Posté le : 30 Janvier 2015. Wingardium Leviosa, bitch.
Le tome 4 sera plus long que les précédents volets (on est passionné ou on ne l'est pas)
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Note d'auteur : Tout d'abord, permettez-moi de vous remercier chaleureusement pour toutes vos magnifiques reviews sur cette fic. Elle me tient à cœur alors voir que je suis autant soutenue me remonte le moral d'enfer ! J'ai tout plein d'idées pour la suite de l'intrigue (y compris pour le tome 7, eh oui, déjà j'y pense...). Je sais que je vous ai tanné pendant des mois en vous disant que le quatrième était mon favoris. Donc vous ne pouvez pas savoir à quel point je suis surexcitée d'y être enfin arrivée ! Mais j'ai également très peur que mes choix scénaristiques ne soient pas compris ou appréciés ou vous déçoivent... (Aaaarg, dans quoi me suis-je fourrée ?). Pourquoi j'aime ce tome en particulier ? Déjà, parce que c'est celui qui m'a le plus marqué, ou j'ai le plus rêvé et aussi celui qui m'a donné envie d'écrire. Je ne sais pas trop comment l'expliquer mais pour moi, il est magique car il exploite des choses en dehors de Poudlard, qu'on comprend mieux certains enjeux, etc. Bref, j'en suis amoureuse.
En tout cas, réécrire les tomes est un énorme challenge, pourtant j'adore me prendre la tête jusqu'à une heure du matin pour trouver des équivalences et contourner quelques difficultés. Le premier tome sera bientôt disponible en pdf. Je remercie mon artcraft team !
Désolé de ne pas avoir répondu à vos reviews pour le chapitre précédent. Je manque considérablement de temps (ceci n'est pas une blague). Je les ai lu avec beaucoup d'attention et je vais revenir rapidement sur certains points, histoire de ne pas vous laisser complètement dans le doute (sorry, sorry, sorry, de procéder ainsi, mais je n'ai pas encore de retourneur de temps !) :
1 - Pas de souci pour le chat live. C'est juste dommage de ne pas avoir pu le réaliser. Je ne vous en veux pas pour un sou ! (Vous m'engraissez de reviews, so, la dette est rachetée, haha)
2 - On est donc tous tombés d'accord : Sirius devait vivre ! C'est un crime que de l'avoir fait tomber dans le rideau cosmique du néant.
3 - Sirius ne sera pas en couple avec Severus (Non, mais allô, quoi ? Je ne suis pas désespérée à ce point. Je sais créer des OC tout aussi sexy qu'un maître des potions aux cheveux graisseux).
4 - Pendant ce tome, Sirius ne vivra pas au 12, Square Grimmaurd même s'il en hérite. N'oubliez pas qu'il détestait cet endroit et qu'il s'y est logé uniquement sous la pression de Dumbledore.
5 - Draco continuera d'être arrogant à sa manière. C'est dans son caractère et je pense que cet aspect de sa personnalité survivra à travers les tomes. Désolé, mais on ne change pas une diva d'un coup de baguette magique !
6 - Si Draco se lie aussi facilement avec des nés-moldus (exemple, Dean et Hermione) c'est parce qu'à la base, leur statut du sang n'est pas marqué sur leur front. Et aussi parce qu'il passe beaucoup de temps avec eux au quotidien.
7 - Bellone – le tigre de Draco – servira bien entendu à quelque chose dans l'intrigue, mais dans un futur lointain. *mini-spoil*
8 - Voldemort reviendra.
9 - L'histoire étant du point de vue de Draco, on n'aura pas la retranscription de Sirius allant chercher Harry chez les Dursley. Mais plutôt un récit colporté ;)
10 - J'écris vite, certes, mais je ne suis pas une fusée, haha. Le tome 4 était fini d'être écrit depuis l'été dernier (je sais, je casse tout un mythe). J'adore les longues reviews, donc ne vous privez pas pour ça, hein. *sourire entendu*
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Mot de la bêta : C'est un grand honneur pour moi de participer, même si ce n'est qu'un peu, à cette fanfiction. Cela fait plusieurs années que je suis Fabiola et je suis une vrai fan de ses écrits. A dragon in the wind est tellement prometteur que je suis vraiment fière d'y avoir ajouter ma petite touche. J'espère fournir un résultat presque aussi satisfaisant que x-lilo. J'ai adoré ce chapitre et la tournure que prennent les événements et je pense que vous aussi. Bonne lecture !
Tome 4
Draco Malfoy et l'ombre de Durmstrang
PARTIE I
Chapitre : « La Coupe du Monde de Quidditch »
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Draco Malfoy passait un été exécrable. D'abord, son père s'obstinait à ne plus lui adresser la parole, comme s'il lui en voulait d'avoir fait quelque chose de particulièrement grave. Le jeune sorcier eut beau chercher dans les tréfonds de sa mémoire ce qui aurait pu l'offenser, mais rien ne venait. Même lorsqu'ils étaient tous à table, avec sa mère Narcissa, son père conservait un silence de moine et ne daignait accorder ne serait-ce qu'un regard dans sa direction. Au début, Draco n'y avait même pas prêté attention, trop occupé à s'amuser dans le jardin sur son Nimbus 2001 ou à rendre visite à Blaise qui venait d'aménager non loin de là.
Ce n'est que deux semaines après son retour de Poudlard, la célèbre école de magie de Grande-Bretagne, que Draco remarqua le clair manque d'intérêt dont faisait preuve son père à son égard. En général, ils profitaient de l'été pour discuter longuement de choses importantes comme la valeur du sang, la politique ou encore le cours de la bourse. Il est vrai que Draco, âgé seulement de quatorze ans depuis juin, n'avait jamais compris grand-chose à tout ça, mais mettait un point d'honneur à être informé. Surtout lorsque ces renseignements provenaient de la personne qu'il admirait le plus au monde... Lucius Malfoy était un sorcier puissant et reconnu dans la communauté magique. Il conseillait même le ministre de la magie en personne, qui lui avait d'ailleurs offert quelques places dans la tribune présidentielle de la finale de la Coupe du Monde de Quidditch.
Le Quidditch était le jeu préféré de Draco et de son légendaire meilleur ami, Harry Potter. Harry était l'un des élèves les plus aimés du collège et faisait partie de l'équipe de leur maison au poste d'attrapeur. Grâce à lui, ils avaient remporté la coupe l'an passé, même si Draco avait dû faire office de remplaçant le temps d'un match, car Harry avait été lourdement blessé. Dès leur deuxième année d'étude, ils fomentaient l'idée qu'ils iraient ensemble assister à la Coupe du Monde.
Néanmoins, vu l'attitude de Lucius Malfoy ces derniers jours, ce rêve était très loin de se réaliser. Draco tentait de conserver quelques espoirs, mais c'était comme essayer de retenir de l'eau entre ses doigts. Même Dean, son « ex-petit ami » d'origine moldue avait son billet pour y assister. Draco espéra de toutes ses forces que si son père l'ignorait, ce n'était pas à cause de cette histoire. Non, cela ne pouvait pas être ça. Si ses parents avaient su qu'il s'était amusé à flirter avec un né-moldu en toute connaissance de cause, ils l'auraient directement envoyé à Sainte-Mangouste suivre une thérapie d'électro-sorts. Pour Draco, cette histoire était banale à en pleurer. Dean était un garçon très gentil. Ils s'étaient embrassés, vu à moitié nus une ou deux fois en se croisant dans la salle de bain commune, et ça s'arrêtait là.
Alors quoi d'autre ? Qu'est-ce qui avait bien pu causer tout ça ? Cela ne pouvait pas être ses résultats scolaires. Malgré ses efforts répétés et ses longues heures d'études, Draco ne parvenait jamais à être premier de la classe. Hermione Granger, une de ses amies et également née-moldue, semblait tout savoir du programme scolaire passé et à venir. C'était comme essayer de combattre une encyclopédie sur pattes ou un « heurdinator » (Draco n'avait pas très bien saisi le nom de la machine moldue qu'elle avait tenté de lui décrire dans le train en direction de Londres).
En première année, Draco s'en était rendu malade au point que la directrice adjointe en personne dû le convoquer pour le rassurer. Il n'était pas un mauvais élève, loin de là ! Il avait de très bonnes notes dans chacune des matières et était même parvenu, il y a quelques mois, à dépasser Hermione en Sortilèges. Mais cela ne suffisait pas à son père qui trouvait cela terriblement honteux que d'être second face à une sorcière de si basse extraction.
Était-ce à cause de Bellone, son tigre du Bengale qui faisait ses besoins partout ? Bellone venait tout juste d'avoir deux mois et n'était pas encore propre ce qui agaçait royalement ses parents. Dobby, leur elfe de maison, ne se plaignait jamais des saletés : « Dobby ne se plaint pas du travail, petit maître. Dobby aime travailler. C'est sa première et unique passion dans la vie », Mais Draco ne mangeait pas de ce pain-là. Il savait de source sûre que leur elfe de maison avait d'autres aspirations dans la vie. Une fois, Draco l'avait surpris à feuilleter religieusement une brochure de Tissard et Brodette, une boutique de prêt-à-porter sorcier où sa mère commandait ses robes. Si son père avait aperçu Dobby, il l'aurait puni sévèrement.
Une des autres raisons qui rendait son été incroyablement long était les allers et retours du médicomage qui s'entretenait longuement dans le grand bureau avec ses parents. Draco avait bien essayé d'écouter aux portes, mais il y avait dessus un puissant sortilège d'Impassibilité, empêchant alors le moindre son de filtrer.
La chose qui le consola un peu était de savoir que Harry, à des centaines de kilomètres de là, vivait un moment tout aussi difficile à passer. Depuis que ses moldus avaient appris pour l'existence de son parrain, ils laissaient Harry plutôt tranquille (ou plutôt, prenaient bien soin de l'ignorer). Sirius devait le récupérer là-bas, à Little Whinging, pour qu'il aille habiter chez lui.
Pourtant, aucune date n'avait encore été programmée. Et plus il attendait, plus Harry se projetait dans une vision fantasmagorique des choses. Draco, pour sa part, savait très bien pourquoi Sirius tardait tant à récupérer son filleul. Dans la presse sorcière, on ne parlait plus que de lui, de l'endroit où il allait vivre, des gens qu'il fréquentait, de sa future reconversion professionnelle. Harry le saurait s'il s'abonnait enfin à la Gazette du Sorcier !
Naturellement, les deux Gryffondor s'écrivaient aussi souvent que possible et Draco lui faisait un compte-rendu détaillé de ses vacances. Alors, ce fut sans aucune surprise qu'il vit la grande chouette effraie de son meilleur ami s'engouffrer par la fenêtre ouverte de sa chambre. Hedwige se tenait là, digne, suspendue au dossier de sa chaise. Elle tendit la patte où un rouleau de parchemin était accroché.
Quand il prit le courrier, Hedwige tenta de le pincer. Draco lui servit du Miamhibou ainsi qu'une généreuse portion d'eau (les températures étaient excessivement hautes en cette période), puis la plaça dans la grande volière du couloir où s'entassaient Boniface, le hibou familial, Electra, sa chouette lapone personnelle, ainsi que Coqcigrue, la boule de plumes qui appartenait à Ron.
Ce dernier lui avait envoyé son minuscule volatile très tôt dans la matinée afin de lui apprendre que son père avait dégoté des billets pour la finale. Il relâcha Coqcigrue et demanda à Electra de le suivre jusqu'au Terrier, car ce petit animal avait tendance à se perdre. Draco ferma la porte de sa chambre, s'assit à même son bureau et lut :
Draco,
Ma cicatrice a recommencé à me faire mal ce matin. Je ne sais pas ce que cela veut dire, mais ça s'est produit alors que je faisais un drôle de rêve. Il y avait des personnes que je ne connaissais pas et aussi Tu-Sais-Qui (je crois bien que tu ne veux pas voir son nom, même écrit). Il disait qu'il voulait supprimer quelqu'un, je crois que c'était moi. Ce n'est qu'un rêve, bien sûr, mais il m'a mis curieusement mal à l'aise. J'ai tout de suite envoyé un courrier à Sirius. Il m'avait demandé de le faire si quelque chose d'inhabituel se produisait. J'espère que ce n'est rien d'alarmant. La dernière fois que ma cicatrice m'a fait mal, c'est parce que Tu-Sais-Qui était à Poudlard. Est-ce que tu crois qu'il se balade en ce moment même à Privet Drive ?
Ici, la situation est plus que divertissante. Mon cousin Dudley a commencé un régime. Il ne mange plus que des fruits et des légumes cuits à la vapeur. Lui qui était habitué à se nourrir pour quatre, tu imagines un peu dans quel état il se trouve ! Ce qui est le plus curieux dans tout ça, c'est que malgré la diète, il continue de grossir. Je crois qu'il pique des choses en douce dans le frigidaire (une machine moldue qui permet de conserver la nourriture fraîche et saine).
Pour tes parents, je ne sais pas trop quoi te dire. Peut-être devrais-tu d'abord te renseigner sur la spécialité qu'étudie ce médicomage. Cela te donnera quelques indices sur ce qu'il fabrique chez toi. En tout cas, je croise les doigts pour qu'on puisse se rendre à la Coupe du Monde. Ron a eu ses billets ! Il dit que si ton père ne peut pas nous y emmener, ses parents iraient négocier au ministère une place de plus. Mais, je ne peux quand même pas y aller sans toi ! Je croise les doigts. Réponds-moi au plus vite,
Harry
p-s : Hedwige est de mauvaise humeur. Elle pince.
Draco rangea la lettre dans un tiroir et se promit de répondre tout à l'heure. Il descendit les escaliers à la va-vite, sortit dans le jardin puis alla se cacher dans un buisson près du portail. Il allait faire ce que Harry lui conseillait : il demanderait au médicomage ce qui motivait sa visite. Tout du moins, de manière assez habile... Justement, il apparut sur le seuil de la porte, disant au revoir à son père. Le médicomage remonta l'allée centrale d'un pas tranquille. Draco surgit de son buisson en faisant mine d'avoir retrouvé une babiole qu'il avait laissé tomber.
– Bonjour, docteur, dit l'adolescent.
– Bonjour. Tu es Draco, c'est ça ?
– Oui, oui. Et vous, vous êtes un médicomage. Un très grand médecin, si j'en crois mes parents. (L'homme bomba le torse) À ce propos, je vais bientôt entrer en quatrième année à Poudlard. Je pense avoir de bons résultats, mais je voulais savoir ce que vous aviez dû faire pour en arriver là. Je veux dire, les matières que vous aviez dû approfondir, les R.A.P.A.C.E que vous avez eu...
Les R.A.P.A.C.E. (Relevé Agnostique de Pensée Admissible et de Capacité Expérimentale) étaient un diplôme survenant deux ans après la fin des sept années à Poudlard, pour les étudiants qui souhaitaient approfondir leurs études. Pour ceux se destinant à la médicomagie, il était fortement conseillé de l'obtenir.
– Mmh, beaucoup de Potions et de Sortilèges. C'est la base de tout, répondit le médicomage.
– Et pour votre spécialité, comment vous vous y êtes pris ?
– Ah, ça ! Ça vient tout naturellement, dit-il. Je dois avoir assisté à un bon millier de naissance désormais. Être obstétricien, c'est quelque chose de très enrichissant. (Il jeta un coup d'oeil à sa montre) Bon, je dois te laisser. J'ai un rendez-vous important à l'hôpital.
L'homme dépassa le portail puis transplana. Draco avait l'impression qu'il venait d'avaler un bloc de glace. Un obstétricien ? Est-ce que cela voulait dire que ses parents prévoyaient d'avoir un autre enfant ? C'était impossible ! Son père n'aimait pas l'idée d'en avoir plusieurs à élever. Il disait que la passation de droit était plus difficile. Mais, après tout, Draco l'avait peut-être déçu. Peut-être même qu'il ne l'imaginait plus digne de représenter la famille Malfoy dans un futur proche...
Chamboulé, Draco retourna vers le manoir où Bellone était allongé sur le sol dallé afin de se rafraîchir. Une fois dans sa chambre, il écrivit enfin sa réponse à Harry. Il lui conseilla d'être vigilant et de ne pas sortir de chez lui tant que Sirius ne lui avait pas répondu. Toutefois, il ajouta au bas du parchemin : « p-s : Mes parents voient un spécialiste des naissances. Est-ce que tu crois que cela veut dire qu'ils désirent avoir un bébé ? » Il clôtura sa lettre et envoya Hedwige porter le courrier.
Draco attendait patiemment qu'on l'appelle pour le déjeuner. Il sortit de son coffre se trouvant sous son lit un énorme crochet. Il provenait du basilic que Harry avait terrassé deux ans plus tôt dans la Chambre des Secrets. Draco n'avait pas pu s'empêcher d'en prendre un discrètement pendant que tout le monde regardait ailleurs. Depuis qu'il était tout petit, Draco avait un goût prononcé pour les choses clinquantes et exceptionnelles. Sa convoitise sans limites n'avait donc pas pu passer à côté d'un véritable crochet de basilic sans même s'y intéresser. Après l'avoir longuement observé, Draco finit par le ranger.
Ooo
Cinq jours étaient passés et l'ambiance au manoir était toujours aussi morose. Draco, qui avait désormais pour habitude de se rendre à pied chez Blaise, ne pouvait plus le faire. Son ami d'enfance passait la plupart de son temps avec une fille très jolie, mais très stupide du nom de Laverne. C'était une sang pur Française au petit accent ennuyeux au possible.
Draco ne savait vraiment pas ce que Blaise pouvait bien lui trouver. En fait, ils n'avaient pas l'air de parler beaucoup tous les deux. Ils se contentaient de s'embrasser bruyamment, même sous le nez d'autres personnes, ce que Draco trouvait extrêmement grossier et exaspérant. Le père de Laverne concluait un marché important en Angleterre ce mois-ci et repartirait peu de temps après la Coupe du Monde. Ce qui était plutôt génial, en revanche, c'était que Lucius lui adressa à nouveau la parole pour dire qu'ils s'y rendraient lundi prochain. Lorsque Draco en informa Harry, sa réponse le prit au dépourvu :
« … Je suis désolé », écrivait-il, « Sirius ne veut pas que j'y aille avec ton père. Je crois qu'il ne lui fait pas réellement confiance. Il a dit qu'il m'accompagnerait lui-même. D'ailleurs, il a passé du temps avec Ludo Verpey au ministère, et il lui a donné deux places en tribune présidentielle (Je crois que Sirius joue beaucoup de son statut de victime d'erreur judiciaire). Donc nous serons tout de même ensemble. J'espère que tu ne m'en veux pas trop. Sirius dit que là-bas, ça sera très difficile de se retrouver, tant il y aura du monde. Ron a dit qu'il utiliserait Coq comme éclaireur. C'est plutôt une bonne idée, non ? Hermione a été invitée par les Weasley. Ils avaient une place en trop. Par contre, je ne sais pas trop où ils seront placés dans le stade... Sirius est vraiment impatient d'y être. Il a déjà préparé nos sacs. Ça va être le premier grand événement auquel il assistera depuis des années !
Il faut d'ailleurs que je te raconte comment ces derniers jours se sont déroulés. Je t'avais dit dans ma précédente lettre que Sirius était venu me chercher à Privet Drive mais je n'ai pas eu le temps de développer. Je crois que ce jour-là, je n'avais jamais vu mon oncle et ma tante aussi silencieux. Je pense qu'ils ont eu très peur de Sirius, qu'ils le pensent encore coupable de quelque chose. Sirius leur a expliqué qu'à partir de maintenant, je ne retournerai plus chez eux, que j'étais sous son entière responsabilité. Il les a remerciés du bout des lèvres de m'avoir accepté dans leur foyer et n'arrêtait pas de jeter des regards courroucés à ma tante Pétunia. Peut-être se connaissent-ils ? Je n'en sais rien.
J'ai fait mes valises, je leur ai dit au revoir et mes moldus ne m'ont pas répondu. Je crois que ça a beaucoup énervé Sirius. Il a dû se rendre compte, à ce moment-là, que je n'étais qu'un fantôme pour eux. En fait, tout semblait vraiment surréaliste. Je n'avais jamais cru un jour que je quitterai cette satanée maison. Et pourtant, me voilà ! Sirius et moi nous vivons à Plymouth, dans le sud-ouest. Il a tenu à être le plus éloigné possible de Londres. C'est une grande maison aux briques rouges (tout du moins, trop grande pour nous deux seulement). J'ai une chambre qui donne sur le jardin. Je ne peux pas voler avec mon balai dehors, car nos voisins sont en grande partie moldus, mais l'endroit me plaît énormément.
Il y a un pub où de nombreux sorciers se rendent. J'ai pu rencontrer des gens de mon âge, qui ne vont pas à Poudlard et apprennent la magie auprès de leurs parents. Sirius me donne quelques tuyaux en matière de potions pour les devoirs de vacances. Il a dit qu'il ne voulait plus que « Severus se paie la tête de mon filleul » ou quelque chose dans ce goût-là. Vraiment, ici, tout est parfait. La nourriture de Poudlard me manque, en revanche. Sirius n'est pas bon du tout en matière de sortilèges ménagers. Il brûle tout ce qu'il essaie de faire donc on commande souvent des pizzas, ou des trucs chez un traiteur asiatique.
Hier, une responsable du ministère est venue à l'improviste. Elle voulait voir si j'étais bien installé, et si Sirius n'était pas perturbé pour une noise (je crois que le monde entier s'attend à ce qu'il soit fou). Elle est repartie très vite, car elle s'est rendu compte que nous étions heureux. Sirius m'a emmené au Chemin de Traverse acheter mes fournitures. J'y ai croisé Neville et sa grand-mère (Oh, la, la, je comprends pourquoi elle l'impressionne). En tout cas, elle semblait ravie que Neville soit ami avec moi. Bref, beaucoup de changements de mon côté. On se verra dans quelques jours à peine. J'ai vraiment, vraiment, vraiment hâte de te retrouver,
Ton meilleur ami,
Harry
p-s : Sirius m'a dit que nous irons à la Coupe du Monde par portoloin dans la matinée de lundi. Il m'a rapidement expliqué le principe et j'ai eu très peur. Est-ce que c'est douloureux ? »
Honnêtement, Draco était furieux. Il ne pouvait pas le dire à Harry, bien sûr, mais il avait programmé avec minutie, et ça depuis des mois, leur virée à la Coupe du Monde. Il avait même fait un caprice à sa mère pour qu'elle achète en double tout l'attirail du parfait supporter bulgare. Draco se sentait peiné, et trahi. Est-ce que, finalement, Sirius Black allait lui spoiler son meilleur ami ? Est-ce que Harry finirait par ne plus le trouver intéressant ?
Le jour J, Draco transplana avec son père sur la plate-forme d'arrivage. De nombreux sorciers, de toutes nations, se dirigeaient en des pas précipités vers le terrain qu'ils avaient réservés. La tente des Malfoy avait déjà été plantée par un employé du ministère quand ils arrivent. Ils étaient beaucoup plus proches du stade que les autres et disposaient d'un confort luxuriant.
Au-delà, Draco apercevait les formes fantomatiques de centaines et de centaines de tentes alignées sur la pente douce d'un pré que limitaient, à l'horizon, les arbres sombres d'un petit bois. Le rassemblement s'étendait à perte de vue et Draco se demanda clairement comment il ferait pour retrouver ses amis là-dedans.
– Lucius ! s'exclama une voix familière.
C'était Cornelius Fudge, le ministre de la magie. Il était suivi de très près par Percy Weasley, qui avait été autrefois préfet à Poudlard. Draco lui accorda un sourire bienveillant auquel son ancien camarade ne répondit pas, trop occupé à jouer l'employé modèle. Fudge attrapa Lucius Malfoy et lui fit une brève accolade, comme de bons vieux amis.
– Une folie au ministère ! Une folie ! Les supporters irlandais sont de plus en plus difficile à contenir. Ils ne font même pas attention à ce qu'ils disent. Tout à l'heure, on est passé devant un type qui revendait de l'or de farfadet à des gamins. Non, mais franchement. Et le pire, dans tout ça, c'est que les moldus qui possèdent le camping commencent à se douter de quelque chose. Rien qu'hier, on a dû lancer une bonne dizaine de sorts d'amnésie au directeur, car il commençait à poser un peu trop de questions. Sans parler de ce bon vieux Ludo. Il claironne à tu-tête des choses abracadabrantes. Les moldus sont certes ignorants de notre monde, mais pas stupides... Ah, Lucius, je serai bien content quand tout ça sera enfin terminé. Un petit cognac dans ma tente te ferait plaisir ?
– Volontiers.
– Ah, mais tu as amené ton fils, Draco ! Bonjour, jeune homme. J'espère que tu es très content d'être là. Ton petit tigre ne te cause aucun ennui ?
– Non, monsieur le ministre. Merci encore pour votre cadeau.
Cornelius Fudge lui avait fait parvenir au cours du mois de juin son cadeau pour avoir mis en lumière l'erreur judiciaire concernant Sirius Black.
– Qu'il est poli ! En plus d'être doué comme son père. (Il se tourna à nouveau vers lui) Tu supportes la Bulgarie, n'est-ce pas ? dit-il en désignant son écharpe rouge et noire. Moi, je n'ai pas le droit de parier en tant que représentant officiel, mais si je le pouvais... crois-moi que je mettrais tout sur l'Irlande. Bon, Lucius, suis-moi... Nous allons parler affaires. Euh, Wistily, veillez à ce que le jeune Malfoy soit confortablement installé dans sa tente.
Draco prit un moment avant de comprendre que ledit Wistily n'était personne d'autre que Percy Weasley. Les deux hommes s'éloignaient déjà.
– Allons-y, dit le jeune homme.
Percy le conduisit à travers l'enclos réservé aux invités de marque. La tente des Malfoy était aussi large que haute, surmontée de trois tourelles de couleur gris perle. Elle se trouvait tout près de celle de hauts dignitaires étrangers ou de commerçants de luxe.
– Après toi.
Draco pénétra à l'intérieur. C'était un véritable petit palais fait de marbre et de cristal. Il déposa son sac sur un fauteuil et enleva ses chaussures.
– Tu veux boire quelque chose ? proposa-t-il.
– Non, Mr Cornelius Fudge va revenir d'un moment à l'autre, rétorqua Percy.
– Je ne crois pas, non. Quand il discute avec mon père, ça peut durer des heures. Alors... Jus de citrouille ? Soda à la groseille ? Mentholine ? Bièreaubeurre ? dit-il en se tournant vers le minibar croulant sous des flacons d'alcool et de boissons en tout genre.
– Une mentholine, ça serait parfait.
La mentholine était une boisson – à base de menthe, comme son nom l'indiquait –, mais qui permettait aussi de planer. Littéralement. Dès qu'on en buvait une gorgée, notre corps quittait alors le sol et on se mettait à flotter dans les airs. Draco sortit deux verres puis se servit.
Quand il avait été à Poudlard les deux premières années, tout le monde trouvait Percy assez agaçant avec ses manies de premier de la classe. Pourtant, Draco avait de la considération pour lui. Il était un garçon ambitieux provenant d'une famille aux aspirations médiocres. Percy n'avait pas de nom illustrement connu, ne possédait pas de terre ou de bien, mais il se battait. Il faisait tout son possible pour être reconnu à sa juste valeur, parmi les plus grands, et ça c'était tout à son honneur. À sa place, Draco n'aurait sans doute pas eu le courage d'affronter toutes ces épreuves. Il se serait contenté de reproduire le schéma de ses parents, et de ses grands-parents avant lui.
– Comment ça se passe au ministère ?
Draco avait reçu un courrier de Ron, dernièrement, lui disant que son frère travaillait pour Mr Croupton au département de la coopération magique internationale.
– Plutôt bien. J'ai décidé de me prendre un petit appartement près de Tottenham. J'arrive bien plus à me concentrer tout seul.
Draco n'avait strictement aucune idée d'à quoi pouvait bien ressembler la maison des Weasley de l'extérieur ou de l'intérieur, mais il était à peu près sûr que les notions de tranquillité et d'intimité ne devaient pas être respectées. En fait, en cet instant, il avait même pitié de Ron, son camarade de dortoir.
– Tu as une idée d'où se trouve ta famille ? demanda Draco.
– Dans le pré numéro 5, tout près de la station de pompage d'eau. Tu ne peux pas te tromper. Il y a un écriteau planté dans le sol où il y a écrit « Weezly », ajouta-t-il avec dédain.
– Percy... Qu'est-ce que ça fait d'avoir des frères et sœurs ?
La question avait franchi la barrière de ses lèvres sans même qu'il n'y réfléchisse. Actuellement, ses parents essayaient très certainement d'avoir un second enfant. Draco n'était pas préparé à ça. Toute sa vie s'était bâtie sur la certitude qu'il serait fils unique. Il ne pouvait pas en discuter avec Harry, car lui-même ne pourrait pas lui expliquer ce que cela faisait et ce que cela pouvait impliquer... Mais quelqu'un comme Percy, lui, saurait lui dire la vérité.
– C'est une bonne chose, prononça-t-il avec précaution. Enfin, ça peut-être une bonne chose quand vous vous entendez tous bien et qu'il n'y a pas de petits chouchous... Dans toutes les familles, il y a un ou plusieurs chouchous. C'est comme ça. Les parents disent qu'ils nous aiment tous de la même manière, mais c'est faux et strictement impossible. On n'a pas les mêmes liens avec son premier-né, ou avec sa seule et unique fille, ou avec un enfant qu'on a eu du mal à avoir. L'attachement fluctue. (Percy redescendait tout doucement des airs) Moi, par exemple, je suis le troisième de ma famille. Mais je n'ai pas été désiré, à proprement parlé. J'ai été un bébé-surprise.
– Mes parents essaient d'avoir un autre enfant, avoua Draco en regardant le fond de son verre. Ils ne me l'ont pas dit, mais il y a un médicomage qui vient souvent à la maison depuis quelques semaines. Je ne pense pas avoir envie de ça.
– Je comprends, accorda Percy. Ce n'est jamais évident de faire de la place aux autres. Pourtant, ça peut aussi être pour le mieux. Regarde, par exemple, les jumeaux et moi nous avons une relation très conflictuelle. Mais ça ne m'empêche pas d'être très heureux qu'ils soient là. Je n'imagine même pas la pression sur mes épaules si j'avais dû être le clown de la famille.
Draco sourit légèrement.
– J'ai l'impression d'être dans la quatrième dimension.
– Si tu as des questions, tu peux me contacter. Tiens, voici ma carte.
Draco lut :
Percy Ignatus Weasley
Assistant personnel de Bartemius Croupton, directeur du département de la coopération magique internationale et stagiaire au cabinet du ministre de la magie.
1567, Davidson Street, Tottenham, district de Haringey, Londres
Draco rangea le petit carton dans une des poches de son sac. Lucius Malfoy arriva peu après, et Percy sauta sur ses jambes puis disparut de la tente après un dernier salut. Mr Malfoy enleva son énorme montre en or et dit :
– J'ai beaucoup de monde à voir aujourd'hui, avant le match. Tu n'as qu'à faire ce que bon te semble. Retrouve-moi simplement devant le stade vingt minutes avant le début du coup d'envoi, c'est compris ?
Draco acquiesça. Il fila dans une pièce qui lui servait de chambre et changea de tenue, optant pour quelque chose de bien plus conventionnel et de pratique. Il glissa sa baguette magique dans sa poche puis entreprit de parcourir le camping afin de retrouver ses amis. Au fur et à mesure que Draco traversait les prés – allant du numéro 1 au 5 –, les tentes devenaient plus ordinaires, plus modestes, plus petites.
L'animation n'était pas encore à son plein, mais cela ne tardera sans doute pas à arriver. Draco crut entrevoir un éclat roux dans la foule. Il courut légèrement. C'était Ron, encadré de Hermione et Harry. Il y avait déjà une petite file d'attente devant le robinet. Harry, Ron et Hermione s'y joignirent, derrière deux hommes qui se disputaient âprement. L'un d'eux était un très vieux sorcier vêtu d'une longue chemise de nuit à fleurs. L'autre était de toute évidence un sorcier du ministère ; il tenait entre ses mains un pantalon à fines rayures et paraissait tellement exaspéré qu'il en criait presque.
– Mets ça, Archie, je t'en prie, ne fais pas d'histoires, tu ne peux pas te promener habillé de cette façon, le Moldu du camping commence déjà à avoir des soupçons...
– J'ai acheté ça dans un magasin pour Moldus, dit le vieux sorcier d'un air obstiné. Les Moldus portent ces choses-là.
– Ce sont les femmes moldues qui les portent, Archie, pas les hommes ! Eux, ils portent ça, dit l'autre en brandissant le pantalon rayé.
– Je ne mettrai jamais ce truc-là, s'indigna le vieil Archie. J'aime bien que mon intimité puisse respirer à son aise.
Ron leva les yeux au ciel.
Hermione fut prise d'un tel fou rire qu'elle dut s'éloigner de la file d'attente. Elle ne revint que lorsqu'Archie fut reparti après avoir fait sa provision d'eau. Draco sauta presque sur Hermione tant il était heureux d'enfin la retrouver.
– Salut !
– Hey ! (Ron avait l'air réjoui) Comment tu as fait pour nous retrouver ?
– J'ai vu ton frère Percy, informa-t-il. Il m'a dit que vous étiez ici, près du point d'eau. D'ailleurs, qu'est-ce que vous faites ? Pourquoi vous n'utilisez pas votre baguette magique pour remplir ça discrètement ?
– Le père de Ron tient à respecter les règles, répondit Harry avec un grand sourire. Je trouve ça plutôt drôle.
Draco mourrait d'envie de le serrer dans ses bras, mais se retint, ne voulant pas rendre Harry mal à l'aise. Son meilleur ami était très frileux en matière de contact physique. Lorsqu'ils arrivèrent près d'un campement des plus fidèles supporters de l'équipe d'Irlande, ils croisèrent quelques camarades de Poudlard comme Olivier Dubois, qui avait désormais fini ses études et avait été recruté dans le club de réserve de Flaquemare. Ils virent également Dean et Seamus, qui campaient ici depuis près de deux semaines en attente de la finale. Une centaine de mètres plus loin, les supporters bulgares étaient déchaînés.
Cette fois, la décoration n'avait plus rien de végétal : chacune des tentes bulgares étaient ornées d'un poster représentant un visage renfrogné, avec de gros sourcils noirs. Bien entendu, l'image était animée, mais, à part quelques battements de paupières et une moue de plus en plus maussade, le visage n'offrait pas une grande variété d'expressions.
– Krum, dit Ron à voix basse.
– Quoi ? dit Hermione.
– Krum ! répéta Ron. Viktor Krum, l'attrapeur bulgare !
– Il a vraiment l'air grognon, remarqua Harry en jetant un regard circulaire aux nombreux Krum qui les observaient en clignant des yeux, la mine revêche.
– L'air grognon ? Qu'est-ce que ça peut faire, l'air qu'il a ? C'est un joueur incroyable, conspua Ron. En plus, il est très jeune. À peine plus de dix-huit ans. C'est un génie. Tu verras, ce soir.
En revenant vers la tente des Weasley, ils trouvèrent Fred et George discutant avec Sirius Black, qui avait l'air plus détendu que jamais. Draco était cloué sur place. Bien sûr que Sirius devait être là ! Harry l'avait dit dans une de ses lettres. Pourtant, il ne s'était nullement préparé à le voir d'aussi près. Draco aida Hermione à déposer la bassine qu'elle portait puis serra la main à cet homme qu'il connaissait à peine, mais qui était en réalité son oncle.
– Le portrait craché de Lucius, dit Sirius en rigolant. Mais à l'intérieur, c'est un Black, n'est-ce pas ?
Harry hocha vigoureusement de la tête, ravi de pouvoir enfin les présenter.
– Merci beaucoup, Draco, pour tout ce que tu as fait. Grâce à toi, Harry et moi sommes enfin réunis. Je te dois une reconnaissance éternelle.
Draco semblait curieusement embarrassé et regardait partout sauf Sirius droit dans les yeux. Harry ne l'avait jamais vu aussi gêné de toute sa vie.
– Est-ce que ta mère est ici par hasard ? demanda l'ancien prisonnier.
– Non, elle a préféré rester au manoir. Le Quidditch l'ennuie, de toute façon.
– Ah, dit Sirius, presque déçu, j'aurai bien aimé la voir... Tu lui transmettras mes salutations dès que tu retourneras chez toi. (Il se tourna vers Harry) Je t'ai acheté un maillot de supporter. Viens par là l'essayer.
Mr Weasley était agenouillé autour d'un tas de morceaux de bois, essayant désespérément de l'embraser avec des allumettes. Il s'amusait comme un enfant découvrant un nouveau jouet.
– Oups ! dit-il en parvenant à enflammer une allumette. Il fut si surpris qu'il la laissa aussitôt tomber.
Draco aussi semblait fasciné.
– Regardez, Mr Weasley, dit Hermione avec patience.
Elle lui prit la boîte des mains et lui montra comment s'y prendre. Au bout d'un moment, ils réussirent enfin à allumer un feu, mais il fallut attendre encore une heure avant que les flammes soient suffisamment hautes pour faire cuire quelque chose.
– Les moldus sont vraiment des gens pleins de ressources, admit Draco en tisonnant le feu. Je n'arrive pas à croire qu'ils ont réussi un tel prodige. Harry m'a parlé des Sans-Poule, un jour, dit-il à l'adresse de Hermione. Mettre de la lumière dans une boule de verre, ça, c'est de la vraie magie.
– Des ampoules, rigola-t-elle. Pourquoi est-ce que tu ne t'inscris pas à l'option d'Étude Moldue, cette année ? C'est toujours plus utile que la divination.
Hermione entretenait des rapports exécrables avec cette matière nébuleuse ainsi que leur professeur Trelawney. Si bien qu'elle avait fini par quitter la classe et n'y était plus jamais revenue.
– Mon père n'accepterait jamais ça, répondit simplement Draco. Pour lui, les moldus ont autant d'intérêt que des Verracrasses.
Ils avaient commencé à faire cuire des œufs et des saucisses lorsque Bill et Charlie – les deux frères aînés de Ron – sortirent du bois pour venir les rejoindre. Draco observa Charlie avec insistance, si bien qu'il faillit se brûler les doigts en déposant de la viande sur la grille. Il ne l'avait encore jamais vu, puisqu'en première année, c'était des amis à lui qui étaient venus chercher Norbert au sommet de la plus haute tour du château.
Maintenant qu'il l'avait juste sous le nez, Draco devait admettre que les gènes Weasley n'étaient pas si maudits que ça. Charlie était légèrement bronzé, et plus petit que Percy. Mais sa musculature était bien plus développée et Draco devinait ses mains rugueuses à cause de son travail avec les dragons.
– Bonjour, prononcèrent en choeur Bill et Charlie en s'installant côte à côte, sur des caisses en plastique renversées.
Ron fit les présentations avec fierté, comme si ses deux frères aînés étaient les joyaux d'une couronne. Draco s'empressa de quitter sa tâche pour s'approcher.
– Draco, voici Bill. Et ça, c'est Charlie, ajouta Ron.
Draco leur serra la main, ravi.
– Tu t'occupes des dragons, n'est-ce pas ?
– Euh, oui, répondit Charlie, décontenancé en attrapant son assiette d'oeufs et de saucisses.
– Je connais beaucoup de choses sur eux, continua Draco tandis que Harry essayait de détourner son attention en lui proposant un verre de jus d'orange. Quand j'avais sept ans, mon père m'a emmené près de la réserve naturelle Ming-Hua. J'ai pu voir un Boutefeu Chinois à même pas dix mètres de moi.
– Les Boufeteu ne se laissent pas approcher, rétorqua Charlie, décelant aussitôt son mensonge. Leurs flammes vont jusqu'à vingt-cinq, ou trente mètres. Si ton père t'avait vraiment emmené là-bas, je ne crois pas que vous en seriez sortis entier.
Dépité, Draco finit par s'éloigner. Il ne remarqua ni Bartemius Croupton, le commentateur du match, ni Ludo Verpey, qui s'attarda près de leur tente pour discuter avec Mr Weasley. Ce dernier paria un galion sur la victoire de l'Irlande.
– On parie trente-sept Gallions, quinze Mornilles et trois Noises, dit Fred en rassemblant son argent avec George, que l'Irlande va gagner, mais que ce sera Viktor Krum qui attrapera le Vif d'or. Et on ajoute même une baguette farceuse.
– Vous n'allez pas montrer à Mr Verpey des idioties pareilles, s'indigna Percy.
Mais Verpey ne semblait pas trouver que la fausse baguette magique était une idiotie. Au contraire, son visage juvénile brilla d'excitation lorsque Fred la lui tendit. Quand il la vit se transformer, avec un cri aigu, en un poulet en caoutchouc, Verpey éclata d'un rire tonitruant.
– Excellent ! Ça fait des années que je n'en avais pas vu d'aussi bien imitée. Je vous l'achète cinq Gallions !
– Les enfants, murmura Mr Weasley, je ne veux pas vous voir parier... Ce sont toutes vos économies... Votre mère...
– Allons, ne joue pas les rabat-joie, Arthur ! s'exclama Ludo Verpey en remuant frénétiquement l'or qui remplissait ses poches. Ils sont suffisamment grands pour savoir ce qu'ils veulent ! Bon, à bientôt Arthur. Au fait, vous êtes où dans le stade ?
– Au paradis, tout, tout en haut. Catégorie 9.
– Bon, eh bien, profitez de la vue.
Draco était un peu déçu que Ron ne soit pas à côté de lui pendant le match. Mais il fallait s'y attendre. Même lui, qui n'avait pourtant aucune notion de l'argent, savait bien que les billets de cette Coupe du Monde avaient été très difficiles à avoir. Les Weasley ne pouvaient sans doute pas se permettre d'acheter des places dans une meilleure catégorie. À mesure que l'après-midi avançait, une sorte de frénésie envahissait le camping.
Au coucher du soleil, la tension faisait frémir la paisible atmosphère de l'été et, lorsque la nuit tomba comme un rideau sur les milliers de spectateurs qui attendaient le début du match, les dernières tentatives de masquer toute trace de magie disparurent : le ministère semblait s'être incliné devant l'inévitable et ses représentants avaient renoncé à réprimer les perturbateurs.
Lorsque l'heure du match approcha, Draco dit au revoir à ses amis, puis s'empressa de retourner jusque dans sa tente afin de mettre des vêtements classieux, digne d'une tribune présidentielle. Il retrouva son père à l'abord du stade, près de Mr Croupton. Ce dernier avait l'air plus nerveux que tout à l'heure. Derrière lui, une petite elfe se balançait d'avant en arrière, comme si elle redoutait qu'à chaque seconde, un incident se produise.
– Mon fils, Draco, dit Lucius avec détachement.
Draco s'inclina.
– Ravi de faire la rencontre d'une personnalité aussi éminente de notre société.
– Gratitude, mon garçon. Gratitude.
« Gratitude » était une des formules ancestrales que conservaient les sang purs entre eux. Ils avaient un langage codé qu'ils ne pouvaient employés avec des sang-mêlés et encore moins des nés-moldus. Les Croupton faisaient partie des authentiques familles de sorcier de Grande-Bretagne. D'ailleurs, une des arrières grande-tante Malfoy avait épousé un Croupton. Draco ne savait pas grand-chose de cette famille-là qui avait connu son déclin peu de temps après sa naissance. Il savait simplement que Mr Croupton avait eu un fils qui était mort il y a des années de cela, alors qu'il avait dans les vingt ans.
C'était une chose courante chez les sang purs d'assister à la mort précoce d'un de leurs héritiers. Marcus Flint, par exemple, avait eu un grand frère qui était décédé à l'âge de huit ans d'une maladie encore incurable. L'oncle de Vincent Goyle avait été retrouvé sans vie dans un fleuve après un mariage. Pansy, toute petite, avait failli succomber à un sortilège d'étranglement tandis qu'elle s'amusait avec la baguette magique de sa mère.
En conclusion, les sang purs – à cause de leurs coutumes, de leur train de vie excessif et de leur assurance sans borne – mouraient stupidement et plus tôt que la moyenne. Certaines familles faisaient en sorte de faire plusieurs enfants afin de parer toute éventualité. Chez les Black, il était devenu courant – et ce, depuis des générations – de faire deux à quatre enfants pour être sûr qu'il y aurait au moins quelqu'un à qui transmettre l'héritage. Rares étaient encore les familles de Sang Pur appliquant encore la politique de l'enfant unique.
– Allons-y, dit Lucius. À moins que vous attendiez encore quelqu'un.
– Non, non, montons.
Cent mille sorcières et sorciers étaient en train de prendre place sur les sièges qui s'élevaient en gradins tout autour du terrain ovale. Une mystérieuse lumière dorée semblait émaner du stade lui-même et la surface du terrain, vue d'en haut, paraissait aussi lisse que du velours. À chaque extrémité se dressaient les buts, trois cercles d'or situés à une hauteur de quinze mètres. Face à la tribune officielle, presque à hauteur d'œil, s'étalait un immense tableau sur lequel s'inscrivaient, comme tracés par une main invisible, des mots aux couleurs tapageuses qui disparaissaient peu à peu, remplacés par d'autres. Il s'agissait de publicités.
Cornelius Fudge était assis au centre de la première rangée, encadré par le président bulgare et le ministre de l'Irlande. Mr Croupton demanda à son elfe de maison de lui garder une place à l'avant-dernier rang malgré sa peur atroce de l'altitude. Draco repéra aussitôt Harry et son parrain qui avaient des sièges au troisième rang, près d'un sorcier à l'air austère et antipathique. Harry se leva aussitôt pour céder une place à son meilleur ami.
– Désolé, chuchota Draco en passant près d'eux. Papa a réservé deux sièges juste derrière Fudge.
Lucius passa près de Sirius Black sans lui accorder le moindre regard. En fait, son père avait un véritable talent lorsqu'il s'agissait d'ignorer les personnes qu'il méprisait. Lucius Malfoy venait d'apporter une très généreuse contribution à l'hôpital sorcier Sainte-Mangouste et avait ainsi pu être invité sans débourser le moindre frais.
Draco, étant toujours autant préoccupé par cette histoire de médicomage et de bébé, ne remarqua pas les diverses tentatives de Harry pour attirer son attention. Ludo Verpey arriva en toute hâte, comme s'il était en retard, s'assit à une table bien décorée sur la gauche et pointa sa baguette magique sur sa gorge.
– Mesdames et messieurs, permettez-moi de vous souhaiter la bienvenue ! Bienvenue à cette finale de la quatre cent deuxième Coupe du Monde de Quidditch !
