Posté le : 30 Mai 2015.


La nouvelle illustration de cette fanfiction provient de CaptBexx, qui m'a donné son accord pour l'exploiter. La recoloration a été faite par Ninn, afin de changer le pull de Draco en rouge et or. Merci pour tout !

.

.

Note d'auteur : Nous voilà enfin arrivés au tome 5 de cette longue histoire. Tout d'abord, je tenais à vous remercier pour tous vos commentaires, et accueuillir chaleureusement les lecteurs arrivant en cours de route (hell yeah, du sang neuf !). Je n'ai toujours pas fini de rédiger le T5, car j'en suis environ à quand ils sont en train de passer leur BUSE. J'avance tout doucement car je réfléchis encore à la bonne décision à prendre quant à l'issue de l'histoire... Mais, je pense que d'ici la fin de l'été, j'aurais bouclé cette motherfucking pyramide. En attendant, j'espère que vous apprécierez la suite que je vous propose (que les gagnantes de la loterie ont pu savourer en avant-première, les coquines).

On passe maintenant à la réponse collective aux reviews ! (générique des Experts Miami)

● La mort de Fleur Delacour en a secoué plus d'un. Mais bon, je n'y peux rien, je n'ai jamais apprécié ce personnage. En plus, je m'étais souvent demandée ce qu'il se serait produit si Cédric était encore vivant. Donc, ouais, j'ai sauté sur l'occasion ! Bien évidemment, cela change tout pour la suite car Bill a, sans le savoir, perdu la femme de sa vie et Cho Chang ne sera plus une malheureuse serpillère de larmes se traînant dans tout Poudlard. Je suis consciente que certaines personnes adulent Fleur, mais j'en fais pas partie et je ne compte pas me forcer plus que ça. Cédric aura évidemment un rôle à jouer par la suite, je ne vous en dis pas plus.

● Puisque Sirius est innocenté depuis le T3, cela change radicalement sa position quant au T5. Rappellez-vous que Harry vit avec lui, désormais, et que donc il n'a pas rencontré deux détraqueurs à Magnolia Crescent durant l'été ! Sirius continuera d'être un personnage récurrent de l'histoire, même si je ne suis pas encore fixée à 100% quant à son avenir.

● A la fin du T4, Draco est toujours en couple avec Viktor Krum. Draco est amoureux de lui, et vice versa. C'est son premier véritable petit-ami et cela va engendrer de nouvelles dynamiques dans l'histoire, notamment comment gérer une relation à distance etc. Bref, leur relation sera l'un des fils rouge du T5 et j'ai vraiment hâte que vous découvriez tout ça. (Oh, et oui, on reverra certains élèves de Durmstrang dans un futur plus ou moins proche).

● ENFIN, vous saurez ce que Draco a vu dans le Miroir du Risèd d'ici quelques chapitres. C'est une scène que j'ai adoré écrire et je pense qu'elle va vous plaire.

● L'évolution de la relation entre Draco et Harry sera sans précédent au cours du T5 (no comment).

● L'AD existera bien au cours de ce tome, et certains membres ne seront pas les mêmes que dans les bouquins.

● Lucius Malfoy ne changera pas de camp. Il croit fermement en l'idéologie mangemort. Si Harry a décidé de ne pas le dénoncer à la fin du T4, c'est qu'il a peur de ce que deviendrait Draco sans lui. S'il dit à tout le monde que le père de Draco est un proche de Voldemort, son ami devient aussitôt un paria dans l'école, va subir des violences de la part des élèves et il risque de se renfermer sur lui-même, voir de faire une grosse connerie (car Draco adore être le centre de l'attention). Harry n'a pas envie de le faire souffrir et c'est pourquoi il se tait. Évidemment, ce geste ne sera pas sans conséquence pour la suite.

● Harry conservera son côté insupportable des livres dans ce tome car sans ça, cela aurait changé trop de choses d'un point de vue scénario.

Je vous remercie évidemment toutes et tous pour vos reviews. Malheureusement, je ne peux plus faire de réponses personnelles car je suis souvent en train de courir un peu partout. J'espère que cela ne vous dérange pas et qu'avoir une réponse commune vous permet d'y voir tout de même plus clair.

Bonne lecture pour ce nouveau tome et à la prochaine !

D Would.


A Dragon in The Wind

TOME 5 : « Draco Malfoy et le cœur du mensonge »

Chapitre I : « Crises de Bec »

« The natural order is disorder »

Zaheer, in. Legend of Korra

.

.

.

À quinze ans seulement, Draco Malfoy était un jeune homme bien préoccupé. Il ne parvenait que très difficilement à s'endormir tant sa tête lui tournait de questions et que ses entrailles se tordaient de peur. Même une potion de sommeil sans rêve n'arriverait sans doute pas à l'apaiser. Sa famille vivait une situation sans précédent et quelque peu précaire. Depuis le mois de juin dernier, le Seigneur des Ténèbres était revenu.

Son père, l'un de ses plus fidèles partisans, disparaissait de longues heures en emportant une cape et une cagoule noires. C'était des moments angoissants à vivre car personne ne savait ce qu'il y faisait ni quand il rentrerait. De l'autre côté, le ministre de la magie ne cessait de lui écrire, lui demandant des conseils ou de l'argent. Ainsi, Lucius Malfoy était sollicité dans les deux camps, oubliant presque son rôle de chef de famille.

Son épouse, Narcissa, ne disait jamais rien. De nature peu loquace, elle s'était quasiment renfermée sur elle-même depuis plusieurs semaines. Elle passait des heures interminables dans la nurserie, serrant contre elle son nouveau-né. Mercutio Malfoy était un bébé étonnament silencieux. Draco avait eut l'occasion d'entendre maintes anecdotes à propos de sa propre naissance, de la façon dont il avait eu la manie de s'époumoner et de rendre infernales les nuits de ses parents.

Mercutio, pour sa part, ne faisait pas d'esclandre. Il restait là, les yeux grands ouverts, à observer toutes les petites choses qui l'entouraient. Mercutio avait les mêmes pupilles que Draco, d'un gris orageux, les mêmes cheveux blonds pâles, le même petit nez pointu. Draco se demandait souvent quel genre de sorcier son petit frère deviendrait. Suivrait-il les traces de son père ? Irait-il finalement à Serpentard, comme tout le monde l'espérait ? Serait-il un Mangemort ?

C'est cette dernière question qui répugnait le plus Draco. Généralement, il préférait la mettre de côté car elle lui fichait aussitôt la nausée. Malgré tous ses défauts, ses fréquentations et son exigence, Draco aimait son père de tout son cœur. Il aurait aimé pouvoir être le parfait héritier que ses parents attendaient. Mais il ne le serait jamais. Il fallait donc s'habituer à cette idée, et le plus tôt serait le mieux. Les choses n'arrivaient généralement pas sans raison. En fait, Draco se sentait tiraillé : d'une part il y avait sa famille, et de l'autre ses amis.

Harry Potter était le plus célèbre d'entre eux pour avoir terrassé le Seigneur des Ténèbres alors qu'il n'était qu'un bébé. Draco s'était tout de suite attaché à lui et n'imaginait pas un seul instant sa vie sans sa présence. Si ses parents avaient toujours vu d'un très mauvais œil leur amitié, ils s'étaient jusqu'ici contentés de lui faire part de quelques avertissements.

Désormais, les choses avaient complètement changées. Draco n'avait pas le droit de contacter Harry. Et, sûrement, avait-on donné la même consigne à son meilleur ami. Les étés précédents, ils n'avaient fait que de s'envoyer des tas de lettres. Là, Draco ignorait tout de l'endroit où pouvait bien se trouver Harry, ni s'il tenait le coup de voir son ennmi mortel réapparaître.

Il n'y avait pas qu'à Harry à qui Draco n'avait plus le droit d'écrire. Sa mère avait fini par découvrir qu'il était devenu très proche de Hermione Granger, une née-moldue elle aussi à Gryffondor. Narcissa Malfoy avait hurlé, puis pleuré, et lui avait fait promettre de ne plus s'approcher d'elle, que ça mettrait considérablement leur famille en danger. Alors Draco n'avait pu qu'acquiescer.

Seul Ron lui avait envoyé une lettre pour savoir comment il allait. Son père l'avait intercepté puis déchiré tandis qu'ils prenaient tous trois leur petit-déjeuner. « Un Weasley ne vaut guère mieux qu'un moldu », avait lancé son père de son habituelle voix froide et traînante, « Que je ne te reprenne plus avec ce genre de racaille ». Encore une fois, Draco avait sagement obtempéré. De leur côté, aucun de ses pourtant nombreux amis n'avait plus essayé de le contacter.

La tension palpable au manoir l'avait conduit à rester le plus souvent dehors, dans le jardin. Il lisait des livres, allongé sur la pelouse ou avançait dans ses devoirs de vacances. Poudlard lui manquait atrocement, tout comme ses camarades.

La seule personne à qui il pouvait se confier sans crainte d'être jugé était Mercutio. Son adorable petit frère le fixait généralement de ses yeux attentifs dès que Draco s'approchait de son berceau. Mercutio était venu au monde lors d'une année faste, selon les astres. Mercure brillait de mille feux, tant et si bien qu'une comète rouge sang a surplombé le pays pendant au moins deux jours. Mercure était le symbole même de la force pure, inflexible et pugnace.

Mr et Mrs Malfoy s'étaient rendus chez un Visionomeur. Il s'agissait d'un voyant spécialisé dans la recherche des prénoms pour les enfants sorciers. Peu de parents suivaient encore cette tradition, mais d'autres voyaient en cela un passage quasi obligé. En échange d'une somme d'argent conséquente, le visionomeur se chargeait de consulter les cartes, les feuilles de thé, les boules de cristal et les astres pour prédire l'avenir de l'enfant. À sa naissance, Draco avait été placé sous le signe du changement et de l'adaptabilité. Le visionomeur avait proclamé à ses parents de très bonnes choses le concernant, mais Draco avait du mal à croire qu'un jour tout ceci finirait par se réaliser.

Cependant, il avait un trait commun avec Mercutio : ils avaient tout deux reçu la bénédiction du vif-argent. Il s'agissait de l'ancien terme pour désigner le mercure. Le visionomeur avait dit de son petit frère qu'il serait un homme imprévisible, fin magicien et habile à tromper les gens. Mercutio Malfoy était né sous de très bons auspices, béni par le signe de la fureur. Draco se demandait parfois ce qu'il serait arrivé si le visionomeur aurait prédit quelque chose d'horrible. En effet, il arrivait parfois que le voyant préssente des malheurs pouvant s'abattre sur un enfant. Les parents se retrouvaient alors plus que abattus et contraint d'élever un bébé destiné à les couvrir de honte ou à mourir précocement.

Draco prit Mercutio dans ses bras, en veillant bien à maintenir sa tête. Il était enroulé dans une couverture olivâtre couverte de motifs de dragons. Draco en avait eu une semblable autrefois, bleue nuit et parsemée d'étoiles. Mercutio sentait bon le bébé. Si seulement les choses pourraient être moins compliquées... Dans la nurserie se trouvait une petite table où reposait un énorme rouleau de tissu. Il s'agissait d'un exemplaire de l'ancienne tapisserie des Black. Chaque descendant direct en recevait un, même si l'original était toujours placardé dans leur demeure ancestrale. La mère de Draco avait reçu ce rouleau le soir de ses noces, pour lui souhaiter de faire prospérer leur lignée. Depuis plusieurs jours, elle s'occupait d'ajouter son nouveau-né sur la tapisserie en cousant son prénom et sa date de naissance avec du fil magique.

– Regarde, prononça Draco en passant son doigt sur des prénoms au hasard, toutes ces personnes font partie de notre famille. (De temps à autre, des prénoms avaient été effacés, laissant comme des brûlures de cigarettes.) Toi, tu es ici. Mercutio. Pour l'instant, il n'y a que la première lettre.

Sa mère luttait pour inscrire ce prénom sur la tapisserie. Chaque soir elle le cousait, chaque matin il disparaissait curieusement. Draco n'avait jamais vu un phénomène semblable. La fois où il avait voulu en parler avec sa mère, elle l'avait congédié dans sa chambre pour faire ses devoirs de vacances. Rogue leur avait donné une pile de choses à réviser et des exercices pointus à accomplir.

À la rentrée, Draco et ses amis prépareraient leur examen de B.U.S.E. et il était hors de question pour lui de les râter. Il se voyait même, dans ses rêves les plus fous, toutes les obtenir avec la note optimale puis serrer la main de Dumbledore devant toute l'école. Draco n'avait été qu'une fois le meilleur élève de son collège, quand sa meilleure amie, Hermione, avait vu trop gros lors de leur troisième année d'étude. La doubler était un prodige que Draco ne pouvait se flatter de réitérer à moins d'un énorme coup de chance.

Draco déposa son petit frère dans son berceau tandis que ce dernier s'endormait paisiblement. Le jeune sorcier retourna dans sa chambre, se trouvant à l'autre bout du couloir. La pièce avait connu quelques modifications depuis son entrée à Poudlard : il y avait bien moins de jouets qu'autrefois, et il y avait davantage d'affiches de groupes de musiques, ou de sorciers séduisants et célèbres. Draco tenait tout particulièrement à un poster de Viktor Krum, l'attrapeur bulgare. Il l'avait épinglé juste au-dessus de son bureau, là où il rédigeait ses lettres.

Viktor ne lui écrivait pas beaucoup. Il avait encore de grosses difficultés en anglais, et ne le maîtrisait pratiquement qu'à l'oral. Du coup, Draco était obligé d'acheter de grandes enveloppes ensorcellées pour lui transmettre des messages vocaux. Elektra, sa chouette lapone, était toujours très heureuse de voyager et revenait des jours plus tard, fébrile et surexcitée. Dernièrement, Draco avait rejoint Elektra dans son euphorie en ouvrant une lettre : Viktor l'invitait à passer quelques jours chez lui pour les vacances !

Draco avait déjà commencé à préparer sa valise, choisissant autant de vêtements chauds que des maillots de bain. Après tout, il n'avait jamais mis les pieds en Bulgarie de sa vie. Draco avait imaginé que ses parents seraient bien plus réticents à l'idée de l'envoyer à l'étranger chez des gens qu'ils connaissaient à peine.

Pourtant, son père se montra emballé, comme s'il était impatient de se débarrasser de lui. Ses parents devraient l'accompagner dans quatre jours à la station de transplanage d'escorte de Londres où un portoloin collectif l'attendrait. Draco avait très hâte de s'y rendre ça lui changerait considérablement les idées. Il mit la main sur une paire de chaussettes et se retint de justesse de pousser un cri : Dobby, leur elfe de maison, s'était caché sous une pile de vêtements propres.

– Qu'est-ce que tu fiches ici ? Tu ne devrais pas être en train de préparer les biberons de Mercutio ?

Dobby se voûta légèrement, comme pris en faute. Ses énormes yeux vert, de la taille de balles de tennis, papillonna un moment. Draco se mordilla les lèvres lorsqu'il comprit que l'elfe s'apprêtait à pleurer.

– Je ne voulais pas être méchant, dit-il. Je... désolé, Dobby. Tu me pardonnes ?

– Oh, oui maître. Mais le maître n'a rien à se faire pardonner... Dobby est venu pour dire... Oh, croyez-moi que ce n'est pas facile, chuchota précipitamment l'elfe de maison, Dobby ne doit pas se faire prendre à raconter de telles choses, sinon il pourrait se retrouver empaillé ! Dobby devra se punir très sévèrement après avoir tout raconté au jeune maître. Si monsieur Malfoy l'apprend... (Dobby fut secoué d'un terrible frisson) Mais Dobby ne pouvait plus se taire. Il a entendu de terribles, terribles choses et elles se produiront toutes très bientôt.

– Quelles choses ?

– Dobby a entendu dire que Harry Potter avait à nouveau affronté le Seigneur des Ténèbres il y a quelques semaines... (Draco hocha de la tête) Et qu'il avait réussi à s'enfuir, une fois de plus. Dobby se souvient très bien de votre ami Harry Potter. Il ne voudrait pas qu'il lui arrive du mal (Dobby se moucha bruyamment dans la taie d'oreiller qui lui tenait lieu de vêtement). Dobby sait que s'il arrivait cette année quelque chose à Harry Potter, le jeune maître serait dévasté, alors... (Dobby se mit à pleurer) Il fallait que je vous dise. Il le fallait !

– Calme-toi, ordonna Draco. (L'elfe cessa aussitôt de pleurer) Va droit au but.

– Dites à Harry Potter qu'il faut rester chez lui, en sécurité. Il existe un complot, et Harry Potter pourrait se retrouver au milieu de tout ça !

– De quel complot tu parles ? Quand est-ce que tout ceci... ?

Il se tut, entendant sa mère chanter une berceuse à Mercutio. Draco parla plus précipitamment et à voix basse :

– Qui voudra faire du mal à Harry ? Réponds-moi, c'est un ordre !

Dobby semblait lutter et tenta même de s'arracher la langue avec ses petits poings maigres mais Draco l'en empêcha.

– Le Seigneur des Ténèbres. Il va piéger Harry Potter. Il le veut plus que jamais ! glapit-il.

Sous la stupeur, Draco lâcha l'elfe de maison mais ce fut une grossière erreur. Dobby profita de ce laps de temps pour se frapper le crâne avec une lampe de chevet. Sa mère, attirée par le bruit, finit par faire irruption dans la chambre :

– Qu'est-ce que c'est que tout ce cirque ? Draco, finis vite ta valise. Je ne veux plus voir tes préparatifs traîner en longueur. Quant à toi, Dobby, le ménage ne se fera pas tout seul.

– Oui, maîtresse, couina révérencieusement la petite créature.

Quand Narcissa Malfoy se fut éclipsée, Dobby se tourna vers l'adolescent :

– Le jeune maître doit prévenir son ami de ne plus jamais remettre les pieds à Poudlard ! Promettez-le !

– Je... Je vais essayer.

La réponse sembla convenir à Dobby car il se volatilisa en un léger pop!.

Ooo

La journée la plus chaude de l'été, jusqu'à présent en tout cas, tirait à sa fin et un silence somnolent s'était installé sur les maisons rouges et étriquées de Sozopol. Immobile sur le sable, Draco supportait mal la sécheresse persistante du climat malgré toutes ses lotions solaires. Son corps se couvrait progressivement de vilaines plaques roses, le faisant ressembler à une espèce de jambon mal dégrossi. Il avait un peu honte de ne pas avoir un bronzage parfait comme toutes les vedettes sorcières des magazines. Mais il fallait s'y faire, avec ses cheveux d'un blond platine, Draco ne pouvait pas escompter de meilleurs résultats.

Viktor, en revanche, semblait métamorphosé en présence du soleil. Sa peau s'était halé d'un joli brun et ses yeux noirs, sombre comme des flaques de mazout, brillaient de milles feux sous les éclats de la lumière. Viktor était toujours aussi peu loquace, cependant, Draco appréciait ce calme. D'un naturel bavard et expressif, le jeune sorcier n'avait pourtant eu aucune envie d'aborder le moindre sujet concernant le monde magique avec quique ce soit. Ça lui faisait terriblement du bien de penser à autre chose, d'être là, dans une sorte de parenthèse ensoleillée sans avoir à se dire que le danger planait au-dessus d'eux.

Bien sûr, dès son arrivée en Bulgarie, Draco avait tenté de joindre Harry par hibou postale. Mais quoi lui dire ? « Salut, Harry. C'est ton meilleur ami Draco. J'espère que tu te souviens encore de moi après ces semaines de silence radio. Je suis en vacances dans une station balnéaire de Bulgarie avec Viktor Krum. Tu sais, mon petit ami incroyablement célèbre et ténébreux. La nourriture est délicieuse ici. Si j'avais le choix, je me construirai un igloo dans le sable et resterai planqué jusqu'à ce que tous les problèmes soient résolus. Dis-le à Dumbledore de ma part. Ah, au fait, Dobby, mon elfe de maison, m'a juré que tu courrais un grand danger en retournant à Poudlard. Il n'a pas très bien voulu me dire pourquoi ni comment, mais le fait est là. Je crois qu'il a entendu un truc pas net. Ça doit principalement être dû au fait que mon père est un Mangemort et qu'il s'en cache à peine. Je n'ai plus le droit de parler ni à Hermione ni à Ron (et encore moins à toi). Prends cela pour ma dernière prise de contact. Allez, ciao. À la revoyure. »

Non, il ne pouvait décemment pas envoyer un truc pareil. Draco avait essayé, re-essayer de lui écrire une lettre, en vain. Du coup, il avait supplié Viktor de le faire à sa place, de prétexter vouloir en savoir plus sur le Quidditch, ou n'importe quoi. Il fallait juste que Harry sache ce que Dobby avait dit. Viktor s'était montré très précis et concilliant. Il avait conclu sa courte lettre par : « … Je te crois quand tu dis que Tu-Sais-Qui est revenu. Si tu as besoin d'aide, tu as maintenant mon adresse. »

La balle était dans le camp de Harry, désormais. Il espérait simplement que son ami ait suffisamment de jugeote pour décrypter le fond de cette lettre et ne pas l'envoyer directement à la poubelle. Harry étant plutôt impulsif, il lui arrivait de faire des trucs pareils. Draco le savait. Il avait très peur de l'affronter à la rentrée, de devoir justifier le fait d'avoir ignoré son courrier, de devoir passer toute l'année dans le même dortoir et la même classe sans même lui adresser la parole. Car son père l'apprendrait, forcément. Des gens surveilleraient le moindre de ses faits et gestes pour lui. Draco ne pouvait plus se permettre d'être le meilleur ami du Survivant. Il devait installer une sorte de distance. En fait, il perdrait quasiment tous ses amis sans espoir de pouvoir recoller les morceaux.

– Draco, est-ce que ça va ?

Le jeune sorcier tourna la tête vers Viktor, fronçant les sourcils d'un air soucieux. Draco prit un peu de trop de temps pour sortir de sa rêverie, ce qui inquièta davantage son petit-ami :

– On devrait retourner chez moi pour manger quelque chose, poursuivit-il. Tu n'as pratiquement rien avalé depuis que tu es arrivé.

C'était vrai. Draco adorait la bonne cuisine et développait une relation quasi-obssessionnel avec la nourriture chose qu'il partageait avec Ron. Cependant, trop de choses l'empêchaient de décompresser et de vraiment profiter de ses vacances. Viktor lui attrapa la main et ils remontèrent la petite butte rocailleuse. La plupart des demeures de Sozopol, côté sorciers, semblaient agrippées à mêmes les paroies, face à la mer.

La maison des Krum était l'une des plus grandes et anciennes des alentours. Descendant d'une lignée Sang Pure irréprochable, les parents de Viktor avaient hérité d'une constellation de bâtisses en Europe centrale et orientale. Draco s'était déjà vu promettre de toutes les visiter aux cours des étés prochains. Deux elfes de maisons arrossaient magiquement des étendues d'herbe en claquant des doigts. Les fenêtres anis étaient grandes ouvertes dans l'espoir d'attirer une brise inexistante. Malgré la présence de ses serviteurs, Mrs Krum, élevée à la dure, préférait préparée elle-même ses repas. De délicieuses pâtisseries n'attendaient que d'être englouties sur la table de la cuisine.

Les deux garçons en attrapèrent plusieurs puis grimpèrent jusque dans leur chambre. Normalement, Draco en avait une à disposition mais il préférait de loin dormir avec Viktor. Le contact de ses bras, son souffle contre sa nuque et sa respiration la nuit l'apaisait. Il se sentait ainsi bien plus en sécurité, même si personne ne lui voulait du mal, et même si deux sorciers expérimentés dormaient juste à côté. Viktor était une figure bien plus rassurante que n'importe quel talisman. Ils s'assirent l'un en face de l'autre, sur le lit, et mangèrent en silence. Du coin de l'oeil, Viktor vérifiait que Draco s'alimente suffisamment.

– Si... Si tu redoutes autant de retourner à Poudlard, tu devrais t'inscrire à Durmstrang. (Draco leva des yeux incrédule vers lui) Je sais que tu adores ton école, mais tu avais aussi l'air très à l'aise dans la mienne lors du Tournoi des Trois Sorciers. Tu t'es fais bien plus d'amis là-bas en l'espace de deux mois que moi en sept ans.

Viktor venait tout juste de finir ses études et comptait s'impliquer à cent pourcents dans sa carrière sportive en Bulgarie. Il n'avait pas digéré sa défaite en demi-teinte à la Coupe du Monde, et préparait d'arrache-pied sa revanche. Draco ne sut pas trop quoi répondre à cette suggestion. Étudier à Durmstrang simplifierait les choses pour beaucoup de monde, cependant il ne pouvait pas s'y résoudre. Ses amis lui manqueraient bien trop.

– Je sais que tu n'aimes pas trop Karkaroff, continua Viktor en pressant doucement sa main, mais il ne sera plus là pour enseigner. Le professeur Gustav sera directeur remplaçant. Tu te souviens de Gustav ? Il t'aimait bien. Il disait que tu étais très bon en incantation.

Karkaroff avait disparu la nuit où le Seigneur des Ténèbres était revenu. Étant un ancien Mangemort, il avait dû sentir le vent tourner pour lui, vu qu'il avait dénoncé pas mal de ses camarades pour obtenir la liberté. La proposition de Viktor était la plus sage. Étudier à Durmstrang lui permettrait de rester à l'écart de tout conflit, sans avoir à prendre part pour l'un ou pour l'autre camp. Le Seigneur des Ténèbres n'en avait rien à fiche de Durmstrang ou de Beauxbâtons. Mais il ne laissera jamais de répit à Poudlard pas tant que Dumbledore sera là pour lui tenir tête.

– Je ne peux pas, Viktor, finit par prononcer Draco. Ma vie est en Grande-Bretagne, pas ici. Je... J'ai besoin de mes amis, même s'ils se mettront tous à me détester pour une raison ou pour une autre. Je... Je ne suis pas aussi courageux que tu peux le croire. Le changement m'effraie.

Viktor grogna quelque chose et Draco sut que la conversation était close. Il ne comprenait pas la prophétie du Visionomeur. Draco ne pouvait pas être placé sous le signe de l'adaptabilité et du changement. Il n'était pas ce garçon-là. Lui, il aimait les choses stables, maîtrisables. Il redoutait le chaos, pourtant, c'était tout ce qui l'attendait de retour à Poudlard.

Ooo

Le Poudlard Express était là, crachant des panaches de fumée au-dessus de la foule d'élèves et de parents attendant le départ. Draco était tout près de sa mère et du petit Mercutio, qui babillait dans sa poussette. Il déposa un baiser sur le front de son petit-frère en promettant de revenir bien vite.

– Rends-nous fiers, dit Narcissa Malfoy en ajustant l'écusson épinglé sur sa robe de sorcier.

Draco avait reçu une lettre du professeur MacGonagall une poignée de jours avant la rentrée. Celle-ci était accompagnée d'un badge rouge et or de préfet. Draco avait même complètement oublié que c'était cette année qu'ils les choisissaient !

Bizarrement, même s'il en rêvait secrètement, Draco s'était toujours imaginé que Ron aurait le poste. Après tout, sa famille était bien plus appréciée chez les Gryffondor et Ron était bien plus patient et diplomatique que lui. Draco doutait sincèrement que les autres élèves lui obéissent. Mais, si les professeurs le jugeaient apte à tenir ce rôle, il ferait tout ce qui était en son pouvoir pour ne point les décevoir.

Narcissa Malfoy serra une dernière fois son fils contre elle puis le regarda s'éloigner. Sur le quai, Draco reconnut immédiatement plusieurs amis et dut faire semblant de ne pas les avoir remarqué. Harry était entouré de plusieurs sorciers, guettant le moindre de ses faits et geste, comme une sorte de garde rapprochée. Sirius Black laissa son fileuil grimper à bord d'un wagon et Draco fit attention de ne pas choisir le même.

Il plaça sa malle et la cage d'Elektra dans le premier filet à bagages venus puis s'empressa de trouver le compartiment réservé aux préfets. Le Poudlard Express s'ébranla après avoir lancé son dernier appel. Le train prenait de la vitesse et les maisons défilaient par les fenêtres en une succession d'éclairs.

Draco trouva sans aucun mal la préfète-en-chef qui vociférait des instructions à l'égard de première année terrifiés. Elle s'appellait Saddie et traînait souvent vers la tour d'Astronomie. Draco n'avait aucun mal à comprendre pourquoi elle avait été choisie plutôt qu'une autre : Saddie avait une voix qui portait, connaissait le règlement de Poudlard par cœur et le tenait en haut respect, savait exactement débusquer les mensonges et la tricherie, sans parler de son flair inné pour débusquer les élèves dans leurs moments les plus embarrassants.

– Je peux t'aider ? demanda aussitôt Saddie en mettant ses poings sur ses hanches.

– Je suis venu pour connaître les deux-trois trucs à savoir avant de me lancer.

– Tu n'es pas accompagnée de la préfète de ta maison ? En général, ils viennent ensemble pour se plaindre. (Saddie balaya le couloir d'un regard de mirador) Seulement le premier jour et déjà une foule de crétins à remettre sur le droit chemin. Un peu d'aide serait la bienvenue. Granger et toi vous n'avez qu'à aller en tête de train, voir ce qu'il s'y passe. N'hésitez pas à enlever quelques points aux fauteurs de trouble. J'ai entendu dire que les frères Weasley essayaient de vendre des cochonneries à une bande de filles écervelées. Règle-moi ça, d'accord ?

– Eh, vous ! Laissez ce pauvre rat tranquille !

Saddie le laissa planté là et, pendant un bref moment, Draco ne sut quoi faire. Il avança un peu, se glissant dans chaque compartiment pour vérifier que tout allait parfaitement bien. Il trouva dans l'un deux une bonne quinzaine de premières années entassés.

– Qu'est-ce que vous faites tous ici ? demanda-t-il, circonspect.

– On n'a pas trouvé de place ailleurs, glapit le plus courageux d'entre eux.

Draco plissa le nez. Cela devait être une mauvaise blague d'un des crétins dont Saddie parlait.

– Six d'entre vous peuvent rester ici. Les autres, suivez-moi, je vais vous trouver des places assises.

Draco les répartis dans trois autres compartiments, en prenant bien garde de ne jamais laissé un première année seul. Une fois ceci fait, il croisa Neville qui cherchait lui aussi une place en tenant dans ses bras une espèce de minuscule cactus gris planté dans un pot.

– Qu'est-ce que c'est ? interrogea Draco après lui avoir demandé comment s'était déroulé ses vacances.

– Un Mimbulus Mimbletonia, claironna fièrement Neville. C'est mon oncle Algie qui me l'a offert pour mon anniversaire. C'est une plante très, très rare. J'ai hâte de pouvoir la montrer au professeur Chourave... Oh, tu es préfet ! J'ai toujours su que ça serait toi, Draco. Tu es vraiment doué pour diriger les gens, ça t'ira comme un gant.

La morosité qu'il avait jusqu'alors ressenti s'évapora peu à peu. Il reprit sa marche, cette fois, en bombant le torse. Personne ne sembla contester son autorité, pas même des élèves plus grands que lui. Draco prit vite goût à cela et s'autorisa même à enlever deux points à un Poufsouffle qui s'amusait à grossièrement imiter le professeur Rogue.

– Bien joué, Malfoy, susurra Fergus Shacklebolt, négligemment adossé à la portière. Tu viens de ruiner la créativité du petit ainsi que sa liberté d'expression.

Fergus, le meilleur ami de Cédric Diggory, était en dernière année d'étude et semblait être au cœur de tous les mauvais coups. Draco savait de source sûre qu'il vendait des herbes plânantes dans les toilettes des garçons, mais nulle personne n'avait jusqu'ici obtenu la moindre preuve. Il aurait aimé pouvoir le prendre sur le fait au moins une fois, histoire de montrer à tous qu'il était un préfet exemplaire.

– Salut Draco !

En faisant volte-face, il tomba nez à nez avec Hermione, le rouge aux joues. Elle semblait avoir courru. Fergus changea dès lors d'attitude, s'humectant les lèvres et croisant les bras pour faire ressortir ses biceps. Hermione ne le remarqua pas.

– Tu es préfet ? Félicitation !

Elle bondit dans ses bras et Draco demeura stoïque. Il n'était pas censé être ami avec elle. Plus maintenant. Hermione nota sa frigidité et se recula.

– Je... Avec Ron on se demandait qui ça serait. On avait imaginé que peut-être Harry aurait eu l'insigne... Mais, finalement, il... Enfin..., bafouilla-t-elle.

Harry aurait dû être préfet, pensa Draco. Sans doute que tout le monde s'était attendu à ce qu'il le soit, y compris le principal concerné. Draco détourna la tête.

– J'aurais dû être préfet, intervint Fergus en prenant un ton péremptoire. Seulement, j'ai refusé l'insigne sur le champs quand Chourave a voulu me le donner. Elle pensait que ça serait bien de me responsabiliser un peu. Seulement, je suis trop cool pour ces choses-là. Et puis, j'ai bien assez à faire pour arriver à l'heure en cours. C'est fou ce qu'on peut se perdre dans Poudlard...

– On devrait continuer notre ronde, dit Draco.

Hermione acquiesça. Ils n'échangèrent pas le moindre mot en une heure et Draco en remercia mentalement Merlin. Ils croisèrent Pansy et Blaise, tous les deux préfets à Serpentard.

– Tu déjeuneras avec nous, dis ? supplia Pansy en tenant la main de Draco, les yeux larmoyants. J'ai préparé tout un tas de choses et je suis sûre que tu vas les adorer. Théodore a ramené un kilos de raisins papoteurs de son vignoble. On prévoit de jouer à « Qui est dans mon château ? » avec les garçons. Je t'en prie, viens, ça sera drôle. Dis-lui, Blaise, que ça sera drôle.

– Préfet, hein ? lança Blaise sans se préoccuper une seule seconde des lamentations de Pansy. Je ne suis pas surpris. En revanche, je l'aurai été si Londubat avait reçu l'insigne. Ça aurait été la fin de Poudlard, crois-moi.

– Neville est un mec cool, rétorqua Draco, pincé.

Blaise aboya d'un rire tornitruant, comme si c'était la plus délicieuse blague qu'il n'avait entendu au cour de l'année. Il fit volte-face et s'écria :

– On est dans le compartiment 76 ! Rejoins-nous, d'accord ?

En arrivant en tête de train, Hermione et Draco rencontrèrent les autres préfets (Anthony Goldstein et Padma Patil pour Serdaigle et Ernie MacMillan et Hannah Abott pour Poufsouffle). Tous avaient déjà enlevé au moins un point à des élèves surexcités. Ils partagèrent leurs impressions sur leur nouveau poste puis, aux alentours de midi, Draco se retira en évitant soigneusement le regard lourd de sens de Hermione.

Le compartiment qu'occupait Pansy ne fut pas dur à trouver car c'était l'un de ceux avec le plus de tapage. Grégory et Vincent ricanaient bruyamment en s'amusant à mettre le plus de guimauves possibles dans leur bouche sans les recracher. Blaise tenait les comptes et Théodore espérait ouvertement que l'un d'eux meurt étouffé par sa propre salive. Astoria était prise d'un fou rire démentielle et les raisins papoteurs, dans un large panier, hurlaient des « A mort ! » de leur petite voix couinante.

– Vous êtes tarés, grommella Draco en s'asseayant aux côtés de Pansy.

Celle-ci insista pour le gaver de nourriture, tant et si bien que Draco n'était pas sûr d'avoir encore de la place pour le festin de ce soir. Blaise mit de la musique puis se mit à se dandiner sur le nouveau hit des Goules de Athénas. Apparement, être préfet suffisait à le mettre en joie. Théodore battit la mesure avec un crayon de papier puis reprit la bande-dessinée qu'il était en train de réaliser.

– Qu'est-ce que tu essaies de faire ? s'intéressa Draco en se penchant en avant.

– Une représentation de la corruption dans le Quidditch. Il faut vraiment être aveugle pour ne pas voir ces choses-là, lança-t-il. Je suis sûr que Viktor Krum a fait exprès de ne pas voir le Vif d'Or pour toucher des pots de vins. (Draco était bien trop épuisé pour entrer dans des explications avec Théodore qui, de toute façon, n'écouterait pas la moitié de ce qu'il pourrait bien raconter) Regarde, c'est lui sur ce balai moderne. Je me suis inspiré d'un Aspirabeurre. C'est un appareil moldu, pour le ménage. J'ai entendu une fille en parler dans le couloir. J'espère que mon dessin sera suffisamment bon pour être publié dans le Chicaneur.

– Cette poubelle ? déclara Blaise en cessant aussitôt de danser. Tu n'oserais pas !

Théodore haussa vaguement des épaules puis continua à dessiner. Blaise avait le visage congestionné par la fureur et attrapa des raisins papoteurs qui crièrent de terreur dès qu'il les avala. Draco saisit le magazine que Théodore avait laissé de côté. Sur la couverture, on reconnaissait aisément Cornelius Fudge grâce à son chapeau melon vert et sa longue cape noire, bordés de fils bordeaux.

La caricature avait pour légende : « Jusqu'où ira Fudge pour s'emparer de Gringotts ?» Le personnage du ministre tenait d'une main une grosse bourse de gallions et de l'autre empoignait un gobelin par la gorge. Draco le feuilletta rapidement en souriant. C'était exactement le genre de lecture que son père désaprouverait.

– Le type qui écrit ça est fou, renchérit Blaise, qui n'en démordait pas. Mais il faut être encore plus timbré pour dépenser de l'argent pour cette grosse bouse.

Théodore leva le nez de son dessin et balaya rapidement une mèche brune qui s'était égarée sur son front. Il fit semblant de ne pas du tout avoir entendu Blaise et dit à Draco :

– Ca se lit à l'envers. (Draco commença alors par la fin, lisant de gauche à droite) Non, à l'envers, insista Théodore comme s'il s'adressait à un demeuré. Tourne le magazine, la tête vers le bas. Si tu trouves les mots magiques, un contenu inédit sera révélé. Ça prend du temps, mais ça en vaut vraiment la peine.

– Le mot magique, maugréa Blaise, apparement mécontent. La première chose que je ferai en tant que préfet, ça sera de bannir ce torchon ridicule.

– Blaise n'aime pas trop le Chincaneur depuis qu'il y a eu un article sur sa mère, informa Astoria. Ils ont dit qu'elle retenait tous ses époux dans une cave puis les transformaient en loup-garous.

Blaise, vexé, ne prononça plus un seul mot du trajet. Draco baîlla à nouveau.

– Tu veux t'allonger ? proposa Pansy avec un immense sourire. Viens.

Il ne put résister davantage et s'étendit sur la banquette, sa tête sur les genoux de Pansy. Elle caressait ses cheveux blonds et soyeux en poussant des petits soupirs satisfaits, comme si elle pensait à toutes celles qui rêvaient d'être à sa place.

– C'est dommage que tu ne sois pas à Serpentard, dit Pansy d'un ton songeur. On aurait pu passer tellement plus de temps ensemble...

Draco ne répondit pas. Au fond de lui, il était très content de ne jamais avoir mis les pieds là-bas. Il serait sans doute devenu un petit con prétentieux. Enfin, le train commença à ralentir et ils entendirent le tumulte habituel des élèves qui se précipitaient pour rassembler leurs bagages et animaux. Draco, Pansy et Blaise, qui avaient déjà leur tenue et étaient préfets, sortirent hors de leur compartiment afin de superviser les opérations. Une foule se dispersa sur le quai de Pré-au-Lard et la fraîcheur nocturne leur picota le visage.

– Les premières années en rang deux par deux, lança une voix féminine et sèche.

– C'est le professeur Gobe-Planche, éclaira Pansy en se penchant à son oreille. Elle a remplacé Hagrid l'année dernière, quand vous êtes partis à Durmstrang avec la délégation du tournoi.

– Je ne vois pas ce balourd de Hagrid, prononça Blaise en feintant un ton affecté. Tant mieux ! Allons-y.

Ils grimpèrent dans les diligeances et Draco vit Théodore glisser des morceaux de pains à l'endroit où devait normalement se tenir tout un attelage. À sa franche stupeur, le pain disparut de sa main.

– Qu'est-ce que... C'était quoi ça ?

– Oh, rien du tout, il mange, prononça Théodore d'un ton tranquille en caressant une sorte d'animal invisible. Ils sont très gentils tu sais. Quand je serai majeur, je m'en tatouerai un sur l'épaule. Mon père pense que c'est totalement débile.

– Tatouer quoi ? s'impatienta Blaise.

– Ca, un sombral.

Blaise eut un mouvement de recul. Les sombrals étaient réputés dans le monde sorcier pour porter malheur ou être signe de folie chronique.

– Tu... Tu peux les voir ?

– Bien sûr, répondit joyeusement Théodore. Et ça, depuis toujours. Parfois quand je m'ennuie le week-end, je pars les voir et je discute un peu avec eux. Ils préfèrent la viande, mais je n'en ai pas sur moi.

Blaise l'observa comme si Théodore portait une ceinture d'explosif. Ils finirent par rejoindre les filles dans la diligence et celle-ci s'anima, tractée par ces animaux étranges. Le trajet fut plutôt court et le petit groupe s'empressa de descendre pour rejoindre le hall. Celui-ci était éclairé par des torches ensorcellées qui s'allumaient en détectant le mouvement des élèves. Ils rejoignirent leur table par petit groupe. À regret, Draco dût s'éloigner de ses amis de Serpentard. Désormais, il ne pouvait plus réellement éviter Harry et les autres.

Les quatre longues tables, une pour chaque maison, se remplissaient sous le plafond noir sans étoiles, semblable au ciel à travers les hautes fenêtres. Au-dessus d'eux, des chandelles flottaient illuminant les fantômes argentés et le visage des élèves qui observaient d'un œil critique les nouvelles coupes de cheveux. Draco s'installa aux côtés de Neville et n'eut pas attendre longtemps avant de voir apparaître Harry flanqué de Ron et Hermione.

Des têtes se penchèrent pour chuchoter sur son passage, et si Harry les avait remarqué, il ne leur accorda qu'un bref coup d'oeil, comme s'il s'agissait d'un spectacle à l'intérêt très limité. Tout l'été, la Gazette du Sorcier l'avait fait passer pour un adolescent perturbé et mythomane. Sans préavis, Harry s'assit juste en face de Draco qui fit mine de trouver ses ongles d'une propreté fascinante.

– Je peux savoir à quoi tu joues ? Pourquoi est-ce que tu m'évites comme ça ? Tu penses comme les autres que je suis fou, c'est ça ?

Draco ouvrit la bouche, puis la referma aussitôt dès qu'il vit que Pansy regardait dans leur direction. Il conserva alors le silence.

– Tu es vraiment le dernier des cons, Draco.

Harry se releva, suivi de Hermione, et alla s'assoir devant, vers la table des professeurs. Draco remarqua qu'à la droite de Dumbledore se trouvait une sorcière aux allures de vieille tante célibataire, toute vêtue de rose. Draco l'avait déjà croisé quelques fois, lorsqu'avec ses parents ils s'étaient rendus dans des soirées privées où seulement l'huile du ministère était conviée.

– T'en fais pas pour ça, formula Ron en jouant nerveusement avec ses couverts. (Draco tourna la tête vers lui, arraché à ses pensées) Harry finira bien par ne plus te faire la tête. Il nous en a aussi pas mal voulu pendant l'été.

Draco offrit un piteux sourire reconnaissant vers Ron puis essaya de se concentrer sur le discours de Dumbledore. Le professeur Lupin était toujours là, fidèle au poste, bien que la mine plus fatiguée que jamais. Ils n'eurent pas le temps de se poser davantage de questions que le Choixpeau entama sa fameuse chanson.

Draco se sentit profondément mal à l'aise en entendant des fragments comme : « Il fut un temps où l'école parut tout près de sa fin, à jamais perdue. Ce n'était partout que duels et conflits. Les amis dressés contre les amis. » ou encore « Voyez les dangers, lisez les présages que nous montrent l'histoire et ses ravages. Car notre Poudlard est en grand péril devant des forces puissantes et hostiles. » La fin de la chanson sonna comme un glas dans la Grande Salle, et les élèves applaudirent mollement, bourdonnant de commentaires.

– Il a un peu débordé du sujet, cette année, fit remarquer Neville.

– Ca ne fait rien, ce n'est qu'un chapeau, formula Ron.

– Je me demande s'il a déjà donné des avertissements à l'école, prononça Draco, inquiet.

– Oh si, répondit Nick Quasi-Sans-Tête qui savait de quoi il parlait pour avoir vu des générations défiler entre ces murs. Lorsque la situation est exceptionnelle, le choixpeau se permet de donner quelques conseils. En fait...

Le fantôme de Gryffondor se tut dès que la directrice de maison leur lança un regard sévère, la main crispée sur la liste des élèves à répartir. Draco se mordilla les lèvres, prit sur le fait lors de son investiture de préfet. Il était censé montrer l'exemple ! MacGonagall commença alors à appeler les premières années un par un. Progressivement, la file diminua, jusqu'à ne laisser que Rose Zeller, envoyée à Poufsouffle.

Dumbledore finit par se lever pour souhaiter la bienvenue à tous les élèves ainsi qu'un bon appétit. Le directeur tapa une fois dans ses mains et une multitude de plats délicieux apparurent sur les tables. Dumbledore se rassit en jetant sa longue barbe par-dessus son épaule pour ne pas la salir dans son assiette. Ron empila une montagne de chose dans la sienne sous le regard franchement écoeuré de Draco qui s'essuyait les doigts sur une serviette chaude.

Le jeune préfet ne se mêla à aucune conversation, de peur que quelqu'un (Pansy par exemple), aille tout répéter à ses parents sur sa légerté de conduite. Une fois le repas terminé, Dumbledore se leva et le silence se fit aussitôt. Il rappella pour la cinquième fois depuis leur arrivée à Poudlard que l'accès à la forêt était interdit. Draco ne résista pas à l'envie de jeter une oeillade complice à Ron et Neville. Il se souvenait parfaitement de la fois où, accompagné de Hagrid, ils durent partir à la recherche de la chose attaquant les licornes.

– … Plusieurs nouveautés cette année. Les cours de Soins aux Créatures Magiques seront assurés par le professeur Gobe-Planche (Les Serdaigle et Serpentard applaudirent vivement). De plus, cette année nous aurons une nouvelle invitée. Mrs Dolores Ombrage sera chargée d'inspecter le bon déroulement des cours.

Neville, Ron et Draco se lancèrent des regards alarmés. Depuis qu'ils étudaient ici, jamais ils n'avaient été inspecté. Qu'est-ce que cela pouvait donc vouloir dire ? Lupin – leur enseignant de Défense Contre les Forces du Mal – applaudit poliment la nouvelle. Le directeur reprit la parole :

– Les essais pour la constitution des équipes de Quidditch auront lieu le...

– Hum, hum.

Une toux de petite fille interrompit Dumbledore. Comme Ombrage n'était pas bien grande debout qu'assise, peu de monde remarqua qu'elle s'était levée avec la ferme intention de faire un discours.

– Merci monsieur le directeur pour ces nobles paroles, formula douceuresement Ombrage. C'est un véritable plaisir pour moi de revenir à Poudlard et, même si le Ministère m'envoie pour évaluer le niveau de votre école, je me ferai toute petite. Vous ne me remarquerez à peine. J'ai hâte de tous vous connaître et je suis certaine que nous deviendrons de très proches amis. (Fergus Shacklebolt eut l'indélicatesse de choisir ce moment pour éclater de rire). Le ministère de la magie a toujours accordé une importance primordiale à l'éducation...

Draco tenta de s'accrocher pour suivre ses propos même si, autour de lui, ses camarades se révélèrent bien moins attentifs. Ombrage fit comme si peu lui importait et termina son discours tandis que la salle s'était couverte d'un nuage de bourdonnements. Chez les Serpentard, Astoria refaisait ses ongles tandis que Théodore s'esclaffait au-dessus de sa revue sur L'étrange univers des monstres qui schlinguent.

À Poufsouffle, Bradley Dornby – un proche de Cédric les ayant accompagné autour de l'Europe l'année dernière – chuchotait quelque chose à l'oreille de Fergus. Ce dernier se couvrait la bouche pour ne pas rire trop fort. Personne ne remarqua que Ombrage avait fini de parler et, quand Saddie se leva pour déclarer qu'il était temps de rejoindre leur dortoir, Draco se souvint qu'il était censé montrer la route aux premières années. Hermione avait déjà sauté sur ses jambes et les rangeait par deux. En le voyant s'approcher, deux fillettes gloussèrent de rire en le dévorant des yeux.

– On peut y aller, dit dignement Hermione.

Ils empruntèrent le Grand Escalier puis finirent par arriver devant le portrait de la Grosse Dame. La salle commune demeurait inchangée, aussi accueuillante et chaleureuse que d'habitude.

– Les garçons, par ici, déclara Draco en montrant l'escalier sur sa gauche.

Après leur avoir indiqué leurs chambres où les malles avaient déjà été entreposées, il vérifia que tout allait bien pour ceux des autres promotions. Cela lui parut interminablement long, entre une fille qui avait perdu son chaton, un cancre qui s'amusait à jeter des mouchoirs imbibés d'encre depuis la rambarde et un autre qui s'était tellement empiffré durant le banquet qu'il avait vomi sur le tapis.

– Si on m'avait dit que ça serait ça être préfet, grommella Draco, j'y aurais réfléchi à deux fois avant d'épingler cette saloperie sur ma robe.

Fred, qui l'avait entendu, se mit à ricaner. Draco remonta finalement dans son propre dortoir où les autres étaient déjà là, discutant de leurs vacances.

– Et les tiennes, Draco ? demanda Dean.

– Ca peut aller, répondit-il d'un ton égal. Je me suis rendu en Bulgarie. C'est vraiment très beau là-bas... (Harry émit un petit rire sarcastique) On a eu pas mal de soleil.

– C'est comment chez Krum ? interrogea Ron en s'asseyant sur le lit de Draco. Je me suis toujours demandé comment vivaient les stars. Est-ce qu'il paie quelqu'un pour lui essuyer le derrière en sortant des toillettes ?

Draco plissa le nez de dégoût.

– Non, il est... normal. Sa maison était grande, c'est vrai, mais sinon, tout était plutôt simple. Et les tiennes, Dean ?

– Je suis resté à Londres. Tout c'est bien passé, dit-il. Mieux que pour Seamus en tout cas...

– Qu'est-ce qui t'es arrivé, Seam ? demanda Neville en sortant de la salle de bain.

Le concerné ne répondit pas tout de suite, conservant un suspens presque théâtrale.

– Ma mère ne voulait pas que je revienne.

– Quoi ?! (Harry, qui était resté silencieux jusqu'ici, finit par leur accorder son entière attention) Mais... Pourquoi ?

– Laisse-moi réfléchir, mmh, toi.

– Elle croit ce qu'on raconte sur moi dans La Gazette, c'est ça ? déduisit rapidement Harry. Elle pense que je ne suis qu'un menteur et Dumbledore un vieux fou ?

– Quelque chose dans ce goût-là, ouais, admit Seamus en affichant une grimace.

Furieux, Harry commença à enlever ses vêtements en des gestes précipités puis commença à enfiler son pyjama. Un silence inconfortable s'étira dans leur dortoir et Neville semblait chercher de quoi détendre l'atmosphère.

– Peut-être que... que si tu nous racontais tout ce qu'il s'était passé dans le cimetière... La mort de Fleur Delacour, tout ça... Peut-être que si on savait vraiment, je pourrai...

– Pourquoi me demander ça ? ragea Harry, torse nu. Tu n'as qu'à lire le journal, comme ta demeurée de mère.

– Retire ce que tu viens de dire ! cria Seamus.

Ron se leva aussitôt, s'interposant entre les deux.

– Je traiterai ta mère tant qu'elle m'insultera de menteur ! Ce n'est pas de ma faute si ta mère broute toutes les conneries qu'elle trouve dans le journal. Elle est trop conne pour se faire un avis d'elle-même.

– Tais-toi ! hurla Draco à l'adresse de Harry. Ta gueule, d'accord ? N'envenime pas les choses. (Harry semblait profondément choqué. C'était la première fois que Draco lui parlait sur ce ton depuis qu'ils se connaissaient) La mère de Seamus croit ce qu'il y a dans La Gazette comme tout un tas de personnes. Tu n'as pas idée d'à quel point nous sommes influencés par les médias. Ce n'est pas synonyme de bêtise. Nous sommes juste... conditionnés pour croire à toutes sortes de figure d'autorité. Toi aussi tu avalerais ce tas de sornettes si tu n'étais pas concerné. Quant à toi (Draco se tourna vers Seamus) Tu ne peux pas en vouloir à Harry pour ça. Il n'est en rien responsable pour tout ce qui est arrivé. Il n'a pas souhaité toute cette attention, tu devrais mieux le savoir que quiconque, non ? Maintenant, serrez-vous la main, c'est un ordre.

Seamus regarda Ron d'un air soupçonneux :

– Tu le crois quand il dit que Tu-Sais-Qui est revenu ?

– Oui, répondit Ron d'un ton ferme. Absolument. Harry n'est pas un menteur.

– Dans ce cas, toi aussi tu es maboule. Et toi Draco, tu le crois ?

Draco se mordit les lèvres. Il préféra conserver le silence sur la question, comme son père lui avait ordonné.

– Vous êtes tous tarés dans ce maudit dortoir, lâcha Seamus d'un ton venimeux. Pas un pour rattraper l'autre. Vous voyez pas que Harry fait ça juste pour se faire des amis ? Il est toujours en manque d'attention, à faire sa diva pour un oui ou pour un non. Mais moi, je sais pourquoi t'es comme ça mon vieux. T'auras beau insulter ma mère de conne, moi, au moins, j'en ai encore une ! Il paraît que la tienne se tapait tout le monde, à Poud-...

Draco ne vit pas le coup partir. Harry venait d'infliger un magistral coup de poing à Seamus qui s'était recroquevillé, tenant son nez ensanglanté. Draco détestait la vue du sang.

– La prochaine fois que tu parles comme ça de ma mère, t'es un homme mort, Finnigan, jura Harry.

– Ta mère est une sal-...

Bang !

Avant même que Harry puisse à nouveau bondir sur sa cible, Draco avait dégainé sa baguette magique. Il venait de lancer un Protego contre Harry qui se retrouva propulsé par-dessus son lit, enchevêtré dans ses couvertures. Seamus saignait encore.

– Que se passe-t-il ici ?

Minerva MacGonnagal n'eut besoin que d'une seconde pour évaluer la situation.

– Dean, accompagnez votre ami à l'infirmerie. Je l'interrogerai là-bas, après que Pomfresh l'ait soigné. Quant à vous messieurs, j'exige une explication. Savez-vous qu'il est formellement interdit pour un préfet de lancer des sorts aux élèves qu'il est censé protéger ? gronda-t-elle.

– Je..., balbutia Draco en annulant le sort. Je ne voulais pas...

– Il n'y est pour rien, professeur, intervint Neville.

– Silence. Malfoy, votre insigne de préfet je vous prie.

Draco le dégrafa de sa robe devant l'air profondément choqué de Ron.

– Ce n'est pas juste ! s'exclama celui-ci, révolté. Il a simplement voulu intervenir. Vous auriez préféré qu'il laisse Seamus se faire tabasser sans rien faire !

– Votre langage, Weasley. Ne me faites pas davantage rougir de la conduite de mes élèves pour ce soir. (Elle se tourna vers Draco) Le règlement est le règlement. Vous venez de briser un code élémentaire de notre institution, brisant alors le contrat tacite de confiance entre les élèves et les préfets. Nous en discuterons plus en détails dans mon bureau dès demain matin. Quant à vous monsieur Potter, je vous enlève cent points pour violence. Vous aurez également plusieurs retenues. Je vous dirai à quel moment dès que j'y aurais plus longuement réfléchis.

Leur directrice de maison quitta alors leur chambre en des enjambées furieuses. Draco était complètement atomisé. Il venait de perdre son insigne. Que dirait son père lorsqu'il l'apprendrait ? Le pire, ça sera quand il apprendra pourquoi. Draco aurait voulu prendre ses jambes à son cou et mettre le plus de distance possible entre Harry et lui, mais ça ne servirait à rien de vagabonder dans le château en pleine nuit. Ça ne ferait qu'aggraver son cas.

– Dis quelque chose, prononça Harry en s'avançant vers lui. Dis quelque chose, n'importe quoi. Engueule-moi. Traite-moi de crétin. Insulte-moi. Je ne sais pas, n'importe quoi, mais dis quelque chose !

Draco leva les yeux vers lui, tout en souriant tristement :

– Le truc, c'est que tu n'en vaux même pas la peine.