Posté le : 29 Avril 2015.
Réponse collective aux reviews :
Tout d'abord, merci de vos diverses réactions concernant le chapitre précédent. Je n'arrive pas à croire à quel point vous êtes vraiment dévoués, enfin, vous n'avez pas essayé de me tirer par les cheveux pour poursuivre cette histoire. Vous vous êtes contentés d'être respectueux avec ma décision. Et je crois qu'au final, j'avais juste besoin de me sentir respectée dans mes choix, dans mon rythme et mon ''statut'' d'auteur. Le bloquage que j'avais ressenti depuis décembre mais dont je m'efforçais de combattre, s'est légèrement résorbé. Grande nouvelle ! J'ai pu continuer un chapitre de cette fic sur lequel je bloquais depuis cet hiver. J'ai donc bon espoir d'achever la rédaction du tome 5 d'ici cet été, voire avant ça car j'en suis à ce qui équivaut au dernier tiers du tome. L'affection que je porte pour l'univers de la fanfiction a été – encore une fois – plus fort que tout. Je ne promets toujours pas de vous amener à bonne destination et que j'ai totalement repris mes activités, mais ça s'annonce plutôt bien ! Croisez-les doigts.
En ce qui concerne le chapitre précédent en lui-même : vous avez été quelques-uns à adorer les interventions de Mafalda Prewett, comme Yume Resonnance. Mafalda tiendra un petit rôle au cours du tome 4 et j'avais espéré la faire ressurgir des années plus tard si j'en avais le temps et l'énergie. À l'origine, Mafalda (ici Weasley) était un OC créé par JK Rowling elle-même pour les besoins du quatrième tome. Sauf qu'elle l'a rayé du scénario car ça ne collait plus avec la trame principale. Donc, à la base, si on suit le canon, Mafalda devrait être la nièce du côté de Arthur. J'ai préféré faire le contraire. Je voulais créer une histoire avec Molly et une petite sœur fictive morte pendant la guerre dont on n'aurait jamais entendu parler. Après tout, c'est qu'une fic, j'ai bien le droit d'inventer des trucs pour que ça aille dans mon sens, non mais oh !
Durmstrang est décrit par JK comme un endroit hostile, Momopowaa, c'est vrai. On lui attribue facilement les adjectifs lugubres, sombres et humides. J'ai voulu en faire en quelque chose d'autres, comme si le fait de visiter de soi-même l'endroit nous montrait sa véritable nature. Durmstrang ne sera jamais aussi gai que Poudlard avec toute la discipline qu'l y a. Le règlement intérieur est strict mais je me suis amusée à briser les images reçues.
Aejee, je voyais plutôt les élèves de Durmstrang (croyants) vénérer les dieux nordiques. Tu n'es pas la seule à être intriguée par l'aspect religieux du monde sorcier. Si d'aventure j'arrive jusqu'au tome 6 sans encombre, j'essaierai d'en parler plus en profondeur.
Dans le canon, au cours du tournoi on voit une entraide se créer entre Harry et Cédric, c'est absolument vrai. Si j'ai décidé de ne pas le faire avec cette réécriture Meghann Terre d'Herms c'est volontaire de ma part ! Il se passera quelque chose de tout particulier avec Cédric et pour cela, j'ai besoin de le laisser un peu dans son coin, haha.
Gros point à faire : la sexualité de Draco. Chère Gunzy, tu as raison à 100% dans ta review. Harry ne se doute pas un seul instant que Draco puisse être gay. Même s'il sait que Théodore et lui se sont rendus à la Saint-Valentin ensemble en troisième année (plus histoire de ne pas être seul qu'autre chose), Harry est à mille lieues de se douter de quoique ce soit. Il n'a même pas remarqué que Draco flirtait avec Dean auparavant ! En revanche, Hermione l'a très vite su. Idem pour Ron. Les choses vont pourtant changer dans ce chapitre-ci... héhé.
Votre dernière question – et je crois que tout le monde se la posait – concernait la seconde épreuve : Oui, Harry devra se rendre au fond du lac mais le déroulement de l'épreuve et les astuces utilisées seront différentes. Pour cela, une seule solution ! Lire le chapitre juste en-dessous !
Bonne lecture à toutes et à tous,
N'hésitez pas à me faire part de vos remarques.
D Would
Tome 4
Chapitre 16 : « Le bal de Noël »
Trouver un moyen de respirer sous l'eau pendant une heure était un vrai casse-tête. Ron suggéra qu'il se transforme en poisson, ce qui rebuta fermement Hermione. « Ça serait terriblement dangereux ! », avait-elle dit, « La métamorphose humaine n'est pas à prendre avec des pincettes. Tu ne voudrais pas qu'il t'arrive malheur, n'est-ce pas Harry ? » Le malheur, c'était de partiticiper à ce fichu tournoi.
Harry avait écrit à Sirius à deux reprises depuis qu'il était arrivé à Durmstrang. Son parrain s'inquiétait énormément de le savoir aussi loin. Il insistait toujours pour que Harry ne fasse rien de dangereux ou ne traîne seul la nuit avec sa cape d'invisibilité. Ne connaissant pas les mesures de sécurité de l'institut sorcier, Harry n'eut pas la bêtise de les mettre à l'épreuve. Il resta chaque soir bien sagement dans son lit, discutant avec Bradley Dornby ou Patrick Chambers. Étant tous deux bien plus âgés, ils avaient des idées très précises sur la manière dont remporter la victoire.
Cependant, Bradley ne parlait qu'à demi-mot, d'un air énigmatique à la Trelawney. Harry savait très bien pourquoi : Cédric était l'un de ses meilleurs ami. Il ne voulait sans doute pas lui donner l'avantage sur la prochaine tâche en lui offrant la solution. Cormac MacLaggen lui proposa de faire venir du matériel de plongée moldu jusqu'ici pour réussir l'épreuve à moindre frais. Blaise avait aussitôt éclaté d'un rire cinglant, stipulant que le postier moldu ne trouverait jamais Durmstrang, et que de toute manière, ils n'étaient même pas sûr que les objets dépourvus de pouvoirs magiques puissent fonctionner dans l'enceinte de l'école.
Harry était tétanisé par la crainte d'échouer lamentablement devant tout le monde. Dumbledore avait eu raison depuis le début : la limite d'âge était bien faite pour quelque chose. Fleur, Viktor et Cédric connaissaient tellement de sortilèges que Harry avait le niveau d'un bébé à côté. La situation était risible. Hermione avait passé un temps fou à la bibliothèque de Durmstrang afin de trouver quelques solutions. Malheureusement, la plupart des ouvrages anciens étaient rédigés en russe, en allemand ou en grec.
Les élèves de Durmstrang n'avaient aucun problème à les consulter pour leur part car ils parlaient tous courrament deux ou trois langues. « C'est vraiment dommage qu'on n'étudie pas comme eux un idiome étranger », marmonna Hermione, contrariée. « Plus on reste ici, plus je me rends compte que notre enseignement à Poudlard comporte des lacunes. » Même s'ils continuaient d'étudier les sorts impardonnables et leurs effets avec Maugrey, Dumbledore avait voulu qu'ils participent à la vie scolaire de Durmstrang au cours de petits ateliers.
Le premier cours avait été celui de Géographie donné par une femme étonnament svelte et aux pommettes hautes. Ils avaient parlé des écoles sorcières à travers le monde et Harry fut surpris qu'il y en ait autant. « L'école d'Abyssinie est celle avec le plus profond ancrage magique », avait stipulé l'enseignante, « car ils étudient le feu sacré. Son fondateur, Elias Zabini, a été un des premiers à tenter de mettre sous forme liquide les flammes. » Les regards avaient aussitôt convergés vers Blaise qui semblait sur le point d'exploser sous le poids de l'orgueuil.
Harry savait bien que les Zabini était une lignée très puissante, surtout sur le continent africain, mais de là à ce qu'ils aient une école... « La mère de Blaise ne voulait pas qu'il étudie en Abyssinie », avait raconté Draco pendant l'intercours, « Elle dit qu'il y a des dangers là-bas, pour les héritiers. Des gens mal intentionnés auraient pu lancer un maléfice à Blaise car il est le descendant de Elias. Ce n'est pas n'importe quoi. Vu qu'à Poudlard peu de gens le savent, elle l'estime en sécurité là-bas. Je crois que Blaise est prince légitime d'Abyssinie sorcière, ou quelque chose comme ça. Mais il y a un Usurpateur en ce moment. Et il ne sera pas très content de le voir s'il va là-bas. Quand il sera suffisamment grand, Blaise pourra sûrement le battre. En attendant... »
Le cours de Potions à Durmstrang était autrement plus agréable que celui de Poudlard. Le professeur, un homme aux allures impressionnantes, tatoué de partout, était d'une douceur infinie et prenait son temps pour conseiller chacun des élèves. Il s'appellait Mort Kürber et avait passé deux ans de sa vie à la prison de Nurmengard par erreur, car un type du même nom faisait du trafic de chaudrons volés. Kürber leur montra comment mettre au point une potion anti-douleur. « Je pense qu'il est important dans la vie d'un sorcier de savoir de quelle manière fonctionne notre médecine », a-t-il précisé, « Beaucoup de remèdes peuvent être fabriqués chez vous, mais avec la plus grande des attentions, bien sûr. À la fin du cours, vous pourrez emporter vos fioles avec vous. Vous les daterez, bien évidemment. On ne peut pas garder une potion anti-douleur plus de sept ans, sinon, elle vous fait pousser des furoncles sur les bras. »
En quittant la salle de classe, Ron avait souhaité que ses parents deviennent suffisamment riches pour l'inscrire à Durmstrang. « Mafalda doit vraiment s'éclater, ici, mine de rien. Maintenant, je comprends pourquoi ton père a autant insisté pour que tu t'inscrives ici Draco » Mais Draco ne semblait pas de cet avis. Il devait être un des seuls à ne pas trouver le moindre charme à l'institut et passait la plupart de son temps libre dans leur tour. Il s'était auto-proclamé préfet et inspectait les dortoirs avec des airs de sentinelles.
Reproduire le système de fonctionnement de Poudlard lui donnait l'illusion de ne jamais l'avoir quitté. Draco écrivait beaucoup à ses parents et se faisait livrer jusqu'ici des périodiques comme La Gazette, Fier Sorcier ou encore Quidditch Magazine. « Ma mère va entrer dans son quatrième mois de grossesse. Ça sera un garçon. », dit Draco à Ron sans aucune surprise, « Il va arriver au mois de mai, d'après le médicomage. Un mois avant mon anniversaire, précisément. Ça va faire bizarre pendant les vacances... avoir un bébé à s'occuper, ce genre de choses. Je ne serai plus le centre du monde »
Harry savait que ça le rendait triste. Draco avait toujours vécu comme un roitelet et avoir de la concurrence n'était peut-être pas la bienvenue. Bien sûr, il serait un bon grand frère, mais si ses parents avaient décidé d'avoir un enfant, ce n'était pas par pur désir, mais uniquement pour combler la déception que constituait leur aîné. Il y avait de quoi être affligé.
En attendant, ses recherches sur la seconde tâche ne progressait pas. Ron avait demandé de l'aide à sa cousine Mafalda mais cette dernière avait refusé tout net de collaborer « On dira que je suis une traîtresse si je vous aide. Je suis de Durmstrang. Je supporte Viktor ». Par moment, Harry se sentait pris d'une telle panique qu'il avait du mal à se concentrer pendant les cours. Les lacs bordant Durmstrang, qui n'avaient jusque là qu'été des éléments du paysage, attiraient à présent son regard à chaque fois qu'il passait près d'une fenêtre.
Leur vaste étendue d'un bleu translucide ou turquoise lui semblait désormais aussi inaccessible que la lune. De temps à autre, des panaches de fumée s'évaporait des lacs. « Il y a quelques geysers dans les alentours », avait marmonné Cédric, des cernes sous les yeux, « D'après le livre d'office du tourisme de Fergus, ça serait une des zones au monde comportant le plus de sources chaudes au kilomètre carré ». Au moins, l'eau ne serait pas glaciale. Ça serait toujours ça de moins à supporter. Harry avait écrit en urgence à ses amis de Poudlard pour qu'ils leur donne une idée. Dean proposa qu'il construise un sous-marin avec sa baguette magique. Seamus préconisait qu'il abandonne.
Cependant, la suggestion de Neville était tout à fait intéressante. Il lui parla d'une plante nommée la branchiflore, une plante magique permettant de respirer sous l'eau. Harry avait bondi de joie en lisant son courrier. « C'est de la branchiflore qu'il nous faut ! » avait chuchoté Harry à Hermione tandis qu'ils se baladaient dans les cours extérieures de Durmstrang. « Mais Harry, on ne trouvera jamais cette plante à temps. Elle ne pousse pas partout. » C'était vrai. Il fut impossible d'en dénicher et le jour de l'épreuve approchait désormais à grands pas. Harry était désormais incapable de manger convenablement tant son estomac était noué.
La veille de l'épreuve, Harry se demanda comment il avait pu se mettre dans une telle situation. Les autres élèves parlaient de la seconde tâche avec tellement d'insouciance que Harry se demanda s'ils avaient conscience qu'il risquerait sa vie à chaque instant de la compétition. Le soir même, Draco, Ron et Hermione passèrent un temps fou à chercher parmi les ouvrages de la biliothèque une solution qui permettrait à Harry de respirer sous l'eau pendant une heure ou plus. Cependant, Dumbledore apparut juste derrière eux, un sourire malicieux sur les lèvres.
– Draco, il faudrait que tu me suives un moment, s'il te plaît.
– Q-Quoi ? s'étrangla-t-il. Mais je dois rester ici pour aider Harry, professeur.
– Il vaudrait mieux que vous alliez tous vous coucher. Harry a sans doute déjà trouvé la solution, n'est-ce pas ? (Le concerné était rouge de honte) Bien, allons-y.
N'ayant d'autre solution, Draco fut contraint de suivre le directeur en-dehors de la tour. Ron le regarda s'éloigner par la fenêtre. Valar, l'avatar de Serpentard, montait la garde devant leur tourelle.
– Tu devrais lui demander conseil à lui, suggéra Ron. C'est le maître des eaux et des marécages, non ? Il doit bien en savoir un bout sur la question.
– Oui !
Harry sauta sur ses jambes, enfila un manteau et alla au-dehors. Valar était enroulé sur lui-même, ayant l'air de s'ennuyer.
– Ah, bonsoir Potter, dit-il de son habituelle voix sifflante. C'est bientôt l'heure du couvre-feu, alors j'attends, tu vois.
– J'imagine que ça ne doit pas être drôle tous les jours de surveiller dans les parages.
– Je déteste la neige, dévoila le serpent géant avec dédain. J'aime les endroits humides, c'est vrai, mais pas glacés. Il faut être fou pour aimer étudier ici. Même Ravaa trouve le climat franchement désagréable.
– En parlant d'endroits humides, commença Harry, les mains enfoncées dans ses poches, vous avez sans doute entendu parler de la seconde tâche. On doit se rendre dans un des lacs pour retrouver quelque chose qu'on a perdu. Sauf que j'ai beau cherché, je ne trouve aucune solution pour respirer sous l'eau.
– Et tu espères donc qu'en cas d'extrême urgence, je vais te la présenter sur un plateau d'argent, devina l'avatar. Je suis certes roublard et très attaché à la suprématie de Poudlard sur les autres écoles, je n'en suis pas pour autant un tricheur invétéré. Je me sens insulté dans ma fierté, Potter, minauda le serpent en levant la tête en l'air. Vraiment très insulté.
Mais Harry savait que c'était faux. Valar en avait certainement rien à faire de tricher comme bon lui semblait, du moins que Poudlard remportait la coupe. Le serpent regarda autour d'eux d'un air conspirateur puis se pencha vers Harry, dévoilant d'immenses crocs.
– Je pourrai t'ammener, moi, au fond des eaux. Mais Dumbledore ne voudrait pas. Il dirait que tu dois y aller seul. Ce qu'il faudrait, c'est que tu te transformes. Pourtant, je doute que tu connaisses la métamorphose humaine. (Valar semblait réfléchir à toute allure) Il faut un stratagème qui paraisse crédible... Mmh, quoi donc ? Allez, Valar, tu es le plus brillant des quatre avatars... C'est ça ! Bon, Potter, ne dis pas que je te l'ai dit mais... va là-bas, près du lac en face. Il y a une jeune fille qui s'appelle Luna près de la rive. Elle se balade au clair de lune... Tu... Tu devrais sans doute lui en parler.
– Luna ?
– Chuuuut. Je n'ai rien dit du tout ! Maintenant, du balai Potter !
Harry courrut jusqu'au lac, sachant pertinemment que le temps lui était compté avant le couvre-feu. Il se précipita en direction du lac où Luna lançait des ricochets.
– Salut.
– Oh, bonsoir Harry.
Elle n'avait pas du tout l'air surprise de le voir. Il aurait aimé amener le sujet différement, mais les minutes défilaient déjà.
– Luna, il faut que tu m'aides pour demain. Je n'ai pas encore trouvé de solution pour la tâche. Je ne sais pas comment m'y prendre pour respirer sous l'eau et...
– Vraiment ? s'étonna-t-elle. Je pensais que tu savais ce que tu faisais.
– Non, je n'ai aucune idée de ce que je fais, avoua Harry d'un ton sinistre.
– C'est pourtant très simple, dit Luna. Tu peux te transformer en sirène. (Harry ouvrit des yeux ronds) Les sirènes peuvent respirer indéfiniment sous l'eau et nager très vite. Tout ce qu'il te faut, c'est une pierre de lune.
– Je doute qu'il y ait des pierres de lune autour du lac.
– C'est vrai, admit-elle. Mais moi, j'en ai une. (Elle défit son collier) C'est mon grand-père qui me l'a offert quand j'avais huit ans. Il a étudié les sirènes toute sa vie. Si tu plonges dans l'eau avec après l'avoir tourné trois fois dans ta main dans le sens contraire des aiguilles d'une montre, tu peux te transformer en sirène.
La solution semblait honteusement simplette. Que dirait Hermione si elle apprenait que Luna proposait quelque chose de ce style-là ? Mais Harry était aux aboies. Hors de question de chipoter.
– Et c'est tout ?
– Oui, c'est tout. Pour revenir, ça sera beaucoup plus difficile par contre...
– Comment ça ?
– S'il y a des sirènes dans un de ces lacs, elles vont tout faire pour que tu restes avec elles. Tu seras comme l'une des leurs, tu vois ? Donc il faudra t'échapper, et vite.
Elle déposa le collier dans sa paume.
– Tu ne le perdras pas, n'est-ce pas ?
– Promis. Merci Luna.
Ils repartirent tous deux vers la tourelle et Harry fut presque certain que Valar venait de lui adresser un discret clin d'oeil.
Ooo
Le lendemain matin, Harry était déterminé à essayer de trouver l'objet perdu dans les profondeurs du lac. Il ignorait ce qu'il devrait affronter, mais au moins, la question de l'apnée semblait résolue.
– Harry, ce n'est pas une bonne idée de faire confiance à Luna, tenta Hermione. Elle n'a pas vraiment toute sa tête...
– Ne dis pas n'importe quoi, riposta Ron. Elle est intelligente. Je suis sûr qu'elle sait ce qu'elle fait.
Draco n'était nulle part et le sentiment d'angoisse de Harry se renforça considérablement. Ron lui massa les épaules puis ils descendirent avec les élèves de Beauxbâtons aux abords d'un lac aux eaux cristalline. Des tribunes avaient été installées sur des pillotis et il fallait des barques pour accéder au centre de l'arène.
Les juges étaient à celle du milieu, avec Ludo Verpey et Percy Weasley qui étaient arrivés spécialement ce matin par portoloin. Mr Croupton semblait s'être une nouvelle fois fait remplacé. Harry regardait un peu partout, essayant d'apercevoir un éclat blond argenté parmi la foule. Draco n'était pas là. Peut-être ne s'était-il pas réveillé...
– Avancez, championne et champions, dit Ludo Verpey. Voici un œuf d'or. Vous devrez le conserver avec vous pendant toute l'épreuve. Ne vous en séparez sous aucun prétexte, entendu ?
Percy leur donna à chacun un gigantesque œuf d'or, attaché à des lanières, à la façon d'un sac à dos. Ludo Verpey annonça le début de l'épreuve après un décompte et Harry sortit la pierre de lune de sa poche. Il la tourna trois fois comme Luna l'avait indiquée, puis attacha le collier à son cou. Aussitôt, la pierre se mit à clignoter d'une faible lueur bleuté.
Dès lors, comme si Harry venait de recevoir un magistral coup de poing dans le ventre, il s'étala au sol, le souffle coupé. Il suffoquait, agité de spasmes. Il avait l'impression que deux mains de fer étreignait sa gorge. Ses lunettes glissèrent de son nez. Il entendit plusieurs personnes hurler. Quelqu'un le fit rouler jusqu'aux abords de la passerelle et il tomba dans l'eau, sa baguette magique au poing. Un sentiment bienfaiteur l'emplit. Il avait l'impression que tout était redevenu normal. Ses mains, son buste, tout était parfaitement normal en haut.
Mais une énorme queue de poisson d'un noir brillant lui avait poussé à la place des jambes. Harry eu une moue écoeurée. Il tourna sur place, observant avec un air émerveillé sa morphologie de sirène. À sa plus grande stupeur, il pouvait aussi comprendre les animaux marins.
– Vite, éloignez-vous d'ici les enfants, criait un énorme saumon à d'autres bien plus petits. Les humains commencent leur jeu stupide.
– Où est-ce qu'on va, Papa ?
– J'en sais rien, marmonna le saumon, contrarié. Mais, hors de question de prendre le risque de se faire attraper par leur fil transparent.
Plus loin, des sortes de coquillages se chuchotaient des choses sur son passage. Harry agita sa queue et commença à avancer avec précaution. Il n'y avait aucune trace de Cédric, Viktor ou Fleur. Il se demanda comment il allait faire pour trouver son chemin. Heureusement, en tombant, son œuf ne s'était pas brisé. Sinon, il aurait été automatiquement disqualifié. Harry redoutait de perdre son œuf, car il avait l'air extrêmement solide, quoique d'un poids raisonnable.
Il se demandait surtout ce qu'il contenait et pourquoi il ne fallait pas le perdre. Peut-être y avait-il un indice sur la troisième épreuve... Cela serait sans doute logique. Harry avança à toute vitesse, se frayant un chemin parmi les algues. Il venait de remarquer qu'il n'avait pas ses lunettes. Pourtant, il voyait à la perfection et même peut-être plus loin que ce qu'un humain pourrait discerner au premier coup d'oeil. Plus il s'enfonçait dans le lac, plus le silence semblait épais, et les créatures qu'il y croisait le regardait d'un air mi-apeuré, mi-scrutateur. Sans doute s'imaginaient-ils qu'il était une authentique sirène ? Des poissons murmuraient des choses sur son passage.
– Il a l'oeuf, dit l'un d'eux.
– Mon dieu... Pauvre enfant, murmura une sorte de calamar.
Harry commençait à avoir peur. Qu'est-ce que cet œuf pouvait bien renfermer de si terrible ? Les pierres, les algues, les herbes se succédaient sans qu'aucune créature ne vint l'importuner. Ils s'écartaient même sur son passage. C'était bien parce qu'il était désormais une sirène et qu'ils ne voulaient sans doute pas se le mettre à dos. Harry profita de cette curieuse forme de respect pour prendre de l'avance. Il nagea encore ainsi une vingtaine de minutes avant de sentir quelque chose de curieux.
Il ne saurait expliquer quoi, mais son instinct – celui animal – lui disait de faire demi-tour au plus vite. D'ailleurs, il n'y avait plus aucune trace de poissons dans les alentours et la chaleur devenait presque suffocante. Cependant, Harry continua de nager avec une infinie prudence. Il se cacha parmi des hautes herbes aquatiques et le spectacle qu'il eut sous les yeux le tétanisa de terreur :
Un dragon, long d'au moins sept ou huit mètres, semblait dormir au-dessus d'une épaisse couche de sable. D'énormes bulles, et des panaches de fumée, sortaient de temps à autre de ses narines. C'était donc pour ça que les lacs environnant étaient des sources d'eau chaude naturelles ! Il y avait un ou plusieurs dragons enfouit dans les profondeurs qui réchauffait l'eau de leur souffle.
Harry avait déjà entendu parler des dragons d'eau bleu, une ou deux fois, mais il pensait que jusqu'ici, c'était un mythe ! Le dragon avait des ailes d'une taille très petite comparé à sa corpulence. Peut-être était-ce dû à une mutation génétique, à force de si peu les utiliser. Ses pattes, en plus d'être pourvues de griffes menaçantes, étaient palmées. Sa carapace était faite d'écailles d'un bleu irisant, se calquant presque sur la couleur des eaux alentours. Cela devait lui servir de camouflage pour attirer des proies peu vigilentes. Le dragon ronfla dans son sommeil et une colonne de fumée remonta vers la surface, comme un jet de cocotte-minute.
Harry eut le souffle coupé quand il distingua quatre silhouettes endormies, au creux du nid du dragon. Il reconnut aussitôt Draco, emitoufflé dans une espèce de couverture d'algues. Juste à côté, Cho Chang avait l'air de faire un rêve paisible. Tracy Davis aussi était là, un sourire moqueur étiré sur ses lèvres, comme si elle dégustait une blague connue d'elle seule. Il y avait enfin une petite fille blonde que Harry ne connaissait pas. Il s'écarta du feuillage, réfléchissant à vive allure. Pour l'instant, le dragon était endormi. S'il voulait sauver Draco, il lui faudrait être rapide comme l'éclair et discret.
Toutefois... Il y avait fort à parier que le dragon le sentirait. Les sirènes devaient forcément avoir une odeur bien à elle. Est-ce que les dragons d'eau les mangeaient ou les redoutaient-ils comme les autres habitants du lac ? Harry leva la tête et vit une tête de requin foncer vers lui. Il poussa un hurlement strident et la terre sembla trembler. Le dragon commençait à se réveiller. Son souffle balaya une partie de la fosse dans laquelle il était. Et, même si Harry ne le voyait pas, car toujours dissimulé, il pouvait le deviner se dresser de toute sa splendeur.
Le requin fila et, à sa grande surprise, avait des jambes humaines et une baguette magique. C'était Viktor ! Viktor fonça vers le nid du dragon qui, au lieu de l'attaquer, le regarda très attentivement. Harry se retourna doucement pour entrapercevoir la scène. Krum essaya de contourner le dragon, mais celui-ci avait l'air fermement décidé à ne pas le laisser passer.
– Œuf, grogna-t-il. Œuf !
Harry pouvait le comprendre, car devenu sirène. Mais Viktor le pouvait-il ? Le dragon pointa sa grosse patte vers Viktor et lui lança un regard flamboyant tout en rugissant. Il ne l'attaquait pas pour l'instant car il avait son œuf. C'était une maman. Elle voulait récupérer son bébé et n'accepterait sans doute que l'oeuf comme monnaie d'échange contre l'un des prisonniers. Viktor eut l'air de comprendre. À son plus grand étonnement, Harry le vit se défaire de sa charge, et déposer avec douceur l'oeuf dans le nid. Harry s'attendait à le voir prendre Tracy, ou la petite fille blonde, mais il s'en alla avec Draco en nageant extrêmement vite vers la surface. Harry coassa de terreur. Il ne pouvait pas prendre Draco ! C'était impossible !
Cédric arrivait à son tour et la dragonne n'eut même pas l'air de lui prêter une véritable attention. Elle cajolait son œuf tout en soufflant des jets d'eau bouillante dessus. Cédric avait de nombreuses marques sur le corps, comme s'il avait dû affronter des créatures horribles en route. Cédric commençait tout juste à s'échapper avec Cho et l'oeuf doré dans son dos quand la dragonne reprit ses esprits et poussa un cri affreux. Harry se plaqua les mains sur les oreilles. Avec ses ailes, elle repoussa Cédric vers l'arrière, l'acculant jusque dans son nid. Contraint à laisser également son œuf, il s'empara de Cho – toujours endormie – et s'en alla.
Il ne restait plus que Tracy et la petite fille dans le nid et Fleur n'arrivait toujours pas. Devait-il tenter de sauver les deux ? Non, ça serait absurde. Si les professeurs avaient réussi à les déposer au fond du lac sans qu'il ne leur arrive le moindre mal, cela voulait donc dire qu'elles ne craignaient rien, que Dumbledore et les autres trouveraient forcément un moyen de les récupérer indemne. Harry sortit de sa cachette et nagea vers la dragonne qui était désormais assise sur ses deux œufs. Ses petits yeux s'attardèrent sur Harry avec circonspection.
– Œuf, aboya-t-elle en un jet de bulles chaudes. Œuf !
Harry se délesta de son fardeau et le déposa dans le nid après avoir récupéré Tracy. Il nagea avec elle, avec certaine difficulté. Heureusement, la dragonne n'était pas réellement agressive. Harry se souvenait maintenant que Ron lui avait précisé que les dragons d'eau étaient les plus calmes de tous... et végératiens ! Ce n'était que de grosse vache marine, comme des baleines. Il lui avait fallut un moment pour s'en souvenir, et il était désormais trop tard. Il avait un sourire placardé sur les lèvres quand il immergea hors de l'eau. Un grand tumulte s'éleva des tribunes et Tracy semblait s'être réveillée.
– C'est un peu humide par ici, dit-elle après avoir crachoté un peu d'eau. Tu ne trouves pas ?
Harry lui offrit un sourire désarmant tout en la ramenant vers la passerelle. Draco était emitouflé dans un peignoir duveteux, les cheveux plaqués sur son crâne. À ses côtés, Viktor avait retrouvé sa forme habituelle et essayait d'obtenir l'attention de Draco en lui proposant désespérement du chocolat chaud. Draco tendait la main à Harry.
– Sors de là ! Dépêche-toi ! criait presque Draco d'un air inquiet. Il y a un dragon là-dedans !
Dès que Harry quitta l'eau, sa queue de sirène redevint aussitôt des jambes humaines. Draco le serra dans ses bras avec une telle force, qu'il aurait pu lui briser une côte.
– Tu vas bien ? demanda Draco pris de panique. Tu n'as rien, tu es sûr ?
– Tu vas le casser en deux, maugréa Tracy en acceptant volontiers le peignoir qu'on lui tendait.
Mais Draco fit semblant de ne pas l'avoir entendu.
– Tiens, prends ce chocolat chaud.
Il arracha la tasse des mains de Viktor et la tendit à Harry. Celui-ci était certain d'avoir vu un éclair de profonde déception dans les yeux du joueur bulgare. Ludo Verpey s'éclaircit la gorge et annonça les scores. Fleur arrivait dernière, car ayant abandonné en cours de route.
Sa sœur Gabrielle serait ramenée à la surface d'ici une poignée de minutes grâce à un puissant sortilège de propulsion. Harry était troisième, Cédric second et Viktor remportait l'épreuve. Les élèves de Durmstrang rugissaient de joie, causant un véritable chahut aux abords du lac. Même Karkaroff avait du mal à contenir sa joie.
– Troisième, c'est très bien, admit Tracy. Merci de m'avoir sauvé.
Elle déposa un baiser sur sa joue et disparut parmi la foule. Draco lui lança un regard si transperçant que le basilic lui-même n'avait rien à lui envier.
– Tu l'aimes bien, n'est-ce pas, prononça Draco d'une voix étrangement calme. Moi, elle m'énerve.
– Tu dis juste ça parce que tu as trouvé quelqu'un qui avait un peu plus de répartie que toi. Tracy est plutôt cool, en plus d'être intelligente.
Draco haussa vaguement des épaules tandis que Viktor l'attirait vers lui, afin de lui montrer la médaille qu'il venait de remporter.
– Bravo Harry ! s'écria Ron. Tu as été super !
– Génial, renchérit Hermione, talonnée de peu par Luna. On n'aurait jamais cru qu'un dragon d'eau se cachait là-dessous.
– Merci à vous tous. Vous avez été d'un très grand soutien. Tiens Luna. Ton collier.
Elle le prit avec un grand sourire.
– Où est Draco ? demanda Ron.
Ce dernier se dirigeait déjà à l'intérieur de Durmstrang, suivant la haie d'honneur pour Viktor.
– Vraiment, celui-là, marmonna Hermione, il fait vraiment tout pour se rendre intéressant.
– Il ne l'a pas voulu, Hermione, fit remarquer Ron. C'est Dumbledore qui est venu le chercher, tu te souviens ? Quand on l'a vu sortir de l'eau, on a tous pensé qu'il était là pour toi...
– Oui, marmonna Harry à voix basse. Moi aussi.
Ooo
Les jours suivants, Draco ne parlait plus que de Viktor Krum. C'était très agaçant car peu importe le sujet de la conversation, Draco trouvait toujours un moyen de le faire revenir au célèbre joueur bulgare. Une fois, tandis qu'ils prenaient leur petit-déjeuner dans le réfectoire, il refusa tout net de prendre de la confiture de fraise car Viktor en était allergique.
– Il ne faudrait surtout pas que j'en ai encore sur les lèvres quand il me retrouvera.
– Quel est le rapport ? s'énerva Ron.
Harry, lui, voyait parfaitement le rapport. Il se leva avec un semblant de dignité, une colère sourde le grignotant peu à peu. Il pouvait tellement être insupportable parfois !
– Où tu vas Harry ? interrogea Hermione.
– Rejoindre Tracy, lâcha-t-il d'un ton rageux.
Ce n'était pas vrai. Mais il s'agissait de la seule chose pouvant faire réagir Draco un temps soit peu. Harry alla jusqu'à leur tourelle récupérer ses affaires pour la leçon de démonologie, enseignée par Tibère Parkison. L'oncle de Pansy était un professeur sévère mais juste. Il n'avait rien de malfaisant, et n'insultait pas ses élèves, y compris les plus mauvais. Il était juste légèrement à cheval sur la tenue de leur cahier et vérifiait à chaque séance que tout le monde avait bien fait ses exercices.
Dans le dortoir, Cormac MacLaggen ne s'était toujours pas levé pour le petit-déjeuner. Étant donné que la plupart de leurs cours étaient optionnels, il ne venait qu'une fois sur deux. Cormac ne parlait pas beaucoup, mais quand il le faisait, c'était pour parler de lui. Harry fit demi-tour, ses livres de cours sous le bras. Dans les escaliers, il croisa Desdémone, la chatte de Théodore, qui bondissait un peu partout autour du professeur Maugrey.
– Va-t-en, sale bête ! grogna l'auror à la retraite. Allez, bouge !
– Bonjour, professeur Maugrey.
– Ah, bonjour Potter.
Desdémone se cramponnait férocement à la jambe de Maugrey et Pattenrond s'approcha d'un air prédateur. Agacé, l'ancien auror sortit sa baguette magique et la pointa sur les félins. Le sortilège de claque-doigts les fit sursauter et ils s'en allèrent avec affolement.
– Sacrément coriaces ces deux-là, se plaignit Maugrey. Dépêche-toi, tu vas être en retard, hein.
Harry se précipita à l'intérieur. Raava, l'avatar de Serdaigle, était perchée sur le toit de la tourelle, fixant les alentours. Harry se demanda bien pourquoi Dumbledore tenait tant à ce que les animaux fantastiques des fondateurs montent la garde jour et nuit. Mais le plus intriguant était l'attitude des chats avec Maugrey. Que lui trouvaient-ils de si spécial ? L'année dernière, Pattenrond avait tout fait pour nuire au rat de Ron, qui s'était avéré être un criminel sous sa forme animagus. Avait-il là aussi flairé quelque chose ?
– Harry !
Cédric courrait vers lui, les épaules couvertes de neige.
– Tu vas bien ?
– Oui, oui, et toi ?
– Plutôt pas mal. Avec les autres élèves de sixième et septième année, on a quartier-libre tout l'après-midi. Fergus et moi on va essayé de redescendre au fond du lac pour voir la dragonne. Peut-être que ses œufs ont éclos... Oh, tiens, c'est pour toi. (Il lui tendit une espèce de talisman) C'est ma copine qui en a fabriqué un pour chacun des champions de Poudlard. Cho dit qu'il y a pas mal de mauvaises ondes dans le coin. Je crois qu'elle n'aime pas trop Durmstrang. Elle a vraiment hâte qu'on s'en aille...
Cédric porta son regard vers le bâtiment de pierre grise.
– Bon, je te laisse. À plus tard !
Harry fixa le talisman au creux de son poing. Cédric avait vraiment de la chance d'avoir Cho pour petite-amie. Elle devait sans doute être formidable. La journée de cours se déroula sans encombre, hormis le fait que désormais des affiches avaient été placardées un peu partout afin d'annoncer le bal. Le jour du solstice d'hiver serait organisé un grand festin.
– Il nous faut une cavalière, dit résolument Ron. On ne peut quand même pas y aller tout seul !
Harry, qui n'avait jusque là porté aucun intérêt à ce genre de commodité, continua de regarder les jours s'écouler d'un air monocorde. À présent, la neige tombait drue et le carosse bleue de Beauxbâtons avait l'air d'une grosse citrouille givrée. Electra, Hedwige et Coqcigrue prenaient énormément de temps pour livrer leur lettre jusqu'en Grande-Bretagne, à cause des éléments à affronter. Fleur Delacour et son amie Astride se plaignaient constamment de la neige et restaient claquemurées dans leur carosse, refusant d'en sortir jusqu'au soir du bal. Ron, pour sa part, devenait de plus en plus anxieux. Il avait essayé de demander à Hermione de l'accompagner mais celle-ci avait refusé tout net :
– Je ne peux pas, quelqu'un m'a déjà demandé.
Les sourcils de Ron montèrent si hauts qu'ils disparurent parmi les mèches éparses qui tombaient sur son front.
– Qui ça ?
– Je ne peux pas te le dire, prononça Hermione d'un air important. Ou plutôt, je n'en ai pas envie.
Ron arborait désormais une mine sombre. Harry était profondément désolé pour lui. Il savait bien que Ron appréciait beaucoup Hermione.
– Si tu ne trouves personne, tu n'as qu'à demander à ta cousine Mafalda de t'y accompagner, ricana Draco en feuilletant un exemplaire de Fier Sorcier. Vous serez assortis.
– Ha, ha, très drôle. Et toi, t'y vas avec qui déjà ?
– Viktor m'a invité, formula Draco en se redressant sur sa chaise. Il m'a presque supplié.
Sur ce point, Harry en doutait. Il était absolument certain que Draco avait dû accepter sur le champ en poussant des petits cris hystériques. Il le connaissait trop bien pour pouvoir être leurré. Le soir même, Harry décida de prendre sa propre vie sentimentale en main. Il attendit que leur salle commune se vide pour s'approcher de Tracy. Elle lançait des boulettes de papier en direction de Blaise et Théodore, occupés à une partie d'échec sorciers.
– Je peux m'assoir ?
Tracy acquisça. Harry la regarda droit dans les yeux, remarquant pour la première fois qu'ils avaient l'air d'être deux pépites dorées. C'était sûrement son imagination.
– Je... euh, je voulais savoir si tu... enfin... si ça te ferait plaisir de...
– Le bal ? coupa Tracy. Avec joie.
Elle déposa un baiser sur la joue de Harry puis s'en alla en sautillant jusqu'au dortoir des filles. En fait, ce n'avait pas été si terrible que ça.
Ooo
Le soir du solstice, Durmstrang semblait être plongé dans un climat festif sans pareil. Des lanternes avaient été déposées sur le lac, comme des milliers de petites étoiles flottantes. À l'intérieur, le décor était à coupé le souffle : on aurait cru un véritable palais de glace reconstitué. Harry attendait Tracy dans le hall de Durmstrang. Elle arriva dans une fabuleuse robe rose pâle qui soulignait ses cheveux châtains qui tombaient sur ses épaules. Généralement, Tracy les attachait toujours, alors là, cela faisait très étrange de la voir comme ça. Harry l'a trouvait très belle et ne put s'empêcher de sourire.
– Avant que tu dises quoique ce soit, prononça Tracy, sache que tu es très en beauté ce soir.
– Toi aussi, rigola Harry.
Il lui attrapa le bras et ils marchèrent en direction de la salle de réception. Ils retrouvèrent Ron en compagnie de Susan Bones qui avait l'air nerveuse et tirait sans arrêt sur sa robe d'un jaune éclatant en marmonnant des « Je n'aurais pas dû mettre ça ». Cho et Cédric discutaient poliment avec le professeur Kürber, tandis que Krum faisait son entrée.
Draco paradait à ses côtés, aggrippé à son bras. En fait, Harry ne put s'empêcher de se faire la réflexion qu'il était bien plus beau que d'ordinaire. Draco adressait de grands signes de la main à qui voulait le voir, comme pour s'assurer qu'il serait bien la vedette de la soirée. Quand leur regard se croisèrent, Draco tourna vivement le visage et s'occupa de réajuster la tenue de Viktor en lui chuchotant quelque chose à l'oreille. Viktor souriait. C'était presque choquant de le voir aussi heureux.
– Viens, dit Tracy. On ne va plus avoir de bonnes de places si on tarde trop.
Ron, Susan, Tracy et Harry partirent s'installer à une des tables rondes disposées autour de géantes sculptures de glace. Les assiettes et les gobelets, faits de la même matière, semblaient transparents. Toutefois, la température intérieure était plus qu'accueuillante. Peu à peu, les convives arrivèrent par flux. Draco était à une table dépourvue du moindre élève de Poudlard. Il semblait tenir salon, riant bruyamment, assis parmi les amis de Viktor Krum. Il ne lui avait toujours pas lâché le bras et avait l'air très à l'aise. Il claqua des doigts et un cracmol s'empressa de remplir son verre de punch.
– Celui-là, alors..., marmonna Harry, qui ne pouvait plus se contenir. Je lui mettrai bien des gifles quelques fois.
– Il te les rendrait au centuple, dit calmement Ron. Au moins, il est de notre côté. Imagine un peu le calvaire s'il avait été un véritable crétin pourri à Serpentard.
– Hey ! s'offusqua Tracy.
– Désolé, grommela Ron.
Luna arriva seule, dans une robe atypique, faite de métaux divers. Blaise non plus ne semblait pas avoir de cavalière. Il allait de groupe en groupe, draguant toutes les filles possibles sans aucune distinction. Certains garçons lui jetaient des regards courroucés et d'autres plaçaient des bras possessifs autour de leur cavalière. Un groupe d'élèves de Poudlard, mené par Cédric et Cho, entrèrent dans la salle. Fergus était juste derrière, tenant une ravissante jeune fille par la hanche. Harry ne la connaissait pas mais sa robe bleue lui allait à merveille.
– Hermione est vraiment très belle, dit Tracy. J'ai toujours su que cette fille avait du potentiel.
Harry tendit le cou pour l'apercevoir, sans réellement la voir. La fille était Hermione, sans l'être tout à fait. Elle n'avait plus ses habituels cheveux broussailleux, et ses longues dents semblaient avoir rétrécies comme par magie. Fergus ne prêtait qu'une attention très limitée aux autres étudiants qui les dévisageaient. Il entraîna Hermione à une table après lui avoir glissé quelques mots à l'oreille.
– C-Comment ça elle est au bal avec Fergus Shacklebolt ? balbutia Ron, incrédule. Il est plus vieux qu'elle !
– De deux ans seulement, rétorqua Tracy. Ce n'est pas la fin du monde. Et puis, je trouve qu'ils vont même très bien ensemble.
Karkaroff réclama le silence dès que tout le monde fut assis à une des tables. Du coin de l'oeil, Harry vit que Viktor avait déposé son bras sur les épaules de Draco... :
– Le solstice d'hiver a toujours été le jour le plus important pour la communauté des sorciers du grand nord, prononça le directeur de Durmstrang. À cette époque de l'année, il est primordial pour nous de nous recentrer sur l'essentiel. Bien que nous ayons tous des aspirations différentes, nous nous devons d'être solidaires. Levez votre verre. Buvons au nom de l'hiver.
– Santé, dirent-ils tous en choeur.
Des musiciens entamèrent une ode à Merlin et des plats succulents furent servis par les cracmols. Tracy mangeait des côtellettes d'agneau avec ses doigts. Pourtant, cela n'enlevait en rien à son charme.
– Oh, salut, dit la voix de Draco.
Il était apparut, un verre à la main, sans même qu'ils ne s'en rendent compte. Tracy ne lui accorda pas le moindre regard, continuant d'arracher sa viande avec ses dents.
– Tu es très élégante, Tracy.
– Garde ton venin, Malfoy.
– Harry ? Je peux te parler ?
Curieusement, Harry l'aurait bien envoyé paître mais il était strictement incapable de tenir tête à Draco bien longtemps. Il le suivit en soupirant. Ils se postèrent à l'écart, près du buffet.
– J'ai l'impression que tu me fais la tête, dit Draco, sans préambule. Je peux savoir ce que j'ai fait de mal ?
– Tu es prétentieux.
– Dis-moi plutôt quelque chose de nouveau, trancha l'autre d'un ton détaché. C'est fou ce que la décoration peut-être raffinée...
– Ne change pas de sujet ! On parlait justement de toi, de ta conduite odieuse avec à peu près tout le monde.
– Quoi ?! s'étrangla Draco. Je n'ai rien fait d'odieux dernièrement. J'ai été moi-même ! Cite-moi au moins un moment où j'ai dépassé les bornes.
– Dans ce cas, on y est pour le prochain solstice.
Draco semblait profondément offusqué.
– Je peux savoir pourquoi tu es si en colère contre moi ? C'est parce que je passe plus de temps avec Viktor qu'avec toi ?
– Non, ça n'a rien à voir !
Draco le dévisagea.
– Très bien. Dans ce cas, amuse-toi bien avec TA Tracy.
Il fit volte-face, le nez en l'air. Sans savoir pourquoi, Harry retourna à sa table d'une humeur massacrante.
– Qu'est-ce qu'il voulait ? demanda Ron.
– Rien.
Percy s'approcha d'eux dans une robe de sorcier bleu nuit en soie, apparement neuve.
– Percy ? Qu'est-ce que tu fiches ici ? s'étonna son jeune frère. Mr Croupton n'est toujours pas là ?
– Figure-toi que j'ai obtenu une promotion. Je suis désormais son représentant officiel. Mr Croupton a grand besoin de repos, surtout depuis ce qu'il s'est produit le soir de la finale de la Coupe du Monde. Enfin... Il m'envoie ses directives par courriers et je gère le bureau à sa place. C'est quelque chose de très prenant, mais ça me plaît.
– Et il n'arrive toujours pas à se souvenir de ton prénom ? ajouta Ron.
Percy avait les joues rouge. Il maugréa quelque chose, prétextant une tâche importante, et s'éloigna en de grandes enjambées. À la fin du repas, les tables allèrent magiquement se placer le long des murs, laissant l'espace central libre.
– C'est le moment de danser, dit Tracy en prenant la main de Harry.
Susan et Ron se jetèrent un regard gêné, comme si ni l'un ni l'autre n'était prêt à faire le premier pas. Harry – qui était un piteux danseur – laissa à Tracy l'honneur de mener. Sa main était suffisamment ferme dans la sienne pour qu'il sache exactement où mettre les pieds. Au bout d'une quinzaine de minutes, alors qu'un choeur de nymphes commençaient à susurrer une mélodie lente et suave, il se félicita de ne plus être aussi hésitant que tout à l'heure. Luna tourbillonnait seule sur elle-même, tandis que des filles de Beauxbâtons ricanaient en lui lançant des regards en biais.
– Je suis contente que tu m'aie invitée, prononça Tracy. C'est la première fois qu'un garçon vient vers moi.
Ça ne l'étonnait pas vraiment. Tracy avait quelque chose de très intimidant dans sa façon de se conduire ou de parler qui faisait fuir la gente masculine. Ça sera problablement quelque chose qu'elle gardera toute sa vie, et ce n'était pas plus mal dans un sens. Il en fallait des femmes de caractère.
– Quand j'étais dans le lac, je n'ai pas très bien compris pourquoi tu étais là, dévoila Harry maladroitement.
Tracy haussa des sourcils.
– Enfin, je... Je veux dire que jusqu'à ce moment-là, je ne me suis pas rendu compte que tu me plaisais. Vraiment, je veux dire.
– Oh... Je vois. Toi aussi tu me plais, Harry.
Et, sans préambule, Tracy l'embrassa. Harry resta stoïque, les bras balants. Quand ils se séparèrent, le jeune sorcier se mit à sourire bêtement. C'était comme si le dragon au fond du lac avait pris place dans ses entrailles et se mettait à rugir de toutes ses forces. Sous le coup de l'impulsion, Harry déposa rapidement ses lèvres sur les siennes et Tracy rit doucement. Ils se remirent à danser, plus étroitement que tout à l'heure.
– Je n'arrive pas à croire que dans soixante-ans, je pourrai dire à mes petits-enfants que Harry Potter m'a emmené au bal et m'a embrassé.
Ils éclatèrent de rire et Harry était certain que si on le lui demandait, il serait capable de réaliser un patronus resplendissant. Ils continuèrent de tourner lentement sur place, au rythme de la musique. Lorsque les nymphes eurent fini leur chanson, un concert d'applaudissement retentit dans la salle.
– C'était magnifique ! s'exclama Hermione qui les avait rejoint.
Fergus était auprès d'elle, applaudissant seulement avec deux doigts. Il était appuyé contre une colonnade avec un air de profond ennui placardé sur la figure. Harry se demanda à quel moment avait-il bien pu l'approcher pour l'inviter car Hermione traînait quasiment tout le temps avec lui, Ron ou Draco, ou tous ensemble à la fois. Cela avait dû relever du parcours du combattant. Hermione agita ses mains devant son visage afin d'attirer une brise inexistante.
– Je suffoque dans cette robe.
– Je vais te chercher à boire, prononça aussitôt Fergus.
Curieusement, il avait l'air très satisfait de s'éloigner vers le bar. Un groupe de chanteurs slovaques prirent le relais sur scène et entamèrent des mélodies entraînantes. Fergus revint avec plusieurs verres de punch qu'il avait glissé entre ces doigts.
– Voilà pour Tracy, Hermione, Susan. Tiens Harry, en voilà une pour toi. Et la mienne.
Ron semblait furieux qu'on l'ai oublié. Ils trinquèrent et burent d'un trait. Fergus avalait sa boisson tout en jetant des regards en biais aux autres, s'assurant qu'ils finissaient bien tous leur verre. Que dirait Maugrey là-dessus, lui qui n'acceptait jamais de boire quoique ce soit qu'il n'avait pas lui-même versé dans sa coupe fétiche ? Pourquoi Fergus souriait-il ainsi ?
– On danse ? proposa-t-il à Hermione.
Ils déposèrent leur coupe sur la table et partirent se fondre dans la masse d'élèves agglutinés sur la piste. Harry se sentait bizarre, mais dans le bon sens. Comme s'il était désormais capable de tout réaliser sans avoir à redouter les conséquences. En fait, plus les secondes passaient, plus Tracy devenait incroyablement belle à ses yeux, plus le décor s'estompait, plus il se mettait à glousser de rire de façon ridicule.
– Je vois que ça marche, souffla Fergus dans son oreille un quart d'heure plus tard.
– Q-Quoi ?
– La boisson que tu as prise.
– Qu'est-ce que tu as mis dedans ? interrogea Harry, circonspect.
– Du desinhibant, répondit-il en montrant une minuscule fiole violette dissimulée dans le veston de son smoking. Quelques gouttes, et c'est parti pour une nuit de folie ! J'ai acheté ça trois fois rien sur l'Allée des Embrunes avant la rentrée. Au début, je voulais le mettre dans un plat qu'aurait mangé Rogue mais... ça aurait été trop risqué. Et puis regarde, je rends service à pas mal de monde.
Autour d'eux, l'ambiance avait changé du tout au tout en l'espace d'une poignée de minutes. Harry ignorait combien de verres avait dû boire Vadim Morov, mais maintenant, il avait arraché les boutons de sa chemise et la faisait tournoyer au-dessus de sa tête. Astride Marchaix avait abandonné son petit air suffisant et rigolait de manière très naturelle avec Cho. Hermione dansait avec Luna et elle semblait vivre l'un des moments les plus heureux de sa vie. Draco et Viktor s'embrassaient depuis de très longues minutes, comme si leur bouche avait subie un sortilège de glue perpétuelle. Harry détourna le regard.
– Ne me remercie pas, lança Fergus, d'un ton joyeux.
Harry aurait été bien incapable de prononcer quoique ce soit tant son cerveau était embrouillé. En fait, le restant de la soirée se déroula comme dans un rideau de brume. Le desinhibant rendait chaque geste qu'il effectuait toujours plus confus que le précédent.
Exténué, il finit par s'avachir sur une chaise. Au bout d'un moment, il sentit quelqu'un poser sa tête sur son épaule. Harry ouvrit les yeux. C'était Draco. Il le savait car, de toute évidence, il était le seul à avoir des cheveux aussi blonds. Draco marmonna quelque chose à propos de Tracy qu'il ne comprit pas bien.
– C'est à cause d'elle, dit Draco d'une voix plaintive qui ne lui ressemblait pas. C'est à cause d'elle que je fais tout ça. Oh... Ron, aide-moi à rentrer. Tu es mon ami Ron, n'est-ce pas ?
– Vous êtes dans un sale état tous les deux, dit l'autre. Heureusement que je n'ai rien bu, moi. Allez, je vais vous raccompagner dans vos dortoirs. J'irai voir Tracy et Viktor après pour leur expliquer.
Ron les fit se lever tous les deux, et marcha au milieu tout en les maintenant par la taille. Harry titubait. Une fois dehors, la neige qui tombait semblait être un obstacle insurmontable.
– Je suis triste, glapit Draco. Si triste... Mes parents vont m'abandonner.
– Mais non, dis pas de conneries, grommela Ron qui le tirait presque pour qu'il avance.
– Si je n'avais jamais été à Gryffondor, rien de tout ça ne serait arrivé, poursuivit-il. Tout aurait été plus simple. Mon père n'aurait pas voulu d'un autre héritier.
– Ton père est stupide, rétorqua Harry en rassemblant ses forces pour avancer.
– Je sais, pleura Draco.
Devant la tourelle enchantée, Valar montait la garde.
– Eh bien, eh bien, persifla le serpent géant. Quel spectacle réjouissant.
– Gardez votre venin, balança Ron en franchissant la porte.
Le plus dur fut de grimper les escaliers. Ron déposa Harry dans son dortoir puis s'occupa de Draco.
– Tu avais raison, chuchota Draco, les yeux mi-clos. Tu avais raison en deuxième année, Ron.
– De quoi ? (Il enleva ses chaussures puis remonta la couverture jusqu'à son menton)
– Mon père est un Mangemort. Toujours un Mangemort.
Interloqué, Ron s'arrêta en plein geste et regarda son ami s'endormir.
