Chapitre 2

Harry et Ron tournaient en rond dans le bureau de McGonagall. La professeure finit par pénétrer dans la pièce, cachant avec difficulté un air grave. Pourtant, les deux garçons n'étaient pas dupes. Le regard inquiet sous les lunettes en demi-lune de la nouvelle directrice de Poudlard en disait long.

« Nous ne savons pas où ils se trouvent. Nous avons fouillé tout le château, contacté le Ministère, les Aurors, personne ne les a aperçus. Nous pensons… »

Minerva se pinça les lèvres, se demandant s'il était bien prudent de révéler leurs théories à deux adolescents d'à peine 18 ans, plus qu'impulsifs… Mais elle se dit qu'Harry Potter méritait au moins cela.

« A quoi pensez-vous ? Demanda le rouquin, stressé.

_ Ils ont peut-être… changé de plan… d'époque, de dimension, ou encore de monde…

_ De monde ?! Mais comment va-t-on faire pour retrouver Hermione ?! Demanda Harry, paniqué.

_ Du calme, Potter… Nous allons attendre que Neville se rétablisse et…

_ Il est secoué ! Plus nous attendons, plus nous prenons le risque que…

_ Monsieur Potter. Neville Londubat n'est plus en capacité de voir, et à peine de s'exprimer ! Je vous rappelle qu'il a respiré cette fumée, plus que n'importe qui. Madame Pomfrech s'occupe de lui en ce moment même. Lorsqu'il sera guéri, nous retrouverons la formule qui lui a permis de créer la potion pour nous permettre de comprendre où est le Professeur Snape et Hermione Granger. Avec un peu de chance, ils auront la même idée et peut-être pourront-ils se sauver eux-mêmes.

_ Vous voulez dire… qu'on ne peut rien faire ? Demanda Ron tristement.

_ Je crains que non… Ils devront se débrouiller seuls, pour le moment… »

Harry se mit en apnée. Il connaissait les capacités d'Hermione pour s'en sortir en toute circonstances, et elle avait l'intelligence de Snape de son côté… Pourtant, il ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter de plus en plus.


Ce sifflement inquiétant les figèrent sur place. Le visage d'Hermione blêmit à vue d'œil. Snape avait le regard fixé sur le couloir. Il fallait agir.

Alors que ce bruit étrange et lugubre s'approchait d'eux, le professeur entraina Hermione à sa suite, le long d'une porte en bois. La jeune fille pétrifiée contre son torse, il ouvrit le placard et s'y engouffra à tatillon et en reculant. Il tentait d'être le plus silencieux possible. Ils étaient entourés de babioles, balais et seaux. Avancer sans faire tomber quoique ce soit relevait d'une véritable épreuve d'agilité.

L'accès étant restée légèrement ouvert, ils virent une ombre longer le couloir. Hermione retint sa respiration. La forme ressemblait à un géant sous une cape noir fluide. Ses mains gantées pendaient de part et d'autre du vêtement. Le capuchon de sa robe était rabattu, de sorte qu'on ne distinguait rien d'autre qu'un trou sombre à la place du visage. Le bras du professeur, était toujours contre la poitrine d'Hermione. Il pouvait sentir les battements erratiques de son cœur, raisonnant avec le sien. La créature s'arrêta devant le placard et tourna la tête. Il y avait deux petits yeux verts et scintillants qui se détachaient de sous la capuche. Snape sentit le cœur d'Hermione s'accélérer, et elle s'accrocha à son bras comme si sa vie en dépendait. Snape recula d'un pas. Il sentit le mur froid contre son dos.

Cette fois, le monstre avança vers eux. Snape se maudit de pas avoir été assez prudent et rapprocha encore plus le corps de la jeune femme contre lui. Celle-ci ferma les yeux et pressa le bras de son professeur si fort que ses jointures en étaient blanchies. Elle avait si peur... Non. Elle était plutôt pétrifiée de terreur. Ce que cette créature dégageait l'affectait étrangement. Elle voyait sa vie défiler devant ses yeux. Harry, Ron, sa carrière, les cours, ses notes aux prochains examens, sa vie elle-même... plus rien n'avait d'importance. Elle se dit alors qu'elle avait au moins le réconfort de finir sa vie dans les bras de son professeur de potions, et cette pensée la déstabilisa un court instant. Alors qu'une main gantée s'avança vers eux lentement et qu'Hermione ferma les yeux, les deux comparses entendirent un rire… Un éclat de voix, léger, aiguë, voire même strident sortir du couloir.

Le monstre se désintéressa d'eux et partit rapidement. Hermione n'osa ouvrir les yeux et lorsqu'elle le fit au bout de deux longues minutes, une larme solitaire coula le long de sa joue. Ils restèrent longtemps ainsi, dans l'incapacité de bouger. Snape ne pouvait retenir sa respiration rapide, témoin de sa panique. Il en avait encore des frissons. Seule la chevelure bouclée de la jeune femme qu'il tenait contre lui ainsi que son parfum, mélange délicat de vanille et de parchemin, parvenaient à le calmer et à le garder lucide.

Hermione agrippait encore le bras de son professeur contre elle comme l'on s'accroche à une bouée de sauvetage en pleine mer. Elle ne savait même pas si elle arriverait à s'en détacher. Pourtant, faiblement, elle commença à desserrer son emprise. Ce fut peut-être le déclic nécessaire à son professeur pour s'ancrer de nouveau dans la réalité puisqu'il s'éloigna rapidement d'elle. Lorsqu'il se retrouva à une distance plus raisonnable de son élève, il se mit à réfléchir à toute allure. Il effleura la peau de son bras et pouvait encore sentir la poigne d'Hermione. Il avait froid et restait groggy par la chaleur du dos de la jeune femme contre son torse, cette même chaleur qu'il avait rejetée avec vigueur. Cela lui manqua. Il secoua la tête face à cette pensée saugrenue.

La bouche asséchée par tant d'émotions aussi intenses que contradictoires, il reprit rapidement contenance et remit son masque de dureté sur le visage.

« Très bien Miss Granger. Nous ne sommes apparemment plus à Poudlard… Enfin, plus vraiment. »

Sa curiosité piquée au vif, Hermione fronça les sourcils et se redressa. Elle oublia son trouble rapidement.

« Comment cela ?

_ Nous sommes... Merlin sait où, probablement dans un plan d'existence différent. Récapitulons… »

Le professeur commença à marcher en rond, parlant plus pour lui-même que pour entretenir une quelconque conversation avec son élève.

« Les fantômes sont… « vivants » si l'on peut dire, mais ils ne peuvent pas interagir avec nous. L'atmosphère semble comme grisée… »

Le professeur se permit de jeter un coup d'œil en direction d'Hermione. Vêtue de sa jupe, de ses collants opaques et de son chemisier blanc, même son cardigan ne parvenait à cacher les tremblements dû à la fraicheur des lieux.

« L'air est gelé, les escaliers sont figés. Nous n'avons rencontré que des tableaux vides pour le moment, et le château semble être hanté par une créature qui a vraisemblablement senti notre présence. »

L'homme vit, son élève trembloter, mais cette fois de peur. Il aurait pu ressentir l'envie de la rassurer, mais il devait s'avouer que la situation ne semblait pas tourner à leur avantage pour le moment. Il fallait trouver une solution, l'heure n'était pas propice aux jérémiades.

« Puis, il y a eu ce ricanement étrange qui a fait éloigner la créature. »

Hermione redressa la tête, oubliant tout à coup sa frayeur.

« J'ai… J'ai déjà entendu, oui… Ce rire ne m'est pas inconnu. Bafouilla la jeune Gryffondor. »

Snape releva un sourcil interrogateur. Puis, il se pinça les lèvres et reprit sa marche méditative.

« Peu importe. La priorité est de trouver un refuge. Explorer, voir quelles sont les limites de ce monde. Il faut qu'on trouve… de la nourriture, de l'eau, et identifier ce qui a fait s'éloigner cette créature pour l'utiliser à notre avantage. »

Hermione se mit à remercier l'Univers entier pour s'être retrouvée dans cette situation avec son maitre des potions. Il était le plus à même de les maintenir en vie. Avec Ron, elle serait probablement morte il y a quelques minutes. Elle avait envie de rire, mais se retint de justesse. Il lui semblait devenir folle.

« Venez, et nous ne devons nous séparer sous aucun prétexte. Insista Snape en sortant avec précaution du placard. »

Snape s'était saisi du poignet de la jeune fille et l'entraina à sa suite. Il avait une démarche silencieuse, fluide et rapide qu'Hermione peinait à suivre. Mais elle n'en dit pas un mot, de peur d'ameuter un autre monstre plus effrayant encore. Alors, elle se mit à réfléchir à tout vitesse.

Ce ricanement espiègle… Cette voix… Elle était certaine de la connaître. Alors qu'ils s'apprêtaient à sortir par la Grande Porte, Hermione se stoppa net.

La force de son professeur la fit presque vaciller. Pourtant, elle était pétrifiée sur place. Ses pieds cloués aux sol refusaient d'avancer. Alors que Snape s'apprêtait à lui faire une énième remontrance, elle l'observa presque perdue.

« Mimi. Chuchota-t-elle. »

L'homme devant elle fronça les sourcils, perdu.

« Pardon ?

_ Nous devons aller dans les toilettes des filles. Lâcha Hermione, d'un regard illuminé.

_ Miss Granger, ce n'est pas… »

Hermione retira un peu trop vivement sa main de la poigne de son professeur et fit demi-tour. Cependant, celui-ci la happa par le bras une nouvelle foi, empli d'une colère noire.

« Je vais ai dit que nous ne devions pas nous séparer ! Grogna-t-il.

_ C'était Mimi Geignarde ! Nous devons absolument la retrouver ! Lâcha Hermione, désemparée. »

Il lui sembla que son élève perdait complétement pied. Le choc, peut-être. Dans tous les cas, il était hors de question de ne pas suivre son plan initial. Et il était à présent en train de prier pour ne pas avoir à la porter de force à travers tout le domaine pour vite s'éloigner du château.

« Miss Granger, nous allons sortir et…

_ Professeur je vous en prie. »

Hermione avait haussé le ton et lui lançait un regard suppliant.

« Faites-moi confiance… Lança-t-elle dans un souffle. »

A ce moment très précis, Snape ne sut ce qu'il se passa dans son esprit. Avec Potter, Weasley, Voldemort même en personne, il n'aurait rien lâcher… Snape n'abandonnait jamais rien, il ne change jamais de plan, reste pragmatique, prudent. Pourtant, il lui accorda un hochement de tête sans vraiment s'en rendre compte et se mit à suivre la jeune femme. Il pensa qu'il devait lui aussi avoir perdu totalement les pédales.

Au bout de plusieurs minutes, au lieu d'un rire mutin, il entendit un chant. Un air, railleur et narquois. Oui, Mimi Geignarde n'était pas loin. Il avança plus rapidement, guidé par son ouïe. Hermione lâcha la main de son professeur, qu'elle avait saisi sans le réaliser et courut dans le couloir pour atterrir à l'entrée de la bibliothèque.

« Mimi ! Cria-t-elle. »

Une silhouette s'arrêta tout à coup de marcher, en même temps que son chant quitta sa gorge. Elle se tourna. Hermione ne put cacher sa surprise. Sa robe d'ordinaire délavée était à présent propre, et elle pouvait voir distinctement le blason de Serdaigle l'ornementer. Ses cheveux, habituellement pendants et ternes, étaient attachés et brillaient d'une noirceur hypnotique. Elle avait de grands yeux bleus et son teint n'était plus aussi blafard. Elle ressemblait cette fois à une véritable jeune étudiante.

Alors qu'Hermione s'apprêtait à être ignorer, la jeune fille devant elle la regarda dans les yeux.

« Mimi ? Redemanda-t-elle en fronçant les sourcils. »

La jeune fille s'approcha d'elle avec précaution, restant mutine. Arrivée à sa hauteur, elle la jaugea durant de longues minutes.

« Vous ne devriez pas être ici. »

Sa voix n'était pas aussi aigüe et délurée qu'à l'accoutumée. Son ton laissait transparaître une gravité qu'elle ne lui connaissait pas. Durant l'élaboration du polynectar, Hermione avait appris à connaître Mimi voire même à l'apprécier. Son espièglerie était tant habituelle que sa phrase la désarçonna quelques instants. Elle en oublia l'incongruité de la situation et le fait que la jeune fille pouvait la voir, contrairement aux autres fantômes hantant les lieux.

« Et vous non plus. Compléta-t-elle en regardant le maitre des potions.

_ Nous le savons. Dit-il simplement en soutenant son regard.

_ C'est un… accident. Finit par dire Hermione. Tu dois nous sortir d'ici. »

Mimi ricana tel un diablotin.

« Je ne peux pas faire ça. Répondit-elle simplement.

_ Où sommes-nous ?

_ Oh ça… C'est compliqué. Lâcha Mimi en pénétrant dans la bibliothèque. »

Le professeur Snape et Hermione se regardèrent, abasourdis avant de suivre Mimi à travers les étagères vides de livres.