Posté le : 17 Août 2014. Riddikulus !
A DRAGON IN THE WIND.
Note importante : Je vous propose un système de réponses aux reviews assez particulier pour cette fic. Il s'agira d'une réponse groupée pour tous les lecteurs. Si vous en appréciez la forme, on continuera sur cette lancée, dans le cas contraire, nous reviendrons à un schéma plus classique. Pourquoi une réponse groupée ? Tout simplement car cela me fait un énorme gain de temps. J'ai plusieurs histoires en cours et je reçois beaucoup de reviews, ce dont je vous en suis très reconnaissante. Sauf que je me suis aperçue que je passais plus de temps à vous répondre, qu'à écrire de nouveaux chapitres. Donc oui, bien sûr que je peux tous vous répondre si c'est ça que vous appréciez (et je le comprends totalement, en tant que lectrice, j'adore obtenir des réponses des auteurs). Mais sachez que si je le fais, le délais d'attente entre chaque publication sera bien plus long. Donc à la fin de ce chapitre, dites-moi vraiment quel système vous préférez en pesant le pour et le contre. Merci de votre compréhension, D Would.
Réponse groupée aux reviews
Avant toute chose, je tiens à remercier chaleureusement chaque personne qui a posté un commentaire sur le premier chapitre de cette histoire. Je les lis tous avec la plus grande des attentions. Je ne m'attendais vraiment pas à un tel accueil, surtout en plein mois d'août ! Vous m'avez reboosté pour écrire et j'ai vraiment avancé depuis la première publication. Toutefois, certaines reviews ont été un peu contrastées et vous m'avez posés des tonnes de questions. Je vais essayer d'être la plus précise possible dans mes réponses et de combler vos attentes, sans trop vous en dire sur la suite des événements.
D'abord, gardez à l'esprit que vous n'avez lu qu'une moitié de tome, donc forcément, les liens entre les personnages ne sont pas les mêmes que dans la version originale ! Il va falloir du temps, et donc plusieurs tomes, pour que des amitiés ou rivalités se créent. Ne vous attendez donc pas à ce que tout arrive tout de suite. Sorciere6174, Red Lady Death, Meladrei, Hyoki Sama, Kimika Su, Yume Resonnance, Pauline, Blair18, Tymara, Manouchow, Sweet and Salt, Krysteen, Doudaah, Kaori Jade, Yukiko64, ManoirMalfoys, Hermione888 et Zayniegirl, je vous remercie pour votre enthousiasme, vos compliments et votre confiance pour ce projet.
D'autres ont été très étonnés que la raison pour laquelle Draco ait été réparti à Gryffondor ne soit pas davantage explicitée comme Mister Kyan, La Prof ou ZebreRose. À mon sens, si Draco se retrouve chez les lions, ce n'est pas uniquement parce qu'il a discuté avec Harry. Ce serait très réducteur de penser ainsi. Prenons l'exemple inverse : Harry aurait dû aller à Serpentard, mais il a décidé de ne pas y aller car il ne voulait pas terminer comme « un mauvais sorcier » ou comme Draco, pour qui il éprouvait déjà une forte antipathie. Dans ma fic, si Draco se retrouve à Gryffondor c'est parce qu'il veut au plus profond de lui être proche de Harry, et aussi être différent de sa lignée. D'ailleurs, Stormtrooper2, même si Draco est peureux (d'ailleurs, Neville est aussi froussard dans les premiers tomes), Draco va doucement parvenir à surmonter tout ça. Il veut marquer son temps et tu as parfaitement raison là-dessus Unepalunaise. Disons que c'est un désir inconscient qui se réalise pour lui mais il va vraiment falloir attendre plusieurs tomes pour qu'on comprenne réellement le pourquoi du comment. Mais dans ma tête, tout cela est très limpide et ne se limite aucunement à une simple poignée de main.
Dans tous les cas, je ne trouve pas Harry « complètement lisse », H Jedusor, ou en tout cas, pas comme toi tu le perçois. Je mets énormément d'énergie dans cette fic, mais je ne peux tout de même pas me permettre de faire de Harry un enfant ayant bien trop de caractère. Il n'a que onze ans ! C'est normal (à mon sens) d'avoir l'air tout gentil, tout parfait. Je suis la trame laissée par J.K. Rowling, et pour avoir relu l'ensemble des tomes pour écrire cette histoire, je trouve Harry vachement nou-nouille. Je ne pouvais pas en faire un garçon très charismatique ou drôle à hurler de rire parce qu'il ne l'a jamais été. En revanche, si j'avais écrit sur Harry à Serpentard (comme x-Lilo), là je me serais davantage permis de modifier son caractère. Là, je me sens un peu les mains liées. J'espère que tu comprends mieux mon choix scénaristique, on va dire.
Matsuyama m'a demandé pourquoi Harry ne se demandait pas pourquoi Sirius était en prison. Encore une fois, c'est ma vision des choses : je ne trouve pas Harry très curieux vis-à-vis du monde magique dans les livres alors qu'il pourrait s'intéresser à beaucoup de choses ! Son manque de réaction provient surtout de sa grande immaturité (ils n'ont que onze ans, tout de même), mais aussi – et dernière raison – parce qu'il reste assez méfiant envers tout ce que peut raconter Lucius Malfoy. Redkunst voulait savoir si Draco garderait son côté « drama queen » et je réponds un gros oui ! J'ai toujours pensé que Draco avait un petit côté princesse à la fois agaçant et adorable. Après tout, il est un fils unique pourri gâté (on s'en rendra surtout compte dans le tome 2) et c'est normal que ses réactions soient tout à fait hors de propos parfois. Et je suis d'accord, c'est une pipelette, 77Hildegard, mais dans les bouquins, on remarque qu'il parle beaucoup en classe, tout de même... (J'ai adoré exagérer ce trait de sa personnalité). En grandissant, il ne perdra pas ce trait de caractère car ça fait partie de son éducation.
Dans tous les cas, comme l'espère Deana 9, l'amitié entre Draco et Harry sera bien évidemment solide et passera par des phases tantôt drôles, tantôt dramatiques. Pour moi, il était impensable de faire cette fic sans faire de parallèle avec l'histoire de James et Sirius (sérieusement, Kolerego, comment tu as fait pour ne pas y penser toute seule, haha ?). Sinon, c'est normal que l'histoire soit assez centrée sur Sirius car il a quand même son nom dans le titre du tome, Majorie27 ! (D'ailleurs, Severus n'a jamais été le parrain de Draco ! Ça c'est une invention des fics)
Je tenais à rétablir un point concernant Ron et Hermione, Ombre d'un rêve et Cat240. Dans la première partie du tome 1, ils ont été assez absents. Pourtant, vous verrez très bientôt qu'ils n'en sont pas pour autant invisibles ou sans utilité pour l'intrigue ! Donc rassurez-vous Kyllerothius, Yaoi No Yume et Vampire1803. Je veux juste les insérer au bon moment, que cela soit crédible, quitte à attendre encore un peu. En tout cas, tout a été écrit donc je n'attends plus qu'un peu pour tout partager avec vous. Mais ce qui m'est cher, par-dessus tout, c'est de garder l'identité de chacun des personnages et je pense que là-dessus, nous sommes parfaitement d'accord. N'est-ce pas Obviously Enough et L'existence d'une vie ? Donc non, Draco ne deviendra sans doute jamais un petit sorcier parfaitement tolérant et propre sur lui, Slytherinyciane (ne pleure pas trop). On doit avoir la même vision des choses, je crois. Parce qu'avec des parents comme Lucius et Narcissa, tu ne peux pas t'en sortir indemne d'années de lavage de cerveau.
Draco sera toujours, d'une certaine manière, très étriqué dans sa façon de pensée et aura des a priori sur pas mal de choses. Après tout, ça fait partie de son héritage. Bien évidemment, le fait d'être entourés de sorciers de tout milieu lui ouvrira les yeux sur pleins de choses ! Et j'ai vraiment hâte que sa personnalité évolue. Pourtant, une partie de moi continue de penser que Draco aura toujours à l'esprit que les sangs purs valent un peu mieux que les autres, aussi brillants soient-ils... Je compte vraiment les utiliser. N'oubliez pas qu'on a surtout le point de vue de Draco ! Son avis est biaisé, Eladelle. Donc ça promet de grands moments pour les tomes suivants, Bambinette Sama et Cassandre Maelthewine (je n'en dirai pas plus, haha).
Pour Charly, petites précisions au sujet de Hermione et les amis d'enfance de Draco : Pour Hermione, il est normal qu'elle ne soit pas amie avec les autres élèves de l'école car Harry n'est pas allé la sauver dans les toilettes des filles. Donc pour leur classe, Hermione est encore cette fille insupportable qui veut toujours avoir raison. En ce qui concerne les Serpentard, nous ne les avons pas beaucoup vu au cours de l'année scolaire car Draco s'est plongé la tête la première dans sa nouvelle amitié avec Harry. Heureusement, nous les verrons bien plus dans le second tome... Chaque année sera traitée en deux, trois ou quatre parties. Mais je ne compte pas (par exemple) faire dix chapitres sur un tome, Fishina même s'il m'intéresse beaucoup. Je préfère plutôt poster un gros truc d'un coup, loulz (Bon courage pour tout lire, Kervana et Momopowaa).
p-s : Merci à Anonyme d'apprécier mon petit dessin en couverture ! Et merci à Emilie, Céline et tant d'autres d'avoir apprécié que je réutilise le chapeau-lion de Luna de cette manière (et oui, Luna apparaîtra dans l'histoire, et j'y ferai référence bien plus tôt que dans le tome 5).
p-p-s : Sam, ça ne m'étonne guère que tu ai apprécié le moment du goûter plus que les autres. J'ai mis toute mon âme dedans, tsais. Quand ça parle de nourriture, ça devient une affaire sérieuse.
p-p-p-s : (Je sais, j'exagère) Applaudissez JaaKuKo pour sa première review sur une de mes fics !
Mot de la bêta, x-Lilo : C'est la première fois que je bosse en tant que bêta et je dois avouer que pour moi ça n'a rien d'un vrai travail. C'est génial. J'ai plus l'impression que c'est un cadeau en fait ! Haha. J'adore Draco et si après ce chapitre ce n'est pas votre cas c'est que vous n'avez pas de cœur. Il est génial. Harry est génial. Tout le monde est génial ! Cette fic est géniale et je vous souhaite une bonne lecture. Je ne peux qu'espérer que aimerez ce chapitre autant que moi.
Erratum : Une erreur s'est glissée dans le texte du précédent chapitre. Draco est né le 5 juin et non pas le 5 mai (comme j'en étais convaincue depuis des lustres). Merci Slytherinyciane.
Tome 1
« Draco Malfoy et l'héritage de Sirius Black »
PARTIE II
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Les jours qui suivirent, beaucoup de monde complimenta Draco sur son déguisement lors du match. Même Ron dû admettre que c'était plutôt réussi. Le professeur Flitwick en personne attribua cinq points à Draco pour avoir réussi à ensorceler un chapeau en étant seulement en première année.
Des élèves de seconde année lui avaient même demandé de leur personnaliser des badges pour qu'ils disent quelque chose lorsqu'on tapotait dessus. Draco le faisait gratuitement, espérant alors ainsi pouvoir s'intégrer parmi les Gryffondor, ce qui semblait – jusqu'ici – plutôt réussi. Pendant que Draco fignolait ses commandes de badges dans leur dortoir, Harry en profitait généralement pour observer la carte du Maraudeur. Touffu restait bien en place, immobile.
Le samedi matin suivant, Harry réussit à convaincre Draco de l'accompagner chez Hagrid. Après tout, les maigres pistes qu'ils possédaient remontaient toutes vers le garde-chasse. Hagrid était penché à sa fenêtre, arrosant des fleurs d'un jaune moutarde produisant un bruit de klaxon dès qu'on les éclaboussait.
– Hey ! Harry, comment ça va ?
– Très bien, Hagrid. Je vous présente Draco, mon ami.
– Ah, oui, oui... Draco (Hagrid semblait tout autant embarrassé que l'autre petit garçon) Eh bien, ne restez pas plantés là, entrez !
Ils durent se mettre à deux pour pousser la lourde porte donnant sur l'unique pièce de la cabane. Les yeux de Draco s'attardèrent sur un grand bac en bois contenant de l'eau d'une couleur douteuse, une arbalète ou encore des furets morts suspendus au plafond. Son nez était retroussé au possible tandis qu'au-dessus du feu, un large chaudron mijotait. Harry parla rapidement de sa victoire au match ainsi que des cours tandis que Draco restait parfaitement silencieux, refusant toute boisson ou nourriture.
– La dernière fois, commença Harry avec précaution, Draco et moi nous sommes tombés sur un chien à trois têtes.
– Vous avez vu Touffu ? Il est à moi ! Je l'ai acheté à un ami grec dans un pub. Au début, c'était un peu difficile de le calmer, mais dès que Touffu entend de la musique, il finit par s'endormir. Je l'ai prêté à Dumbledore l'année dernière pour qu'il garde ce que Nicholas Flamel lui a confié... Oh, mince, je n'aurais pas dû dire ça... je n'aurais pas dû dire ça...
– Qui est Nicholas Flamel ? demanda tout à coup Draco. Qu'est-ce qu'il vient faire là-dedans ?
Hagrid avait l'air furieux contre lui-même et les congédia bien rapidement, prétextant que la nuit allait tomber.
– C'est étrange, tout de même, dit Draco tandis qu'ils revenaient tous les deux vers le château, emmitouflés dans leur écharpe rouge et or. Ce nom me dit curieusement quelque chose... Nous devrions certainement chercher quelque part, en commençant par la bibliothèque, non ?
– Oui, je crois que Hagrid fera bien attention à ne rien nous dire de plus...
Et Harry avait raison. Noël approchait et Hagrid prenait désormais bien garde à éviter les contacts avec eux, ou prenait un ton ampoulé pour leur adresser la parole avant de s'enfuir à toute jambe et il était donc impossible, pour eux, de le rattraper. Draco passait beaucoup de temps à la bibliothèque avec Harry pour trouver qui était ce Nicholas Flamel, en vain.
Poudlard se réveillait sous une épaisse couche de neige difficile à traverser et les élèves de première année avaient déjà hâte d'apprendre, au cours des années suivantes, le sortilège de chaleur.
Malgré leur avance prodigieuse dans le programme, ni Draco, ni Hermione ne s'y risquait de crainte de mettre le feu à leurs vêtements. Tout le monde attendait les vacances avec impatience. Des feux de cheminée chauffaient la Grande Salle et la salle commune de Gryffondor mais les couloirs étaient parcourus de courants d'air glacés et un vent polaire faisait trembler les fenêtres des salles de classe.
Le pire, était les cours du professeur Rogue, dans le cachot glacial où les élèves se serraient contre les chaudrons pour essayer de se protéger du froid. Un matin, Draco reçu un énorme colis de sa mère contenant tellement de bonbons et de chocolats qu'il aurait pu en distribuer à tous ses camarades. Ron, assis juste en face, observait le colis avec une envie sans pareille tandis que Draco était plongé dans la lecture de sa lettre.
– Ma mère dit qu'elle a hâte de me revoir pour les fêtes. Apparemment, notre bulletin de notes sera envoyé directement chez nos parents le matin du 27. Percy m'a raconté que Dumbledore ne voulait pas qu'à cause de nos mauvais résultats, on soit privé de cadeaux... ce qui n'est pas une mauvaise chose !
– Ouais, c'est pas comme si tu en manquais, grommela Ron en lui jetant un regard furibond.
Draco ne l'entendit pas, ou préféra ne pas relever, se contentant de beurrer tranquillement ses toasts. À la fin du petit-déjeuner, Pansy Parkison et ses copines passèrent tout près de leur table.
– Je plains beaucoup les malheureux qui devront rester à Poudlard pendant les vacances parce que personne n'en veut ailleurs, dit-elle en regardant Harry, ce qui fit pouffer de rire ses amies.
Draco arrêta de manger et regarda Harry. C'est vrai qu'il avait complètement oublié. Les moldus de Harry ne voudraient sans doute pas le récupérer avant la fin de l'année ! Le jour des départs, Harry était le seul Gryffondor à rester au château. Il vit donc tous ses camarades faire leur valise et se raconter leurs projets de vacances. Avec le professeur MacGonagall, il accompagna le restant de sa maison jusqu'au portail de l'école.
– Je t'écrirai, d'accord ? promit Draco. Et n'oublie pas pour... tu-sais-quoi.
Harry hocha vivement de la tête. Bien sûr que non il n'oublierai pas Nicholas Flamel ! Sur le chemin du retour, le professeur MacGonagall lui jeta un regard en biais qui semblait être plein de pitié.
– Vous aurez le temps pour voler et peaufiner votre adresse sur un balai.
– Oui... Professeur, est-ce que vous restez, vous aussi ?
– Hélas, non. Je me dois d'accomplir certaines affaires urgentes pour le professeur Dumbledore.
Harry se demanda de quelles affaires il s'agissait. Le soir du Réveillon, il reçu un petit mot de la part du directeur. Apparemment, un repas allait être dressé dans la Grande Salle. Les quatre grandes tables avaient disparu, laissant place à une seule circulaire et bien plus petite. Autour d'elle, il y avait des triplés à Poufsouffle en troisième année, un très grand garçon de Serpentard, le professeur Rogue, Mrs Bibine, Hagrid, une dame aux allures complètement folles et aux énormes lunettes ainsi que Albus Dumbledore.
La soirée se déroula sans encombre et Harry dû même admettre qu'il s'y était un peu amusé. Dumbledore avait toujours le mot pour rire. La dame, en revanche, qui s'avéra être le professeur de Divination qui descendait rarement de sa tour, faisait constamment retomber l'ambiance. Le professeur Trelawney prédit une mort prématurée à Harry pour la fin de l'année scolaire, ce qui fit légèrement sourire Rogue.
Ce qui était agréable avec ces vacances, c'était le sentiment de calme et de liberté qui le poursuivait un peu partout. Harry put s'exercer à loisir à tous les sortilèges et maléfices appris au cour de l'année sans que personne n'ait à le juger en l'observant. Au fil des jours, Harry en était même venu à oublier la notion du temps. C'est donc avec grande surprise que Harry découvrit un matin ses cadeaux de Noël : une flûte de la part de Hagrid reproduisant le hululement des hiboux, les Dursley lui avait même envoyé un cintre !
Neville lui avait fait parvenir une énorme boîte contenant une chocogrenouille géante, en l'honneur de Trevor. Dubois lui avait offert du lustrage pour balais. Draco, pour sa part, avait fait les choses en grand : son cadeau était composé de plusieurs petits paquets. Le premier était un exemplaire de « Les plus grands attrapeurs de l'histoire » dédicacé par Gwenog Jones des Harpies de Holyhead. Le second : un mini balais volant. Et le troisième : une énorme pile de cookies délicieux et de dragées de Bertie Crochus. Mais le cadeau le plus intriguant était celui qu'il venait de recevoir d'un anonyme : « Ton père m'a laissé ceci avant de mourir. Il est temps que tu en hérites. Fais-en bon usage. Très joyeux Noël. ». Le paquet contenait une cape d'invisibilité.
Ooo
Lorsque Draco revint de ses vacances de Noël, il bondit presque sur Harry tant il était heureux d'enfin le revoir. C'était un dimanche après l'heure du déjeuner et ils s'étaient isolés près de l'ancienne horloge du château pour pouvoir discuter tranquillement. Harry lui parla aussitôt de la cape d'invisibilité.
– C'est un cadeau très rare ! Mon père en a une. Mais elle commence déjà à s'user. Il y a des taches opaques par endroit. Mais... si elle appartenait déjà à ton père, c'est qu'elle est déjà vieille.
– Et alors ?
– Et alors ? s'offusqua Draco face à son manque flagrant de connaissance sur le monde magique. Ça veut dire que ta cape est spéciale ! En général, elles ne durent pas plus de sept, voire dix ans dans celles de très bonne qualité. Tu as aimé mes cadeaux ? (Harry acquiesça vivement) Je dois te dire quelque chose d'important. Enfin, plusieurs choses. Mon père n'a pas trop apprécié mon chapeau en forme de lion. La mère de Pansy lui a raconté. Je crois que Pansy raconte tout sur moi à ses parents et ensuite ils répètent tout aux miens. Mon père était furieux ! Il a dit que ce n'était pas dans l'habitude des Malfoy de se donner en spectacle en jouant aux bouffons. C'était terrible. Du coup, je n'ai pas pu me rendre chez Théodore pour son anniversaire, mais tant pis. Je m'y serai sûrement ennuyé... Ils ont aussi mon bulletin. Je suis deuxième partout, sauf en Défense Contre les Forces du Mal où je suis troisième derrière toi et Hermione Granger. Alors tu imagines que ça n'a pas vraiment arrangé les choses.
– Je suis désolé.
– Ça ne fait rien. Je ferai mieux au prochain trimestre. En tout cas, j'ai réussi à trouver qui était Nicholas Flamel, se réjouit-il. J'ai attendu qu'au repas de Noël mon père ait bu trois coupes de vin et il m'a tout déballé. Je lui ai dit que c'était pour un devoir pour le professeur Rogue. Il m'a dit que Nicholas Flamel était un alchimiste ayant inventé la pierre philosophale.
– La pierre philosophale ?
– Tu es aussi crétin que Weasley, parfois. C'est une pierre qui permet d'être immortel et fabrique autant d'or que tu le souhaites. C'est ça que le chien garde !
– Le jour où je suis parti à Gringotts avec Hagrid, il y a eu un cambriolage à l'endroit où se trouvait la pierre. Quelqu'un la veut pour lui tout seul, et c'est pour ça que Dumbledore la protège.
Harry ne faisait pas confiance à Lucius Malfoy sans savoir pourquoi. Il espéra d'ailleurs que ce dernier ne conserve aucune trace des questions de Draco, car comme l'avait dit Hagrid « c'est une mission top secret ».
La reprise des cours fut difficile pour tout le monde. Le professeur Chourave leur donna un pot à Ventrillon – une sorte de bulbe rouge sang qui ne nécessitait ni eau, ni lumière mais était vorace en affection. L'élève ayant réussi à mieux la faire grandir avant la fin du trimestre aurait une excellente note ainsi qu'une récompense.
Draco était si angoissé à l'idée de ne pas offrir suffisamment d'amour à sa plante qu'il la transportait quasiment partout dans une sacoche. Neville, pour sa part, lui parlait constamment et obtenait des résultats prodigieux. Harry, lui, l'avait délaissé sur sa table de chevet. « Le Ventrillon ? », avait dit Fred avec une lueur de malice dans les yeux, « Je connais un très bon moyen de la faire grandir sans aucun effort ! Confie-le a un elfe de maison. Tu verras, résultat garanti... » Harry aurait vraiment voulu appliquer ce conseil, mais il ignorait comment trouver les elfes dans Poudlard et peut-être que le professeur Chourave détecterait la triche.
En Métamorphose, les choses se corsaient et les cours théoriques ensevelissaient Harry sous des rouleaux de parchemins plus illisibles les uns que les autres. Même les leçons de Sortilèges avaient tout à coup perdu de leur intérêt. Demain, ils auraient un effroyable contrôle en Potions et Harry était incapable de dormir.
Il prit dans sa malle sa cape d'invisibilité et décida d'errer au hasard dans les couloirs, histoire de s'aérer l'esprit. Il descendit plusieurs escaliers, tourna à droite, puis à gauche et une nouvelle fois à droite. Il se passa quelques instants avant qu'il ne jette un coup d'œil autour de lui. La pièce dans laquelle il se trouvait avait l'air d'une salle de classe désaffectée. Il voyait la forme sombre de pupitres et de chaises entassés contre les murs. Il y avait également une corbeille à papiers retournée.
Il remarqua aussi, appuyé contre le mur d'en face, quelque chose qui ne semblait pas appartenir au mobilier habituel d'une salle de classe, quelque chose que quelqu'un avait dû ranger là pour s'en débarrasser. C'était un miroir magnifique qui montait jusqu'au plafond avec un cadre d'or sculpté, posé sur deux pieds pourvus de griffes, comme des pattes d'animal.
Une inscription était gravée au-dessus du miroir. Harry déchiffra: « riséd elrue ocnot edsi amega siv notsap ert nomen ej. » En s'approchant du miroir, il comprit très vite que quelque chose d'extraordinaire se produisait juste sous ses yeux. Une femme, debout derrière son reflet, lui souriait en faisant des signes de la main.
Il tendit le bras derrière lui, mais il ne sentit que le vide. Si cette femme avait été vraiment présente dans la pièce, il aurait pu la toucher, mais il n'y avait rien. La femme était très belle. Elle avait des cheveux auburn et ses yeux... « Ses yeux sont comme les miens », pensa Harry en s'approchant un peu plus près de la glace. D'un vert brillant et d'une forme semblable.
II s'aperçut alors que la femme pleurait. Elle souriait et pleurait en même temps. L'homme qui se tenait à côté d'elle était grand, mince, avec des cheveux noirs. Il la tenait par les épaules. Il portait des lunettes et ses cheveux étaient très mal coiffés. Il avait des épis qui dépassaient à l'arrière de son crâne, tout comme Harry. Il était si près du miroir, à présent, que son nez touchait presque celui de son reflet.
– Maman ? murmura-t-il. Papa ?
L'homme et la femme le regardèrent en souriant.
Quelque chose lui faisait mal à l'intérieur de son corps, un mélange de joie et de tristesse.
Il ne se rendait pas compte du temps qui passait. Les reflets dans le miroir ne s'effaçaient pas et il ne se lassait pas de les regarder, encore et encore, jusqu'à ce qu'un bruit lointain le ramène à la réalité. Il ne pouvait pas rester ici, il fallait qu'il retrouve le chemin de son lit. Il arracha son regard du visage de sa mère et murmura :
– Je reviendrai...
Le lendemain matin, Harry réveilla Draco bien avant les autres.
– Il faut que je te montre quelque chose. Vite !
Peu habitué à voir son ami aussi fébrile, Draco se dépêcha de se doucher puis d'enfiler son uniforme. Ils détalèrent dans les couloirs et Harry lui montra le miroir qu'il avait trouvé la veille.
– Regarde, il y a mes parents là-dedans ! (Draco semblait sceptique, mais consentit à plisser les yeux) Ils sont juste là ! Tu vois ?
L'expression faciale de Draco changea du tout au tout.
– Oooooh ! C'est moi ! Mais en beaucoup plus grand. Qu'est-ce que je suis beau... (Draco se tourna, se mettant sous son profil le plus avantageux) Vraiment très beau. Qu'est-ce que c'est que cette médaille ? Je suis membre de l'Ordre de Merlin ! Et... (Draco se tut brusquement, rougissant)
– Et quoi ?
– Non, rien.
Pourtant, Draco ne pouvait s'empêcher de contempler le miroir avec des yeux avides.
– … Tu crois que ce miroir montre l'avenir ? demanda-t-il d'une voix chargée d'espoir.
– C'est impossible. Mes parents sont morts. (Draco se détacha de sa vision) Allez, viens. Il ne faudrait pas rater le petit-déjeuner. Rogue risque déjà de nous faire passer un sale moment avec cette interro.
Ooo
La troisième nuit après sa découverte, il retrouva le chemin plus facilement et ne fit pas de mauvaises rencontres. À nouveau, il vit son père et sa mère qui lui souriaient et un de ses grands-pères qui hochait la tête avec une expression de bonheur. Harry s'assit par terre, devant le miroir. Rien ne l'empêchait de rester ici toute la nuit à contempler toute sa famille. Rien, sauf peut-être...
– Alors ? Tu es encore là, Harry ?
Harry sentit son sang se glacer. Il regarda derrière lui. Assis sur un bureau, près du mur, il reconnut... Albus Dumbledore !
– Je... je ne vous avais pas vu, Monsieur, balbutia Harry.
– On dirait que l'invisibilité te rend myope, dit Dumbledore et Harry fut soulagé de voir qu'il souriait.
Albus Dumbledore vint s'asseoir par terre, à côté de lui.
– Comme des centaines de personnes avant toi, tu as découvert le bonheur de contempler le Miroir du Riséd. Il ne nous montre rien d'autre que le désir le plus profond, le plus cher, que nous ayons au fond de notre cœur. Toi qui n'as jamais connu ta famille, tu l'as vue soudain devant toi. Ton ami Draco Malfoy, qui a toujours voulu être couvert de gloire et d'honneur, s'est vu décoré du titre le plus sacré du monde sorcier. Un titre qu'aucun membre de sa famille n'a jamais eu... Mais ce miroir ne peut nous apporter ni la connaissance, ni la vérité. Des hommes ont dépéri ou sont devenus fous en contemplant ce qu'ils y voyaient, car ils ne savaient pas si ce que le miroir leur montrait était réel, ou même possible. Demain, le miroir sera déménagé ailleurs, et je te demande de ne pas essayer de le retrouver. Mais si jamais il t'arrive encore de tomber dessus, tu seras averti, désormais. Ça ne fait pas grand bien de s'installer dans les rêves en oubliant de vivre, souviens-toi de ça. Et maintenant, remets donc cette cape merveilleuse et retourne te coucher.
Harry se releva.
– Monsieur, dit-il. Est-ce que je peux vous demander quelque chose ?
– C'est ce que tu viens de faire, mais tu peux recommencer, si tu veux.
– Et vous, qu'est-ce que vous voyez quand vous regardez le miroir ?
– Moi ? Je me vois avec une bonne paire de chaussettes de laine à la main.
Harry ouvrit des yeux ébahis.
– On manque toujours de chaussettes. Noël vient de passer et je n'en ai même pas eu une seule paire. Les gens s'obstinent à m'offrir des livres.
Lorsqu'il eut rejoint son lit, Harry se demanda si Dumbledore lui avait bien répondu la vérité. Mais après tout, c'était peut-être une question un peu trop personnelle.
Ooo
Le match contre Poufsouffle déconcentra Harry de ses études. Dubois insistait tellement pour qu'ils s'entraînent tard qu'en rentrant le soir, il n'avait que la force de se glisser dans son lit. Draco, qui vivait par procuration sa petite gloire d'Attrapeur, avait entrepris de corriger tous ses devoirs à sa place et avait même décidé d'apprendre à imiter son écriture « au cas où ».
Les Poufsouffle n'avaient rien à envier aux Serpentard quant à leur petite campagne de déstabilisation. Harry les avait longtemps imaginé bon joueur, mais ce n'était pas le cas d'une certaine partie d'entre eux. En sortant du cours de Botanique, un élève de quatrième année à Poufsouffle lui fit un maléfice croc-jambe et le pot de son Ventrillon se brisa au sol. La plante mourut bien rapidement dans un affreux couinement.
– Je peux te donner un des bébés de la mienne, proposa gentiment Neville, dont le Ventrillon faisait maintenant près de un mètre cinquante de hauteur.
Ces petits incidents répétés entamèrent le morale de Harry qui passa la fin de la semaine quasiment reclus dans son dortoir à feuilleter « Le Quidditch à travers les Âges ». Selon Ron, l'équipe de Gryffondor avait toutes ses chances de gagner si elle restait concentrée. Il était même vitale que Harry attrape le Vif avant la première demi-heure pour obtenir un bon classement final.
Ron avait parié la seule mornille qu'il possédait sur Harry et il eut raison : au bout de sept petites minutes, Harry avait amorcé une spectaculaire descente en piqué qui avait provoqué des exclamations angoissées et des cris d'enthousiasme parmi la foule. Harry avait filé droit vers l'Attrapeur adverse et évité la collision d'extrême justesse, le bras levé en signe de triomphe, la main serrée sur le Vif d'Or. Cette performance était sûrement un record. Draco bondit de sa place comme un ressort, et sa tête de lion s'ôta de son crâne comme un bouchon de bièraubeurre pour atterrir sur celui de Rogue.
– Désolé, professeur, baragouina Draco en tirant sur la crinière du lion pour le récupérer en douceur. Vraiment désolé.
Dumbledore pouffa de rire tandis que Harry faisait un tour de stade. Les Gryffondor étaient en délire. On porta Harry en scandant son nom. Draco s'apprêtait à suivre ses camarades lorsqu'on le héla.
– Psst !
C'était Hagrid. Circonspect, Draco regarda à droite et à gauche avant de s'approcher.
– Est-ce que tu pourrais dire à Harry de venir chez moi un peu plus tard ? J'aurai quelque chose à lui montrer. Euh, tu peux venir aussi si tu en as envie, bien sûr. (Draco acquiesça) Allez, file avant qu'il ne te cherche.
L'apprenti sorcier fit volte-face, suivant la traînée de confettis rouge et or jusqu'à l'intérieur du château. Dans la salle commune, la fête fut si animée et si longue que Draco eut du mal à glisser le moindre mot à l'intention de Harry. Ce n'est que lorsque le professeur MacGonagall débarqua avec un peignoir écossais et la mine sévère qu'ils furent tous contraints de se rendre dans leur lit. Dean était tellement épuisé qu'il tomba raide sur son matelas, ses chaussures encore aux pieds. Leurs autres camarades de chambrée étaient dans un état tout aussi pitoyable et Draco redoutait que Harry n'ait même pas la force de se rendre chez Hagrid.
– Je me demande ce qu'il mijote, marmonna Harry qui avait attendu que tous les autres s'endorment. Ce n'est pas son genre de nous demander de venir en pleine nuit.
Draco enroula des édredons sous leur couette respective afin de simuler une silhouette humaine, éteignit les lampes d'un coup de baguette magique puis alla se faufiler sous la cape d'invisibilité auprès de Harry qui tenait la carte du Maraudeur. Grâce à ces deux objets magiques, ils ne rencontrèrent aucune difficulté à traverser tout le château. Lorsqu'ils allèrent frapper à la porte du garde-chasse, ils furent surpris de voir que tous les rideaux de la cabane étaient tirés.
– Qui est là ? demanda Hagrid avant de les faire entrer et de refermer rapidement la porte derrière eux.
À l'intérieur, il faisait une chaleur étouffante. Bien qu'au-dehors la température fût clémente, un grand feu ronflait dans la cheminée. Hagrid prépara du thé et leur proposa des sandwiches à l'hermine, mais ils les refusèrent. Le regard de Harry fut directement attiré vers le feu de la modeste cheminée sur lequel était posé à même les braises un énorme œuf noir et luisant.
– Qu'est-ce que c'est, Hagrid ?
– Un œuf de dragon !
L'expression faciale de Draco était partagée entre le saisissement et une convoitise presque bestiale.
– Comment vous avez réussi à vous en procurez un ?
– Je l'ai gagné, dit fièrement Hagrid. Hier soir. J'étais allé boire un ou deux verres au village et j'ai joué aux cartes avec un client de passage. Pour tout vous dire, je crois qu'il n'était pas mécontent de s'en débarrasser.
– Et qu'est-ce que vous allez en faire quand il aura éclos ? interrogea Harry.
– J'ai lu des choses là-dessus, répondit Hagrid en retirant un gros livre de sous son oreiller. J'ai trouvé ça à la bibliothèque. L'Elevage des dragons pour l'agrément ou le commerce. C'est un peu daté, bien sûr, mais tout y est. Il faut garder l'œuf dans le feu parce que, dans la nature, c'est leur mère qui leur souffle dessus, vous comprenez ? Et quand l'œuf a éclos, il faut donner au petit un seau de cognac mélangé à du sang de poulet toutes les demi-heures. Regardez, là, ils expliquent comment reconnaître les différents œufs. Le mien, c'est un Norvégien à crête. Une espèce rare.
Il semblait ravi, mais Harry ne l'était pas du tout.
– Hagrid, votre cabane est en bois, fit remarquer Harry.
Cependant, Hagrid n'écoutait pas. Il remuait les braises en chantonnant. Même Draco, qui était pourtant un gros froussard, s'était approché du feu pour s'asseoir juste en face de l'œuf qui vacillait dans les flammes.
– Est-ce qu'il y a d'autres dragons sauvages ici, en Grande-Bretagne ? demanda Harry, craignant de paraître une fois de plus complètement ignorant face au monde sorcier.
– Bien sûr que oui ! s'offusqua Draco en tournant vivement la tête. Tu n'as jamais entendu parler du Vert Gallois ou du Noir des Hébrides ? Ce sont les deux espèces les plus répandues sur notre territoire. Autrefois, à l'époque de Atticus II le Fol, il y en avait plus de deux milles spécimens rien qu'entre nos frontières. Mais Atticus a rendu la chasse aux dragons comme une sorte de jeu pour les aristocrates et les sorciers avides de gloire. Même s'ils sont effrayants et redoutables, quelques sorciers parvenaient vraiment à les tuer. Un des derniers dragons qui est mort à cause d'un sorcier était Maegar, un Dent-de-Vipère du Pérou qui hibernait en Écosse. C'est mon grand-père Abraxas qui en est venu à bout. C'est pour ça que je m'appelle Draco, tu vois ? (Draco se tourna vers les flammes) Mais, il y a eu un retour des choses. Peu de temps après, mon grand-père a attrapé la dragoncelle et en est mort. Mon père m'a dit que l'élevage de dragons était interdit depuis 1709. Ils sont quasiment impossible à dresser, même les professionnels éprouvent du mal à les garder dans leur réserve naturelle. Ils tentent toujours de s'enfuir. Une fois, c'est arrivé, et ça a été la pagaille au Ministère !
Hagrid regarda Draco les yeux mouillés, ému que quelqu'un partage son affection pour le sort des dragons.
– Mais si c'est illégal, reprit Harry, vous finirez par avoir des ennuis. Comment vous allez faire lorsqu'il commencera à grandir ? Et puis, c'est tout de même curieux qu'un type se balade avec un œuf de dragon dans sa poche. Comment lui l'a obtenu ? Vous lui avez demandé ?
Hagrid lui fit signe de se taire. Que cela soit dans le monde magique ou le monde moldu, Harry savait de source sûre que le trafic d'animaux protégés par le code pénal pouvait conduire à de très lourdes peines. Il ne voulait pas que l'imprudence du garde-chasse le conduise directement à la case prison. Dans le feu, l'œuf sifflait comme une cocotte-minute. Hagrid l'attrapa avec d'énorme pince en fer et le posa sur la table. Draco se précipita pour attraper un tabouret et se pencha en avant. Harry le tira en arrière, ou cas où l'œuf exploserait durant l'éclosion.
Presque aussitôt, il y eut un craquement, la coquille s'ouvrit en deux et le bébé dragon s'avança sur la table d'une démarche pataude. Il n'était pas vraiment beau à voir. Harry trouva qu'il ressemblait à un vieux parapluie noir tout fripé. Ses ailes hérissées de pointes étaient énormes, comparées à son corps frêle d'un noir de jais. Il avait un long museau avec de grandes narines, des cornes naissantes et de gros yeux orange et globuleux.
Le dragon éternua et de petites étincelles jaillirent de son museau.
– Il est magnifique, murmura Hagrid.
Il tendit la main pour le caresser, mais le dragon claqua des mâchoires en montrant de petits crocs pointus.
– Le brave petit, il a reconnu sa maman ! s'exclama Hagrid. Je vais l'appeler Norbert.
Draco renifla dédaigneusement face à ce prénom stupide.
– On devrait rentrer, maintenant, prononça Harry en regardant à travers le rideau. Il doit sans doute être très tard.
– Ah, oui, oui, dit Hagrid sans pouvoir se détacher de la contemplation de son dragon. Passez par derrière pour ne pas qu'on vous voit ouvrir la porte depuis le château. Merci d'être venu.
Harry dû quasiment tirer Draco pour qu'il se loge sous la cape. La fatigue l'emportant, il n'eut pas la force de le faire taire tandis qu'il murmurait des propos quasiment insensés à propos du dragon et de ce que lui pourrait en faire. Quand il tomba dans son lit de fatigue, Harry fut presque certain d'avoir entendu Draco mentionner l'idée de demander un dragon à ses parents pour son prochain anniversaire.
Ooo
Dans les jours qui suivirent, Draco eut du mal à se concentrer sur ses examens. Dès qu'ils se rendaient à la bibliothèque pour revoir toutes les leçons apprises au cours de l'année, son regard fuyait irrémédiablement vers la fenêtre la plus proche d'où il pouvait entrevoir la cabane de Hagrid. Parfois, Harry était certain qu'il pouvait voir des jets de flammes... ou peut-être était-ce son imagination.
En cours d'Histoire de la Magie, au lieu de prendre des notes, Draco s'était lancé dans le dessin d'un grand dragon aux airs redoutable sur son cahier. De temps à autre, Hermione Granger regardait par-dessus son épaule et lui jetait des regards désapprobateurs. Draco ne le finit que deux jours jours plus tard, le découpa et jeta dessus un sortilège de lévitation.
Depuis, le dragon de papier de Draco voletait paresseusement au-dessus des lits de leur dortoir auprès du mini balais magique qu'il avait offert à Harry pour Noël. Si Draco prenait la situation avec calme et insouciance, ce n'était pas le cas de Harry. En une semaine, la taille de Norbert avait presque triplée, passant à celle d'un berger allemand adulte. D'ici une semaine ou deux, le dragon serait sans doute plus grand que la cabane toute entière et il deviendra alors impossible de le cacher à Dumbledore.
– Dumbledore ce n'est pas le pire, avait baragouiné Draco en essayant de caresser Norbert malgré ses nombreuses tentatives pour le mordre. Si mon père apprend que vous avez gardé un animal sauvage dans cette école, à l'insu du conseil, il fera tout pour vous licencier... Vous savez, mise en danger de la vie d'autrui, toutes ces choses là...
– Oui, oui, tu as sans doute raison, admit Hagrid, horrifié. Mais je ne peux quand même pas l'abandonner !
– Je sais ! Ron a son frère Charlie qui travaille dans une réserve pour dragons ! Il en a parlé au début de l'année à un repas, prononça Harry. On n'a qu'à lui demander de le contacter. Je suis certain qu'il ne dira rien à personne.
À la mention de Ron, Draco se rembrunit. Les deux garçons se détestaient cordialement sans que quiconque puisse expliquer pourquoi. Harry mettait cela sur le compte d'une réciproque jalousie : d'une part, Ron convoitait la richesse et le pouvoir légendaire de la famille Malfoy d'autre part, Draco enviait l'intégration sans pareille des Weasley dans la maison Gryffondor. Ils seraient obligés de mettre leurs différents de côté afin de sauver Norbert. Le soir même, Harry raconta toute l'histoire à Ron qui semblait clairement impressionné. Il utilisa Hedwige pour faire parvenir une lettre à son grand frère qui répondit presque aussitôt.
Cher Ron,
Merci pour ta lettre. Je serai ravi de m'occuper de Norbert le dragon, mais ce ne sera pas facile de l'amener jusqu'en Roumanie. Le mieux serait de le confier à des amis à moi qui sont de passage en Grande-Bretagne. Pourrais-tu amener le dragon au sommet de la plus haute tour du château ? Il faudra être très discret car il est strictement interdit de transporter des dragons, encore moins lorsqu'on n'a pas les qualifications requises. Je compte sur toi. Mes amis profiteront de l'obscurité pour s'en aller avec Norbert. Salue Hagrid de ma part. Dis-lui que je veillerai sur son petit protégé.
À très vite,
Charlie
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Ce samedi-là, la nuit était sombre et le ciel rempli de nuages. Quand Harry, Ron et Draco arrivèrent devant la cabane, Hagrid était prêt. Il avait enfermé le dragon dans une grande boîte.
– Je lui ai donné des rats et du cognac pour le voyage, dit-il d'une voix étouffée. Et je lui ai laissé son ours en peluche pour qu'il ne se sente pas trop seul.
Un bruit de déchirure à l'intérieur de la boite indiqua que l'ours en peluche venait sans doute de perdre la tête.
– Au revoir, Norbert, sanglota Hagrid tandis que Harry et Ron recouvraient la boite avec la cape d'invisibilité, puis se glissaient au-dessous. Maman ne t'oubliera jamais !
Minuit approchait lorsque Harry et Ron, chargés de leur fardeau sous la cape d'invisibilité, arrivèrent dans le couloir situé au pied de la tour la plus haute. Draco ouvrait la marche, consultant régulièrement la carte du Maraudeur afin d'éviter de croiser quelqu'un. De là-haut, la cabane de Hagrid semblait incroyablement minuscule.
Draco referma doucement la porte et rangea la carte dans sa poche tandis que les deux autres guettaient les alentours. Une dizaine de minutes plus lard, quatre balais surgirent de l'obscurité et descendirent en piqué vers le sommet de la tour. Les quatre amis de Charlie avaient fabriqué un harnais accroché entre leurs balais pour pouvoir transporter Norbert.
Tout le monde s'y mit pour attacher soigneusement le dragon, puis Harry, Ron et Draco échangèrent des poignées de main avec les autres en les remerciant chaleureusement. Les trois Gryffondor virent bientôt la boîte à dragon s'éloigner dans le ciel puis disparaître au loin. Le cœur léger et les bras libres, ils redescendirent l'escalier. Ils étaient enfin débarrassés du dragon, plus rien ne pouvait gâcher leur bonheur. Sauf peut-être la silhouette de Rusard qui les attendait au bas des marches...
– Je crois bien que nous allons avoir des ennuis, jeunes gens, murmura-t-il.
Ils se rendirent compte que dans leur euphorie et précipitation, ils avaient oublié la cape d'invisibilité au sommet de la tour. Les choses n'auraient pas pu tourner plus mal. Rusard les conduisit dans le bureau du professeur McGonagall où ils s'assirent en silence. Draco tremblait de terreur. Harry tournait et retournait dans sa tête toutes les excuses qu'il pouvait trouver pour justifier leur conduite, mais aucune ne paraissait convaincante. Ils étaient pris au piège. Comment avaient-ils pu être assez stupides pour oublier la cape ?
Pour comble de leur malheur, lorsque le professeur McGonagall réapparut, elle tenait Neville par le bras.
– Ron ! s'écria Neville. Je t'ai cherché pour te prévenir que...
Puis il se tut sous le regard sévère du professeur de Métamorphose. Draco envoya une œillade méprisante à Harry qui avait l'air de dire « Tu vois, je te l'avais bien dit qu'on ne pouvait pas faire confiance à Ron ». Pendant près d'un quart d'heure, elle les disputa tous les quatre sur leur conduite irresponsable et leur enleva cinquante points chacun, ce qui voulait dire qu'il était désormais impossible de rattraper leur retard sur les autres maisons d'ici la fin de l'année.
– Je suis outrée, dit le professeur McGonagall. Quatre élèves qui se promènent dans les couloirs la même nuit ! Je n'ai jamais vu une chose pareille. Mr Malfoy, je pensais que vous étiez plus raisonnable. Quant à vous, Mr Potter, je croyais que vous attachiez plus de prix au prestige de Gryffondor. Vous serez tous les quatre en retenue et, croyez-moi, vous aurez du travail à faire ! Oui, oui, vous aussi, Mr Londubat, rien ne vous autorise à errer dans les couloirs en pleine nuit, encore moins en cette période, c'est extrêmement dangereux. J'écrirai à vos familles demain matin à la première heure. Maintenant, filez directement dans vos dortoirs pour vous coucher !
Rusard les harcela sur tous le trajet en leur parlant des diverses punitions réservées aux élèves aussi imprudent. Mais Harry s'en contrefichait, il ne pensait qu'à la cape laissée au sommet de la tour. Et si une bourrasque de vent l'emportait, le précieux héritage de son père, comment ferait-il pour la retrouver ? Une fois dans leur dortoir, Ron alla se coucher sans un mot, l'air bougon. En revanche, Neville pleura à chaude larmes pendant de longues minutes, ce qui réveilla Dean. Draco, pour sa part, était incapable de faire quoique ce soit, pétrifié à l'idée que son père reçoive le courrier de la directrice.
Le lendemain matin, Harry fut presque certain que Draco n'avait pas fermé l'œil de la nuit. Il n'eut même pas le courage de lui demander s'il voulait aller récupérer la cape avec lui. Au moins, Draco avait toujours la carte du Maraudeur... Harry fut soulagé de voir que la cape était toujours à l'endroit où ils l'avaient déposé la veille. Mais ce bonheur ne fut que de courte durée. En descendant les escaliers magiques menant à la Grande Salle, le sablier des Gryffondor semblait bien vide. Deux cents points perdus en une seule soirée.
Quand les élèves de Gryffondor passèrent devant les sabliers géants qui comptabilisaient les points de chaque maison, ils crurent d'abord à une erreur. Comment auraient-ils pu perdre deux cents points en une nuit ? L'histoire commença alors à se répandre : c'était Harry Potter, le célèbre Harry Potter, le héros des deux derniers matches de Quidditch, qui leur avait fait perdre tous ces points, lui et trois autres idiots de première année. Harry qui avait été le plus populaire, le plus admiré des élèves de l'école devint brusquement celui qu'on détestait le plus.
Une rumeur, plus folle que les autres, disait même que Draco avait fait exprès de leur faire perdre tous ces points pour que ces amis de Serpentard puissent une nouvelle fois remporter la coupe des quatre maisons. Affecté par toute la pression, Draco s'était isolé à la bibliothèque d'où il ne sortait plus si ce n'est que pour prendre les repas. Ron et Neville souffraient, eux aussi. Ils n'avaient pas à subir autant d'avanies, car ils n'étaient pas aussi connus, mais personne ne leur parlait non plus.
Pourtant le pire arriva le lendemain, quand Ron, Neville et Draco reçurent les lettres de leur famille. Harry fut bien content que les Dursley se désintéressent totalement du monde magique ainsi que de son éducation. Neville pleura devant tout le monde et les Serpentard se moquèrent de lui. Ron avait un teint verdâtre et n'avait qu'une seule envie : rester le plus longtemps à Poudlard afin d'éviter le courroux de sa mère. Quant à Draco... Il courut à toute vitesse s'isoler avec sa lettre.
– Que se passe-t-il ? demanda Harry à Ron.
– Il a reçu une Beuglante. Ce n'est pas forcément joli à voir, tu sais.
– Une Beuglante ?
– C'est un courrier sonore qui explose quand tu ne l'ouvres pas. Si je n'étais pas aussi malheureux, j'aurais été presque curieux de savoir ce que ses parents lui ont dit là-dedans.
Harry ne vit pas Draco de la journée. Pourtant, il fit deux fois le tour de la bibliothèque. Il avait bien demandé à Hermione Granger de l'aider à le trouver, mais celle-ci l'ignora superbement, trop renfrognée à l'idée qu'ils avaient « gaspillé tous leurs points en une nuit pour des bêtises ». Ce n'est qu'après l'heure du dîner qu'il vit Draco dans leur dortoir, en train de faire sa valise.
– Qu'est-ce que tu fais ?
– Je dois partir, hoqueta Draco. Mon père m'attend ce soir à Pré-au-Lard. Il dit qu'il me fera l'école à la maison jusqu'à la fin de l'année, puis ensuite que j'irai à Durmstrang.
À sa plus grande surprise, Draco se blottit dans ses bras et commença à pleurer. Maladroit, Harry tapota son dos un moment. Il se sentait très triste de devoir être séparés. Draco était sans doute, à l'heure actuelle, ce qui se rapprochait le plus d'un meilleur ami. Il ne pouvait pas partir ! Les années suivantes à Poudlard sans lui seraient terriblement ennuyantes.
– Il doit bien y avoir un moyen..., tenta Harry, pris de remords.
– Tu ne sais pas comment mon père est quand il a une idée derrière la tête. Il dit que j'ai jeté l'opprobre sur notre famille en me comportant comme un voyou, qu'il aurait préféré que je sois un cracmol plutôt que de s'entendre dire que j'étais mal éduqué. (Draco recommença à pleurer) Je ne veux pas retourner chez moi, pas alors que je commence à me faire des amis... Tu sais, je n'ai jamais eu d'amis avant ça. Pour de vrai, je veux dire. Je suis toujours tout seul à la maison et personne ne s'occupe de moi. Je suis allé voir le professeur MacGonagall pour lui expliquer tout ça, mais elle a dit qu'elle ne pouvait rien faire, qu'elle était désolée.
Draco semblait inconsolable. Harry le fit s'asseoir sur son lit et le serra un peu plus fort dans ses bras.
– On continuera de s'écrire, n'est-ce pas ?
– Pourquoi vous vous écrirez alors que vous serrez camarades de dortoir ? demanda une voix calme et malicieuse.
Albus Dumbledore était là, suivi de près par Ron, les bras croisés sur sa poitrine et l'air très sûr de lui.
– Je vous remercie Mr Weasley de m'avoir averti de la situation, ajouta le directeur. Draco, je me suis rendu immédiatement à Pré-au-Lard où j'ai pu rencontrer ton père. Un charmant homme ce Lucius (« charmant » ne serait pas le mot que Harry aurait utilisé pour le qualifier)... En tout cas, j'ai réussi à le convaincre que tu pourrais rester cette année et les suivantes. Il ne le sait pas car son attitude au château a été exemplaire du début à la fin, mais il arrive souvent que les élèves s'écartent du chemin de la rigueur pour contourner le règlement. Je pense bien l'avoir enfreint moi-même quarante-huit fois, si on ne compte pas la fois où j'ai mis le feu au rideau de mon lit, dit-il en désignant l'endroit où était assis Draco. J'ai toujours détesté ces rideaux. Je compte sur toi Harry pour prendre soin de ton ami. Vous avez intérêt à réussir avec brio vos examens. Mais avant cela, n'oubliez pas que vous avez votre punition à effectuer demain. Bonne nuit.
Draco était transfiguré par le bonheur. Ron, Harry et Draco entamèrent une petite danse de la joie et le dragon de papier qui volait dans la pièce les observa d'un air suffisant, perché sur une lampe.
Ooo
Dans l'agitation qu'avait provoquée la perte de leurs points, Harry avait oublié qu'ils avaient toujours une retenue à faire. Rusard vint les chercher devant le portrait de la Grosse Dame aux alentours de onze heures et Neville et Draco n'étaient pas du tout rassurés de devoir faire leur punition en pleine nuit, d'autant plus qu'ils se dirigeaient vers la Forêt Interdite.
La lune brillait, mais les nuages qui la masquaient par moments les plongeaient dans l'obscurité. Plus loin, on apercevait les fenêtres allumées de la cabane de Hagrid. Le garde-chasse les attendait déjà devant sa cabane, non loin de son chien Crockdur.
– Je viendrai les chercher aux alentours de une heure, prononça sournoisement Rusard. Si je peux les récupérer entier (Neville et Draco frissonnèrent de terreur) À tout à l'heure...
Sa lampe, seule source de lumière des alentours, se balança un moment dans l'obscurité avant de disparaître derrière l'enceinte du château.
– J'ai demandé à Dumbledore de me charger moi-même de votre punition, dit Hagrid. Je sais que c'est à cause de moi tout ça, donc je voulais me faire pardonner en vous offrant un petit moment incroyable dont vous vous souviendrez toute votre vie.
Apparemment, Hagrid n'avait du tout la même définition d'amusement qu'eux.
Il les amena à la lisière de la forêt, leva sa lampe et montra un étroit sentier qui serpentait parmi les gros arbres noirs. Une petite brise agitait leurs cheveux tandis qu'ils contemplaient la forêt.
– Regardez, dit Hagrid, vous voyez cette chose argentée qui brille par terre ? C'est du sang de licorne. Il y a dans les environs une licorne qui a été gravement blessée par je-ne-sais-quoi. C'est la deuxième fois cette semaine. J'en ai trouvé une morte mercredi dernier. On va essayer de retrouver cette malheureuse bestiole. Il faudra peut-être mettre fin à ses souffrances.
– Et qu'est-ce qui se passe si le je-ne-sais-quoi qui a blessé la licorne nous trouve avant ? demanda Draco sans parvenir à dissimuler la terreur qui altérait sa voix. Si on doit aller dedans, moi je veux Crockdur et Harry !
– Très bien, accorda Hagrid. Mais je te préviens, Crockdur est un vrai trouillard. Alors, vous irez d'un côté, et Ron, Neville et moi de l'autre. Si l'un de nous trouve la licorne, il envoie des étincelles vertes, d'accord ? Sortez vos baguettes magiques et entraînez-vous dès maintenant. Voilà, très bien. Et si quelqu'un a des ennuis, il envoie des étincelles rouges pour que les autres viennent à son secours. Allons-y, maintenant, et faites bien attention.
Quand ils atteignirent la bifurcation, ils se séparèrent à regret et Harry se demanda si c'était une chose prudente. Draco semblait encore plus terrifié à chaque pas qu'ils faisaient. Les minutes passèrent, interminables. Leur ouïe s'affinait, Harry percevait chaque souffle de vent, chaque craquement de brindille. Que se passait-il ? Où étaient les autres ?
Crockdur gémissait et Harry le tenait fermement par son collier afin qu'il ne s'échappe pas en courant au moindre instant. Malgré l'atmosphère lugubre, Draco ne se défilait pas et faisait preuve d'un courage inné. La forêt était de plus en plus épaisse à mesure qu'ils avançaient et le sentier devint presque impraticable. Harry avait l'impression que les taches de sang étaient plus abondantes. Il en vit sur les racines d'un arbre, comme si la malheureuse créature s'était débattue, folle de douleur.
À travers le feuillage d'un vieux chêne, Harry aperçut une clairière. Il fit signe à Draco de s'arrêter. Il y avait quelque chose d'un blanc brillant sur le sol. Ils s'approchèrent prudemment. C'était bien la licorne. Elle était morte. Harry n'avait jamais rien vu d'aussi beau et d'aussi triste. Ses longues jambes minces s'étaient repliées dans sa chute et sa crinière étalée formait une tache gris perle sur les feuilles sombres. Au-dessus de la licorne, une silhouette encapuchonnée semblait se nourrir de son sang. Crockdur aboya et, sans même s'en rendre compte, Harry l'avait lâché sous le choc.
– Crockdur ! Reviens !
Le bruit alerta la silhouette sombre qui rampa presque vers eux, comme une chose dangereuse et ne redoutant absolument rien. La cicatrice de Harry s'embrasa et il tomba à genoux.
– Harry ! criait Draco en essayant de le relever. Harry, debout ! Il faut qu'on parte d'ici !
Voyant que son ami était incapable de réaliser le moindre mouvement, Draco se plaça devant lui et sortit bravement sa baguette magique face à cette chose.
– Pas un pas de plus ! rugit-il. Je suis un sorcier ! Je sais me défendre !
Mais la chose n'en avait cure. Elle continuait d'avancer à son rythme, avec un sifflement insupportable. La cicatrice de Harry lui faisait tellement mal qu'il en hurlait. Draco agita sa baguette magique et repoussa la silhouette contre un tronc d'arbre. Draco profita de son étourdissement pour saisir Harry par le bras et le soulever. Il projeta des étincelles rouges vers le ciel, espérant alors que Hagrid les remarque aussitôt, malgré la densité de la végétation. La chose n'avait pas abandonné l'idée de les poursuivre. Les jambes de Draco lui faisaient tellement mal qu'il était sur le point de s'effondrer. Tout à coup, une créature mi-homme, mi-cheval, s'interposa et repoussa la chose avec ses sabots tout en hennissant de fureur.
– Vite ! Monte ! cria-t-il à l'adresse de Draco.
Le centaure se pencha et Draco jeta presque Harry sur le dos de la créature, puis grimpa à son tour. Ils cavalèrent à travers la forêt, très loin de ce monstre. Harry finit par reprendre connaissance tandis qu'ils s'arrêtaient dans une clairière.
– Ça va ? demanda le centaure en aidant Draco à descendre.
– Oui, merci. Qu'est-ce que c'était ?
Le centaure ne répondit pas. Il avait des yeux d'un bleu surprenant, comme des saphirs délavés. Il observa attentivement Harry et son regard s'attarda sur la cicatrice qui brillait, livide, sur son front.
– C'est le fils Potter (Draco acquiesça, même si la phrase du centaure ne sonnait aucunement comme une question). Il vaudrait mieux que tu retournes auprès de Hagrid. La forêt n'est pas sûre, ces temps-ci...
– Monsieur, interrompit Draco, cette chose qu'on a vu, c'était... c'était de la magie noire, n'est-ce pas ? Combien de licornes ont été tuées depuis le début de l'année ?
Mais Draco ne put obtenir la moindre réponse. Il y eut alors un autre bruit de galop et d'autres centaures surgirent des arbres, les flancs palpitants, couverts de sueur.
– Firenze ! tonna Bane. Qu'est-ce que tu fais ? Tu portes un humain sur ton dos ! Tu n'as donc aucune honte ? Tu te prends pour une mule ?
– Vous savez qui est ce garçon ? répliqua Firenze. C'est le fils Potter. Plus vite il aura quitté la forêt, mieux cela vaudra.
– Qu'est-ce que tu lui as dit ? gronda Bane. Souviens-toi, Firenze, nous avons fait serment de ne pas nous opposer aux décisions du ciel. N'avons-nous pas lu dans le mouvement des planètes ce qui doit arriver ?
– Je suis sûr que Firenze a cru bien faire, intervint Ronan de sa voix sombre.
– HARRY ! DRACO !
Hagrid arrivait avec les autres, y compris Crockdur, essoufflés. S'en suivi d'une longue discussion diplomatique avec les centaures et Hagrid dû promettre de ne plus amener d'élèves dans la forêt avant que la situation ne s'éclaircisse. En retournant vers le château, les mines plus pâles que jamais, personne ne prononça le moindre mot. Mais Draco avait l'air d'être le plus affecté de tous. Une fois dans son lit, Harry se rendit compte que son ami ne dormait pas, qu'il était là, les yeux ouverts et semblait réfléchir.
– Qu'est-ce qu'il y a ? chuchota Harry dont la cicatrice le picotait encore.
– Je repense à ce qu'il s'est passé dans la forêt, murmura Draco. Je suis certain que c'était de la magie noire. Boire du sang de licorne est un acte maudit.
– Pourquoi quelqu'un ferait une chose pareille ?
– … Il faut être désespéré, c'est vrai. Ou ne plus rien avoir à perdre. Le sang de licorne permet de maintenir en vie même la personne la plus malade du monde, c'est mon père qui me l'a expliqué. Mais à partir du moment où tu as bu une goutte, ton existence est damnée à tout jamais... Tu n'auras plus qu'une semi-vie. Peu de gens au monde voudrait d'une telle chose.
– Est-ce que tu penses qu'il pourrait s'agir de Voldemort ?
– Ne prononce pas son nom ! glapit Draco, complètement horrifié. S'il te plaît, ne prononce pas son nom. (Silence) Mais oui, il pourrait s'agir de lui. Il est le seul à être allé aussi loin sur le chemin de la magie et personne ne sait ce qu'il est devenu. Mon père pense qu'il est là, quelque part, qu'il attend la bonne opportunité pour revenir.
– Hagrid le pense aussi. Tu crois que... que Tu-Sais-Qui boit du sang de licorne en attendant de s'emparer de la pierre philosophale ?
L'idée, une fois prononcée, lui fit froid dans le dos, mais c'était la seule plausible. Ils restèrent un moment sans rien dire.
– Dumbledore est le seul qui puisse défendre la pierre, formula Harry, d'un ton qui se voulait assuré. Tant que Dumbledore est là, personne n'osera toucher à cette pierre.
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Longtemps encore, Harry se demanderait comment il avait pu faire pour passer ses examens tout en ayant sans cesse la hantise de voir Voldemort surgir dans la salle de classe. Pourtant, au fil des jours, il ne faisait aucun doute que Touffu était toujours bien vivant et fidèle au poste.
Il faisait une chaleur étouffante, surtout dans la Grande Salle où se déroulaient les épreuves écrites. Les élèves avaient reçu des plumes neuves auxquelles on avait jeté un sort qui empêchait leurs utilisateurs de tricher.
Il y eut aussi un examen pratique. Le professeur Flitwick les appela un par un dans sa classe pour voir s'ils arrivaient à faire danser un ananas sur une table. Le professeur McGonagall les regarda transformer une souris en tabatière, elle ajoutait des points si la tabatière était particulièrement belle mais elle en enlevait si on y décelait des moustaches. Ils étaient tous paniqués devant Rogue qui les surveillait de près pendant qu'ils essayaient de fabriquer une potion d'Amnésie. Harry tenta de s'appliquer le plus possible tandis que Draco était bien décidé à être le premier dans cette discipline.
Leur dernier examen était celui d'histoire de la magie. Ils durent passer une heure à répondre à des questions concernant de vieux sorciers un peu fous, inventeurs de chaudrons dont le contenu tournait tout seul puis ils furent enfin libres pendant toute une semaine jusqu'aux résultats des examens. Lorsque le fantôme du professeur Binns leur annonça qu'ils pouvaient poser leurs plumes et rouler leurs parchemins, Harry ne put s'empêcher de pousser des exclamations de joie avec les autres.
Ils pourraient donc s'amuser à loisir. L'ambiance dans leur dortoir s'était considérablement améliorée : depuis l'histoire de Norbert le dragon, Ron et Draco pouvaient passer des moments ensemble sans même se disputer. Leur entente n'était pas aussi bonne que Harry l'aurait souhaité, mais c'était déjà un début et le temps ferait sans doute en sorte que leur relation prenne en profondeur.
Avec les autres garçons de leur dortoir, ils passèrent beaucoup de temps dans le parc de Poudlard à s'amuser à quelques jeux sorciers que Harry découvrit avec beaucoup de curiosité. Cependant, sa cicatrice ne cessait de lui faire mal et cela ne lui était jamais arrivé auparavant. Draco lui conseilla d'aller voir Mrs Pomphresh mais elle décréta qu'il n'avait pas de fièvre ou même de température.
Harry avait décidé de ne plus s'en préoccuper, mais Draco n'était pas de cet avis. Lui qui avait été élevé dans une famille de sorciers puissants, savait sans doute mieux que personne que les blessures magiques pouvaient avoir des conséquences dévastatrices sur le long terme.
– Il faut aller voir Dumbledore, répéta-t-il à Harry pour, au moins, la cinquième fois de la journée.
Pour le faire taire, Harry consentit à se rendre jusqu'à son bureau. Toutefois, ils furent assez déconcertés quand la gargouille leur demanda le mot de passe.
Le professeur McGonagall traversait justement le hall avec une énorme pile de rouleaux de parchemins dans les bras.
– On veut voir le professeur Dumbledore, dit courageusement Draco.
– Voir le professeur Dumbledore ? répéta le professeur McGonagall, comme si elle trouvait l'idée particulièrement saugrenue. Et pourquoi donc ?
– C'est... c'est un secret, répondit Harry, la gorge sèche.
Sa réponse n'était pas très habile, pensa-t-il en voyant le professeur McGonagall froncer le nez.
– Le professeur Dumbledore est parti il y a dix minutes, répondit-elle froidement. Il a reçu un hibou urgent du ministère de la Magie et il s'est immédiatement envolé pour Londres.
– Il est parti ? répéta Harry d'une voix fébrile.
– Le professeur Dumbledore est un grand sorcier, Potter, il est très demandé.
Elle poursuivit son chemin jusqu'à son bureau pour corriger ses très nombreuses copies.
– C'est cette nuit que ça va se passer, dit Harry lorsqu'ils furent certains que le professeur McGonagall était trop loin pour les entendre. Tu-Sais-Qui va profiter de l'absence de Dumbledore pour voler la pierre philosophale. Quand le directeur reviendra, il sera trop tard. Il faut qu'on l'en empêche.
Curieusement, Draco ne posa aucune question.
– D'accord. Je t'accompagnerai.
– De quoi vous parlez ? (Ron se trouvait juste derrière eux, légèrement soupçonneux) Tu-Sais-Qui va essayer d'entrer dans le château ?
– Chut !
Harry l'entraîna dans une salle de classe vide et lui expliqua en long et en large la situation. Ron paraissait horrifié, cependant, il consentit à les aider. Après dîner, ils s'assirent tous les trois à l'écart dans la salle commune. Personne ne les dérangea puisque les autres Gryffondor refusaient toujours d'adresser la parole à Harry. Pour une fois, celui-ci en était plutôt soulagé.
Draco parcourait ses cahiers de cours, espérant y dénicher le moyen de neutraliser les sortilèges qu'ils devraient affronter. Harry et Ron ne disaient pas grand-chose. Tous deux pensaient à ce qui les attendait. Peu à peu, la salle se vida à mesure que les élèves allaient se coucher. Lorsque le dernier fut parti, Harry monta dans le dortoir pour aller chercher la cape d'invisibilité. En même temps, il glissa dans sa poche la flûte que Hagrid lui avait offerte à Noël. Il comptait l'utiliser pour endormir Touffu. C'était mieux que d'avoir à chanter quelque chose.
– On ferait mieux de mettre la cape dès maintenant, dit-il quand il fut redescendu.
– Qu'est-ce que vous faites ? dit alors une voix à l'autre bout de la salle.
Neville apparut derrière un fauteuil en tenant contre lui son crapaud qui s'était à nouveau évadé.
– Vous allez encore vous balader ? dit Neville. Si vous sortez, vous allez forcément vous faire prendre, et Gryffondor aura encore plus d'ennuis ! Je ne vous laisserai pas partir. Je suis prêt à me battre !
Draco dégaina rapidement sa baguette magique et formula froidement :
– Petrificus Totalus. (Neville tomba raide sur le tapis) Désolé Neville, mais il le fallait.
Ron et Harry se jetèrent un regard en biais, horrifiés par la réactivité et le calme olympien de Draco. Ils quittèrent la salle commune et jetèrent aussitôt sur eux la cape d'invisibilité. En étant trois là-dessous, ils se devaient de progresser bien plus lentement et devaient faire attention à ce qu'on n'aperçoive pas leurs chevilles à cause de la précipitation. Harry menait la marche tandis que Draco consultait la carte du Maraudeur.
Quelques secondes plus tard, ils s'étaient avancés dans le couloir et virent que la porte était entrebâillée. Harry poussa la porte. Des grognements retentirent aussitôt. Les trois museaux du chien reniflaient frénétiquement dans leur direction, bien qu'il fût incapable de les voir. Harry se mit aussitôt à jouer de la flûte, heureux d'avoir appris à le faire dans son école primaire moldue. Touffu se mit rapidement à somnoler et Ron et Draco entreprirent de déplacer ses pattes posées sur la trappe tandis que Harry continuait son petit morceau.
À l'intérieur, tout était noir et on n'en voyait pas le fond. Draco était pris de sueur froide, mais sauta le premier. Ron le suivit aussitôt, puis Harry bondit dans la trappe. Il sentait l'air humide lui siffler aux oreilles tandis qu'il tombait, tombait, tombait... Puis soudain, avec un drôle de bruit sourd, il atterrit sur quelque chose de mou. Il se redressa et regarda autour de lui. Ses yeux n'étaient pas encore habitués à l'obscurité, mais il avait l'impression d'être assis sur une sorte de plante. Tout était parfaitement mou. Draco vérifia deux fois qu'il n'avait pas la moindre blessure.
– Une chance que cette plante soit là, dit Ron en tapotant affectueusement dessus.
Draco leva le nez et poussa un cri.
– Ce n'est pas n'importe quelle plante ! C'est un Filet du Diable !
Les vrilles de la plante, longues comme des tentacules, avaient commencé à s'enrouler autour de ses chevilles. Quant à Ron et à Harry, des sortes de lianes leur avaient déjà ligoté les jambes sans qu'ils s'en rendent compte. Ron vociférait comme un pourceau et Draco sortit sa baguette magique de ses doigts tremblants.
– Lumos Maxima ! claironna-t-il.
La plante poussa un cri suraiguë puis s'entortilla sur elle-même, laissant alors aux trois Gryffondor le temps de s'échapper de ses griffes. Ils s'engagèrent ensuite dans un passage qui s'ouvrait devant eux et s'enfonçait sous la terre. Harry écouta. Venant d'un peu plus loin, on entendait un bruissement confus auquel se mêlaient quelques tintements. Parvenus à l'extrémité du passage, ils découvrirent une salle brillamment éclairée, avec un haut plafond en forme d'arche.
L'endroit était envahi de petits oiseaux étincelants qui voletaient sans cesse tout autour de la pièce. Dans le mur d'en face, il y avait une grande porte de bois. Mais en étant attentif, Harry et les autres se rendirent compte qu'il ne s'agissait pas d'oiseau mais de clefs volantes. Près de la porte, il y avait trois vieux balais de l'école. Ils en enfourchèrent un chacun afin d'attraper la clef qui semblait la plus ancienne. Ils décollèrent en direction du nuage de clés. Ils essayèrent d'en saisir plusieurs, mais les clés magiques filaient, plongeaient, zigzaguaient avec une telle rapidité qu'il était presque impossible d'en attraper une.
Ce n'était pas pour rien, cependant, que Harry était le plus jeune attrapeur qu'on ait connu depuis un siècle. Il avait un don pour repérer des choses que les autres ne voyaient pas. Après avoir parcouru pendant quelques instants ce tourbillon de plumes aux couleurs d'arc-en-ciel, il remarqua une grosse clé d'argent qui avait une aile tordue, comme si quelqu'un l'avait déjà attrapée et brutalement introduite dans la serrure.
– Je l'ai trouvée ! cria-t-il aux deux autres.
Ron fila dans la direction indiquée par Harry, mais, emporté par son élan, il s'écrasa contre le plafond et faillit tomber de son balai.
– Il faut la cerner, cria Harry, sans quitter des yeux la clé à l'aile blessée. Ron, tu restes au- dessus, Draco, tu te mets en dessous pour l'empêcher de descendre, et moi, j'essaierai de l'attraper. Attention... Partez !
Ron plongea, Draco remonta en chandelle, et la clé les évita tous les deux, mais Harry fonça dessus et réussit ainsi à l'attraper. Ils redescendirent sur le sol et allèrent ouvrir la vieille porte. Celle-ci donnait sur une vaste salle au sol dallé noir et blanc. Ron se figea, réalisant qu'il s'agissait d'un échiquier et qu'ils ne passeraient de l'autre côté qu'une fois la partie gagnée.
Draco avait les jambes flageolantes mais ne contestait aucune des décisions que prenait Ron. Harry avait toujours été un joueur médiocre aux échecs et ne comprenait pas réellement s'ils étaient en train de gagner ou de perdre. De temps à autre, Harry et Draco se jetaient des coups d'œil inquiets. Ils perdaient du temps. Peut-être que Voldemort avait même déjà récupéré la pierre philosophale à l'heure qu'il est.
– Il va falloir faire un sacrifice, dit Ron d'un air grave. C'est le jeu. Je vais avancer et la reine me prendra, ce qui te permettra de faire échec et mat, Harry. Ensuite, allez directement récupérer la pierre et l'amener à un professeur, d'accord ?
Harry allait protester mais Ron s'avançait déjà. La reine blanche abattit alors son bras de pierre sur sa tête. Ron s'effondra et la reine le traîna jusqu'au bord de l'échiquier. En tremblant, Harry se déplaça de trois cases vers la gauche. Aussitôt, le roi blanc ôta sa couronne et la jeta aux pieds de Harry. Ils avaient gagné. Draco et Harry restèrent un moment figés sur l'échiquier tandis que les pions emportaient la silhouette inconsciente de Ron.
– Allons-y, prononça fermement Harry.
La salle suivante était dédiée aux potions. Draco resta un long moment pensif face à l'énigme et Harry s'en voulut de n'être d'aucun secours. Nerveux au possible, le Survivant se tritura les doigts avant que Draco parvienne à trouver la solution. Il choisit le flacon le plus petit de tous.
– C'est celui-ci qui nous permettra de rejoindre la salle d'à côté.
Harry ne lui demanda même pas s'il était sûr, se fiant entièrement au jugement de Draco. Ils burent chacun une gorgée, bondirent dans les flammes noires barrant la porte finale et ne ressentirent aucune douleur.
– Qu'est-ce qu'on fera une fois face à... à Tu-Sais-Qui ? interrogea Draco d'une toute petite voix.
– Tout ce qui est en notre pouvoir pour prendre la pierre.
Ils poussèrent la porte. La salle était plus vaste que les autres mais ne comportait qu'un unique miroir, celui du Risèd. Cependant, à la stupeur générale, ce n'était pas Voldemort qui était là, mais le professeur Quirrel. Harry s'apprêtait à descendre les marches mais Draco le retint en arrière, à bonne distance.
– Mr Potter, susurra Quirrell. Je me demandais quand vous viendriez ici me rejoindre. Mais je vois que vous n'êtes pas venu seul... Ce n'était pas prévu.
Draco observa attentivement le professeur Quirrell qui était retourné à la contemplation du miroir.
– C'est vous qui avez fait entrer le troll le soir d'Halloween, prononça Draco. Vous avez détourné l'attention de tout le monde pour essayer de vous emparer de la pierre ce soir-là. Mais ça n'a pas marché.
– Oui, admit-il. C'était moi. J'ai essayé à de très nombreuses reprises, mêmes. Mais le professeur Rogue ne me faisait pas confiance. Et maintenant, laissez-moi tranquille, je dois examiner cet intéressant miroir. Il est la clé qui mène à la Pierre. On peut faire confiance à Dumbledore pour manigancer ce genre de choses... Mais il est à Londres... Et quand il reviendra, je serai loin. Très loin.
Harry et Draco dégainèrent leur baguette magique d'un même geste et vociférèrent « Petrificus Totalus » d'une seule et même voix. Mais Quirrell eut un rire froid et glacial, bien loin de celui qu'ils avaient déjà entendu en classe. Il avait réussi à dévier le sort très rapidement, puis les désarma.
– Bien faible tentative. Vous pensiez sincèrement venir à bout d'un sorcier adulte aussi facilement ?
– Comment avez vous fait pour voir que nous allions vous viser avec notre baguette alors que... que vous étiez dos à nous ? tenta Harry, plus pour gagner du temps que par réel intérêt.
– Mon Maître me l'a dit. Il est toujours avec moi, où que j'aille, répondit tranquillement Quirrell. Je l'ai rencontré quand je voyageais autour du monde. J'étais un jeune homme stupide, à l'époque, plein d'idées ridicules sur les notions de bien et de mal. Lord Voldemort m'a montré à quel point j'avais tort. Il n'y a pas de bien ni de mal, il n'y a que le pouvoir, et ceux qui sont trop faibles pour le rechercher... Depuis ce temps-là, je l'ai servi fidèlement, bien que je l'aie laissé tomber à plusieurs reprises. Il a dû sévir, avec moi. (Quirrell retourna à sa contemplation du miroir) Je ne comprends pas. Est-ce que la Pierre est à l'intérieur du miroir ? Faut-il que je le casse ?
Harry était tenté de récupérer la pierre avant Voldemort. Il était prêt à tout essayer.
– Ne pense à rien ! s'exclama Draco, à mi-voix.
– Quoi ?
– Mon père peut lire dans les pensées des gens, chuchota Draco. Ne lui donnes pas la solution aussi facilement !
Harry paraissait horrifié. Comment Draco voulait-il qu'il ne pense à rien ? C'était tout simplement impossible !
– Potter, approchez ! aboya Quirrell.
Harry bougea sans même s'en rendre compte. Il se plaça face au miroir avec quelques hésitations. Il vit tout d'abord son reflet, pâle et terrifié. Mais un instant plus tard, le reflet lui sourit. Il se vit alors mettre la main dans sa poche et en retirer une Pierre rouge sang. Son reflet lui adressa un clin d'œil et remit la Pierre dans sa poche. Au même moment, Harry sentit quelque chose de lourd tomber dans sa vraie poche. Il ne savait pas comment, il n'arrivait pas à le croire, mais maintenant, c'était lui qui avait la Pierre !
– Alors ? dit Quirrell avec impatience. Qu'est-ce que vous voyez ?
Harry rassembla tout son courage.
– Je me vois en train de serrer la main de Dumbledore, prétendit-il. J'ai... j'ai fait gagner la coupe à Gryffondor.
Quirrell poussa à nouveau un juron.
– Il ment ! dit une voix aiguë provenant du turban de Quirrell.
Quirrell agita sa baguette magique et Draco se retrouva subitement suspendu dans les airs, la tête vers le bas.
– Si je le lâche, gronda Quirrell, il se fracassera le crâne contre le sol.
– Laisse-moi lui parler face à face.
– Maître, vous n'avez pas assez de forces, protesta Quirrell.
– J'en ai assez pour ça...
Harry eut alors l'impression qu'un nouveau Filet du Diable le clouait sur place. Il ne parvenait plus à remuer le moindre muscle. Pétrifié, il regarda Quirrell lever les bras et commencer à défaire son turban. Bientôt, le turban tomba et la tête de Quirrell parut soudain étrangement petite. Puis il pivota sur ses talons. Harry aurait voulu crier, mais il était incapable d'émettre le moindre son. Derrière la tête de Quirrell, au lieu de son crâne, il y avait un visage, le visage le plus terrifiant que Harry eût jamais vu. Il était d'une blancheur de craie avec des yeux rouges flamboyants et des fentes en guise de narines, comme sur la tête d'un serpent.
– Harry Potter... murmura le visage.
Voldemort lui faisait face et Harry avait simplement envie de vomir. Du coin de l'œil, il vit Draco – la tête toujours vers le bas – devenir rouge au possible.
– … Donne-moi la pierre qui se trouve dans ta poche !
– Ne lui donne rien du tout Harry ! s'écria Draco.
– Vraiment ? (Un cercle de feu entourait désormais Draco) Choisis bien, Potter, persifla Voldemort.
– Très bien, concéda Harry. Mais laissez Draco en-dehors de tout ça. Laissez-le repartir sain et sauf.
Quirrell brisa le sort et Draco fut reconduit jusqu'à la sortie par une force invisible et la porte se referma brutalement derrière lui. Draco tambourina contre la porte un moment, criant le prénom de Harry, puis il n'y eut plus aucun bruit. Harry n'avait qu'une parole.
Même s'il s'apprêtait à faire, sans doute, la plus grosse erreur de toute sa vie, il s'avança jusqu'à Quirrell. Mais quand ce dernier tenta de lui prendre la pierre, sa main se mit à brûler. Ses paumes étaient rouge vif ! Stupéfait, Harry profita de la torpeur de Quirrell pour lui bondir dessus. Il plaqua ses mains sur son visage et ce dernier se décomposa lentement tandis que son ancien enseignant hurlaient de douleur.
– TUE-LE ! TUE-LE ! ne cessait de répéter la voix aiguë de Voldemort.
Mais tout cela était vain. Le corps de Quirrell se désagrégea sur place et l'esprit de Voldemort y fut brutalement arraché. La cicatrice de Harry l'irradiait de douleur. Il entendit une porte sauter de ses gonds, des pas précipités et le visage inquiet de Draco était juste au-dessus du sien.
– Accroche-toi, Harry. Je te ramène en sécurité !
Il aurait voulu répondre quelque chose, mais tout doucement, il finit par perdre connaissance...
ooo
Draco avait essayé de rendre visite à Harry à l'infirmerie pour, au moins, la huitième fois de la journée et Mrs Pomphresh refusait encore de le laisser entrer. Mais cette fois-ci, Dumbledore sortait justement de cette salle, l'air passablement heureux.
– Draco ! Je me demandais quand j'allais vous revoir. Comment te sens-tu ?
– Plutôt bien. J'ai eu quelques égratignures, c'est tout. Une chance, selon Mrs Pomphresh. Mais elle ne veut pas que j'entre. Vous avez vu Harry ? I-Il va bien ?
– Parfaitement bien, affirma Dumbledore avec un petit sourire. Et il le doit principalement à toi et à l'aide de Ron. Il assistera au banquet de ce soir et pourra te raconter tout en détails. En attendant, tu devrais préparer ta valise pour le départ.
Draco retourna immédiatement dans son dortoir et entreprit de faire sa malle, en rangeant soigneusement chacun de ses vêtements ainsi que ses livres de cours. Il décrocha ses posters animés de joueurs de Quidditch et attrapa son dragon de papier qu'il rangea dans un album.
– Sacrée année, formula Neville qui revenait de la salle de bain, les bras chargés de bouteille de shampoing. C'était plutôt amusant, je dois dire.
– Oui, c'est vrai. Je ne pensais pas du tout m'amuser autant.
Neville déposa ses affaires dans un grand sac.
– Au début, quand tu as été réparti à Gryffondor, j'ai bien cru que tu allais faire de ma vie un véritable cauchemar. Tu avais l'air du genre... à mépriser un peu tout le monde, sauf Harry.
Draco fut décontenancé face à cet aveu. Jamais de la vie il n'aurait songé avoir une si piètre image auprès de ses camarades.
– Je ne suis pas comme ça, assura-t-il. Enfin si, un peu au fond, mais je pense avoir changé. Et je continuerai de changer grâce à vous.
Neville se mit à sourire. Ils finirent de ranger leurs affaires, puis entreprirent de faire la malle de Harry qui n'aurait sans doute pas le temps en sortant tout juste de l'infirmerie. En descendant dans la Grande Salle, Draco repéra immédiatement Harry, le bras en écharpe, assis auprès de Ron. Il se précipita vers lui, heureux qu'il lui ait gardé une place.
– Tout va bien ?
Harry hocha vigoureusement de la tête et ils écoutèrent le petit discours de Dumbledore qui finit par ajouter cinquante points à Neville, Ron et Draco et soixante pour Harry, à la grande joie de leur maison qui avait ainsi reprit la tête du classement.
– Ce qui signifie, conclut Dumbledore, que nous allons devoir changer de décoration.
Il frappa dans ses mains et en un instant, le vert et argent se transforma en rouge et or, et le grand serpent disparut, remplacé par le lion altier des Gryffondor. Rogue serra la main du professeur McGonagall avec un horrible sourire qui n'avait rien de naturel, mécontent de devoir lui céder la coupe.
Lors de la même soirée, les résultats des examens furent épinglés dans leur salle commune et, à la grande surprise de tous, Draco parvint à déclasser Hermione dans une matière : les sortilèges. Il poussa un véritable cri de joie et s'empressa d'aller écrire à son père dans la volière.
Le lendemain matin, tout Poudlard se dirigea vers le train pour retourner à Londres. Le château leur manquerait à tous. Et si cette année avait été fantastique, Harry était certain que les autres lui réservaient, elles aussi, leur lot de surprise. Dans le train, Harry et Draco réservèrent un compartiment pour eux tout seul – comme à l'allée – et se racontèrent tout ce que leur petite victoire impliquait pour le monde sorcier. Ils jouèrent à la bataille explosive, mangèrent des confiseries et se séparèrent à regret une fois sur le quai de la voie 9 ¾. Les parents de Draco semblaient attendre depuis longtemps, mais leur fils ne s'en préoccupait même pas.
– Tu m'écriras, hein ? demanda-t-il à Harry.
– Aussi souvent que possible.
– Tu as plutôt intérêt ! Sinon, j'envoie quelqu'un te chercher.
Harry doutait sérieusement que Lucius Malfoy mettrait le moindre pied dans un quartier moldu. Mais, pour la forme, il acquiesça en empruntant une moue sérieuse. Inutile de discuter lorsque Draco avait une idée en tête.
– Je dois y aller maintenant, dit Draco, penaud. Au revoir, Harry ! À bientôt !
De loin, Harry vit clairement le père de Draco s'indigner que ses cheveux ne soient pas parfaitement peignés et il tenta rapidement de les plaquer sur son crâne, avant de s'impatienter. Les cheveux blonds de Draco partaient dans tous les sens et Harry se dit qu'il avait peut-être une très mauvaise influence sur lui...
fin du premier tome
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Merci d'avoir lu ! Le second tome aura pour titre « Draco Malfoy et la valeur du sang ». Cela sera assez centré sur les Serpentard. Je mettrai, comme d'habitude des extraits de la suite sur mon groupe facebook nommé « The Baba O'Riley ». Pour le premier volet, j'ai été contrainte de suivre de près la trame de Rowling car on y dépose les bases. Mais j'ai remanié énormément de choses dans le tome 2, et encore plus pour le tome 3. J'ai vraiment hâte de vous y retrouver ! Bonnes vacances pour ceux qui ont la chance d'en avoir.
