Chapitre 7

Hermione était assise en tailleur, à même le sol, dans les toilettes du second étage. Elle s'efforça de presser des cerises dans un chaudron, avec difficulté. Elle était entourée de trognons de poires, de noyaux de cerise, elles avait les mains rouges et était totalement décoiffée. Pour la peine, elle avait revêtu ses collants déchirés ainsi que ses chaussettes rouges et or. Snape s'était remis assez vite de ses blessures, mais ils étaient à court de plusieurs ingrédients, maintenant introuvables. Alors ils ne sortaient que plus rarement encore.

Soupirant, Hermione versa le liquide qu'elle avait obtenu dans une petite cuve et la laissa dans un coin sombre. Elle finit par redescendre vers la chambre où Snape était accoudé devant un chaudron vide. Il ne s'était jamais imaginé cela un jour, mais il aurait tout donné pour ne pas faire de potion aujourd'hui.

Hermione s'éclipsa derrière son paravent et se changea pour revêtir l'habit Serpentard que Snape lui avait confectionné. Elle sourit en sentant la chaleur du pull contre elle et ne put s'empêcher d'y voir un symbole. Son professeur représentait le feu à travers cet univers glacé. Elle resta cachée, l'observant attentivement à travers les interstices du paravent.

Snape passa ses doigts dans ses cheveux noirs. Hermione réalisait qu'ils avaient encore poussé. Elle se pinça la lèvre en voyant ses mains, immenses, fortes, protectrices. Ce qu'elle appréciait par-dessus tout était son regard. Si elle voulait être parfaitement honnête, elle les avaient aimées dès le premier jour, la faisant passer par diverses foules de sentiments, parfois contradictoires. Il l'avait effrayé, puis humilié, elle l'avait autant craint qu'admiré. Elle avait toujours été fascinée par sa carapace, si solide. Il était maître de lui-même, plus qu'elle ne le serait jamais. Elle voulait tant se « dompter » autant que lui… Mais ce n'était pas dans sa nature. Elle était trop sauvage, trop… Authentique. Elle avait besoin d'extérioriser ses sentiments, même si elle se renfermait dès qu'elle se sentait triste… Hermione afficha un faciès contrarié. Elle n'était vraiment qu'une fille bien banale.

Elle releva ses cheveux en une queue-de-cheval approximative à l'aide d'un ruban et s'avança vers son professeur. Il la suivit des yeux, comme hypnotisé.

Par Merlin. Elle était ravissante.

Snape se donnant une gifle mentale des plus violentes. Elle était son élève. Une gamine, de 19 ans, émotive, impulsive, une Miss-Je-Sais-Tout des plus agaçantes… Mais elle était aussi courageuse, sincère, fidèle, plus mature que n'importe quel professeur de cette école et probablement plus douée encore. Snape déglutit silencieusement.

Que lui arrivait-il ? Il n'avait jamais aimé cette petite peste. Ils ne vivaient pas dans le même monde, ne jouaient pas dans la même cour. Enfin ! C'était une Gryffondor bon sang ! Ils étaient radicalement opposés. Il admirait plusieurs de ses qualités, certes… Mais…

La jeune femme alluma un feu sous son chaudron et se mit à y jeter divers ingrédients, prenant garde à ne pas refaire des tentatives déjà avortés. Ses mèches de cheveux bouclés retombèrent petit à petit autour de son visage, lui donnant l'allure d'une lionne. Ils avaient terni, mais n'avaient pourtant rien perdu de leur superbe. Snape se mit alors à penser que rien ne viendrait jamais à bout de cette tignasse… Magnifique au demeurant.

Il se redonna une claque si forte qu'il grogna de mécontentement en repositionnant ses yeux ailleurs.

« Monsieur ? » Demanda finalement Hermione en se stoppant dans sa mixture qui serait, de toute façon, ratée.

Snape redressa la tête vers elle. Ils parlaient peu. Peut-être n'en avaient-ils plus besoin ? Cela faisait maintenant plus d'un mois qu'ils vivaient côte à côte. Les mots n'étaient plus vraiment nécessaires pour se comprendre, et Snape n'avait jamais été un grand bavard. Discuter lui faisait peur. Comme… Traumatisé par ses erreurs avec Lily, il peinait à tenir une discussion classique sans se sentir mal à l'aise.

« Croyez-vous que je sois comme Mimi Geignarde. ? Demanda-t-elle. »

Snape leva un sourcil, surpris. Il s'attendait à tout sauf à cela.

« Vous plaisantez j'espère ? Demanda-t-il, spontanément. »

Hermione pencha la tête, puis soupira en s'accoudant à la table, face à lui.

« Je ne sais pas. Je suis très émotive. Dit-elle avec ennui.

_ Cela vaut peut-être mieux que de ne pas l'être du tout, Miss Granger. Dit-il suspicieux.

_ J'aimerai être comme vous. »

Snape fut tellement soufflé par les paroles de son élève qu'il ne sortit pas un mot. Il se contenta de l'observer, d'un regard énigmatique. Lui ressembler ? Elle perdait la raison. Il était loin d'être quelqu'un d'enviable. C'était un monstre d'amertume ! Il était acariâtre, bourru, acide et en plus, colérique. N'importe quel être sain d'esprit ferait même mieux de le fuir.

« Ne redite plus jamais cela. Lui ordonna-t-il d'une voix rauque.

_ C'est pourtant vrai professeur… Je suis incapable de me maîtriser. Je vous ai dit un tas d'horreurs, il n'y a pas trois semaines parce que j'étais contrariée.

_ Je vous dis des tas d'horreurs depuis que vous êtes arrivés à l'école, et vous ne…

_ Oui, mais vous ne les pensiez pas.

_ Vous non plus. Lui dit-il durement en plissant les yeux. »

Snape ne réalisa pas qu'il avait confirmé à demi-mot que son sarcasme ne représentait pas le fond de sa pensée. Il eut un silence, lourd et pesant.

« Miss Granger… Je… Ne suis pas doué pour ce genre de choses.

_ Je ne vous demande rien, Monsieur… Lui souffla-t-elle.

_ La vérité est que... »

Snape se stoppa, ses lèvres refusant de s'ouvrir. Il souffla lourdement en se laissant tomber dans sa chaise.

Hermione l'observait, interdite.

« Vous avez des qualités Miss Granger. De grandes qualités. Lui dit-il.

_ Je suis émotive, et bornée.

_ Ce ne sont pas... »

Snape ferma les yeux un instant, se retenant de s'emporter. Fallait-il vraiment qu'il ait cette conversation avec elle ? Dire des compliments, il ne l'avait jamais fait… Le réconfort, la chaleur humaine, ce n'était vraiment pas son fort. Il était plus doué en tant qu'espion que confident, et de loin.

« Ce ne sont pas des défauts.

_ Je ne suis pas une battante.

_ C'est faux, Hermione ! Finit-il par s'agacer. »

La jeune femme redressa son visage à l'entente de son prénom. Il… L'avait appelé Hermione. Cela sonnait étrangement bien dans sa voix. Elle resta fascinée quelques instants à l'entente d'une chose aussi banale, un prénom qu'elle entendait depuis sa naissance, à longueur de journée. Pourtant, cela lui fit l'effet d'un électrochoc.

Snape grimaça, se fustigeant lui-même.

« Vous pensez toujours que j'ai autant de self-control ? Demanda-t-il durement. »

Hermione se pinça la lèvre.

« Pourtant, il vous en aura fallu pour affronter Volde… Enfin, le Seigneur des Ténèbres. Se rectifia-t-elle.

_ Je n'ai fais que payer mes erreurs passées. J'ai été mangemort, Miss Granger. Ceci n'a été que le résultat logique de mes exactions. Et je suis encore en vie, ce que j'estime presque être de trop.

_ Mais je…

_ Miss Granger. Si vous n'êtes pas une battante, personne ne l'est. Lui souffla-t-il. »

La jeune femme eut le regard embrumé de larmes. Elle se secoua le visage en souriant amèrement.

« Vous voyez… Lui glissa-t-elle, dépitée. »

Snape réfléchissait à toute vitesse. Comment lui faire comprendre que, ce qu'elle pensait être un défaut, était pour lui une grande qualité ? Elle n'était pas comme ce fantôme, loin de là. Elle avait affronté des épreuves et n'avait jamais faibli ni abandonné. Elle ne s'était jamais tourné du côté de la magie noire, à aucun moment. À 18 ans, elle avait affronté un des plus grands sorciers maléfique du monde. Ses émotions, qu'elle savait exprimer, celles-là même étaient une preuve d'intelligence, et de grande maturité. Accepter ce que l'on ressent était pour lui un exercice difficile, et… il admirait cela. Hermione Granger était quelqu'un de profondément sincère et véritable. Snape réalisait qu'il voyait en cette femme une égale, sinon un être humain, bon et peut-être même largement supérieur à lui. Il en fut surpris. Les personnes qu'il estimait étaient très peu nombreuses. Il se rendit compte qu'il avait les cartes en main, qu'il pouvait lui dire tout cela… Mais une barrière mentale, invisible et sournoise l'en empêchait.

« Écoutez… Croyez-le ou non, ma situation n'est pas plaisante. Je… Suis même incapable de vous dire le fond de ma pensée vous concernant Miss Granger. Faites-moi confiance sur ce point. Je ne vous souhaite pas de vivre ainsi. »

Hermione déglutit avec difficulté.

« Rappelez-vous lorsque je me suis enfuie dans les cachots en pleurant en première année. J'aurais pu mourir là-bas, tout comme elle. Lâcha-t-elle en désignant le plafond.

_ Mais vous n'êtes pas morte. Parce que vous avez été assez maligne pour sortir de cette situation.

_ J'ai eu de la chance ! Un coup du sort bienheureux pour une fille totalement banale, se planquant derrière la star qui a tué Vous-Savez-ui. Lui lança-t-elle, presque agressive.

_ Vous ? Banale ? Demanda Snape, des plus sérieux. Je vous en prie ! Sans vous, Potter serait mort bêtement sans dépasser l'âge de ses 15 ans. Cet idiot ne fait que récolter tous les lauriers. Lâcha Snape en roulant des yeux.

_ Ce n'est pas de la faute d'Harry. C'est de la mienne… Oui, je suis fade. Qu'ai-je pour moi ? Non, mais regardez-moi voyons ! »

Hermione se leva, agacée. Elle oubliait à qui elle parlait, les lieux, les circonstances. Elle avait besoin de vider son sac, celui de ses propres reproches, de ses incertitudes, celui-là même qu'elle avait rempli, encore et encore durant des années jusqu'à ce qu'il déborde, aujourd'hui même.

« Je ne fais qu'énumérer des livres appris par cœur, je n'ai aucun sens de l'improvisation et encore moins de la créativité. Je ne dégage aucune classe, aucun raffinement. Commença Hermione en tournant en rond, nerveuse. J'ai des cheveux affreux, une dentition horrible, je suis maigrichonne, je pleure sans arrêt. Bon Dieu, je ne me supporte pas moi-même ! Et je suis ridicule, dans ces vêtements portant la maison Serpentard ! Je ne leur arrive pas à la cheville, ne serait-ce que d'un cheveu. Vous avez déjà vu Drago ? Pansy Parkinson ? Daphné Greengrass ? Qui suis-je à côté ? »

De quoi parlait-elle ? Sa maison était en grande partie peuplée d'idiots égocentriques. Et elle le savait plus encore que lui. Sans réfléchir, Snape se leva et se positionna en face de son élève. Il prit appui sur ses épaules, la stoppant dans ses élucubrations. Restant silencieux quelques minutes, il descendit sa main jusqu'au blason qu'il avait recousu à l'aide d'un sort à la place de celui des Serdaigles.

« Croyez-vous que je me serais donné tout ce mal si je ne vous sentais pas digne de ma maison ? Lui souffla-t-il. »

Hermione se contenta de fixer son professeur, interdite. Il souffla lourdement.

« Vous êtes… Plus compétente que la plupart des professeurs de cette école, Miss Granger. De plus, ma maison comporte plus de cornichons que vous ne pouvez vous l'imaginer. »

Snape parvint à extirper un faible rire de la bouche de son élève, ce qui l'incita à continuer.

« Drago n'est pas aussi fort que vous, et ne le sera jamais. Ni cette idiote de Pansy, ni qui que ce soit d'autre. Vous êtes… Charmante, intelligente et vive.

_ Alors pourquoi est-ce que je me sens si seule ? Lui demanda-t-elle, désemparée.

_ Vous les intimidez… Car ils se sentent petits face à vous. »

Snape lui adressa un regard qu'il voulu des plus expressifs. Il ne comprenait pas le pouvoir que cette jeune femme exerçait sur sa personne… Lui… La chauve-souris des cachots, incapable d'exprimer autre chose que du mépris. Une part de lui-même luttait contre ce changement, et l'autre voulait l'accueillir. Snape ne savait plus comment se comporter. Il se posait des questions, qu'il ne s'était jamais demandé par le passé. Que devait-il faire pour stopper ces sanglots ? Il avait envie de la prendre dans ses bras, spontanément. Cela le déstabilisa.

« Je ne veux pas que tout cela devienne une habitude. Finit-il par lui dire. »

Snape regretta son réflexe d'auto défense. Pourtant, elle lui sourit. Elle l'avait compris. Il pouvait bien être lui-même, elle semblait être la seule à saisir ses intentions derrière ses maladresses et sa froideur.

« Combien de point allez-vous me retirer ?

_ Aucun. Vous faites temporairement parti des Serpentards. Je ne retire pas de points à ma propre maison. »

Hermione rit, doucement.

« Alors… Lorsque vous me retirez des points, vous en ôtez à Gryffondor et lorsque vous m'en accordez, c'est pour Serpentard ? Lui demanda-t-elle.

_ Vous apprenez vite. »

Hermione sourit. Elle avait envie de lui tomber dans les bras, l'étreindre fortement, afin de lui montrer qu'elle avait apprécié son soutien plus que n'importe quoi d'autre. Elle voulait sentir sa chaleur, ses bras autour d'elle, son parfum… Si proche…

Elle voulut s'avancer lorsqu'il lâcha subitement ses épaules. Elle se stoppa à temps, certaine d'avoir été à deux doigts de tout gâcher. Si elle savait qu'il en avait eu autant envie qu'elle...