Chapitre 6

Snape sortit des toilettes des filles avec précaution. Il avait attendu l'arrivée de Mimi durant près d'une demi-heure, mais s'était finalement résolu à partir dans le château, seul. Il ne savait même pas d'où sortait son idée qu'il qualifiait d'à la fois stupide et ridicule… Il fallait croire que côtoyer une Gryffondor du matin au soir avait de sérieuses influences sur son équilibre psychique. Avec prudence, le professeur avança jusqu'aux quartiers des Serpentards.

Il longeait les murs. Ce Basilic, rodant, flairant son sang jugé « impur » le stressait bien plus qu'il ne voulait l'admettre. Il connaissait la douleur que pouvait provoquer le venin de serpent, et n'avait en aucun cas envie d'en refaire l'expérience. Il avait émis un faible Lumos grâce à sa baguette et fouillait chaque armoire et lit avec empressement.

« Vous faites quoi ? »

Snape s'était retourné à la vitesse de l'éclair vers son assaillant et s'apprêtait à lui lancer un sort informulé lorsqu'il se stoppa dans son élan. Mimi Geignarde se tenait devant lui, la tête penchée en une expression étrange.

« J'ai failli vous tuer. Grogna-t-il.

_ Je suis déjà morte en réalité. Lui répondit-elle en ricanant. »

Snape la fusilla du regard puis, las, retourna à ses affaires. De nouveau, il revint vers Mimi, une lueur indescriptible dans les yeux.

« Vous accepteriez de me rendre un service ? »


Le professeur ouvrit presque à la volée la Chambre. Il ne sortit pas de l'entrée.

« Nous allons dans la Forêt Interdite. Lâcha-t-il sans considération en direction de son élève. »

Hermione, qui n'avait même pas levé les yeux, se leva et se traîna à sa suite d'un pas lent et déprimé.

« Vous êtes revenu. Lui dit-elle.

_ Bien sûr. Seulement, je dois vous dire que nous devrons aller nous ravitailler sans l'aide de Mimi. »

Hermione se stoppa dans sa marche, anxieuse.

« Pourquoi ?

_ Elle a été retenue. Mentit-il. »

Hermione sentit le manque de conviction dans la voix de son professeur. Elle avança, plus réticente encore. Ils n'avaient jamais passé autant de temps en dehors de la Chambre sans que le fantôme de Mimi ne les aide à éloigner le Basilic d'eux. Lorsqu'ils arrivèrent dehors, le vent leur fouetta le visage. Hermione se stoppa.

Des éclairs verts transcendaient le ciel. La pluie était battante. Des bourrasques, fortes et assourdissantes menaçaient de faire s'écrouler la Forêt tout entière à tout instant. La météo était loin de se prêter à un ravitaillement, mais ils manquaient cruellement de nourriture et d'ingrédients.

Alors, pour la première fois, ils ne se séparèrent pas.

Aux aguets, l'ancien Mangemort surveillait avec attention les alentours, ce qui les ralentissait dans leurs cueillettes. Décidant finalement qu'il valait mieux faire vite, il s'affaira à couper des racines sans même faire attention aux épines qui lui écorchaient les doigts. Ses mains, trempées de pluie, glissaient sur les plantes.

Soudain, il sentit un frôlement. Son âme toute entière semblait s'être refroidie, comme s'il était sous l'influence du baiser du Détraqueur. Snape se raidit et, sans réfléchir, fondit sur Hermione en la plaquant contre un arbre.

Celle-ci cria de surprise et de peur. Elle redressa la tête, mais ferma les paupières aussitôt avec effroi. Elle les avait vus… Ces yeux… Ce regard qui l'avait pétrifié littéralement des années auparavant.

Il était là.

Snape sentit tout à coup des griffures, profondes s'entailler dans la chair de son dos. Il retint un hurlement de douleur et pressa encore plus son élève contre lui. Il serra les dents pour oublier son supplice, en vain. Il haleta en rassemblant toutes ses forces pour ne pas s'effondrer. Le sang coulait de ses chairs, il pouvait en sentir les gouttes qui déferlaient le long de son dos jusqu'à ses jambes pour finir par se répandre sur le sol. Hermione ne retenait plus ses pleurs à présent, certaine de se retrouver seule, persuadée de le perdre, et… Non, il en était hors de question. Elle sentait les assauts de la créature, s'acharnant sur le corps de son professeur qui la protégeait de la moindre égratignure.

« Mimi… Chuchota-t-elle. »

La jeune fille n'apparaissait pas. Alors Hermione retint un cri, effondrée en commençant à tenir Snape par sa chemise. Il ne tarderait pas à s'évanouir.

Elle devait faire quelque chose… N'importe quoi…

Le professeur, les yeux clos, réalisa qu'il allait sûrement mourir. Au moins, ce ne serait pas au fin fond de la Cabane Hurlante. Il sentit la chevelure de la jeune femme lui chatouiller le nez et se raisonna en se disant qu'il aura au moins eu le mérite d'avoir su protéger son élève jusqu'au bout. Il se fut la réflexion étrange et vraiment impromptue qu'elle avait un parfum délicieux.

Hermione enfouit son visage dans le torse de son professeur, respirant son odeur à plein poumon. Elle repensa à Harry, Ron, leur rencontre, leurs aventures… À la guerre, à la fin du Seigneur des Ténèbres, et enfin à lui… Snape…

Lui qui l'avait protégé de l'assaut d'un loup-garou, lui qui avait un jour punit un élève qui la traitait de Sang-de-Bourbe, Harry et Ron s'amusant à l'insulter alors qu'elle n'approuvait déjà pas leurs comportements. Elle ressenti de nouveau sa terreur lorsqu'elle l'avait aperçu se faire attaquer par Nagini. Puis, elle le revit... Lorsqu'il s'était mis entre elle et la potion de Neville, ces moments où il lui enlevait des points sans raison, et... quand il s'était assis sur son lit. Elle énuméra ce qui lui manquait, à elle comme à lui. Elle se remémora les nuits passées à épier son sommeil, son regard lorsqu'il était concentré au-dessus de son chaudron, ses sarcasmes qui la faisaient tenir debout et sourire, lorsque sa main avait frôlé la sienne trois jours auparavant quand elle lui avait tendu des racines de Mandragore. Il lui avait jeté un regard indifférent. Elle s'était sentie bête.

Elle finit par serrer sa baguette contre elle.

« Expecto Patronum. Murmura-t-elle. »

Elle n'avait pas réfléchi, les mots étaient sortis machinalement. La magie était instable, faible en ce monde et elle savait quelle folie cela représentait de lancer un sort si puissant. Pourtant, de sa baguette jaillit, au lieu de sa loutre habituelle, un immense lynx de plusieurs mètres de haut. Il traversa le monstre et, d'un hurlement, l'envoya s'envoler si loin qu'Hermione ne voyait plus le Basilic. La jeune femme ne perdit pas son sang-froid et passa rapidement un bras sous celui de son professeur. Elle se mit à courir du mieux qu'elle pouvait en direction de Poudlard.

Au bout d'un certain temps qui lui parut interminable, Hermione finit par arriver tant bien que mal dans la Chambre. Elle aida son professeur à s'allonger dans son lit et retira ses mains de son dos… Elles étaient imbibées de sang. Son teint pâli en voyant le maître des potions, à l'agonie.

Elle regarda le chaudron non loin d'eux et ne réfléchit pas davantage.

« Que… faites-vous ? Demanda difficilement Snape, la respiration sifflante.

_ Je vous sauve la vie. Lui répondit-elle.

_ Nous devons garder… Les ingrédients pour…

_ Je ne rentrerais pas sans vous ! S'exclama la jeune femme, paniquée et à bout de forces. »

Snape secoua légèrement sa tête, puis grimaça. Il devait l'avouer : il était mal en point. Mais il lui semblait qu'il était si proche de réussir à les ramener…

« N'utilisez pas les asphodèles… »

La jeune femme, au même instant, jeta les fleurs aux pétales blanches dans le chaudron et Snape grimaça de plus belle. C'étaient les dernières.

« Arrêtez. Dit-il en grimaçant. »

Elle ne l'écoutait toujours pas.

« Miss… Granger… Grogna-t-il de plus belle. »

Elle remua la tête, tentant de chasser les paroles suppliantes de son professeur. Elle ne voulait plus l'entendre.

« Hermione. Finit-il par chuchoter. »

La jeune femme se tourna vers lui, le regard embrumé, presque d'un geste rageur. Les yeux plongés l'un dans l'autre, elle savait que si elle continuait… Ils ne pourraient peut-être pas revenir avant des semaines, voire des mois. Pourtant, il était hors de question qu'elle le laisse mourir. Il avait besoin de cette potion de soins. Au diable les ingrédients. Elle avait besoin de lui.

Il vit sa détermination et s'en voulu. Il l'entraînait dans un danger, perpétuel alors qu'elle aurait pu rentrer et tout ça… Pour quoi ?

Snape émit un ricanement, rauque, las, et triste. Il avait mal, le sang continuait de couler à travers ses plaies, mais il s'en fichait éperdument. Elle arriva à sa hauteur et se mit sur les genoux. Gardant son regard ancré dans le sien, il comprit, face à la fiole d'un rose profond, qu'elle avait utilisé le reste des ingrédients.

« Je vous en prie. Lui chuchota-t-elle. »

Snape ferma les yeux, puis, après un long temps de silence, se tourna dos à elle. Ses yeux s'arrondirent en voyant les entailles profondes dans sa chair meurtrie. Elle pressa le flacon entre ses mains, priant de toutes ses forces pour que cela suffise à le guérir.

« Je… »

Elle avait envie de dire quelque chose, n'importe quoi… Mais plus aucun mot ne parvenaient à franchir la frontière de ses lèvres. Elle se pencha, déchira la capuche de sa cape. Puis, elle frôla la peau de sa taille. Déglutissant, elle finit par poser le tissu imbibé de potion sur les plaies et Snape siffla entre ses dents en serrant les mains si fort que ses ongles pénétraient sa chair. Cela allait être long…


Au bout de ce qui lui sembla une éternité, le professeur s'assoupit, éreinté d'avoir tant lutté. Il ne s'en rendit compte qu'en rouvrant les yeux, plusieurs heures plus tard, une migraine menaçant méchamment de s'étendre au fin fond de sa boite crânienne. Lorsqu'il se redressa, il grogna en retombant sur le matelas. Ses plaies n'avaient pas encore complètement cicatrisé. Pourtant, il se releva tout de même avec précaution après 10 longues minutes.

« Professeur… Contesta Hermione en se redressant sur son lit. »

Snape n'en tint pas compte. Fatigué, il avança péniblement jusqu'à l'entrée de la Chambre. Hermione se précipita à sa suite, passablement agacée. Elle n'avait pas fait tout cela pour qu'il rouvre ses plaies et annule les effets de la potion.

« Monsieur. S'agaça-t-elle. »

Grinçant, Snape se tourna vers elle.

« Miss Granger, je vais bien. Ramassez plutôt ça. Lui ordonna-t-il en désignant une cape noire enroulée sur elle-même au sol. »

Interloquée, la jeune femme prit le vêtement. Sans explication, Snape s'avança de nouveau vers le fond de la Chambre, qui lui semblait être à des kilomètres. Enfin, il y parvint et ne put retenir un soupir d'apaisement en s'asseyant sur ses draps.

Hermione, quant à elle, déposa la cape sur une des tables et l'ouvrit. Elle y vit, parfaitement pliée, un pull sur lequel était brodé le sigle des Serpentards, ainsi que des chaussettes hautes vertes et argents et une paire de collants opaques.

Les yeux de la jeune femme s'arrondirent de surprise. Elle ouvrit la bouche, puis la referma plusieurs fois.

« Poisson rouge, Miss Granger. Grogna le professeur. »

Hermione se retourna puis, hésitante, se déplaça pour rester debout, face à lui.

« Qu'est-ce que c'est ? Demanda-t-elle.

_ Votre anniversaire. Grimaça le professeur en se repositionnant.

_ C'était il y a quatre jours.

_ Excusez-moi, Miss-je-sais-tout. Je n'avais pas de calendrier à ma disposition. Énonça-t-il, sarcastique. »

Hermione caressa délicatement le pull de ses doigts.

« Retournez vous coucher. Lui dit-il. »

Hermione ne s'y exécuta pas et resta silencieuse de longues minutes.

« Comment ? Finit-elle par lui demander.

_ C'est un secret. »

Hermione savait qu'après avoir fouillé les 3/4 des armoires de Poudlard, celles-ci étaient restées indubitablement vides. Elle se demanda alors si son professeur n'avait pas passé un accord avec Mimi Geignarde en échange de ses vêtements. L'idée lui parut au premier abord, totalement absurde. Cependant, plus elle y pensait, et plus elle trouvait cela plus que probable… Oui, elle en était certaine à présent.

Il avait laissé Mimi repartir en échange de ce pull et de ces chaussettes. Cela lui paraissait si dérisoire et pourtant, elle se mit à toucher les vêtements comme s'ils étaient la chose la plus précieuse sur Terre.

Il avait pris le soin d'en changer les couleurs pour que cela s'accorde à sa maison. Hermione redressa son regard vers lui et refusa de pleurer. Pourtant, ses yeux pétillants la trahissaient.

Il avait fait plus que la protéger. Bien plus… Son cœur s'emballa brutalement. Personne n'avait jamais rien fait d'aussi fort pour elle, non personne. Pas même Harry. Ni ses parents, ni qui que ce soit. Pudique, elle retourna à sa couche sans un mot, en se promettant de lui rendre la pareille.


Et comme toujours, mes petits commentaires ! N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez, votre avis compte énormément

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« Il ne savait même pas d'où sortait son idée qu'il qualifiait d'à la fois stupide et ridicule… Il fallait croire que côtoyer une Gryffondor du matin au soir avait de sérieuses influences sur son équilibre psychique. » Oui en effet, ce n'est pas pour rien que Snape évite ses élèves xD

« Snape se raidit et, sans réfléchir, fondit sur Hermione en la plaquant contre un arbre. » Pour être honnête, s'ils n'avaient pas été en situation de danger entrainant la mort, ce passage aurait pu me réjouir vraiment beaucoup.