Cela faisait désormais un mois que Connie et Jeff se fréquentaient et il avait été officiellement présenté à Mike et Jack lorsque Connie les avait convié à venir célébrer sa victoire dans le procès Harden autour d'un verre. Evidemment, il avait immédiatement déplu à Mike. Quelque chose en lui sonnait faux, peut-être était-ce le fait qu'il correspondait trop parfaitement à ce que recherchait Connie dans une relation, peut-être était-ce le fait qu'il savait être trop charmant, se préoccupant sincèrement d'elle, peut-être était-ce le fait qu'il avait également réussi à mettre Jack dans sa poche, pourtant d'ordinaire si protecteur envers Connie ou peut-être était-ce tout simplement parce que Mike ne trouvait aucune raison objective de le détester, hormis le fait qu'il soit en couple avec celle qu'il aimait.
Il ne trouva de réconfort qu'en se plongeant davantage dans le travail, passant de plus en plus de temps dans son bureau, refusant même de déléguer certaines affaires afin de maintenir son esprit occupé.
- Rentrez chez vous Mike.
Mike leva les yeux de son dossier pour constater que Jack l'observait depuis l'encadrement de la porte de son bureau.
- Je veux être sûr d'être prêt pour l'interrogation du témoin de la défense demain.
- Vous êtes prêt Mike, vous l'êtes toujours. Allez venez, je sens que vous avez besoin de parler.
Mike soupira et se leva, se saisissant de sa veste. Dans un geste affectueux, Jack posa une main sur son épaule, le conduisant hors de son bureau.
Une affaire d'envergure arriva bientôt entre les mains de Mike : un des adjoints au maire de New York, Howard Bailey, venait d'être retrouvé assassiné chez lui et tout laissait à penser qu'il s'agissait là d'un cambriolage qui avait mal tourné.
Compte tenu de l'importance de la victime, d'importants moyens policiers avaient été mis en œuvre. Lupo et Bernard étaient en pleine discussion avec le médecin-légiste alors que le lieutenant Van Buren accompagnait une femme en état de choc, vraisemblablement la femme de Bailey, vers l'ambulance garée devant son domicile. En regagnant la maison des Bailey, elle donna quelques consignes aux policiers pour renforcer le périmètre de sécurité et contenir les curieux qui commençaient à affluer.
Mike et Connie avaient été appelés assez rapidement et c'est ensemble qu'ils arrivèrent sur la scène du crime. Anita leur résuma brièvement la situation.
- C'est Mme Bailey qui a découvert son mari, elle venait de passer la soirée à l'opéra en compagnie de sa sœur. Elle nous a expliqué que son mari devait l'accompagner mais ne sentant pas bien depuis le matin, il avait préféré renoncer pour se reposer chez lui. Lorsqu'elle était arrivée devant chez elle, elle avait constaté que la porte était fracturée et demandé à son chauffeur de prévenir immédiatement la police. Poussée par la curiosité, elle est quand même entrée et a découvert son mari, comme ça…
- Vous pensez que c'est un cambriolage qui aurait mal tourné ?
- Mes détectives n'ont pas pu l'interroger vu son état mais c'est ce qui paraît être le plus probable. Mme Bailey a fait appeler sa gouvernante pour qu'elle nous aide à établir la liste de ce qui pourrait manquer.
Lupo et Bernard se chargèrent de l'interroger lorsqu'elle arriva une vingtaine de minutes plus tard, notant différents éléments sur un calepin. Connie accompagna les deux détectives pour vérifier ce qui manquait alors que Mike restait avec le lieutenant Van Buren pour accueillir le Maire, mis au courant de la mort de son adjoint.
Quelques pièces en porcelaine de Chine appartenant à Mme Bailey étaient manquantes mais ce qui manquait surtout, c'était la collection de montres de luxe de Howard Bailey. La gouvernante avait précisé que M. Bailey gardait soigneusement dans le tiroir du haut de sa commode vingt-deux montres de grande horlogerie suisse, dont elle leur fournit la liste.
Le lendemain, les deux détectives se rendirent au bureau du DA avec la liste exacte des pièces manquantes ainsi que l'estimation de leur valeur. Mike siffla d'étonnement et d'admiration en la parcourant des yeux.
- Eh bien, notre cher Bailey avait une passion bien onéreuse…
- Cette fascination pour les montres me dépasse. Quel intérêt de mettre des milliers de dollars dans ce simple objet ?
- Détective, une montre de l'une de ses marques est signe d'élégance et de raffinement.
- Mike, ne me dites pas que vous aussi vous possédez l'un de ces modèles ?!
- Lorsque j'étais à l'école de droit, je suivais un cours spécifique pour améliorer notre éloquence et mon professeur nous répétait souvent qu'un procès était comme une pièce de théâtre, que ce qui était important ce n'était pas seulement notre jeu d'acteur, c'était également notre présentation. Et selon lui, chez un homme, la montre était aussi importante que le choix du costume. Alors j'ai commencé à épargner dès que je le pouvais afin de m'offrir l'une de ces montres.
- Nous faisons surveiller les sites internet qui pourraient servir à leur revente et on a contacté l'un de nos indics pour savoir s'il avait entendu parler du cambriolage d'hier soir.
- Et bien j'imagine qu'il ne nous reste plus qu'à attendre que les résultats des prélèvements effectués dans la demeure des Bailey ne nous parviennent...
Mais un élément ne cessait d'occuper l'esprit de Lupo: comment se faisait-il qu'un fonctionnaire comme Howard Bailey ait les moyens de s'offrir autant de montres de luxe?
