Chapitre 13

Mimi attendait Harry dans les toilettes, les bras croisés. Elle tapotait son index contre celui-ci, avec une impatience non feinte. Potter arriva d'un pas nonchalant dans les lieux, non sans un regard acide venant de la jeune fille.

« Bonjour.

_ Tu m'as oublié. Lâcha-t-elle immédiatement. »

Harry se stoppa dans l'immédiat. Il déglutit, réalisant qu'il avait été si impatient de se changer les idées au Terrier pour les fêtes de Noël qu'il avait oubliée le fantôme de la jeune fille, qui avait probablement du l'attendre toute la journée, et toute la nuit.

« Je… Suis désolé. Je t'ai-

_ Oublié, oui, c'est bien ce que je dis. Et bien, Cher Harry Potter, nous allons faire simple aujourd'hui. Pour pallier à ce malheureux, regrettable et horrible incident, je ne t'apprendrais rien de l'entre deux.

_ Quoi ? Demanda le jeune homme, effaré.

_ Tu m'as bien entendue. S'exclama Mimi, fièrement. Je suis peut-être morte et je t'aime beaucoup, Harry Potter, mais je suis plutôt du genre rancunière. Tu devrais le savoir. Olive Hornby, elle, ne l'a pas oublié.

_ Sauf que ce n'est pas uniquement pour moi que tu joues l'espionne. C'est également dans le bien-être d'Hermione. Qui sait de quoi Snape est capable ? »

Mimi fronça les sourcils en survola encore plus haut dans la pièce. Depuis le début, le survivant avait dépeint le professeur des potions comme étant un homme avec beaucoup de courage, certes, mais perfide, cruel, très bon acteur… Serpentard. Mimi n'avait jamais éprouvé d'antipathie contre eux, à part contre Tom Jedusor bien entendu. Elle avait fait l'objet de tourment de bien des élèves, et tous ne se trouvaient pas à Serpentard, bien au contraire.

Mimi avait parfaitement joué son rôle d'espionne dans l'entre deux. Elle les avait vus dans la Grande Salle. Snape avait dansé avec Hermione… Elle n'avait jamais perçu un spectacle si intense d'ailleurs, et avait dû se faire violence pour détacher son regard et ne pas glousser. Ils étaient si… synchronisés, touchants et soudés. Lorsqu'ils étaient ainsi, c'était comme s'ils appartenaient à un autre monde durant un court instant, et cela était plutôt troublant à voir… Pourtant, Mimi errait dans ce monde depuis bien longtemps.

« Il ne lui arrive rien de mal. Je ne suis pas inconsciente au point d'omettre un détail important, mais ainsi, tu apprendras peut-être, Harry Potter, à tenir tes promesses. »

Le jeune homme parti de la pièce, hébété et dépité.


Snape n'avait pas dormi de la nuit. Il était éreinté. Non qu'il n'était pas fatigué, bien au contraire… Mais il s'était refusé l'idée de se trouver dans le même lit qu'Hermione Granger. Il fuyait son contact à tout prix.

Alors, il refaisait des essais sur la potion, encore et encore, raturant rageusement les ingrédients notés dans son carnet un par un, notant les recettes qui ne fonctionnaient pas. Hermione s'approcha de lui à pas de loup. Elle sentait sa colère, jusque dans son propre estomac.

Elle ne savait pas pourquoi il lui en voulait. Ils avaient pourtant passé un merveilleux moment… Ils avaient ri, pleuré, dansé… Elle n'avait pas passé un aussi bon Noël depuis longtemps. Elle posa son assiette devant elle et mangea les restes de la nourriture de la veille, que Snape avait d'ailleurs refusé de goûter.

« Vous devriez peut-être faire une pause ? Proposa-t-elle prudemment.

_ Excusez-moi Miss Granger, mais c'est impossible. Je dois réparer vos bêtises, alors foutez-moi la paix et allez manger ailleurs. »

Son ton avait été cassant, blessant et vif. Hermione en fut heurtée. Elle voulut se renfermer, passer au-dessus de cela, partir… Mais sa fierté en avait pris un coup, et elle refusa de ne pas se défendre.

« Je vous demande pardon ?

_ Vous m'avez très bien entendu. Lâcha Snape en arrêtant sa préparation et en lui lançant un regard noir.

_ Si vous n'aviez pas demandé à Neville de faire cette foutue potion sans mon aide, rien de cela ne serait arrivé. S'agaça-t-elle.

_ Et si vous vous évertuiez à vous occuper de vos affaires, monsieur Londubat ne serait peut-être pas aussi incompétent durant mon cours.

_ En quoi est-ce de ma faute ? Lança Hermione en haussant la voix.

_ Vous ne comprenez donc rien ! Comment voulez-vous que cet idiot apprenne quoique ce soit s'il sait que vous êtes toujours derrière lui, à rattraper ses erreurs et à connaître chaque fichu manuel sur le bout des doigts ?

_ Je dois donc me retenir d'apprendre, pour le laisser progresser ? Quel merveilleux conseil de la part d'un professeur ! Dit-elle, cynique.

_ Et si vous commenciez par arrêter d'être vaniteuse en laissant vos camarades prendre la parole en cours ?!

_ Je ne suis pas vaniteuse, je connais les réponses, pas eux. Je n'y suis pour rien. Ragea-t-elle.

_ C'est bien ce que je dis. Vous empêchez tout le monde de progresser. Vous êtes une m'as-tu-vu présomptueuse qui nous a mené droit vers notre perte. Mes félicitations. Grinça-t-il. »

Hermione se leva si brusquement qu'elle en sursauta elle-même. Elle bouillonnait. Il n'avait pas le droit de lui reprocher leur situation catastrophique.

« Je vous interdis de dire que tout cela est de ma faute ! »

Snape se leva et se plaça face à elle de toute sa hauteur. Seul le chaudron encore chaud sur la table reposait entre eux deux.

« Et qu'allez-vous faire ? Risquer ma vie, une fois de plus, pour sauver votre petite peau de Gryffondor ? Débarrassée de l'horrible chauve souris des cachots, vous auriez l'esprit léger et vous pourriez retourner à Poudlard en annonçant mon trépas. Cela ferait tant plaisir à votre chère bande d'amis. »

Hermione fut désarçonnée et peinait de plus en plus à garder son calme.

« Alors c'est cela le problème ? Même en leur absence, même dans une autre dimension, je serais pour toujours et à jamais associer à Harry Potter ?! Qu'ont-ils à voir dans cette histoire ? Qu'allez-vous inventer de plus pour me dénigrer ?

_ Je ne vous dénigre pas, je ne fais qu'énoncer une vérité. Vous vous donnez un genre pour exister, Miss Granger. Et je suis coriace, malheureusement pour vous. Dommage que je vous sois indispensable à l'élaboration de cette fichue potion, sinon, vous m'auriez déjà jeté au Basilic, comme vous l'avez fait dés notre arrivée ici, et je serais mort pour votre plus grand plaisir ! »

Un son fit écho dans toute la Chambre des Secrets. Un bruit, bref, sec, cassant. Hermione venait de donner une claque retentissante sur la joue de son professeur. Elle ne contrôlait plus rien, et ses yeux étaient noirs de colère. Elle était blessée. Sur ses joues ruisselaient une multitude de larmes dont elle ne parvenait à maîtriser la cadence.

Un silence religieux s'en suivit. Snape fut si abasourdi par ce geste qu'il resta coi. Son air impassible laissa place à un regard méprisant. Hermione défit rageusement sa cape. Elle en arracha le blason des Serpentard et le jeta sur la table. Elle le défia du regard. Voyant qu'il ne réagissait pas, elle ôta ses chaussures qu'elle lui envoya presque à la figure. Elle enleva ses chaussettes hautes vertes et argent et les claqua au sol. Pieds nus, elle était encore plus petite devant lui, mais cela lui importait bien peu.

« Allez vous faire foutre. »

En rage, Hermione partit de la salle et claqua presque la porte derrière elle. Snape ne parvenait pas à sortir la colère qu'il éprouvait. Il envoya valser au loin le chaudron devant lui, provoquant par la même une méchante brûlure sur la main dont il se ficha eperduement.

Il n'était pas en colère contre elle. Non, il se haïssait lui-même. Il l'avait repoussé, blessé volontairement pour la tenir éloignée de lui… Parce qu'il voulait qu'elle le déteste, autant qu'il s'exécrait. Snape passa une main dans ses cheveux d'un geste nerveux. Il ne l'avait pas supporté, mais était parvenu à le cacher.

Il claqua ses paumes à plat sur la table et son regard se posa sur le blason des Serpentard décousu. Il ferma les yeux. Il la revoyait encore, en larmes, blessée, offensée… Humiliée. Il le prit et le serra avec force dans son poing.

Que lui avait-il dit ? Qu'elle était… Prétentieuse, calculatrice, incompétente, et que c'était de sa faute si… Non. Il refusait de se l'imaginer.

Son cœur se serra. Il se traita d'idiot. Il se revoyait tout à coup, insultant Lily de sang-de-bourbe.

Brusquement, il se leva et se hâta vers la porte de sortie. Il l'ouvrit à volée. Elle était là… Adossée au mur, dans le couloir, assise à même le sol. Le visage plongé dans ses bras, elle pleurait.

Snape déglutit.

S'il venait la réconforter… Tout cela n'aura servi à rien. Le blason encore dans sa main, il le tritura nerveusement. Pour la première fois, il se trouvait indécis. Il resta silencieux un long moment.

« Pardonnez-moi. Chuchota-t-il finalement en restant à distance. »

Snape ferma les yeux, pris au piège par sa propre faiblesse. Oui, il était faible et lâche. Ne pouvait-il pas rester dans la Chambre, l'ignorer pour toujours ? Cela serait tellement plus simple, dés qu'ils reviendraient dans le monde réel… S'ils y parvenaient un jour. Hermione ne bougea pas, ne parla pas, mais ses sanglots se stoppèrent.

« Je… Personne ne mérite de se faire… Traîter de cette façon. »

Hermione leva enfin les yeux. Elle tomba sur ceux du maître des potions. Il déglutit, la main toujours fermement accrochée au morceau de tissu vert. Il fit un pas en avant. Elle ne fit aucun mouvement.

« Je veux dire par là que… Enfin, je ne pense pas que cela soit de votre faute, ni que vous soyez… »

Snape n'était pas doué pour les excuses. Il grimaça, se sentant tout à coup pitoyable. Alors, il se retourna pour repartir.

« Ce que vous faites ne sert strictement à rien. »

Snape ferma les yeux. C'était à son tour d'être blessé… Il l'accepta. Pour cela, il en avait l'habitude. Après tout, il l'avait cherché. Il fit un pas pour revenir dans la Chambre lorsque la main d'Hermione lui agrippa le bras. Alors, il resta dans la même position sans se retourner. Il ne voulait pas affronter son regard.

« Vous voulez que je vous déteste ? Cela n'arrivera jamais, j'en suis désolée. Alors, arrêtez de jouer à ce jeu avec moi. Lâcha Hermione dans un souffle. »

Le professeur des potions observa sa main. Il secoua la tête de résignation.

« Vous devriez, Miss Granger. Lui dit-il sous un ton menaçant, voulant la faire fuir une fois de plus.

_ J'ai toujours su que vous étiez bon.

_ Je ne suis pas bon ! S'exclama-t-il en se retournant vers elle avec violence. »

De nouveau, Snape fit face à la jeune femme qui n'avait même pas tressailli. Cette fois, le regard du maître des cachots n'était pas chargé de haine, mais de souffrance et de regret.

« J'ai torturé, tué, et fait des choses abominables dont vous êtes loin d'imaginer la proportion. Et j'en porte encore les stigmates. »

Snape remonta sa manche pour montrer sa marque des ténèbres, légèrement effacée, mais toujours présente.

« Vous essayez de m'intimider ? Demanda Hermione, la tête haute. »

Les yeux encore rouges, Hermione remonta elle aussi sa manche pour montrer l'écriture infâme portée sur sa peau par Bellatrix Lestrange.

Snape l'observa en silence.

« J'ai vécu la guerre, croyez-vous que je sois un exemple de pureté ?

_ Vous êtes la victime, je suis le bourreau et cela représente une grande différence. Voilà pourquoi je porte un tatouage et vous, une cicatrice. Souligna-t-il en pointant son index sur elle.

_ Pensez ce que vous voulez, dîtes ce que bon vous semble professeur, vous n'arriverez pas à me faire vous détester. Vous pouvez bafouer mon intelligence, dénigrer mon physique, me dire que je suis stupide, inconsciente, arrogante, laide, calculatrice, bêcheuse. Vous pouvez même m'insulter de sang-de-bourbe. Mais ne dites JAMAIS que je veux votre mort. Lâcha-t-elle, sentant de nouveau les larmes lui brûler la peau. »

Par Merlin… Elle allait le rendre fou. Son cœur s'emballa brutalement. Son cerveau bouillonnait tant, il avait l'impression qu'il allait imploser. Il lui saisit brusquement le bras et l'amena à lui. Il la serra contre son corps, si bouleversé qu'il se rendit à peine compte qu'elle l'entourait jusqu'à se blottir à lui. Il l'entendit de nouveau pleurer.

« Je vous en pris, arrêtez ça, je peine à le supporter… La supplia-t-il. »

Hermione voulait arrêter de sangloter, mais elle n'y parvenait pas. Imaginer sa mort la mettait dans un état de profonde détresse, tant qu'elle avait l'impression de frôler l'insanité. Elle se sentait absente, et incapable de se maîtriser. Il avait failli mourir, par deux fois en sa présence et cela lui suffisait bien à s'inquiéter et à se morfondre.

Snape prit son visage en coupe, l'obligeant ainsi à plonger son regard dans le sien. La voir si désemparée le blessa, plus encore qu'un millier de sortilèges de torture. Son regard s'embruma à son tour.

« S'il vous plaît. Chuchota-t-il avec difficulté. »

Hermione ferma les yeux et tenta de se maîtriser. Snape glissa ses pouces contre ses joues, séchant ses larmes du mieux qu'il pouvait en un geste tendre et affectueux. Ce qu'il avait dit, son stupide instinct de survie et de conservation était d'une bêtise sans nom. Être infâme ne l'avait jamais mené à rien. Elle posa ses mains sur les siennes, réussissant à se calmer peu à peu.

« Je ne veux pas que vous mouriez. Lâcha Hermione en posant presque son front contre le sien.

_ Je ne mourrais pas.

_ Vous me le promettez, n'est-ce pas ?

_ Oui.

_ Alors dites le. Lui demanda-t-elle en un souffle, ouvrant les yeux pour les plonger dans les siens.

_ Je vous promet de ne jamais vous abandonner, Hermione. »

La jeune femme passa ses bras autour de la nuque du professeur, plongeant son visage dans son cou et l'obligeant à se baisser. Il enserra sa taille, se redressa jusqu'à la soulever de terre.

Il voulait qu'elle le déteste. Il avait échoué… Lamentablement… Son corps se colla au sien et il huma son parfum avec profondeur. Il n'arrivait même pas à regretter sa défaite.