Posté le : 5 Mars 2015. Le prochain chapitre est susceptible d'arriver très vite après cette publication ! Je remercie la générosité avec la générosité, donc n'hésitez pas à commenter !
La gagnante de la loterie était Light Hane. Elle a donc pu profiter de ce chapitre environ une semaine en avance. Je vous remercie pour toutes vos particpations. Je ne peux toujours pas répondre à vos reviews, car je suis surbookée. J'aimerai vraiment le faire, mais faut croire que c'est devenu un luxe. Je me souviens avoir adoré la rédaction de ce chapitre car on entre vraiment dans l'ambiance du tournoi. Je vous préviens : on verra de nouveaux personnages (qui seront utilisés dans les T5 et T6, sûr). J'espère sincèrement que vous apprécierez la tournure que prend l'intrigue.
Bonne lecture,
D Would.
p-s : Le site subit une sorte de bug car ma mise en page part à chacune de mes tentatives.
Tome 4 : « Draco Malfoy et l'ombre de Durmstrang »
PARTIE II
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Chapitre : « Le Tournoi des Trois Sorciers »
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Le lendemain matin, l'agitation était telle au petit-déjeuner que Rogue dû réclamer le silence en passant entre les tables. Cela n'empêcha pas Fred et George de se chuchoter des astuces afin de se vieillir suffisamment d'ici la sélection des candidats. Hermione discutait avec Draco de la condition des elfes de maison :
– …Et ça ne te fait rien d'avoir un esclave chez toi ? demanda-t-elle en fronçant les sourcils. Vraiment rien ?
– Laisse-le tranquille, Hermione, dit Ron, la bouche pleine. Draco n'est pas le responsable de tout ça, donc arrête de le faire culpabiliser pour rien. Et puis, les elfes de maison aiment leur vie, ils aiment servir.
– C'est n'importe quoi ! Je suis sûre que si on leur laissait le choix...
– Tu as bien vu Winky, l'elfe de Mr Croupton, fit remarquer Ron d'un ton égal. Elle était inconsolable quand elle est devenue libre. Il n'y a rien de pire pour eux. Ils sont méprisés des sorciers parce que cela veut dire qu'ils ont mal servi leurs maîtres, mais aussi de leur propre espèce ! Pour eux, les elfes libres sont des pestiférés.
Tout à coup, il y eut un bruissement d'ailes et des dizaines de hiboux et de chouettes s'engouffrèrent dans la Grande Salle. Neville reçut de sa grand-mère deux pyjamas qu'il avait oubliés chez lui, Hermione se fit livrer un exemplaire de la Gazette du Sorcier, Draco trouva son habituel colis de friandises et Harry une lettre de Sirius.
Harry,
Je m'excuse de te répondre seulement maintenant. J'ai passé énormément de temps au Ministère à signer de la paperasse et à faire des témoignages fastidieux au bureau des Aurors. Mais tout ceci est terminé. Je peux enfin me concentrer sur des choses bien plus essentielles, comme toi et ta cicatrice. A-t-elle recommencé à te faire mal comme cet été ? Qu'as-tu vu dans ton rêve, précisément ? Étais-tu à la place d'un observateur neutre ou un des personnages de ton rêve ? Ce ne sont pas des choses à prendre à la légère. Je vais immédiatement en avertir Dumbledore afin d'obtenir quelques conseils. Reste sur tes gardes et continue de m'avertir des moindres changements.
Affectueusement,
Sirius
Harry fourra sa missive dans son sac avant même que Draco ne puisse la voir. Inutile de l'inquiéter. Il était toujours aussi préoccupé lorsque sa classe rejoignit la serre numéro trois pour le premier cours de Botanique de l'année. Draco se mit en binôme avec Neville qui semblait dans son élément. Ils recueillirent du pus de Bulbobulbs et l'équipe ayant rempli le plus de bouteilles gagnerait une chocogrenouille chacun.
Harry et Hermione, qui travaillaient ensemble, arrivaient péniblement à bout de la seconde. À leur droite, Dean et Ron semblaient si concentrés par leur tâche qu'ils avaient réussi à en remplir trois. Malheureusement pour eux, Neville et Draco étaient bien plus efficaces, car ils déposèrent devant Chourave sept bouteilles. Elle les récompensa d'une friandise. Draco nargua le reste de la classe en mangeant sa chocogrenouille tout en poussant des gémissements exagérés.
– C'est bon, c'est que du chocolat, maugréa Ron.
– Oui, mais c'est infiniment meilleur lorsque c'est gratuit.
À la sonnerie de la cloche, les Poufsouffle se dirigèrent vers le château pour le cours de métamorphose, tandis que les Gryffondor partaient vers la cabane de Hagrid. Quand les élèves de Serpentard furent tous au grand complet, Hagrid les fit approcher plusieurs caisses où des animaux répugnant rampaient en tout sens.
– Ce sont des Scroutt à Pétards, dit fièrement le garde-chasse.
Blaise plaqua sa main contre sa bouche d'horreur. Théodore se pencha outrageusement en avant comme s'il éprouvait un plaisir obscène à observer de près des choses atroces.
– Ils viennent d'éclore, ajouta Hagrid. Vous pourrez les élever vous-mêmes ! Ça sera votre projet du trimestre.
Hermione et Draco échangèrent un regard atteré.
– Et pourquoi on aurait envie de s'occuper de ces sacs à merde ? dit bien fort Blaise.
– Pas de juron ! vociféra Hagrid. Un point en moins pour Serpentard.
– On ne t'en veut pas, susurra Tracy Davis. Ça en valait largement la peine...
Blaise se décala de deux pas vers la droite, tout en gardant ses bras croisés contre sa poitrine. Apparemment, il évitait tout contact avec Tracy qui semblait légèrement l'intimider.
– À quoi servent ces bêtes-là ? formula Pansy, dédaigneusement. Ils savent faire autre chose que de grouiller de partout et de pondre des œufs ?
Hagrid sembla réfléchir intensément.
– Ça, ça se sera pour la prochaine leçon. Aujourd'hui, il faudra uniquement les nourrir. Répartissez-vous par groupe de cinq et essayez de voir ce qu'ils préfèrent parmi les ingrédients que j'ai apporté.
Pansy empoigna le bras de Draco avec force et l'éloigna des autres. Ils essayèrent pendant vingt minutes de retenir l'attention des Scroutt à Pétard en agitant des asperges, des foies de grenouilles ou encore des poignées de blés. Mais cela semblait peine perdue.
– Ce cours ne rime à rien, soupira Blaise. Ces bestioles n'ont pas de bouche pour se nourrir de toute façon. C'est comme essayer de retrouver sa route dans la barbe de Dumbledore, ma foi !
Tracy hurla d'un rire tonitruant qui fit peur à Blaise. Ce dernier se ratatina sur place. À quelques mètres de là, Ron tabassait un Scroutt à Pétard avec une botte de carottes pour qu'il les avale.
– Stop, stop, stop, s'impatienta Hermione. Tu vas finir par blesser quelqu'un.
Seamus ricana.
– Il faut le laisser venir à toi, ajouta-t-elle. Regarde.
L'étrange créature se déplaça jusqu'à eux, tourna autour des carottes, puis finit par les dédaigner en une légère détonation. À la fin du cours, aucun des Scroutt à Pétard n'avait avalé quoi que ce soit.
– Peut-être qu'ils préfèrent seulement la chair humaine, suggéra sérieusement Théodore.
Hagrid sembla considérer cette option puis la cloche sonna. La classe marcha en direction du château pour le déjeuner.
– Au moins, soupira Ron, ils ne sont pas très grands.
– Pour l'instant, nota Hermione. Je crois que Blaise a raison. Il ne vaudrait mieux ne pas encourager la croissance des Scroutt tant qu'on n'en sait pas plus sur leur compte.
Le cours de divination fut un véritable enfer. Le professeur Trelawney leur donna un devoir très long et compliqué à faire sur l'affectation des planètes dans leur quotidien. Alors qu'ils étaient dans leur salle commune à commencer leur exercice, Draco découvrit que son satellite de prédilection serait Uranus. « Je pense que ça veut dire que j'aurais beaucoup de succès avec les garçons », déduisit-il en l'écrivant soigneusement dans son cahier. Hermione pouffa de rire, le nez dans son grimoire d'arithmancie. Subitement, Lee Jordan arriva avec un large sourire aux lèvres.
– Maugrey a transformé Flint en cochon de mer ! cria-t-il.
– Quoi ? s'étonnèrent plusieurs élèves en se retournant comme un seul homme.
– Il voulait lancer un maléfice à Angelina derrière son dos. Mais Maugrey l'a vu ! Il lui a lancé un mauvais sort et il était là, gigotant dans sa propre bave. C'était hilarant...
Harry et Ron se lancèrent un sourire ravi.
– … Mais le professeur MacGonagall est arrivé. Elle a coupé court à la plaisanterie. En tout cas, je crois que Colin a réussi à prendre une photo.
Lee en fit le récit bien plus détaillé à un groupe de filles impressionnables.
– J'aimerai bien croiser Maugrey dans les couloirs, dit Ron, d'un ton rêveur. C'est dommage qu'il ne nous enseigne rien. J'en suis sûr qu'un chasseur de mages noir comme lui aurait plein de choses à nous apprendre.
– Sans doute, admit Hermione. Mais, il est un peu particulier, tu ne crois pas ?
– Mon père ne l'aime pas du tout, ajouta Draco. Il dit que c'est un maniaque de la baguette magique, et qu'il pourrait déceler une menace de mort dans le glaçage d'un gâteau d'anniversaire.
– C'est vrai qu'il aurait pu faire un très bon professeur, accorda Harry. Pourtant, je préfère de loin Lupin. Je me demande ce qu'il nous réserve pour demain.
Mardi, Lupin les accueillit avec son habituelle bonne humeur dans sa salle de classe du troisième étage. Il s'assit sur son bureau et prit quinze minutes pour savoir ce qu'ils avaient fait de leurs vacances. Seamus parla aussitôt de la Coupe du Monde. Pendant tout son récit, Draco avait l'air profondément mal à l'aise.
– L'important, c'est que vous soyez tous ici en bonne santé, conclut Lupin.
– Et vous, qu'est-ce que vous avez fait pendant vos vacances ? risqua Dean.
– Eh bien, j'ai aidé un très vieil ami à déménager.
Lupin accorda un clin d'oeil à Harry. En effet, pendant les vacances scolaires il leur avait souvent rendu visite à Sirius et à lui. Au début, cela lui fit tout drôle d'avoir un de ses professeurs juste sous son toit, à partager un repas avec lui. Cependant Harry s'habitua très vite à sa présence. Lupin était vraiment quelqu'un d'exceptionnel et il avait toujours des histoires intéressantes à raconter.
– Nous commencerons l'année scolaire en nous intéressant aux objets ensorcelés, et plus particulièrement ceux contenant de la magie noire. Il est important dans la vie d'un sorcier de pouvoir distinguer un objet tout à fait inoffensif d'une arme mortelle. C'est pourquoi vous ouvrirez votre manuel à la page 12 et lirez l'introduction prévue à cet effet. Ensuite, nous discuterons ensemble de moyens efficaces pour détecter de la magie noire dans une pièce.
Ron, qui avait oublié son livre, suivait avec Harry. À la fin de leur lecture, le professeur Lupin les interrogea :
– Alors, qui peut me citer des objets magiques pouvant détecter de la magie noire ?
– Une glace à l'ennemi, prononça Pansy sans même lever la main.
– Oui, une glace peut servir. Qui d'autre ?
– Un strutoscope, formula Harry. Ron m'en a offert un pour mon anniversaire.
Les deux garçons échangèrent un sourire complice. Draco les regarda d'un air mauvais, du coin de l'oeil.
– Un strutoscope est un objet hautement recommandé dans ce genre de situation, précisa Lupin. Il en existe de plusieurs types, qu'ils soient portables ou fixes. Les fixes sont plus encombrants, mais généralement plus puissants grâce à leur parabole.
Lupin agita sa baguette magique et un gigantesque strutoscope apparut sur son bureau. Il leur montra les diverses parties de l'instrument puis leur apprit une formule magique.
– Prononcez « Malicia Revelio ! », sans baguette d'abord.
– Malicia Revelio, s'écria en choeur l'ensemble de la classe.
– Bien, très bien. Le mouvement de baguette est un petit cercle avec le poignet. Aussitôt, les objets ensorcelés se révèleront à vous. Mettez-vous par groupe de quatre maintenant. Vous allez chercher les objets magiques que j'ai caché un peu partout dans la classe. Normalement, il y en a un par équipe. Dès que vous l'avez trouvé, vous me le ramènerez. Quand tout le monde aura récupéré son objet, le strutoscope – que je vais allumer – arrêtera de sonner. C'est compris ?
Les élèves furent véritablement enthousiastes à l'idée de se prêter à l'exercice. À la fin, tout le monde fut récompensé avec un carré de chocolat. Draco nargua Ron en prétextant que le sien était plus gros. Tracy Davis demanda à le voir de plus près puis le goba alors que Draco regardait ailleurs.
– Professeur, Tracy a mangé mon chocolat ! se plaignit Draco à la fin du cours, comme s'il n'était qu'un enfant de cinq ans.
– Je suis désolé, mais je n'en ai plus.
Draco fit volte-face, bouillonnant de rage. Il lança un regard assassin à Tracy puis quitta à la sonnerie la salle de classe en de furieuses enjambées.
– Tu vas le payer, maugréa Ron en rangeant son cahier.
– Je m'en fiche, formula Tracy.
– Réellement le payer, appuya-t-il. Il a une très bonne mémoire lorsqu'il s'agit de vengeance. Il peut retenir ça en lui pendant des années, et au moment où tu ne t'y attendras pas... Boum ! Ça te tombera dessus (Ils se dirigeaient vers la bibliothèque pour potasser leur livre de botanique) Un jour, poursuivit Ron tandis qu'ils étaient sur le Grand Escalier, je lui ai mâchonné un stylo qu'il m'avait prêté en deuxième année. Il était fou de rage. Puis pour mes treize ans, Draco m'a envoyé une boîte de crayons mordeurs avec un mot. Il avait écrit en grosses lettres « La prochaine fois, tu prendras soin de tes affaires, idiot ! ». Il est fou, moi j'te le dis.
– Oh, j'ai vu pire du côté des Serpentard, affirma Tracy. Théodore Nott est pas mal dans le genre complètement taré. On ne dirait pas comme ça, mais je crois qu'il a un grain.
Hermione pouffa légèrement. Mrs Pince était à son bureau, étudiant avec une loupe un antique parchemin que lui rendait un élève passablement nerveux. Elle semblait y chercher des traces de doigts.
Tracy, Ron, Harry et Hermione s'installèrent à une table près d'une fenêtre. Le devoir de Chourave constituait de remplir les encadrés vides de l'herbier qu'elle leur avait distribué la veille. Tracy bâillait sur sa copie, tout en jetant des regards en biais sur ce qu'écrivait Hermione. Cette dernière finit par ranger son herbier puis sortit une boîte métallique.
– Qu'est-ce que c'est ?
– Ça, dit-elle fièrement à l'adresse de Ron, c'est sur quoi je travaille depuis quelques jours.
Elle l'ouvrit, et à l'intérieur une cinquantaine de badges portaient les lettres « S.A.L.E. » miroitant au gré des rayons du soleil.
– Sale ? dit Tracy, d'un air interrogateur. Qu'est-ce qui est sale ?
– Pas sale, s'impatienta Hermione, agacée. Il faut bien prononcer chaque lettre. Ça donne la S-A-L-E : Société d'Aide à la Libération des Elfes.
– Jamais entendu parler, baragouina Ron.
Tracy éclata de son habituel rire tonitruant. Le préfet-en-chef de Serdaigle vint réclamer le silence.
– Ma parole, Granger, ne me dit pas que tu as perdu de ton temps libre pour ça. (Elle désigna du doigt les badges) Même Eloïse Midgen ne voudrait pas porter un truc pareil.
Hermione referma sa boîte d'un claquement sec.
– Harry, toi, tu sais que c'est mal, n'est-ce pas ? Tu comprends que la libération des elfes est quelque chose d'important (Tracy se retenait de rire, s'étouffant avec sa salive) Si tu adhères au groupe, nous serons désormais deux. Ron et Draco pourront aussi venir nous aider.
– Je doute que Draco veuille bien rejoindre ton groupe, Hermione, dit Harry. Il a lui-même un elfe, tu sais.
– C'est parfait ! s'écria-t-elle. Il n'aura qu'à le libérer dans la salle commune, comme une démonstration.
– Hermione, tu as bien vu son père, raisonna Ron. Jamais il n'acceptera de se débarrasser de son serviteur aussi facilement. C'est un Malfoy ! Et de toute façon, Lucius Malfoy pense comme la totalité des sorciers. Les elfes adorent servir ! Ils ne vivent que pour ça.
– À ton avis, Granger, qui lave en ce moment même tes culottes sales ? nargua Tracy avec un sourire mutin.
Mais Hermione fit semblant de ne pas l'avoir entendue. Elle se tourna vers Harry qui était à côté d'elle, ignorant royalement Ron et Tracy pourtant assis juste en face.
– Tu pourras être le grand argentier. Tu garderas les dons qu'on recevra et gèreras les cartes d'inscription. Notre objectif à court terme, c'est d'obtenir la condition de salariés pour les elfes et de leur offrir des congés payés, une retraite et une assurance maladie...
– Des congés payés ! répéta la Serpentard, les larmes aux yeux et prises de spasmes incontrôlables.
Tracy rigolait si fort à présent qu'elle s'écroula sous la table. Une élève de septième année, complètement agacée, lui envoya un sortilège de Silence. Tracy continuait de remuer la bouche, mais aucun son n'en sortait. Ron, commença à son tour à rire. Harry lui-même éprouvait du mal à conserver son sérieux.
– … Notre objectif à long terme, continua Hermione, sera la modification de la législation à propos des porteurs de baguette et la nomination d'un elfe à la comission de régulation des créatures magiques !
Tracy se cramponnait désormais à la table pour remonter sur sa chaise. Son visage était rouge.
– Et comment on fait tout ça ? demanda Harry.
– Il faut recruter des membres. Plein de membres !
Les effets du sortilège de mutisme s'étaient dissipés.
– C'était amusant, mais je crois que je vais y aller, dit Tracy en rassemblant ses manuels. Je vais terroriser des premières années dans les cachots. À plus tard.
– Où est Draco ? s'étonna Harry.
– Sûrement quelque part, à fomenter une vengeance contre Tracy, dit calmement Ron en trempant sa plume dans de l'encre émeraude.
Le mois d'octobre passa si vite qu'il fut presque surpris de trouver un matin une pancarte annonçant la venue imminente des écoles étrangères.
TOURNOI DES TROIS SORCIERS
Les délégations de Beauxbâtons et Durmstrang arriveront ce vendredi 30 octobre à 18H. En conséquence, les cours finiront une demi-heure plus tôt que d'habitude.
Le plus fantastique dans tout ça, c'est qu'ils allaient rater une partie du cours de Rogue. Les élèves, tous comme les professeurs, furent pris d'une effervescence sans pareille. Le château fut nettoyé du sol au plafond. Même Hagrid mit de l'huile de moteur dans ses cheveux pour paraître plus soigné qu'à l'ordinaire. Pansy Parkinson s'était lancée un sortilège de maquillage éblouissant qu'elle ne maîtrisait pas, faisant alors disparaître son nez.
Mrs Pomfresh, qui était débordée, lui avait recommandé de porter un cache-nez en attendant de trouver une solution, ce qui amusa profondément Tracy Davis. Les pronostics allaient bon train sur quels élèves pourraient représenter Poudlard lors de cette compétition à haut risque et nombreux étaient ceux se pavanant dans l'école dans l'espoir d'attirer l'attention de leurs camarades.
Blaise Zabini, qui était pourtant très loin de l'âge légal de participation, avait déjà créé des banderoles et des tee-shirts à son nom que portaient une ribambelle de filles stupides de Serpentard. La plupart du temps, elles paradaient en groupe dans le château en scandant son nom, le poing levé en l'air. Même Ron avait envisagé de s'inscrire, s'il avait trouvé un moyen de détourner la limite d'âge. Draco, lui, s'était enfermé dans un mutisme presque inquiétant lorsqu'on savait qu'il aimait par-dessus tout faire la conversation. Dès que quelqu'un prononçait le nom « Durmstrang » à ses côtés, il sursautait ou faisait semblant de se trouver une occupation.
– Tu ne trouves pas qu'il est bizarre, dit Ron le matin du vendredi 30. Il n'arrête pas de... de... faire comme si tout ça lui était parfaitement égal.
– Il a peur, devina Hermione en ajustant son badge S.A.L.E. Vous vous souvenez, son père l'a menacé plusieurs fois d'aller à Durmstrang. Il lui a raconté des choses horribles sur cette école. Alors, je crois qu'inconsciemment Draco redoute vraiment de les voir débarquer.
Draco arriva à la table des Gryffondor, de grosses cernes sous les yeux. Il semblait d'une humeur massacrante. Il attrapa un toast, et le beurra d'un air amorphe. Il tourna sa tête vers Hermione, puis regarda son badge avec une infinie répugnance.
– Ne me dis pas que tu comptes réellement te balader avec ça ? Même aujourd'hui !
– Bien sûr que oui. Pourquoi ça te poserait un problème ?
– Parce que ton association, c'est vraiment n'importe quoi.
Harry se crispa. Le légendaire franc-parler de Draco faisait suffisamment de dégât en temps normal pour qu'une dispute éclate dans leur groupe alors que tout le monde ferait la fête. Toutefois, Harry devait admettre que Hermione dépassait les bornes avec la S.A.L.E.
Elle harcelait pratiquement certains élèves pour rejoindre son œuvre de bienfaisance. Quiconque aurait l'audace de prendre cela pour une aimable plaisanterie ou décréter qu'elle avait tort, était aussitôt fiché comme insensible et esclavagiste. Elle avait été si désagréable avec tout le monde que même Harry n'appréciait plus de lui accorder la parole si c'était pour recevoir une leçon de morale.
– Ce n'est pas n'importe quoi, Draco, répliqua-t-elle en lui lançant un regard courroucé. Ceci est notre futur. Est-ce que tu veux évoluer dans une société où les sorciers ne font qu'écraser les autres créatures sous prétexte que... qu'ils ont une baguette magique !
– Hermione, rétorqua-t-il. Des sorciers bien plus âgés et bien plus compétents ont tourné en tout sens la question et ce, des années avant ta naissance ou que tu entendes parler de ce monde. Pourquoi il est impossible pour toi de comprendre quelque chose d'aussi simple que ça ? Les elfes de maison aiment leur statut.
– C'est vrai, appuya George qui avait entendu toute la conversation. Avec Fred, on a rencontré les elfes de maison de Poudlard. Ils sont toujours ravis de nous accueillir. Ils pensent faire le plus beau métier au monde.
– Ça, c'est parce qu'ils n'ont pas d'éducation et ont subi toute leur vie un lavage de cerveau !
– Ah, oui, évidemment ! s'emporta Draco en levant les bras au ciel. Pauvres petites créatures persécutées qui n'ont attendu que la naissance de l'Élue Hermione Granger pour les délivrer. Ils n'attendent que toi, c'est sûr. Toi la gentille fille parfaitement éduquée qui va apporter la libération ! C'est n'importe quoi, répéta-t-il. Vraiment n'importe quoi.
Hermione se mordait les lèvres et semblait trembler de fureur.
– Tu n'as aucune idée de ce à quoi tu contribues, martela-t-elle.
– Et toi, tu n'as strictement aucune idée d'où tu mets les pieds. Je suis désolé Hermione, mais même si nous sommes tous les deux sorciers, que tu es certes très brillante, il y a plein de choses que tu ne comprendras jamais ou très difficilement. C'est comme ça. Les elfes de maison font partie de notre système. Peut-être que chez les moldus les choses sont différentes, mais tu ne peux pas transposer vos lois ici en espérant que tout le monde y adhère d'un simple coup de baguette magique !
Ron observait la scène d'un air abasourdi.
– Alors ça te suffit de voir ton elfe malheureux ? Tu ne veux pas le libérer ?
– Mon elfe de maison a un toit au-dessus de sa tête, de quoi manger et se réchauffer. Tu parles à tort et à travers de les libérer, mais est-ce que tu sais ce qui arrive aux serviteurs qui n'ont plus de maître ? Est-ce que tu sais vraiment ce qui va se passer pour tes gentils petits elfes ? Ça, je ne crois pas. Parce que si tu le savais, tu ne leur souhaiterais pas la liberté. Un vrai défenseur des droits se préoccupe d'abord de ce qui sera avantageux pour la cause qu'il défend et non pas en suivant ses petites ambitions personnelles. Il est hors de question que je libère Dobby uniquement pour que tu puisses mieux dormir ce soir !
– Parfait !
Hermione ferma brutalement le grimoire ouvert sur ses genoux puis quitta la Grande Salle sans avoir touché à son petit-déjeuner. Harry jeta une oeillade pleine de culpabilité vers Draco qui se contenta de hausser des épaules et de se servir dans la salade de fruits.
Au cours de métamorphose, Hermione était déjà assise à côté de Neville quand les autres arrivèrent à leur tour. Draco alla rejoindre Théodore Nott, au fond de la salle tandis que Ron et Harry s'installaient un peu plus loin. La leçon du jour consistait à transformer un hérisson en pelote d'aiguilles. Pendant toute la leçon, Draco murmurait des choses à l'oreille de Théodore qui faisait semblant d'exécuter le sort au-dessus de son hérisson.
En se retournant, Harry s'aperçut que Théodore avait l'air circonspect, puis jetait des regards calculateurs vers Hermione au premier rang. Quand le professeur MacGonagall arriva enfin à leur hauteur, Draco fut tellement surpris de la voir qu'il transforma son hérisson en porc-épic. L'enseignante lui demanda de se concentrer.
– Je reviendrai dans dix minutes voir si vous y arrivez, Malfoy, formula-t-elle en repartant vers Dean et Parvati.
Mais ni Draco, ni Théodore ne semblaient avoir retenu ce qu'elle venait de dire. Ils continuaient à se murmurer des choses tout en se regardant parfois dans le blanc des yeux avec une mine sinistre.
En cours de Soin aux Créatures Magiques, les choses ne s'arrangèrent définitivement pas. Hermione, qui faisait équipe avec eux, eut du mal à éviter Draco si bien qu'elle ne parlait que dans l'absolu nécessaire et avec une certaine raideur. Mais le pire dans tout ça, était de voir un peu plus loin Théodore Nott qui murmurait à l'oreille de Zabini, puis Zabini chuchoter quelque chose à Pansy et ainsi de suite. Quand vint le tour de Tracy Davis, celle-ci dit un peu plus fort :
– … Oui, j'étais au courant. Elle n'a pas la tête sur les épaules.
Les Scroutts à Pétard faisaient maintenant la taille d'un mollet et se battaient les uns avec les autres. Celui de Ron se servait de son dard pour impressionner les autres en le gonflant.
– Il est vraiment très fort, se réjouit Ron.
– Ou il en a juste une très grosse et veut le faire savoir, commenta Blaise d'une voix forte.
Tracy Davis hurla de rire tandis que Ron devenait cramoisie. À la fin du cours, ils rangèrent les Scroutts dans leur boîte puis repartirent vers le château pour le déjeuner. Ensuite, ce fut au cours de Rogue qui leur demanda de réaliser une potion de ratatinage. Draco rejoignit Harry à leur paillasse habituelle et versa de l'eau dans son chaudron.
– Alors, qu'est-ce que tu leur as dit ? persifla Harry.
– De quoi ?
– Au sujet de Hermione ! Je sais que tu en as parlé aux Serpentard. (Silence) De toute manière, tu n'as pas été discret.
– Je ne comptais pas être discret. Et je n'ai pas dit du mal d'elle si c'est ce que tu sous-entends. Je leur ai juste parlé de son association sur les elfes. Ils auraient bien fini par tous l'apprendre vu qu'elle s'exhibe avec son badge un peu partout.
– Ce n'est pas une raison pour l'enfoncer, et de surcroît derrière son dos !
– Silence ! aboya Rogue. Mettez votre nez dans votre chaudron, Potter, au lieu de lamentablement essayer de voler la solution aux autres.
Harry était furieux. Il le fit savoir à Draco en l'ignorant volontairement. Sa potion arborait une horrible teinte aubergine tandis qu'elle devait être grise. Heureusement, la cloche sonna et Rogue n'eut le temps de lui faire aucun commentaire désobligeant. Ils furent autorisés à laisser leurs affaires ici et les récupérer le lendemain. Rogue les fit se mettre en rang et tout le monde rejoignit le hall. Chourave, ainsi que la plupart des Poufsouffle, étaient déjà sur les marches à attendre.
– Les premières années, mettez-vous devant, ordonna la directrice adjointe. Crivey et Finnigan, allez vous mettre devant également. Vous êtes plus petits que les autres.
Seamus marmonna un juron puis se faufila entre des cinquièmes années pour rejoindre les plus jeunes de l'école. La soirée était fraîche et lumineuse. Ils n'auraient pas pu rêver mieux. Dumbledore était sur la pelouse. Il fixait le ciel où le crépuscule chutait peu à peu, pour que ses dernières lueurs s'évanouissent dans les reflets du lac. Tout le monde se demandait quels moyens de transport allaient utiliser les écoles étrangères. La réponse qui courrait sur les lèvres depuis quelques jours était la Poudre de Cheminette. Mais Hermione ne semblait pas de cet avis :
– Ils voudront certainement nous en mettre plein la vue.
Aussitôt, un gigantesque carrosse bleu pastel tiré par des chevaux anormalement grands et imposants fila à travers le ciel et atterrit à grand fracas sur la pelouse du château. Les élèves du premier rang durent reculer sur la seconde marche tant les chevaux prenaient de la place. C'était des palominos beiges, légèrement dorés, qui avaient la taille d'un éléphant. Ils hennissaient d'impatience.
Un garçon en robe de sorcier bleu clair sauta adroitement du carrosse puis déroula un marche-pied d'une taille démesurée. Une dame incroyablement grande, plus grande encore que Hagrid, sortit du carrosse. Ron poussa une exclamation surprise tandis que la directrice de Beauxbâtons se déplaçait avec une certaine grâce jusqu'à Dumbledore qui lui fit un baisemain.
– Ma chère madame Maxime, je vous souhaite la bienvenue à Poudlard !
Les élèves applaudirent bruyamment. Harry sentit le coude osseux de Rogue s'enfoncer dans ses côtes pour qu'il fasse de même.
– Merci Dumbledore, dit-elle d'une voix grave et avec un fort accent français. Je vous présente mes élèves.
On ne les avait pas remarqués tant ils semblaient petits aux côtés de Madame Maxime. Pourtant, la plupart d'entre eux devaient avoir plus de dix-sept ans. Ils devaient être une douzaine, garçons et filles, à se tasser les uns contre les autres tant ils faisaient froid. En effet, les filles portaient des jupes assez courtes et faites en mousseline, tandis que les garçons avaient leur robe de sorcier ouverte sur un costume taillé dans une matière fine comme de la soie. Harry aurait presque eu pitié d'eux, si ces derniers ne jetaient pas des regards austères vers le château. Flitwick agita sa baguette magique et des manteaux d'hermine apparurent comme par magie sur leurs épaules.
– Je veux le même, professeur, geignit Draco. Ça ira avec mes cheveux...
– Cessez de vous donner en spectacle, Malfoy, grinça McGonnagal qui était juste derrière eux.
Draco donna un coup de pied dans un caillou, l'air contrarié. La délégation de Durmstrang arriva dix minutes plus tard. Un bateau de toute splendeur émergea des profondeurs du lac. Il était tout de même difficile d'en deviner les contours puisque la nuit commençait à durablement s'installer. Les élèves de Durmstrang quittèrent leur vaisseau par une passerelle, tous parfaitement alignés les uns derrière les autres et avec une démarche quasi militaire. Draco frissonna.
Les élèves de Durmstrang, pour la majorité des garçons, étaient entièrement vêtus d'épaisses fourrures, des bottes arrivant juste sous le genou, de surcot grenat, de gants en peau de dragon et coiffés d'une chapka. L'unique fille de la délégation de Durmstrang portait le même uniforme que ses homologues masculins, à une différence près, ses boutons de manchette étaient argentés et non dorés. Ses cheveux étaient maintenus en une queue de cheval lui donnant des allures sévères. Pourtant, elle adressa un sourire ravi aux élèves et semblait être émerveillée de voir Poudlard pour la toute première fois.
Malgré cette petite frivolité, les élèves de Durmstrang s'alignèrent à la perfection, le menton légèrement levé et les bras le long du corps. Harry comprenait mieux pourquoi Draco avait pleuré en pensant se rendre dans cette école... Le directeur était grand et mince. Il possédait un bouc audacieux qui s'entortillait sur son menton. Il serra la main de Dumbledore avec un peu trop d'énergie pour que cela paraisse naturel.
– Ah, Igor Karkaroff et ses élèves.
– Dumbledore ! Quelle joie de vous revoir. Quelle joie !
Ses yeux noirs et froids s'attardèrent tantôt sur les élèves, tantôt sur les professeurs. Pendant un instant son regard se posa sur Harry, qui se tenait juste auprès de Rogue. Puis Karkaroff reporta son attention sur Dumbledore.
– Pourrons-nous rentrer tout de suite ? Viktor a un peu froid.
Un garçon que Harry reconnut entre mille s'avança. Ron émit un son entre le glapissement et l'étranglement.
– C'est lui ! C'est Viktor Krum.
– Contenez votre joie, Weasley, persifla Rogue, vous risquez de vous faire dessus.
Draco se hissait sur la pointe des pieds pour mieux l'apercevoir.
– Pour l'amour du ciel, Ron, c'est un simple joueur de Quidditch, répliqua Hermione.
– Un simple joueur de Quidditch ? s'exclama Ron en la regardant comme s'il n'en croyait pas ses oreilles. Hermione, c'est l'un des meilleurs attrapeurs du monde ! Je ne me serais jamais douté qu'il faisait encore ses études !
Colin regretta d'avoir laissé son appareil photo dans son dortoir. Les élèves de Beauxbâtons étaient déjà assis parmi les Serdaigle. Ron batailla des coudes pour que les élèves de Durmstrang viennent avec eux, mais Viktor Krum était à celle des Serpentard, où Blaise Zabini arborait un si large sourire, qu'on voyait toutes ses dents. Il se penchait déjà vers Krum pour lui parler.
– Quel frimeur, marmonna Fred.
Les élèves de Durmstrang semblaient totalement conquis du décor. Ils pointaient du doigt le plafond enchanté ou encore les gobelets en or.
– Ils n'ont pas l'habitude, les pauvres, commenta Ginny qui s'était discrètement assise auprès de Harry. Ma cousine m'écrit parfois de là-bas. Au début, elle regrettait de ne pas être allée à Poudlard comme le restant de la famille.
– Vous avez une cousine à Durmstrang ? s'étonna Harry.
– Oui, elle s'appelle Mafalda et elle a exactement mon âge, certifia Ginny. Son père est un moldu. Papa adorerait le rencontrer, mais à chaque fois qu'il aborde le sujet, maman se fâche. Le père de Mafalda déteste la magie. Alors, il avait espéré que sa fille ne soit pas une sorcière comme sa mère... En fait, je crois que ça l'arrange que Mafalda soit à Durmstrang. Au moins, comme ça, il ne la voit que pour les vacances d'été.
– Et sa mère ? Elle était votre tante de quel côté ?
– C'était la petite sœur de maman. Elle est morte pendant la guerre, avec ses frères Fabian et Gideon. Mafalda venait tout juste de naître. Elle a le nom de famille des Prewett, car ses parents n'étaient pas mariés à l'époque. Ils avaient prévu de le faire quand tout serait terminé... Ils disaient que c'était inconscient de faire un mariage par des temps pareils. Maman en a toujours voulu au père de Mafalda de n'avoir rien organisé.
Harry eut un curieux sentiment de malaise. Sa vie était si semblable à celle de cette fille. Il se demanda si Mafalda ressemblait à ses cousins d'une manière ou d'une autre.
– Son père a eu un peu peur qu'elle ne soit pas prise à Durmstrang, poursuivit Fred, parce que là-bas, ils ne prennent pas les nés-moldus. Heureusement, Mafalda est de sang-mêlé et en plus très douée. Il faut passer un test compliqué pour entrer. Il y en a qui le tentent trois fois ! Mafalda l'a eu du premier coup.
– À quoi ressemble son père ? s'enquit Draco.
– Eh bien... (Fred regarda autour de lui) Il ressemble à ça, à Croupton !
Le directeur de la coopération magique internationale venait apparemment d'arriver, plus anxieux encore que le soir de la Coupe du Monde. Il balaya la grande salle d'un regard impérieux puis s'installa entre madame Maxime et le professeur Sinistra. Ludo Verpey fit une entrée bien moins discrète et tapa dans les mains d'élèves de septième année. Fred et George se redressèrent comme des chiens de chasse. Lorsque le calme fut enfin revenu, Dumbledore se leva et décréta le banquet ouvert. Des mets apparurent comme par magie, tous plus variés et appétissants les uns que les autres. Lupin mangeait tout en discutant avec Maugrey. Flitwick essayait de faire la conversation avec Karkaroff, mais ce dernier ne cessait de regarder Rogue, puis Maugrey, avec une anxiété mal contenue.
– Les elfes de maison se sont surpassés, constata Ron. C'est délicieux !
Hermione respira très fort, comme si elle luttait contre l'envie de dire quelque chose. Toutefois, elle s'en abstint quand Draco l'observa avec une lueur de provocation dans le regard. La plupart des plats venaient de pays étrangers, car Harry était bien incapable de les nommer. Une des filles de Beauxbâtons s'était levée et marchait droit dans leur direction.
– Vous avez fini avec la bouillabaisse ?
Ron bafouilla des idioties pendant des secondes horriblement interminables.
– Bon, je peux prendre le plat oui ou non ?
– Oui, dit Draco en lui tendant la soupière.
La fille s'en alla avec et Ron, tout comme Harry ne purent s'empêcher de la regarder s'éloigner. Ils n'étaient pas les seuls, apparemment. D'autres garçons se retournèrent sur son passage, la bouche légèrement entrouverte, comme s'ils n'avaient encore jamais vu de fille de toute leur vie. Draco soupira.
– Il ne manquait plus que ça : une vélane.
– Bien sûr que non que ce n'est pas une vélane. Elle est tout à fait normale et humaine.
– J'en doute.
– Draco a raison, accorda Ron. Elle n'est pas normale.
– Ah, oui, j'oubliais, s'écria Hermione. Draco a toujours raison pour vous.
– En tout cas, on en fait pas des comme ça à Poudlard, ajouta Ron comme s'il ne l'avait pas entendue.
– On en fait des très bien à Poudlard, se défendit Harry.
Draco s'arrêta en plein geste, sa cuillère à quelques centimètres de sa bouche.
– Ah bon ? s'étonna-t-il faussement. Et tu penses à qui comme ça ? (Harry resta silencieux) Tu m'ignores ? Très bien. Si tu refuses de me dire à qui tu penses, tu te débrouilleras tout seul au prochain cours de potion.
Harry semblait en plein dilemme.
– Très bien..., soupira-t-il, je trouve Cho Chang vraiment très jolie.
– Vraiment très jolie ? répéta Draco d'une voix atone. Pas juste jolie. Vraiment très jolie.
– Oh, ça va, s'impatienta Harry. C'est toi qui m'as demandé à quoi je pensais.
– Oui, c'est vrai. Mais je n'imaginais pas une seule seconde que tu m'éclabousserais de ton mauvais goût. Cho Chang ne sait rien faire d'autre que de chouiner. Et puis, elle n'est même pas belle ! Si je devais lui attribuer une note de 1 à 10, elle mériterait un 4... Et encore. Elle a eu le droit à un point uniquement parce qu'elle est légèrement plus intelligente que la moyenne.
– Tu dis n'importe quoi, riposta Harry.
– Quatre, c'est un peu sévère, raisonna Hermione.
– Je lui aurais mis un 7, marmonna Ron, la bouche pleine. Voire même un 7,5.
– Je trouve ça insultant que vous notiez les filles sur les critères de beauté, intervint Angelina, assise non loin et qui avait tout entendu.
– Oh, parce que toi tu ne fais pas la même chose lorsque tu reçois tous les vendredis ton exemplaire de Fier Sorcier ?
Angelina balaya ses propos d'un geste de la main.
– Ce n'est pas pareil.
Les plats furent désormais vidés et Dumbledore se racla la gorge pour attirer l'attention.
– L'heure est venue d'ouvrir la compétition. Mais avant cela, je vous présente deux de nos organisateurs du tournoi : Mr Barty Croupton et Mr Ludo Verpey (les élèves les applaudirent poliment). Ils feront partie du jury auprès des autres directeurs de chacune des écoles. À présent, Rusard, apportez le reliquaire...
Le concierge de l'école hissa sur la table un coffre en bois qui semblait extrêmement lourd. Harry trouva cela peu charitable de la part des enseignants de ne pas s'en être chargés eux-mêmes. Après tout, ils possédaient tous une baguette magique et auraient pu réaliser cette corvée en une seconde à peine.
-... Les trois champions, un pour chaque école, seront mis à l'épreuve au cours de plusieurs tâches. Celles-ci se dérouleront dans les différents établissements et à des dates espacées de plusieurs semaines. Les champions devront prouver leur bravoure, leur déduction, leur aptitude à s'adapter et à affronter le danger, ainsi que leur maîtrise magique. À l'issue de chaque tâche, les membres du jury attribueront une note à chacun des candidats. Celui ou celle ayant accumulé le plus de points à l'issue de la compétition sera déclaré vainqueur. (Les élèves étaient tous parfaitement silencieux, absorbés par les explications de Dumbledore), Mais avant cela, je crois qu'il est temps de savoir comment s'inscrire à ce tournoi. Je le répète encore une fois pour ceux n'ayant pas saisi mes dernières recommandations (Son regard malicieux s'attarda sur Fred et George), le concours est réservé aux candidats ayant dix-sept ans à ce jour ou plus. Je tracerai moi-même une limite d'âge autour de la zone d'élection. Pour cela, vous soumettrez votre candidature à un juge impartial... La Coupe de Feu !
Une énorme coupe en bois émergea du reliquaire. Elle n'était pas vraiment spéciale, mais il en jaillissait de prodigieuses flammes bleues.
– Les aspirants champions disposeront de vingt-quatre heures pour déposer leur nom dans la coupe en l'écrivant distinctement sur un bout de papier avec le nom de leur école. Demain soir, jour d'Halloween, la coupe nous donnera alors l'identité des trois élèves qu'elle juge dignes de concourir. Mais je tiens à vous prévenir : une fois choisi, vous serez lié à un engagement magique puissant et irrévocable. Donc, réfléchissez-y à deux fois avant de soumettre votre candidature. Je remercie encore nos invités d'avoir fait une si longue route pour nous rejoindre. Néanmoins, il est temps pour nous tous d'aller nous reposer. Demain sera une journée bien chargée. Bonne nuit à tous !
Un brouhaha sans nom ébranla la Grande Salle. Même les élèves de Durmstrang, pourtant restés calmes et silencieux pendant tout le repas, se mirent à bouillonner d'idées et de commentaires. Karkaroff entraîna sa délégation hors de la Grande Salle. Hermione, Draco, Ron et Harry étaient déjà dans le hall. Ils s'écartèrent pour les laisser passer.
– Merci, dit Karkaroff d'un air distrait.
Cependant, il se figea, regarda Draco, puis Harry. Ses yeux remontèrent vers son front, là où se trouvait sa cicatrice. Il n'était pas le seul à le dévisager : la plupart de ses étudiants faisaient maintenant la même chose.
– C'est lui, c'est Harry Potter, murmura la fille de Durmstrang.
– Tu en es sûre Victoria ?
– Absolument certaine, chuchota-t-elle à des jumeaux strictement identiques et enveloppés de leurs fourrures.
– Harry Potter ? prononça Viktor Krum. (Il s'approcha pour lui serrer la main) Enchanté, camarade.
– Je suis l'ami de Harry Potter, dit Draco en s'avançant d'une démarche calculée. Bienvenue à vous tous.
Viktor Krum s'inclina légèrement en avant puis disparut à l'extérieur avec son habituelle cadence militaire. Les Serpentard semblaient furieux que l'attention de Viktor Krum se soit tout à coup tournée vers eux. Flint envoya un geste grossier dans leur direction avant de descendre vers les cachots. Les Gryffondor rejoignirent leur salle commune qui était plus bruyante qu'à l'ordinaire. Hermione alla tout de suite se coucher.
– À votre avis, où dorment les élèves de Durmstrang et Beauxbâtons ? demanda Ron.
– Dans leur bateau et leur carrosse, répondit aussitôt Draco. Ils doivent être ensorcelés pour qu'à l'intérieur, ils puissent contenir suffisamment de monde, un peu comme les tentes magiques.
– C'est bizarre quand même. Ils ont l'air de tous maîtriser l'anglais à Durmstrang, fit remarquer Harry.
– Ça, c'est parce que contrairement à Poudlard, les élèves viennent de plusieurs pays, éluda Draco. Il y en a de Russie, de Suède, d'Allemagne, de Serbie ou de Bulgarie. Du coup, ils font l'enseignement en anglais pour que tout le monde puisse s'y retrouver. Ils étudient les langues aussi, là-bas. C'est un de leurs enseignements fondamentaux. L'oncle de Pansy, qui s'appelle Tibère, est professeur de démonologie là-bas.
– La démonologie ? répéta Harry. Il existe des démons ?
– Bien sûr ! s'écria Ron comme s'il n'en croyait pas ses yeux. Des tas ! En général, ils choisissent des proies faciles comme les adolescents qui se cherchent, les personnes abandonnées ou celles sur le point de se suicider. Mais ils ne peuvent pas toucher aux enfants. Ils sont trop purs donc, ça leur fait mal quand ils s'en approchent. C'est pour ça qu'on n'en a encore jamais vu à Poudlard. Mais il y en a des tas, et c'est pratiquement impossible de les éliminer.
– On en a peu en Grande-Bretagne, informa Draco en caressant Pattenrond qui s'était logé sur ses genoux. Ils sont surtout dans les pays scandinaves, là où se trouvent les vampires. Ils sont très copains. Il y en a aussi en Afrique et en Amérique. L'arrière grand-père de Blaise était un marabout très connu à son époque. Il pouvait tuer trois démons à la fois sans baguette magique ! Il a amassé une fortune colossale en débarrassant l'Europe méridionale de tous ses démons. Ils avaient un fief en Italie. Ils injectaient un poison aux moldus pour qu'ils aient de mauvaises intentions.
– Les démons, il y en a quand même des sympas. Par exemple, il y a Marva. Elle est sortie des enfers il y a mille ans et elle travaille avec les moldus pour les prévenir quand les volcans vont entrer en éruption, ajouta Ron, songeur. Elle a décidé d'arrêter de s'en prendre aux innocents.
– Ma tante Bellatrix sortait avec un démon quand elle était adolescente. Ma mère m'a raconté qu'un soir, ils avaient fait un tel boucan dans la chambre, que son père avait fini par faire un infarctus.
– Mais... Tes grands-parents ne préféraient pas que leurs filles soient avec des sangs purs ? hésita Harry.
– Les démons sont des sangs purs, certifia Draco. Mais ils viennent d'une branche déchue.
– Comment peut-on être déchu ? s'enquit Harry.
– Il faut vendre son âme, répondit Ron avec légèreté. (Il bâilla) Je suis épuisé. Je vais aller me coucher.
– On te rejoindra bientôt, formula Draco.
Dès que Ron se fut suffisamment éloigné, Draco se pencha vers Harry.
– Ta cicatrice te fait encore mal ?
– Non...
Sa question le prit au dépourvu. En vérité, il n'avait pas du tout pensé à ça depuis des jours. Il se demanda si Dumbledore était désormais au courant et ce qu'il comptait faire à ce propos. Draco passa son doigt sur son front, comme s'il pouvait le guérir.
– Tu me le dirais si tu ressentais quelque chose ?
– R-Ressentir quoi ? bafouilla Harry en rougissant.
– Eh bien, de la douleur !
– Ah, ma cicatrice. D'accord, je te le dirais si elle recommence à me faire mal.
Draco sembla se contenter de cette réponse. Généralement, il croyait sur parole tout ce qu'il disait. C'était une des raisons pour lesquelles Harry avait énormément de scrupule à lui mentir. Ils parlèrent un moment des cours puis décidèrent d'aller se coucher à leur tour.
– Demain, il faudra qu'on aille voler sur le terrain de Quidditch, dit Harry. Même si la coupe est annulée, on ne doit quand même pas perdre nos acquis. Et puis, ça sera sympa.
– Oui, c'est vrai, accorda Draco.
Pattenrond les avait suivis jusqu'à la porte, ses yeux jaunes minuscules calculant le moindre détail environnant. Dean rangeait des vêtements propres dans son armoire tandis que Draco fila prendre sa douche. Une fois propre et vêtu de son pyjama, ce dernier était sûr d'une chose : pour rien au monde il n'aurait voulu participer à une compétition aussi dangereuse que ça et s'érafler un précieux bout de peau.
