâche. Tu n'as qu'une parole, hein ! C'était ton Nindô. « Je tiens ma promesse ! » Tu as oublié tout ça ? Voilà tout ce que ça représentait à tes yeux. Au premier obstacle, tu abandonnes ! Tu t'inspirais ouvertement de Naruto, il guidait tes pas. Mais laisse-moi te dire une bonne chose. Naruto se relevait toujours après un échec. Il ne restait pas là à se morfondre. Quand un ami se trouvait en difficulté, il volait à son secours. Qu'importe le danger et les qu'en-dira-t-on. Il n'était peut-être pas parfait, c'était même le plus grand des boulets. Mais il souriait toujours, même quand ça allait mal. Il ne renonçait jamais. Il croyait dur comme faire fer à son rêve. Toi qui voulais lui ressembler, tu humilies sa volonté en agissant de la sorte. Tu crois que tu lui rends service ? Pour lui, tu aurais pu porter sa volonté et ses rêves en toi. Il était fort et toi tu es faible.

Le souffle lui manquait. Sa vision se brouilla. Soit à cause du manque d'oxygène, soit du fait de ces larmes qui roulaient le long de ses joues. L'émotion la dominait. Ces paroles résultaient de son indomptable colère. Elle en mesurait la dureté et s'en sentait coupable. Hinata ne méritait certainement pas ça. Les mots dépassent parfois la pensée. Mais il était trop tard. Elle ne pourrait rien retirer. Du revers de la main, elle essuya sa figure rougie et bouffie. Elle hoqueta une fois, puis deux. Ses yeux se posèrent enfin sur Hinata. Elle voulut s'excuser. Tête baissée, sa frange dissimulait son visage. Ses longs cheveux noirs retombaient en cascade sur ses épaules. Les bras tendus en avant, ses mains se cramponnaient au tissu de sa jupe. Elle se cachait.

Soudain s'en fut trop pour elle. Ino tourna les talons, emprunta la porte sans prendre la peine de la refermer derrière elle. Hinata sentit le souffle glacé s'engouffrer dans la pièce. La morsure du froid la ramena à la réalité. Les lèvres pincées, elle inspira un grand coup, tentant de réprimer son envie de pleurer. Mais les larmes s'imposèrent. Il fut bientôt impossible de les contenir. Une vive douleur lui tenaillait le cœur. Chaque parole lui revint comme autant de coups portés à son âme. Elle plia sous le poids de l'émotion. Ses mains se plaquèrent contre son visage ruisselant de larmes. Hinata explosa alors définitivement en sanglots. Un flot de sentiments contradictoires se déversa sur elle. Tout ce qui avait été retenu, ressortait à présent. Son corps se libérait de toute la tension accumulée ces dernières années. Elle se laissait aller sans rien retenir, à défaut de pouvoir se ressaisir. Si ces mots la touchaient à ce point, c'est parce qu'ils sonnaient vrais. Ino parlait justement. Elle avait renoncé à se battre. Hinata se complaisait dans le chagrin, elle s'y réfugiait. Il lui offrait une porte de sortie, une excuse pour échapper à un monde en dérive. Pendant tout ce temps, elle se détestait. Elle ne supportait plus son propre reflet dans le miroir. Il lui renvoyait une image déformée qui ne lui correspondait pas. Elle ne se supportait plus, son propre comportement lui faisait horreur. Il lui fallait désormais accepter qu'il ne reviendrait jamais. Elle devait le laisser partir pour de bon.

« Naruto… J'ai toujours essayé de te suivre… de marcher dans tes traces… mais quand cette guerre sera finie je ne le ferai plus. La prochaine fois qu'on se verra, nous marcherons côte à côte, main dans la main. Attends-moi »

Cette promesse-là, elle ne pouvait plus la tenir. Désormais, elle suivrait son propre chemin. Mais avant cela, elle avait une dernière chose à faire pour lui.


Il ne pleuvait plus aujourd'hui. Le ciel d'un bleu pur, dépourvu de nuages, offrait un soleil radieux. Le temps changeait du jour au lendemain. Les températures chaudes succédaient aux froides. Le thermomètre grimpait, décroissait. Le mercure jouait au yoyo. Mieux valait glisser le bout du nez dehors, avant de sortir, afin d'enlever ou d'ajouter une couche de vêtement. Les arbres se teintaient de vert. La floraison des fleurs de cerisiers ne tarderait plus. Le Hanami débuterait dans une bien triste ambiance cette année. Personne n'avait le cœur à pique-niquer sous les Sakura d'un rose éclatant. Les pétales égailleraient les rues du village, ce qui mettrait un peu de baume au cœur. Peut-être que les habitants s'aventureraient davantage en extérieur. L'hiver emmenait avec lui son manteau de neige. Il ferait bien meilleur dans les jours à venir. Avec le printemps, viendraient les légumes et les fruits frais de saison. Les étalages risquaient cependant d'être plutôt vides. Les présentoirs extérieurs souffraient de la pénurie alimentaire. Pas une cucurbitacée, aucune patate douce, les mets hivernaux brillaient pas leur absence. Hinata arpentait l'une des rues marchandes du village, constatant le manque évident de marchandise. Les commerçants gardaient le rideau baissé, faute de produit à vendre. Seuls les Konbini restaient ouverts. Ces quelques supérettes de quartier fournissaient encore un peu de matière première. Hinata s'interrogeait sur le parcours quotidien des villageois. Comment faisaient-ils pour remplir le panier de course ? Kô mentionnait parfois certains maraîchers qui s'organisaient avec les familles, en une sorte de commerce secondaire. Le clan Hyûga ne manquait de rien. Hiashi pourvoyait aux besoins de ses proches. Les quelques relations extérieures qu'ils entretenaient encore, leur étaient d'un grand secours. On leur faisait parvenir des paquets pleins de nourriture. Hinata doutait de la légalité de ces échanges. Mais nul ne commentait ce système. Et bien qu'amoindrie le clan jouissait encore d'une certaine influence au sein du village. Ce qui ouvrait la porte à quelques négociations. Cette situation ne durerait surement pas éternellement. Hanabi parlait de se mettre au jardinage afin de planter son propre potager. Fallait-il la prendre au sérieux ?

Du reste, Hinata ne comptait pas faire de course, aujourd'hui. La jeune femme passait rarement par le centre du village, rien ne l'y appelait. Mais là où elle se rendait, il lui fallait obligatoirement traverser Konoha. Ino habitait dans les murs, contrairement aux Hyûga qui profitaient d'une demeure légèrement isolée. Cela apportait son lot d'avantages comme d'inconvénients. Elle ne s'y rendait pas de gaieté de cœur. L'angoisse lui nouait l'estomac, tant et si bien qu'elle ne pouvait rien avaler. Leur dernière entrevue ne s'était pas achevée de la meilleure façon. Hinata voulait avant tout s'excuser pour son comportement. Elle espérait qu'Ino se montrerait suffisamment charitable pour la pardonner. D'autant qu'elle ne venait pas les mains vides. Kô en bon conseiller, lui avait suggéré d'apporter un présent, quelque chose susceptible de lui plaire. Fouillant dans sa mémoire, Hinata s'était souvenu des goûts alimentaires de Yamanaka. Ino adorait le pudding. Par chance, Hanabi détestait ce dessert et avec accepté de lui céder sa part, moyennant une compensation à venir. Autrement dit, Hinata venait de contracter une dette auprès de sa peste de petite sœur. La perspective de lui devoir quelque chose ne l'enchantait guère. Par chance, son père occupait sa cadette à coup de responsabilité clanique. De sorte qu'Hanabi ne pouvait espionner son aînée.

Aux abords du bureau du Hokage, Hinata fut surprise par l'agitation qui régnait. Les échos d'une foule en colère résonnaient entre les murs de la rue principale. Plusieurs personnes s'attroupaient devant les portes du bâtiment rouge. Elles brandissaient des pancartes aux slogans illisibles à cette distance. Un meneur armé d'un portevoix, entonnait un chant d'opposition. Quelques autres hurlaient leurs revendications. Hinata assistait bel et bien à une manifestation et ce, pour la toute première fois de sa vie. Une poignée de villageois se rassembla autour des manifestants, curieux face à ce spectacle peu commun. Une vieille femme habillée d'un tablier, la louche à la main, tapait du pied sur le sol, agacée par tout ce tapage.

-Rendez-nous nos ninjas ! Rendez-nous nos ninjas ! hurlaient-ils, tous en cœur.

-Et puis quoi encore ?! Beugla la vieille, soudain furibonde. Plus personne ne veut entendre parler de cette espèce !

-On ne t'a pas sonné l'ancêtre, répondit l'un des manifestants. Retourne tâter de ton balai ! C'est à cause des gens comme toi que l'on crève la dalle !

-Les ninjas ne nous ont apporté que le malheur ici-bas, par leurs guerres, leur haine dévorante. Ils étaient tous corrompus jusqu'à la moelle et ne défendaient que leurs propres intérêts. Tout ça pour obtenir toujours plus de pouvoir, ils étaient tous prêts à s'entretuer ! Les Hokage les premiers, n'étaient-ils pas censés défendre le village ! s'insurgea la sexagénaire.

-Balivernes ! Ce ne sont que des sornettes. Du matraquage pour effrayer les vieillards au coin du feu, on vous endoctrine ma mère ! Que je sache, le village tient toujours debout. N'est-ce pas la preuve qu'ils accomplissaient leur devoir ?

-Vous oubliez l'attaque du dénommé Pain, il y a trois ans de ça. Du malheur, vous dis-je ! Du malheur !

-Ne discute pas avec cette dame, tu perds ton temps, intervint un autre jeune homme.

-Tout allait mieux du temps du Godaime. Le village vivait dans l'opulence. Nous ne manquions de rien, ils nous écoutaient. Le modèle économique de l'époque marchait bien. Les missions effectuées par les shinobis remplissaient les caisses du village et participaient à sa renommée. Nous échangions avec les cinq pays Ninjas. Le commerce était prospère, le tourisme florissant ! Crachez sur les Shinobi revient à renier l'identité même du village. Ignorez-vous qu'au commencement, Konoha ne comptait presque que des clans ? Ce sont les Senju et les Uchiha qui ont fondé le village.

La vieille femme ne trouva rien à redire, ce qui la courrouça davantage. À bout de nerfs, elle se saisit de son balai et porta un coup à l'arrière-train du jeune homme. Habilement, le garçon évita l'attaque maladroite, referma son poing sur le manche, le ravissant à sa propriétaire. Pour faire bonne mesure, il jeta le balai quelques mètres plus loin, à hauteur de la porte de la maison de la dame.

-Allons, madame, ce n'est plus de votre âge. Vous allez vous froisser un muscle ou vous bloquer le dos, soyez raisonnable !

-Jeune ruffian !

La vieille dame pesta tant et plus. Elle s'éloigna d'un pas cadencé, fulminant. La matriarche passa à côté d'Hinata. Elle ne manqua pas de remarquer ses deux yeux blancs qui la regardaient, les pupilles du clan Hyûga. Ses sourcils se froncèrent, elle lui cracha au visage. Fort heureusement, son expectoration ne l'atteignit pas et s'échoua misérablement sur le sol.

-Saleté de ninjas ! maugréa-t-elle.

La vieille femme s'en retourna sur son porche, balayer les feuilles mortes.

Hinata ne s'en formalisa pas. Qu'on lui manifeste une pareille animosité. Sans qu'elle ait fait quoi que ce soit pour la mériter, l'étonnait. Mais elle n'ignorait rien de la piètre réputation des Shinobis. Qu'elle en soit encore ou non, importait peu à leurs yeux. Ce qui l'intriguait davantage, était cette manifestation. Qu'on s'élève ouvertement contre la politique en place, voilà quelque chose de peu courant. Ces jeunes gens ne donnaient pas l'image d'une population peu encline à défendre ses intérêts. Contrairement à ce qui se racontait. La pénurie alimentaire impulsait peut-être les foules en colère. Un vent de révolte planait désormais sur le village. En tout cas, elle l'espérait sincèrement. Ce mouvement la rassurait au moins sur un point. Il y avait encore de la vie. Et tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir.

Alors qu'elle se perdait dans ses propres réflexions, le ton continuait de monter au sein du groupe de manifestants. Hinata envisagea un instant de contourner la manifestation. Mais seule cette route menait au quartier d'Ino. Elle serait bien passée par les toits. Si seulement elle portait encore son bandeau. Mais posséder un insigne signifiait soutenir le Hokage. Cette idée suffit à chasser le souvenir de l'époque où elle se déplaçait en toute liberté. Résignée, elle se prépara mentalement et physiquement à braver la foule. Après avoir pris une profonde inspiration, elle se glissa entre un couple. Elle contournait les silhouettes avec habileté. Hyûga ignorait que ses lointains entraînements l'aideraient un jour à s'échapper d'un rassemblement de contestataires. Qui vivra verra. À mesure qu'elle avançait, Hinata entendait plus distinctement les récriminations de la foule. Deux voix portaient plus haut que les autres. Un homme et une femme dialoguaient dans une entente plus ou moins cordiale. Les rangs se serraient devant elle, la freinait dans sa progression. Hinata passa la tête, les bras, puis enfin la taille, entre deux individus peu désireux de s'écarter. Elle touchait au cœur de la manifestation. Une tignasse d'un rouge flamboyant attira immédiatement son regard. La jeune femme en question tournait le dos à son interlocuteur, répondant à un autre manifestant. L'homme à l'esprit échauffé ne goûta pas sa rebuffade et encore moins son esquive. Hinata anticipa ce qui allait suivre. Sans prendre le temps de la réflexion, elle s'élança en avant, s'interposa entre eux. D'un bras, elle para le coup destiné à la jeune femme aux cheveux rouges. Elle ne savait qui soutenait qui. Peut-être partageait-elle les opinions de l'assaillant. Pour autant, cela ne lui donnait pas le droit d'agir ainsi.

-On n'attaque pas quelqu'un qui a le dos tourné. On ne vous a jamais appris ça ?

La parade d'Hinata déséquilibra l'homme, qui retomba sur son séant. Sa chute souleva un nuage de poussière. Quelques personnes explosèrent en une quinte de toux. Hyûga abaissa son bras. Elle détailla brièvement l'individu qui se tenait sous yeux. Un quadragénaire aux cheveux grisonnants, qui la regardait d'un air mauvais. Elle lui tendit une main secourable, qu'il refusa, la balayant d'une claque.

-Sale partisane du Hokage !

Hinata retira sa main qu'elle frotta contre le tissu de sa veste à capuche. La douleur ne fut que momentanée. Sur le moment, elle ne tilta. Une fraction de seconde plus tard, elle saisissait la teneur de son accusation. Déterminée à passer outre, elle reporta son attention sur la jeune femme. Cette dernière se tourna vers elle, interloquée. En découvrant son visage, Hinata entrouvrit la bouche, stupéfaite. Elle comprenait à présent pourquoi la teinte si particulière de ses cheveux l'avait interpellé. Les mèches rouges encadraient son visage, en parfaite harmonie avec ses yeux de la même couleur. Des lunettes d'un marron clair reposaient sur le bout de son nez. La dernière ressortissante connue du clan Uzumaki se trouvait face à elle. Karin la dévisageait avec un intérêt non dissimulé. Son cerveau effectua un effort de mémoire, resituant pleinement la jeune femme. Karin Uzumaki ou l'ancienne camarade de Sasuke, autrefois membre de l'équipe Hebi/Taka, d'aucuns la connaissaient pour sa collaboration avec Orochimaru.

-Hinata Hyûga, il me semble.

Du bout des doigts, Karin réajusta la position de sa monture. Comme si elle cherchait à mieux la voir.

-Je te remercie, dit-elle, lui tendant une main.

Passée la stupéfaction, Hinata hésita quant à la réponse à apporter. Finalement, la politesse prit le pas sur tout autre forme de raisonnement. Elle scella cette poignée de mains, en dépit de sa répugnance à le faire.

-Le hasard fait bien les choses. Je comptais justement passer te voir à l'occasion, observa Karin.

Uzumaki s'adressait à elle comme à une vieille amie. Ce qui ne manqua pas de déstabiliser Hinata. Elle s'interrogeait sur la raison d'une visite. Pourquoi cette femme errait dans l'une des rues du village ? Les étrangers ne mettaient plus les pieds à Konoha. Sans parler du fait, qu'elle ne croyait pas lui avoir déjà parlé. Karin ne remarqua pas l'hésitation d'Hyûga.

-Je vais te demander de bien vouloir me suivre.

La conversation à sens unique prenait un tour pour le moins inattendu. Karin se détourna de la foule qui s'écarta sur son passage. Plantée sur place, Hinata la regarda avancer. Uzumaki semblait estimer qu'elle allait lui emboîter le pas sans broncher.

-À votre place, jeune fille, je ne ferais pas attendre le Hokage, lui conseilla un vieil homme qui se tenait là.

Hinata écarquilla les yeux. Qu'avait-il dit ? La révélation la laissa pantoise. Dans son esprit, Hyûga se figurait encore le Hokage sous une la forme d'une ombre obscure. Dont elle ne connaissait ni le visage, ni le nom. Mais peu à peu, l'ombre se mua en jeune femme aux cheveux rouges. Karin Uzumaki se cachait donc derrière toutes ces mesures. Elle y reconnaissait un choix judicieux de la part de Sasuke. Dans la mesure où l'on considérait que cette décision venait de lui. Karin avait effectué un séjour dans les geôles du village, peu de temps avant la guerre. L'équipe 7 avait croisé sa route sur le pont du Samouraï Bleu. Grièvement blessée, Sakura s'était chargée de lui dispenser les premiers soins. Karin disait alors se moquer de Sasuke, qui avait attenté à sa vie. Mais nulle ne se leurrait. Après tout, ses effets personnels contenaient une photo d'Uchiha, qu'elle s'était refusée à céder. Eprise du jeune homme, elle le suivrait jusqu'au bout du monde. Hinata n'en doutait pas un seul instant. Ce qui faisait d'elle un pion idéal.

Abordant la question sous un nouvel angle, Hinata se voyait mal décliner une invitation du Hokage sans risquer de s'en mordre les doigts. Poliment, elle remercia le vieil homme d'un signe de tête. Karin gravissait l'escalier extérieur du bâtiment rouge. Hinata posa sa main sur la rampe. Une certaine émotion la traversa. Dans une vie à présent lointaine, elle franchissait ses marches de façon quotidienne, sans hésitation. La dernière fois, le Godaime, Tsunade Senju, lui avait remis son affectation dans la deuxième division, ainsi que son bandeau de l'Alliance Shinobi. Hinata talonnait le Hokage. Mentalement, elle réfléchissait. Dans un ordre logique, cela faisait de Karin le sixième du nom. Devait-elle l'appeler Rokudaime ? Ou jugeait-on que sa nomination remettait les compteurs à zéro ? Dans son cœur, Karin ne méritait ni l'un, ni l'autre. Elle n'était pas plus Hokage que la vieille femme au balai. Hinata partageait l'opinion de sa petite sœur. Un Hokage était nommé en présence du conseil du village et du seigneur du Pays du Feu. Hanabi avait eu raison de s'indigner. Elle s'en voulait de ne pas l'avoir soutenu ce jour-là. Mais elle parlait d'un monde révolu. Et ces valeurs qu'elle défendait, ne signifiaient plus rien pour la plupart des gens.

Le pallier ouvrait toujours sur un large couloir ovale. L'allée lambrissée et peinte en rouge menait normalement au bureau du Hokage. L'hypothèse d'Hinata se vérifiait. Manifestement, Karin l'y conduisait. Uzumaki gardait le silence. Ce qui d'un côté l'arrangeait. Car elle ne saurait certainement pas quoi lui répondre. D'un autre côté, cette sérénité apparente l'angoissait. Karin présentait une allure plus soignée qu'auparavant. Sans doute devait-on ce changement à sa nouvelle fonction. Elle affectionnait toujours autant les shorts. Mais elle arborait désormais un chemisier blanc, une lavallière au col. Ses cheveux peignés en arrière, elle les attachait avec un élastique. Des mèches folles s'échappaient en tout sens. Par moments, elle tentait de les discipliner, passant sa main sur son cuir chevelu. Hinata ne rencontrait pas ce genre de problème, avec ses cheveux d'une raideur impressionnante. De son propre chef, elle se concentrait sur des sujets futiles, pour ne pas songer à ce qui l'attendait au-delà de cette porte en bois. Genin, le bureau du Hokage l'impressionnait. Cette porte si petite et commune qui dissimulait un vaste bureau. Elle y voyait une forme de métaphore, peut-être involontaire. Commencer petit pour finir grand… Chaque Hokage passait par toutes les étapes.

Le bureau du Hokage restait inchangé, à l'exception de quelques détails d'importance. Les cadres des prédécesseurs ne pendaient plus aux murs. Deux sièges trônaient devant la table recouverte d'imposantes piles de papiers. Le fauteuil du Hokage tournait toujours le dos à la large baie vitrée. Karin se dirigea naturellement vers son bureau, parfaitement à son aise. Habilement, elle contourna un tas de feuilles penchant dangereusement sur le côté. Hinata attendait sur le seuil de la porte.

-Entre, je t'en prie. Pardonne le bazar, j'ai fort à faire actuellement.

Hinata obtempéra, à vrai dire elle n'attachait que peu d'importance à la paperasse. Elle se sentait surtout rassurée de voir que personne d'autre n'était présent. Avant d'entrer, elle s'attendait presque à voir surgir Sasuke. Ce qui, tout bien réfléchi, ne risquait pas d'arriver.

-Prends un siège, ils sont plutôt confortables, l'invita Karin.

Hinata n'appréciait pas sa façon de donner des ordres sans avoir l'air d'y toucher. La présence de ces deux sièges la perturbait. Autrefois, elle restait debout. Aussi en ferait-elle autant aujourd'hui. Elle considérait cela comme une forme de résistance passive. Karin arqua un sourcil mais ne prit pas la peine de relever. Loin d'être impressionnée, elle tira son fauteuil et se laissa choir dedans. Son dos s'appuya contre le dossier rembourré. Le siège émit une légère plainte, grinçant sous son poids.

-Je renouvelle mes remerciements pour tout à l'heure. Tu m'as tiré d'un bien mauvais pas. Cela m'apprendra à baisser ma garde. Il s'agissait d'une petite opération communication. Si tu vois ce que je veux dire. Mais il est impossible de discuter avec eux, dit-elle tout en donnant un coup de tête en direction de la baie vitrée.

Karin se référait aux manifestants.

-L'essentiel est que l'on m'ait aperçu.

Sa franchise la stupéfiait. Uzumaki désirait visiblement jouer franc jeu avec elle. En tant que Hokage, elle savait tout de la situation actuelle de Hinata. Si elle se permettait d'agir ainsi, c'est parce qu'à ce jour elle faisait toujours partie des fichés S. Autrement dit, on la soupçonnait d'être une opposante. Karin guettait surement ses réactions, tentait de susciter une réaction par son honnêteté. Mais Hinata parvenait sans mal à paraître impassible. Karin plissa légèrement les yeux, insatisfaite.

-Hinata Hyûga, on m'a rapporté que tu étais présente lors de la réunion des clans. Je me trompe ?

Hinata acquiesça d'un signe de tête.

-Dès lors, tu as forcément eu vent de l'incident. Il est tout simplement impossible d'y échapper, avec tout le tapage médiatique.

Là encore, Hinata resta parfaitement indifférente.

-Sais-tu que nous avons appréhendé un suspect ?

Hinata savait exactement de qui elle parlait. Elle feignait l'ignorance ou plus exactement essayait. La visite d'Ino l'avait en quelque sorte préparée à ce type de question. Maligne, elle se doutait des réponses à éviter. Karin s'agaçait de ces silences.

-Tu peux te servir de ta langue, tu sais !

-Pourquoi m'avez-vous convoquée ? Demanda-t-elle de but en blanc.

Hinata ne comptait pas participer au jeu du chat et de la souris. Karin comprit que son petit stratagème ne prenait pas. Dans ce cas, elle allait jouer cartes sur table, au sens littéral comme au figuré. La jeune femme se pencha à hauteur du premier tiroir de son bureau. La main sur la poignée, Karin le tira vers elle. Elle s'empara d'une liasse de papiers. D'un geste théâtral, elle déploya les feuilles sur la table. Hinata se rapprocha instinctivement, poussée par la curiosité. Cependant, son pied marqua un arrêt brutal, la semelle chuintant contre le sol.

-Vois-tu, le village est doté d'un système de vidéosurveillance. Pratiquement toutes les rues en sont équipées. On n'arrête pas le progrès. Ces captures d'écran datent du soir de la réunion des clans. Mais ça, tu t'en doutes déjà.

Hinata ravala sa salive. Pour la première fois, elle manifestait une faille. Une boule de chaleur remonta de son bas-ventre jusqu'à son cerveau, submergée par une vague de panique. À l'aide de sa manche, elle essuya les quelques gouttes de sueur qui perlaient sur son front. Mais ce simple geste trahissait son angoisse grandissante. Sur le papier glacé au grain de qualité, se discernait le vague contour pixélisé d'un immeuble. Le manque de netteté de l'image induisait l'usage d'un zoom. Au premier plan de la photo, dans la pénombre, se révélait un visage aux traits familiers. Malgré la capture parasitée, on reconnaissait très largement les traits d'Hinata. En soi, cette photo ne s'avérait pas forcément compromettante. Enfin, elle aurait pu tenir ce raisonnement si seulement on n'y voyait pas ses Byakugan actifs. Un vent glacé lui traversa l'échine, comme douchée sur place. La résignation la guettait. Elle ne pourrait se sortir d'une situation qu'elle jugeait inextricable. Elle qui venait enfin de prendre de bonnes résolutions. Voilà que l'on soufflait déjà sur la flamme. Derrière ses lunettes, Karin la jaugeait de son regard perçant. À court de mots, abattue, hébétée, Hinata attendait qu'elle parle pour elle. Le Hokage déciderait de son destin à sa place désormais. Elle entendait déjà les portes de la prison d'Hôzukijou claquer derrière elle.

-Comme je le disais plus tôt, nous avons appréhendé un suspect. Un jeune garçon de ta promotion, qui porte le nom de Shikamaru Nara. Ces clichés attestent de ta présence à proximité du site de l'explosion. Je doute fortement que tu ignores son implication. Ces photos font de toi un précieux témoin oculaire. Les Byakugan, Kekkei Genkai du clan Hyûga, te permettent d'amplifier la portée de ta vision. Aussi, même à plusieurs mètres de distance, tu étais parfaitement capable d'apercevoir ton petit camarade. Si je regarde ton dossier, je vois que tu as été fichée S à la fin de la dernière guerre. Donc, en toute logique et d'après les dernières règles, tu ne devrais pas faire usage de technique ninja. Mais au vu des circonstances, je dirais que tu n'es pas vraiment blâmable. Situation d'urgence oblige, tu as certainement voulu rendre service à ton village. Ton comportement parle pour toi. Tu t'es montrée exemplaire au cours des deux dernières années. Tu n'as pas cherché à te rebeller, nous n'avons tout simplement rien à te reprocher. Tout à l'heure encore, tu portais secours à ton Hokage. Preuve s'il en est de ton dévouement. Les photos contrindiquent toute participation de ta part à cette fumisterie.

Karin s'interrompit un instant afin de reprendre son souffle.

-Car si tu avais fait partie de ce projet grotesque, tu ne serais pas restée inactive devant l'arrestation de l'un de tes plus vieux amis. Or, tu n'as pas un seul instant cherché à lui prêter main forte. On lit clairement de la stupéfaction sur ton visage, dit-elle tout en pointant un doigt sur l'une des photos. Manifestement, ce que tu voyais te troublait. Ce n'est pas la réaction que l'on attend de quelqu'un qui sait. Ainsi, je suis tout à fait disposée à croire en ton innocence. Je dois également dire que j'apprécie ton abnégation. Sachant ce que tu risquais, tu as tout de même bravé un interdit pour le village.

Hinata se transformait en véritable ascenseur émotionnel. Elle montait et descendait au rythme des affirmations de Karin. Son monologue commençait sur une note négative, insinuait bien des choses, sa culpabilité en tête de liste. Consciencieusement, elle énumérait tous les torts d'Hinata. Ce lien qui la rattachait à Shikamaru, l'usage de son Byakugan, son statut de fichée S. Puis elle s'appliquait à la dédouaner de toute responsabilité. C'était à n'y rien comprendre. Hinata devrait se sentir soulagée. Après tout, Karin venait visiblement de l'innocenter. Justice pour elle, qui n'avait réellement aucun lien avec l'intervention de Sakura ou de Shikamaru. Pourtant, Hinata éprouvait un profond mal-être. Elle venait de passer à deux doigts de la case prison. Mais elle n'y trouvait aucun soulagement. Karin lui adressait un sourire jovial. Son attitude à son égard changeait du tout au tout. Sa voix prenait un ton plus léger, son visage se déridait. Soudain, elle se redressa, s'empara de la pile de photos et bourra les clichés dans la déchiqueteuse, qui se tenait en bout de table. Sous les yeux médusés d'Hinata, les images se répandirent en morceaux épars au fond du réceptacle.

-Tu as exactement l'état d'esprit qu'il me faut. Car à vrai dire, je cherche des gens comme toi.

Karin rallia sa place initiale. Le tiroir de son bureau encore ouvert, le Hokage en tira un objet de forme rectangulaire, non identifié. Elle tendit alors le bras en direction d'Hinata, laissa sa trouvaille tomber sur la table. Un bruit métallique résonna contre la surface de bois. Le tissu qui dissimulait partiellement le rectangle, se découvrit tout à fait.

-Mes conseillers ne seraient peut-être pas d'accord avec cette décision. Mais pour être honnête, je m'en fiche éperdument ! Je te rends ton bandeau frontal, Hinata Hyûga. Nos rangs ne comptent aucun membre de ton clan. Un point plus que regrettable, sur lequel nous souhaitions revenir. En vérité, j'avais d'abord songé à ta petite sœur, Hanabi. On dit qu'elle possède des Byakugan d'une rare pureté. Hiashi refuse obstinément d'entendre parler d'une quelconque collaboration entre sa famille et le village. Sans doute, craint-il de se compromettre auprès des autres clans. Mais toi, Hinata, tu rassembles également toutes les qualités requises. En tant que membre de la branche principale, tes Byakugan sont aussi aguerris que ceux de ta sœur, sinon plus. Bien entendu, je te laisse le temps de la réflexion.

Hinata comprenait parfaitement ce qui se jouait là. Elle faisait l'objet d'un chantage des plus honteux.


Je finirai ce chapitre sur deux questions.

La première, à votre avis, quelle chose Hinata compte accomplir pour Naruto ?

La seconde, quel parti tirera-t-elle de la proposition de Karin ?