Ce chapitre bat tous les records de longueur. J'espère d'ailleurs que ça ne pose de problèmes à personne. Sinon, il faut me le dire. Il voit arriver le dernier personnage principal de la clique. Car en tout et pour tout, l'histoire dénombre six personnages capitaux, Sasuke, Hinata, Sakura, Kakashi, Shikamaru et ... Je vous laisse découvrir le dernier nom dans ce chapitre ! Sans compter tous les personnages secondaires d'importance, ça fait beaucoup de monde à gérer.
Je vous souhaite une bonne lecture !
Melo, mille mercis pour ton commentaire. Ça me fait très plaisir ! Oui, j'en conviens, ce chapitre était axé psychologie, un mal nécessaire. Je pense que tu ne dois pas être la seule. La rencontre entre Sasuke et Hinata est un peu l'un des fondamentaux de cette histoire. On se demande tous comment elle réagira. Surement pas comme elle l'espère. Quant à Sasuke, je ne suis pas certaine qu'il lui une porte une réelle attention sur le coup. Nous verrons !
Smarties, je te remercie infiniment pour ton commentaire. Tous ses compliments me font chaud au cœur. En tant qu'auteur, on ne sait pas toujours ce que vaut son histoire. Mais tu me rassures. J'espère sincèrement que tu continueras de l'apprécier jusqu'à la fin.
Chapitre 7 :
Hinata regrettait amèrement d'avoir quitté son lit ce matin-là. Elle vivait l'une de ces journées typiquement cauchemardesques. De quel pied s'était-elle levée ? Elle n'en gardait aucun souvenir, ignorait même si ce détail détenait une quelconque importance. À l'extérieur, le soleil se couchait. Enveloppée dans un châle, Hinata s'appuyait sur la petite table de sa chambre. Sa tête reposait contre la paume de sa main, son coude en supportant le poids. En fin de compte, il ne s'agissait pas seulement de cette journée, mais de la semaine tout entière. Tout allait à volo depuis la réunion des clans. Le manque de sommeil commençait à altérer considérablement son discernement. Ce qui ne l'arrangeait guère. La décision capitale qui l'attendait, requérait toute sa lucidité. Hinata s'en voulait de penser ainsi. Son quotidien était sans commune mesure avec ce que devait endurer Shikamaru à Hôzukijou. Tout ce qu'elle savait de cet endroit, venait tout droit de l'expérience personnelle de Naruto. Uzumaki y avait effectué un séjour, quelques années auparavant. Une expérience marquante qu'il avait partagée avec ses amis. Le récit passionnant de ses aventures lui revenait en mémoire, animait cette soirée ennuyeuse. Si Naruto la détournait ne serait-ce qu'un instant de ses pensées négatives, elle s'en contentait volontiers.
Ramenant son châle sur ses épaules, Hinata se laissa glisser sur son futon, les paupières closes. L'installation de confinement pénal portait aussi le nom moins officiel de Prison du Sang. Ce qui en disait long quant à son fonctionnement. Bien entendu, Naruto n'en gardait pas un bon souvenir. Ce qu'elle comprenait aisément. Du temps de son emprisonnement, l'un des gardiens, un dénommé Mui, utilisait une technique empêchant le malaxage du chakra. Aujourd'hui, la technologie moderne remplaçait le défunt surveillant. Pour paraphraser Karin, on n'arrête pas le progrès, pensa-t-elle. Lorsqu'on entrait dans cette prison, on y demeurait jusqu'à sa mort, excepté en cas de demande de libération officielle de son village d'origine. Naruto racontait que tout mauvais comportement, valait un billet pour l'isolement. Une punition sévère qui durait plusieurs jours. Cette sanction s'étendait parfois à la perpétuité. Les abords de la prison dissuadaient toute visite extérieure. Le décor digne d'un mauvais roman d'aventure, décourageait les fuyards. Le centre de confinement d'Hôzukijou bénéficiait d'une situation avantageuse. Le château se dressait au sommet d'une falaise, favorisant son isolement. L'édifice surplombait l'océan, les vagues roulaient de façon dangereuse, formaient des tourbillons. Naruto avait manqué s'y noyer en s'échappant. À l'en croire, Ino envisageait de s'y rendre. Plusieurs obstacles se dressaient sur son chemin. À commencer par les portes du village qu'un peloton de Jônin surveillait en permanence. La tête pensante de l'équipe 9 s'avérait être Shikamaru, désormais absent. Mais Ino n'était pas en reste, capable de prouesses insoupçonnées. Après tout, Yamanaka comptait parmi les Kunoichi les plus brillantes de sa génération. À l'académie, elle obtenait les notes les plus hautes, deuxième meilleure élève derrière Sasuke. Elle avait assurément de la ressource.
Toute la difficulté résidait à l'extérieur. S'approcher du château restait compliqué, pour ne pas dire suicidaire, du propre aveu d'Uzumaki. Une fois entre les murs, le système de sécurité laissait clairement à désirer. Naruto le qualifiait de médiocre. Il ne fallait pas baisser sa garde pour autant. De nombreux pièges jalonnaient les couloirs de la forteresse imprenable. Cependant, ce témoignage commençait à dater. En trois ans, le protocole anti-évasion avait surement évolué. La sécurité devait être renforcée depuis. Se fier à la seule expérience de Naruto ne suffisait plus. Songer au projet d'Ino, ramena Hinata à la dure réalité et au pénible souvenir de leur entrevue. Elle escomptait lui rendre visite. Mais Karin Uzumaki ne l'entendait visiblement pas de cette oreille. Une fois sortie du bureau du Hokage, Hinata ne se sentait plus le courage d'affronter Yamanaka pour la seconde fois. Trop de pensées accaparaient son esprit. La fatigue la dominait. Elle devrait attendre le lendemain. Pour cela, encore faudrait-il qu'elle sache quoi lui dire. L'intervention de Karin avait complètement rebattu les cartes et chamboulée Hinata. On lui proposait non seulement de récupérer son bandeau, donc de réintégrer officiellement l'effectif ninja. Mais aussi de purement et simplement effacer son statut de fichée S de son dossier, ce qui impliquait beaucoup de choses. Cette idée ne lui procurait aucune joie. Devenir une Kunoichi à la solde d'un Hokage qu'elle jugeait illégitime, ne la ravissait pas vraiment.
Karin disait lui laisser le temps de la réflexion. Mais en vérité, avait-elle vraiment le choix ? La tentative d'intimidation plus qu'évidente du Hokage ne passait pas inaperçu auprès d'elle. En vérité, Karin doutait surement d'Hinata. Sa comédie de chef de village admiratif devant un comportement qu'elle qualifiait d'exemplaire, ne prenait pas avec elle. L'attitude d'Hinata n'avait rien d'admirable, bien au contraire. Six mois auparavant, on la disait encore folle. Elle se terrait dans sa chambre depuis deux ans. Hinata se mêlait enfin au monde réel. Qu'on la qualifie de lâche, ne l'étonnerait pas. Mais dire qu'elle était exemplaire l'amusait profondément. Karin jouait sur tous les tableaux, de son ambiguïté vis-à-vis du système en place, à sa famille, en passant par ses amis. Elle essayait de lui faire peur. Cette façon d'étaler cette liasse de photos sur la table, afin de lui démontrer qu'elle la tenait. Qu'elle était en mesure de la broyer dès que bon lui semblerait. Détruire les clichés s'avérait purement symbolique. Il lui restait les films des caméras, peut-être d'autres tirages. Et si cette séquence ne suffisait pas pour l'accuser de trahison. Elle pourrait toujours se consoler avec l'utilisation de ses Byakugan, entant que Fichée S.
La pire menace proférée touchait sa petite sœur, Hanabi. Son père refusait catégoriquement que des membres du clan Hyûga se joignent aux forces spéciales du Hokage. Hiashi plaidait le retrait définitif du clan des affaires du village, ce qui incluait les Ninja. Les capacités héréditaires de sa famille semblaient intéresser Karin. Elle ne s'en cachait pas. Hanabi, la plus prometteuse, possédait des Byakugan d'une grande pureté. Elle représentait tous les espoirs du clan et incarnait la relève. Elle se posait comme opposante convaincue et déterminée. Mais à quatorze ans, elle demeurait facilement influençable et donc aisément manipulable. Il suffisait de se pencher sur l'exemple de Sasuke, tantôt manipulé par Orochimaru, tantôt par Obito. Mettre la main sur Hanabi, signifiait poser un pied au sein du clan Hyûga. Cette idée révoltait Hinata. Elle refusait que l'on puisse se servir de sa petite sœur à cette fin. Hanabi n'était qu'une enfant. Si Hinata acceptait sa proposition, cela suffirait à calmer Karin, au moins pour un temps.
Hinata considéra l'affaire sous un dernier angle. Les avantages dont elle pourrait se prévaloir si elle gardait son bandeau. En l'état, Hinata ne disposait d'aucune corde à son arc. Une fois son grade de Chûnin reconquis, elle récupérerait une certaine forme de liberté. Elle atteindrait plus facilement son objectif de la sorte. Hinata jugeait sa condition physique plus que mauvaise. Elle ne s'entraînait plus depuis longtemps. Ce qui se faisait ressentir lorsqu'elle entreprenait le moindre effort. Elle s'essoufflait à une vitesse impressionnante. Le plus petit exercice provoquait des courbatures, qui la faisait souffrir toute une semaine. Ses jambes se remettaient juste de sa course folle dans les escaliers, le soir de la réunion des clans. Perdre son statut de fichée S, lui permettrait de reprendre son entraînement. Retrouver son niveau d'avant-guerre demanderait beaucoup de temps. Elle partait de très loin. Hinata encourait une contrainte moins engageante. En acceptant, elle se plierait aux volontés du Hokage. Karin lui assignerait toutes les missions qu'elle désirerait. Lui confierait des responsabilités dont elle ne voudrait peut-être pas avoir la charge. Plus encore, cela signifiait aller à l'encontre de son propre jugement. Hinata ignorait tout du fonctionnement actuel du nouveau modèle ninja. Consentir à ce sacrifice lui ouvrirait une porte vers ce monde encore obscur. Elle en découvrirait elle-même les rouages. Si elle faisait preuve de suffisamment de zèle, peut-être qu'avec un peu de patience elle l'atteindrait lui.
Hinata braverait le regard réprobateur de ses proches. Inévitablement, une telle initiative ne serait pas bien reçue. Nul ne comprendrait. Car elle-même ne saurait l'expliquer. Elle devrait de toute façon s'en abstenir. Mettre quelqu'un dans la confidence, impliquait une prise de risques démesurés. Hinata savait qu'elle le supporterait. Elle se connaissait. À une époque, elle n'inspirait que du mépris à sa propre famille. Ce n'était jamais qu'un retour à la case départ. En y regardant de plus près, ça ne la changerait pas vraiment de la situation actuelle. En dépit de tous ses efforts pour paraître normal, on ne pouvait pas dire que ses parents se bousculaient au portillon. Même le soutien indéfectible de Kô faillirait peut-être à l'annonce d'une pareille nouvelle. Elle perdrait alors son pilier. Hinata formulait des hypothèses sans réellement savoir ce qui l'attendait. L'avenir ne ressemble jamais à ce que l'on s'imagine, songea-t-elle. Au moins, ses méninges fonctionnaient bien.
Le calme plat qui régnait dans sa chambre, offrait une ambiance propice à l'introspection. Hinata disposait d'elle-même, en quête d'une réponse. La solution s'imposait, allait de soi. Mais s'y résoudre lui coûtait bien plus qu'elle ne le pensait. Elle accueillerait volontiers un avis extérieur, de préférence éclairé. Mais elle s'en garderait. Un son étrange résonnait, quelque chose tapait contre la surface de l'un des murs. Ce martèlement troublait le fil de ses pensées. Soucieuse, elle se redressa péniblement, les membres engourdis. Une mèche de cheveux se prit sous son coude, tira sur son cuire chevelu. Hinata émit une plainte. D'une main, elle massa la naissance de ses racines afin de soulager la douleur. Assise, elle entendit plus distinctement le heurt à l'origine inconnue. On frappait surement à sa porte.
-Oui ? Se hasarda-t-elle à répondre.
Quelqu'un toquait effectivement à sa porte. Le visiteur rabattit la cloison coulissante. Hinata discerna tout d'abord son ombre, derrière le papier de riz. Enfin, une silhouette masculine apparut face à elle. Hinata écarquilla les yeux, surprise. Elle dut se rappeler de fermer la bouche, le contraire relevant de l'impolitesse. Hiashi Hyûga détailla sa fille du regard, satisfait de la trouver éveillée.
-Otosan ! s'exclama-t-elle.
-Hinata…
De toute évidence, ni le père, ni la fille, ne se sentaient à l'aise. Habituellement, Hiashi incarnait l'assurance, en imposait par sa seule présence. Mais aujourd'hui, il ne savait où poser son regard. Hinata observait son visage davantage marqué par les affres du temps. Elle découvrait ce père vieillissant, encore inconnu. Les traits burinés, il paraissait fatigué. De lui, elle n'apercevait plus que son ombre derrière les shojis de ses appartements, à la nuit tombée. Leur dernier face à face remontait à plus d'un an. Hiashi supportait à lui seul la charge du clan. Cette haute responsabilité lui échoyait. Leur Ancien ne vivait plus. Il les avait quittés un an auparavant. Son fils en portait encore le deuil. Trop jeune pour assumer la pleine gestion du clan, Hanabi secondait leur père dans la mesure du possible. L'adolescente poursuivait l'apprentissage des techniques familiales. Hanabi se vantait de sa parfaite maîtrise du Byakugan. Néanmoins, elle se montrait bien trop immature aux yeux d'Hiashi. Son comportement infantile ne seyait pas à l'époque compliquée qu'ils enduraient. On attendait beaucoup d'Hanabi, ce sentiment l'oppressait et elle s'en déchargeait en agissant de façon puérile. Hiashi tentait de faire d'elle une héritière digne de ce nom. Il consacrait une grande part de son temps à ses entraînements. Depuis peu, il l'initiait également à la gérance des affaires du clan Hyûga. Un jour, elle se trouverait à sa place. Mieux valait qu'elle s'y prépare au plus tôt. Kô plaignait souvent la pauvre Hanabi, privée de son insouciance. Hinata estimait parfois avoir acquis sa liberté sur l'autel du sacrifice de sa petite sœur. Hanabi occupait un rôle qui revenait initialement à son aînée. Même si son éviction de la succession l'avait fait souffrir. Par bien des aspects, elle considérait aujourd'hui que cette décision se révélait être salvatrice. Hinata n'enviait pas la position de sa cadette. Mais à voir son père et sa sœur, elle regrettait désormais sa prise de distance. Rien ne justifiait le désintérêt qu'elle avait porté à sa famille, au profit de son développement personnel.
Hiashi maintenait une juste distance, agenouillée à l'entrée de sa chambre. De son port de tête droit, à son kimono ajusté, il respirait la perfection. Une main posée sur chacun de ses genoux, il parcourait la pièce du regard. Un objet attira son attention. Il trônait au beau milieu de la table basse. La plaque métallique portait la gravure du symbole du village de Konoha. Le tout reposait sur une bande de tissu noir, fixé par six attaches. Hiashi contemplait un authentique bandeau frontal de Konohagakure no Sato. Hinata remarqua l'intérêt de son père pour son insigne. Elle se fustigea intérieurement pour sa bêtise. On ne laissait pas traîner un pareil objet. Même si sa décision n'était pas encore prise. Son père penserait le contraire. Hinata l'affronta du regard, prête à braver son mécontentement. Étrangement, Hiashi demeurait impassible, presque soucieux à la façon qu'il avait de froncer les sourcils vers le haut.
-Hinata, je viens m'entretenir avec toi. Non, ne le cache pas. Cela concerne justement ce bandeau que tu tiens entre tes mains.
Hinata retomba sur son séant, le bandeau glissé entre les doigts. Son père savait, s'il venait la consulter à ce sujet. Ce qui expliquait l'absence de toute réaction, positive ou négative. Cela lui épargnait le labeur d'une justification maladroite. Son entrevue avec Karin datait du matin-même. Depuis son retour, Hinata n'avait croisé personne. Seul le Hokage connaissait sa situation actuelle. Enfin, la nouvelle se répandait d'ores et déjà au sein de son conseil. Elle se doutait de ce point. Quelqu'un venait d'en informer son père. Sinon comment pourrait-il… Comptait-il des informateurs auprès des proches du Hokage ? Hinata estimait cette hypothèse peu probable. Non, il tenait surement cette information de la bouche du Hokage. On le convoquait parfois, à l'exemple de la réunion des clans. À l'en croire, Karin menait une tractation ardue avec Hiashi. Karin souhaitait peut-être obtenir l'aval de son père, en cas de réponse positive de la part d'Hinata. Cette manœuvre la dérangeait. Sans être fixée, elle se permettrait donc de la devancer ? La colère la gagnait, les nerfs en pelotes. Hiashi la dévisageait. Hinata exprimait un trouble évident. Il discernait également une pointe d'agacement. Hinata tirait si fort sur le tissu de son bandeau. Qu'il craignait qu'elle ne le désolidarise de la plaque rectangulaire.
Hiashi se racla la gorge, de façon à attirer son attention. Il croisa les bras, ferma les yeux, se concentrant.
-Je viens de rencontrer le Hokage dans son bureau. J'ignorais la raison qui motivait cette convocation. J'avais songé à la réunion des clans. Aussi, qu'elle ne fut pas ma surprise d'apprendre que cela te concernait toi.
-Otosan, je peux tout vous expliqu…
-Ce ne sera pas nécessaire, Hinata. Le Hokage s'en est déjà chargé pour toi.
-Je sais les sentiments qu'il vous inspire. Jamais je ne…
-Jusque-là, j'ai tenté de défendre les intérêts de notre famille. Ce qui n'allait pas de pair avec les ambitions de l'exécutif. Nous vivons une époque compliquée, mais surtout dangereuse. Où il est préférable de taire ses dissensions. Quoi qu'il arrive, Hinata, prends garde à ce que tu dis ou fais. Méfies-toi de ceux qui t'entourent. Ne t'en remets pas au premier venu. Il en va de ta sécurité mais pas seulement. Tout ce que tu réalises, engage aussi ton entourage désormais.
Hinata peinait à le suivre dans son raisonnement. Lui demandait-il de renoncer, de jouer profil bas ? Hiashi semblait la mettre en garde contre quelque chose.
-Voilà deux ans, que je m'efforce de préserver le clan Hyûga. Je souhaitais éviter de nous mêler aux affaires du nouveau conseil du village. Pour moi, le divorce était consommé. Quoi qu'ils décident de faire, je ne voulais plus y prendre part. Je refuse d'entacher notre nom. Tu comprends ? À la fin de la guerre, comme la plupart des familles Ninja, je me suis retiré des pourparlers. Ce faisant, j'ai renoncé à notre ancien statut privilégier, à nos responsabilités. J'ai veillé à la totale neutralité du clan Hyûga. Je n'ai affiché aucun soutien manifeste. Mais je n'ai pas non plus contesté l'exécutif. De cette manière, nous restions irréprochables. C'était un choix discutable, je te le concède. Depuis lors, nous connaissons une période de tranquillité relative. Sais-tu pour quelle raison devait avoir lieu la réunion des clans ?
Hinata arqua sourcil, fouilla dans sa mémoire pour s'apercevoir qu'elle l'ignorait. Cet aspect pourtant capital qui motivait sa présence ce soir-là, lui était complètement sorti de la tête. Elle souhaitait si ardemment le découvrir, qu'elle avait bravé sa propre réticence à s'exposer. Une succession d'événements imprévus l'éloignait chaque jour un peu plus de ses préoccupations premières. Hinata inclina la tête de gauche à droite, offrant une réponse négative. Hiashi entreprit immédiatement de l'éclairer.
-Vois-tu, le Hokage souhaite mener un nouveau projet à bien. Ce dessein requiert l'aide des huit principaux clans de Konoha. Karin Uzumaki désire attester de la bonne intégration de l'ensemble de la communauté Ninja. Pour ce faire, elle ambitionne d'incorporer un représentant de chaque clan au sein de ses effectifs. Depuis quelques semaines, un vent de contestation souffle sur le village. Une part de la population s'insurge de la suppression de l'ancien système, qui implique une réduction des troupes Shinobi. L'économie de Konoha reposait en partie sur l'échange de service. Ce que nous, ninjas, appelions communément les missions. Elles constituaient un apport financier non négligeable, voire vital. Or, depuis deux ans, Konoha mène une politique de désarmement. Le Hokage base son raisonnement sur la volonté d'une paix durable. La démilitarisation du village doit témoigner du pacifisme de ce dernier.
Karin maintenait l'isolement du village depuis sa nomination. Le Hokage et le seigneur du Pays du Feu s'entendaient sur la politique à mener. Une sorte de nationalisme assumé qui devait permettre à Konoha de se recentrer sur lui-même. Devant un pays qui autrefois s'éparpillait, se concentrait davantage sur ses alliances extérieures, aux dépens de sa population et de son propre développement. Karin dénonçait ouvertement la ligne politique tenue par ses prédécesseurs. Hinata n'y voyait qu'une accumulation de mensonges calomnieux, visant à endoctriner la population. Désormais et pour une durée indéterminée, Konoha ne servirait plus que ses propres intérêts. L'isolationnisme du village impliquait un arrêt de tous les échanges commerciaux, import et export. Les villageois vivaient coupés du reste du monde, mais surtout des quatre autres nations Ninja. Diviser pour mieux régner. Quant au Daimyô du Pays du Feu, Hinata comprenait difficilement ce revirement politique qu'il défendait. Lui qui soutenait les précédents Hokage, sans marquer d'opposition. Hanabi plaisantait à ce sujet, le disait soumis à un Genjutsu. Cependant… Karin négociait l'intégration de l'un ou plusieurs membres du clan Hyûga au sein des forces spéciales. D'après son père, le Hokage espérait inclure un représentant de chaque clan dans ses rangs. Il en allait de la survie de son modèle d'intégration. Il s'agissait sans doute d'une énième opération communication.
-Dans l'optique d'apaiser les esprits, le Hokage entend bien augmenter l'effectif Ninja de façon significative. Renouer avec les clans semble être sa priorité. La contribution des Yamanaka, Akimichi, Aburame, Nara, Inuzuka, Hyûga, Senju et Sarutobi, lui apporterait une certaine légitimité.
-Le Hokage obtiendrait ainsi une reconnaissance indirecte de la part des principaux clans Ninja du village.
-Eux qui jusque-là s'y refusaient. Tu as tout compris, Hinata.
Le récit explicatif d'Hiashi contrindiquait tout ralliement à la cause du Hokage. Étrangement, cela confortait Hinata dans l'idée d'accepter son offre. Non par opposition vis-à-vis de son père, elle avait depuis longtemps dépassé le stade de la contradiction volontaire des adolescents. Elle y voyait sa chance. Une opportunité qui ne se représenterait pas deux fois. Hiashi désapprouverait surement sa décision. Lui qui paraissait s'être déplacé uniquement pour dissuader sa fille d'une pareille entreprise. Son père face elle, Hinata douta un instant. Cet homme qu'elle tenait en si haute estime, s'apprêtait à la regarder d'un œil méprisant. Saurait-elle le supporter une fois de plus ?
Hiashi détourna le regard, submergé par une émotion indéchiffrable. Une veine battait près de sa tempe. Alors que le silence se prolongeait, Hinata le vit rougir à vue d'œil. Il serrait la mâchoire, comme s'il allait se trouver mal. Instinctivement, elle se hissa sur ses jambes et se porta à sa hauteur. Hiashi se courba en avant, la tête et les mains plaquées contre le tatami.
-Otosan, vous-vous sentez bien ? Voulez-vous que j'appelle quelqu'un ?
Hinata tendit ses mains en avant, déterminée à lui porter secours.
-Hinata, je te demande pardon pour ce que je m'apprête à te demander.
Hinata ramena ses bras contre elle, perdue. Son père ne faisait pas de malaise, elle se trompait. Il s'agenouillait devant elle. Hiashi lui présentait ses excuses pour sa requête future. Elle recula d'un pas. Sa jambe gauche buta contre la table basse, ébranla la théière qui siégeait en son sommet.
-Otosan, relevez-vous !
-Veux-tu, s'il te plaît, accepter l'offre du Hokage ?
Hiashi se redressa, le visage marqué par les lattes de tatami.
-Je me suis efforcé de nous préserver. Mais aujourd'hui, je ne peux plus rien faire. Le Hokage tient à son représentant. Ils songeaient à Hanabi. Mais je refuse d'accepter une telle possibilité. Elle n'est encore…
-Qu'une enfant… le coupa-t-elle.
-Hanabi est trop fragile et influençable. Les conséquences pourraient s'avérer désastreuses pour elle, mais aussi pour nous. Si jamais elle embrassait la cause du Hokage…
-Elle vous succèdera un jour.
-Le Hokage n'est pas de ceux à qui l'on peut tenir tête éternellement. Je ne suis plus en position de m'opposer à sa volonté. Je crains les éventuelles répercussions qu'un refus pourrait engendrer. Je ne rentre pas dans ses bonnes grâces. Car même si le clan n'a pas pris position. Mon extrême neutralité joue aujourd'hui en ma défaveur. À trop vouloir nous en protéger, j'ai commis des erreurs. Je ne voulais pas prendre le parti de soutenir un Hokage illégitime, dont personne ne savait s'il durerait. Mais le temps passe et rien ne change. Karin Uzumaki a multiplié les mains tendues aux Hyûga. Je n'ai eu de cesse de les refuser systématiquement. Aujourd'hui, elle s'interroge.
Hinata dévisageait son père, stupéfaite. Elle ignorait que l'on exerçait une pareille pression sur ses épaules.
-J'ignore ce que tu as fait pour cela. Mais le Hokage te tient en très haute estime. Son attention semble s'être reportée sur toi. Elle décrit ton comportement comme exemplaire. Karin estime que tu as été injustement punie à la fin de la guerre. Elle désire te restituer ton bandeau et ton grade. Elle m'a convoqué afin de m'en aviser.
-Je suis prise de court.
À son tour, Hinata s'installa à même le sol, en face de son père. D'une main, elle lissa le tissu de sa jupe longue et se tint droite. Autrefois, Hiashi trouvait sa fille maniérée. Elle respectait toujours les convenances, usait des suffixes appropriés quand elle s'adressait à autrui. Pour lui, sa politesse constituait sa plus grande faiblesse. Son amabilité ne lui apporterait jamais la combativité nécessaire à un Ninja. Pourtant, elle se relevait systématiquement, n'abandonnait jamais. Un peu à l'image de ce jeune garçon blond, qui avait affronté Neji lors de la troisième épreuve de l'examen Chûnin. Avec le temps, elle s'améliorait, faisait montre de détermination même en cas d'échec. Elle s'affirmait davantage, prenait confiance en elle. Même lui s'en rendait compte. Bien qu'écartée des affaires familiales par son propre clan, qui la traitait comme une ratée, elle s'accrochait. Prête à en faire toujours plus, à se sacrifier pour Naruto Uzumaki, pour ses camarades, quoi qu'il lui en coûte. Lui, son père, s'avérait incapable de la comprendre. Il la blâmait, elle, pour sa faiblesse. Alors que c'était lui qui l'empêchait d'éclore. Hinata et Neji lui avaient donné une leçon de vie. Aujourd'hui, il reconnaissait ses erreurs passées. Sa politesse lui donnait de l'allure. Sa gentillesse faisait sa beauté.
-Je compte accepter l'offre du Hokage. Je suis celle qui a le moins à y perdre. De plus, peut-être que vous en tirerez avantage.
Ces paroles prononcées, Hinata ne reviendrait pas dessus. Hiashi entrouvrit la bouche pour parler. Mais elle ne lui en laissa pas le temps.
-En tant qu'aînée, j'ai un devoir envers vous. Vous avez supporté à vous seul la charge du clan. Je vous demande pardon pour mon manquement à mes obligations. Cela ne se reproduira plus. Désormais, je veillerai à m'investir comme il se doit. Sachez, que vous pouvez vous reposer sur mes épaules. Je me suis tenue éloignée des affaires du clan trop longtemps.
Hinata s'inclina en avant. Ses cheveux glissèrent le long de ses épaules, frôlèrent les tatamis. Elle s'excusait d'un choix imposé dans sa prime jeunesse. Son père l'avait écarté au profit de sa cadette, décidant qu'elle entrerait à l'académie et embrasserait une carrière de Ninja. Initialement, cette décision ne relevait pas de sa volonté. Elle s'en tenait pourtant pour responsable. Hiashi s'était totalement désintéressé d'elle, la laissant aux bons soins de Kurenaï- Sensei. Hanabi requérait toute son attention. Elle seule pourvoirait à l'avenir du clan Hyûga. Huit ans plus tard, Hinata se le reprochait. Comme si la faute lui revenait, et qu'elle s'était sciemment évincée. Sa fille pensait toujours ne pas être à la hauteur. Elle s'en voulait pour ne pas avoir su répondre à ses attentes.
-Je suis consciente de vous avoir causé du tort par ces deux années de paresse. Je vous ai inquiété inutilement, ajoutant à vos problèmes. Il n'est pas nécessaire de vous agenouiller devant moi. C'est à moi qu'il revient de m'excuser. J'avais pris ma décision avant même que vous ne passiez le seuil de cette porte. Aussi, ne vous sentez pas coupable d'un choix qui est le mien. Cependant, je vous remercie pour la confiance que vous me dispensez par l'intermédiaire de cette requête. Je ferai en sorte de ne pas vous décevoir. J'entends bien vos mises en garde. Je n'agis pas seulement en mon nom.
-Hinata, tu es consciente de ce que cela implique ? Tu…
-Otosan, croyez-moi, je sais ce à quoi je m'engage. J'ai bénéficié de plus de temps qu'il n'en faut pour tourner et retourner la question.
-Il te faudra braver la réprobation générale, celle de tous tes pairs, de tes amis. Es-tu vraiment prête à assumer un pareil mépris ?
-J'en ai l'habitude.
-Nulle ne sait ce qu'elle exigera de toi.
-Les nouveaux Kage ne sont-ils pas censés être ses architectes de la paix. Après tout, ne disait-il pas vouloir bâtir un monde sans part d'ombre… En ce cas, je n'ai pas à m'inquiéter. Car exaction ne rime pas avec pacifisme, dit-elle, sans vraiment y porter crédit.
Naruto était le Soleil, Sasuke rien de plus que la Lune.
Hinata gravissait les marches qui menaient au bureau du Hokage. Son cœur battait à tout rompre, l'estomac noué par l'angoisse. Sa tête tournait, elle craignait de rendre son petit déjeuner. Elle essayait de reprendre des habitudes normales. En l'occurrence, s'asseoir à une table pour prendre sa collation du matin, ce qui ne lui réussissait pas vraiment. S'alimenter convenablement s'avérait pourtant nécessaire, si elle voulait vraiment garder ce bandeau. Mais le stress la rendait nauséeuse. Accoutrée comme elle l'était, Hinata se sentait presque ridicule. Tout le monde la dévisageait ou alors elle rêvait. Ses vêtements civils lui manquaient cruellement. Elle éprouvait le besoin urgent de se réfugier dans sa veste large à capuche. Mais son manteau pendait à un crochet de sa chambre, à plusieurs kilomètres d'ici. Hinata appréciait les habits amples qui offraient un confort inestimable. Sa sœur considérait qu'elle aimait se cacher derrière des vêtements informes, qui l'engloutissaient. Hinata se sentait bien plus à l'aise dans ce type de tenues. Elle affectionnait tout particulièrement les capuches, sa marque de fabrique. Certains disaient qu'elle était née avec. Malheureusement, son nouvel ensemble de mission ne comportait aucune capuche.
Quelques jours plus tôt, Hinata avait essayé d'enfiler sa vieille tenue, faisant face à un constat sans appel. Elle ne rentrait plus dedans. La jeune femme faisait quelques centimètres de plus, sa taille s'était affinée. Hinata flottait et dépassait de ses vêtements. Hanabi riait aux éclats. Son rire résonnait encore dans ses oreilles. Pas d'autre solution, il fallait donc passer commande auprès du tailleur Ninja du village. Sa première erreur était d'avoir accepté la présence d'Hanabi. La seconde, de ne pas avoir scotché la bouche de sa petite sœur qui débitait des âneries. Résultat, le tailleur prenait note des exigences de sa cadette et éludait toutes les suggestions d'Hinata. Ce qui expliquait cette tunique outrageusement proche du corps, ce short court. Hinata compensait ce déséquilibre en portant des sandales hautes, qui montaient aux genoux. Elle ajoutait à cela des jambières qui recouvraient ses cuisses. Un ceinturon soulignait sa taille. Son bandeau frontal se balançait à sa ceinture. Seule la couleur de son haut correspondait à son souhait, d'un violet pâle. Vêtue de la sorte, Hinata se sentait vulnérable. Avec le temps, elle s'habituerait. Mais pour l'heure, elle maudissait sa petite sœur.
Hinata jugeait présomptueux de se présenter devant le Hokage, le bandeau sur elle. D'un autre côté, sa réponse irait de soi rien qu'à la voir. Hyûga désirait renvoyer l'image d'une personne pleine d'assurance. Mais la perspective de son entrevue suffisait à écraser sa hardiesse. Elle s'y rendait à l'improviste, sans rendez-vous fixé. Le Hokage trouverait surement son comportement inopportun. Mais Hinata profitait d'un élan de courage pour lui faire face. Elle gardait un mauvais souvenir de sa dernière visite. Elle n'appréciait pas vraiment Karin. Quelque chose de désagréable émanait de sa personne. Ou peut-être que sa propre perception des choses, influençait le regard qu'elle portait sur elle. Hinata n'avait pas à devenir sa meilleure amie. Elle devait simplement se montrer suffisamment efficace et convaincante, pour gagner sa confiance. Cette idée ne quittait pas son esprit, tandis qu'elle progressait au sein du couloir ovale. Son aventure commençait ici-même, en cet instant précis. Hinata savait où elle allait, mais ignorait ou cela la mènerait. Ni de quelle façon elle y parviendrait. L'histoire débutait sur un tocage de porte.
-Entrez.
Hinata obtempéra, la main sur la poignée. Le panneau de bois révéla une Karin attablée à son bureau, une tasse de thé fumante sous le nez. Tête baissée, elle poursuivait la lecture d'un rapport quelconque. Elle ne prit pas la peine de lever les yeux, pour voir qui s'annonçait. Soudain, Hinata se souvint de la nature héréditaire de Karin. En tant que Ninja sensoriel, elle pouvait détecter n'importe quel chakra. Légèrement déstabilisée, Hinata entreprit de fermer la porte. Silencieusement, elle se rapprocha du Hokage, les mains dans le dos. Karin tourna une page, la survola rapidement. Enfin, elle se saisit de la pile de papiers, la secoua par deux fois contre la table, de façon à en harmoniser les angles. Elle la posa finalement à côté d'elle, apposa sa signature, puis céda un profond soupir. Le dos appuyé contre le dossier de sa chaise, elle s'enfonça dans l'assise, sans doute courbaturée. Ses yeux la brûlaient. Ce qui la conduisit à ôter ses lunettes. Portant une main à son visage, elle exerça une légère pression sur ses paupières closes. Hinata Hésita quant à au comportement à adopter. Fallait-il se rappeler à elle ? Elle n'eut finalement pas à trancher. Karin rouvrit les yeux, la gratifiant d'un sourire peiné.
-Hinata Hyûga, te voilà enfin ! Je commençais à croire que tu ne viendrais jamais. Comme tu peux le voir, il y a toujours autant de paperasse.
-Hokage-Sama, se contenta-t-elle de répondre, non sans mal.
Prononcer ces mots lui donnait envie de se mordre la langue.
-Mais ne reste pas debout, allons. Prends un siège, je t'en prie, lui répondit Karin, tout en lui indiquant l'un des fauteuils.
Contrairement à sa première entrevue, Hinata capitula de bon cœur. Il ne s'agissait plus de montrer de réticence à se trouver ici. La jeune femme tentait désormais de paraître à l'aise. Elle poussa le vice jusqu'à entrecroiser ses jambes, plaça ses bras sur chacun des accoudoirs. Elle en faisait peut-être trop, un peu plus et on la jugerait désinvolte. Satisfaite de la voir accepter son invitation, Karin se redressa sur son propre siège. Le Hokage prit un instant pour l'observer. Elle lui trouvait quelque chose de changé. L'examinant de la tête aux pieds, elle tilta enfin. Un changement s'opérait, oui, et pas des moindres. Karin claqua des doigts, comme pour marquer sa trouvaille.
-Mais tu portes ton bandeau ! S'exclama-t-elle avec un peu trop d'enthousiasme au goût d'Hinata. Et cet ensemble ressemble à une tenue de mission, si je ne m'abuse !
Hinata acquiesça d'un signe de tête.
-J'étais certaine que tu accepterais ma proposition. Pour moi, ça ne faisait aucun doute. Tu es bien trop intelligente pour laisser passer une telle occasion !
Ne relevait-elle pas sa propre incohérence ? Elle qui, quelques minutes plus tôt, disait craindre de ne plus la voir dans son bureau. Hinata s'en amusait à ses dépens, assez injustement d'ailleurs. Karin se perdait dans sa propre comédie, d'un comique maladroit.
-Tu m'en vois enchantée, vraiment. Laisse-moi un instant, le temps de retrouver ton dossier dans mes tiroirs. J'ai veillé à le garder sous la main. Tu vois, je te faisais confiance. Je te demanderai juste quelques petites signatures. Malheureusement, il y a toujours un peu d'administratif.
Karin se pencha à hauteur de son premier tiroir. Hinata avait l'impression de revivre la même scène que la dernière fois. Elle s'attendait presque à revoir surgir la liasse de photos. Fort heureusement, le Hokage se contenta d'en sortir un fin dossier de quelques pages, maintenu par une agrafe. Karin le fit glisser sur la table, à son attention.
-Je te laisse le lire, si tu le souhaites. Après tout, il vaut mieux savoir exactement ce à quoi on s'engage.
Hinata ressentait le besoin de décortiquer son « contrat », à la recherche de la clause traitresse. Le bout de ses doigts brûlait. Elle menait une véritable lutte intérieure pour s'en abstenir. Lire ce dossier sous les yeux de Karin, revenait à manifester son manque de confiance. Aussi, Hinata prit une profonde inspiration, puis repoussa le contrat du côté du Hokage.
-Je vous remercie, mais ça ne sera pas nécessaire.
-J'apprécie ta confiance. Bien, dans ce cas, je vais simplement te demander de parapher en bas de chaque page. S'il te plaît.
Karin lui tendit un stylo, qu'elle accepta avec le sourire. Contenant les tremblements de sa main, elle tourna page après page, signa chacune d'entre elles. Le Hokage récupéra le dossier, qu'elle glissa dans une pochette plastifiée, pour le protéger des menaces extérieures. Le café pouvait assurément endommager la paperasse, à coup de taches. Hinata repartait dans la spirale infernale du doute. Elle s'interrogeait sur ses choix. Se demandait si elle ne venait pas de commettre une grave erreur. Le claquement émis par le tiroir qui se refermait, la ramena à la réalité.
-Hinata Hyûga, je t'annonce que tu es officiellement réintégrée au sein de l'effectif Ninja. Mes félicitations ! Sitôt que tu le pourras, je t'invite à te rendre au secrétariat administratif qui se trouve au rez-de-chaussée. Ils rafraichiront ton dossier. Car je vois que ta photo date de ton admission à la sortie de l'académie.
Hinata ne désirait pas changer cette photo. Pas plus qu'elle ne souhaitait signer ces papiers. Mais il fallait bien s'y résoudre. Cette époque s'effaçait. Et elle avait promis de s'en défaire pour mieux avancer. Hinata gardait en tête le visage de ce double plus jeune. Elle ne l'avait entraperçue qu'une fraction de seconde. Elle voulait presque lui tendre la main, l'avertir des dangers d'un obscur futur qui l'attendait. Qu'au moins quelqu'un, quelque part, puisse changer les choses dans leur temps. Hinata se raisonna. Ce genre de chose n'existait pas. Il n'y avait qu'un présent, un passé et un futur.
-Je te ferai parvenir une copie de ton dossier. Conserve-la précieusement.
Karin se retrouva momentanément à court de mots. Hinata ne l'aidait pas vraiment, observant le plus grand silence. Elle affichait ce sempiternel sourire devant attester de sa bonne foi, et de sa joie à l'idée de rejoindre les rangs du Hokage. Hinata reconnaissait son mauvais jeu d'actrice. Karin et elle se valaient largement en la matière. Le Hokage leva les yeux au ciel, survola la pièce du regard. Elle s'arrêta sur la pendule accrochée au-dessus de la porte.
-Oh, mais il est presque l'heure. Il ne devrait plus tarder. Il s'acquittera bien mieux que moi de cette tâche.
Hinata arqua un sourcil. De qui parlait-elle, à qui se référait ce « il » ? De quelle tâche s'agissait-il ?
-Ah, j'entends des pas qui se rapprochent dans le couloir. Je pense que c'est lui.
Hinata ravala sa salive, la gorge sèche. Ce suspens inattendu l'angoissait plus que de raison. Karin entretenait le mystère, se refusant à révéler le nom de l'individu. Se pourrait-il que… Non, impossible… Et si… Et si elle pensait à Uchiha Sasuke. Cette idée la tétanisa sur place. Sa respiration se bloqua, ses mains devinrent moites. Contrairement à ce qu'elle croyait, elle se rendit compte qu'elle était loin d'être prête pour cela. L'apercevoir de loin s'avérait bien plus facile à faire, que de se confronter à lui. Hinata se força à bouger. Plaçant un genou sur l'assise de son fauteuil, elle se redressa. Elle passa la tête au-dessus du dossier, sur lequel reposait sa main gauche. On toqua à la porte.
-Une seconde de plus et tu étais en retard, observa Karin à l'attention du nouveau venu.
Hinata aperçut d'abord ses cheveux sombres, en contraste avec son teint pâle. Il portait un ensemble noir, touchant presque au violet foncé. Deux bretelles rouges remontaient le long de ses épaules, de part et d'autre de son col. Ses sandales noires recouvraient ses chevilles. Il portait son étui à Kunai sur sa jambe droite. Son haut se refermait à l'aide d'une fermeture éclair. Une ceinture blanche maintenait son pantalon en place. Il gardait le nombril à l'air, visiblement insensible aux coups de vent. Le bandeau de Konoha sur son front parachevait sa tenue.
-Voilà qui ne te ressemble pas, Sai. Toi qui es si ponctuel.
La pression retomba immédiatement. Hinata se sentit mollir. Elle retint un soupir de soulagement. Hyûga reconnaissait distinctement les traits de Sai. Ce dernier la dévisageait, imperturbable. Karin quitta son fauteuil, se ruant vers lui. Sai alla à sa rencontre, sans jamais quitter Hinata du regard. Sa présence le troublait, il ne s'attendait visiblement pas à trouver une tiers personne. Karin posa une main sur son bras gauche, de l'autre, elle lui présenta Hinata.
-Hinata, je te présente ton binôme, Sai.
Sai fronça les sourcils, en signe de mécontentement. Son étonnement se lisait sur son visage. La nouvelle le prenait de court. Ils partageaient au moins cela. Hinata tombait des nues. Personne n'avait abordé la question d'un coéquipier. Tout comme lui, elle découvrait ce détail à l'instant. En vérité, la plupart du temps les ninjas travaillaient en équipe. C'était un aspect des plus communs. Le plus souvent, on constituait des formations de trois individus. Quatre, quand le groupe comptait un instructeur. Hinata n'avait pas songé à ce point. À vrai dire, elle espérait opérer seule. Mais faire quoi au juste ? Hinata se rendit compte qu'elle ignorait toujours, ce qui l'attendait maintenant. L'appréhension laissa place libre à une certaine forme de soulagement. Au moins, elle connaissait Sai. Elle pouvait tomber bien pire. Une question la taraudait. En tant qu'ancien membre de l'équipe 7, elle s'étonnait de le voir au service du Hokage. Lui qui tenait Naruto en si haute estime, soutenait à présent un Hokage illégitime ? Non, elle ne devait pas émettre de suppositions trop hâtives. Du côté de Karin, peut-être bénéficiait-il du même type de traitement qu'Hinata. Elle n'en savait rien.
Ses deux interlocuteurs la regardaient fixement. Hinata sortit de son mutisme, retombant sur ses jambes. Elle parcourut la faible distance qui les séparait et tendit une main à Sai. Le jeune homme toisa Hinata. Finalement, il ramena ses bras dans son dos, envoyant un vent magistral à la pauvre Hyûga. Spectatrice impuissante de cette scène gênante, Karin tenta de briser le bloc de glace qui se formait déjà entre eux.
-Sai se chargera de t'expliquer tout ce que tu as besoin de savoir.
Ce qui promettait vraiment…
-Sai, voilà l'équipière que je te promettais depuis des mois.
Sai se racla la gorge.
-Sauf votre respect, Hokage-Sama, je préfère agir seul… Je ne suis pas sûr d'être aussi efficace en équipe.
-J'entends bien, Sai. Le problème est que je pense le contraire, vois-tu… J'aimerais rompre ton isolement. Je suis persuadé que tu y gagnerais. Sache que le travail d'équipe est essentiel à la survie d'un Ninja. Tu as trop souvent tendance à l'oublier. Tu t'arranges toujours pour saboter les duos que je forme pour toi. Mais je crois Hinata suffisamment motivée pour te détromper.
Karin se tourna vers Hinata, le sourire aux lèvres.
-Prends-le comme ta première mission officielle. Hinata Hyûga, je te demande de t'associer à Sai, ici présent, afin de former une équipe soudée.
Hinata avait soudain l'impression d'être propulsée à la sortie de l'académie, huit ans plus tôt. Alors qu'on lui demandait de bien vouloir collaborer avec Kiba et Shino. À la différence qu'eux s'étaient montrés bien plus désireux de tisser des liens. Karin les observait, côte à côte. Elle tendit ses mains devant elle, forma deux angles droits à l'aide de ses pouces et de ses index. De cette façon, Karin les encadra entre ses doigts. Comme si elle les regardait derrière l'objectif d'un appareil ou sur le papier glacé d'une photo dans un cadre.
-Vos techniques sont complémentaires. Une fois habitué l'un à l'autre, vous ferez des ravages. J'en suis intimement convaincue. Passez donc du temps ensemble, apprenez à vous connaître. Vous avez surement beaucoup de choses en commun. Tenez, vous êtes tous les deux pâles comme un linge !
Finement observé, pensa Hinata. L'humour plus que douteux du Hokage, ne dérida aucun des deux nouveaux équipiers. Loin de se décourager, Karin fit peu de cas des protestations de Sai. Elle les reconduisit à la porte, évacuant le jeune homme sans ménagement. Une réunion l'attendait et elle devait se préparer. Enfin, c'était l'argument qu'elle venait d'utiliser pour les mettre dehors. Il sentait d'ailleurs le réchauffé.
Les deux acolytes se retrouvèrent dans le couloir ovale. Sai campait devant le bureau du Hokage. Il comptait peut-être y passer la nuit. Leur collaboration commençait bien. Son équipier refusait obstinément de se conformer au choix de Karin. Qu'il le veuille ou non, ils formeraient une équipe. Uzumaki s'était montrée suffisamment claire à ce sujet. Elle n'accepterait aucun refus. Comme s'il n'y avait pas déjà assez de pression, la réussite dépendait entièrement d'Hinata. Tu parles d'une première mission. La jeune femme ne comprenait pas son comportement à son égard. Il la traitait comme une pestiférée, avait rejeté sa main tendue. D'accord, Sai manquait parfois de tact et peinait à saisir la subtilité des rapports humains. Mais quand même, elle ne voyait pas ce qui justifiait sa froideur. Elle-même éprouvait quelques réticences à l'idée de faire équipe avec lui. Pour autant, elle ne lui manquait pas de respect. Hinata consentait à fournir des efforts, s'il y mettait un peu du sien. Peut-être pouvait-elle entamer une conversation. Peu confiante quant à ses chances de réussite, Hinata prit sur elle.
-Tu…
À peine avait-elle prononcé un mot, que déjà il se retournait, furibond. Sai la fusillait du regard. Nullement impressionnée par sa tentative d'intimidation, Hinata maintint le contact visuel. Or de question de se dérober, cette équipe fonctionnerait, point. Hinata comptait déjà une petite sœur agaçante. Elle n'avait pas besoin d'un deuxième adolescent en crise.
-Mais t'es qui toi d'abord ?! s'exclama-t-il soudain, passablement agacé.
Hinata ne sut quoi répondre. Le sens de sa question lui échappait. Ils se connaissaient depuis près de quatre ans. Alors pourquoi l'interrogeait-il sur son identité ? Il se moquait d'elle. Certes, deux années s'étaient écoulée depuis leur dernière rencontre. Ils n'avaient jamais vraiment échangé, collaborant sur quelques rares missions, comme la traque d'Itachi Uchiha. Mais cela se révélait suffisant pour ce souvenir de son nom.
-Peu importe, de toute façon je n'ai pas l'intention de travailler en équipe. Alors passe ton chemin ! Cracha-t-il.
Sai paraissait sincère. Il ne jouait pas la comédie. Il ne gardait manifestement aucun souvenir d'elle.
-Je suis Hinata Hyûga, ancienne membre de l'équipe 8. Nous avons effectué une mission ensemble. La traque d'Itachi Uchiha, ça ne te rappelle rien ?
Sai fronça les sourcils, effectuant un effort de mémoire. Son visage se crispa davantage.
-Ça ne m'évoque absolument rien. Tu ne devais pas être quelqu'un d'important…
Il ne mâchait pas ses mots. Hinata risquait d'en prendre pour son grade. Mais elle n'y voyait rien d'insurmontable à titre personnel. Les brimades de l'académie endurcissaient l'esprit. Les remarques qui autrefois l'atteignaient, ne lui faisaient plus le moindre effet. Hinata ne marquait peut-être pas les mémoires. Elle qui se fondait dans le décor partout où elle passait, faisait toujours preuve de discrétion. On en oubliait parfois jusqu'à sa présence. Elle cherchait délibérément à ne pas se faire voir. Hinata fonctionnait ainsi depuis de nombreuses années. De cette façon, elle n'indisposait personne. Les douloureux souvenirs du mépris de son père, refaisaient parfois surface. Avec le temps, Hinata s'affirmait davantage, ce qui impliquait de ne pas se cacher et de s'assumer. Parfois plus facile à dire qu'à faire…
Face à elle, Sai manifestait une colère évidente. Courroux qu'il reportait injustement sur Hinata. En vérité, seule Karin méritait de s'y voir confrontée. Sai ne pouvant décemment pas se permettre une telle chose, il passait ses nerfs sur elle. Il ne fallait pas chercher plus loin. Sai prétextait l'inconfort que lui procurerait un équipier. Autrement dit, il voyait en Hinata un boulet éventuel. Un poids qui l'empêcherait de déployer ses pleines capacités. Si elle lui démontrait le contraire, peut-être serait-il plus enclin à l'accepter.
Alors qu'elle méditait sur la question, Sai en profita pour prendre la poudre d'escampette. Parvenir à ses fins dans ces conditions lui paraissait difficile. Devant un coéquipier qui refusait catégoriquement d'entendre parler d'elle. À l'équation s'ajoutait sa mauvaise forme physique. Hinata handicaperait n'importe qui, rouillée comme elle l'était. Son plan ne tenait pas encore la route. Il fallait pour cela qu'elle s'entraîne. Mais avec qui ? Son partenaire n'était plus là. Une vive douleur lui traversa la poitrine. Neji partageait autrefois ses entraînements. Elle lui devait une grande partie de ses progrès. Son cousin l'aidait à se perfectionner et à maîtriser les techniques familiales. Pas un jour ne passait sans qu'elle pense à lui. Il ne quittait jamais tout à fait ses pensées. Songer à Neji s'avérait toujours aussi douloureux. Que penserait-il d'elle ? Que ferait-il à sa place ? Autant de questions se bousculaient dans son esprit. Sans vraiment s'en rendre compte, elle se mit à longer le couloir. Ses pas la menèrent jusqu'au palier. Dehors, la lumière déclinait. La hauteur à laquelle elle se trouvait, offrait une vue prenante sur le village. Les nuages s'amoncelaient dans un ciel orangé. Cette couleur lui évoquait la veste de Naruto. Au loin, le soleil disparaissait derrière une montagne. Elle aimerait se trouver là-bas, plutôt qu'ici. Quelque part, au-delà de ces monts abrupts, quelque chose s'activait. Si seulement elle savait où.
-Et toi, qu'est-ce que tu fais, Sakura-Chan ? Murmura-t-elle.
Le mystère qui entourait la Kunoichi de l'équipe 7, ne cessait de s'épaissir dans son esprit. Il lui avait d'abord fallu assimiler le fait qu'elle vive toujours. Voir resurgir un fantôme de son passé était loin d'être simple. Elle en avait fait le deuil. Par moments, elle peinait encore à le croire. Pourtant ce jour-là, Sakura se tenait bel et bien face à Sasuke, plus vivante que jamais. Les images du combat repassaient en boucle dans sa tête, chaque seconde gravée dans sa mémoire. Les souvenirs refoulés rejaillissaient. L'amie dévouée qui lui offrait tout son soutien, l'écoutait, l'encourageait. Combien de fois, avait-elle essayé de glisser un mot à son sujet auprès de Naruto ? Sakura les poussait systématiquement l'un vers l'autre. Mais Naruto était bien trop bouché pour comprendre. Quant à Hinata, elle ne se sentait pas encore prête. Lorsqu'elle songeait à Sakura, la première chose qui lui venait à l'esprit était son sourire chaleureux. Face à Sasuke, elle n'était que colère. Une fureur sans nom se dégageait d'elle. Elle se mouvait avec rapidité, dans des enchainements saccadés, différente. Les coups échangés étaient mesurés, d'un côté comme de l'autre. Connaissant les capacités respectives de chacun, s'ils avaient fait étalage de leur pleine puissance. Les dégâts ne se seraient pas limités à quelques gravats. Sasuke supplantait de loin Sakura. Il l'acculait, la poussait dans ses derniers retranchements. Sans l'intervention de Shikamaru, Hinata n'était pas certaine qu'une fuite ait été envisageable. D'une certaine façon, elles partageaient un but commun. Dans la seule hypothèse où Sakura chercherait effectivement à se dresser contre Sasuke. Sans contexte, Hinata ne disposait que d'hypothèses.
Karin communiquait-elle fréquemment avec Uchiha ? Elle s'était bien gardée de mentionner Sakura lors de leur première rencontre. Le Hokage avait fait grand cas de l'arrestation de Shikamaru. Mais avait éludé un point aussi crucial que la réapparition d'une défunte. Soit ce choix émanait d'elle. Soit elle ignorait jusqu'à l'intervention de Sakura. Sasuke choisissait-il les informations à délivrer à ses pions ? S'ingérait-il vraiment dans la gestion du village ? Que faisait-il ? Où était-il ? Sasuke semblait délibérément se maintenir dans l'ombre.
Si elle continuait à brasser autant de questions, sa tête allait exploser. La morsure du froid la frappait de plein fouet. Ses membres dénudés offraient plus d'inconvénients que d'avantage. Le sens esthétique d'Hanabi n'avait rien de pratique. Hinata se frictionna les bras, espérant réactiver la circulation sanguine. Elle restait statique, ce qui d'un autre côté ne favorisait pas son réchauffement. Aussi, Hinata s'arracha à la contemplation du paysage, descendant les marches deux à deux. Au printemps, les nuits restaient fraiches. Mieux valait se munir d'une petite laine. Mais Hinata ne pensait pas rentrer aussi tard. L'entrevue qu'elle redoutait, s'était presque trop bien passée. Même si elle regrettait toujours de ne pas avoir lu son contrat. Karin devait le lui faire parvenir. Elle espérait ne pas avoir de mauvaise surprise à sa lecture. Elle n'en savait pas plus quant au fonctionnement des missions. Sai avait la charge de le lui expliquer. Mais pouvait-elle vraiment espérer qu'il s'en acquitte ? Demain, elle songerait à trouver des solutions à ses problèmes. Pour l'heure, son estomac criait famine.
Hinata descendait la dernière marche, quand un flash orange attira son attention. Sous la lumière d'un lampadaire, patientait une gamine d'environ quatorze ans. Hanabi s'appuyait contre le poteau, les bras croisés et les joues gonflées d'air. Sa cadette l'attendait sans doute depuis un certain temps. Hinata connaissait sa petite sœur par cœur. Elle lisait en elle comme dans un livre ouvert. Rien qu'à son expression, elle savait d'ores et déjà qu'elle escomptait lui passer un savon. Cette perspective lui décrocha un sourire amusé. Hanabi jouait toujours les petites sœurs autoritaires. Le fait qu'elle vienne l'attendre, montrait qu'elle s'inquiétait pour elle. Ce constat lui réchauffait le cœur. Songeant que quelques années plus tôt, Hanabi la méprisait au moins autant que son père. Hinata se rapprocha de sa cadette, le sourire aux lèvres. Hanabi releva le tête, interpellée par le crissement d'une semelle sur les graviers. Elle aperçut Hinata, son visage devint d'abord aussi rouge qu'une tomate. Puis elle s'arrêta un instant sur l'expression faciale de son aînée. Hanabi arqua un sourcil.
-Hinata, c'est quoi ce sourire douteux ? Tu sors du bureau du Hokage et je te vois avec un sourire de merlan frit. Tu ne devrais pas plutôt être dépitée. Tu n'es pas un brin masochiste.
Hinata s'arrêta devant Hanabi. Elle ne put réprimer sa folle envie de rire devant les démentes suppositions de sa cadette. Secouée de toute part, elle essaya de reprendre contenance. Hanabi la dévisageait, incrédule.
-Tu es sûre que ça va ? Ils t'ont droguée ou quoi ? Tu veux que j'appelle Kô ? Hinata, réponds-moi ! Je commence à m'inquiéter !
Hinata essuya une fine larme qui coulait au coin de son œil.
-Rassure-toi, Hanabi… Au contraire, tout va bien. Je suis simplement contente de voir un visage amical, admit-elle.
Hanabi rougit de plus belle. Elle n'était plus habituée à voir sa sœur sourire. En être la cause la touchait en plein cœur.
-Tu devrais sourire plus souvent, lui conseilla-t-elle. Ça te va bien mieux que ta tronche de déprimée de la vie !
-Tu n'as pas ta langue dans ta poche.
Hanabi la gratifia d'un sourire entendu. Un bref silence s'instaura. Presque immédiatement rompu par le gargouillement de l'estomac d'Hinata, qui criait famine. À son tour, Hanabi éclata de rire. Une fois calmée, elle tira sur le cordon de sa besace en tissu. Fourrant sa main à l'intérieur, elle en sortit un paquet de papier cartonné. Une odeur de croquettes se répandit autour d'elles, de quoi leur mettre l'eau à la bouche.
-Tiens, dit-elle en lui tendant l'emballage. Je nous ai pris deux croquettes chacune. Alors ne mange pas tout.
Hinata s'empara de deux Korokke. Elle appréciait les croquettes de pomme de terre, un mets populaire. La préparation ne requérait aucun ingrédient rare. On continuait donc d'en trouver, pour son plus grand plaisir. Depuis quelque temps, Hinata pensait que les aliments avaient plus de goût qu'auparavant. Elle s'était confiée à Hanabi, à ce sujet. Sa cadette avait rétorqué qu'elle ne leur trouvait rien de changé. Avant, tout lui paraissait fade et sans odeur. Aujourd'hui, elle redécouvrait le plaisir ressenti face à un bon plat. Hinata allait mieux, tout simplement. Le changement ne venait pas de la nourriture, mais bien d'elle.
Les deux sœurs marchaient en direction de la demeure des Hyûga. Hanabi s'amusait avec feu l'ancien paquet d'emballage, transformé en boulette de papier carton. Elle écoutait Hinata lui relater sa rencontre avec le Hokage. Elle ponctuait parfois le récit d'un ou deux hochements de tête, pour démontrer son attention. Hinata abordait la question de sa collaboration avec Sai. L'ancien membre de l'équipe 7 rechignait visiblement à faire équipe avec elle. Hinata lui confiait son incompréhension vis-à-vis du comportement de Sai, à son égard. Ce dernier la considérait comme un boulet indigne, ne méritant pas même qu'on lui serre la main. L'esprit d'Hanabi s'échauffait, touchée dans son orgueil par l'intermédiaire de sa sœur. Comment pouvait-on refuser l'immense honneur de serrer la main d'un membre du clan Hyûga ? Elle bouillonnait intérieurement. Quel crétin sans cervelle ! Le plus étrange résultait de leur conversation. Sai prétendait ne pas se souvenir d'Hinata. Ils n'avaient effectué que quelques rares missions ensemble. Mais il partageait le même cercle d'amis. Cette idée troublait Hinata, qui se disait pourtant prêtre à le croire. D'après elle, il paraissait tout à fait sincère.
Cette conversation ravivait un souvenir chez Hanabi.
-On parle bien de Sai. Sai le pâlichon de l'équipe 7, exhibitionniste du nombril ?
-Oui, Sai, l'ancien coéquipier de Naruto-Kun et Sakura-Chan… Pourquoi ?
Hanabi fronça les sourcils. Tout s'éclairait dans son esprit. Elle s'empressa de lui apporter de plus amples explications.
-Il y un an de ça, j'ai rendu visite à konohamaru, Moegi et Udon sur l'un des terrains d'entraînement. C'est un peu notre point de ralliement.
Hinata était contente de voir que sa sœur comptait des amis. Avec son tempérament, elle venait parfois à en douter.
-Lors de ces réunions, nous échangeons quelques informations qui nous sont parvenu. Nous nous tenons ainsi informés. Ce jour-là, Konohamaru a partagé une rumeur avec nous. Elle concernait ton fameux Sai.
Voilà qui éveillait son intérêt.
-Nombre de mystères entourent l'équipe 7. Car tous ses membres ont disparu ou presque. Kakashi Hatake et Sakura Haruno ont été déclarés mort à l'issue de la guerre.
Hanabi évita délibérément de mentionner la disparition de Naruto. Elle craignait de réveiller la douleur de sa sœur.
-Il ne reste plus que Sai, aujourd'hui. Il était entièrement dévoué à Naruto, qu'il respectait plus que n'importe qui d'autre, d'après Konohamaru. Aussi, tu imagines bien qu'en voyant Sai affublé d'un bandeau de Konoha. Il en est tout naturellement venu à se poser des questions. Konohamaru l'a abordé au beau milieu de la rue, s'enquérant de sa santé. Il voulait juste prendre des nouvelles, en somme. Cependant, Sai a affirmé ne pas le connaître et l'a envoyé sur les roses. Impossible dans la mesure où Konohamaru traînait souvent dans les jambes de Naruto, donc par prolongement dans celles de l'équipe 7.
Hinata arqua un sourcil. Elle ne voyait pas où elle voulait en venir.
-Toi tu étais fichée S, comme tous tes petits camarades d'ailleurs ! Pourquoi pas lui ? Pourquoi fait-il exception ? Comment l'un des plus importants soutiens de Naruto Uzumaki a pu accepter de servir le nouvel Hokage ? Mais le plus étrange reste encore cette mémoire prétendument défectueuse. Le récit de Konohamaru rejoint ta propre histoire.
-Qu'est-ce que tu veux dire, Hanabi ? Que Sai chercherait délibérément à nous faire croire qu'il a perdu la mémoire ? C'est un peu tiré par les cheveux.
De plus, cela ferait de lui un sacré bon acteur.
-Ouvre les yeux, Hinata. Des choses plus qu'étranges se produisent. Tu as oublié la disparition de Gai-Sensei et de ses deux élèves, Lee et Tenten ?
-Mais enfin, ça n'a aucun rapport ! Tu devrais arrêter de lires des romans à sensation.
-Crois ce que tu veux, prends-moi pour une folle si ça t'arrange. Mais à mon avis, on a reconfiguré le disque dur. Sai a bel et bien perdu la mémoire…
Sur les derniers chapitres, Hinata a pris beaucoup de place. Ce sont des choses qui arrivent, chacun son tour. Le prochain sera riche en révélation et action. Pour le moment, on ne peut pas dire que Sasuke apparaisse vraiment beaucoup. Ce qui est un comble pour une histoire qui découle de son projet fou. Je m'en explique en deux secondes. Ce n'est pas encore le moment. Mais quand il sera là, il restera pour de bon. Comme je le disais plus haut, cette histoire compte beaucoup de personnages. Bien d'autres vont arriver et j'entends traiter le cas de chacun individuellement. Ce qui était un peu l'objectif sous-jacent de cette histoire. Montrer ce qui tourne différemment dans un univers sans Naruto. Ce qui ne se limite pas à Sasuke, Hinata, Kakashi et les autres… Je ne sais pas exactement ce dans quoi je me suis embarquée. Mais le fait que les idées affluent par dizaines. Et que je suis maintenant obligée de tenir un carnet pour toutes les noter.
