Bon, je publie mon chapitre avec deux semaines de retard. Mais comme il y avait les fêtes de fin d'année, je supprime la première quinzaine. Donc en vérité, je ne suis pas en retard ! Ouais, je suis une sale tricheuse ! Bref, je suis contente d'avoir terminé ce chapitre. Parce que franchement, ce fut une véritable galère ! J'étais tellement crevée que j'écrivais n'importe quoi. Pour tout vous dire, je me suis parfois endormie au lieu d'avancer. J'ai essayé de faire de mon mieux. Mais honnêtement, je pense que la qualité du chapitre a peut-être souffert. Bon, une fois de plus c'est un numéro très long. J'ai enlevé une scène que j'avais prévue à la fin. Sinon, il risquait d'être sans fin. Je sais que certains lecteurs déprécient les chapitres d'une certaine longueur. Mais plus j'avance, plus ils s'allongent. Je n'ai pas d'autres remarques à faire sur le huitième en avant-propos. Ne hurlez pas trop en le lisant, pensez à vos voisins !
Je vous souhaite une bonne lecture !
Smarties, merci pour ton commentaire. C'est une grande source de motivation ! Je suis ravie que le chapitre t'ait plu.
Cat, merci de comprendre ce que j'entreprends dans cette histoire, vraiment ! Je suis contente de voir que le message passe. Je suis tellement désolée pour ça. Mais en fait, je le reconnais, c'était l'effet recherché. Je voulais que les lecteurs pensent qu'il s'agissait de lui. Je suis une brin cruelle. J'ai pensé à cette idée de Sasuke dans la peau de Sai. Je me demande encore si ce ressort n'aurait pas été préférable. Mais bon, j'ai pris une autre voie. « Pâle copie », pauvre Sai ! X'D Tu n'as pas forcément tout à fait tort pour Hiashi… Pour le chapitre 3, je le savais. Sur le coup, je l'ai trouvé passable. J'avais du retard et je l'ai publié, à tort ! En y revenant, j'ai constaté mon erreur. Il faut que je le retravaille, idem pour la fin du cinquième. Merci pour ton avis éclairé, il m'est d'une grande utilité. Merci infiniment pour tes commentaires et tes compliments ! C'est vrai qu'il y a une petite similitude avec l'actualité. Ce n'était absolument pas volontaire, mon histoire ayant débuté avant tout ça. X'D Ça nourrira peut-être mon inspiration…
Chapitre 8 :
La terre brute s'étendait à perte de vue, retournée par les pas des Ninja de l'Alliance. Elle levait les yeux vers ce ciel sombre et froid. À la faveur de la lumière lunaire, elle distinguait encore ses compagnons d'armes. Une nuée de poussière s'échappait d'un tas de ruines fumantes. Le centre de commandement venait de voler en éclats, sous leurs yeux. Le nuage qui s'en dégageait, les engloutissait, s'en allait rejoindre les hauteurs. Les cendres lui piquaient les yeux, sa gorge la démangeait. En ces lieux régnaient le désordre le plus absolu. Sa respiration résonnait plus fort. Ses poumons se remplissaient d'un air vicié. Elle inspirait et expirait machinalement. Ce simple automatisme déclenchait une vive douleur dans son thorax. Quelque chose la consumait de l'intérieur. Elle fixait ses sandales recouvertes de crasse, de terre et de sang séché. Ses mains tendues devant elle, ne tremblaient pas. Ce corps étranger, plus léger, plus jeune, brûlait d'une détermination aujourd'hui lointaine. Elle n'en maîtrisait pas les mouvements. Elle n'était qu'une simple spectatrice.
Elle se concentrait sur cette mince silhouette d'adolescent. Le garçon détonnait dans ce décor, avec sa veste criarde et ses cheveux blonds. On ne voyait que lui, Naruto Uzumaki. Entouré de deux clones, il lui tournait le dos. Les yeux cerclés d'un orange vif, son regard de batracien étudiait l'imposante cible qui se dressait devant eux. Il visait les bras de Jûbi, Rasenshuriken après Rasenshuriken. Le protégé prenait la place de protecteur. L'Alliance Shinobi vivait en partie pour préserver les deux réceptacles de Kurama et Hachibi. L'un d'entre eux s'activait pourtant à leurs côtés, dans le but de les soutenir.
À bout de forces, il s'effondra à terre. Le mode Hermite désactivé, il se trouvait désormais sans défense. Ses jambes répondirent d'elles-mêmes. Prête à faire rempart de son corps pour le protéger, elle se jeta devant lui, l'Hinata de seize ans. Non l'observatrice, car elle ne connaissait que trop bien l'inéluctable enchaînement qui s'ensuivait. Elle aurait souhaité se dire d'attendre. Attendre que Neji se porte d'abord au secours de Naruto, pour enfin seulement envisager d'en faire autant. Ainsi, elle les protégerait tous les deux. De cette façon, Neji ne tomberait pas. Il ne serait pas victime de l'attaque Mokuton de Jûbi. Elle seule encaisserait les coups.
Mais l'insupportable réalité rattrape systématiquement le pays des songes. Nulle ne modèle ses rêves selon son désir.
Tout se troublait autour d'elle. L'image se brouillait de flashs lumineux. Elle apercevait encore Naruto, agenouillé à même le sol. Mais le déroulement devenait incohérent. Karin apparut et elle se trouva propulsée au sein du bureau du Hokage. Deux mondes s'entrechoquaient. Hinata ne savait plus auquel elle appartenait. La bouche de Karin formait des mots inaudibles. Hinata se sentait comme enfermée dans une bulle hermétique.
Elle cligna des yeux, les rouvrit à nouveau sur le champ de bataille. Se retournant de son propre chef, cette fois, elle le vit choir. Elle voulut l'appeler.
-Neji
Le prénom de son cousin résonna entre les quatre murs de sa chambre. Elle se réveilla dans le plus parfait silence. Son visage ruisselait de sueur. Ses yeux papillonnaient d'un point à l'autre, ne reconnaissaient plus rien. Ses mains repliées sur les draps de sa couche, en froissaient le tissu délicat. Le calme environnant la déstabilisait. La brise froide contre sa peau la ramena à la réalité. Une fois de plus, elle avait oublié de fermer la fenêtre. Hinata se rendit compte que sa tête ne reposait plus sur son coussin. Elle s'était redressée dans son sommeil.
Avec lenteur, elle s'extirpa des couvertures. La jeune femme s'appliqua ensuite à refaire son lit. Ses mains lissèrent les plis. Du bout des doigts elle ajusta les angles. Enfin, elle battit son oreiller pour le remettre en forme. Si elle s'activait, elle ne pensait pas. Et si elle ne réfléchissait pas, le cauchemar s'éloignait. Malheureusement, elle le connaissait déjà par cœur. Ce songe n'avait rien de factice, contrairement à la plupart des rêves. Il s'agissait d'un authentique souvenir. Un épisode de son existence que son cerveau aimait parfois lui jeter à la figure. Hinata ne dormait jamais en paix. Les ombres de son passé planaient en permanence au-dessus d'elle. Le remords la hantait aussi dans son sommeil. Autrefois, elle chérissait l'heure du couché. Désormais, elle redoutait cet instant. Quand elle pouvait repousser l'échéance à coups de lecture, de contemplation astronomique, elle ne s'en privait pas. Le matin lui apportait la délivrance qu'elle espérait toute la nuit durant. Le jour, elle vivait avec le vide laissé par ceux qu'elle aimait. Le soir, elle replongeait dans l'horreur de la guerre qui les avait fauchés. À croire que sa vie comptait plus de souvenirs malheureux qu'heureux. L'épouvante l'emportait sur les joies passées.
Dans le brouillard qui l'entourait, elle prit le chemin de la salle de bain. Ses mains s'appuyaient contre le mur, accompagnant ses jambes encore endormies. Le carrelage froid lui glaça la plante des pieds. Bien qu'éveillée, les images persistaient dans son esprit. Ce cauchemar allait la poursuivre toute la journée. Elle le savait déjà. Il entachait son moral. Hinata se sentait mal, cotonneuse. Comme si elle se trouvait encore au beau milieu de ce songe. Il fallait se faire violence. Hinata ne connaissait que trop bien ce cercle vicieux. Il suffisait de baisser ne serait-ce qu'un instant sa garde, pour se laisser entraîner une fois de plus. Désormais, elle ne pouvait plus se permettre de s'oublier à son chagrin. Trop longtemps, elle avait cédé à la facilité. Elle livrait un combat contre elle-même. Ne plus y penser, il fallait réussir à s'en détourner par n'importe quel moyen. Hinata devait recentrer son attention sur un tout autre objet. De la sorte, elle parviendrait à faire abstraction.
Ses doigts glissèrent sur le rebord de la baignoire. Elle s'agenouilla à même le sol, sans se soucier du froid. De sa main droite, elle attrapa le pommeau de douche. De la gauche, elle ouvrit le robinet. Un filet d'eau glacé se déversa alors sur sa chevelure, dégoulina le long de son visage. Hinata serra les dents. Maintenant, elle ne pensait plus qu'au liquide gelé qui ruisselait sur sa peau. Aux grands maux les grands remèdes… Elle s'infligeait ce traitement délibérément. Une douche froide qui ne manqua pas de la réveiller pour de bon. Aussi revigorante que salvatrice, le temps d'un instant l'eau chassa toutes ses pensées.
Hanabi n'y allait pas de main morte. Hinata mordait la poussière au sens littéral du terme. La jeune femme se relevait à grand peine, les membres endoloris. Elle venait d'essuyer un énième revers. La scène se répétait en boucle depuis plusieurs jours. Sa cadette se déplaçait avec une rapidité impressionnante. Elle laissait trop peu de temps à Hinata, qui ne parvenait pas à contrer les attaques de sa sœur. En combat rapproché, l'aînée se défendait convenablement. Elle anticipait les assauts d'Hanabi et parait ses coups. Elle s'assurait toujours de ne laisser aucune ouverture. Mais la benjamine la poussait systématiquement dans ses derniers retranchements. Hanabi déployait tous ses talents, ses paumes menaçantes frôlaient de plus en plus son assaillante. Acculée, Hinata se repliait pour éviter d'être touchée. Hanabi sautait alors sur l'occasion, usant de la paume du Hakke. Happée par l'aspiration, Hinata perdait contact avec le sol. Le Hakke Kushô permettait de libérer une poussée depuis la paume de la main, semblable à une lame d'air comprimé, capable d'envoyer l'adversaire au tapi. Fort heureusement, Hanabi ne visait pas les points vitaux. La faiblesse d'Hinata résidait dans sa lenteur. Sa sœur profitait de ce défaut pour la prendre de court. Hinata ne songeait pas même à d'éventuelles offensives, faute de temps.
Hanabi supervisait personnellement l'entraînement de sa grande sœur depuis près d'un mois. En vérité, deux personnes s'attelaient à cette dure tâche. Kô s'occupait de la partie endurance. Il soumettait Hinata à de difficiles exercices physiques. La jeune femme courait, s'étirait, se musclait, mangeait des protéines. Kô lui retapait une santé. Chaque matin, elle suivait la moindre de ses instructions. Sous des débuts laborieux, elle commençait enfin à montrer quelques améliorations notoires. Hinata ne s'essoufflait plus au bout de 100 mètres de course. Elle se tonifiait, soulevait des poids de plus en plus lourds. Elle gagnait en souplesse, certains étirements lui devenant ainsi plus faciles. Intérieurement, la jeune femme ressentait la différence. Les premières semaines, elle souffrait au moindre mouvement. Le simple fait de se lever lui arrachait une plainte. Son corps se rebellait contre ces entraînements intensifs. Hinata détestait les courbatures. Mais elles témoignaient au moins de l'efficacité de son labeur. Avec le temps, elles se faisaient de moins en moins prononcer, jusqu'à disparaître en partie. Étrangement, faire de l'exercice le lendemain, favorisait la disparition des douleurs. Kô appelait cela la récupération active.
Même si sa condition physique s'améliorait quelque peu. Hinata rencontrait toujours de grandes difficultés dès qu'il s'agissait de se frotter à Hanabi. Quand sonnait midi, sa petite sœur prenait la relève. Et après une collation bien méritée, Hinata se mesurait à sa benjamine. Au départ, la perspective d'être entraînée par Hanabi, ne l'enchantait guère. Et pour cause, Hinata gardait en mémoire leur dernier affrontement en date. Le jour où Hiashi, son père, avait décidé d'opposer ses deux filles dans le seul but de choisir une héritière. La défaite cuisante d'Hinata l'avait définitivement évincée de la succession, au profit d'Hanabi. L'humiliation de perdre face à une fillette de cinq ans sa cadette, vivait encore en elle. Des années durant, elle avait gardé cette blessure profondément enfouie. Convaincue de son incapacité, de sa trop grande faiblesse, elle s'était pour un temps laissée glisser vers une pente raide. Hinata croyait qu'Hanabi allait la juger. Elle redoutait son mépris. Aussi, dans un premier temps, elle s'était ouvertement opposée à cette alternative. Mais Hanabi entendait bien diriger l'entraînement de sa sœur. Déterminée comme jamais, la cadette l'avait eu à l'usure. Bien que largement dominée par Hanabi, leurs séances se passaient étrangement biens.
Bien entendu, sa petite sœur ne lui faisait pas de cadeau. Elle prenait sa charge très à cœur. Hinata bénéficiait d'un court délai afin de retrouver sa forme d'antan. Un temps précieux qu'il fallait mettre à profit. Nulle n'en connaissait la durée exacte. Car Hinata s'était arrogé le droit de suspendre sa prétendue mission jusqu'à nouvel ordre. Ou plus exactement, d'une certaine façon, elle y travaillait encore. Karin souhaitait qu'elle convainque Sai de faire équipe. À cette fin, elle s'entraînait durement pour rattraper son retard. Elle ne serait pas le boulet qu'il voyait déjà en elle, en aucun cas. Pour l'instant, personne ne lui demandait de compte. Sai ne se manifestait toujours pas, pas plus que le Hokage. Si Karin faisait preuve d'un tant soit peu d'intelligence, elle se doutait bien des activités actuelles d'Hinata. Car le statut de fiché S induisait un manque d'entraînement. Elle devait savoir qu'Hinata n'était pas au sommet de sa forme.
Hanabi s'était mesurée à elle au premier entraînement. Hinata s'attendait à ce qu'elle révise quelques techniques familiales de concert. Mais Hanabi ne voyait pas les choses de la même façon. « Tu connais d'ores et déjà la plupart des techniques du clan Hyûga. Je ne vois pas l'intérêt de les revoir ensemble. Les clefs, tu les as déjà en ta possession ! » avait rétorqué la benjamine. Hanabi l'entraînait en conditions réelles. Selon elle, Hinata devait avant tout se réhabituer à combattre. « De la sorte, tu retrouveras tes repères. Tes réflexes te reviendront naturellement avec le temps. » Ainsi, elles s'affrontaient des heures durant, sans pause. Mais l'issue ne variait jamais. Hinata finissait toujours par rouler dans la terre, tout comme aujourd'hui.
À l'autre bout du terrain d'entraînement, Hanabi la dévisageait, implacable. Elle se tenait déjà en position, prête à se lancer dans une nouvelle offensive. Hinata n'était pas encore relevée, ce qui n'empêchait pas sa cadette d'anticiper la prochaine action. La jeune femme encaissait coup après coup, sans jamais parvenir à l'atteindre. Pourtant, loin de se décourager, elle se redressait à chaque fois et reprenait. Hanabi admirait sa détermination. Elle-même se l'avouait. À sa place, elle n'en mènerait pas large. Hanabi se connaissait suffisamment. Elle ne réagissait pas aussi bien face à l'échec. Son apprentissage laborieux du Tourbillon Divin du Hakke lui restait en mémoire. Incapable de parvenir à maîtriser cette technique, elle avait failli renoncer. Mais elle voyait le courage et l'assiduité que déployait Hinata. Témoin des progrès fulgurants de son aînée, sa sœur l'avait indirectement poussé à reprendre son entraînement. D'une certaine façon, Hanabi se sentait redevable à son égard. Deux ans et demi plus tard, elle cherchait à lui rendre la pareille.
Son regard affuté lui permettait de cibler les défauts d'Hinata. Hanabi connaissait ses moindres faiblesses. L'adolescente avait espéré qu'elle les décèlerait par elle-même. Ce qui par prolongement l'aurait conduit à les corriger. Mais Hinata s'obstinait, reproduisait les mêmes erreurs. Elle ne saisissait pas encore ce que sa sœur essayait de lui faire comprendre. Inconsciemment, Hinata se concentrait uniquement sur sa propre défense, aux dépens de son offensive. Elle basait sa stratégie sur les faits et gestes d'Hanabi, cherchait à contrer chacun de ses assauts. À un point tel, qu'elle en oubliait d'attaquer. Prendre en compte les facultés de son adversaire, s'avérait utile mais dans une juste mesure. Hinata ne prenait aucune initiative. Hanabi menait la danse et la jeune femme se contentait de la suivre. Cette méthode la conduisait à l'échec. D'autre part, Hinata se révélait encore trop lente. Elle n'anticipait pas assez rapidement les attaques de sa sœur, pour les parer. Le Byakugan avec son champ à 360 degrés, lui permettait de la voir venir. Mais elle ne se déplaçait pas assez rapidement. Elle manquait encore d'endurance. Sa défense n'était donc pas optimale, ce qui accentuait un peu plus le problème.
Hinata semblait s'être créer une sorte de barrière psychologique. Était-ce le fait d'affronter sa petite sœur, qui retenait ses coups ? Ou ce blocage venait-il d'ailleurs ? Le clan Hyûga offrait un large éventail de techniques alliant à la fois défense et offensive. Le Hakkeshô Kaiten en incarnait le parfait exemple. En effet, le Tourbillon Divin du Hakke protégeait des attaques, tout en repoussant l'adversaire. D'aucuns considéraient ce bouclier rotatif comme la défense la plus impénétrable qui soit. Il compensait également l'angle mort du Byakugan. Mais Hinata usait uniquement des techniques les plus élémentaires de son répertoire personnel. À croire qu'elle se limitait aux bases. Comme si elle n'osait plus se laisser aller à fond. Se croyait-elle incapable de reproduire les techniques qu'elle maîtrisait autrefois ? Une fois de plus, Hinata se sous-estimait. La confiance en soi primait sur tout le reste. En instructeur improvisé, Hanabi expérimentait des méthodes pédagogiques qui ne répondaient peut-être pas aux besoins de sa sœur. Il fallait surement qu'elle change son approche.
Hanabi s'octroya un court instant afin de débattre de la question. Elle abandonna finalement sa posture initiale. Ses bras tombèrent le long de sa taille. Droite comme un poteau, elle se contenta de garder ses Byakugan actifs. Hinata tenait enfin sur ses jambes. Recouverte de crasse, elle ne prit pas la peine de se dépoussiérer. Elle n'accordait que peu d'importance à ce genre de détails. La terre qui lui collait à la peau, attestait de son labeur. Il n'y avait pas de quoi avoir honte. Elle s'étonna de voir l'étrange position adoptée par Hanabi. Une fraction de secondes, elle crut que sa petite sœur avait renoncé, en désespoir de cause. Mais le Byakugan toujours éveillé contredisait cette hypothèse. Déterminée à changer son fusille d'épaule, Hanabi alla jusqu'à appuyer une main contre sa hanche, dans une attitude nonchalante.
-On va changer les règles.
-Comment ça ? L'interrogea Hinata.
-À partir de maintenant, je ne vais qu'esquiver tes attaques. Je ne riposterai plus. De cette manière, je vais mesurer tes progrès.
Hinata arqua un sourcil, perplexe.
-Je ne vois pas l'intérêt de cet exercice. Si tu ne m'attaques plus, il n'y a plus de combat. Tu romps l'équilibre.
Hanabi dut réprimer son envie de rire devant l'usage du mot « équilibre ».
-Comme tu viens de le dire, il s'agit justement d'un exercice et non plus d'un affrontement en bonne et due forme. Dès lors, toute question « d'équilibre » devient superflue.
-Mais je…
-Trêve de bavardage, cesse de te trainasser, vieillarde ! On ne va pas y passer la nuit. Attaque-moi !
Hanabi perdait patience, ce qui ne lui disait rien qui vaille. Mieux valait éviter de la courroucer davantage, au risque de devoir braver sa colère pour le reste de la soirée. Si elle y tenait tellement, alors pourquoi pas. Hinata l'avait accepté en tant qu'entraîneur. Ce n'était pas pour s'opposer à ses directives. Elle savait surement ce qu'elle faisait. En pensant cela, Hinata ne croyait pas si bien dire. En inventant ce nouvel exercice, Hanabi forçait sa sœur à l'attaquer.
-Et s'il te plaît, passe tout de suite aux choses sérieuses. Ne me sers pas de techniques de bas étage.
Hinata fronça les sourcils, légèrement agacée par le comportement de sa benjamine. Hanabi souriait intérieurement, voyant que sa petite comédie commençait à porter ses fruits. Hinata sortait de ses gonds, à sa manière très mesurée. La jeune femme se mit en garde dans le pur style du clan Hyûga.
Hanabi voulait du sérieux, elle allait lui en offrir. Hinata s'élança en avant, sans attendre de sommation. Sa petite sœur ramena ses bras devant elle, en position défensive. « Vas-y, tu peux le faire ! » dit-elle, intérieurement, en un encouragement silencieux destiné à son aînée. Une fois à faible distance d'Hanabi, Hinata rentra ses coudes, referma ses poings. Elle concentra alors une importante quantité de chakra dans chacun d'entre eux. Ses bras se teintèrent bientôt d'un bleu glacier. Les gangues de chakra prirent forme. Deux têtes de lion apparurent de chaque côté.
-Jûho Sôshiken !
Hinata employait là sa technique fétiche, les Paumes Jumelles des Lions Agiles. Ce jutsu de courte portée requérait un niveau élevé de maîtrise. Preuve qu'Hinata n'était pas si rouillée qu'elle le pensait. Hanabi s'en trouva si satisfaite, qu'elle en oublia presque d'esquiver. L'adolescente roula sur sa droite. Hinata tourna sur elle-même, creusant au passage un sillon dans la terre. Elle se rua à la suite de sa cadette. Hanabi passait d'un pied à l'autre, pivotait, se penchait, sautait. Hinata s'accrochait, jetait ses bras en avant, tentant de l'atteindre. Les déplacements répétés soulevèrent un nuage de poussière. Rien de dérangeant pour deux utilisatrices du Byakugan, il en fallait bien plus pour les aveugler. Hinata concentra une certaine somme de chakra dans la plante de ses pieds, afin d'amplifier sa vitesse de déplacement. Elle se savait plus lente qu'Hanabi. Voilà qui compensait un peu l'écart entre elles.
À cet instant précis, une idée traversa l'esprit d'Hanabi. Hinata partait sur une bonne lancée. Il serait fort dommage de ne pas en profiter. Malaxant son propre chakra, elle plaça ses paumes en avant, posture du Jûken. Elle lui signifia ainsi son intention de riposte. Son action suivante ne fut pas une esquive. Au contraire, elle alla au-devant d'Hinata, l'attaquant ouvertement de front. Instinctivement, l'aînée para ses coups à l'aide d'une nouvelle rotation. L'incompréhension se lisait sur son visage. Les yeux écarquillés, elle interrogea sa sœur du regard. Il ne devait s'agir que d'un simple exercice.
-Je change les règles, lui répondit Hanabi. Continue sur cette voie, tu es bien partie !
Hinata ne voyait pas ce qu'elle entendait par là. Hanabi ne lui laissa pas le temps d'y réfléchir, revenant à la charge. Maintenant qu'Hanabi contre-attaquait, elle reprenait le dessus de par sa rapidité. Sa technique toujours active, Hinata guettait une ouverture. Elle perdait néanmoins du terrain, sa sœur parvenant à la repousser. En arrière-plan, son cerveau poursuivait son raisonnement. Au départ, Hanabi attendait d'elle qu'elle attaque. Hinata savait que lorsqu'elle concédait de l'espace à sa sœur, elle finissait acculée. Si elle ne voulait pas rouler à terre une fois de plus, elle ne devait rien lâcher. Se replier constituait une erreur fatale, qu'elle commettait systématiquement. Cela donnait à Hanabi l'occasion de profiter de sa lenteur. La benjamine lançait des techniques longues portées, avant qu'elle n'ait pu se relever. Elle le comprenait seulement maintenant. Mieux vaut tard que jamais. Au lieu de reculer, elle devait avancer. Elle ne le pouvait pas sans se heurter à la paume d'Hanabi, mais sa technique oui. Hinata déplia un bras après l'autre, libérant les deux têtes de lion qui convergèrent sur la position d'Hanabi. Prise de court, l'adolescente sentit les deux flux de chakra la frôler de part et d'autre. Hinata ne l'avait pas visée directement. Il ne s'agissait pas de blesser sa petite sœur. Mais dans l'idée, Hinata venait de remporter cet affrontement.
Hanabi resta figée sur place, éberluée. Hinata, quant à elle, abaissa sa garde. D'un pas lent, elle se rapprocha de sa petite sœur, qui gardait le regard dans le vague. Hanabi en était encore à sa dernière action. Elle n'en revenait toujours pas. L'ombre d'Hinata obstrua son champ de vision, attirant son attention. L'adolescente reprit vie, le sourire jusqu'aux oreilles. Elle attrapa les deux mains d'Hinata, les serra contre les siennes.
-Tu as réussi, tu m'as enfin piégée ! Et ton Jûho Sôshiken, je ne savais pas que cette technique pouvait également s'utiliser à longue portée.
-C'est une variante que j'ai développée, il y a quelques années de ça, lui apprit Hinata, tandis que le rouge lui montait aux joues.
-Il faudra absolument que tu me l'apprennes.
Hinata acquiesça d'un signe de tête.
-Hanabi, excuse-moi, mais je ne comprends toujours pas pourquoi tu m'as subitement attaquée. Je croyais que tu devais simplement esquiver.
-Alors tu n'as toujours pas compris.
Hanabi céda un bref soupir.
-Je t'ai tendu un piège. Vois-tu, au fil de nos entraînements, j'ai pu observer ta façon de procéder. Tu concentres toute ton attention sur ta défense. Tu n'essayes jamais de m'attaquer. J'ai voulu te pousser à le faire en inventant cet exercice bidon.
Hinata leva les yeux au ciel, visualisant leurs différents combats.
-Très tôt, j'ai constaté que tu étais beaucoup plus rapide que moi. Alors j'ai essayé de compenser ce désavantage par une défense plus réactive. J'étais tellement obsédée par ce détail. Je me suis trop focalisée dessus, en oubliant le reste.
-Tu t'es involontairement créé une sorte de blocage. Mais je crois aussi que tu manquais de confiance en toi.
Hinata frotta nerveusement son bras droit, embarrassée.
-Je connaissais ma condition physique. Je me croyais incapable de reproduire mes techniques, pour le moment. Mais grâce à toi, j'ai pu me démontrer le contraire. Je ne suis pas encore aussi efficace qu'avant. Ça va me demander du temps. Mais…
-Mais tu retrouveras ton niveau. Je pense même que tu le dépasseras. Ta marge de progression est encore importante. Avant la guerre, la portée des Byakugan de Neji était de 800 mètres. Toi, tu arrives à atteindre plus de 10 kilomètres, aujourd'hui. Tu as dépassé son niveau d'alors. Je parle de ta vision, hein ! Ne prends pas la grosse tête. Parce que tu es encore un peu mollassonne, crut-elle nécessaire de lui rappeler.
Hinata ouvrit des yeux ronds. Avait-elle rêvé ? Non, sa sœur venait bel et bien de la complimenter, chose plutôt rare. Hanabi s'était néanmoins empressée d'y ajouter une petite pique. Il ne fallait surtout pas qu'elle paraisse trop gentille. Elle deviendrait alors trop humaine. Son comportement adolescent amusait beaucoup Hinata. Une fois de plus, elle réprima son envie de rire. Hanabi n'aimait pas que l'on se moque d'elle. Même si Hinata n'en pensait rien, sa petite sœur le prendrait ainsi.
L'instant de complicité était passé. Hanabi libéra les mains de la jeune femme. Elle se dressa sur la pointe des pieds, interpellée par un bruit lointain qu'elle seule avait perçu. Hinata se retourna, suivant le regard de sa cadette.
-Voilà Kô, annonça Hanabi.
Effectivement, Kô avançait droit vers elle. À l'allure qu'il menait, Hinata jugea que l'affaire devait être d'importance. Elle espéra que rien n'était arrivé en leur absence. Dans tous les cas, Kô venait pour elles. Aujourd'hui, personne d'autre n'occupait le terrain dévolu aux entraînements du clan. Inquiètes, les deux sœurs rompirent la distance que les séparait, allant à ses devants. Kô passa de l'une à l'autre, frappé par les mines soucieuses qu'elles arboraient. Il leva alors sa main droite pour les rassurer.
-Quelqu'un vous demande, mademoiselle Hinata. Je lui ai proposé de vous attendre dans le petit salon. Mais il s'y est refusé. Il se trouve à l'entrée de la demeure principale. Vous feriez bien de vous hâter. Il ne semblait pas d'humeur clémente.
-T'a-t-il donné un nom, Kô ?
-Non, il s'agit d'un jeune homme. Vous feriez bien de lui proposer une collation. Ce pauvre garçon est pâle comme un linge.
-Il ne peut s'agir que de Sai ! On dirait une vraie poupée de porcelaine. D'aucuns s'accordent à dire qu'il est très beau. Il a son charme, je le reconnais. Mais je ne tolère pas son comportement. Qu'importe l'heure, Sai n'est jamais bien disposé, grommela Hanabi, qui n'avait toujours pas pardonné l'affront fait à sa sœur.
L'adolescente se tourna d'ailleurs vers Hinata, pour s'apercevoir qu'elle leur avait déjà faussé compagnie.
Sai se manifestait enfin. Il choisissait bien son moment. Il fallait forcément que cela arrive en son absence. Son coéquipier ne la tenait déjà pas en très haute estime. Il n'allait certainement pas goûter le fait de devoir l'attendre. D'après Kô, il était d'humeur exécrable. Ce qui n'étonnait pas vraiment Hinata. Voilà qui promettait une entrevue des plus charmantes. L'idée de le revoir suscitait des émotions contradictoires. Hinata gardait en tête les élucubrations d'Hanabi. Sa sœur inventait souvent de folles hypothèses. Mais celle-ci battait de loin tous les records. Sai qui aurait perdu la mémoire. Elle n'y croyait pas un seul instant. D'où tirait-elle toutes ces idées ? Non, Hinata mettait davantage son comportement étrange sur le compte de l'époque actuelle. Travailler pour le Hokage était une occupation pour le moins prenante. Elle parlait en connaissance de cause. Depuis sa réintégration, Hinata ne passait pas une seconde sans y penser. Elle ignorait encore ce qui avait poussé Sai à en faire autant. Le Hokage le faisait peut-être chanter. Il devait avoir ses raisons bien à lui. Et Hinata reconnaissait en être curieuse.
S'il cherchait à tourner la page, le fait de devoir collaborer avec elle ne pouvait que l'énerver. Hinata incarnait l'ombre d'un passé révolu, qu'il souhaitait surement oublier. Peut-être que tout ce qui se rattachait à Naruto, lui était aujourd'hui insupportable. Comme cela avait été un jour le cas pour elle. Ainsi, fréquenter son ancien cercle d'amis devait être un véritable supplice. Cette théorie lui semblait bien plus réaliste. Elle-même avait rejeté ses proches, prononcé des paroles qu'aujourd'hui elle regrettait. La colère et la douleur dominaient alors son cœur. Elle ne songeait plus qu'à elle. Et le malheur des autres lui importait peu. Elle vivait son chagrin. Elle était son chagrin. Elle connaissait ce mécanisme de défense. Sai se protégeait peut-être de ses souvenirs. Songer à tout cela apaisa un instant sa réserve. Elle était désormais plus encline à faire des efforts.
Une autre réflexion balaya cependant la première. Hinata s'interrogea enfin sur la raison de sa venue. Apportait-il de bonnes ou de mauvaises nouvelles ? Ils ne s'étaient pas revus depuis la « formation » de leur équipe dans le bureau du Hokage. Un mois venait de s'écouler, sans que ni l'un ni l'autre n'aient cherché à prendre contact. Sai effectuait peut-être le premier pas qu'elle avait tant espéré. Elle en doutait fort. Et si le Hokage motivait cette visite. D'une certaine façon, ils avaient désobéi à ses ordres. Entre eux, la situation restait inchangée. D'un autre côté, Karin n'avait pas fixé de date limite à cette mission de fraternisation. Mais cela ne durerait pas éternellement. Karin venait peut-être y mettre le holà pas l'intermédiaire de Sai.
Ses pensées l'accaparèrent tout le trajet jusqu'à l'entrée extérieure de la demeure principale. Hinata accéléra le pas. Il ne lui restait plus qu'une dizaine de mètres à franchir, avant de se retrouver devant les deux hautes portes. Un soleil de fin de journée rasait le sol. Plus loin, une épaule et une jambe dépassaient de l'angle d'un mur. Sai s'était appuyé contre le muret recouvert de pierres de parement. Hyûga arriva devant lui à bout de souffle. À sa séance d'exercices et son entraînement, s'ajoutait la course folle dans laquelle Hinata venait de jeter ses dernières forces. Le jeune homme la détailla brièvement, l'air réprobateur.
-Tu es recouverte de terre, voilà qui promet. Ce n'est pas très poli de se présenter devant quelqu'un dans cet état, déclara-t-il.
-Bonjour, Sai-Kun…
-Tu t'entraînes avec ta petite sœur, m'a-t-il dit.
Il faisait sans doute référence à Kô.
-J'en déduis que tu t'es fait battre à plate de couture, avec toute cette crasse sur toi. Je parie que ta sœur est propre comme un sous neuf. Vraiment, c'est très prometteur. Ou plus exactement, cela confirme ce que je craignais depuis le début.
Son allure poussiéreuse sauta soudainement aux yeux d'Hinata, qui jusque-là ne s'en souciait guère. La jeune femme se sentit profondément mal à l'aise et sale. Pour elle qui attachait une si grande importance au respect des convenances. Sai attaquait son point sensible. Elle avait naturellement cherché à parer au plus urgent. Elle ne voulait pas le faire attendre. Lui qui avait clairement fait étalage de sa mauvaise humeur devant le pauvre Kô. Elle n'allait tout de même pas prendre une douche en chemin. Se voir reprocher d'arriver ainsi, alors même qu'il savait parfaitement qu'elle s'entraînait. Sai se montrait de bien mauvaise foi. Il se permettait de parler de politesse, quand lui-même ne prenait pas la peine de se fendre d'un « bonjour ». Hinata se laissait emporter par la colère. Il ne fallait pourtant pas y céder. Elle s'était promis de faire des efforts pour favoriser une bonne entente entre eux. Pour autant, cela ne voulait pas dire qu'elle devait s'écraser devant lui. Hors de question, Hinata ne comptait pas lui laisser l'ascendant. Elle retint donc sa main, réprimant son envie d'époussetage. La terre seyait parfaitement à ses vêtements. Elle pouvait l'assumer. Il suffisait de s'en convaincre. Hinata parvint ainsi à reprendre mentalement le dessus. Elle afficha alors un magnifique sourire de façade.
-Ton affaire paraissait urgente d'après Kô. J'ai accouru dès que j'ai su. Que puis-je faire pour toi, Sai-Kun ?
Le principal intéressé haussa un sourcil, surpris. Jusque-là, Hinata éludait brillamment la moindre de ses remarques. Elle conservait son calme, égale à elle-même.
Sai quitta le mur qu'il occupait jusque-là. Il prit un instant pour observer la vaste demeure qui lui faisait face. Décidément, les Hyûga appartenaient à un tout autre monde que le sien. D'architecture traditionnelle, la bâtisse évoquait des temps anciens. On ne voyait rien de semblable, aujourd'hui. Les nouvelles constructions respiraient la modernité. Son allure désuète faisait son charme. Si l'on aimait les vieilles poutres. Le penchant artistique de Sai favorisait ce type d'inclination. À son arrivée, le jeune homme s'était perdu dans ce grand ensemble. La propriété s'ouvrait sur un vaste parc. Les terres comptaient plusieurs carrés de bâtiments. Si les Hyûga vivaient ensemble, ils ne manquaient pas d'espace. À cette échelle, Sai appelait davantage cela un quartier. En tant que descendante de la branche principale, Hinata vivait bien entendu dans la belle demeure.
En un mois, Sai avait eu tout le temps nécessaire pour mener ses petites enquêtes. Il s'était renseigné au sujet de sa coéquipière. Une démarche qui lui paraissait justifiée. Sa proximité avec le Hokage lui donnait accès aux archives même les plus sensibles. Il s'étonnait de l'intérêt de Karin pour cette jeune femme. Car Hinata Hyûga n'avait rien de remarquable. Il la trouvait plus que quelconque. Ses états de service allaient d'ailleurs dans ce sens. D'après son dossier, elle avait 33 missions à son actif, dont seulement une de rang A. Elle avait réussi l'examen Chûnin à sa seconde session. Ce qui n'était pas glorieux. Elle ne possédait aucun talent particulier. Son appartenance au clan Hyûga constituait sa seule particularité. Et là encore, elle décevait par son parcours laborieux. Évincée de la succession, sa famille l'avait envoyé servir le village. Ses supérieurs la décrivaient comme quelqu'un de consciencieux et d'altruiste. Deux points négatifs selon Sai, la générosité n'amenait jamais rien de bon. Elle s'éparpillerait au premier élan du cœur. Il ne connaissait que trop bien ce type de profil. Hinata s'inscrivait dans la moyenne. Une Kunoichi anonyme parmi tant d'autres qui avait simplement eu la chance d'être bien née. Elle ne méritait vraiment pas qu'il s'attarde à ce point sur elle.
Hinata le regardait sans rien dire. Elle attendait sa réponse. Il l'attaquait verbalement, elle ne se défendait pas. Toute personne normalement constituée l'aurait envoyé paitre, mais pas elle. Hinata fuyait ostensiblement le conflit. Elle s'imaginait sans doute qu'en le cajolant, elle attirerait sa sympathie. C'était tout le contraire. Son comportement l'exaspérait. Dans ses ouvrages, il avait souvent lu que la première impression laissée par une personne était capitale. En l'occurrence, l'image que lui renvoyait Hinata Hyûga lui déplaisait fortement. Soumise aux autres, un tempérament d'une trop grande souplesse, elle n'avait aucune de force de caractère. Elle pliait surement continuellement, cherchait à satisfaire son entourage par tous les moyens. Elle ne savait manifestement pas s'imposer. Subtilement, elle avait réorienté leur conversation. Hinata espérait ainsi se dérober face à un échange désagréable pour elle. Sai consentit à lui donner satisfaction. Il avait déjà perdu assez de temps à l'attendre. Et pour lui, la journée était loin d'être terminée.
-Je te la fais courte, car nous n'avons plus beaucoup de temps devant nous. Il y a du grabuge à la prison d'Hôzukijou. Une activité anormale a été détecté à proximité par ses sentinelles. Le Hokage nous a dépêchés sur place. Nous devons tirer ça au clair.
-C'est un ordre de mission ?
-Que veux-tu que ce soit d'autre ? Quelle empotée !
Hinata ne releva pas la pique. Elle se détourna momentanément de Sai, perdue dans ses propres pensées. Le poing serré sur sa poitrine, elle réfléchissait. Hinata avait immédiatement fait le rapprochement. Qui disait Hôzukijou, disait Shikamaru. Et qui disait Shikamaru, disait… Non ! La jeune femme en eut le souffle coupé. Cette simple idée lui glaçait le sang. Il fallait en avoir le cœur net. Hinata ravala sa salive. Avant tout, elle devait conserver son calme. Il ne s'agissait encore que d'une supposition. Rien ne confirmait cette hypothèse. Elle n'oubliait pas celui devant lequel elle se trouvait. Elle savait trop peu de choses sur Sai. Hinata ne lui accordait pas sa confiance, du moins pas pour l'instant. Trop de mystères planaient autour de sa personne. Elle préférait ne pas le mettre dans la confidence. Elle ne voulait pas éveiller de soupçon par un comportement trop étrange. Hinata en revint à leur conversation.
-Ce sont là toutes les informations dont tu disposes ?
-S'ils en savaient plus, ils n'auraient pas besoin de nous. Ça coule de source.
-J'entends bien, mais tu es resté très vague.
Il commençait sérieusement à l'agacer, à la prendre pour une idiote.
-Je t'ai dit que j'allais être concis ! Je ne sais pas si tu es au courant, mais la prison d'Hôzukijou dépend de l'autorité des cinq nations ninjas. Bien que le personnel présent sur place soit parfaitement capable de gérer ce type de situation. Le Hokage tient à envoyer des personnes de confiance pour s'en assurer.
-Le centre de confinement a une situation particulière. Le décor cauchemardesque qui l'entoure vise à dissuader les intrusions comme les évasions. Je m'étonne de voir que quelqu'un pourrait s'y être risqué. C'est tout. D'autant que nous vivons en période de paix, depuis la fin de la dernière guerre. Que gagnerait-on à se rendre là-bas ?
-C'est ce que le Hokage veut savoir. Les relations avec les autres villages ninjas sont plutôt distendues depuis quelque temps.
À qui la faute ? Cependant, si Sasuke menait toujours son petit monde d'une main de maître, on ne lui ferait pas croire à la manigance d'un pays voisin. Hinata ignorait ce qui se passait au-delà des portes du village. Mais ailleurs, la situation ne devait pas être bien différente. Hinata testait Sai sur ses connaissances. Mais de toute évidence, le jeune homme n'en savait pas plus qu'elle sur le sujet.
-Le château se situe sur une falaise isolée. Il domine l'océan et la plaine. La tour offre une vue dégagée sur plusieurs kilomètres. Mais une partie des terres environnantes reste masquée par la forêt qui jouxte la prison. En définitive, il est donc possible de s'en approcher sans être aperçu. Les traces de pas de deux individus ont été relevées à la lisière de cette forêt. Il ne s'agissait pas d'un membre de la prison. Tout le personnel dispose d'un même uniforme. Des chaussures jusqu'aux habits, rien ne diffère. Or, les empreintes des semelles dans la terre ne correspondaient pas au modèle utilisé par Hôzukijou. D'autre part, tous les prisonniers répondent à l'appel.
-Il ne s'agit donc pas d'une évasion. Les visiteurs venaient de l'extérieur.
-Tu as compris.
-Deux voyageurs sont peut-être passé par-là, par le plus grand des hasards.
-Cette hypothèse semble avoir été écartée. D'après les empreintes, ils sont revenus plusieurs fois sur leurs pas. Leurs déplacements ont été reportés sur une carte du secteur. Je pense davantage à un repérage des lieux.
-Ce qui signifierait qu'ils rôdent autour du château.
-Pour l'heure, nous n'en savons pas plus. Il nous faut nous rendre sur place. Nous devrons partir avant la nuit. Ce qui ne nous laisse que peu de temps pour nous préparer.
Ce qui expliquait au moins en partie sa mauvaise humeur. Sai comptait les minutes qui s'écoulaient. Voilà pourquoi l'absence d'Hinata l'avait énervé. Ils étaient pressés. Jusque-là, Hinata ignorait son affectation à cette mission. Si elle l'avait su. Karin ne s'était pas donné la peine de la convoquer. L'après-midi touchait à sa fin. Effectivement, ils disposaient de peu de temps pour se mettre en route. Hinata plongeait dans le grand bain, sans s'y être réellement préparée. Elle ne s'attendait pas à ce que cela lui arrive aussi rapidement. Mais elle s'en accommoderait. Naturellement, elle prit le chemin de la porte, la main sur la poignée. Elle se rappela soudain la présence de Sai. Il n'était pas encore parti. Le jeune homme avait d'ores et déjà rejoint la route.
-Je te retrouve dans deux heures devant les portes du village ! Lui lança-t-il par-dessus son épaule.
La porte claqua derrière elle. Étrangement, Sai et Hinata étaient parvenu à mettre leurs idées en commun. Sans même s'en rendre compte, ils avaient dialogué comme deux êtres civilisés, oubliant momentanément leurs griefs personnels. Lorsqu'elle le réalisa, Hyûga s'en montra plus que surprise.
Karin Uzumaki quittait rarement le village de Konoha. Sa patrie d'adoption revêtait pour elle une importance capitale. La jeune femme niait tout attachement au Pays du Feu. Elle y séjournait depuis deux courtes années. Au cours de son existence, elle était passé par bien des endroits. Karin avait grandi dans un petit hameau, qui aujourd'hui n'existait plus. La guerre l'avait consumé de ses flammes. Son affiliation au village de Kusa l'amusait grandement. Karin n'appartenait à aucun lieu. Elle était de partout, sinon de nulle part. L'attention qu'elle portait à Konoha, s'imposait de par la fonction qu'elle occupait au sein de sa structure. Karin se souciait peu de sa position dans le vaste monde. Elle n'avait jamais développé de sentiment d'appartenance. Du temps où elle servait Orochimaru, elle avait voyagé de pays en pays, avant de se voir confier le repaire Sud de son maître. Elle s'était tenue à ses fonctions avec sérieux, fidèle parmi les fidèles. Karin avait suivi cet homme, parce qu'il avait donné un sens à sa vie. Longtemps, elle avait cherché à trouver sa place, à saisir la raison de sa présence sur Terre. Orochimaru s'était arrêté sur sa misérable petite existence, lui avait trouvé une utilité. Quelque part, Karin s'en sentait redevable. En contrepartie, elle lui avait offert sa loyauté.
Orochimaru représentait sa seconde rencontre marquante. La première datait de son unique participation à l'examen de sélection des ninjas de moyenne classe. Aujourd'hui encore, ce court échange impactait sa vie. Elle se souvenait de ce sourire. Ce sourire qui se cachait derrière la moindre de ses décisions. Depuis ce jour, elle l'aimait d'un amour inconsidéré et inextinguible. Pour lui, elle avait accepté cette charge. Celle de tout un village qu'elle gérait depuis la fin de la guerre. Karin n'éprouvait rien pour Konoha. Mais parce qu'il venait de ces murs, d'une certaine façon, il avait plus de valeur à ses yeux que tout autre endroit. Son titre de Hokage la rattachait à lui. Et cela faisait toute son importance.
Karin s'était cependant absentée du village, le laissant aux bons soins de ses conseillers. Contrairement à ses prédécesseurs, pour les plus petits trajets, elle se déplaçait seule. Elle refusait toujours catégoriquement le moindre accompagnateur. Karin ne craignait pas pour sa sureté. On disait les routes sûres. Elle savait parfaitement se défendre. Deux raisons plus que valables, devant lesquelles personne ne trouvait à redire. Karin se gardait bien d'ajouter le fait qu'elle détenait un troisième argument de poids. Nulle ne connaissait sa destination réelle. Il devait toujours en être ainsi.
Les arbres défilaient sous ses yeux. De fins rayons de soleil filtraient à travers les feuillages, dessinaient des ombres sur sa peau. Elle entendait l'écoulement d'une rivière. Karin s'approchait à grands pas du point de rendez-vous. La jeune femme sautait de branche en branche, concentrant son chakra pour adhérer à l'écorce. Après un dernier bon, elle foula un sol jonché de galets. L'eau se frayait un passage entre les rochers. Le bruissement du courant couvrait tout autre son. Derrière des branchages se devinait l'entrée d'une grotte. Karin connaissait cet endroit. Ce lieu comptait parmi les nombreux points de ralliement qu'il utilisait. Au fil des siècles, l'érosion avait créé cette cavité rocheuse. L'excavation offrait une cache idéale. Ses murs humides portaient encore les traces de passages antérieurs. Les graffitis maladroits des enfants qui venaient autrefois s'y amuser. Les noms de couples d'amoureux qui s'y réfugiaient, afin d'échapper à la surveillance parentale. Les gens d'ici aimaient à laisser une trace de leur venue. Plus personne ne la visitait aujourd'hui. La marmaille ne s'aventurait pas au-delà des portes du village. Aucune loi ne l'interdisait. Mais sortir de Konoha nécessitait de passer par le poste de contrôle. Toute une pagaille administrative qui en décourageait plus d'un. Karin avait renforcé la sécurité interne du village. Elle en tirait avantage, car cela éloignait les regards indiscrets.
La jeune femme traversa l'étendue d'eau, une simple formalité pour un ninja. Elle se rapprocha de la grotte, posa une main sur la paroi rocheuse. Karin marqua un arrêt, aux aguets. Elle ferma les yeux, se concentrant. Elle fit le vide autour d'elle. Uzumaki détecta un flux de chakra familier. Il n'y avait personne d'autre, juste lui qui l'attendait déjà à l'intérieur. Rassurée, Karin poussa un profond soupir. Elle n'avait pas été suivie. Chaque fois, cette crainte accompagnait ses pas. Ses précieuses capacités sensorielles lui étaient fort utiles. Karin porta alors son regard sur sa montre, elle arrivait pile à l'heure. Il devait l'avoir devancée. Ce qui l'étonnait. La ponctualité ne faisait pas vraiment partie de ses qualités. Elle en perdit presque tous ses moyens. Elle comptait profiter de son avance, pour se préparer mentalement à cette confrontation. Karin ne savait jamais exactement dans quel état elle allait le trouver. Il se montrait souvent de bien mauvaise humeur. La dernière fois, il paraissait plus que fatigué. Sa quête personnelle consommait pratiquement tout son chakra. Lui, ne prenait pas la peine de se reposer convenablement. Il ne fallait donc pas se poser de questions. Il récupérait forcément mal. Elle avait bien essayé de lui en faire la remarque. Mais il ne voulait rien entendre. Cependant, elle ne pouvait pas se permettre de le faire attendre plus longtemps. Car si lui s'offrait cette liberté. Il ne saurait tolérer une pareille extravagance de sa part. La patience n'était pas son fort non plus.
Inspirant un grand coup, Karin pénétra dans la grotte obscure. Elle s'aidait de la paroi pour avancer. Elle espérait ne pas heurter de caillou. Elle n'avait pas vraiment envi de finir à terre. Au bout de quelques mètres, elle aperçut enfin une faible lumière. Elle avança à découvert. Le feu se consumait à l'extrémité d'une torche.
Karin aperçut tout d'abord son profil. Il lui tournait le dos. Il lui jeta un regard de côté. La lueur rouge de son sharingan ressortait particulièrement dans la pénombre. Sasuke se fondait dans le décor. Sa cape et ses cheveux noirs se mêlaient à l'obscurité. Son teint porcelaine contrastait avec sa tenue. Karin longea le mur. Elle passa devant lui, avant de s'asseoir sur un rocher juste en face. Il la suivit du regard sur tout le chemin. Quand elle fut enfin installée, le sharingan disparut. Karin ne vit plus que sa sombre pupille. Son Sharingan n'était qu'une mesure préventive. Maintenant qu'il savait avoir Uzumaki devant lui, il n'en avait plus l'utilité. Ils ne se saluaient pas. Sasuke ne faisait jamais preuve de cérémonie. Il allait toujours droit au but, sans perdre de temps. Il n'aimait pas les détours. Karin, quant à elle, se conformait à « l'étiquette Sasuke ». La jeune femme l'examina du regard. Au vu de l'opacité des lieux, elle ne jurait de rien. Elle distinguait difficilement son visage. Karin remonta ses lunettes, d'un geste de la main. Deux poches violacées entouraient le bas de ses yeux. Ses cernes impliquaient qu'il dormait peu ou mal. Les choses ne s'arrangeaient pas. Sasuke n'était pas revenu sur le sujet depuis l'échec de sa tentative. Même Suigetsu ignorait cette affaire. Karin était certes dans la confidence. Mais elle devait cet honneur à un concours de circonstances. Sans son talent héréditaire et sa présence ce jour-là, il en serait sans doute autrement. Elle ne se sentait pas le courage d'aborder la question. Sasuke ne se confiait jamais, il n'aimait pas que l'on se montre intrusif. D'autre part, elle s'inquiétait peut-être pour rien. Dès qu'il s'agissait de lui, elle avait sitôt fait de s'alarmer.
Sasuke se racla la gorge, la rappelant ainsi à l'ordre. Il attendait qu'elle prenne la parole. Après tout, cette rencontre n'était pas une visite médicale. Uchiha se montrait toujours aussi perspicace. Il voyait bien son regard inquiet s'attarder sur lui.
-Karin, il paraît que ta gestion du village est déplorable, dit-il.
Il tranchait dans le vif. Karin s'en offusqua immédiatement. Ce qui eut pour avantage de la détourner de son observation. Elle n'aimait pas que l'on remette en question son travail.
-Qui t'a dit ça ? C'est Suigetsu, n'est-ce pas ? Qu'est-ce qu'il en sait celui-là ?! Il n'a même pas mis le pied à Konoha.
Il l'avait déclenché. Elle lui cassait déjà les oreilles. Il fronça les sourcils, irrité.
-Baisse d'un ton, tu veux ! Suigetsu n'a rien à voir là-dedans. Les rumeurs se répandent au-delà de la frontière de Hi no Kunie. Un vent de mécontentement plane au-dessus de Konoha. On parle même de manifestations. Tu t'es bien gardé de me le dire dans tes rapports. Karin, tu étais censée maintenir le calme.
-Eh, je fais exactement ce que tu m'as demandé de faire. Matraquer les esprits, réduire au possible l'effectif ninja, détruire l'ancien modèle, je m'y attache depuis près de deux ans. Je fais la chasse aux sorcières. Tu voulais purifier les villages, les libérer des griffes des ténèbres. Je m'y attèle. Je réforme le monde Shinobi, comme tu l'entendais. J'ai une bonne partie du village sous ma coupe. Alors oui, il y a peut-être quelques contestataires. Mais ils ne représentent qu'une minorité. J'essaye de leur inculquer ta vision des choses, petit à petit.
-Je ne voudrais pas que ton inconséquence impulse un mouvement contestataire. Cela risquerait de s'étendre aux autres pays. Je n'ai pas besoin de ça actuellement. Je ne critique pas tout ton travail. Mais tu pourrais faire des choix plus judicieux concernant la gestion du village. Tu n'es pas obligée d'affamer la population.
Ainsi, il savait pour la pénurie alimentaire.
-Qu'est-ce que tu crois ? J'y travaille ! Seulement, avec ta fabuleuse idée de rupture entre les villages, on ne peut pas dire que je sois aidée. Tu as rompu le commerce import/export. Ce qui est catastrophique d'un point de vue économique et alimentaire.
-Tu parles comme une politicienne, lui reprocha-t-il.
-C'est mon job, je te rappelle !
-Je ne veux pas débattre de ça ici.
-Et quand alors ? S'énerva-t-elle.
-C'est précisément ce pour quoi je t'ai convoqué, aujourd'hui. J'organise un sommet des cinq Kage. Il aura lieu dans une semaine à Kusa no Kunie. Tâche d'y être présente. Prends cette feuille, elle comporte toutes les indications nécessaires pour s'y rendre.
Karin lui arracha la feuille des mains. Elle y jeta un rapide coup d'œil, puis elle la plia en quatre. Kusa, elle allait donc rendre visite à son pays natal. L'idée ne l'enchantait pas vraiment. Elle n'y avait pas de bons souvenirs. De surcroît, elle supporterait la présence d'un indésirable de premier ordre, Suigetsu. Mais si Sasuke l'exigeait, elle s'y pliait.
-De toute façon, comme d'habitude, c'est toi qui prendras les décisions difficiles.
-Je suis là pour ça.
-Ne te méprends, cet arrangement me convient tout à fait. Je n'aimerais pas être à ta place, Sasuke.
Sasuke lui jeta un regard en biais. Prenant appui sur sa main droite, il se releva prestement. Il avait les jambes ankylosées. Des fourmillements les parcouraient de haut en bas. Il tenait une mauvaise position depuis trop longtemps. Uchiha se pencha en avant, de façon à ramasser son sac à bandoulière. Son poing se referma sur l'anse. Il se redressa peut-être trop vite, car il fut pris d'un vertige. Sa besace retomba lourdement à terre, tandis qu'il portait sa main à son visage. Le trouble passa, il chercha à rétablir son équilibre. Sa gorge le démangeait horriblement. Il sentit la quinte de toux venir, sans qu'il puisse la réprimer. Il explosa, secoué de toute part. Le dos courbé, il attendit patiemment que le mal disparaisse.
Karin le regardait, impuissante. Elle esquissa une geste dans sa direction, mais s'interrompit à mi-chemin. La sollicitude le débectait. Elle ne pouvait rien faire pour lui, l'aider n'était pas en sa capacité. Elle ne le savait que trop bien.
Quand sa toux se calma, il attrapa son sac et le passa autour de lui. Il essuya le revers taché de sa manche contre le tissu de sa cape. Karin remarqua les gouttelettes de sang. Sasuke se tourna vers elle.
-Karin, tu penses trop fort, déclara-t-il.
-Peut-être que tu devrais…
-Mêle-toi de tes affaires, la coupa-t-il, sèchement. Pas un mot aux autres !
Sasuke la toisa, s'assurant que le message était bien passé. Une telle froideur émanait de lui. Il n'ouvrait jamais la porte à autrui. Il se maintenait dans l'isolement le plus total. Il endossait toutes les responsabilités, travaillait à cette utopie. Cette paix qu'il appelait de ses vœux. Karin trouvait ce projet surréaliste. Tout cela la dépassait. Le sens lui échappait. Bien entendu, elle s'en cachait. Tout ce qui importait à ses yeux, était de le soutenir d'une quelconque façon. Elle n'aspirait qu'à cela, l'accompagner.
Sasuke se détourna. Son regard vide se posa sur la sortie de la grotte. Les traits de son visage exprimaient une profonde lassitude. Involontairement, Karin songea à Naruto Uzumaki. Ce garçon irradiait. Il renvoyait une telle joie de vivre. Semblable à un soleil, il éclairait les gens de sa lumière. Sasuke incarnait son extrême opposé. Naruto, lui aussi, ne cherchait qu'à aider Sasuke. Il l'avait payé de sa vie. Il lui avait inspiré de la sympathie. Comment ne pas s'attacher à une telle personnalité ? Dire que son meurtrier se trouvait juste sous ses yeux. Elle-même avait failli y rester par sa faute. Elle s'était résignée à tirer un trait sur Sasuke, sans y parvenir. Elle s'interrogeait sur la persistance de ses propres sentiments à son égard. À la vérité, elle gardait un espoir dans un coin de son cœur. Sans quoi, elle ne s'y attacherait pas. Le vain et doux espoir de revoir ce sourire…
Sasuke s'apprêtait à partir. Karin voulut le retenir. Il la repoussa sans ménagement. Elle sentit la tension accumulée dans ses muscles, le bras aussi rigide qu'une barre de fer.
-Ne me touche pas, cracha-t-il.
Choquée par sa réaction brutale, Karin reprit ses moyens. Comme d'habitude, elle répondit à son malaise par une scène.
-Non mais pour qui tu te prends, Uchiha ! Beugla-t-elle, le pointant du doigt.
Karin battit des bras et des jambes, se perdant en grandes gesticulations. Elle tapait du pied sur le sol, pour marquer sa prétendue colère.
-Je voulais simplement revenir sur l'incident de la réunion des clans. Pour ta gouverne, nous avons interpellé un dénommé Shikamaru Nara. Tu dois le connaître. C'était l'un de tes camarades de promotion.
-Qui d'autre ?
-Comment ça, qui d'autre ?
-Il n'y avait que lui ?
-Affirmatif, en revanche il devait être accompagné. Ces crétins ont utilisé un bambou foudre pour signaler leur position. Il n'y a pas meilleure moyen pour révéler sa localisation à l'ennemi. Mes hommes se sont rendu sur place. Mais ils n'étaient déjà plus là.
Sasuke rit d'un rire sarcastique.
-Affligeant, c'est vous qui vous êtes fait avoir comme des bleus ! Vous êtes tombés dans leur piège. Ils vont ont délibérément révélé une fausse position.
Ils ne marchaient pas, ils couraient. La subtilité du plan reposait sur son évidence. L'erreur paraissait tellement grosse, que l'on ne pouvait qu'y croire.
-Dès que j'en saurai davantage, je t'en informerai.
-Ne creuse pas davantage la question, Karin. C'est affaire est de mon ressort. Je m'en charge.
Karin s'étonna de ce revirement. Sasuke savait quelque chose qu'elle ignorait. Cette idée lui déplaisait fortement. D'un autre côté, il la délestait d'une affaire embarrassante. Elle qui croulait déjà sous la paperasse. Sa propre ignorance l'agaçait.
-D'ailleurs, nous avons trouvé une cache sur les lieux de l'incident. Dis-moi, Sasuke, qu'est-ce que tu gardais là-bas ?
-Rien qui te concerne…
Hinata n'avait jamais dépassé le comptoir du magasin Yamanaka. Elle en traversait à présent l'arrière-boutique. Des effluves de fleurs embaumaient la pièce. Madame Yamanaka y entreposait tout son stock. Des pétales de toutes les couleurs attiraient son regard. Partout où elle s'arrêtait, elle croisait le chemin d'un bouquet. Hinata aimait déjà cet endroit. Elle aurait pu passer des heures entières à humer les différents parfums qui s'en dégageaient. Malheureusement, le temps lui manquait. La maîtresse des lieux, une femme dans la cinquantaine, s'agitait d'un point à l'autre. Il s'agissait de la mère d'Ino. Une bouilloire entre les mains, elle attendait patiemment que l'eau arrive au bon niveau. Après quoi, elle la plaça sur le feu de la cuisinière. Madame Yamanaka s'avérait être aussi coquette que sa fille. D'apparence soignée, elle arborait une magnifique robe verte parfaitement ajustée. Elle portait également une broche sertie d'une émeraude. Ses cheveux ramenés en un chignon, tenaient en place à l'aide d'un ruban rouge soigneusement noué. Elle se mouvait avec grâce, l'élégance de sa tenue ajoutant à son charisme. Elle avait reçu Hinata avec la plus grande gentillesse, l'invitant à prendre une tasse de thé en sa compagnie. Ce que la jeune femme ne pouvait refuser. En se rendant à la boutique de fleurs Yamanaka, Hinata espérait y trouver Ino. Mais plus le temps passait, moins elle y croyait.
Madame Yamanaka lui offrit de s'asseoir. Hinata accepta volontiers cette invitation. Prenant garde à son sac, elle se faufila entre les bacs remplis de fleurs. Elle craignait d'en reverser un par inadvertance. Une seconde d'inattention et sa besace accrocherait un vase. Cela lui donnait l'impression d'être comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. Hinata parvint à atteindre sa chaise sans ambages. Elle s'y installa en silence, posant son sac de voyage au pied de son fauteuil. Après cette visite, elle devrait immédiatement se rendre aux portes du village, afin d'y retrouver Sai. La mère d'Ino déposa une assiette de biscuits sur la table. Hinata la remercia d'un signe de tête. En vérité, l'appétit lui manquait. Mais par politesse, elle fit l'effort de mordre dans un gâteau sec. Lorsque l'eau fut chaude, elle remplit la tasse d'Hinata. Elle prit finalement place sur son siège. Un long silence s'ensuivit. Hinata ne pouvait boire son thé sans risquer de se brûler la langue. Elle ne prit pas d'autre biscuit, craignant que son interlocutrice ne se décide à parler. Se retrouvant la bouche pleine, elle serait alors incapable de lui répondre immédiatement. Décidément, elle réfléchissait trop. Elle s'en rendait bien compte.
-Je suis désolée de t'avoir entraînée ici. Mais il y a toujours une oreille indiscrète pour écouter aux portes. Par les temps qui courent, je préfère ne pas prendre de risque.
Madame Yamanaka évoquait les dénonciations récurrentes de voisinage. Ses mains reposaient sur la table. Elle serrait son poing gauche. Son bras tremblait. Elle changea de position, cherchant à calmer les spasmes. Elle faisait peine à voir. Hinata voulait l'aider d'une façon ou d'une autre. Pour cela, il n'y avait qu'une seule chose à faire. Il lui fallait parler avec franchise.
-Madame Yamanaka, où est Ino ?
-Je sais que tu es une amie de ma fille, dit-elle d'une voix tremblante. Elle m'a déjà parlé de toi.
-Madame Yamanaka…
-Ce bandeau que tu portes à ta ceinture… Je ne peux pas te parler dans ces conditions… Je suis désolée…
Pour la première fois depuis sa réintégration, Hinata en ressentit l'impact réel. Elle venait de passer de l'autre côté. Son bandeau creusait une fossé qui la séparait de ses semblables. Une simple plaque métallique suscitait la méfiance. Hinata éprouva une honte profonde à l'idée d'en être porteuse. Une honte d'autant plus douloureuse, qu'il s'agissait là de l'emblème de son village. Même cela, ils avaient réussi à le salir. Une vive douleur gagna sa poitrine. Elle l'accueillit comme une vieille amie, sans la chasser, cette fois. Car devant cette femme, elle se devait d'être honnête. Elle se servirait de sa souffrance à bon escient. Sa colère représentait sa plus grande source de motivation.
-Madame Yamanaka, je ne peux pas vous aider, si vous ne m'aidez pas moi. Ne voyez rien de plus dans ce bandeau, que ce qu'il a toujours symbolisé. Donnez-moi la chance de vous le démontrer. S'il vous plaît…
Madame Yamanaka lui lança un regard hésitant. Ses mains tremblaient de plus bel. Son cœur balançait entre deux sentiments opposés. Sa raison qui lui criait de ne pas se fier à cette jeune femme. Le désir vital, viscéral, de revoir sa petite fille qui l'emportait sur tout le reste. Mais la peur lui nouait l'estomac, la crainte de commettre une erreur en se confiant à la mauvaise personne. N'allait-elle pas précipiter leur propre chute ? Elle ne voulait pas connaître le même sort. Toutes ces histoires, ces rumeurs qui se racontaient sur ceux que l'on arrêtait. Elle en frémissait d'horreur. Sa main devint incontrôlable, manifestation évidente de son propre stress. Cependant, un poing se referma délicatement autour de son poignet. Madame Yamanaka sentit la paume fraiche de la main d'Hinata. Les muscles se relâchèrent. Elle apaisa les tremblements.
-Je dois beaucoup à votre fille. Elle m'a sorti de mon aveuglement. J'aimerais l'aider en retour. Madame Yamanaka, je sais ce qu'Ino envisageait de faire. Elle s'était confiée à moi. Malheureusement, je n'ai pas été en mesure de l'entendre ce jour-là. Sincèrement, je le regrette. Mais aujourd'hui, je peux peut-être encore me rattraper. Madame Yamanaka, il s'agissait de Shikamaru, n'est-ce pas ?
Madame Yamanaka rencontra son regard, y fixa toute son attention. « Les yeux sont le miroir de l'âme », disait-on. Les deux pupilles blanches exprimaient une profonde empathie. Une lueur de détermination brillait de chaque côté. Elle soutenait son regard sans se dérober. Hinata n'avait rien à cacher.
-Elle est partie il y a de ça une semaine. Elle était accompagné de Chôji Akimichi. Ino ne m'a laissé qu'une note très vague. Elle devait craindre que l'on me croit impliquée, si j'en savais trop. Mais j'ai toute de suite su de quoi il retournait. Tous les trois, ils sont liés comme les doigts de la main. Le trio Ino-Shika-Chô…
-Je vais faire ce que je peux.
Hinata ne pouvait s'engager davantage. Elle ne voulait pas mentir à cette mère. Elle ne savait pas encore ce qui les attendait. Elle ferait au mieux. Elle les aiderait autant que possible. Ce qu'elle craignait depuis le début, se confirmait.
-Ne perds pas davantage de temps. Je vois à ton sac de voyage que tu es attendue. C'est pour cette mission que tu es venue.
Hinata acquiesça d'un signe de tête. Elle retomba sur ses jambes, hissa son sac sur son dos. Une fois de plus, elle tâcha de ne rien accrocher au passage. Alors qu'elle atteignait la porte de la boutique, madame Yamanaka l'interpella une dernière fois.
-Je sais qu'elle ne reviendra pas. Même si tout se passe bien, elle ne pourra pas rentrer. Elle va devenir une fugitive. Tôt ou tard, ils feront le rapprochement. Elle devra se cacher. Dis-lui bien de ne pas s'inquiéter pour moi. Je suis bien assez grande pour me débrouiller toute seule. Qu'elle fasse attention à elle !
-Je le lui dirai.
-Je ne reverrai plus ma petite fille…
Un lourd silence s'insinua entre elles, pesant sur les épaules d'Hinata. Elle serrait la poignée si fort, qu'elle en avait mal.
-Je reviendrai vous voir, dit-elle.
L'ambiance trop insoutenable la poussa en avant. Une fraction de seconde plus tard, la porte claquait derrière elle. Hinata tituba sur quelques mètres. Sa vision se brouillait. Elle colla ses mains froides sur son visage, tamponnant le coin de ses yeux. Les larmes lui brûlaient la peau. Ses dents grinçaient. Les lèvres pincées, elle avançait. Un feu la consumait de l'intérieur. Sa colère remontait de plus belle, jaillissait du fin fond de ses entrailles. Oui vraiment, Uchiha Sasuke, elle le haïssait.
Comme d'hab, on croise majoritairement Hinata. Je crois qu'elle s'impose de plus en plus comme l'héroïne féminine de cette histoire. Croyez-moi, au début, je ne l'avais pas forcément prévu comme ça. Mais bon, c'est ainsi que l'histoire me vient.
Connaissez-vous les cinq fameuses étapes du deuil ? Le déni, la colère, l'expression, la dépression et l'acceptation… Car grosso modo, c'est un peu ce qui est en train d'arriver à Hinata. Sauf qu'elle fait tout dans le désordre. Elle a déjà dépassé les caps du déni et de la dépression. Là, elle vit celui de la colère. Elle est en plein dedans, comme le marque ce chapitre. C'est une phase sensible dont l'issue s'avérera déterminante.
J'ai un peu plus dépeint le portrait de Karin. Car mine de rien, bien que secondaire, elle a son importance. Personnellement, ce n'est pas un personnage que j'apprécie énormément. Mais je ne la déteste pas. Je crois qu'il est important de pouvoir la cerner. Elle aime toujours Sasuke. Mais elle est quand même dans un questionnement. J'ai parlé d'un « amour inextinguible », car il a survécu à sa trahison. L'emploi du mot « inconsidéré » importe, car il montre que Karin sait ce qu'elle risque. Quelque part, l'image de Naruto qui resurgit sans qu'elle s'y attende, manifeste sa propre réserve vis-à-vis des agissements de Sasuke.
Sasuke réapparaît après quatre chapitres. Je sais que certains l'attendaient avec impatience. Le huitième lève l'un des fameux mystères évoqués dans le cinquième. Il fait le lien entre les deux. Je ne vends pas la mèche, c'est à vous de trouver. Au pire des cas, vous aurez la réponse d'ici une dizaine de chapitres ! Karin note sa profonde solitude. En définitive, Sasuke a eu ce qu'il voulait. Il est parfaitement seul, à une exception près. Karin l'aime toujours. Donc le cycle de haine n'est pas total. Mais c'est accessoire.
Je parle deux secondes de la collaboration entre Sai et Hinata. Pour ma part, ils m'amusent beaucoup. Je trouve que Sai apporte juste ce qu'il fallait à Hinata. Elle apparaît souvent comme trop parfaite, presque un peu lisse (sous ma plume). Je pense qu'avoir un personnage qui la déprécie, amène quelque chose. C'est plus réaliste. Il la fait un peu sortir de ses gonds. Il donne à voir une Hinata un peu plus faillible. Forcément il finira par avoir raison de sa patience. Ce qui promet une explosion mémorable. Il a un côté profondément irritant.
Pour finir, j'avais parlé de romance. C'est décidé, j'opte pour SasuKarin ! XD Non je plaisante. En vérité, mes choix ne sont toujours pas arrêtés. Pour l'instant, je doute fort que le personnage de Sasuke puisse vivre quelque chose de ce genre. Honnêtement, il a fait trop de mal autour de lui. Je ne vois pas qui pourrait encore l'aimer de cette façon. Même s'il parvenait à obtenir le pardon. Il a tué Naruto. Personne ne pourra vraiment l'oublier. En tout cas, d'un point de vue réaliste, je ne trouve pas. Mais bon, ne jamais dire jamais ! Une histoire peut parfois prendre un tour surprenant. Tout ce que je sais, c'est que je garde au moins deux couples de base. Le reste va changer. Vous pouvez toujours essayer de deviner !
