Chapitre 12

« Harry m'a abandonné ! Se plaignait la jeune fille. »

Déjà, ses complaintes sonores parvenaient à agacer, tant la Gryffondor que le directeur de Serpentard. Mimi Geignarde avait toqué à la porte, déprimée. Son arrivée n'était pas vraiment prévue. Elle venait dans ce monde environ une fois tous les 10 jours. À présent, elle arpentait les couloirs de l'entre deux en compagnie d'Hermione, qui avait sommé Snape de « ne pas la laisser gérer cette crise seule ». Bon gré, mal gré, il l'avait accompagné et s'en mordait les doigts.

« Il va revenir. Souffla Hermione, exaspérée.

_ Mais il vient me voir toutes les semaines et il n'est pas venu aujourd'hui. Je l'ennuie, c'est ça hein ? Il en a marre de mes jérémiades.

_ C'est Noël. Il est sûrement parti passer les fêtes avec Ron.

_ Et Ron est vivant, contrairement à moi. Se plaint-t-elle de sa voix suraiguë. »

Snape roula des yeux d'exaspération, à deux doigts de rebrousser chemin et de laisser cette gamine seule. Hermione sentit son agacement, mais que pouvait-elle y faire ? Mimi, elle, s'arrêta brusquement et se tourna vers ses malencontreux confidents de fortune.

« C'est Noël. Vous vouliez peut-être faire quelque chose de particulier ?

_ Non.

_ Oui. Répondit Snape en même temps que son élève. »

Celle-ci se tourna vers lui, mécontente de l'entendre mentir. Elle le fusilla du regard, mais Mimi semblait n'avoir rien remarqué.

« Oh oui, je comprends. Je vais jouer avec Zazar, ça me changera les idées. Je l'attirerai près des dortoirs. Faites ce que vous voulez. Lâcha-t-elle d'un ton triste.

_ Mimi, attend…

_ Non, je préfère être seule. »

Lorsque le corps de la jeune élève s'évanouit au détour du couloir, Hermione se tourna vers son professeur, les mains sur les hanches dans une position ne laissant rien présager de bon.

« Quoi ? Demanda Snape, vivement.

_ Elle est triste maintenant, c'est malin !

_ Elle l'était déjà avant d'arriver, et avant même ma propre naissance. Je ne suis pas responsable de ses états d'âme. Prenez-vous en plutôt à votre ami qui joue avec son cœur. »

Hermione se pinça les lèvres, ne pouvant contredire son professeur. Mimi adorait Harry depuis qu'il avait affronté le Basilic. Il était resté galant et courtois avec elle. Hermione trouvait son attitude convenable, jusqu'à maintenant où elle s'apercevait qu'il n'était pas assez clair avec elle. Snape se tourna en un mouvement de cape savamment maîtrisé et la jeune femme le suivit. Il se dirigea vers la Chambre.

« Monsieur, pour une fois, nous pouvons sortir d'ici ! Nous n'allons pas rester enfermer dans la chambre… Minauda-t-elle.

_ Ce n'était pas mon intention, Miss Granger. »

Hermione haussa un sourcil. Elle le vit prendre le chaudron et remplir plusieurs gourdes de vin.

« C'est une hérésie de boire cet alcool dans des gourdes. Lâcha-t-elle.

_ Certes. Vous avez des verres à pied à disposition Madame la Comtesse ? Demanda Snape, caustique. »

Hermione se renferma sur elle-même. Elle grogna, puis ils sortirent de nouveau.

« Très bien. Je vous laisse le choix de notre destination, Miss Granger. »

La jeune femme ne put s'empêcher de sourire de satisfaction. Elle se dirigea vers les escaliers, prenant garde à ne pas trop s'approcher des dortoirs. Ils montèrent, montèrent encore et encore. Puis, elle prit un couloir étroit et ils parvinrent à un endroit, très au-dessus du château, que Snape lui-même ne connaissait pas.

Cela ne payait pas de mine. La salle était petite, délabrée même, très poussiéreuse et le parquet semblait pouvoir s'effondrer à tout moment mais, elle donnait sur un balcon comprenant une vue sur tout le domaine des plus splendides.

« Vous m'avez emmené dans la cachette dérobée que tous les élèves en chaleur de Poudlard connaissent ? Pitié, je ne veux pas savoir ce qu'il se passe habituellement ici. »

Hermione éclata d'un rire cristallin. Elle prit place face à la fenêtre et laissa ses jambes pendre dans le vide.

« Je ne me serais jamais permis. Je viens juste ici pour me détendre, c'est tout. Il n'y a que moi qui connaisse ce lieu. Lui dit-elle en le fixant, amusée. »

À sa surprise, Snape s'approcha doucement d'elle et prit place à ses côtés. Il lui tendit une des deux gourdes. Elle la prit, puis resta silencieuse un moment. Le paysage était sombre, mais offrait un spectacle hypnotique. La météo était plutôt clémente ce soir.

La Forêt Interdite supplantait une bonne partie du domaine. Elle était encore plus impressionnante et angoissante vue d'ici. Pour le reste, Hermione ne parvenait pas à s'habituer à voir le château ainsi, si… vide. Il paraissait impressionnant, comme sorti d'un sombre cauchemar et la jeune femme frissonna. Cela lui rappela la guerre. Snape le remarqua d'ailleurs instantanément.

« Avez-vous froid ? Demanda-t-il.

_ Non. Lâcha Hermione en un souffle. »

Cachant une mine attristée, elle ouvrit le goulot de sa bouteille et en goûta le contenu. Ce n'était pas mauvais… Pas assez fort peut-être, mais elle n'avait pas pu faire de miracle en si peu de temps. Elle détourna son regard du paysage quelques instants. Elle remarqua que Snape n'avait pas cessé de l'observer.

« Nous devrions aller ailleurs. Suggéra-t-il. »

Intérieurement, la jeune femme le remercia de cette attention. Son professeur se leva et lui tendit la main. Elle hésita, puis la saisit avec délicatesse. Elle se releva et se trouva face à lui, sa main toujours dans la sienne. Il ne bougea pas, pas plus qu'elle. Elle observa son bras, et enserra encore plus sa prise sur celle de son professeur. Elle repensa à Fred, Tonks ou encore Remus. Il y avait eu tant de victimes. Georges ne s'était jamais remis de la mort de son frère. Hermione repensa au sourire morne de son ami et étouffa en sanglot en n'osant relever le regard.

« Venez par là. »

Hermione releva finalement la tête et Snape l'attira à elle. Son visage se retrouva enfoui dans la cape rassurante du maître des potions. Il était si grand comparé à elle. Même en se mettant sur la pointe des pieds, il continuait de la dépasser d'au moins 20 centimètres. Elle s'accrocha à son vêtement noir, l'humidifiant peu à peu de larmes. Elle repensait à lui, agonisant dans la Cabane Hurlante. Elle réalisa que, même à cette époque où elle ne savait rien de son passé, elle ne voulait pas le voir mourir. Cela l'avait brisé. Elle entendait encore le bruit du Serpent, faisant écho aux lacérations subies par le Basilic. Elle voulait oublier ce son, à tout jamais.

Elle n'avait jamais cru en sa prétendue trahison, mais n'avait jamais trouvé de preuves tangibles pour le prouver. C'était resté tout simplement… Un pressentiment. Il lui semblait le lire… Dans ses yeux. Elle n'avait pas osé l'approcher ce soir-là, et l'avait observé, agonisant avec une détresse si douloureuse à son cœur… Elle l'avait cru mort. Et ce sentiment la transperça de nouveau comme d'un millier de poignards.

« Vous souvenez-vous des coups sur la fenêtre lorsque le serpent vous a mordu ? La jubilation dans la voix de Voldemort lorsqu'il vous a laissé agonisant ? »

Ses sanglots redoublèrent tant qu'elle ne pouvait plus parler davantage. Sans vraiment réfléchir, Snape la serra plus fort encore en posant une main sur ses cheveux épars. Il les caressa avec douceur, comme pour effacer ce terrible souvenir de son esprit.

« Vous ne me laisserez jamais, n'est-ce pas ? Souffla Hermione. »

Snape se sentit faiblir, comme si la jeune femme venait tout à coup de fêler son armure si ardemment bâtie. Il se sentit vide, désemparé. Qui s'était déjà soucié de sa présence ? Personne, non personne… Ni son père brutal, ni sa mère. Lily ne lui avait plus adressé la parole depuis si longtemps, et il n'avait presque jamais eu d'amis. Albus le gardait sous le coude en tant que simple pion, tout comme Voldemort. Il n'a jamais manqué à qui que ce soit, et n'avait jamais ressenti le poids que cela représentait que de compter… Alors, il baissa la tête vers elle, qui l'observait d'un œil suppliant. Il prit délicatement son menton et lui sourit tristement.

« Jamais. »

Hermione finit par chasser l'abattement de son esprit. Snape posa sa main sur la joue de son élève et, sans se rendre compte de ce geste, elle s'y blottit plus encore. Elle était chaude et douce. À ce contact, le cœur de Snape se serra plus encore. Il n'en fut pas gêné, mais touché, au plus profond de son être. Ce petit bout de femme, si innocente et sincère commençait peu à peu à avoir raison de sa maîtrise de lui-même. Il finit par migrer ses doigts vers ses cheveux dans lesquels il s'emmêla presque.

« Cette tignasse, ne sera-t-elle donc jamais domptable ? Grinça-t-il. »

La Gryffondor éclata de rire, oubliant ses émotions négatives. Elle s'éloigna à regret de Snape et commença à marcher en direction de la sortie. Il la suivit. Ils entamèrent une longue promenade à travers les murs du château, frôlant leur main à chaque pas avec une volupté et une chaleur apaisante. Ils continuaient de croiser les fantômes habituels de Poudlard, qui ne les remarquaient pas.

« Cette tignasse, comme vous dites, est très probablement une des raisons multiples qui font que personne ne s'intéresse à moi. Dit-elle, pensive.

_ Allons bon, Miss Granger. Je doute de votre lucidité vis-à-vis de cela. »

Hermione fronça les sourcils en observant Snape.

« Que voulez-vous dire ?

_ Excluant le fait que vous soyez une miss je-sais-tout extrêmement insupportable, bornée, arrogante, intrépide, désolante d'intelligence et d'esprit et qu'en plus, vous avez la proportion de ne respecter aucune règle, votre personne reste tout à fait agréable à regarder. Il n'y a que vous pour ne pas vous rendre compte que la moitié des adolescents de cette école vous observe avec une certaine… Lueur dans le regard.

_ Savez-vous que vous avez une façon très singulière de faire des compliments ? Lui demanda-t-elle. »

Snape ne réalisa qu'avec sa réponse qu'il venait d'admettre que son élève était… Jolie. Il le vécu très étrangement. Admettre la beauté de quelqu'un ne lui était pas arrivé depuis des lustres pour la simple raison qu'il voyait ce concept comme faisant parti d'un tout… Cela ne relevait pas uniquement d'attraits physiques, mais aussi d'une belle forme d'esprit et d'une immense grandeur d'âme. Et oui, aujourd'hui, Snape admettait qu'il trouvait Hermione Granger éclatante de beauté.

Son regard se perdit dans le vide et Hermione se demanda tout à coup à quoi pouvait bien penser le maître des potions. Sa mine se renfrogna.

« Pour être tout à faire franche, je ne parlais pas nécessairement de solitude… Amoureuse. Souligna-t-elle, malicieuse tandis que Snape la fusilla d'un regard noir. D'ailleurs, dois-je vous rappeler que j'ai 19 ans ? J'aimerais posséder les qualités requises pour plaire à un homme et non à une tribu d'adolescents. Dit-elle presque boudeuse.

_ Vous les avez depuis longtemps. Lâcha brutalement Snape. »

Hermione leva un sourcil amusé vers son professeur. Elle vit ses joues se teinter de rose pour la première fois de sa vie et trouva cela tout à fait… Adorable.

« Enfin, je veux dire… Je suppose. Je n'en sais rien, enfin… Si, mais… Peut-on changer de sujet ? Grimaça-t-il, mal à l'aise. »

Hermione rit de nouveau.

« Vous êtes d'un sadisme sans pareil Miss Granger, je n'imaginais pas cela de vous. Lui dit-il d'un air grave.

_ Je fais maintenant presque parti de Serpentard. Et moi, c'est Hermione. Lui dit-elle. »

Snape resta stoïque, ne comprenant pas sa réponse.

« Mon prénom. Arrêtez de m'appeler Miss Granger, c'est beaucoup trop protocolaire. Osa-t-elle lui dire.

_ « Protocolaire » ? Je suis votre professeur, vous êtes mon élève. Nous nous devons de rester professionnels.

_ Oui et bien, peut-être pourrions-nous mettre cela de côté ? Pour le moment, nous sommes bloqués ici pour une durée indéterminée, et cela fait déjà quelque temps que la hiérarchisation est passée au second plan, si vous voulez mon avis. Vous m'avez vu laver mes… »

Snape s'arrêta brusquement au beau milieu du couloir qui les menait vers la Grande Salle en l'observant d'un regard singulier. Celle-ci se renfrogna subitement, ravalant ses dernières paroles avec gêne.

« Bref. Vous m'avez comprise.

_Très bien. Mais à la moindre contrariété, vous serez qualifié de vile sorcière, je doute que cela soit mieux.

_ N'y comptez pas. Lâcha-t-elle, vexée.

_ Il est trop tard pour faire machine arrière chère Hermione. »

La jeune femme haussa un sourcil tandis que son professeur la dépassa fièrement. Hermione… Comme son prénom sonnait étrangement dans son timbre aux notes si grave. Elle ne l'avait jamais imaginé le prononcer un jour. Cette voix, si tonitruante, qui peut être aussi douce qu'acérée, oui cette voix sonnait comme une musique à ses oreilles. Elle sourit en revenant à sa hauteur. Elle s'était habituée à sa démarche rapide et gracieuse et parvenait à le suivre sans difficulté maintenant.

Ils pénétrèrent dans la Grande Salle qui leur paraissait si vide. Ils s'arrêtèrent à l'entrée en penchant la tête. Habituellement, les décorations de Noël envahissaient la Salle à cette période. Cela manqua même au maître des cachots. La Grande Salle n'était envahie que par des kilomètres de table au bois terne. La tapisserie était morne, le ciel donnant sur les voûtes restait étrangement vide, et les carreaux envoyait une lueur sombre.

« Tenez, nous n'avons qu'à prendre place à la table des professeurs. Je suis sûr que vous en rêvez. Lâcha-t-il cyniquement, sa voix faisant presque écho. »

Hermione roula des yeux en suivant son professeur qui adopta sa place habituelle. La jeune femme, elle, jubila en s'asseyant sur la chaise destinée au Directeur de Poudlard. Elle posa négligemment ses pieds sur la table devant elle dans une attitude désinvolte.

« Si seulement Minerva vous voyait. Lâcha Snape en un mince sourire.

_ Oh oui, si seulement. Lâcha Hermione, rêvassant. »

Le sourire du maître des potions s'agrandit tandis qu'il porta la bouteille à sa bouche. Hermione fit de même et observa la Salle, mélancolique. Après de longues minutes de silence, elle se leva, et avança jusqu'au pupitre en or massif qu'elle frôla des mains. Elle s'éclaircit la gorge en adoptant une certaine prestance.

« J'accorde 300 points à Gryffondor pour l'acte héroïque de Miss Hermione Granger qui a savamment su évincer les fesses du Directeur de son fauteuil de roi. Lâcha Hermione dans une voix grave raisonnant dans toute la pièce et rappelant celle de Dumbeldore durant sa première année. »

Snape retint un rire et se composa un masque neutre. Cet alcool semblait bien traître puisqu'il ne sut le soutenir aussi longtemps qu'il ne l'aurait dû. Il se leva d'un air grave et se positionna à ses côtés en la repoussant gentiment.

« J'accorde 500 points à Serpentard. Contra-t-il.

_ Et pour quel motif je vous pris ?

_ Ma simple… Présence dans ce château suffit. Fit-il d'un air condescendant.

_ Dommage que vous ayez pris cet air si arrogant sur le visage Professeur Snape. 600 points en moins pour Serpentard. Ce qui vous amène à une note record de -100, du jamais-vu. Tonna-t-elle fièrement. Et j'accorde d'ailleurs 100 points supplémentaires à Gryffondor. Redoubla-t-elle.

_ Vraiment ? Et pour quel motif je vous pris ? Répéta-t-il en une imitation moqueuse.

_ Réalisation presque parfaite d'un sourire sur le visage du Directeur de Serpentard.

_ En effet, c'est incroyable. Une première dans l'histoire même de ce château. Je ne peux que vous féliciter. Lâcha Snape d'un air faussement impressionné.

_ Merci beaucoup. Pensez-vous que nous devrions marquer ce jour d'une pierre blanche dans le livre sur l'histoire de Poudlard ? Demanda Hermione avec excitation.

_ Oh oui, sans nul doute ! Si seulement Hermione Granger ne l'a pas emprunté pour la vingtième fois ce mois-ci. Fit-il sur un ton sérieux.

_ Quel dommage, je crois que nous allons devoir attendre dans ce cas. Je vois donc que Gryffondor plafonne à 3 800 points, c'est incroyable !

_ Attendez, revirement de dernière minute. »

Snape prit le bras de la jeune femme et l'amena à lui. Il tritura le blason des Serpentards avec malice, sans même prendre conscience de leurs proximités. Leurs respirations se mélangeaient avec délice et elle parvenait à sentir ses cheveux lui chatouiller les joues. Cela la troubla tant que son sourire s'évanouit.

« Serait-il seulement possible ? Non, voyons. Mais je n'ose y croire. Chuchota-t-il d'un ton complice qui la troubla davantage encore. Il me semble, messieurs et dames qu'Hermione Granger aie changé de maison. Elle appartient à celle de Serpentard chers amis. Minerva, qu'allons-nous faire ? Demanda Snape en se tournant vers la chaise vide du Directeur. »

Hermione sortit de l'emprise de son professeur pour se positionner entre lui et la fameuse place centrale.

« J'entend le professeur McGonagall crier à la duperie et à la tricherie.

_ C'est impossible, nous ne pouvons tricher durant ce tournoi. Voyons que dit le règlement ? Oh. Les points accordés à Miss Granger doivent aller à sa maison actuelle. Ce qui renverse toute la donne.

_ Serpentard qui était à 100 se retrouve ainsi à 300 points, ce qui ne suffit malheureusement pas à égaler la maison Gryffondor. Minauda-t-elle.

_ Serait-il possible que vous omettiez le principe de « Récompense spéciale pour Services rendus à l'École. » ? Neville Londubat reçoit donc un malus de 3 500 points pour bêtise et potion ratée entrainant la mort probable d'un professeur indispensable, que dis-je… Aimé, chéri, adulé de Poudlard ainsi que son élève ma foi… Qui passait par là et qui constitue ainsi un malheureux dommage collatéral. Soupira-t-il d'un air faussement désolé.

_ Un dommage collatéral ? La Salle entière s'indigne. Nous ne pouvons laisser passer tel affront. S'égosilla la jeune femme.

_ Que proposez-vous ? Un duel à la baguette ?

_ N'est-ce pas un peu surfait ? J'exige réparation.

_ Très bien. Gryffondor l'emporte. S'agaça Snape.

_ Non, non, tout cela est beaucoup trop simple. Le professeur Snape devra, devant vos yeux ébahis, prouver sa valeur devant tous.

_ Une épreuve ? Oh très bien. J'accepte, même si je sais que démêler les cheveux de Miss Hermione Granger n'a pour l'instant jamais été réussi par qui que ce soit, même pas par elle-même. Fit Snape en pointant la chevelure de la jeune femme avec sa baguette. »

Hermione se baissa et contourna avec agilité son professeur. Elle descendit de l'estrade et alla au milieu de la Salle avec un air sournois.

« Non, il devra prouver sa valeur en nous montrant un de ses talents. Dit-elle d'une voix douce.

_ Un talent ? Demanda Snape en s'avançant vers elle. Mon unique talent nécessite un chaudron, une louche et au moins une trentaine d'ingrédients voyons.

_ Vous refusez finalement ? Vous accepteriez que Gryffondor gagne la coupe ? S'étonna Hermione.

_ Bien sûr que non. Fit-il en lui tendant la main. »

Hermione la saisit avec hésitation. Le professeur amena doucement Hermione vers lui. Il plaça sa main libre dans son dos. La jeune femme déglutit d'émoi.

« Fermez les yeux. Lui chuchota-t-il à l'oreille. »

Hermione se pinça les lèvres et suivit l'ordre de son professeur. Il sourit et l'entraîna vers lui en une simple danse. Cette sorcière… Elle avait un véritable pouvoir sur lui. Snape se sentait libre. Affranchi de ses barrières, de sa retenue, de ses idées moroses, débarrassé même d'une partie de son passé, il parvenait à rire, à ne penser à rien, à… Vivre. Il se sentait égaré, et pourtant décidé à lâcher prise. Après tout… Ils étaient dans une autre dimension, horrible, noire, dangereuse, insidieuse. Ils avaient besoin l'un de l'autre et lutter contre cela ne servait à rien.

Hermione ne put s'empêcher de sourire. Sa main dans la sienne, l'autre lui caressait doucement le dos. Elle respirait son odeur, se blottissait presque contre sa cape rassurante. Elle sentait sa stature, si puissante, la mener dans plusieurs mouvements qu'elle ne contrôlait pas. Elle le suivait, presque comme un pantin et… elle aimait étrangement cela. Elle n'avait jamais été conduite ainsi, dans une danse si maîtrisée. Les yeux fermés lui donnaient l'impression de rêver. Peut-être était-ce le but voulu ? Elle ne voulait même plus réfléchir, juste le sentir contre elle.

Snape l'observa et son estomac se tordit à la perception d'un retour, comment les choses changeront pour redevenir comme elles l'avaient toujours été… Elle, retrouvant son statut d'élève, retournant avec ses amis, et ses études. Lui, froid, distant, et la détestant… Non. Il ne l'avait jamais détesté, en réalité. Il s'était haï lui-même. Elle lui avait rappelé Lily, en quelque sorte, tout comme Potter, et ses erreurs lui était revenues en pleine figure telle une claque retentissante cette année-là. Ça avait été douloureux et… Il avait été abject avec elle. Pourtant, elle ne semblait même pas lui en vouloir. En apprenant à la connaître, il s'était rendu compte qu'elle était loin d'être comme Lily Evans.

Hermione était studieuse, belle, douce, sincère et innocente certes… Mais elle savait aussi faire preuve de sarcasme, de répondant, d'audace. Elle percevait la vraie nature des gens, si facilement… Et son humour noir, son dédain l'amusait. Elle n'essayait pas de le changer. Cela constituait tant de différences parmi d'autres. Elles étaient incomparables, finalement.

Lily avait été une amie, dévouée et touchante. Mais il ne pouvait s'empêcher de se sentir abandonné par elle. Il avait fait des erreurs oui… Des erreurs terribles. Mais ce sentiment de la perdre, il l'avait déjà ressenti bien avant tout cela. Lily raisonnait en lui comme le souvenir douloureux d'une enfance difficile, le rayon de soleil éclairant l'obscurité de sa vie à l'époque… Le temps avait passé. Il n'avait jamais cessé de l'aimer, mais il se surprit à penser que cela devenait peu à peu différent. Il pensa qu'il la trahissait, mais relégua cette pensée loin de lui.

Snape jeta un coup d'œil à l'avant-bras d'Hermione. On pouvait encore apercevoir l'horrible cicatrice en relief d'où on pouvait deviner l'écriture… « Sang-de-bourbe ». Elle faisait face à son propre tatouage, à ses erreurs, et il se sentait alors plus proche d'elle. Cette guerre les avait tous deux marqués.

Snape déglutit d'inquiétude en observant le visage de la jeune femme dont les paupières étaient toujours closes. Il ne devait pas… Ce qu'il pensait été mal. Ce qu'il ressentait était mal. Il devait la protéger. Il était hors de question de penser autrement qu'ainsi. Et… Probablement que si elle était si naturelle et gentille avec lui, c'était parce qu'ils étaient les seuls êtres humains normaux dans les alentours. Hermione, ne l'avait jamais apprécié. Elle ne le pouvait pas, c'était impossible. Lui ? La terreur des cachots, cet homme cynique, acariâtre, égoïste, immoral, ce meurtrier infâme et repoussant ? Non. Il refusait même qu'elle éprouve, ne serait-ce que de la sympathie. Il ne le méritait pas. Tristement, Snape arrêta petit à petit sa danse.

Hermione trouva cela trop court. Elle ouvrit délicatement les yeux et tomba sur ceux de Snape. Les voulant impassible, elle parvint néanmoins à y déceler une luisance… Celle de la tristesse, de la résignation. Celle-là même qu'elle était parvenue à percevoir au fil des ans. Cependant, cela disparut pour laisser place à ce maudit masque insondable. Son cœur se serra et son sourire quitta son visage.

« Rentrons. Dit-il en la lâchant brutalement. »

Hermione avait envie de pleurer. Elle avait compris. Ils devenaient trop proches… Mais elle refusait d'être raisonnable. Elle se mit alors en tête de le faire céder car… ils auraient tout deux beaucoup trop de douleur à garder une distance raisonnable, elle en était intimement persuadée. Hermione se pinça les lèvres, ennuyée en suivant son professeur qui marchait encore plus vite qu'à l'accoutumée.

Elle parvenait à peine à croire à ce qu'elle ressentait… Il était agréable à vivre, bienveillant, protecteur, drôle. Pensait-elle réellement à Severus Snape en ces termes ? Hermione du admettre que oui. Il n'était pas l'homme qu'elle s'était imaginé. Mais son sens du devoir… Serait probablement ce qui l'empêcherait de se dévoiler plus encore à elle. Pourtant, une force invisible en elle lui susurra de lui faire baisser la garde, que ça valait la peine. En dessous de ce masque, se trouvait quelqu'un de fascinant, de merveilleux à découvrir, à connaître et à…

Hermione se secoua la tête, refusant de penser plus encore à Snape. De toute façon, cela deviendrait vite ingérable si elle et lui ne restaient pas aussi proches, et cela constituait une excuse bien suffisante pour elle.


Le mot de la fin par Dark Cape

« Il va revenir. Souffla Hermione, exaspérée.

_ Mais il vient me voir toutes les semaines et il n'est pas venu aujourd'hui. Je l'ennuie, c'est ça hein ? Il en a marre de mes jérémiades." Ouais Mimi, t'es bien reloue mais ça personne ne te le dit.

« Pour être tout à faire franche, je ne parlais pas nécessairement de solitude… Amoureuse. Souligna-t-elle, malicieuse tandis que Snape la fusilla d'un regard noir. D'ailleurs, dois-je vous rappeler que j'ai 19 ans ? J'aimerais posséder les qualités requises pour plaire à un homme et non à une tribu d'adolescents. Dit-elle presque boudeuse.

_ Vous les avez depuis longtemps. Lâcha brutalement Snape. » Tiens tiens tiens... J'ai déjà lu ça quelque part ;)

« Rentrons. Dit-il en la lâchant brutalement. » Pffff tu casses encore l'ambiance !