Posté le : 6 Janvier 2015. Je vous souhaite une agréable nouvelle année !
Mémo : Oui, à la fin il s'agira d'un DMHP [romance] ! (même si toute la fic n'est pas seulement basée dessus, haha)
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Note d'auteur : Je sais que cela fait longtemps que je n'ai pas posté la suite de cette histoire. Ce n'est pas par manque d'inspiration, bien au contraire. J'ai juste volontairement « omis » de poster. C'est un acte en réaction avec de nombreuses choses qui m'ont déplu. Non, me stalker sur mon compte facebook en m'envoyant des messages déplacés ne me fera pas avancer plus vite. Non, reposter mes histoires sans m'en parler auparavant n'est pas autorisé. Non, me plagier ne me donnera pas le sourire. Non, je ne suis pas à votre service jour et nuit. Merci de comprendre que j'ai une vie en-dehors du monde des fics.
C'est assez malheureux d'en arriver à de tels extrêmes pour se faire compredre. J'ai eu beau « pousser un coup de gueule » sur mon groupe facebook pour alerter de cette situation, cela n'a pas empêché deux personnes de m'envoyer des messages bizarres sur mon compte privé (rebelotte) moins d'une journée après ! Ici, je ne parle pas de la fonction MP du site mais par exemple mon profil facebook (entre autre).
J'aime cette fic, soyons clairs là-dessus. Vos réactions sont toujours priceless. Du coup, j'en suis à un point où je me pose tout un tas de questions sur mon « avenir » dans le milieu des fics... J'ai comme l'impression qu'en fait, certains lecteurs pensent qu'écrire une histoire est rapide et facile. Ce qui n'est pas le cas. Je ne suis pas rémunérée en fonction de mon rythme ou de la qualité des publications. C'est un « service de fans à fans ». C'est dommage d'entrer dans une logique où l'auteur est forcément esclave de ce qu'il créé. Je n'ai pourtant signé de contrat nulle part.
Encore une fois, ce message concerne surtout une minorité (quoique de plus en plus bruyante). Cela ne concerne pas du tout les lecteurs merveilleux qui me suivent fidèlement. Je remercie toutes les personnes qui m'ont toujours soutenu. Sinon, les autres... bah, j'espère que vous changerez d'attitude en devenant plus tolérant, patient et honnête.
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Réponses aux reviews anonyme :
Aubergine : Nope, pas de gâterie en échange de la suite. Je préfère conserver mon intégrité morale. J'espère que ce chapitre-ci t'emballera.
Nerisys : Le caractère de Draco me donne pas mal de fil à retordre car, forcément il doit être OCC puisqu'il change de maison. Mais en même temps, il doit conserver tout son background qui fait qu'il reste un Malfoy malgré tout. Du coup, je joue un peu sur deux tableaux à la fois, et ce n'est pas pour me déplaire. Il restera fier de ses racines, assez imbu de sa personne et capricieux jusqu'à la fin, par exemple. Ça, on ne peut pas le lui enlever. Par contre, d'autres choses changeront. Tu le découvriras assez tôt.
LinChan : L'évolution des personnages sera d'autant plus flagrante dans les tomes à venir (tomes 4 et 5). J'ai vraiment hâte d'en arriver là pour que tout le monde puisse s'en rendre compte.
Adenoide : Merci de ta review et à la prochaine.
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Mot de la bêta : Je suis de retour. J'ai été bien silencieuse sur les derniers chapitres, manque de temps oblige, mais personne ne peut me faire taire définitivement ! Ce chapitre est TROP COOL. En plus de retrouver Draco, Harry et les autres après tout ce temps, ça fait franchement du bien. Et puis pour ne rien gacher, ce chapitre se détache VRAIMENT des livres et ça donne juste encore plus envie d'arriver au prochain. Enfin, je vais vous laisser voir ça par vous-même. Profitez ! Des bisous.
Tome 3 : « Draco Malfoy et la croisée des chemins »
PARTIE III
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« Chat, rat et chien »
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En hiver, le manoir Malfoy était recouvert d'une couche de neige si épaisse qu'on pouvait croire que les diverses parties du toit finiraient par s'effondrer. Draco était assis sur la méridienne de sa mère tandis qu'elle se maquillait. Tout à l'heure, ils recevraient de la visite et il était hors de question pour elle d'être prise au dépourvu.
– J'aurais aimé que tu voies ça, prononça Draco tout en faisant le récit détaillé de son match contre Poufsouffle. Cédric Diggory ne l'a même pas vu venir ! J'étais... comme un aigle royal dans son élément. On m'a applaudi. On a crié mon nom et les filles ont mouillé leur petite culotte.
– Draco ! s'offusqua sa mère en riant à moitié.
– Rusard a dû passer la serpillière partout dans les gradins après ça.
Cette fois, elle riait pour de bon. Elle caressa les cheveux de son fils. Il ressemblait tant à Lucius, et pourtant, au niveau de son caractère, il avait plutôt tout d'un véritable Black. En fait, il avait des airs de Alphard Black, un des rares blonds de la famille, qui était aussi riche qu'intrépide. Il avait toutefois été rayé de la tapisserie post-mortem quand il avait légué toute sa fortune à Sirius dans son testament. Tout le monde s'était attendu à une part du gâteau et l'expression « odieux gâchis » avait été employée à plusieurs reprises.
– Maman, qu'est-ce qu'il y a ?
– Rien, mon dragon. Tu es prêt ? (Draco se leva, faisant le tour de lui-même en tenue de soirée) Descendons. Les Zabini ne vont pas tarder à arriver.
En effet, Mrs Zabini avait fortement insisté pour passer le Réveillon avec eux. Blaise resterait par la suite au manoir jusqu'à la fin des vacances et ils retourneraient tous les deux à Poudlard le moment venu. Draco n'avait pas réellement eu le choix. Ses parents lui avaient imposé un programme pour les prochains jours et Blaise était un élément indiscutable. Ce qui était agaçant avec lui, c'était son certain talent pour faire le malin et de tout tourner en dérision, même les sujets les plus sérieux. Lorsque la Chambre des Secrets avait été ouverte, Blaise avait réussi à faire tant de blagues à ce sujet que Rogue avait été contraint de lui donner des lignes à copier.
Draco et Narcissa rejoignirent Lucius qui était dans le grand salon, dégustant un verre de scotch tandis que Dobby nettoyait une dernière fois l'argenterie. À huit heures précises, le feu ronflant dans la majestueuse cheminée passa de son habituel éclat orangé au vert émeraude. Mrs Zabini, son nouveau mari ainsi que son fils apparurent parmi les flammes.
– Ah, bonsoir ! s'exclama Lucius d'un ton théâtrale, sa bonne humeur due à son petit verre d'alcool.
– Bonsoir, Lucius, répondit Daéline Zabini. Permets-moi de te présenter Stannis Lingstrom, mon époux. Je crois que vous n'avez pas encore eu l'occasion de vous rencontrer jusqu'à présent.
– Les noces ont été si rapides..., sous-entendit Mr Malfoy en coulant un regard malicieux vers son invitée. Stannis, voici ma femme, Narcissa. Cissy, je ne te présente plus Blaise.
– Madame, dit le concerné en faisant une révérence.
– Asseyez-vous. Le dîner est déjà prêt.
Draco se retrouva entre ses deux parents, tandis que les Zabini leur faisaient face. Dobby claqua des doigts et les verres se remplirent sans jamais atteindre leur fond, déliant alors bien des langues. Le nouvel époux de Mrs Zabini ne parlait presque pas. Il avait l'air d'être un homme dur et difficilement accommodable. À côté, même un détraqueur semblait plus amusant. De temps à autre, Draco jetait des regards en biais à son ami d'enfance, comme s'il cherchait le moindre signal qui leur permettrait de quitter la table. Les plats se succédèrent et Stannis refusa de manger plus que nécessaire. Aux alentours de minuit, ils trinquèrent aux vœux habituels (« Santé ! Bonheur ! Richesse ! ») et les deux garçons furent autorisés à quitter la salle de réception.
– J'ai cru que ça ne finirait jamais, maugréa Blaise.
– Il n'a pas l'air très commode, prononça Draco en ouvrant la porte de sa chambre.
– Oui, et il ne fera sans doute pas long feu, comme tous les autres. Qu'est-ce que tu fabriques ?
Draco fit volte-face.
– Oh, ça ? Ce n'est rien. Je dois envoyer mes cadeaux de Noël à Poudlard pour Harry, Hermione et Ron.
Blaise leva si haut les sourcils qu'ils auraient pu disparaître.
– Tu vas offrir un cadeau à une Sang de Bourbe et un Traître à son Sang ? Tu viens de perdre l'esprit ou quoi ? Un sang-mêlé, à la rigueur, du moment que la somme dépensée ne va pas au-delà des cinq mornilles, et encore. Tes parents savent ce que tu es en train de faire ? demanda Blaise en le regardant finir ses cartes de vœux. Draco, pour l'amour de Paracelse, ne donne rien à ces gens-là ! Ce sont des parasites de notre société ! Tu ne dois pas encourager leur intégration. C'est n'importe quoi ! Vraiment.
– Ça m'est égal. Je sais ce que tu penses et... honnêtement, je comprends ce que tu veux dire. J'ai été élevé avec les mêmes principes que toi. Mais il ne faut pas mettre toutes les mandragores dans le même pot. Certains nés-moldus sont différents. Je méprise clairement Colin Crivey, mais Hermione est une excellente sorcière.
Blaise eut un rire moqueur.
– Tu méprises Crivey juste parce que – pour une fois dans ta vie – tu te frottes à un plus grand adorateur de Harry Potter que toi !
– En attendant, dit Draco qui ignora volontairement sa pique, je suis certain que je recevrai des cadeaux de plus de personnes que toi.
– Vraiment ? Tu tiens à parier ?
– J'accepte le pari. On déballera nos cadeaux ensemble.
Blaise eut un petit rire narquois qui disparut le matin de Noël. Draco était assis sur son tapis, comptabilisant ses points :
– Un cadeau de chacun de mes camarades de dortoirs, de Hagrid. Un autre de Hermione... Mmh, ah ! Celui de Pansy et de mes parents. Dubois m'a envoyé une carte. Est-ce que ça compte ? (Blaise avait l'air renfrogné) Je crois que j'ai gagné.
Blaise avait seulement reçu une peinture animée de la part de Théodore, représentant un détraqueur qui l'embrassait goulument en plein milieu de la cour de récréation. Draco éclata de rire en regardant plus attentivement l'illustration. En arrière-plan, un curieux personnage ressemblant à Théodore, observait le baiser du détraqueur avec une paire de multiplettes. Blaise avait beau râler de ce cadeau, Draco le vit tout de même le ranger soigneusement dans ses affaires.
Ooo
En revenant à Poudlard, Draco trouva ses amis d'une humeur exécrable. Harry et Ron semblaient en vouloir à Hermione pour une raison inconnue.
– Plusieurs, en fait, grogna Ron en regardant Draco défaire sa valise. De un, son chat Pattenrond a encore une fois essayé de mettre la main sur Croûtard. De deux, elle n'a pas arrêté de nous harceler pour prendre de l'avance dans nos devoirs. Ah et trois, elle a gâché notre Noël.
– Pardon ? s'étonna Draco. Comment ça ? Qu'est-ce qu'il s'est passé, Harry ?
– Dans mes cadeaux, il y avait un Éclair de Feu sans carte ni signature. Hermione est allée voir le professeur MacGonagall et elle l'a confisquée pour voir si le balai n'est pas ensorcelé ou maudit, ou je-ne-sais-quoi...
Harry savait qu'Hermione n'avait eu que de bonnes intentions en agissant ainsi, mais il ne pouvait s'empêcher de lui en vouloir. Pendant quelques heures, il avait été l'heureux propriétaire du meilleur balai du monde et à présent, à cause d'elle, il ne savait plus s'il le reverrait un jour. Il était absolument sûr que l'Éclair de Feu fonctionnait à merveille, mais dans quel état serait-il après avoir subi toute une série de contre-sorts ?
– Je ne pense pas que je le reverrai, finit-il sombrement.
– Hermione n'a pas eu tort en se tournant vers MacGonagall, admit Draco. (Ron le regarda avec des flamboiements dans les yeux) Je sais qu'il s'agit d'un sacrilège vu la beauté et la précision de l'objet. Mais ta vie vaut bien plus qu'un balai de course, non ? Et puis, cette histoire sur Sirius Black n'est vraiment pas très claire...
Les cours reprirent le lendemain. Passer deux heures dans le parc par une matinée glaciale de janvier n'avait rien de très séduisant, mais Hagrid avait eu l'idée de divertir ses élèves en allumant un feu de joie plein de salamandres. La classe, plus amusante qu'à l'ordinaire, consista à ramasser du bois sec et des feuilles pour entretenir les flammes, à la plus grande joie des reptiles qui se délectaient à courir et sauter sur le tas de bûches brûlantes.
En revanche, le premier cours de Divination du nouveau trimestre se révéla beaucoup moins réjouissant ; le professeur Trelawney leur apprenait à présent à lire les lignes de la main et elle ne tarda guère à informer Harry qu'il possédait la ligne de vie la plus courte qu'elle eût jamais vue. Draco ne semblait pas d'accord avec son interprétation :
– Elle dit n'importe quoi ! Tu vas mourir à l'âge de cent un an dans ton sommeil comme un bienheureux entouré de tes arrières arrière-petits-enfants.
Mais Harry savait qu'il disait uniquement cela pour lui remonter le moral. Les entraînements de Quidditch étaient sur le point de reprendre et il n'aurait sans doute pas son Éclair de Feu avant un bon moment. Même son Nimbus 2000 – pourtant rapide et docile – semblait de piètre facture à côté du génie du modèle plus récent. La seule chose qui pouvait lui remonter le moral était ses leçons avec le professeur Lupin pour former un Patronus. À la seconde séance, tandis que Harry désespérait, Ron et Draco le rassurèrent :
– C'est un sortilège que même de très grands sorciers ne savent pas faire ! dit Ron en lui tendant une chocogrenouille qui fit deux rebonds sur la table basse.
– Mon père y arrive seulement de temps en temps, avoua Draco. Et encore, il ressemble à de la fumée. Il faut être fort pour créer un Patronus corporel. Au fait, où est Hermione ?
Hermione évitait désormais la salle commune. Harry et Ron pensèrent qu'elle avait dû se réfugier dans la bibliothèque et n'essayèrent pas d'aller la chercher. D'autant plus qu'elle semblait surchargée de travail, même lorsque les professeurs ne donnaient pratiquement aucun devoir. Une fois, elle se trompa même de cours en ramenant son manuel d'Arithmancie en Potions. Rogue se fit une joie de lui enlever un point et lui tendit un des livres de l'école couvert de graffitis obscènes.
Une semaine après la reprise des cours, l'équipe des Serdaigle joua son match contre les Serpentard. Ces derniers l'emportèrent, mais de peu. Si l'on en croyait Dubois, c'était une bonne nouvelle pour les Gryffondor qui prendraient la deuxième place si eux aussi parvenaient à battre les Serdaigle. Il porta donc le nombre des séances d'entraînement à cinq par semaine. Cela signifiait qu'avec les cours anti-Détraqueurs de Lupin, qui étaient en eux-mêmes aussi épuisants que six séances d'entraînement de Quidditch, Harry ne disposait plus que d'un seul soir par semaine pour faire ses devoirs.
Il supportait pourtant les contraintes de son emploi du temps beaucoup mieux qu'Hermione qui paraissait écrasée par sa surcharge de travail. Chaque soir, dans un coin de la salle commune, elle étalait sur plusieurs tables ses livres, ses calculs d'Arithmancie, ses dictionnaires de runes, ses schémas représentant des Moldus en train de soulever des objets lourds et des liasses de parchemins contenant ses notes détaillées ; elle parlait rarement aux autres et répliquait d'un ton sec à quiconque l'interrompait.
– Je me demande comment elle y arrive, dit un jour Ron à Harry.
Ce soir-là, Hermione avait entassé tant de livres devant elle qu'on la voyait à peine.
– Comment elle arrive à quoi ? demanda Harry, qui essayait d'exécuter le mouvement de baguette de « Spero Patronum » juste devant lui.
– À assister à tous ses cours. Ce matin, je l'ai vue avec la prof d'Arithmancie. Elles parlaient du cours d'hier, mais Hermione n'a pas pu y assister puisqu'elle était avec nous en classe de Soins aux créatures magiques ! Et Ernie MacMillan m'a dit qu'elle ne ratait jamais les cours sur les Moldus alors qu'ils ont presque tous lieu en même temps que ceux de Divination. Et ceux-là non plus, elle ne les manque jamais !
Dès début février, une nouvelle sortie à Pré-au-Lard fut organisée le jour de la Saint-Valentin. Draco reçut tellement de cartes qu'il dût les ranger par ordre alphabétique afin de « considérer toutes les options ». À la grande stupeur de tous, il s'y rendit avec Théodore, dans l'unique but de faire les pieds à Dean qui l'avait passablement délaissé ces dernières semaines. Théodore avait l'air de s'en contrefiche d'être utilisé et se tenait auprès de Draco avec un intérêt limité.
Harry se demanda même s'il savait qu'on était le jour de la Saint-Valentin. D'ailleurs, il n'offrit qu'un simple bocal à Draco. « C'est un bocal ensorcelé », avait dit Théodore comme si cela lui était parfaitement égal, « Il peut contenir n'importe quoi et le verre est incassable. Je trouvais ça utile ». Draco était ravi. Ils s'éloignèrent tous les deux entre les congères de neige, papotant fantômes et esprits. Blaise quitta le château avec un groupe de garçons bruyants de Serpentard, suivant de très près Théodore et Draco.
Étant donné que le professeur Lupin voulait apprendre de nouvelles techniques sur l'apparition du Patronus à Harry, il ne put se rendre au village sorcier sous la cape.
– Qu'est-ce qu'il y a sous la cagoule d'un Détraqueur ? interrogea Harry à la fin de leur séance.
Le professeur Lupin avait l'air songeur.
– Les seules personnes qui l'aient jamais su ne sont plus là pour le dire. Lorsque les Détraqueurs soulèvent leur cagoule, c'est pour faire usage de leur arme ultime.
– Et qu'est-ce que c'est ?
– Ça s'appelle le Baiser du Détraqueur, dit Lupin en esquissant un sourire sinistre. Ils le font subir à ceux qu'ils veulent détruire définitivement. Ils doivent avoir une espèce de bouche là-dessous, car il paraît que leurs mâchoires se referment sur les lèvres de leur victime et qu'ils aspirent son âme.
– Quoi ? Ils tuent... ? s'exclama Harry.
– Oh, non, répondit Lupin. C'est bien pire que ça. On peut continuer à exister sans son âme, tant que le cœur et le cerveau fonctionnent. Mais on n'a plus aucune conscience de soi, plus de mémoire, plus... rien. Et plus aucune chance de guérison. On existe, c'est tout. Comme une coquille vide. L'âme, elle, s'est définitivement envolée, elle est perdue à jamais. C'est le sort qui attend Sirius Black. C'était écrit dans La Gazette du sorcier, ce matin. Le ministère a donné l'autorisation aux Détraqueurs de lui infliger cet ultime châtiment si on le retrouve.
En quittant la salle de classe vide, Harry avait matière à réfléchir. Est-ce qu'un être humain méritait un tel châtiment ? Il marchait sans réellement regarder où il allait quand il heurta quelqu'un.
– Regardez où vous aller, Potter !
C'était l'enseignante de métamorphose.
– Désolé, professeur.
– Je vous ai cherché dans la salle commune de Gryffondor. Je voulais vous dire que nous avons fait toutes les vérifications possibles et que votre balai semble parfaitement normal. Vous avez un ami très généreux, Potter...
Harry resta bouche bée. Elle lui tendit son Éclair de Feu qui paraissait aussi resplendissant qu'au premier jour.
– Je peux vraiment le reprendre ? demanda-t-il d'une voix timide. Pour de bon ?
– Pour de bon, assura le professeur MacGonagall en souriant, ce qui était rare chez elle. Je crois que vous devriez l'essayer avant le match de samedi. Dites-moi, Potter... vous ferez tout ce que vous pourrez pour gagner, n'est-ce pas ? Sinon, nous aurons perdu pour la huitième année consécutive, ainsi que me l'a aimablement fait remarquer le professeur Rogue...
Harry rugit de joie et faillit faire la bise à MacGonagall tant il était heureux. Il se précipita dans son dortoir afin de trouver un manteau. Dean était assis sur son lit, dessinant quelque chose.
– Tu n'es pas parti fêter la Saint-Valentin ? s'étonna Harry.
– Boarf, cette fête est nulle, marmonna Dean. Et très compliquée. Trop de protocole. Wow, ça ne serait pas un Éclair de Feu ?
– Tu veux venir l'essayer dehors avec moi ?
Dean accepta volontiers et ils coururent à travers le château, le cœur en joie. Pour la première fois, Harry put enfin enfourcher son Éclair de Feu et décoller. C'était encore mieux que tout ce qu'il avait pu imaginer. À la moindre caresse, l'Éclair de Feu virait avec une précision incomparable. C'était comme s'il avait obéi à ses pensées plutôt qu'à ses gestes.
Harry traversa tout le terrain à une telle vitesse que le stade autour de lui se transforma en un mélange confus teinté de vert et de gris. Il prit ensuite un virage si serré que Dean hurla de terreur, puis il descendit en piqué jusqu'à frôler l'herbe du bout des pieds avant de remonter en chandelle jusqu'à une hauteur de quinze mètres. Dean poussa des cris admiratifs.
– Bravo ! s'écria-t-il une fois que Harry eut atterri. C'était grandiose ! Le jour du match, Serdaigle n'aura aucune chance !
Dean fit plusieurs tours et compara cela aux montagnes russes des parcs d'attractions moldus. Harry, son balai sur l'épaule, quitta le stade en compagnie de son camarade de chambre, tous deux rivalisant d'éloges sur les performances de l'Éclair de Feu. En retournant dans la salle commune, tout le monde était enfin revenu de leur sortie à Pré-au-Lard et le balai de Harry passa de mains en mains, sous les exclamations enthousiastes des élèves.
– La nouvelle attrapeuse de Serdaigle s'appelle Cho Chang, dit Draco en s'approchant du groupe. Mais d'après Pansy, elle est bonne seulement lorsqu'il faut pleurer dans les toilettes des filles.
En effet, Cho Chang pleura beaucoup lorsque Serdaigle perdit contre Gryffondor le week-end suivant. Son balai avait été strictement incapable de suivre le rythme et attraper le Vif d'Or fut presque une banale formalité pour Harry. À l'issue du match, tout le monde le couvrit de compliments, sauf Draco.
– Tu avais quoi à sourire bêtement à Chang pendant toute la rencontre ? persifla-t-il en l'attirant à l'écart de l'équipe. On croirait presque que tu l'aurais laissé gagner par pure galanterie !
– Je...
Puis il le planta là.
C'était comme si Gryffondor avait déjà gagné la coupe de Quidditch. La fête dura toute la journée et se prolongea jusqu'à une heure avancée de la nuit. Mais Draco n'en démordait pas, grinçant des dents dans son coin.
– Il est jaloux, c'est tout, déduisit Ron. Il aurait voulu continuer à te remplacer.
– Je ne suis d'accord qu'avec une seule partie de ta phrase, rétorqua Hermione. En tout cas, félicitation Harry ! Je suis désolée pour l'Éclair de Feu. J'avais juste peur que...
– Boarf, n'en parlons plus.
Finalement, ils rejoignirent tous leur lit, épuisé, après un dernier avertissement de Percy. Harry faisait un rêve fabuleux où il volait sur une chocogrenouille géante quand un cri le réveilla en sursaut. Seamus alluma les lumières une à une.
Ron était assis dans son lit, une expression d'intense terreur sur le visage. Les rideaux de son baldaquin étaient déchirés.
– Black ! Sirius Black ! Il était là avec un couteau ! cria Ron.
– Quoi ? prononça Draco, incrédule.
– Là ! À l'instant ! Il a déchiré les rideaux ! Il m'a réveillé !
– Tu es sûr que tu n'as pas fait un cauchemar, Ron ? demanda Dean Thomas.
– Regarde les rideaux ! Je te dis qu'il était là !
Le professeur MacGonagall arriva aussitôt dans une robe de chambre écossaise et un filet dans les cheveux. Finalement, le nouveau portrait qui gardait la salle commune – le chevalier du Catogan – admit avoir laissé passer Sirius Black plus tôt dans la soirée.
– Vous... vous avez fait ça ? s'indigna le professeur McGonagall. Mais... le mot de passe !
– Il les avait tous ! assura fièrement le chevalier. Tous ceux de la semaine ! Écrits sur un morceau de papier. Il me les a lus l'un après l'autre !
Le professeur McGonagall rentra dans la salle commune, devant les élèves abasourdis. Elle était livide.
– Qui, dit-elle d'une voix frémissante, qui a été assez stupide pour noter tous les mots de passe de la semaine et les laisser traîner n'importe où ?
Il y eut un silence total, bientôt rompu par un petit cri apeuré. Puis, Neville Londubat, tremblant de la tête aux pieds, leva lentement la main.
L'euphorie ressentie plus tôt s'évapora aussi rapidement qu'une bulle de savon. Les jours qui suivirent le château fut fouillé de fond en comble, la Grosse Dame revint prendre sa place pour garder la tour Gryffondor et Neville reçut la punition du siècle. Cependant, Harry éprouvait un certain malaise à l'idée que le passage secret menant à Pré-au-Lard ne soit pas surveillé. Comme si Ron n'était pas suffisamment à cran, Pattenrond continuait de braver l'interdiction d'entrer dans leur dortoir et cherchait désespérément Croûtard.
– Va t'en, sale bête ! s'énerva un soir Seamus, qui était allergique aux poils de chat.
Mais, curieusement, le plus bouleversé dans tout ça était sans doute Draco. Il dormait à peine depuis cette histoire. Deux jours plus tard, pour se calmer, Draco avait décidé de garder la carte du Maraudeur ouverte sur ses genoux toute la nuit afin de voir si Sirius Black se risquait une nouvelle fois dans le château.
– Bonne nuit, bâilla Harry. Ne t'endors pas trop tard. Demain, on a une évaluation avec Rogue.
– Ouais, bonne nuit.
Les lumières s'éteignirent peu à peu dans le dortoir et Draco tira les rideaux de son lit à baldaquin. Il commença à piocher dans sa réserve de bonbons qu'il cachait dans son polochon.
– Lumos ! formula-t-il.
Sur la carte, Rusard faisait le tour de la volière et rejoignait à pas lent la tour Serdaigle. Rogue était dans son bureau, dans les cachots. Peeves rodait au premier étage. Draco tourna la page et regarda aux alentours du septième étage. Il n'y avait personne dans la salle commune. Il s'amusa à regarder les points figurant dans son propre dortoir.
Mais quelque chose allait de travers.
Ron n'était pas seul dans son lit. Il semblait avoir reçu la visite d'un certain Peter. Draco ricana. Jamais il n'aurait pensé que Ron s'intéressait plus aux sorciers qu'aux sorcières. Cependant, il rougit quand il constata que les points « Ronald Weasley » et « Peter Pettigrow » étaient carrément superposés l'un à l'autre. Ils ne pouvaient quand même pas faire la chose... ici ? Draco écarta ses rideaux pour mieux voir et entendre. Mais Ron semblait seul dans son lit. Ce n'était pas normal. La carte ne mentait jamais. Draco réfléchit.
« Pettigrow..., disait Madame Rosmerta. C'était ce petit garçon grassouillet qui traînait toujours derrière eux ? »
« Pettigrow est mort en héros, certifiait Fudge, le ministre de la magie. Les Moldus qui ont assisté à la scène ont subi un sortilège d'Amnésie, bien sûr, mais d'autres témoins nous ont dit que Pettigrow a coincé Black et qu'il sanglotait »
La carte ne mentait pas. La carte ne se trompait pas. Il était impossible que Peter Pettigrow soit mort pour le monde sorcier et également en vie sur la carte. À moins qu'il s'agisse d'un fantôme ou d'un esprit ? S'il avait été élève à Gryffondor, peut-être avait-il choisi cet endroit à hanter ? Théodore saurait ces choses-là.
Draco tourna les pages de la carte du maraudeur et regarda dans les toilettes des filles. Mimi Geignarde n'était pas affichée, ni même Nick Quasi Sans-Tête ou le Baron Sanglant. La carte n'inscrivait que les vivants ! Peter Pettigrow était donc là, à quelques mètres ! C'était pour ça que Sirius Black avait foncé droit vers le lit de Ron ! C'était pour ça que Pattenrond pourchassait Croûtard ! Il avait repéré son comportement suspect bien avant tout le monde ! Il était un Animagus ! Draco le savait puisqu'il avait vu une sorcière se transformer en crocodile au cirque !
Mais alors..., comment faire pour prouver qu'il avait raison ? Qui le croirait ?
– Il faut que j'aille voir Dumbledore, murmura Draco plus pour lui-même. Méfaits accomplis !
La carte redevint un bout de parchemin ordinaire puis la glissa dans sa poche. Draco attrapa le bocal incassable que lui avait offert Théodore et prit sa baguette magique. Il s'approcha le plus discrètement possible du lit de Ron, le bocal derrière le dos. Le rat dormait.
– Petrificus Totalus !, murmura Draco.
Le rat se figea et il le plaça dans le bocal qu'il referma bien soigneusement, sans qu'aucun de ses camarades ne se réveille. Draco dévala les escaliers à toute vitesse puis courut dans les couloirs du château en direction du bureau du directeur. Il croisa Miss Teigne qui miaula après lui et alla de suite prévenir son maître.
Mais Draco s'en fichait. Il était sur quelque chose d'incroyablement plus important qu'une retenue ou un renvoie. Une fois devant la gargouille, Draco se rendit compte qu'il n'avait pas le mot de passe. Dans le bocal, le rat produisait des étincelles bleutées, comme s'il essayait de se métamorphoser, sans succès. Draco ignorait combien de temps le verre tiendrait et aboya :
– Je dois voir Dumbledore ! C'est extrêmement urgent ! C'est à propos de Sirius Black !
La gargouille pivota aussitôt et le laissa passer. Le rat devait sentir son heure venir, car il se cognait désormais aux parois avec panique. Le bureau de Dumbledore était plongé dans l'obscurité. Quelques torches s'allumèrent alors que Draco faisait quelques pas dans la pièce circulaire.
– Qui nous réveille ? glapit un portrait, passablement agacé. Un élève ? Et puis quoi encore !
– Qu'on le renvoie dans son lit ! tonna un énorme ancien directeur avec un pompon sur la tête.
– Du calme, Adalbert, du calme.
Dumbledore venait d'apparaître, en pantoufles et bonnet de nuit.
– Draco, que se passe-t-il ?
Draco ne savait pas par où commencer. Il posa d'abord le bocal sur le bureau du directeur avec une infinie précaution.
– Assieds-toi. (Dumbledore lui tendit un biscuit, mais il avait le ventre noué)
– Que se passe-t-il avec ce rat ?
– Ce n'est pas un rat ordinaire, monsieur. C'est un Animagus. Je l'ai découvert tout à l'heure.
Bizarrement, Dumbledore ne lui rit pas au nez et sortit de suite sa baguette magique.
– C'est le rat de Ron. Il s'appelle Croûtard. D'habitude, il ne fait que de dormir et manger. Le chat de Hermione n'arrêtait pas de vouloir lui faire du mal et ça avait créé tout un tas de disputes... Je crois qu'il a senti que ce n'était pas un simple rat. Cette nuit, je... (Draco ne voulait pas dévoiler le secret de la carte, mais il le fallait bien même si cela signifiait qu'il serait expulsé de l'école) j'ai utilisé une carte ensorcelée que j'ai trouvée il y a deux ans dans les casiers de Rusard. Elle permet de localiser tout le monde dans le château en temps réel. J'ai eu très peur quand Sirius Black a réussi à entrer dans notre dortoir il y a quelques jours (Le rat bondissait et couinait de terreur). Je m'étais dit que si je gardais les yeux sur la carte, j'arriverais à dormir l'esprit tranquille. J'étais en train de l'étudier quand je me suis dit que j'allais jeter un coup d'œil à la tour Gryffondor, si Black traînait dans les parages. C'est là que j'ai vu... que j'ai vu le nom de Peter Pettigrow. (Dumbledore semblait stupéfait et inquiet) J'ai surpris une conversation aux Trois Balais entre quelques professeurs et de monsieur le Ministre. Ils disaient que Pettigrow avait été assassiné par Black dans une rue moldue. (Draco se tut, ne voulant en aucun cas dévoiler qu'il avait été avec Harry ce jour-là) C'est pour ça que j'ai su que... que c'était impossible. Peter Pettigrow ne peut pas être... enfin...
– Montre-moi cette carte.
Draco obéit et l'activa sous les yeux de Dumbledore qui avait l'air clairement impressionné. Il l'étudia très attentivement. En effet, dans son bureau se trouvaient trois points : Draco Malfoy, Albus Dumbledore et Peter Pettigrow. Le directeur plia la carte et la rangea dans un des tiroirs de son bureau.
– C'est une information de la plus haute importance que je vous délivre, Adalbert, prononça le directeur en se tournant vers les nombreux portraits accrochés au bureau. Allez immédiatement aux cachots prévenir le professeur Rogue que j'ai besoin de lui. Everard, je compte sur vous pour prévenir monsieur le Ministre dans les plus brefs délais. Fortescue, réveillez pour moi le professeur Lupin. Mole, je veux que vous alliez tirer de son lit le professeur MacGonagall. Dites-lui d'emmener messieurs Potter et Weasley. Ajoutez aussi que nous avons son rat.
Les portraits appelés disparurent aussitôt et le silence se fit.
– P-Professeur, balbutia Draco, est-ce que je vais être renvoyé ? Est-ce que je vais devoir faire mes valises pour Durmstrang ?
– Non. Je ne laisserai pas un élève aussi brillant s'en aller. Si ta théorie est juste – et je pense que suffisamment d'indices pointent dans cette direction – tu viens de changer la vie de nombreuses personnes. Nous allons les attendre.
Lupin arriva le premier. Il jeta un regard intense et horrifié au rat. Dumbledore fit apparaître plusieurs chaises, mais personne ne s'assit. Rogue avait l'air curieux quand tout le monde fut enfin réuni.
– Croûtard ! s'exclama Ron.
– Mr Weasley, ne touchez pas à ce bocal, ordonna Dumbledore.
– Albus, c'est insensé, se plaignit Cornelius Fudge qui avait de la pluie partout sur son manteau. M'appelez à transplaner comme ça, devant le portail, au beau milieu de la nuit ! Qu'est-ce que c'est que tout ça ? Qu'est-ce que c'est que...
– Asseyez-vous, Cornelius. Je pense que votre nuit sera très longue. Voyez-vous, nous tenons Peter Pettigrow. Le rat de Mr Weasley n'est pas un animal domestique ordinaire, mais un Animagus non-déclaré.
Le directeur de Poudlard fit le récit détaillé de ce que lui avait rapporté Draco, et le concerné lui fut immensément reconnaissant de ne pas avoir mentionné la carte du Maraudeur. Tout le monde semblait en état de choc.
– … Peter Pettigrow s'est fait passer pour mort afin d'échapper à la justice, poursuivit Dumbledore qui captait toute l'attention. Il a fait exploser cette rue moldue en attirant Sirius Black droit dans un piège. Il s'est lui-même tranché le doigt puis s'est métamorphosé en rat pour s'échapper dans les canalisations de Londres. C'était simple, mais remarquablement intelligent. Quand bien même quelqu'un parvenait à découvrir son secret, il aurait été impossible de le retrouver, car il existe des millions de rats ici. Je suppose qu'après un certain temps, nostalgique de sa vie de sorcier, Pettigrow est revenu vers notre monde et est ainsi parvenu à se faire adopter par une famille bien sous tout rapport. La famille Weasley. Des années après qu'on l'ait retrouvé, Croûtard – ou devrais-je dire Peter Pettigrow sous sa forme animagus – s'est vu transmettre à Ron Weasley qui en a pris le plus grand soin. Cependant, un rat, aussi magique soit-il, dépasse rarement une espérance de vie de quatre ans. Croûtard a lui réussi à vivre plus de treize ans sans être inquiété de la moindre maladie. C'est une des choses qui a mis la puce à l'oreille de Mr Malfoy. Ça et... sa patte.
– Sa patte ? répéta Fudge, dont les mains tremblaient sur son chapeau melon vert.
Albus Dumbledore saisit le bocal incassable dans lequel l'énorme rat gris était enfermé.
– Quand Croûtard est arrivé dans sa famille d'adoption, les Weasley l'ont trouvé avec un doigt en moins à sa patte avant gauche. Ils ont sans doute supposé que le rongeur s'était battu avec un de ces congénères avant d'arriver jusqu'à eux. Mais, Peter Pettigrow, avait lui aussi perdu un doigt dans ses derniers moments, n'est-ce pas ?
– Je ne vous crois pas, martela Fudge qui avait l'air de tomber des nues.
– Il n'y a qu'une seule façon de prouver ce qui s'est véritablement passé, dit Dumbledore en passant derrière son bureau. Nous allons l'obliger à se montrer. Si c'est vraiment un rat, comme vous et Mr Weasley le pensez, il ne sentira rien du tout et nous retournerons chacun dans notre lit. Mais, je pense qu'il y a véritablement peu de chance pour que nous passions une soirée ordinaire.
Dumbledore ouvrit le bocal et le rat tenta aussitôt de s'échapper, mais le directeur l'immobilisa sur son bureau de sa baguette magique. Un éclair bleu en jaillit. Pendant un instant, Croûtard sembla figé dans les airs, son petit corps gris foncé agité de convulsions. Ron poussa un cri. Le rat tomba sur le plancher. Il y eut alors un autre éclair aveuglant, puis... On aurait dit la croissance d'un arbre dans un film en accéléré. Une tête sortit du sol, puis des bras poussèrent, et des jambes... Un instant plus tard, un homme se tenait debout à l'endroit où Croûtard était tombé. L'homme, recroquevillé sur lui-même, se tordait les mains.
Peter Pettigrow était petit, à peine plus grand que Harry et Draco. Le sommet de son crâne était chauve, entouré de cheveux fins en bataille, à la couleur indéfinissable. Il avait l'aspect flétri d'un homme replet qui aurait perdu beaucoup de poids en peu de temps. Sa peau paraissait sale et terne, comme les poils de Croûtard, et il avait conservé quelque chose du rat dans son nez pointu et ses petits yeux humides. La respiration saccadée, il regarda autour de lui. Harry vit ses yeux se tourner brièvement vers la porte, puis changer à nouveau de direction. Un sentiment de dégoût lui retourna immédiatement l'estomac. Dumbledore avait raison. Draco les avait tous mis sur la bonne piste.
– P-Professeur Dumbledore... Remus... mon vieil ami...
Pettigrow avait une petite voix couinante, semblable à des cris de rat. Pendant un instant, ses yeux se tournèrent à nouveau vers la porte.
– Nous avons eu une petite conversation, Peter, au sujet de ce qui s'est passé la nuit où James et Lily Potter sont morts, prononça calmement le directeur. Il est possible que quelques détails t'aient échappé pendant que tu poussais tes petits cris en essayant de t'enfuir...
– Remus, dit Pettigrow d'une voix haletante tandis que des gouttes de sueur perlaient à son front, faisant fi du monde tout autour. Tu ne vas pas le croire, quand même... Sirius a essayé de me tuer, Remus...
– C'est ce qu'on a entendu dire, répondit Lupin d'un ton plus froid. J'aimerais que tu m'aides à éclaircir quelques points obscurs, Peter, si tu veux bien... Personne n'essaiera de te tuer tant que nous n'aurons pas tiré quelques petites choses au clair.
– Des choses aux clair ?
Pettigrow recommença à jeter des regards autour de lui. Ses yeux se posèrent sur les fenêtres obstruées, puis à nouveau sur la porte.
– Je savais qu'il me poursuivrait ! Qu'il essaierait à tout prix de me retrouver ! Ça fait douze ans que je m'y attends !
– Tu savais que Sirius arriverait à s'évader d'Azkaban ? s'étonna Lupin. Alors que personne d'autre n'y était arrivé avant lui ?
– Il connaît des procédés de magie noire dont nous n'avons aucune idée ! s'écria Pettigrow de sa petite voix suraiguë. Sinon, comment aurait-il pu sortir de là ? J'imagine que Celui-Dont- On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom lui a enseigné quelques secrets !
– Sirius Black n'est pas un mangemort, dit Draco d'une voix forte, à la grande surprise de tout le monde. Il ne l'a même jamais été. Et quand bien même il aurait été un adepte de magie noire, jamais il n'aurait trahi ses amis. Un Black n'a qu'une seule parole. Ils sont liés à un serment de fidélité. C'est de la vieille magie. Vous le savez. Et vous essayez de nous faire croire un mensonge pour vous sauver, encore une fois.
– Je ne vois pas... ce que tu veux dire, petit Malfoy... marmonna Pettigrow, la respiration de plus en plus saccadée, le visage luisant de sueur.
– Vous étiez un espion, dit le professeur MacGonagall avec la plus grande des répugnances, sa baguette braquée sur l'imposteur.
– Moi, un espion... Vous êtes folle ou quoi ? Jamais... Je me demande comment vous pouvez dire une chose pareille...
– Vous mentez, encore une fois, dit Dumbledore avec aplomb. Je lis dans vos pensées et je sais maintenant que vous avez été choisi comme Gardien du Secret à la place de Sirius. Il pensait que ça serait un coup de bluff qui réussirait à tous les protéger plus longtemps, que les mangemorts se mettraient à sa poursuite, loin, très loin de Godric's Hollow. Ce n'était pas un mauvais plan. Loin de là, même. Tout ce qu'il fallait, c'était que vous restiez silencieux et invisible. Mais vous vous êtes empressés de tout aller raconter à votre maître. C'était ça, le défaut du plan.
– Remus ! couina Pettigrow en se tournant vers Lupin. Tu ne vas pas croire tout ça... Sirius te l'aurait dit s'ils avaient changé de Gardien du Secret...
– Nous soupçonnions tout le monde à l'époque d'être espions. Sirius ne m'a rien dit pour protéger Harry.
– Je pense que nous avons en effet assez de preuves pour le conduire jusqu'au ministère où il sera plus longuement entendu, affirma Cornelius Fudge. Dumbledore, Minerva, voulez-vous bien m'aider à escorter cette racaille ?
– Je viens avec vous, assura Lupin, sa baguette au poing.
– Non !... Vous n'allez pas faire ça... haleta Pettigrow.
Il se traîna alors vers Ron à genoux.
– Ron, est-ce que je ne t'ai pas été fidèle ? N'ai-je pas été un bon compagnon ? Tu ne vas pas les laisser me mettre à Azkaban, Ron... Tu es de mon côté, n'est-ce pas ?
Mais Ron contemplait Pettigrow avec répulsion.
– Quand je pense que je t'ai laissé dormir dans mon lit !
– Gentil garçon... gentil maître... gémit Pettigrow en rampant vers Ron. Tu ne vas pas les laisser faire... J'étais ton rat... Un animal fidèle...
– Si tu étais meilleur sous l'aspect d'un rat que sous celui d'un homme, il n'y a pas de quoi être fier, Peter, dit Remus d'une voix dure qu'on le lui connaissait pas.
– Harry... Harry... Tu ressembles tellement à ton père... Tu es son portrait craché...
– COMMENT OSEZ-VOUS VOUS ADRESSER À HARRY ? rugit MacGonagall. COMMENT OSEZ-VOUS PARLER DE JAMES POTTER DEVANT LUI ? (Elle se tourna vers Fudge) Il faudrait écrire au plus vite à la Gazette du Sorcier pour avertir la communauté magique de notre découverte.
– Oui, oui, balbutia le ministre. Évidemment...
– Et faire en sorte que le procès arrive le plus rapidement possible, insista Dumbledore.
– Harry, murmura Pettigrow en se traînant vers lui les mains tendues, désespéré. Harry, James n'aurait pas voulu qu'on me tue. James aurait compris, Harry. Il aurait eu pitié de moi.
Harry eut un brusque mouvement de recul, comme s'il était sur le point de vomir. C'était à cause de cet homme que ses parents avaient disparu.
– … Petit Malfoy, susurra Pettigrow en se tournant vers Draco, toujours assis face au bureau de Dumbledore. Petit prince... brillant élève... Tu ne vas pas les laisser...
Bang!
Draco avait sorti sa baguette magique en un éclair et, désormais, Pettigrow crachait des limaces. Ron et Draco eurent un regard complice. Rogue souleva le traître du sol et fit apparaître des cordes pour le ligoter. Dans les escaliers, on entendait encore Pettigrow geindre et supplier.
– Potter, Weasley, Malfoy, aboya presque Rogue qui était resté dans le bureau désormais vide. Vous allez rejoindre votre tour. Suivez-moi, je vais vous y accompagner.
Les trois garçons suivirent leur enseignant de potions sans un mot. Ron avait le visage congestionné par la fureur tandis que Harry semblait sur le point de s'évanouir. Rogue les déposa juste devant le portrait de la Grosse Dame puis fit demi-tour. Ils ne remontèrent pas dans leur dortoir. Il devait être quatre ou cinq heures du matin.
– Je n'arrive pas à y croire, articula Ron en se laissant tomber dans un fauteuil. J'ai dormi avec cet homme dégoûtant pendant des années ! C'est... C'est à vomir !
– Je sais, marmonna Draco avec une œillade de franche compréhension. Harry, tu veux aller dormir ?
– Je n'y arriverai pas.
– Au moins, justice sera faite, fit remarquer Ron. Au moins... les gens sauront la vérité et tes parents seront enfin vengés, non ? Qui sait ce qu'il se serait produit si ce malade avait réussi à s'échapper ?
Un silence de plomb tomba entre eux. Harry se leva et serra Draco dans ses bras.
– Merci, dit-il sincèrement. Tu viens sans doute de changer ma vie.
– Oh, euh, de rien...
– On va avoir une sacrée histoire à raconter à Hermione, claironna Ron en bâillant.
