Posté le : 9 Février 2015. Merci, merci, merci. Je dédicace ce chapitre à princesse Justine !


Loterie : chapitre inédit ?

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Tome 4 : Draco Malfoy et l'ombre de Durmstrang

PARTIE I

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« La Marque des Ténèbres »

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Les spectateurs se mirent à hurler et à applaudir. Des milliers de drapeaux s'agitèrent. L'hymne international magique retentit avec force tout autour du stade. À la présentation des mascottes (des farfadets pour l'Irlande et des vélanes pour la Bulgarie), la foule était en liesse. La danse des Vélanes eut un fort impact sur la gente masculine.

Fudge s'était si largement penché en avant que son chapeau melon tomba de la tribune pour atterrir des dizaines de mètres plus bas, sur le gazon fraîchement tondu. Le sorcier austère de tout à l'heure exécutait des mouvements pathétiques du bassin, ressemblant à de la danse orientale. Sirius Black ne cessait de rire graveleusement tout en passant sa main dans ses cheveux. Harry essayait de rejoindre les Vélanes à tout pris en tentant d'enjamber la balustrade. En fait, seul Draco et les quelques femmes de la tribune ne semblaient nullement affectés par le chant et la danse des vélanes. Draco se demanda bien pourquoi. L'équipe bulgare entra sur le terrain comme un coup de canon. Ils volaient si vite qu'on avait du mal à les suivre.

– Voici Zograf ! Levski ! Vulchanov ! Volkov ! Et... KRUM ! énuméra Ludo Verpey.

Draco saisit ses multiplettes qu'il avait achetées à un vendeur aux abords du stade. Krum semblait voler, réellement. Son balai semblait n'être qu'un modeste support. Draco n'avait jamais vu ça de toute sa vie. Viktor Krum était mince, le teint sombre et cireux, avec un grand nez arrondi et d'épais sourcils noirs. On aurait dit un grand oiseau de proie. Il était difficile de croire qu'il avait seulement dix-huit ans. Même après l'entrée en scène fracassante des Irlandais, Draco eut du mal à se défaire de l'impact que lui avait fait Krum.

Le match fut une bataille enragée. Les mascottes faisaient leur possible pour déchaîner les supporters et déconcentrer leur adversaire. Levski, un des joueurs bulgares, se prit une poignée d'or de farfadet dans l'oeil tandis qu'il s'apprêtait à récupérer le souaffle. Ryan, le gardien irlandais, était descendu de ses buts qu'il protégeait pour aller embrasser une vélane (ce qui fit beaucoup rire l'assistance). Les figures plus folles les unes que les autres s'enchaînèrent à une vitesse prodigieuse et le compteur des points monta bien rapidement.

Les deux attrapeurs regardaient un peu partout, fondaient sur la foule quand ils pensaient entrevoir un éclat doré, quittaient parfois même le stade pour aller voir aux alentours, puis revenaient, déçus. Les poursuiveurs irlandais étaient de vrais virtuoses qui jouaient en équipe. Aucun d'entre eux ne conservait la balle bien longtemps, rendant alors la tâche difficile pour leurs opposants. Le match devint encore plus rapide et plus brutal. Volkov et Vulchanov, les batteurs bulgares, frappaient les Cognards avec férocité en les envoyant sur les poursuiveurs irlandais et parvenaient à perturber leurs plus belles trajectoires.

À deux reprises, les Irlandais furent contraints de rompre leur formation et Ivanova finit par franchir leur défense, feinter le gardien, Ryan, et marquer le premier but bulgare. Les vélanes se remirent à chanter et, à nouveau, les hommes eurent une attitude stupide. Lucius Malfoy avait des boules quies et restait parfaitement imperturbable.

– Dimitrov ! Levski ! Dimitrov ! Ivanova. Oh, là, là ! rugit Verpey.

Cent mille sorcières et sorciers retinrent leur souffle en voyant les deux attrapeurs, Krum et Lynch, foncer en piqué au milieu des poursuiveurs, à une telle vitesse qu'ils semblaient avoir sauté d'un avion sans parachute. Les attrapeurs venaient d'apercevoir le Vif d'or.

– Ils vont s'écraser ! cria Draco à son père.

Il eut à moitié raison. À la toute dernière seconde, Viktor Krum redressa son balai et remonta en chandelle. Lynch, en revanche, heurta le sol avec un bruit sourd qu'on entendit à travers tout le stade. Une immense plainte s'éleva des gradins occupés par les Irlandais.

– Quel idiot ! gémit Sirius. C'était une feinte de Wronski.

La feinte de Wronski était une des figures les plus connues et dévastatrice. Elle consistait à foncer en piqué vers le sol pour leurrer l'attrapeur adverse qui pensait que le vif d'or venait d'être repéré. Puis, il faut remonter en l'air à la dernière minute pour laisser l'autre se briser au sol. Il n'était pas rare au cours des matchs qu'un ou plusieurs joueurs se blessent.

– Temps mort ! cria la voix de Verpey. Des Médicomages se précipitent sur le terrain pour examiner Aidan Lynch.

Lynch se releva enfin sous les acclamations des supporters vêtus de vert, enfourcha son Éclair de Feu et s'élança à nouveau dans les airs. Son retour sembla donner un regain d'ardeur à l'Irlande. Les minutes se succédèrent si rapidement que Draco n'avait pas du tout remarqué que cela faisait déjà une heure et demie que le match avait commencé.

– Faute ! répéta en échos la voix magiquement amplifiée de Ludo Verpey. Dimitrov vole délibérément sur Morane en cherchant à provoquer le choc, et nous devrions avoir un autre penalty... Oui, voilà le coup de sifflet !

Les farfadets s'étaient à nouveau élancés dans les airs et, cette fois, ils formaient une main géante qui faisait un signe obscène en direction des Vélanes. Celles-ci perdirent alors tout contrôle. Elles se précipitèrent sur le terrain et se mirent à jeter sur les farfadets des poignées de flammes. Elles avaient perdu toute beauté. Leurs visages s'étaient allongés et ressemblaient à présent à des têtes d'oiseaux au bec cruel, tandis que des ailes couvertes d'écailles jaillissaient de leurs épaules.

– Et ça, mes enfants, s'exclama Verpey dans le tumulte qui remplissait le stade, c'est la preuve qu'il ne faut jamais se fier à l'apparence !

Des sorciers du ministère envahirent le terrain pour essayer, sans grand succès, de séparer les Vélanes des farfadets. Le match était grandiose et Draco s'amusa beaucoup des nombreux scandales qui éclataient. Finalement, dans la cacophonie du stade, peu de personnes prêtèrent attention à la brusque embardée de Viktor Krum. Il venait de repérer le vif d'or !

Lynch le rattrapa aussitôt et joua des coudes pour s'emparer de la petite balle dorée. Dans l'effervescence du moment, Lynch donna un coup de coude à Krum dont le nez se mit à saigner. Pourtant, l'attrapeur bulgare attrapa le vif d'or sans aucun mal, mais à la stupeur de tous perdit le match. L'Irlande avait dix points d'avance. Le président bulgare mangea son chapeau de rage. Une vague verte s'étala dans le stade et les farfadets répandirent tellement d'or sur les vélanes qu'elles durent rejoindre le vestiaire avec des parapluies.

– L'IRLANDE A GAGNÉ ! s'écria Verpey qui, comme les Irlandais, semblait avoir été pris de court par la soudaine issue du match. KRUM A ATTRAPÉ LE VIF D'OR, MAIS C'EST L'IRLANDE QUI A GAGNÉ ! Seigneur, qui donc pouvait s'attendre à ça ?

« Fred et George » pensa aussitôt Draco. Comment s'y étaient-ils pris pour savoir ça ? Étaient-ils bons en divination ? Krum, qui avait vu que les poursuiveurs irlandais étaient trop bons pour que ses coéquipiers les écrasent, avait sans doute voulu terminer le match à son avantage.

Draco fut soudain ébloui par une lumière blanche éclatante : la loge venait de s'illuminer par magie pour que tout le monde, sur les gradins, puisse voir ce qui s'y passait. Deux sorciers essoufflés apportèrent alors une immense coupe d'or qu'ils tendirent à Cornelius Fudge. Celle-ci était outrageusement grande et constellée de diamants.

– Et maintenant, applaudissons bien fort les courageux membres de l'équipe de Bulgarie ! s'écria Verpey.

Montant l'escalier qui menait à la loge, les sept joueurs bulgares firent leur entrée. Des applaudissements s'élevèrent de la foule pour saluer les vaincus et Draco vit des milliers de Multiplettes scintiller dans leur direction.

Un par un, les Bulgares s'avancèrent dans les travées et Verpey donna le nom de chacun d'entre eux tandis qu'ils serraient la main de leur propre président, puis celle de Fudge. Ils reçurent chacun une médaille en argent. Krum, le dernier de la file, tenait toujours le Vif d'or dans son poing et paraissait dans un état épouvantable.

Ils saluèrent également les spectateurs de la seconde rangée de la tribune, composée des mécènes ayant contribué au financement de l'événement sportif. Krum tendit la main à Lucius Malfoy puis à Draco. Ils se regardèrent un moment tandis que Krum grognait quelque chose ressemblant vaguement à un merci. Lorsqu'il était au sol, le joueur bulgare se déplaçait de manière bien moins harmonieuse que sur un balai.

Ce fut ensuite le tour de l'équipe irlandaise. Aidan Lynch était soutenu par Morane et Connolly. Troy et Quigley levèrent la coupe à bout de bras et la foule manifesta son enthousiasme dans une longue ovation qui fit trembler le stade comme un tonnerre. À la fin du match, Draco s'éclipsa discrètement vers Harry qui avait l'air réjoui.

– C'était fantastique !

– Oui, dit Draco. Dommage qu'on n'était pas à côté. Tu as vu, j'ai serré la main de Viktor Krum ! Quand Ron apprendra ça...

Ils revirent les Weasley à la sortie du stade, mais Draco ne put leur dire le moindre mot, car son père l'entraînait déjà jusqu'à leur tente. Ils furent bientôt pris dans le flot de la foule qui sortait du stade pour revenir sur le terrain de camping. Sur le chemin du retour, l'air de la nuit leur apportait l'écho de chansons hurlées à tue-tête et des farfadets filaient au-dessus d'eux, en poussant des cris et en agitant leurs lanternes. Une fois devant leur tente, Lucius Malfoy renifla dédaigneusement en voyant un homme saoul enlacer une vélane qui tentait par tous les moyens de repousser ses avances.

– Notre société court réellement à sa perte, persifla Lucius Malfoy en refermant soigneusement l'auvent de la tente. Tous ces moldus et sangs de bourbes entassés les uns sur les autres. Ça me donne envie de vomir.

Draco se crispa.

– Les nés-moldus ne sont pas la raison pour laquelle tout va mal, rétorqua-t-il. Et puis, si ça se trouve, l'homme qu'on a vu tout à l'heure peut très bien être de sang pur.

Lucius Malfoy ne semblait pas en croire ses yeux. Il regarda Draco avec autant de stupeur que s'il venait de le gifler.

– Pardon ?

– Je... Je dis ça parce..., balbutia Draco. Je connais des personnes qui ont deux parents moldus et sont vraiment...

– Plus devant moi, Draco, dit son père d'un ton polaire et menaçant. Ne prends plus jamais la défense de ces gens-là. Ils ne sont pas comme nous. Ils ne pourront jamais comprendre des choses basiques comme la vieille magie ou les liens du sang. C'est à nous, et nous seuls, de faire valoir notre droit. Eux, ils ne font que spoiler de la magie qui ne leur appartiennent pas. Ils nous volent chaque jour un peu plus. Ne sois pas naïf, Draco. Tu crois que cette fille, cette Granger, t'apprécie ? Elle s'en contrefiche de toi. Tout ce qu'elle veut, c'est se rapprocher du petit crétin que tu es pour avoir une meilleure position dans la société. Ce n'est qu'une petite parvenue, comme tous les individus de son espèce. (Lucius prit son menton entre ses doigts) Regarde-moi, Draco. Regarde-moi attentivement. J'ai tout mis en place pour que tu sois un enfant exemplaire, un enfant que beaucoup me jalouserait d'avoir. Mais tu es devenu aussi ingérable et médiocre que tes fréquentations. (Il le relâcha. Draco se massa la mâchoire) Les autres familles d'authentiques sorciers commencent à me regarder de travers, voire à se moquer de moi. Ils se demandent ce que j'ai fait de toi. Et je me suis alors aperçu que je ne pourrai jamais revenir en arrière. Je ne pourrai jamais faire en sorte que tu entres dans la bonne maison, que tu aies la bonne éducation.

– C'est pour ça que vous essayez d'avoir un autre bébé avec maman ? devina Draco.

Lucius Malfoy alla se servir un verre au minibar, puis un autre. Il n'avait même pas l'air surpris.

– Il sera l'héritier que j'ai toujours souhaité avoir. Je ne lui laisserai plus la fantaisie d'aller où bon lui semble. Et il ira à Durmstrang, point.

– Il ? Et si... Et si c'est une fille ?

– Je prends une potion spéciale pour n'avoir que des garçons.

Draco regardait tristement ses mains. Des supporters continuaient de chanter de l'autre côté du camping et l'on entendait retentir de temps à autre la détonation d'une baguette magique. Sans un mot, il se rendit dans sa chambre et tenta de s'endormir. Draco ne voulait surtout pas que son père l'entende pleurer.

Plusieurs heures après, il eut la vague impression qu'il se passait quelque chose d'anormal. Les bruits qui provenaient du terrain de camping avaient changé de nature. On n'entendait plus de chansons, mais des hurlements et des pas précipités.

Il se glissa hors de son lit et tendit la main vers sa baguette magique.

– Papa ?

Draco enfila son peignoir et descendit les escaliers de la tourelle qu'il occupait.

– Papa ? répéta-t-il, d'une voix légèrement paniquée tandis qu'il regardait partout autour de lui.

La tente était vide. Draco resta là, immobile, tandis que le bruit devenait plus distinct, rampait vers lui. Livide, il s'approcha de la fenêtre : une foule serrée de sorciers, avançant d'un même pas, la baguette magique pointée en l'air, traversait lentement le pré. Ils portaient tous une cagoule. Les supporters semblaient quant à eux effrayés, certains même avaient immédiatement transplanés.

À la lueur des quelques feux qui continuaient de brûler, il voyait des gens courir vers le bois. Ils poussaient des cris de terreur et un mouvement de foule emprisonnait des gens sous les enchevêtrements de tentes. Des exclamations moqueuses, des explosions de rire, des vociférations d'ivrognes leurs parvenaient. Des détonations terribles secouaient le camping et Draco se plaqua une fois les mains contre les oreilles. Ces dernières faisaient trembler leur tente et Draco finit par sortir, paniqué.

– Papa ! appela-t-il, cherchant partout autour de lui. Papa ! Mr Croupton, avez-vous vu...

Mais le directeur de la coopération internationale ne semblait même pas l'avoir entendu. Il remontait la foule en sens inverse, baguette au poing, allant droit vers le groupe de personnes masquées. Draco fut poussé dans tous les sens, mais il refusait de quitter le bois sans avoir retrouvé son père. Peut-être était-il en danger ? Peut-être était-il parti, comme Mr Croupton, arrêter ces gens ?

– Papa !

Des tentes avaient pris feu et le groupe de perturbateurs était maintenant au niveau du pré numéro 3, là où se tenait l'accueil du camping. Le groupe fonça droit vers le bungalow du propriétaire, Mr Roberts, et le fit voler, la tête vers le bas, lui, sa femme et ses deux enfants qui devaient à peine avoir sept ou huit ans. Les quatre silhouettes se débattaient en tout sens, les yeux exorbités de frayeur, dans des positions grotesques.

On aurait dit que les sorciers masqués étaient des marionnettistes et les silhouettes suspendues au-dessus de leurs têtes de simples pantins animés par des fils invisibles qu'actionnaient les baguettes magiques. L'un des marcheurs fit basculer Mrs Roberts la tête en bas. Sa chemise de nuit se retourna, laissant voir une culotte d'une taille impressionnante. Elle se débattit furieusement pour essayer de se couvrir pendant que la foule au-dessous criait et sifflait dans un déchaînement d'allégresse.

– Arrêtez ! cria Draco.

Mais sa voix, au lieu d'être un rugissement, n'était qu'un piteux miaulement dans le chahut qui régnait. Un homme paniqué, qui tenait un bébé dans ses bras, poussa Draco qui roula par terre. Il chercha à tâtons sa baguette magique et finit par la retrouver. Le groupe de sorciers masqués s'éloignait, se dirigeant vers la forêt avec leurs victimes.

– Aïe !

Son genou était ensanglanté. Il se redressa quand il se rendit compte que ses amis étaient sans doute en danger.

– Non, pas par-là, s'écria une voix avec un fort accent nordien.

Mais Draco s'en fichait. Il courut droit vers le danger. La forêt était plongée dans le noir et la terreur. Au loin, on entendait distinctement les cris des pauvres moldus qui essayaient misérablement de se défendre. Pourquoi personne ne faisait donc rien pour empêcher tout ça ?

– Draco !

Son cœur faillit faire un bond dans sa poitrine. C'était la voix de Harry.

– Draco, viens.

Hermione et Ron les rejoignirent en courant. Ils avaient l'air tout autant chamboulé.

– Qu'est-ce que tu fiches ici ? Pourquoi est-ce que tu n'es pas près de la borne de transplanage ? demanda Hermione. On doit aller dans l'autre sens !

– Je ne trouve pas mon père, murmura Draco, encore sous le choc. Il... Il n'est nulle part.

– On a aussi perdu Fred, George et Ginny, maugréa Ron. On finira par tous se retrouver. Sirius est parti avec mon père arrêter ces gens. Ils nous ont dit de rester cachés le temps que les choses s'apaisent.

Il sortit sa baguette magique et l'alluma comme celle d'Hermione, scrutant le chemin. Harry fouilla les poches de son blouson à la recherche de sa propre baguette – mais elle n'y était pas. Il trouva seulement ses Multiplettes.

– Oh, non ! C'est incroyable !... J'ai perdu ma baguette !

– Tu plaisantes ?

Ron et Hermione levèrent leurs baguettes pour éclairer le sol un peu plus loin. Harry regarda tout autour de lui, mais il ne vit aucune trace de sa baguette magique.

– Tu l'as peut-être laissée dans la tente, dit Ron.

– Ou alors elle est tombée de ta poche pendant que tu courrais ? suggéra Hermione d'une voix anxieuse.

– Oui, dit Harry, peut-être...

Jamais il ne se séparait de sa baguette lorsqu'il était dans le monde des sorciers, et en être privé en un moment aussi dramatique lui donnait un sentiment de vulnérabilité.

– Très bien, Harry, tu vas rester auprès de moi, décida Hermione. Ron, garde un œil sur Draco.

Ce dernier avait les genoux chancelants et ensanglantés. Ils progressèrent encore un moment, s'enfonçant davantage dans le bois bordant le stade flambant neuf.

– On devrait sans doute attendre là, proposa Ron en aidant Draco à s'asseoir sur une pierre. Si quelqu'un vient dans cette direction, on le verra forcément débarquer.

– Sauf s'il transplane, formula sombrement Harry.

Harry tendait l'oreille pour essayer d'entendre ce qui se passait du côté du camping. Tout paraissait silencieux. L'émeute était peut-être terminée. Aucun d'entre eux n'osa parler de ce qu'ils avaient vu. Peut-être que jamais ils n'arriveraient à se défaire du souvenir des pauvres moldus flottant dans le ciel. Cela semblait irréel qu'une chose pareille pouvait se produire juste sous le nez d'autant d'employés du ministère.

Tout à coup, des bruits de pas attirèrent leur attention. Hermione, Draco et Ron levèrent aussitôt leur baguette magique. Puis, brusquement, sans le moindre avertissement, une voix très différente de celles qu'ils avaient entendues s'élever dans les bois déchira le silence. Cette fois, ce ne fut pas un cri de panique qui retentit, mais quelque chose qui ressemblait à un sortilège :

MORSMORDRE !

Une forme immense, verte et brillante, jaillit alors de l'obscurité, s'envola au-dessus des arbres, et monta vers le ciel. Cela ressemblait à un feu d'artifice au ralentis. Une gigantesque tête de mort, avec un serpent sortant de sa bouche, surplombait désormais l'ensemble du terrain de camping et de la forêt. Au lieu de s'évanouir parmi les nuages, la forme resta parfaitement intacte, comme un tatouage.

Mais ce n'était pas la seule chose inquiétante : aussitôt, des hurlements de panique – encore plus nombreux que tout à l'heure – secouèrent le bois, et tout autour d'eux, des gens avaient abandonné l'idée de fuir en courant. La plupart transplanaient sans même rejoindre la borne la plus proche, laissant leurs affaires derrière eux. Draco semblait pour sa part sur le point de vomir. Ron était tellement estomaqué qu'il avait abaissé sa baguette pour regarder la tête de mort verdâtre qui le narguait.

– Venez ! s'écria Hermione, paniquée. Il ne faut pas rester ici !

– Qu'est-ce que c'est ? demanda Harry.

– Plus tard, insista Hermione. Il faut s'en aller immédiatement !

Mais à peine avaient-ils fait quelques pas qu'une vingtaine de sorciers surgirent de nulle part, dans une série de détonations, et les encerclèrent aussitôt. Tournant sur lui-même, Harry s'aperçut en une fraction de seconde que chacun des sorciers pointait sa baguette magique sur eux.

– BAISSEZ-VOUS ! s'écria-t-il.

STUPEFIX ! rugirent en même temps les vingt sorciers. Il y eut une série d'éclairs aveuglants et Harry sentit ses cheveux s'ébouriffer comme si une puissante bourrasque venait de balayer la clairière.

– Arrêtez ! hurla une voix que Harry reconnut aussitôt. ARRÊTEZ ! C'est mon fils !

Mr Weasley arriva, talonné de près par Sirius.

– Harry, tu n'as rien ? demanda-t-il en le serrant dans ses bras.

– N-Non. Que se passe-t-il ?

Son parrain jeta un regard clairement dégoûté aux illuminations dans le ciel.

– C'est la Marque des Ténèbres, dit-il. Le signe de reconnaissance des partisans de Tu-Sais-Qui. (Sirius se tourna vers Draco qui était toujours à plat ventre, tremblant de peur) Relève-toi, allez. Vous n'avez rien ?

Ils firent lentement non de la tête.

– Lequel d'entre vous a fait ça ? lança Mr Croupton d'un ton sec, son regard aigu allant de l'un à l'autre. Lequel d'entre vous a fait apparaître la Marque des Ténèbres ?

– Ce n'est pas nous ! protesta Harry. On n'a rien fait. On faisait que se cacher. Et puis... (Il consulta Hermione du regard) On a entendu quelqu'un, provenant des arbres, là-bas. Il a marmonné une formule et ce truc est apparu dans le ciel.

Si son explication sembla convaincre tout le monde, cela n'était pas le cas du directeur de la coopération magique. Percy et un autre jeune assistant allèrent fouiller les alentours pour voir si les sortilèges de paralysie avaient fini par toucher quelqu'un au hasard. Cornelius Fudge apparut avec Lucius Malfoy qui semblait étonné de se trouver là. Draco courut vers lui, comme s'il avait brusquement eu peur de ne plus jamais le revoir de sa vie.

– Que se passe-t-il bon sang ? s'impatienta l'aristocrate. Ma tente a été à moitié piétinée. Heureusement pour vous que mon fils n'était pas à l'intérieur lorsque cela s'est produit.

– Et vous, où étiez-vous ? demanda Sirius en le fixant droit dans les yeux.

– Avec monsieur le ministre, Black, répondit le père de Draco. Je suis venu porter secours pour gérer cette situation dès que j'ai été appelé...

– C'est une catastrophe, glapit Fudge. Une catastrophe ! Croupton, je veux qu'une lettre d'excuse soit envoyée à tous les pays participants à l'événement. Vous irez aussi...

Quelques instants plus tard, ils entendirent Percy pousser un cri.

– Oui, on les a eus ! Il y a quelqu'un d'évanoui, ici ! Ma parole... c'est...

– De qui s'agit-il ? interrogea Mr Croupton qui ne semblait pas du tout y croire. Qui ?

Ils entendirent des branches craquer. Percy portait dans ses bras une minuscule silhouette inanimée. Harry reconnut aussitôt le torchon à vaisselle. C'était Winky.

Mr Croupton ne fit pas un geste, ne dit pas un mot, lorsque son assistant déposa son elfe à ses pieds. Les autres sorciers du ministère avaient tous les yeux fixés sur Mr Croupton. Seuls Lucius Malfoy et Sirius se regardaient l'un l'autre, comme s'ils connaissaient des éléments qui échappaient au restant du groupe.

– Ce n'est pas possible, balbutia-t-il. Non, c'est une erreur.

Percy semblait profondément embarrassé. Winky avait sur elle la baguette magique de Harry, ce qui enfreignait une des règles du décret de régulation des créatures non humaines. Ceci étant fait, Mr Croupton n'eut d'autre choix que de la libérer. Winky pleura si fort et si longtemps quand elle reçut une jupe que Hermione alla la consoler. Harry récupéra son bien après qu'un Langue de Plomb du ministère lui eut posé quelques questions.

– Il dit la vérité, bien entendu, déclara Funestar. Allons poursuivre notre recherche. Dites à la brigade des mœurs de retrouver les quelques perturbateurs de tout à l'heure. Ils doivent sans doute se cacher parmi la foule. Lucius, vous nous aiderez ?

– Je vais d'abord ramener Draco à la maison, prononça-t-il lentement en serrant son fils contre lui d'une manière trop possessive pour paraître naturelle. Ma femme s'occupera de lui, puis je vous rejoindrai.

– Venez, tous les trois, dit Mr Weasley, toujours à voix basse.

Mais Hermione n'avait pas l'air de vouloir bouger. Elle forma silencieusement les mots « au revoir » sur ses lèvres tandis que Draco s'éloignait en compagnie de son père.

Quand Lucius fut certain de ne plus être visible ou entendu par le restant des membres du ministère, il chuchota :

– C'est toi ? C'est toi qui a fait apparaître la Marque ?

– Non ! s'indigna Draco. Pourquoi est-ce que je ferai une chose pareille ?

Son père eut du mal à cacher sa déception. Il lui caressa les cheveux puis dit :

– Un jour, tu comprendras.

Il lui serra le bras et ils transplanèrent. Le jour n'était pas encore levé quand ils posèrent pied juste devant le portail du manoir Malfoy. Celui-ci se dissipa en vapeur quand ils le franchirent sans aucune peine. Même après avoir poussé la lourde porte, Lucius Malfoy ne lâchait toujours pas le bras de son fils, comme s'il redoutait qu'il s'échappe. Il le conduisit dans la suite parentale et alluma les lumières.

– Narcissa ! Narcissa !

Sa mère se réveilla en sursaut.

– Que faites-vous tous les deux ici ? Je croyais que vous ne deviez rentrer que... Oh, Draco !

L'adolescent constata que son genou avait continué de saigner.

– Que s'est-il passé ? (Elle attrapa sa baguette magique et commença à désinfecter la plaie de Draco)

– La Marque des Ténèbres est apparue dans le ciel, près du stade. Personne ne sait qui est le responsable jusqu'à présent. (Narcissa Malfoy semblait sous le choc) Je dois retourner là-bas pour aider.

– Tu ne peux pas rester ici quelques instants pour...

– Non, je ne peux pas, coupa son mari. Je dois me montrer là-bas. Plus je perds du temps, et plus mon absence paraîtra suspecte. (Draco leva lentement les yeux vers lui) Occupe-toi de lui expliquer le strict nécessaire sur mon passé et notre situation.

Lucius Malfoy disparut en un bref mouvement de cape. Narcissa prit la main de son fils afin d'y retirer une épine qui s'y était plantée.

– Ce que je vais te dire doit rester entre ces murs, c'est compris ? dit-elle d'une voix froide qu'elle n'avait encore jamais employé avec lui. Peu de temps après ta naissance, ton père est comparu devant le Ministère pour une affaire grave. On l'accusait, lui, ta tante Bellatrix, ton oncle Rodolphus et bien d'autres, d'être des Mangemorts. Il a plaidé non coupable et s'en est sorti de justesse en prouvant qu'il avait été manipulé sous Imperium. S'il n'avait pas eu autant d'amis au sein de la bureaucratie, tu n'aurais sans doute jamais connu ton père. Je t'aurai élevé seule et dans la pauvreté. Maintenant, tout ça est loin derrière nous et nous essayons d'avancer. Il est hors de question pour nous de perdre ce que nous avons si durement acquis. Notre réputation ne tient qu'à un fil, tu comprends ?

Draco acquiesça.

– Avec ce qu'il s'est produit, ton père fera partie des premiers suspects et c'est pour ça qu'il doit lécher les bottes de Fudge.

– Est-ce... Est-ce que c'est vraiment un Mangemort ?

Sa mère acheva son bandage.

– Il a un tatouage sur l'avant-bras, si c'est ce que tu te demandes. Maintenant, plus de courriers à tes amis. Rien ne doit filtrer de cette maison avant que la situation soit claire et que ton père ait réparé cette bavure désastreuse. Maintenant, va au lit.

Draco retourna dans sa chambre, encore plus secoué qu'en arrivant. C'était bien pire que ce qu'il craignait. Son père avait été un Mangemort... et l'était probablement pour toujours. Comment ferait-il pour gérer ça et son amitié avec Harry et les autres ? Ce secret était bien trop lourd à porter. Il ne pourrait pas regarder ses amis en face. C'était une catastrophe.

Pourquoi n'avait-il pas été à Serpentard ? Tout aurait été tellement plus simple ! Il n'aurait pas eu à vivre avec ce sentiment allant du dégoût à la révolte.

Ooo

Le Poudlard Express, une locomotive à vapeur d'un rouge étincelant, était déjà là, projetant des panaches de fumée qui transformaient les élèves et les parents présents sur le quai en silhouettes sombres et fantomatiques. Avec la tempête sévissant au Ministère, son père n'avait pas pu l'accompagner pour sa rentrée. Draco était donc uniquement avec sa mère, sur la voie à chercher des yeux ses amis. Au loin, il entrevit les Weasley qui disaient au revoir à leurs enfants.

– Est-ce que... Est-ce que je peux aller par là ? demanda doucement Draco.

Sa mère ne sembla pas trouver d'argument pour l'emmener en direction inverse, là où Pansy lui faisait de grands signes. En s'approchant, Draco s'aperçut que le parrain de Harry était également là. Il dévisagea sa mère d'un air de franche stupeur.

– Narcissa.

– Sirius, salua-t-elle froidement.

– Toujours aussi pleine d'énergie à ce que je vois, se moqua-t-il.

– C'est sans doute parce que j'attends mon deuxième enfant.

Sirius avait l'air de ne pas en croire ses yeux.

– Toi ? un deuxième enfant ?

– Il faut bien que quelqu'un se charge de faire des héritiers à la lignée Black, rétorqua-t-elle en lui lançant un regard suffisant. Draco, grimpe dans le train.

Il n'osa protester et obéit. Les pistons émirent un sifflement sonore et le train s'ébranla. Sur le quai, sa mère discutait encore avec Sirius. Il crut même y voir l'ombre d'un sourire. Le Poudlard Express s'élança et Draco traîna sa malle derrière lui après avoir adressé un dernier signe à sa mère. Quelques compartiments plus loin, il trouva Ron, Harry et Hermione. Ces derniers étaient en compagnie de Dean et une fille de Serpentard de leur promotion dont le nom lui échappait.

– Salut ! s'écria Harry, apparemment soulagé de le voir. J'ai cru que tu t'étais installé en tête de train.

– Salut, vous allez bien ?

Bien, bien ! coassa Ménard, le corbeau de Dean dans sa cage.

Hedwige lui jeta un regard impérieux puis cacha sa tête sous son aile. Ron aida Draco à ranger sa malle dans les filets ainsi que la cage d'Electra. Il avait reçu un courrier de MacGonagall durant l'été lui interdisant de ramener son tigreau Bellone car il prendrait bien trop de place dans la salle commune. Même si ce dernier était un animal d'agrément particulièrement inoffensif, un tigre n'avait pas sa place à Poudlard. Dobby s'en occuperait à sa place pendant son absence. Draco alla s'asseoir entre Hermione et la fille de Serpentard. Celle-ci avait les cheveux châtain, maintenus en une queue de cheval.

– Alors, ton été ? demanda précautionneusement Harry.

– Plutôt pas mal, mentit Draco en sentant le regard de la fille sur sa nuque.

Il lança un regard interrogateur à Ron.

– Cette fille était déjà là quand on est arrivé, dit-il en guise d'excuse. Il n'y en avait pas d'autres de vide. Seamus, Neville et les autres sont juste à côté.

– Excuse-moi, Weasley, prononça-t-elle, mais je suis juste en face de toi. Je peux t'entendre. Et je m'appelle Tracy Davis !

Ron haussa des épaules comme si cela lui était parfaitement égal.

– Oh, j'ai entendu parler de toi, ajouta Draco. Pansy te déteste.

Hermione lui envoya un regard lourd de sens.

– Ce n'est pas quelque chose à dire dans une conversation !

– Ne t'en fais pas pour ça, je le sais, relativisa Tracy. Pansy et moi, on ne peut pas se voir en peinture. Elle ne supporte pas le fait que ma mère soit moldue. Selon elle, Serpentard devrait être réservé aux sangs purs.

– Pansy mérite d'être détestée, accorda Dean.

À mesure que le train poursuivait sa route vers le nord, la pluie tombait de plus en plus dru. Le ciel était si noir, la buée si épaisse sur les vitres, qu'on avait dû allumer les lanternes. Le chariot à friandises passa en tintinnabulant dans le couloir et Harry acheta une bonne quantité de Fondants au Chaudron. Ron s'amusait avec les objets dérivés achetés lors de la Coupe du Monde tandis que Draco discutait avec Hermione du nouveau volume de sortilège et enchantement.

Au fond de lui, Harry mourrait d'envie de lui demander pourquoi il n'avait répondu à aucune de ses lettres depuis le soir de la finale. Mais il y avait bien trop de monde dans le wagon pour qu'il puisse le faire discrètement. Dans sa cage, Ménard s'impatientait déjà et réclamait sans cesse du grain. Deux préfets de Serdaigle vinrent voir dans leur compartiment si tout allait bien puis ce fut au tour de Fred et George qui tentèrent de leur vendre des baguettes farceuses. Tracy en acheta une.

Bientôt, les horizons de la campagne anglaise furent bien visibles. Il n'avait toujours pas cessé de pleuvoir, bien au contraire. Désormais, les intempéries étaient si fortes que le paysage était nimbé de brouillard. La porte du compartiment s'ouvrit sur Théodore Nott, qui tenait sa chatte Desdémone. Celle-ci tentait de s'enfuir en lui griffant les mains. Il regarda alternativement Tracy, Draco, puis son regard s'attarda sur la cicatrice en forme d'éclair de Harry.

– Desdémone a senti des ondes positives de ce côté-ci du train.

Le félin se tortillait dans tous les sens tandis que Théodore la maintenant fermement contre son torse.

– Je crois qu'elle est contente de vous voir, surtout toi, Draco.

Dean grimaça. Désormais, Desdémone tentait par tous les moyens de crever un œil à Théodore qui semblait parfaitement indifférent à ses efforts pour s'échapper de son étreinte.

– De quoi est-ce que vous parlez ? Du tournoi ?

– Quel tournoi ? s'enquit Harry.

– Ils ne parlent que de ça, là-bas, continua Théodore comme s'il n'avait pas été interrompu. Blaise a été mis au courant par sa mère. Elle a eu une aventure avec un sorcier très haut placé du ministère. Quand je lui ai dit qu'il ne tiendrait pas deux minutes dans ce concours, Blaise a dit qu'il allait s'inscrire. C'est n'importe quoi...

– De quoi tu parles ? demanda Ron, en fronçant les sourcils.

– Vous n'êtes pas au courant ? (Théodore avait l'air sérieusement ébahi) Je penserai que ton père te l'aurait dit, Draco. C'est un des proches du ministre, non ?

– Il doit sans doute parler du tournoi de Saute-Licorne, dit Tracy, en s'ajoutant à la conversation. Elle a lieu chaque dizaine d'années en Cornouailles. C'est Loufoca qui me l'a dit.

– Qui est Loufoca ? interrogea Dean.

– Une fille timbrée qui perd sans cesse ses affaires, résuma Draco d'un ton égal. Elle discute beaucoup avec Mimi Geignarde, d'après ce que je sais.

– J'aimerai beaucoup être champion du tournoi, prononça Théodore d'un air rêveur tandis que Desdémone parvenait enfin à s'échapper en courant vers le couloir. Je me suis toujours demandé ce que cela faisait de remporter quelque chose... Hé ! Desdémone !

Théodore disparut aussitôt, les laissant tous interrogateurs.

– De quoi il voulait bien parler ?

– Ça m'est égal, dit Draco, d'un air renfrogné. De toute façon, on arrive.

Poudlard se dressait au sommet de la colline, de l'autre côté du lac. Le train traça une dernière courbe puis finit par ralentir avant de s'arrêter. Personne ne s'attarda sur le quai afin de ne pas être aspergé par les torrents de pluie. Les élèves de toutes les maisons s'amassèrent vers les diligences qui avançaient lentement le long du chemin boueux menant jusqu'à l'entrée du château. Draco allait rejoindre Harry, Ron et Hermione quand quelqu'un le tira en arrière. La diligence s'élança sans lui.

– Hé !

C'était Pansy. Ses cheveux courts étaient plaqués sur son visage à cause de la pluie battante. Elle l'entraîna à sa suite dans le second convoi, bondé d'élèves de Serpentard. Draco se sentit aussitôt mal à l'aise.

– Qu'est-ce qu'il y a ? dit-il. Tu voulais me dire quelque chose ?

– Ne traîne plus avec la sang de bourbe, prononça Pansy sans le lâcher des yeux. Tu ne fais que d'affaiblir ta position parmi nous, mais aussi dans la société. Tu sais ce qui arrive aux amoureux des moldus dans notre monde ? Tu sais quels sorts leur sont réservés ? Tu veux vraiment que ta lignée finisse comme celle des Weasley ?

– Mais, je...

– Qu'est-ce qu'ont en commun les familles Sworn, Bailly et Oustros ? interrompit Blaise. Toutes de grandes familles puissantes autrefois pures, et puis... Tu sais, ils se sont acoquinés avec des sangs de bourbe et des moldus. Maintenant, qui sait ce qu'a fait Sworn le Pacificateur ? Qui a déjà entendu de Peter Bailly et sa tentative de créer du feu grégeois ? Qui sait que Ella Oustros a inventé le sortilège passe-muraille ? Personne ! Leur nom est tombé dans les limbes. (Il déposa sa main sur son épaule comme si Draco était sujet d'hallucinations) Qui se souviendra du nom Malfoy si tu continues à lécher l'arrière-train de personnes impures ? Pas moi, ni mes descendants. Nous continuerons de vivre dans nos demeures et nous aurons même oublié qu'un jour nous avons été amis. C'est dans la nature humaine que de se défaire des poids-morts.

Draco eut un rire sarcastique.

– C'est ce que vous pensez ? Que je ne suis qu'un embrassement collectif ?

– Absolument, appuya Théodore. Je n'ai jamais été très attaché à ce genre de choses, tu le sais bien. Mais là... Ça devient un peu trop, Draco. Et dangereux. (Il se pencha en avant, sur un air de confidence) Il y avait des partisans du Seigneur des Ténèbres à la Coupe du Monde. Se tenir auprès d'une sang de bourbe est un crime horrible ! Tu mets ta famille dans une position délicate.

– Sans parler de tous les gens qu'on doit cogner, ajouta Vincent Crabb, à sa plus grande surprise.

– Qu'est-ce que tu veux dire ?

Le visage de Crabb se congestionna, comme s'il était en train de réfléchir.

– Avant, en première année, on tapait seulement ceux qui nous énervaient. Puis en seconde année, quand tu es devenu ami avec Granger, tout a dérapé... De plus en plus de gens se moquaient de toi. On ne pouvait pas laisser faire. Donc on les tabasse.

Jamais de sa vie Draco n'aurait parié que Vincent et Grégory le protégeait à leur manière.

– On est tous concernés, prononça Millicent d'un ton très grave, qu'on le veuille ou non.

– Nous sommes très peu de familles à avoir su préserver nos valeurs, affirma Daphné. Tu ne peux pas nous tourner le dos comme ça.

– Je ne vous ai pas tourné le dos ! se défendit Draco. C'est simplement compliqué pour moi de gérer ma vie de « fils de », et d'un autre côté être ami avec des gens qui sont exactement tout ce qu'on m'a toujours interdit d'approcher.

La diligence ralentit et Théodore sortit le premier. Il alla caresser l'espace vide entre les harnais, comme s'il touchait l'encolure d'un cheval invisible. Blaise renifla dédaigneusement. Il avait en horreur tous les comportements suspects ou inhabituels. Pourtant, le Serpentard ne pouvait s'empêcher de jeter de fréquents coups d'œil dans la direction de Théodore, comme si le simple fait de le fixer le rendrait tout à coup parfaitement normal.

– Il n'arrête pas de faire des trucs bizarres, se lamenta Blaise en aidant Daphné à mettre pied à terre.

– Ça lui passera, formula Pansy en invoquant un parapluie. Viens avec moi Draco.

Résigné, celui-ci l'accompagna jusqu'à l'intérieur du château. Alors qu'il s'apprêterait à rejoindre sa table, Pansy lui jeta un regard clairement désapprobateur, telle une ultime mise en garde. Dès qu'il s'assit entre Hermione et Ron, ce dernier grogna :

– Qu'est-ce qu'elle te voulait ?

– Rien, mentit Draco, juste savoir comment j'allais.

Heureusement pour lui, Colin débarqua, empêchant les autres de lui poser davantage de questions.

– Harry, tu sais quoi ? Tu sais quoi, Harry ? Mon frère entre en première année ! Mon frère Dennis !

– Ah... Très bien, dit Harry.

– Il est vraiment fou de joie ! assura Colin en sautant quasiment sur sa chaise. J'espère qu'il va être à Gryffondor ! Croise les doigts, hein, Harry ?

– Heu... Ouais, c'est ça, répondit Harry.

À la table des professeurs, Lupin lui adressa un franc sourire. Il continuait d'enseigner la Défense Contre les Forces du Mal, à la plus grande joie de l'ensemble des élèves et au désespoir de Rogue. On racontait que cela faisait des années que ce dernier convoitait ce poste, sans grand succès.

À côté de Rogue, il y avait une chaise vide, qui devait être celle du professeur McGonagall. Au centre de la table, vêtu de sa magnifique robe de sorcier vert foncé brodée d'étoiles et de lunes, était assis le professeur Dumbledore, le directeur du collège, sa barbe et ses longs cheveux argentés scintillant à la lumière des chandelles. Dumbledore avait joint ses longs doigts fins sous son menton et contemplait le plafond à travers ses lunettes en demi-lune, comme perdu dans ses pensées. Harry se demanda alors à quoi il pouvait bien réfléchir.

À cet instant précis, les portes de la Grande Salle se rouvrirent sur la directrice adjointe suivie par une file de nouveaux élèves. Ils reconnurent aussitôt le jeune frère de Colin qui était bien plus trempé que les autres. Il portait sur ses épaules l'épais manteau de Hagrid, car il était tombé dans le lac. Draco se prit la tête entre les mains de consternation. Après la chanson du Choixpeau, chaque élève fut réparti dans sa nouvelle maison. Pendant le festin, ils mangèrent tous de bon cœur, sauf Hermione qui refusa de toucher à son plat quand elle apprit que ceux-ci étaient confectionnés par des elfes de maison.

– Je ne vois pas pourquoi tu es surprise, fit remarquer Draco. Tu ne pensais quand même pas que la nourriture apparaissait comme ça, comme par magie, sans que personne ne la prépare ?

Pour la première fois depuis qu'il était à Poudlard, Harry trouva Hermione légèrement bête et naïve. Vexée pour une raison obscure, elle préféra sortir un livre.

– Ne pas manger n'améliorera pas leur qualité de vie, ajouta Ron.

Mais Hermione fit semblant de ne pas l'avoir entendu.

– Nous voilà donc tous rassasiés, prononça Dumbledore lorsque toutes les assiettes furent vides. Quelle joie de tous vous revoir en bonne santé après des vacances bien méritées. Je vais faire quelques petits rappels formels pour les nouveaux venus : la forêt est interdite à tous les élèves et l'accès à Pré-au-Lard ne se fait que par autorisation à partir de la troisième année. Désormais, je dois vous annoncer que la coupe de Quidditch de cette année est annulée (des vagues de protestations secouèrent la Grande Salle et Dumbledore laissa les élèves conspuer pendant une bonne minute). Mais les examens de fin d'année seront, eux aussi, annulés. (Les expressions renfrognées se changèrent en visages réjouis). Cela étant dit, l'année scolaire ne sera pas dépourvue d'événements. En effet, nous avons la chance cette année de participer au Tournoi des Trois Sorciers ! Cette compétition internationale opposant trois écoles de sorcellerie d'Europe n'a pas eu lieu depuis au moins un siècle. (Fred et George semblaient au comble de l'extase) Ces écoles sont bien évidemment le collège Poudlard, mais aussi l'académie Beauxbâtons et l'institut Durmstrang. (À ce nom, Draco se figea sur place) Chaque école accueillait le tournoi à tour de rôle tous les cinq ans et tout le monde y voyait un excellent moyen d'établir des relations entre jeunes sorcières et sorciers de différentes nationalités – jusqu'à ce que le nombre de morts devienne si élevé que la décision fut prise d'interrompre le tournoi. (Hermione tressaillit au mot « mort ») Originellement, le Tournoi se déroulait dans l'une des écoles tout au long de l'année, accueillant alors les élèves étrangers. Mais, par souci d'équité et de courtoisie, nous avons décidé de changer les règles ! Cette fois-ci, chaque école accueillera une épreuve. La première épreuve se passera donc à Poudlard, la seconde à Durmstrang puis la dernière à Beauxbâtons. Les délégations des écoles étrangères arriveront au mois d'octobre puis nous procéderons à la sélection des champions, mais il devra avoir au moins dix-sept ans (Des cris indignés secouèrent la salle). Le gagnant remportera une gloire éternelle et un sac de mille gallions. La future championne ou le champion de Poudlard sera accompagné dans ses déplacements de plusieurs de ses camarades, moi-même, ainsi qu'un auror émérite, qui a bien voulu sortir de sa retraite l'espace d'un an pour encadrer cet événement exceptionnel. Je vous demande d'acclamer Alastor Maugrey.

Un homme se tenait sur le seuil, appuyé sur un grand bâton et enveloppé d'une cape de voyage noire. Toutes les têtes se tournèrent vers le nouveau venu, soudain illuminé par un éclair qui zébra le plafond magique. L'homme ôta son capuchon, secoua une longue crinière de cheveux gris sombre, puis s'avança en direction de la table des professeurs. Un claquement sourd, régulier, résonnait en écho dans la Grande Salle, ponctuant ses pas. Lorsqu'il eut atteint l'extrémité de la table des professeurs, il se dirigea vers Dumbledore d'un pas lourd et claudicant. Un autre éclair illumina le plafond et Hermione eut un haut-le-corps. Son physique était atypique. Harry n'avait jamais vu une chose pareille.

– Papa le connaît assez bien, murmura Ron à son oreille. Il a été placé à la retraite de force, car il devenait paranoïaque au point d'agresser ses collègues.

Dumbledore serra vigoureusement la main de Maugrey. Ce dernier se tourna vers l'ensemble des élèves, et son œil magique tournait dans tous les sens, comme s'il essayait de retenir les visages de tout le monde à la fois.

– Maugrey veillera personnellement à la sécurité de notre champion lors des épreuves. Même s'il n'est pas professeur, il séjournera avec nous à Poudlard cet automne. Je compte donc sur vous pour le traiter avec le plus grand respect...

Harry doutait sérieusement qu'un seul élève dans cette école soit suffisamment bête pour chercher des noises à ce curieux personnage.

– … Je vois bien des mines fatiguées. C'est l'heure pour vous de rejoindre vos dortoirs. Bonne nuit.

Les élèves eurent quelques réticences à quitter la Grande Salle tandis que de nombreuses questions leur brûlaient les lèvres. Qui sélectionnerait les champions ? Combien d'élèves pourront partir à l'étranger avec le champion de Poudlard ? Qu'est-ce que cela ferait d'être couvert d'une gloire éternelle ?

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Merci beaucoup de votre fidélité. Je ne peux toujours pas répondre à vos merveilleux commentaires à cause de mon emploi du temps surchargé. J'essaie de me faire pardonner en postant le plus régulièrement possible. Je vous prépare tout plein de nouveautés et j'espère que cela vous emballera tout autant,

D.