Posté le : 11 Septembre 2014. Reducto !
A DRAGON IN THE WIND. Ces derniers jours ont été assez calmes malgré la reprise. Du coup, j'en ai profité pour avancer l'intrigue de cette fanfiction. J'en suis à la rédaction de la troisième partie du tome quatre ! Mais j'ai aussi pu répondre à toutes les reviews reçues depuis la dernière fois. Je pense que, dès que j'aurais une phase creuse comme celle-ci, je prendrai le temps de faire des réponses personnalisées, parce que bon, vous le valez bien. Je mettrai un extrait du prochain chapitre sur mon groupe facebook « The Baba O'Riley » d'ici peu !
Réponses aux reviews anonymes :
Nyannach : Ah, les vacances, ce petit truc qui nous fait perdre la notion du temps ! J'adore avancer ce projet. Je me sens vraiment prise par l'intrigue. Ça me fait un bien fout, surtout qu'avec Nyx, ça devient de plus en plus compliqué à gérer. Donc je pourrai plus facilement me ressourcer à partir de maintenant. Je te remercie pour ta review et à la prochaine.
Emilie 12 : Quel plaisir de recevoir une nouvelle review de ta part ! J'ai l'impression que tu me suis depuis tellement longtemps que je me sens toute vieille et frippée, haha. Sinon, oui Harry et Draco dans cette fic finiront bel et bien ensemble ! Contiens ta bave, s'il te plaît. Je n'ai pas encore décidé de comment ça allait se faire, parce que j'en suis encore à leur quatrième année, et donc je ne peux pas trop brûler les étapes. La personnalité de Draco est celle qui m'a donné le plus de souci quand j'ai commencé, mais désormais, je pense être rôdée !
Constouche B : Constance ? Non, je ne vois pas du tout de qui il s'agit. Pauvre bébé, tu as cru que je t'avais oublié ? Srsly ? Comment le pourrais-je ? Je veux bien être ton fondant au chocolat. Tu seras ma crème anglaise. Pour toujours, haha. Bon, j'espère que la suite t'emportera tout aussi loin (même si le tome 2 n'est pas du tout mon favoris donc j'ai pas non plus pris mon pied en le réécrivant, tsais).
LinChan : Maintenant que tu le dis, je comprends mieux ce que tu voulais dire avec l'histoire de la pierre philosophale. Je pensais juste que tu voulais avoir plus de choses refaites entièrement par mes soins (et tu ne serais pas la première à le demander). Disons que j'ai pris la mouche car parfois, on me demande des choses hallucinantes dans mes fics. Le degré d'exigence des lecteurs allant crescendo, c'est parfois plus oppressant que stimulant. L'évolution du récit se fera de manière très progressive, donc il faudra être patiente.
Iilaydiiz : L'intégration de Hermione dans le groupe se fera de manière lente, mais solide. Pour ce qu'a vu Draco dans le miroir du Risèd, je pense le mentionner dans les tomes ultérieures (comme le cinq ou le six). Pour l'instant, ce n'est pas du tout à l'ordre du jour ! Je ne peux pas trop te dire ce qu'il va se passer (ou non) entre les Gryffondor et les Serpentard. Ça serait comme un peu te donner toutes les cartes alors que l'histoire vient tout juste de commencer.
Cat240 : Oui, dans le livre aussi il y a la fête de Sir Nicholas et Harry accepte de s'y rendre. C'est le chapitre 8, qui s'appelle « L'anniversaire de mort ». Je crois qu'il est temps pour toi de relire tous les tomes !
Fishina : Pour les vacances d'été de Harry (soit le début du tome 3), j'ai trouvé une solution donc tu verras très vite ce que ça donne. Bon, on y est pas encore. En tout cas, l'été, on sera toujours du point de vue de Draco vu que la fic est centrée sur lui. Pour les Dursley, il y aura une intrigue avec eux d'ici quelques temps, donc ça va être cool quand même.
Marie : Merci pour le compliment ! Même s'il y a toujours un délai entre chaque chapitre, ça me permet d'acquérir de l'avance dans l'intrigue. See ya !
K S : C'est normal que les Serpentard soient « obtus » vu comment la plupart ont été élevé. Draco dans le livre est pareil, voire même largement pire que ça.
Mot de la bêta, x-Lilo : Après deux semaines plus ou moins coupée du monde (même si je ne me plains aucunement de mes vacances), retrouver mon job de correctrice a été un régal. J'avais presque oublié à quel point j'aimais ça. Durant la correction de ce chapitre, je ronronnais tel un petit chat, très très heureux. J'espère que ce sera aussi votre cas. Haha. Bisous à tous. & bonne lecture !
Tome 2
« Draco Malfoy et la valeur du sang »
PARTIE II
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Harry faisait partie de cette vaste majorité d'élèves n'ayant jamais entendu parler de la Chambre des Secrets. Si la plupart des professeurs considéraient Harry et Draco comme victime d'une blague de très mauvais goût, les élèves – pour leur part – prirent très au sérieux les lettres peintes sur le mur du château. Draco n'avait même pas l'air surpris de l'existence de cette fameuse Chambre et semblait déjà tout savoir d'elle. En fait, une rumeur folle courrait qu'il était le véritable héritier de Serpentard et que son ancêtre, mécontent de le voir atterrir dans la maison rivale, aurait décidé de concocter une petite vengeance.
Pourtant, au fil des jours, la menace devint concrète : Pendant plusieurs jours, on ne parla plus que de ce qui était arrivé à Miss Teigne. Rusard faisait les cent pas à l'endroit où on l'avait retrouvée, comme s'il espérait que le coupable reviendrait sur les lieux de son crime. Harry l'avait vu récurer le mur avec un détergent magique, mais il n'avait pas réussi à effacer le message. Il continuait de briller sur la pierre avec autant d'éclat qu'au premier jour.
Ginny Weasley semblait très perturbée par le sort qu'avait subi Miss Teigne. D'après Ron, elle avait une passion pour les chats. Les professeurs faisaient semblant d'avoir la situation sous contrôle, mais il était évident que cela n'était pas du tout le cas. Plusieurs fois, Harry les vit chuchoter au détour d'un couloir pendant l'interclasse ou avoir une mine sombre pendant les repas. Durant cette période, il fut impossible d'emprunter l'Histoire de Poudlard à la bibliothèque, car tout le monde voulait récolter quelques informations sur cette pièce secrète. Hermione et Harry passèrent tout un après-midi à tenter de dénicher un exemplaire, en vain.
– Il y a une liste d'attente de deux semaines pour obtenir un exemplaire, soupira Hermione tandis qu'ils retournaient d'un pas lourd vers leur salle commune. Je regrette d'avoir laissé mon exemplaire à la maison, mais avec tous les livres de Lockhart, je n'ai pas réussi à le faire tenir dans ma valise.
Draco était assis près du feu, dans son fauteuil favori, son énorme grimoire sur les genoux. Tout à coup, le visage de Hermione s'éclaira.
– Tu dois savoir tout un tas de choses sur la Chambre des Secrets ! affirma-t-elle en désignant son grimoire « Salazar Serpentard : sa vie, son œuvre, son héritage ». (Draco semblait mal à l'aise tandis que des têtes se tournaient vers eux) Qu'est-ce que cela dit là-dedans ?
– Rien du tout !
– Menteur, contra Harry. Allez, montre. Je crois qu'on a tous le droit de savoir.
– Ça ne vous apportera rien de savoir. Et puis, si vous étiez assez mâture pour comprendre, je crois que les professeurs vous en auraient déjà parlé.
– Ah, parce que toi tu es mâture ? se moqua allègrement Angelina. Tu n'as que douze ans !
Draco tourna son visage vers la fenêtre, le nez levé, comme s'il faisait la tête. Ron attrapa le livre et tenta de l'ouvrir de toutes ses forces.
– Aucun d'entre vous ne pourra l'ouvrir sauf moi. C'est un grimoire ensorcelé et je suis l'unique propriétaire désormais. Il ne répond qu'à ma signature magique.
– Draco..., supplia Harry. Nous sommes tous dans cette école. Nous avons tous le droit de savoir ce qu'il se passe, non ? Qu'est-ce que tu redoutes, au juste ?
Draco attrapa le livre des mains de Ron et regarda l'ensemble des élèves présents dans la salle commune d'un air grave.
– D'accord, je vais vous dire tout ce que je sais sur cette Chambre des Secrets, mais vous ne me tiendrez pas responsable lorsque vous n'arriverez plus à fermer l'œil de la nuit. (Il grimpa sur une chaise, pour être visible de tous) Vous avez entendu le Choixpeau : Poudlard a été bâti par quatre fondateurs qui étaient en désaccord sur ce que devait être une bonne école. Un jour, une dispute plus forte que les autres a éclaté entre Salazar Serpentard et Godric Gryffondor. Serpentard voulait que seuls les enfants de sorciers puissent être admis dans ce collège. Il ne voyait pas d'un très bon œil les moldus, surtout qu'à cette période, il y avait la chasse aux sorcières et toute cette histoire de bûcher... Il craignait qu'en apprenant la magie aux... (son regard glissa jusqu'à Hermione) enfin, aux nés-moldus, ces derniers se retournent un jour contre les authentiques familles sorcières. Serpentard était furieux et finit par quitter l'école. Mais une légende dit qu'il n'aurait jamais été bien loin pendant tout ce temps, qu'il préparait tranquillement sa vengeance contre les trois autres fondateurs qui s'étaient opposés à lui. Il aurait aménagé pendant des années des kilomètres de galeries souterraines – appelés la chambre des Secrets – et celle-ci contiendrait un monstre redoutable que seul Serpentard ou l'un de ses héritiers pourraient contrôler. La dernière fois que la Chambre a été ouverte, il y a eu un mort à Poudlard. Ce qui est arrivé à Miss Teigne n'était qu'un avertissement.
Un silence de plomb tomba dans la salle commune et Harry ne savait plus s'il était satisfait ou non d'avoir entendu toute l'histoire.
– Donc, cet héritier serait dans le château ? demanda Percy d'une voix claire.
– Ce serait le plus probable pour qu'il puisse contrôler le monstre à proximité. Mais c'est de la magie noire, très noire. C'est pour ça que les professeurs sont inquiets. Ils auront beau dire que ce n'est qu'un mythe... mais si ça l'était vraiment, pourquoi restreignent-ils le couvre-feu ? Pourquoi nous escortent-ils de classe en classe ? Le danger est réel et cette chose, ce monstre, se balade librement dans le château à l'heure qu'il est.
– À votre avis, qui sera la prochaine victime ? balbutia Romilda Vane.
– Tu n'as rien écouté ? s'impatienta Hermione, les larmes aux yeux. Serpentard ne veut pas des sorciers issus de famille moldu, des gens comme moi, comme Dean ou Colin. Nous sommes des proies toutes désignées.
– La valeur du sang, qu'on y croit ou non, poursuivit Draco, a de l'importance pour certains sorciers. Même les familles les plus ouvertes d'esprit de notre monde pensent qu'en ayant une bonne lignée, on sera plus puissant, ou plus à même d'affronter certaines maladies, par exemple. Ce n'est donc pas étonnant que Salazar Serpentard soit convaincu de tout cela. Il vivait au Moyen-Âge !
– … Et c'est censé nous rassurer ? marmonna Fred.
La foule se dissipa peu à peu et Draco semblait légèrement décontenancé.
– Vous vouliez savoir la vérité ! s'exclama-t-il. Vous l'avez !
Le soir-même, personne n'adressa plus la parole à Draco, comme s'il était subitement devenu contagieux. Hermione était si affectée de savoir que, d'un moment à l'autre, un monstre s'en prendrait à elle, qu'elle resta plusieurs jours à l'infirmerie, à bout de nerfs. Selon Percy qui faisait ses rondes de préfet deux fois dans la semaine, les professeurs arpentaient les couloirs la nuit pour découvrir l'accès à la Chambre des Secrets, en vain.
– C'est normal qu'ils ne trouvent rien, chuchota Draco tandis que Harry et lui se rendaient au cours de Botanique afin de s'occuper de leur mandragore. Ils ne s'y prennent pas bien. Il faut que l'héritier soit présent pour qu'elle s'ouvre.
– Oui, mais au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, on ne sait pas qui c'est...
– Peut-être que c'est toi, suggéra Draco. Attends, écoute-moi avant de dire quelque chose. Tu es le seul à avoir entendu cette voix avant même qu'elle agisse ! Et puis, tu me l'as dit toi-même : le choixpeau a franchement hésité à t'envoyer à Serpentard. Sans oublier que tu as combattu par deux fois le plus grand Mage Noir de tous les temps !
Harry était pétrifié de terreur.
– C'est m-moi qui ai fait ça, tu crois ?
– Je ne sais pas, admit Draco. Peut-être que c'est malgré toi. Ma tante Bellatrix, quand elle était toute petite, transplanait contre sa volonté durant son sommeil. Un jour, la police moldue l'a retrouvée endormie sur le toit d'une cathédrale. Ça a fait un de ces boucans... (Harry semblait toujours affecté) Ne t'en fais pas. On peut trouver une solution.
– Ah oui, et comme quoi ?
– Il y a peut-être un moyen, suggéra l'autre en baissant la voix. Bien sûr, ce sera difficile. Et dangereux, très dangereux. Il faudrait violer une bonne cinquantaine d'articles du règlement de l'école. Ce qu'il faudrait, c'est de pénétrer dans la salle commune des Serpentard sans qu'on nous aperçoive. Car, après tout, si Salazar a construit un accès à la Chambre des Secrets, il fallait bien un endroit facile d'accès pour lui et ses héritiers. Quand tout le monde aura quitté leur salle commune, on commencera à fouiller, d'accord ? Et si tu es capable de l'ouvrir, eh bien... eh bien, on pourra en déduire ce qu'on voudra.
Le plan de Draco semblait être un tas de brume, mais Harry était trop sonné pour pouvoir le contredire. La menace du monstre s'estompa légèrement à l'approche du premier match de Quidditch de la saison, opposant justement Gryffondor contre Serpentard. Peu avant onze heures, toute l'école prit la direction du stade.
Au-dehors, l'atmosphère était lourde et il y avait de l'orage dans l'air. Ron et Hermione se précipitèrent sur Harry pour lui souhaiter bonne chance à l'entrée des vestiaires. Les joueurs de Gryffondor revêtirent les robes rouges de leur équipe, puis s'assirent pour écouter l'habituel discours d'encouragement qu'Olivier Dubois prononçait avant chaque match. Une immense clameur monta des tribunes lorsqu'ils pénétrèrent sur le terrain. Les acclamations dominaient, car les supporters de Serdaigle et de Poufsouffle souhaitaient eux aussi la défaite des Serpentard, mais ces derniers comptaient suffisamment de partisans pour qu'on entende également des sifflets et des huées.
Madame Bibine, le professeur de Quidditch, demanda à Flint et à Dubois de se serrer la main, ce qu'ils firent en échangeant des regards menaçants et en s'écrasant mutuellement les doigts. Harry fut sous le choc en voyant que, de l'autre côté de la ligne, Pansy Parkinson avait les bras croisés sur un Astiqueur 7, la tenue de Quidditch vert et argent sur le dos. Elle enfourcha son balai, attribuant à Harry un léger clin d'œil. C'était elle le nouvel Attrapeur de Serpentard, ce qui était curieux, car – d'après Percy – il n'y avait pas eu de fille dans l'équipe depuis près de trente ans. Lorsque Mrs Bibine donna un coup de sifflet, Harry fut étonné de voir Pansy filer aussi vite. Il la poursuivit à travers le ciel, plus déterminé que jamais à gagner.
Cette fois, Draco n'avait pas emmené sa tête de lion rugissante, craignant les répercussions si son père venait à l'apprendre. Si Pansy avait été sélectionnée dans l'équipe, ce n'était sûrement pas par hasard et Harry décida de la garder dans son radar lors de toute la durée du match. Toutefois, et Pansy ne put s'en empêcher, elle fit à la foule une vraie démonstration sur balai, exécutant des figures à la fois périlleuses et grandioses. Cela se joua aux coudes à coudes, surtout qu'à cause de la pluie battante, Harry ne pouvait presque rien voir tant ses lunettes étaient embuées.
– Alors, Potter, c'est tout ce que t'as dans le ventre ? nargua Pansy.
Après avoir évité une nouvelle attaque, Harry se retourna vers elle avec un regard de haine. Il aperçut alors le Vif d'or qui voletait à quelques centimètres au-dessus de l'oreille gauche de Pansy. Celle-ci, trop occupée à se moquer de lui, ne l'avait pas vu. Pendant un terrible moment, Harry resta sur place, sans oser foncer sur Pansy de peur qu'elle ne lève les yeux et aperçoive à son tour le Vif d'or. Harry avait hésité un instant de trop et le Cognard venait de l'atteindre de plein fouet en lui cassant le bras.
Étourdi par une douleur fulgurante, il glissa de côté sur le manche de son balai ruisselant de pluie, son bras droit inerte le long de son flanc. La foule poussa un cri horrifié. Harry lâcha le balai que tenait sa main valide et fit un geste désespéré pour essayer d'attraper le Vif d'or. Il sentit alors ses doigts se refermer sur la petite sphère glacée, mais il ne tenait plus le balai qu'avec ses jambes. Sur les gradins, la foule des spectateurs se mit à hurler lorsqu'il plongea droit vers le sol en essayant de toutes ses forces de ne pas s'évanouir.
Avec un bruit sourd, il tomba dans la boue qui recouvrait le terrain et roula par terre, son bras tordu formant un angle inquiétant. Terrassé par la douleur, il entendit vaguement les cris et les sifflets qui retentissaient autour de lui, puis il tourna les yeux vers le Vif d'or qu'il serrait dans sa main valide. À peine eut-il conscience qu'il venait de gagner que Harry s'évanouit.
En rouvrant les yeux, Harry trouva Draco, Hermione et Ron à son chevet.
– Ça va, mon vieux ? demanda Ron qui tenait contre lui son Nimbus 2000. Tu nous as fichu une sacrée trouille !
Harry tenta de se redresser, mais une douleur irradia son bras jusqu'au niveau de l'épaule. Il le regarda et constata que son membre était complètement mou !
– Qu'est-ce que...
– L'oeuvre de Lockhart, dit sombrement Hermione. Il a insisté pour réparer ta blessure avant qu'on t'emmène à l'infirmerie. Alors, il n'y a plus d'os à l'intérieur. Mrs Pompresh va devoir tous les faire repousser.
– Ça sera très douloureux, affirma Draco. Un jour, je me suis cassé la jambe en tombant d'un Abraxan quand j'avais cinq ans. J'ai cru que c'était la pire chose qui venait de m'arriver.
– Il va falloir que tu passes la nuit ici, ajouta Ron. Pompresh nous a dit de garder un œil sur toi. Elle et Rogue sont dans les cachots à te concocter un remède. Elle ne devrait plus trop tarder. Je vais aller déposer ton balai dans la salle commune. Bon courage, Harry !
– Viens, dit Draco après un moment de silence. Tu dois enfiler ton pyjama.
Hermione attendit derrière le rideau qui entourait le lit pendant que Draco l'aidait à enfiler son pyjama. Il fallut un certain temps pour faire entrer le bras caoutchouteux dans la manche de la veste, car il glissait comme une carpe. Le plus humiliant était sans doute le fait d'avoir besoin de Draco pour enlever son pantalon. Harry s'en serait bien passé. Quand leurs regards se croisèrent, Harry remarqua que Draco rougissait un peu. Il devait sans doute être très gêné. Lui aussi l'aurait été à sa place. À ce moment, la porte de l'infirmerie s'ouvrit à la volée. Sales et ruisselants, les joueurs de l'équipe de Gryffondor venaient saluer Harry.
– Extraordinaire ce que tu as fait, Harry ! dit George. Je viens de voir Marcus Flint passer un savon à Parkinson en hurlant qu'elle avait le Vif d'or juste au-dessus de sa tête et qu'elle ne l'a même pas vu. Elle n'en menait pas large, tu peux me croire.
Ils avaient apporté des gâteaux, des bonbons et du jus de citrouille. Ils s'installèrent autour du lit et improvisèrent ce qui promettait d'être une belle fête lorsque Madame Pomfresh surgit soudain en hurlant :
– Ce garçon a besoin de repos, il faut lui faire repousser trente-trois os ! Alors, dehors ! DEHORS !
Et Harry se retrouva tout seul, sans autre distraction que la douleur lancinante qui lui transperçait le bras après avoir bu une généreuse dose de Poussoss. Harry repensait à tout un tas de choses, ne parvenant pas à s'endormir. Pour l'instant, la victoire du match mettait Gryffondor en sûreté pour les mois à venir, mais des choses bien plus importantes nécessitaient sa plus grande attention.
Parviendrait-il à entrer dans la salle commune des Serpentard sans se faire prendre grâce à l'aide de Draco ? La Chambre des Secrets était-elle une menace réelle ? Qui en était l'héritier ? Comment faire pour se débarrasser ? Et pourquoi Draco semblait si informé en matière de légendes et de mage noir ? Harry se retournait une nouvelle fois dans son lit quand Dumbledore pénétra dans la salle à reculons. Il était vêtu d'une longue robe de chambre et coiffé d'un bonnet de nuit. Il portait l'extrémité d'un objet long qui semblait être une statue. Le professeur McGonagall apparut à son tour, portant l'autre bout de la statue qu'ils déposèrent sur un lit.
– Allez chercher Madame Pomfresh, murmura Dumbledore.
Le professeur McGonagall passa devant le lit de Harry et disparut. Harry resta immobile en faisant semblant de dormir. Il entendit des voix qui parlaient précipitamment et le professeur McGonagall revint dans la salle, suivie de Madame Pomfresh qui enfilait un cardigan sur sa chemise de nuit.
– Que s'est-il passé ? chuchota Madame Pomfresh en se penchant sur la statue.
– Une nouvelle agression, répondit Dumbledore. Minerva l'a trouvé dans l'escalier.
– Il y avait une grappe de raisin à côté de lui, dit le professeur McGonagall. Je pense qu'il voulait rendre visite à Potter.
Harry sentit son estomac se contracter douloureusement. Avec précaution, il se souleva de quelques centimètres pour voir la statue allongée sur le lit. La lueur d'un rayon de lune lui permit de reconnaître le visage de Colin Crivey. Il avait les yeux grands ouverts et ses mains tendues devant lui tenaient son appareil photo.
– Pétrifié ? murmura Madame Pomfresh.
– Oui, répondit le professeur McGonagall, mais... je frissonne rien que d'y penser... Si Albus n'était pas descendu à ce moment-là, qui sait ce qui aurait pu...
Tous trois observèrent longuement Colin Crivey. Puis Dumbledore se pencha et arracha l'appareil photo de ses mains figées.
– Vous pensez qu'il aurait pu prendre une photo de son agresseur ? demanda précipitamment le professeur McGonagall.
Dumbledore ne répondit pas. Il ouvrit l'appareil.
– Miséricorde ! s'exclama Madame Pomfresh.
Un jet de vapeur jaillit en sifflant de l'appareil photo et Harry sentit une odeur acre de plastique brûlé.
– Fondu, dit Madame Pomfresh d'un air songeur. La pellicule a entièrement fondu...
– Qu'est-ce que cela signifie, Albus ? demanda le professeur McGonagall d'une voix inquiète.
– Cela signifie, répondit Dumbledore, que la Chambre des Secrets a bel et bien été ouverte une deuxième fois.
Ooo
Dès que Pompresh l'autorisa à quitter l'infirmerie quelques jours plus tard, Harry était résolu à trouver l'accès à la Chambre des Secrets, quoi qu'il lui en coûte. À sa grande stupeur, Draco avait déjà élaboré tout un plan durant son absence.
– D'accord, dit-il en roulant en boule la cape d'invisibilité d'Harry, je trouvais Colin plutôt collant. Mais c'est tout de même affreux ce qui lui arrive. J'espère qu'ils finiront par trouver un remède.
– Tu es certain de savoir comment t'y prendre pour aller jusque là-bas ?
– Oui, j'ai entendu mon père parler de la salle commune de Serpentard au moins des centaines de fois. Je la connais sans même n'y avoir jamais mis les pieds. On se cachera près de leur porte et on se faufilera à l'intérieur quand quelqu'un entrera ou sortira. Allez, viens.
Ils quittèrent la tour Gryffondor et, une fois au premier étage, se dissimulèrent tous deux sous la cape d'invisibilité. Harry et Draco étaient obligés de carrément restés collés l'un à l'autre pour frôler le moins de personnes possible. Une fois dans les cachots, ils croisèrent Percy qui furetait à la recherche du moindre indice. Draco donna un coup de coude à son ami et ils arrivèrent devant l'immense arche de pierre ouvrant sur un immense mur nu et humide. Cela devait sans doute être un portail semblable à celui de la voie 9 ◊, car il n'y avait nulle trace de portrait aux alentours. Ils patientèrent en silence, puis, finalement, Crabbe et Goyle s'approchèrent, de leur démarche lourde.
– Sang Pur ! lancèrent-ils au mur.
Une porte de pierre dissimulée dans le mur s'ouvrit aussitôt et les deux Serpentard la franchirent, Harry et Draco sur leurs talons. La salle commune des Serpentard était une longue pièce souterraine aux murs et au plafond de pierre brute. Des lampes rondes, verdâtres, étaient suspendues à des chaînes et un feu brûlait dans une cheminée au manteau gravé de figures compliquées. Quelques élèves de Serpentard étaient assis près des flammes, dans des fauteuils ouvragés. Leur plafond avait l'air d'être un aquarium gigantesque où des poissons virevoltaient, attirés par la lumière du lustre en cristal qui irradiai d'une lumière diffuse les larges et anciennes bibliothèques.
Draco entraîna Harry dans un coin isolé où Théodore Nott, assit seul contre le mur, faisait ses devoirs de Métamorphose. Plus loin, Pansy Parkinson lustrait son Astiqueur 7 tout en discutant bruyamment avec quelques-unes de ses amies. Des élèves de septième année discutaient politique près d'un feu aux flammes turquoises tandis que, plus loin, les yeux bandés, un autre groupe s'exerçait à l'arithmétique mentale. Cela consistait à faire bouger des pièces numérotées par la pensée pour exécuter une opération. Un élève de troisième année sembla si déterminé à faire bouger un deux qu'il s'infligea une migraine. Harry espéra de toutes ses forces que les Serpentard veillaient moins tard que les Gryffondor en général, sinon, ils y étaient pour au moins l'aube !
– … Dumbledore a tout ce qu'il mérite, cingla Warrington, un garçon aussi large que grand aux airs de crétin. Il adore les enfants moldus. À force de les entasser ici, il fallait bien qu'un truc pareil se produise.
– Oui, c'est vrai, affirma Flint. L'autre jour, j'ai entendu dire que le père Weasley collectionnait les objets de l'autre monde chez lui. Un vrai toqué. Il ferait mieux de casser en deux sa baguette magique et d'aller vivre avec eux, ajouta-t-il d'un air méprisant. On ne dirait vraiment pas que les Weasley ont le sang pur, quand on voit ce qu'ils font !
Théodore avait cessé d'écrire, levant son nez mutin de son large cahier.
– J'irai bien faire un tour à l'infirmerie, histoire de cogner Crivey pendant son sommeil, ricana Goyle.
– Ne tapez pas trop fort ou vous risquez de le briser en deux, se moqua Blaise Zabini.
Une vague de rire s'abattit sur la salle commune et Blaise, un léger sourire en coin, se leva dignement et imita avec un certain talent Colin avec son appareil photo. « Potter, je peux prendre ta photo, Potter ? Je peux avoir un autographe ? Je peux te lécher les chaussures, s'il te plaît, Potter ? »
– Si je pouvais lui lancer un maléfice, dit Blaise, même un tout petit... Je vous assure que je m'en donnerais à cœur joie. Enfin, ce monstre s'en est chargé à notre place, hein ?
– Il était temps ! L'odeur devenait pestilentielle !
Sous la cape, Draco semblait abasourdi, comme s'il découvrait une toute nouvelle facette de ses amis. Dans son coin, Théodore semblait avoir repris son exercice. Toutefois, Harry cru distinguer qu'il dessinait plus qu'il n'écrivait.
– Saint Potter, l'ami des Sang-de-Bourbe, dit lentement Millicent Bulstrode. Encore un qui ne se conduit pas comme un vrai sorcier, sinon, il ne se traînerait pas tout le temps avec cette parvenue d'Hermione Granger. Une vraie Sang-de-Bourbe, celle-là. Quand on pense qu'il y a des gens qui considèrent Potter comme l'héritier de Serpentard !
Draco se crispa légèrement, ivre de colère. Cependant, Harry lui attrapa la main sous la cape d'invisibilité pour qu'il se détende.
– Si je savais qui c'était, continua Pansy, j'irai directement l'aider après lui avoir serré la main. La Chambre des Secrets est sans doute la meilleure chose qui nous soit arrivée depuis que nous sommes à Poudlard.
– Certains élèves sont persuadés que c'est Draco, cingla Daphné Greengrass. J'ai entendu ça dans les toilettes des filles en tout cas...
– Draco ? Héritier de Serpentard ? répéta Blaise, à la fois incrédule et en pleine réflexion. C'est absurde ! Il a toujours été si... si peu conventionnel. (Pansy soupira) Et, d'après ce que je sais, il ne s'est même jamais intéressé à l'authentique magie. Ma mère dit que c'est désormais sans espoir pour lui, maintenant qu'il fréquente Potter, Granger et ces racailles de Weasley. C'est dommage : j'aimais bien ses goûters d'anniversaire...
Un chat noir aux yeux vairons fila entre les jambes des élèves, sauta de fauteuil en fauteuil, puis s'approcha précautionneusement de l'endroit où Harry et Draco étaient cachés sous la cape. Le félin les fixa avec tant d'intensité que Harry craignit qu'il ne puisse les voir. Mais c'était impossible. Sa cape était tout bonnement impénétrable... Pourtant, Draco lui avait dit lui-même il y a quelque temps : des sorciers possédaient des pouvoirs peu courants. Il en allait sans doute de même pour leurs animaux.
– Viens ici, Desdémone, murmura Théodore en attrapant sa chatte. Où tu étais passée comme ça ? Je t'ai cherché pendant deux jours.
Le félin continua de ronronner au contact de son maître, mais sa tête était encore tournée vers Harry et Draco.
– … Draco ne devrait pas attirer l'attention sur lui, formula Pansy. Sa famille a assez d'ennui comme ça. Vous avez entendu parler de la perquisition au Manoir Malfoy, la semaine dernière ? Des Aurors sont venus tout fouiller de fond en comble à la recherche d'objets en matière de magie noire. Ils n'ont rien trouvé, bien sûr. J'imagine que Mr Malfoy est suffisamment malin pour ne rien garder de compromettant sous son propre toit... et puis, ses contacts au Ministère ont dû le prévenir à temps.
– Si j'étais lui, poursuivit Flint, j'irais revendre toutes mes cochonneries sur l'Allée des Embrumes.
Harry avait désormais du mal à respirer. Et si c'était ça ? Et si le père de Draco y était réellement pour quelque chose ? Il se revoyait clairement, sur le Chemin de Traverse, demander à son ami : « Où va-t-on père ? » et obtenir la réponse « L'Allée des Embrumes. » Cela ne pouvait pas être un hasard, non ?
– … Regarde Desdémone, chuchota Théodore, toujours isolé des autres Serpentard, je t'ai fabriqué un collier ensorcelé (Il tira de sa poche un ruban violet où un triskèle était attaché en son milieu). Maintenant, il me suffira de dire ton nom pour savoir où tu te trouves exactement. Attends, laisse-toi faire...
– … Draco ne doit sans doute pas savoir tout ça, prononça Millicent Bulstrode, sinon, il arrêterait de se conduire aussi stupidement.
– Son père ne doit rien lui dire, car il imagine qu'en le gardant dans l'ignorance, il le protège, en quelque sorte, devina Daphné.
La porte dérobée de la salle commune s'ouvrit sur le visage émacié du professeur Rogue. Il jeta un regard froid à ses lèvres, puis consulta l'ancestrale pendule au-dessus du manteau de la cheminée.
– Tout le monde dans son lit, immédiatement. Je m'étonne que les préfets ne vous ai pas donné cette instruction il y a vingt minutes. (Un garçon plus âgé que les autres se mit à rougir) Mr Zabini ? Ai-je réellement besoin de préciser que tout cela doit s'opérer dans le plus grand silence ?
Théodore serra Desdémone contre lui et suivit Crabbe, Goyle et Blaise jusque dans leur dortoir. Rogue resta là un moment, écoutant les portes se refermer, puis fit volte-face et quitta la salle commune. Harry s'apprêtait à ôter sa cape, mais Draco le maintint par le bras.
– Il y a un portrait, là-bas, informa-t-il en désignant du doigt un énorme cadre représentant une énorme femme laide, un Beagle sur les genoux qui lui lapait les doigts.
La femme ronflait, mais son animal – lui – semblait parfaitement éveillé. Harry se demanda si le chien pouvait aboyer s'il voyait quoique ce soit de suspect. Il ne valait mieux rien tenter de stupide... Draco et lui arpentèrent la pièce de fond en comble, mais ne pouvant toucher aux objets qu'avec la plus grande parcimonie. Au bout d'une heure seulement, la fatigue commença à les tirailler et la cape les gênait dans leur mouvement.
– On ne trouvera rien ici, se résigna Harry.
Ils filèrent en douce et rejoignirent sans encombre la tour Gryffondor grâce à la carte du Maraudeur.
Dans la deuxième semaine de décembre, le professeur McGonagall passa dans les classes pour prendre les noms des élèves qui resteraient à l'école pendant les vacances de Noël. Contrairement à l'année précédente, Draco décida de rester à Poudlard pour ne pas laisser Harry complètement seul, surtout avec le monstre qui courait à travers le château.
Même s'il ne le montrait pas, Harry le savait très perturbé, surtout depuis leur petite escapade dans la salle commune de Serpentard. Durant une pause déjeuner, Harry enveloppa dans un torchon plusieurs sandwichs afin de manger dans le parc. Il était temps d'avoir une conversation avec Draco à propos de la curieuse relation qu'entretenait sa famille avec la magie noire.
– Alors, c'est vrai pour la perquisition, tu crois ?
– Je suppose, oui.
– Qu'est-ce que cherche le Ministère chez toi ?
Draco le regarda en biais, comme s'il était triste d'en parler.
– Des objets de magie noire, très certainement. Beaucoup d'anciennes familles sorcières en ont, parfois même malgré elles. Ce sont des choses qu'on se lègue, et vu que la législation devient de plus en plus stricte sur les objets ensorcelés, c'est facile de se retrouver hors-la-loi. Mais je pense que mon père n'aurait jamais eu quoi que ce soit de dangereux en sa possession...
Harry en était moins sûr, sans savoir pourquoi. Sans doute que Lucius Malfoy ne partageait pas ce genre de choses avec son fils, car il craignait qu'en plaçant tous ses œufs dans le même panier, certaines choses finissent par se savoir. Après tout, son fils était ouvertement ami avec lui, le garçon qui a survécu.
– Quand Ron a dit que... que ton père était un Mangemort, commença Harry.
– Ron ne raconte que des sottises ! Les Weasley ont toujours été jaloux des possessions des autres familles.
– C'est quand même une accusation grave. Il doit bien se baser sur quelques choses.
– Eh bien, quand j'étais bébé, il y a eu un procès, dit Draco en émiettant son sandwich pour des chouettes lapones qui attendaient goulûment les vestiges de leur repas. Il y avait tout un tas d'hommes et de femmes accusés d'avoir aidé le Seigneur des Ténèbres dans son ascension. Mon père a été entendu par la justice. Il leur a expliqué qu'il n'avait rien fait de mal, qu'il avait dû agir sous le sortilège Imperium.
– Qu'est-ce que c'est ?
– C'est un des trois sortilèges impardonnables, ceux que personne n'a le droit d'utiliser parce qu'ils peuvent faire beaucoup de dégâts. L'Imperium permet de contrôler le corps et l'esprit de quelqu'un d'un simple mouvement de baguette magique. À ce moment-là, tu es dépossédé de ta capacité de penser ou d'agir. Tu exécutes les ordres, voilà tout. (Draco se tourna vers Harry avec un sourire triste) Bien sûr, mon père a été innocenté. Mais pour des personnes comme les Weasley, son témoignage ne constitue pas une preuve suffisante. Ils disent que mon père aurait dû se rendre à Azkaban, la prison des sorciers, qu'il avait dupé tout le monde. C'est pour ça que le père de Ron et le mien se détestent, enfin... en grande partie. (Silence) Tu sais, la plupart des gens pensent qu'en allant à la maison Serpentard on devient forcément un malfrat ou quelqu'un de très mauvais. Mais c'est faux. D'après ce que je sais, Tu-Sais-Qui avait des Mangemorts de toutes les maisons, même Gryffondor. Si c'était si facile que ça de connaître les intentions des gens, on ne laisserait pas les élèves répartis à Serpentard apprendre la magie, tu ne crois pas ?
Harry acquiesça.
– Que voulait dire Zabini quand il parlait de la magie authentique ?
– La magie existe depuis déjà plusieurs millénaires, et elle est en constante évolution. D'après ce que je sais, le premier sortilège inventé fut celui du feu. La maîtrise du feu appartient en premier lieu aux sorciers, qui l'ont ensuite partagé avec les moldus. Beaucoup disent que ce fut une cruelle erreur, car sans ça, les moldus auraient dépéri et les sorciers, eux, auraient prospéré sur le monde... D'ailleurs, le premier sorcier ayant pu créer une branche de feu sempiternelle est Merlin. C'est de la très grande magie. Peu après sa mort, des magiciens de mauvaises réputations se sont emparés de ses travaux pour semer le chaos dans le monde moldu, pour créer un monde nouveau où les sorciers seraient maîtres de tout. Ils ont incendié des villes entières, comme Londres. À la suite de ça, ils ont créé Azkaban au milieu d'un océan pour les enfermer. Mais le mal était fait : la communauté moldue ne pouvait plus supporter l'existence des sorciers, et ils essayaient de les brûler sur le bûcher. Alors, à partir de là, nous avons dû vivre dans la clandestinité la plus totale. Certains sorciers sont très nostalgiques de cette période et ils continuent de poursuivre cet héritage que beaucoup renient. La magie authentique est quelque chose de puissant, mais à la fois incontrôlable. Les familles de sang pur qui souhaitent conserver cette partie de leur héritage font faire à leurs enfants un baptême du feu où on les plonge dans les flammes bleues, les plus pures de toutes.
– Tu l'as fait ?
– Oui, mes parents aussi.
Harry réfléchit un instant.
– C'est pour ça qu'ils capturaient les dragons ? Pour se rapprocher de la magie authentique ? dit-il.
– Exactement. Il existe énormément de légendes à ce sujet, et peu de sorciers sont capables de créer un feu bleu. C'est un signe de très grande magie... Les Zabini, par exemple, sont réputés pour avoir de très grandes connaissances en matière de feu. Blaise aurait dans ses veines le sang du dragon, par exemple. Mais, d'après mon père, ce n'est qu'un mythe que plaît à raconter sa famille.
– À quoi ça sert d'avoir le sang du dragon ?
– Plus à grand-chose, à notre époque. Disons que les sorciers avec ce don ne peuvent mourir par les flammes. Les autres doivent utiliser un maléfice. C'est à peu près tout. Blaise doit penser qu'il fait partie des élus et il est agacé qu'on n'étudie pas le feu à Poudlard. C'est une des raisons pour lesquelles mon père voulait m'inscrire à Durmstrang. Là-bas, cela fait partie de leur base.
– Je ne veux pas que tu ailles à Durmstrang, prononça Harry après un long moment de silence.
– Moi non plus.
– On devrait sans doute retourner à l'intérieur. Le cours d'Histoire de la Magie va sûrement bientôt commencer.
Quelques jours plus tard, Harry, Draco et Hermione traversaient le hall d'entrée lorsqu'ils virent un groupe d'élèves rassemblés autour du tableau d'affichage. Un morceau de parchemin venait juste d'y être épinglé. Seamus Finnigan et Dean Thomas, visiblement surexcités, leur firent signe d'approcher.
– Ils ont ouvert un club de duel ! annonça Seamus. Première séance ce soir ! Apprendre à se battre en duel, ça peut être utile par les temps qui courent...
– Tu crois que le monstre de Serpentard est du genre à se battre en duel ? répliqua Ron. Mais il lut quand même l'annonce avec intérêt.
– C'est vrai, ça peut servir, dit Harry à Draco. On y va ?
Harry et Draco étaient d'accord et à huit heures ce soir-là, après le dîner, ils se hâtèrent de retourner dans la Grande Salle. Les longues tables avaient disparu et une estrade dorée avait été installée contre le mur, éclairées par des milliers de chandelles qui flottaient dans l'air. Sous le plafond qu'on aurait dit tendu de velours noir, la quasi-totalité des élèves s'était rassemblée, la baguette à la main et l'air surexcité.
– Je me demande qui va être le prof, dit Hermione qui s'était placée près d'eux. Quelqu'un m'a dit que Flitwick était un champion de duel quand il était jeune. Ce sera peut-être lui.
Cependant, Gilderoy Lockhart arriva dans une pimpante robe violette. Rogue le suivait comme son ombre, d'un air morose, comme s'il considérait cet atelier comme une pure perte de temps. Leurs professeurs rappelèrent les règles du duel sorcier puis exécutèrent une démonstration où Lockhart échoua pitoyablement. Ensuite, ils furent répartis par paire. Draco et Harry s'entraînaient à bloquer des maléfices depuis un quart d'heure lorsqu'ils durent changer de partenaires. Draco se retrouva avec Hermione et Harry, à son grand malheur, avec Pansy Parkinson. Celle-ci semblait ravie de la tournure des événements.
Rogue s'approcha de Pansy et lui chuchota quelque chose à l'oreille. Elle sourit à son tour. Harry leva alors les yeux vers Lockhart d'un air inquiet.
– Professeur, pourriez-vous me montrer encore une fois comment bloquer un mauvais sort ?
– On a peur ? murmura Pansy.
– Ça te plairait bien, lança Harry du coin des lèvres.
– Fais comme je t'ai dit, Harry, répondit Lockhart en lui donnant une tape amicale sur l'épaule.
Pansy n'attendit pas le signal de la reprise des duels. Elle leva aussitôt sa baguette magique et s'exclama :
– Serpensortia !
L'extrémité de sa baguette explosa. Abasourdi, Harry vit alors jaillir un long serpent noir qui tomba sur le sol et se dressa, prêt à mordre. La foule des élèves recula aussitôt en poussant des cris de terreur. Le reptile se tortilla en direction de Justin Finch-Fletchley et se dressa à nouveau en découvrant ses crochets, prêt à mordre. Harry ne sut pas très bien ce qui le poussa à agir. Il n'eut même pas l'impression d'avoir pris lui- même la décision. En tout cas, ses jambes le portèrent en avant, comme s'il était monté sur roulettes, et il cria tout bêtement au serpent :
– Laisse-le tranquille !
Comme par miracle, le serpent retomba alors sur le sol, aussi docile qu'un tuyau d'arrosage, les yeux tournés vers Harry. Celui-ci sentit toute crainte le quitter. Il savait que le serpent n'attaquerait plus personne à présent. Mais il aurait été bien incapable d'expliquer pourquoi. Il leva les yeux vers Justin et lui sourit.
Il s'attendait à le voir soulagé, étonné, ou même reconnaissant, mais certainement pas furieux et effrayé. Rogue s'avança, agita sa baguette et le serpent disparut dans une bouffée de fumée noire. Rogue, lui aussi, observait Harry d'une étrange manière. Harry entendait également autour de lui un murmure qui ne présageait rien de bon. Quelqu'un le tira alors par la manche.
– Viens, lui chuchota Draco à l'oreille, presque tétanisé. On s'en va... Allez, viens...
Draco l'entraîna hors de la Grande Salle et Hermione les accompagna en marchant à côté d'eux à petits pas pressés. À mesure qu'ils avançaient, les autres élèves s'écartaient sur leur passage comme s'ils avaient eu peur d'attraper une maladie. Harry n'avait pas la moindre idée de ce qui se passait et ni Draco, ni Hermione ne lui dirent un mot jusqu'à ce qu'ils aient regagné la salle commune de Gryffondor, encore déserte.
– Pourquoi est-ce que tu ne m'as jamais dit que tu étais un Fourchelang ?
– Un quoi ?
– La langue des serpents, murmura Hermione, les joues rouges de confusion.
– Oui, ça m'est déjà arrivé. Une fois, au zoo avec mes moldus j'ai discuté avec un boa. J'ai réussi à le faire sortir de sa cage parce qu'il était triste là-dedans. Tu m'as dit toi-même Draco que tous les sorciers n'avaient pas les mêmes pouvoirs, que certains avaient des particularités. Je suis sûr que quelqu'un d'autre aussi à Poudlard peut parler aux serpents.
– Oh non, je ne crois pas, murmura Draco.
– Vous pouvez m'expliquer ce qu'il y a de mal à empêcher un gros serpent répugnant d'arracher la tête de Justin ? dit-il. Quelle importance que je l'aie fait comme ça ou autrement ? Vous auriez préféré que Justin finisse au club des Chasseurs sans tête ?
– Justement, ça a de l'importance, dit Hermione, qui parla enfin d'une voix sourde. Tout simplement parce que la célébrité de Salazar Serpentard vient du pouvoir qu'il avait de parler aux serpents. C'est pour ça que la maison des Serpentard est symbolisée par un serpent.
Harry resta bouche bée.
– Et maintenant, poursuivit-elle, tout Poudlard va finir par croire que tu es vraiment l'héritier de Serpentard, celui qui a ouvert la Chambre et contrôle le monstre.
– Mais c'est faux ! protesta Harry, saisi soudain d'un sentiment de panique inexplicable. J-Je ne suis pas comme lui !
– La seule personne de notre époque qui est connue pour parler le Fourchelang, c'est Tu-Sais-Qui, ajouta sombrement Draco. Il doit y en avoir d'autres, bien sûr. Mais cela reste un talent maudit. C'est presque... une seconde nature. Les Fourchelang ne peuvent pas réellement prendre conscience de leur pouvoir. Il faut que quelqu'un le leur fasse remarquer. (Draco baissa la voix quand un groupe de troisième année s'installa non loin pour faire leur devoir) Quand ma mère était petite, ses parents l'emmenaient souvent chez un apothicaire du côté de Chelsea. C'était le meilleur du pays. Il était spécialiste en antidotes. Il utilisait le venin, pour ça. Mais un jour, une cliente qui avait oublié son parapluie dans la boutique l'a entendu parler fourchelang avec plusieurs vipères. Elle a même dit que les serpents se laissaient faire. La police n'a rien pu faire sauf que... que les gens ont commencé à avoir peur (Draco murmurait si bas la fin de son histoire que Hermione et Harry se penchaient presque). Ils ont tué l'apothicaire, mais personne ne sait qui c'est.
– Ils l'ont... tué, répéta Harry, hébété. Il ne faisait rien de mal ! Il soignait les gens !
– Ils ont dû redouter qu'un jour ils utilisent ses serpents venimeux contre eux, devina Hermione, à juste titre. J'ai lu dans plein de livres qu'il arrivait des choses affreuses aux Fourchelang et que du coup, ils étaient repoussés des autres sorciers. Normalement, c'est un don héréditaire. Les lignées qui le parlaient encore se sont éteintes.
– Je n'ai jamais connu ma famille, se lamenta Harry. Je ne peux pas savoir comment canaliser ça. Je n'en ai jamais voulu.
– On sait, dit Draco. Mais à l'avenir, fais-toi le plus discret possible.
Le soir même, ni Ron, ni les autres ne lui adressèrent la parole. Harry était presque certain qu'ils ne dormaient pas, apeurés à l'idée qu'il vienne les attaquer dans leur sommeil. Harry se retourna dans son lit. Il verrait Justin le lendemain, au cours de botanique et il lui expliquerait qu'il avait ordonné au serpent de le laisser tranquille, pas de l'attaquer. N'importe quel imbécile aurait dû s'en rendre compte, non ?
Mais le lendemain, la neige s'était transformée en un blizzard si épais que le dernier cours de botanique du trimestre fut annulé. Le professeur Chourave voulait mettre des chaussettes et des écharpes aux racines de mandragore, une opération délicate qu'elle ne pouvait confier à quiconque d'autre, à présent que les mandragores étaient devenues indispensables pour ramener Miss Teigne et Colin Crivey à la vie.
À la fin de la semaine, le château se vida progressivement de ses élèves. Harry et Draco eurent la tour Gryffondor pour eux seuls et purent faire toutes les bêtises du monde à loisir. Harry était tenté d'emprunter un des passages secrets du château, mais la menace de Lucius Malfoy planait au-dessus de leur tête. Hors de question qu'ils soient dans des écoles différentes !
Ce fut des vacances extraordinaires. Flitwick, peu avant son départ pour la Jordanie, leur apprit comment former des bonshommes de neige avec leur baguette magique. Ils explorèrent le parc de Poudlard, patinèrent sur le lac gelé. Mais le mieux, fut leur course d'attrapeur. Le père de Draco lui avait finalement envoyé son Nimbus 2001 pour le féliciter de ses excellents résultats scolaires. Sans grande surprise, Draco volait très bien. Il aurait même pu être Attrapeur à Gryffondor si Harry n'avait pas eu le poste avant lui ! Ils survolèrent l'orée de la Forêt Interdite, tourbillonnèrent au-dessus du clocher et fusèrent près des serres. Draco riait aux éclats quand ils atterrirent dans l'épaisse couche de neige.
– C'était super !
– Oui, plutôt pas mal, concéda Harry, qui grelottait de froid. On rentre ?
Ils se précipitèrent vers une des portes du château et entreprirent de rejoindre la tour Gryffondor. En passant devant les toilettes des filles, ils entendirent les gémissements de Mimi Geignarde, le fantôme qui adorait hanter ce lieu.
– Qu'est-ce qu'elle a, encore, celle-là ? demanda Draco, dédaigneusement.
– Allons voir, dit Harry.
Ils traversèrent la mare d'eau en faisant attention de ne pas mouiller le bas de leurs pantalons et pénétrèrent dans les toilettes. Mimi Geignarde pleurait plus bruyamment que jamais. L'inondation avait éteint les chandelles et on ne voyait plus grand-chose. Les pleurs de Mimi semblaient provenir de sa cabine habituelle.
– Qu'est-ce qu'il y a, Mimi ? demanda Harry.
– Qui est là ? gargouilla Mimi d'une voix gémissante. Vous êtes encore venus me jeter quelque chose à la figure ?
Harry s'approcha de la cabine.
– Ça ne peut pas te faire mal quand on te jette quelque chose, ça te traverse, c'est tout, fit remarquer Draco avec raison.
Mais ce n'était pas ce qu'il fallait dire.
– C'est ça, jetons des livres à Mimi ! hurla-t-elle d'une voix aiguë. De toute façon, elle ne sentira rien ! Dix points si le livre lui passe à travers le ventre ! Cinquante points s'il lui traverse la tête ! Ha ! Ha ! Ha ! On rit, on s'amuse ! Très drôle comme jeu ! Mais pas pour moi !
– Qui est-ce qui t'a jeté un livre ? demanda Harry.
– Je n'en sais rien, j'étais tranquillement assise dans le tuyau en pensant à la mort et le livre m'est tombé dessus. Il est là-bas. C'est arrivé le jour du départ des vacances de Noël, mais à chaque fois que j'essaie de me concentrer pour l'attraper, je me souviens que je suis m-m-morte !
Mimi pleura alors à chaudes larmes. Ils virent sous le lavabo un petit livre à la couverture noire et miteuse, tout aussi trempé que le reste des toilettes. Harry se pencha pour le ramasser, mais Draco l'en empêcha d'un geste.
– Qu'est-ce qui te prend ? s'étonna Harry.
– Tu es fou ! s'exclama Draco. Ça peut être dangereux !
– Dangereux ? dit Harry en éclatant de rire. Tu plaisantes ? Qu'est-ce ça peut avoir de dangereux ?
– Tu ne peux pas savoir ce qu'on trouve, parfois. Mon père m'a raconté qu'un jour, au Ministère, la brigade des objets ensorcelés a confisqué un livre qui avait le pouvoir de rendre le lecteur aveugle. Et tu n'as jamais entendu parler des Sonnets d'un Sorcier ? Celui qui le lisait était condamné à parler en vers pour le reste de ses jours. Il y avait même un livre qu'on ne pouvait plus jamais s'arrêter de lire une fois qu'on avait mis le nez dedans ! On était condamné à tout faire d'une seule main sans jamais le quitter des yeux. Et aussi...
– D'accord, d'accord, dit Harry, j'ai compris.
Apparemment, le petit livre noir imbibé d'eau n'avait rien de particulier.
– C'est très imprudent de la part d'un sorcier de toucher un objet, probablement magique, qui ne lui appartient pas. Ça a parfois des conséquences désastreuses, appuya Draco qui se mordillait le doigt, inquiet.
– Le mieux, c'est d'y jeter un coup d'œil, on verra bien ce qui arrivera, dit Harry en le ramassant.
Il vit tout de suite qu'il s'agissait d'un journal intime. D'après la date qu'on arrivait encore à lire sur la couverture, il était vieux de cinquante ans. Harry l'ouvrit avec avidité. La première page portait un nom tracé dans une encre qui avait un peu bavé : T. E. Jedusor.
– Attends, dit Draco, qui avait jeté un coup d'œil par-dessus l'épaule de Harry. Je connais ce nom... T. E. Jedusor a été récompensé pour services rendus à l'école il y a cinquante ans.
– Comment tu le sais ? demanda Harry, étonné.
– Parce que, pendant une retenue en première année, Rusard m'a fait astiquer cinquante fois l'écusson que Jedusor a reçu en récompense, répondit Draco d'un ton amer. Si tu avais passé une heure à frotter un nom gravé dans du métal, tu t'en souviendrais aussi. (Draco regarda le petit livre noir d'un air franchement désapprobateur) Tu devrais le jeter quelque part, ou le confier à un professeur.
– Très bien..., soupira Harry. Va dans la salle commune, je te rejoins plus tard.
Draco emporta les deux Nimbus avec lui tandis que Harry rebroussait chemin. Il était arrivé au niveau du premier étage quand une envie soudaine le prit de feuilleter le livre. Il n'y avait rien. Harry aurait voulu s'en débarrasser, mais quelque chose s'insinua en lui et il en fut strictement incapable. Il glissa le journal de Jedusor dans sa poche et retourna vers la tour Gryffondor.
Harry n'aurait su dire pourquoi il n'avait pas jeté le journal de Jedusor. Tout en sachant qu'il ne contenait rien, il ne cessait d'en tourner les pages d'un air distrait, la nuit tombée, comme s'il lisait machinalement une histoire. Harry était sûr qu'il n'avait jamais entendu le nom de T. E. Jedusor et pourtant ce nom semblait signifier quelque chose pour lui, comme si Jedusor avait été un ami qu'il avait eu dans sa petite enfance et qu'il avait oublié depuis.
C'était absurde, cependant. Il n'avait jamais eu d'amis avant d'arriver à Poudlard. Dudley avait toujours tout fait pour ça. En tout cas, Harry était décidé à en savoir plus sur Jedusor et le lendemain matin, de très bonne heure, il se rendit seul dans la salle des trophées pour examiner l'écusson qui lui avait été offert en guise de récompense.
L'écusson doré de Jedusor était rangé dans une armoire qui faisait le coin. Rien dans l'inscription qu'il portait n'indiquait pour quelle raison il lui avait été offert. Mais il trouva encore le nom de Jedusor sur une vieille médaille du Mérite magique et dans une liste d'anciens préfets-en-chef.
– On essaie de trouver une place pour soi, Potter ?
La voix de Rogue claqua l'air. Déboussolé, Harry fit volte-face. Rogue s'approcha d'un air méfiant.
– Que regardiez-vous, au juste ?
– Rien en particulier...
– Je sais que vous mentez.
Résigné, Harry articula à toutes vitesses.
– Je voulais savoir qui était Jedusor. (Rogue parut profondément décontenancé, ce qui éveilla la curiosité du Gryffondor).
– Tout cela appartient au passé. Maintenant, allez immédiatement prendre votre petit-déjeuner.
L'envie de Harry de découvrir l'entière vérité s'était ravivée. Cependant, il n'en parla jamais à Draco.
Les cours et la routine reprirent à Poudlard. Harry trouvait cela même trop calme, mais il fallut que Gilderoy Lockhart remédie à ce calme en mettant le paquet pour le jour de la Saint-Valentin. Les murs étaient recouverts de grosses fleurs rose vif et des confettis en forme de cœur tombaient du plafond bleu pâle.
Mais le pire était ces espèces de nains grincheux pourvus d'ailes qui étaient censés délivrés des déclarations d'amour anonyme à travers le château. Tout au long de la journée, les nains sillonnèrent les couloirs et entrèrent dans les classes pour délivrer leurs messages, au grand agacement des professeurs. Vers la fin de l'après-midi, alors que les Gryffondor changeaient de salle pour aller au cours de Sortilèges, l'un des nains — le plus sinistre des douze — courut après Harry.
- C'est toi, Harry Potter ? cria-t-il en donnant des coups de coude pour écarter les autres élèves. Harry essaya de s'esquiver, mais le nain parvint à le rattraper.
– J'ai un message musical à transmettre à Harry Potter en personne, dit le nain en brandissant sa harpe d'un air menaçant.
Ses yeux sont verts comme un crapaud frais du matin
Ses cheveux noirs comme un corbeau, il est divin
C'est mon héros et c'est mon roi
Je voudrais tant qu'il soit à moi
Celui qui a combattu et vaincu
Le Seigneur des Ténèbres à mains nues.
C'était sans doute le moment le plus humiliant de toute sa vie. Blaise Zabini siffla de manière suggestive puis applaudit bruyamment.
– Bravo ! C'était parfait ! Draco, je ne savais pas que tu avais la fibre artistique...
– Qu'est-ce que tu veux dire ? se braqua le concerné. Je n'ai jamais écrit une telle horreur ! Tu es malade ou quoi ? Je suis quelqu'un de distingué !
Harry aurait volontiers donné tout l'or de Gringotts pour pouvoir disparaître à l'instant même.
– Ouais, en général, ils nient tous, suggéra Blaise avant de s'en aller de son habituelle démarche princière.
Le visage de Draco était congestionné par la fureur. Subitement, la petite sœur de Ron s'approcha tout en rougissant.
– Euh, c'est... c'est moi qui t'ait envoyé ce poème, Harry, dit-elle d'une toute petite voix. Je pensais que ça te ferait plaisir.
– On ne doit pas avoir la même notion du plaisir, marmonna Draco d'un air sombre tout en s'éloignant.
– Ah, euh, merci, Ginny.
Puis Harry s'enfuit à toutes jambes. La seule chose qui lui vint en tête pour se vider l'esprit, était de griffonner dans le journal de Jedusor. Le plus étrange dans tout cela, c'est que le carnet lui répondit ! Harry fut aussitôt projeté dans un souvenir qui le laissa pantois d'inquiétude. Draco avait raison. Cet objet était dangereux. Il ne devrait même pas être en sa possession en ce moment ! Harry courut vers le bureau de Dumbledore qui, à sa grande surprise, s'ouvrit sur le champ dès qu'il arriva. Le directeur donnait des flocons de feu à Fumsek, retourné à l'état de poussin.
– Ah, Harry. (Il ne semblait pas surpris de le voir ici) Que se passe-t-il ?
Harry lui tendit le journal.
– Draco et moi nous avons trouvé ça dans les toilettes des filles pendant les vacances de Noël (Harry rougit, se rendant bien compte qu'il n'aurait sans doute pas dû se rendre à un tel endroit) Draco a essayé de me convaincre de le donner à un professeur, mais... mais j'ai voulu le garder pour moi. C'était comme s'il m'appartenait et que je ne devais le donner à personne. Mais ce journal est ensorcelé. Il fait des choses... très bizarres.
Dumbledore lui jeta un regard transperçant et attrapa précautionneusement le journal.
– Oui... Mr Malfoy a raison. C'est un objet magique d'une puissance rare. (Dumbledore le déposa sur son bureau, tourna avec lenteur chacune des pages comme s'il pouvait y lire quelque chose) Qu'as-tu vu dans ce journal ?
Alors Harry lui raconta exactement tout : les conseils de Draco, la façon dont il l'avait caché toutes ces semaines, ses méthodes pour percer le secret du journal, son enquête sur Jedusor et la façon dont il l'avait vu dans son souvenir.
– C'était comme si... comme s'il était encore vivant, quelque part, dit Harry.
Dumbledore attrapa le journal ainsi que sa baguette magique.
– Suis-moi, Harry. Tu vas me montrer où exactement tu as vu ce journal.
Les couloirs étaient vides, car la plupart des élèves étaient en cours. Harry ne put que se réjouir à l'idée de rater le cours de potions. Au moins, il aurait une excuse toute faite lorsque Rogue le harcèlerait la semaine prochaine. Dumbledore marchait en de grandes enjambées pressées jusqu'aux toilettes des filles. Les lavabos débordaient.
– Qui OSE me déranger ? hurla Mimi Geignarde. Oh, c'est vous professeur Dumbledore, je... désolé, je pensais que...
– Mimi, coupa le directeur, il faut que tu me répètes exactement ce qu'il s'est passé le soir de ton meurtre.
– NON ! Je ne peux pas !
– Si, vous le pouvez ! (Mais le fantôme disparut dans le siphon en un long vagissement)
Dumbledore soupira.
– Nous voilà donc seuls, Harry. Montre-moi où était le journal.
Harry lui désigna un lavabo, puis déposa son sac de cours près d'une cabine des toilettes.
– Bien, recule maintenant.
Albus Dumbledore agita sa baguette magique et tous les lavabos se mirent à vibrer. Harry pouvait en sentir chacune des oscillations.
– Professeur... Est-ce que ça serait l'entrée de la Chambre des Secrets ?
– Je le crois bien, Harry. Mais ma magie ne peut pas l'ouvrir. Il le faut, pourtant ! Il le faut !
Dumbledore fit les cent pas puis se tourna vers le Gryffondor.
– Comment dit-on « ouvre-toi » en Fourchelang ?
– C'est un langage maudit, balbutia Harry. Je ne peux pas le parler.
– Je t'y autorise, Harry. Allez.
Une fois les mots prononcés, le robinet se mit à briller d'une lueur blanche en tournant sur lui-même. Un instant plus tard, le lavabo bascula et disparut, laissant apparaître l'entrée d'un gros tuyau suffisamment large pour permettre à un homme de s'y glisser. Maintenant qu'ils avaient découvert l'entrée de la Chambre, il fallait saisir la moindre chance pour exécuter le monstre qui la hantait depuis de si nombreuses années.
– Je crois bien que nous allons affronter les ténèbres, Harry. Si tu souhaites m'y accompagner, bien sûr. Sors ta baguette. Je pense que cela te serait très utile. J'y vais en premier.
Dumbledore disparut dans le tunnel. Harry le suivit aussitôt. Il se glissa à son tour dans le tuyau. Il avait l'impression de dévaler un toboggan sans fin, obscur et visqueux. Au passage, il aperçut d'autres tuyaux qui partaient dans toutes les directions, mais aucun n'était aussi large. Harry était secoué en tous sens par les sinuosités du tuyau qui le précipitait dans des profondeurs insoupçonnées, bien loin au-dessous des cachots. Puis soudain, le tuyau redevint horizontal et Harry fut projeté sur le sol humide d'un tunnel aux parois de pierre, juste assez haut pour s'y tenir debout.
– On doit être à des kilomètres au-dessous du château, dit Harry d'une voix qui se répercutait en écho dans le tunnel obscur.
– Sous le lac, sans doute, dit Dumbledore en voyant les parois couvertes de vase. Par ici.
Ils s'enfoncèrent alors dans le tunnel, pataugeant bruyamment dans les flaques d'eau qui recouvraient le sol.
Le tunnel était si noir qu'ils ne pouvaient pas voir très loin. À la lueur de la baguette magique, l'ombre de leurs silhouettes paraissait monstrueuse. Mais le tunnel paraissait aussi calme qu'un tombeau. Le premier bruit bizarre qu'ils entendirent fut un craquement sonore lorsque Dumbledore marcha sur quelque chose qui se révéla être un crâne de rat. Harry éclaira le sol de sa baguette et ils virent qu'il était jonché d'os de petits animaux. Le directeur se pencha.
– Nous avons à faire à un prédateur, murmura-t-il. Je dirai un serpent.
Quelques minutes plus tard, tandis qu'ils progressaient dans cette pénombre trouble et inquiétante, leurs doutes se confirmèrent. À la lueur de leur baguette magique, ils virent la gigantesque peau vert vif d'un serpent qui avait mué. La peau vide était enroulée sur elle même en travers du tunnel. La créature à laquelle elle avait appartenu devait mesurer au moins six mètres.
– Merlin tout puissant, marmonna Dumbledore.
– Q-Qu'est-ce que c'est, professeur ?
– Ça, Harry, c'est la peau d'un basilic. C'est animal extrêmement dangereux et rare. Vois-tu, le premier basilic répertorié a été élevé par un sorcier du nom de Herpo l'Infâme, très friand de magie noire et également Fourchelang, expliqua-t-il à voix basse tout en continuant de marcher. Il a découvert au fil de ses expériences qu'un œuf de poule couvé par un crapaud donnait lieu à un gigantesque serpent. Le basilic est généralement d'un vert brillant et peut atteindre jusqu'à quinze mètres, pour les plus grands spécimens jamais observés. Ses crocs injectent du venin redoutable qui peut s'avérer mortel lorsqu'il n'est pas soigné à temps. Mais son arme la plus terrifiante reste son regard. Ses immenses yeux jaunes peuvent tuer quiconque a le malheur de les croiser. Seuls les Fourchelang peuvent les contrôler, c'est pourquoi j'ai besoin de toi.
– Vous aviez deviné que c'était un basilic bien avant de voir sa peau, n'est-ce pas ?
– Oui... en quelque sorte. Mais tout le monde, même quelqu'un de brillant, a besoin de preuves à chacune de ses théories. Maintenant, approche. Je vais essayer de te couvrir le regard.
Dumbledore agita sa baguette magique et Harry vit comme s'il avait des lunettes de soleil invisible sur le nez.
– Cela ne te protégera pas entièrement, mais au moins, tu ne pourras pas mourir s'il te regarde.
Dumbledore se jeta à lui aussi le sortilège et ils continuèrent leur progression. Harry sentait ses nerfs à vif. Il avait envie de voir la fin du tunnel, mais il redoutait en même temps ce qu'il risquait d'y découvrir. Enfin, après une dernière courbe, Harry se retrouva devant un mur sur lequel étaient gravés deux serpents entrelacés.
De grosses émeraudes étincelantes étaient serties à la place des yeux. Harry s'approcha, la gorge sèche. Il n'eut aucun mal à imaginer que ces serpents-là étaient bien réels : leurs yeux brillaient avec une telle vivacité qu'ils paraissaient vivants. Harry devina ce qu'il avait à faire. Il s'éclaircit la gorge et la lueur des yeux d'émeraudes sembla frémir.
– Ouvrez, dit-il dans un sifflement rauque.
Les deux serpents se séparèrent aussitôt : les deux pans de mur sur lesquels ils étaient gravés venaient de s'écarter en silence. Quelques instants plus tard, ils avaient entièrement disparu, laissant la voie libre. Harry, tremblant de tous ses membres, franchit alors l'ouverture à la suite du directeur. Il se trouvait à l'entrée d'une longue salle faiblement éclairée. D'immenses piliers de pierre, autour desquels s'enroulaient des serpents sculptés, soutenaient un plafond noyé dans l'obscurité et projetaient leurs ombres noires dans une atmosphère étrange et verdâtre.
Au fond le visage géant de Serpentard s'était mis à bouger. Frappé d'horreur, Harry vit la bouche de pierre s'ouvrir de plus en plus grand, en formant un immense trou noir. Quelque chose remua alors à l'intérieur de la bouche béante, quelque chose qui sortait en rampant de ses profondeurs.
Dumbledore se plaça devant Harry, sa baguette propageant tant de lumière que cela en était devenu éblouissant. Il ferma les yeux. Une lourde masse tomba sur le sol en le faisant trembler. Harry savait ce qui se passait, il le sentait, il voyait presque le serpent géant tomber de la bouche de Serpentard. Il entendit la voix sifflante qui disait : « Tue-les ! ». Mais la voix ne provenait pas des murs, mais de la poche de Dumbledore, là où se trouvait le journal de Tom Jedusor. Le basilic fondit sur eux.
– Conjonctivus Caecus !
Une détonation secoua la Chambre des Secrets et le basilic poussa un cri suraigu de douleur. Ses yeux étaient ensanglantés. Désormais, il était aveugle et ne pourrait les attaquer avec son arme la plus redoutable. L'énorme serpent d'un vert éclatant, au corps aussi épais qu'un tronc de chêne, s'était dressé haut dans les airs et sa grosse tête en pointe oscillait entre les deux colonnes comme un ivrogne à la démarche titubante.
Harry était absolument certain qu'il ne fallait faire strictement aucun bruit pour ne pas attirer son attention. Le basilic tourna, retourna, puis tourna à nouveau dans leur direction, sa langue cherchant la moindre trace olfactive à détecter. Mais puisque Dumbledore et lui étaient tombés dans sa muqueuse en marchant sous les voûtes, le basilic ne distinguait que sa propre odeur. Tout à coup, il braqua sa tête visqueuse vers l'une des entrées du tunnel. Draco était là, estomaqué, sa baguette au point et tremblant légèrement. Le basilic fondit à une vitesse incroyable vers lui, mais Dumbledore poussa Harry dans un retranchement et hurla :
– ICI !
Le basilic bifurqua, dévoilant ses immenses crocs jaunâtres et scintillants de venin mortel. Le serpent donna un coup de queue vers Dumbledore mais ce dernier s'était protégé grâce à une immense sphère bleutée lui servant de bouclier. Le combat faisait rage. Harry fit signe à Draco de venir se cacher près de lui. Lorsqu'il arriva à sa hauteur, Harry comprit immédiatement pourquoi le basilic l'avait détecté. Il sentait l'essence de Billywig, produit essentiel dans la composition des potions.
– Comment tu as fait pour me trouver ?
– J'ai consulté la Carte du Maraudeur, dit précipitamment Draco. Mais tu n'étais nulle part sur la carte ! C'est là que j'ai su que tu n'avais pas juste séché les cours. J'ai cherché partout, puis j'ai vu ton sac dans les toilettes des filles. Je me suis dit que tu avais sans doute des ennuis. (Draco semblait terriblement inquiet) Je suis désolé ! Je pensais pouvoir t'aider.
Harry lui accorda un sourire.
– Tu es complément fou, Draco.
– Non, pas totalement. J'ai demandé à Mimi de prévenir le professeur Rogue de ce que j'avais trouvé et que j'allais entrer dedans qu'il soit d'accord ou non. Curieusement, elle m'a obéi.
Un cri perçant survint. Fumseck, le phénix de Dumbledore tourbillonnait autour du basilic, le choixpeau dans son bec. Il le laissa tomber non loin du directeur, mais ce dernier, à bout de force, finit par avoir un geste moins précis que les autres et le basilic en profita pour planter ses crocs dans son bras.
– NON ! hurlèrent en chœur Harry et Draco.
Dumbledore sombra et Harry sortit de leur cachette. Dans son mouvement, la queue du Basilic lui avait jeté le Choixpeau magique à la tête. Harry attrapa le chapeau. Il n'avait rien d'autre, c'était sa dernière chance. Il l'enfonça aussitôt sur sa tête et se jeta à plat ventre contre le sol pour éviter à nouveau la queue du serpent.
– Aide-moi... Aide-moi... pensa Harry de toutes ses forces. S'il te plaît, aide-moi !
Aucune voix ne lui répondit, mais le chapeau se contracta, comme serré par une main invisible. Un objet lourd et dur tomba alors sur la tête de Harry en l'assommant à moitié. Étourdi, il arracha le chapeau de sa tête et sentit quelque chose de long et de dur sous ses doigts. Une épée d'argent étincelante était apparue à l'intérieur du Choixpeau magique, la poignée incrustée de rubis de la taille d'un œuf.
– L'épée de Godric Gryffondor ! s'exclama Draco. Poudlard nous aide ! Poudlard veut qu'on se batte !
Le basilic avançait avec eux avec bien plus de lenteur, épuisé par son combat avec Dumbledore. Fumseck pleurait le directeur, versant quelques larmes sur sa blessure.
– Cache-toi ! rugit Harry à Draco.
– Non, je vais t'aider !
Le basilic ne sut vers qui se tourner pour attaquer à cause des deux voix qui se superposaient. Le serpent plongea à l'aveuglette. Harry réussit à l'éviter et la tête du reptile heurta le mur. À nouveau, il plongea et sa langue fourchue cingla Harry comme un fouet. Il prit alors son épée à deux mains et la brandit au-dessus de sa tête. Le Basilic attaqua à nouveau, et cette fois, il visa juste. De toutes ses forces, Harry enfonça l'épée jusqu'à la garde dans la gueule du monstre et lui transperça le palais. Le basilic vacilla, puis sombra à terre dans une gigantesque détonation. Harry lâcha l'épée et courut vers Dumbledore qui semblait tout juste se réveiller.
– Le journal, murmura-t-il.
Harry le sortit de sa poche, mais Draco s'en saisit aussitôt.
– Qu'est-ce que tu fais ?! s'écria Harry qui le voyait partir en toute hâte vers le cadavre du serpent géant.
Draco agita sa baguette magique et un crochet de basilic sauta de sa mâchoire. Sans réfléchir, sans hésiter, comme s'il avait toujours eu cette idée en tête, Draco empoigna le crochet du serpent et le plongea au cœur du livre. Il y eut un long hurlement perçant, un hurlement terrifiant. Un flot d'encre jaillit du livre à gros bouillons et ruissela sur le sol. Le journal semblait comme mort. Le visage de Draco était transfiguré par le choc.
– Qu'est-ce que c'était ?
– Je ne sais pas... Mais, je sais que le venin de basilic peut détruire toute substance magique. Je l'ai entendu, une fois, dit-il essoufflé.
Harry remarqua que sa cheville était tordue. Il l'aida à se relever. Des bruits de pas précipités se firent entendre et Rogue, ainsi que le professeur Flitwick arrivèrent dans la Chambre des Secrets.
– Bonté divine ! s'emporta l'enseignant de sortilèges.
Dumbledore essayait vainement de se relever et Rogue se précipita pour le soutenir.
– Nous allons immédiatement à l'infirmerie, dit-il. Rogue, prenez-moi ce journal, s'il vous plaît. J'en aurais besoin pour l'étudier davantage.
Ooo
L'infirmerie n'avait jamais été aussi remplie. Mrs Pompresh avait soigné en un clin d'œil la cheville de Draco, ainsi que la cicatrice de Dumbledore. Elle et le professeur Chourave étaient parvenues à ranimer ceux qui étaient pétrifiés et tout le monde attendait avec impatience le récit complet de ce qu'il s'était produit dans la Chambre des Secrets.
Draco rougit de plaisir lorsque le directeur vanta son mérite et son courage sans limites pour s'être aventuré dans un endroit aussi hostile juste pour venir en aide d'un ami en danger. En revanche, personne ne pourrait soigner les troubles qui rongeaient Ginny. En effet, pendant près d'un an Voldemort lui avait manipulé l'esprit et le directeur jugea bon de l'envoyer directement à l'hôpital voir s'il n'y avait pas des séquelles magiques irrévocables. Le professeur Lockhart avait le soir même fait ses valises, décidé à se tenir le plus éloigné de Poudlard depuis qu'il avait entendu parler du basilic.
Cependant, le plus incongru dans tout cela fut quand les Malfoy arrivèrent à Poudlard, fermement décidé à voir leur fils. Draco et Harry avaient pu échapper aux cours pendant une journée entière. Ils étaient chacun allongés dans leur lit, à énumérer les plus grands joueurs de Quidditch au monde, d'après eux. Draco se redressa de saisissement en apercevant son père, le nez retroussé de dégoût quand il vit le désordre régnant dans la pièce.
– Dobby, dit-il, arrange-moi tout cela.
Le petit elfe, qui était caché par la cape de son maître, claqua plusieurs fois des doigts et les édredons reprirent leur forme habituelle, les boulettes de papier disparurent, les chaussettes égarées retrouvèrent instinctivement leur paire et les livres s'alignèrent sur les étagères. Narcissa Malfoy se précipita dans les bras de Draco, le compressant contre sa poitrine.
– Cissy, laisse-le respirer, tu veux, persifla son époux.
– Tu n'as rien ? demanda Mrs Malfoy comme si elle n'avait strictement rien entendu. Tu es sûr ? Pas une goutte de poison ? Comment un basilic a-t-il pu vivre des centaines d'années dans un château surpeuplé d'enfants ? Lucius, tu dois tenir une réunion du conseil d'administration immédiatement...
– Réunion qui est à l'ordre du jour demain, crois-moi. Je demanderai quelques petites explications à Dumbledore sur la tenue de son établissement. (Il regarda Draco d'un air curieux, presque calculateur) Tu es donc entré dans la Chambre des Secrets ?
– Oui ! C'était incroyable. Le serpent faisait la taille d'un immeuble. Mais Dumbledore est arrivé et BAM ! Le basilic hurlait, puis les murs ont tremblé BOUM ! J'ai failli mourir au moins six fois ! Mais je n'ai même pas eu peur.
Harry roula des yeux, évidemment, Draco... évidemment.
– Tu aurais dû rester en-dehors de tout ça et attendre qu'un sorcier compétent s'en occupe, trancha Lucius Malfoy.
– M-Mais je suis un sorcier compétent ! J'ai été dans la Forêt Interdite. J'ai affronté le Seigneur des Ténèbres et maintenant, un basilic !
– Je suis d'accord avec ton père, dit Narcissa. Je ne veux plus que tu t'amuses à jouer aux héros.
– Il n'empêche que sans votre fils, le basilic aurait certainement tué d'autres personnes.
– Je me pose tout un tas de questions..., commença Mr Malfoy.
– Moi aussi, Lucius, interrompit la voix de Dumbledore. La première est sans aucun doute de savoir comment un objet de magie noire aussi puissant a-t-il pu atterrir entre les mains innocentes de Ginny Weasley.
Mr Malefoy resta silencieux, le visage soudain figé comme un masque. Dobby se ratatinait sur place, comme s'il souhaitait ne plus exister.
– Étrange, en effet, accorda le père de Draco avec un sourire forcé. Pourrions-nous... parler dans votre bureau ? (Le directeur acquiesça et sa femme le suivit) Dobby, tu restes auprès de Draco jusqu'à notre départ.
Ils refermèrent la porte. Dobby jeta un regard timide vers Draco qui agita ses oreilles en imitant le bruit d'un hélicoptère. Le petit elfe semblait réjoui qu'on s'amuse avec lui.
– Draco...
– Mmh ?
– Comment est-ce que tu peux connaître des choses moldues comme les hélicoptères si tes parents détestent ce monde ?
Draco semblait comme avoir avalé du plomb.
– Je... Je... (Il avait perdu sa langue) Ne le dis à personne, s'il te plaît !
– Promis.
– Parfois, je dis à mes parents que je m'amuse dans le jardin, mais je demande à Dobby de m'emmener près du village moldu, au loin. Je m'amuse une heure ou deux avec les enfants de là-bas. Tu comprends, j'ai toujours été tout seul à la maison ! Je n'ai pas de frère ou de sœur pour jouer et les seuls enfants avec qui j'avais le droit de jouer se comptent sur le dois de la main, se rembrunit-il.
– Moi non plus je n'avais pas beaucoup d'amis avant de venir ici, à Poudlard. Voir, pas du tout.
– Vraiment ?
Draco semblait plus choqué que étonné. Dobby chantonnait doucement tout en lissant les plis des draps de son maître.
– Mais tu es Harry Potter ! Cela devrait être un honneur pour n'importe quel enfant d'être ami avec toi !
– Je crois que ça n'importait pas trop pour eux. Enfin, ça n'a plus grande importance. On est amis tous les deux maintenant. Je suis un peu déçu que l'année se soit déroulée aussi vite.
Le soir-même, un festin spécial fut organisé en leur honneur. Harry avait déjà participé à plusieurs célébrations, à Poudlard, mais jamais il n'en avait connu de semblable. Tout le monde était en pyjama et les réjouissances durèrent toute la nuit. Harry n'aurait su dire quel avait été le meilleur moment : Hermione courant vers lui et criant : « Tu l'as vaincu ! Tu l'as vaincu ! » ou Justin se levant de la table de Poufsouffle pour venir lui serrer la main et s'excuser longuement de l'avoir soupçonné, ou Hagrid apparaissant à trois heures et demie du matin et donnant à Harry et à Draco une tape dans le dos qui les fit plonger dans leur assiette, ou les quatre cents points qu'ils avaient fait gagner à Gryffondor, ce qui leur assurait, pour la deuxième année consécutive, la victoire dans la coupe des Quatre Maisons, ou le professeur McGonagall se levant pour leur dire que tous les examens avaient été annulés en guise de cadeau de fin d'année.
Sur cette partie là, Hermione, Draco et Percy furent sans aucun doute les seuls déçus de cette nouvelle. Même Ginny avait retrouvé sa joie de vivre. Cependant, elle n'osait plus s'approcher de Harry, car Draco l'en dissuadait grâce à ses œillades glaciales. Généralement, il déposait une main possessive sur l'épaule de Harry et clamait haut et fort que si quiconque avait un problème à régler, il faisait office de porte-parole. Draco prenait cette fonction tellement au sérieux que depuis leur découverte de la Chambre des Secrets, il se pavanait dans le château avec des allures de propriétaire.
– Est-ce que tu pourrais arrêter ce cirque ? lui demanda Hermione le lendemain matin tandis qu'ils profitaient de l'annulation des cours de Défense Contre les Forces du Mal. C'est ridicule !
Au cours de l'année scolaire, Harry avait appris à connaître Hermione grâce à Draco. Elle était bien plus sympathique qu'il ne se l'était imaginé. De temps à autre, ils passaient leur récréation tous les trois à discuter de plein de choses. Cette après-midi là, il s'agissait de leur famille.
– Si je tiens à être la première partout, expliqua Hermione, c'est parce que j'ai toujours su qu'on me jugerait sur la valeur de mon sang. Je n'ai pas de grandes familles comme vous. Je dois faire mon nom dans ce monde toute seule et c'est... c'est difficile.
Harry et Draco se lancèrent un regard éloquent.
– Tu sais, la valeur du sang ça ne veut rien dire, formula Draco. Ça a juste l'importance qu'on veut bien lui accorder. Ceux qui pensent le contraire sont des crétins.
– Ton père est convaincu que les sangs purs valent mieux que les autres, rappela Harry.
– Alors mon père est le roi des crétins.
Ils rigolèrent tous les trois. La fin du trimestre se déroula sous un soleil resplendissant. Poudlard avait retrouvé sa vie normale, avec toutefois quelques changements : Draco avait ramené son chapeau en tête de lion lors des derniers matchs de Quidditch, Hermione ne s'asseyait plus en bout de table et Dumbledore s'occupait lui-même de leur enseigner jusqu'à la fin de l'année quelques bases en matière de DFCM dans la grande cour de l'école. C'était les moments les plus magiques de sa scolarité et Harry s'abreuvait de ces leçons sans jamais pouvoir se lasser.
Bientôt, il fut temps de reprendre le Poudlard Express qui devait ramener les élèves chez eux pour les vacances d'été. Harry, Hermione et Draco occupaient un compartiment à eux tout seuls. Les distractions ne leur manquèrent pas pendant le voyage. Ils firent exploser les derniers pétards du Dr Flibuste et s'entraînèrent à se désarmer à coups de baguette magique, un exercice pour lequel Harry se montrait particulièrement doué. Le train ralentit et Hermione tira sa valise hors du compartiment. Ses parents, bien visibles sur le quai, semblaient l'attendre.
– C'était une année plutôt mouvementée, concéda-t-elle. Mais, je suis très heureuse qu'on ait appris à se connaître ! Je vous écrirai. Bonnes vacances !
– Oui, à toi aussi ! s'écria Harry.
Il se tourna vers Draco qui avait l'air embarrassé, comme s'il mourait d'envie de lui dire quelque chose. Il tira le rideau de leur compartiment et sortit de poche latérale de son sac à dos un épais mouchoir de satin noir. Draco le déplia, dévoilant un crochet de basilic. Harry poussa une exclamation de terreur.
– Pourquoi est-ce que tu as pris ça avec toi ?
– Je n'ai pas pu résister ! glapit Draco. Tu sais que j'aime tout ce qui est spécial ! (Il rangea le crochet dans son sac) Tu ne m'en veux pas ?
Harry soupira puis fit non de la tête.
– Mais ne ramène jamais ça à Poudlard, d'accord ?
– Promis.
À sa grande surprise, Draco plongea dans ses bras et le serra fort contre lui.
– Hey... Ça va aller. On se reverra bientôt. Allez, lâche-moi, Draco. Mes moldus ne seront pas contents si je les fais attendre.
– … Si je nous jette un sort de Glue Perpétuelle ils seront bien obligés de m'accepter chez eux, non ?
– Crois-moi, un sorcier sous leur toit suffit amplement. (Harry se détacha de son accolade) Je trouverai un moyen pour t'écrire cet été, promis. J'inventerai quelque chose, n'importe quoi.
– D'accord.
Draco remit de l'ordre dans ses cheveux, se redressa fièrement puis quitta dignement le compartiment. Quand Harry quitta à son tour la locomotive rouge à vapeur, il le vit de loin, rejoindre ses parents. S'il n'avait pas passé deux merveilleuses années à ses côtés, Harry aurait certainement cru que Draco n'était qu'un petit prétentieux pourri gâté et raciste. En réalité, il était bien plus que cela et chaque jour, Harry se félicitait d'avoir su gratter au-dessus de la surface.
fin du second tome
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Je vous remercie pour toutes vos reviews, alerts et favoris ! Ce tome-ci était loin d'être évident à réécrire car il ne fait PAS DU TOUT partie de mes favoris. Heureusement que le trois et le quatre vont arriver. Haaaah, j'ai hâte ! Continuez de commenter en masse pour me booster. Je sais que vous avez tous un tas de questions sur le pourquoi du comment, mais essayez d'être ouverts, de ne pas trop en demander comme si j'étais JKR en personne ! Je n'écris qu'une fic, hein. Le troisième tome aura pour titre « Draco Malfoy et la croisée des chemins » et sera en trois parties !
