Chapitre 38

Hermione se tenait dans l'encadrement de l'entrée menant à la salle commune des Gryffondor. Chaque élève avait reçu ses résultats depuis la veille déjà. Depuis, les parties communes étaient bien désertes… Seul Ron restait là, pensif en observant la cheminée. Lorsqu'il vit la jeune femme l'observer, il se redressa subitement.

« Désolé. Je m'en vais. Dit-il.

_ Non… C'est à toi que je voulais parler. Répondit Hermione d'une voix grave. »

La jeune femme soupira sous le regard surpris et inquiet de son ami. Elle finit par avancer pour venir prendre place sur le sofa. Tout d'abord hésitant, Ron la suivit timidement en se positionnant à l'extrémité de celui-ci.

« Je voulais m'excuser. Je ne voulais pas… Être si… agressive avec toi. Je pensais que tu étais contre, que tu voulais m'embêter, mais je me suis trompée. Visiblement, tout cela n'était qu'un… Énorme malentendu, et j'en suis profondément désolée. »

Ron gigota sur sa place, mal à l'aise.

« Non Hermione… Tu avais raison. J'aurais dû t'en parler quand j'en avais l'occasion. Ce que j'ai fait est mal. Je ne me rendais pas compte de cela sur le moment, mais tout est clair à présent. Je suis juste… Désolé que cela ait pris cette ampleur, et que cela se soit… mal fini. Grimaça Ron.

_ J'aimerai te demander un service. »

Le jeune homme fronça les sourcils tandis que Hermione ferma les yeux, embrassée.

« Ça me gêne terriblement de le faire, après tout ce qui a pu se passer entre nous.

_ Non, je t'en prie… C'est la moindre des choses. Je veux dire… C'est notre dernier jour à Poudlard. Demande moi ce que tu veux.

_ J'aurais besoin qu'il n'y ait personne dans les cachots et ses environs… ce soir. »


La jeune femme avança, nerveusement vers les cachots. Contrairement à son accoutumée, elle ne se dirigea pas vers une de ses salles de classe.

Elle bifurqua à un couloir et se trouva en face du tableau menant aux quartiers de Snape. La jeune femme déglutit avec difficulté.

« Mot de passe. Demanda la peinture sobrement.

_ Je ne souhaite pas entrer. Je voulais juste vous demander s'il vous était possible de… Partir un moment ? Grimaça Hermione. »

La vieille dame parut surprise par cette demande aussi inédite qu'incongrue. Elle y réfléchit un moment. Puis, au bout de plusieurs interminables minutes de silence, elle offrit un signe de tête à la jeune Gryffondor et sortit de son tableau.

Hermione se racla la gorge en gigotant sur place. Elle observa les alentours avec attention. Elle n'avait rencontré personne depuis qu'elle avait franchi le couloir l'amenant là.

« Severus… Appela Hermione. »

La jeune femme posa avec timidité sa main sur le tableau vide. Le maître des potions, assis sur son canapé, entendit sa voix et redressa la tête, interpellé.

« Severus, je sais… Que tu ne veux pas me parler, tu ne veux plus m'entendre, mais j'ai besoin de te dire des choses. Si je ne te les dis pas ce soir, je ne trouverai jamais la force de te l'avouer et je le regretterais. Je le sais. »

Hermione soupira. Elle se laissa choir, le dos appuyé contre le cadre du tableau vide. Elle replia ses genoux contre elle et inspira.

« Je ne sais même pas par où commencer. Ricana-t-elle. »

Snape n'avait pas envie de l'entendre. Il aurait pu s'enfermer dans sa chambre, sortir, partir, jeter un sort d'insonorisation dans la pièce. Pourtant, il se trouvait figé face à sa lourde porte en bois. Il était pendu à ses lèvres, comme jamais il ne l'avait été.

« C'est plus fort que moi. Je… Cela fait longtemps… Longtemps, que je t'admire. Tu es fort, bon, loyal. Tu es un homme de valeur, je le sais et je l'ai toujours su. Peu importe ce que tu peux penser. Lorsque tu as dû tuer Dumbledore pour sauver l'âme de Drago, tu l'as fais sans hésiter. Tu en connaissais le prix. Je t'ai vu, affronter toutes ces épreuves pour protéger Harry durant toutes ces années, faire face à Voldemort… Mais tu ne l'as pas seulement fait pour elle, pour Lily. Et je te dis cela pour la simple et bonne raison que… Tu m'as sauvé. Oui, Severus : tu m'as sauvé, moi et bien d'autres innocents encore. Tu n'en étais pas obligé, mais tu l'as fais.

Je voulais… Je sais que c'était idiot, et désespéré, mais je souhaitais en mon fort intérieur que le monde entier sache à quel point tu es… Une belle personne, car moi… Je n'en ai jamais douté. Tu es pur, Severus, plus que n'importe qui. Tu ne le réalises juste pas. Sais-tu à quel point tu es quelqu'un de bien ? »

Hermione pencha sa tête en arrière, pensive. Elle se mit à sourire, partagée entre une douleur indescriptible et une passion qu'elle ne se connaissait pas.

« Tu es attiré par les Ténèbres, c'est quelque chose que je ne nierais jamais… Mais tu y résistes. Personne ne te dit de le faire, personne… Ne t'as jamais donné la distinction entre le bien et le mal. Mais tu la connais, et tu tiens bon, car tu sais au fond de toi, ce qui est juste et ce qui ne l'est pas. Tu as appris. Quoique tu en penses, ce n'est pas le cas pour la majorité des gens. Oui, le reste du monde ne fait qu'expérimenter, échouer, puis recommencer à faire les mêmes erreurs encore et encore. Mais pas toi. Ce monde n'est pas… Fait pour toi. Je sais que tu peines à y trouver ta place et t'avouer que c'est également le cas pour moi n'adoucira pas cela pour autant. Lâcha Hermione en triturant ses doigts. Je ne sais même pas si tu m'écoutes. Ricana-t-elle seule. »

De l'autre côté de la porte, Snape s'avança timidement vers l'entrée de ses quartiers. Il déglutit et posa silencieusement son front contre le bois.

« Tu dis que je ne sais pas ce que c'est que d'aimer ? Mais tu ne comprends même pas que cela fait des mois, peut-être même des années que je rêve de m'enfoncer dans cet amour comme dans un rêve. Un délicieux songe dans lequel je resterais bloquée jusqu'à la fin de mon existence. Sanglota Hermione. »

Hermione déglutit difficilement. Elle ne se doutait à aucun moment que Snape était juste derrière elle, le dos collé contre le sien à travers cette si fine, mais à la fois, si épaisse paroi de bois.

« J'aime quand tu t'énerves, j'aime ta façon de regarder une potion qui frémit sur le feu, j'aime observer l'intensité de ton regard lorsque quelque chose te captive. J'aime… Tes mains, ta façon de baisser le visage quand tu me toises. J'aime quand tu sors d'une pièce et que ton parfum y reste durant plusieurs minutes. J'aime ta démarche, et tes silences.

J'aime quand tu parles, et quand tu te tais. J'aime la façon que tu as de plisser les lèvres lorsque tu es concentré, et tes sourires, si rares, si infimes que je les saisis au vol comme si c'était la chose la plus précieuse au monde. »

Hermione émit un rire presque frugal en posant sa main sur son front.

« Que tu dois me trouver sotte. Je le sais… Et je sais également que tout cela te fait de la peine, tout cela te fait souffrir mais il n'y a rien à faire Severus. C'est plus fort que moi. Quand je te vois poser tes yeux sur moi, je me sens… Nue. Tu ne réalises pas à quel point tu me domines à chaque seconde. »

Snape passa ses deux mains sur son visage. Merlin, il fallait qu'elle se taise, il le fallait pour sa santé mentale. Faites qu'elle se taise, faites qu'elle se taise…

« Je sais ce que c'est que d'aimer car personne non… Personne sur cette Terre ne t'a aimé et ne t'aimera jamais plus que moi. Tu ne comprends donc pas ? Je… Je serais tout ce que tu veux, tout. Si tu souhaites que je parte, je le ferai Severus, même si ça me tue, même si ça me déchire, je le ferais ! Si tu veux que j'en épouse un autre, je le ferais. La seule chose que tu seras incapable de m'ordonner cependant, ce sera d'arrêter… De t'aimer. »

Hermione sortit sa baguette de sa cape. Elle inspira longuement et parvint à sortir un Patronus avec une facilité déconcertante.

Snape redressa enfin la tête lorsqu'il sentit un frisson le parcourir. Un immense serpent, gracile, voluptueux venait d'entourer son corps qui s'était assis, presque effondré sur le sol. La chaleur qui l'enveloppa alors était indescriptible. L'animal disparut en une voluptueuse fumée bleue.

« Vois-tu… Cela ne changera jamais. Je n'ai jamais passé un jour sans t'aimer, une nuit sans te désirer, jamais mangé sans me maudire de ne pas réussir à retenir cette passion qui me dévore. Ça me bouffe, Severus. Tu comprends ? J'aimais tellement… Tellement lorsque nous faisions l'amour. Il me semblait sentir partout sur ton corps ton cœur battre, comme partout dans le mien. Parfois, quand je te vois, je me dis que… le monde entier peut bien s'écrouler. Je n'en aurais rien à faire. »

Hermione soupira longuement. Snape ferma les yeux avec douleur.

Il ne faisait que l'implorer intérieurement de ne pas en dire plus, de se taire… Mais il ne parvenait pas à faire quoique ce soit pour l'en empêcher.

« Peut-être que tu penses que c'est mal, peut-être continues-tu de dire que tu aurais mieux fait de ne jamais me connaître… Mais sache que je préfère être malheureuse en t'aimant que de n'avoir jamais connu cela. Crois-moi, ce ne sont pas les affres d'un premier amour d'adolescente. C'est plus profond, plus fort que cela. Je suis bien assez lucide pour m'en rendre compte. J'ai aimé avant toi… Mais je n'aimerais plus personne que toi après. Sache-le. Tu peux penser ce que tu veux, te bercer de douces illusions, te dire que je referais ma vie, ailleurs, avec quelqu'un d'autre, que je t'oublierais, que je suis trop jeune pour comprendre, trop passionnée et remplie de sensiblerie. Mais tu me hanteras toujours, c'est comme cela. Il faut l'accepter. C'est le genre de choses qui ne tarissent pas… Tu devrais le savoir. Je serais toujours à toi, même si toi… Tu ne m'appartiendras jamais. Je me suis faite à cette idée. Souffla-t-elle. »

Snape passa nerveusement une main dans ses cheveux. Il ne l'entendit plus durant une minute ou deux. Il pouvait encore sentir sa présence derrière lui. Alors, il se tourna et posa à son tour sa main contre la porte. Bordel… Elle allait le rendre complètement fou.

« C'est étrange, ne trouves-tu pas ? Demanda Hermione. »

La jeune femme posa sa main à l'exact endroit où Snape avait la sienne. Elle sentit un doux frisson lui parcourir l'échine.

« Il y a un obstacle, mais on se sent… »

Snape retira sa main brusquement, presque apeuré. Il s'agaça de ce réflexe qu'il jugea terriblement vain.

« Tu n'es pas avec moi, en ce moment… Enfin, pas réellement. Et pourtant, je te vois, j'entends ce que tu ne dis pas. C'est une illusion, je le sais. Tu es là, mais tu ne l'es pas, comme… un fantôme. Et pourtant, tu me manques. Tout me manque. »

Snape se leva et se mit à faire les cent pas, nerveusement.

« Je ne suis pas dupe, tu sais. Je sais bien que… si je m'approche trop près de cette illusion, elle va s'évanouir. Je ne te vois qu'en rêve depuis tellement de temps. Oh, ce n'est pas désagréable, c'est même… Terriblement enivrant. Mais je préfère t'avoir avec moi, que tu m'entoures, que tu me touches, que tu me parles, que tu me vois, que tu me sentes frissonner contre toi. Hier encore, je n'avais pas besoin de te dire tout cela. Aujourd'hui, je suis triste, sache le. Parce qu'au lieu de te posséder comme je le désire, au lieu de t'appartenir, je ne fais que te parler à travers une porte. Dit Hermione en haussant les épaules. »

Snape effleura la poignée de l'entrée. Il serra le poing. Il devait résister, mais cela devenait de plus en plus difficile.

« Je troquerais bien… 10 ans de ma vie contre une nouvelle nuit avec toi, tu sais ? Je t'ai dans l'âme, c'est ainsi. Je sais, je suis naïve, jeune et impétueuse. Je t'entends d'ici penser de moi que je suis ridicule, que je suis une gamine, une crétine juvénile qui fantasme peut-être ? »

Le maître des potions secoua négativement la tête. Dieu non, il ne pensait pas un mot de cela. En fait, jamais personne ne lui avait jamais dit de choses aussi belles.

« Sache qu'il n'en est rien, je le sens au fond de moi et je peine à l'expliquer. Je l'avoue, je me sens pourtant seule, désarmée, remplie de tristesse et de mélancolie mais je voulais te remercier, Severus. Merci… De me faire ressentir cela. Je ne pensais pas que c'était cela et je me rends compte que je n'avais jamais véritablement aimé avant. C'est un beau sentiment et je ne m'en déferais jamais. Seulement… Je voulais aussi m'excuser. Car je ne pensais pas que cela allait prendre cette ampleur, je t'assure ! J'ai peut-être un peu trop pensé à moi. J'aimais tellement ces moments en ta compagnie que... Que je ne me suis pas posée assez de questions. Cela me tue de me dire que… tout cela te met mal à l'aise. Je ne voulais pas te mettre dans cette position. »

Snape grimaça. Il serra les poings si forts qu'il pensa qu'il s'en briserait les phalanges.

« Je suis une idiote, une parfaite idiote. Je pense que... Ce n'est pas approprié. Je suis désolée de m'être livrée ainsi, j'avais juste besoin de vider mon sac, que... vous... sachiez tout. Excusez-moi, monsieur... »

Snape posa sa main sur le loquet de la porte. Il finit par l'ouvrir, avec tant de force que le vent fouetta son visage.

Il se trouva devant le couloir vide. Il observa alors les alentours avec attention. Puis, il fit un pas dehors, deux puis trois. Il la chercha, en vain. Elle n'était plus là.


Le petit mot de Dark Cape

« Severus, je sais… Que tu ne veux pas me parler, tu ne veux plus m'entendre, mais j'ai besoin de te dire des choses. Si je ne te les dis pas ce soir, je ne trouverai jamais la force de te l'avouer et je le regretterais. Je le sais. » Je grince des dents là.

La jeune femme posa sa main à l'exact endroit où Snape avait la sienne. Elle sentit un doux frisson lui parcourir l'échine." - Moi aussi je le sens.

Snape posa sa main sur le loquet de la porte. Il finit par l'ouvrir, avec tant de force que le vent fouetta son visage.

Il se trouva devant le couloir vide. Il observa alors les alentours avec attention. Puis, il fit un pas dehors, deux puis trois. Il la chercha, en vain. Elle n'était plus là." - Trop con... MAIS POURQUOI TU ES CON SEVERUS ?!

Pas beaucoup de notes ce coup-ci, ce chapitre m'a drainé toute énergie... Encore une fois.