Posté le : 10 Juin 2015. N'oubliez pas que vous pouvez rejoindre mon groupe facebook « The Baba O'Riley »
Nota Bene : Harry n'a pas été attaqué par des détraqueurs à Little Winghing, et donc n'a pas été convoqué à une audience disciplinaire. Rappelez-vous que Harry vit désormais loin des Dursley, sous la bonne garde de Sirius !
Réponse collective aux reviews (i kno, i'm a bad elf) :
On peut dire que la fin du chapitre précédent ne vous a pas laissé de marbre ! Pour moi, c'était crucial de donner le ton dès l'ouverture du tome qui sera très différent des précédents. C'est d'ailleurs à cause de la scène finale du chapitre 20 que ça a été dur pour moi d'avancer l'écriture. Je n'étais pas certaine de vouloir une cassure dans la relation Draco/Harry. J'avais un peu peur de m'embarquer dedans (snif, mon ptit cœur). Puis en réfléchissant, je me suis aperçue qu'il était primordial que ça se fasse ainsi, et pas autrement. Comment pourraient-ils mieux se comprendre si tout allait bien dans le meilleur des mondes ? N'oubliez pas que même si Draco a été réparti à Gryffondor, il n'en reste pas moins un Malfoy avec toute l'éducation qui va avec ! La remarque blessante que fait Draco à Harry est justement là pour appuyer sur son point sensible. Draco sait pertinemment que Harry hait l'indifférence, et donc il s'en sert pour le mener à la baguette. En perdant son insigne de préfet, ce n'est pas juste une histoire de position et de popularité, c'est qu'il se retrouve aussi en situation délicate vis-à-vis de son père. Quelqu'un disait que Draco n'était pas une victime dans tout ça, mais se positionnait comme tel. À mes yeux, Draco est pleinement une victime de cette affaire (et de l'histoire toute entière) car il reçoit la pression familiale, la pression de ses amis, la pression que lui-même s'inflige et pour un garçon de 15 ans, ça fait quand même beaucoup.
Quelques petites réponses en vrac (hell yeah) :
Oui, Mercutio prendra en importance au cours des tomes ! Je confirme aussi qu'il s'agit bien d'un Malfoy et que la raison pour laquelle son nom ne veut pas rester sur la tapisserie n'a rien à voir avec un adultère ou de la magie noire.
Le Visionommeur n'est pas une de mes créations, mais celle de J.K. Rowling. Il est mentionné sur Pottermore, donc je m'en suis servie.
J'adore aussi Ombrage de AVP. Elle me fait rire (y compris dans le livre, allez savoir pourquoi).
Bonne lecture à tous !
See ya,
D.
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Tome 5 : Draco Malfoy et le cœur du mensonge
Chapitre 21 : « Le Lion et le Serpent »
Le lendemain matin, toute l'école semblait avoir entendu l'histoire de Harry et Seamus se battant dans la tour Gryffondor. Ce dernier avait d'ailleurs changé de dortoir sous ordre de MacGonnagal, qui l'avait placé dans celui des sixièmes années. Harry était alors devenu plus solitaire que jamais, se déplaçant désormais seul pour se rendre d'un point à l'autre du château.
Draco, pour sa part, se sentait puni injustement. Il avait tout fait pour ne pas que la situation dégénère et la tournure des événements s'était retournée contre lui. Au point où il en était, Draco préféra sécher la première matinée de l'année plutôt qu'avoir à affronter la myriade de questions déplacées de ses camarades. Il se réfugia dans la volière où il acheva d'écrire sa lettre à Viktor :
« Viktor,
Ici, à Poudlard, tout va de travers. J'ai perdu mon poste de préfet, à cause d'une bagarre (que je n'ai même pas provoquée !). Je vais être la risée de toute mon école, alors que je n'ai rien fait de mal. Enfin, je pense. J'imaginais qu'une fois dans mon école, tout irait pour le mieux. Mais il faut croire que je me suis lourdement trompé. Maintenant, je me demande ce que cela aurait été si j'étais parti à Durmstrang, comme tu me l'avais suggéré. Tu me manques terriblement. Je t'aime, je t'aime, je t'aime,
Ton Draco. »
Sa lettre sonnait un peu désespéré, pourtant, c'était bel et bien son actuel état d'esprit. Il enroula sa lettre puis l'attacha à la patte d'Elektra. En regardant sa chouette partir, Draco se sentit beaucoup plus léger. Il erra dans les couloirs, profitant du calme apaisant et feuilleta un roman moldu qu'il avait eu l'occasion d'acheter en Bulgarie. Draco avait, jusqu'ici, éprouvé un plaisir grisant à sa lecture car il savait ne pas avoir le droit de s'intéresser à l'autre monde. Pourtant, là, il n'avait plus envie de rien.
– Tu t'es perdu toi aussi ?
Draco leva la tête en direction d'une fille, aux airs loufoques.
– Non, je... Peu importe, soupira-t-il.
– Je m'appelle Luna. Et toi, tu t'appelles Draco Malfoy.
– Je sais comment je m'appelle, grommela le concerné. Qu'est-ce que tu fiches ici ?
– Ils ont changé la salle d'Arithmancie à la dernière minute, sauf que tout le monde a oublié de me prévenir. Tu es préfet toi, non ? Tu n'aurais pas un planning ou quelque chose comme ça ?
– Je ne suis plus préfet. J'ai perdu mon insigne.
– Quand je perds des choses, j'écris une liste que j'épingle un peu partout. En général, elles finissent par revenir.
Draco soupira. Il n'avait envie de parler avec personne pour l'instant.
– C'est à propos de Harry Potter, c'est ça ? J'ai cru comprendre qu'il t'aimait beaucoup. (Draco parut incrédule) Il n'a pas arrêté de parler de toi dans le train, hier. Il a dit que c'était dommage que tu ne sois pas là, qu'il avait toujours fait les trajets avec toi jusqu'ici...
– C'était bizarre pour moi aussi, admit-il. Mais... Si je prends mes distances en ce moment, c'est surtout pour son bien. Je suis certain qu'il finira par comprendre.
– Pas sûr. En général, on ne comprend que ce que l'on veut bien entendre. Oh, je crois avoir retrouvé le chemin jusqu'à ma salle ! Regarde, les Nargoles partent de ce côté-ci !
Draco eut beau plisser des yeux, il ne vit rien du tout.
– Au revoir, Draco !
Luna repartit en sautillant comme une enfant. Mais c'est ce qu'ils étaient encore tous, dans le fond. Draco retourna dans son dortoir puis attrapa son Nimbus 2001. Il vola un peu partout dans le parc, histoire de se vider l'esprit. Poudlard semblait tellement calme quand tout le monde était à l'intérieur. C'est seulement quand il commença à pleuvoir que Draco finit par rentrer, le ventre secoué par des gargouillis. Les élèves affluaient vers la Grande Salle et il se mêla à eux. Il trouva Harry, Hermione et Ron en pleine conversation à la table des Gryffondor :
– … Seamus est convaincu que Harry ment au sujet du retour de Tu-Sais-Qui, prononça Ron après avoir terminée sa cuillerée de purée.
– Oui, Lavande et plein d'autres filles pensent la même chose, dit-elle d'un ton affligé.
– Et là dessus, vous avez papoté de longues heures pour savoir si j'étais oui ou non un crétin en quête d'attention ? rétorqua Harry avec virulence.
– Pas du tout, se défendit Hermione. Je leur ai dit de la fermer une bonne fois pour toute. Et ça serait pas mal si tu arrêtais de nous sauter à la gorge. Car, au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, Ron et moi nous sommes de ton côté... (Elle cessa de parler en remarquant que Draco était resté à l'écart.) Salut. Rogue a demandé pour toi. Il a trouvé ton absence bizarre. Il a dit que si tu n'avais pas de justificatif d'ici le prochain cours, il te mettrait une retenue.
– Ca m'est égal, répondit Draco en faisant volte-face.
Il alla s'installer plus loin, aux côtés de Neville qui était complètement effrayé à l'idée d'avoir oublier tous ses acquis en Défense Contre les Forces du Mal.
– Ne dis pas n'importe quoi, rassura Draco tandis qu'ils se dirigeaient trente minutes plus tard vers le troisième étage. Tu es un bon élève. Tu manques simplement de confiance en toi.
Le professeur Lupin les attendait au milieu de la classe, avec un grand sourire. Draco et Neville s'installèrent au premier rang. C'était devenu leur tactique pour ne jamais se faire interroger. Lupin questionnait toujours ceux au fond de la classe, généralement des Serpentard semant le chahut.
– Entrez, entrez.
Draco, qui avait laissé son sac dans son dortoir, emprunta une plume, de l'encre et du parchemin à Neville.
– Il reste un exemplaire dans la réserve, indiqua gentiment Lupin. Bien, vous êtes tous là ? Nous allons faire l'appel...
En retournant à sa place, Draco se figea : au fond de la classe se trouvait Dolores Ombrage, griffonnant déjà à toute allure dans son carnet d'inspection. Il ne fut pas habile pour cacher son désarroi car de nombreux camarades suivirent alors son regard. Ron arbora une jolie teinte verdâtre. Quand Lupin fut assuré que tout le monde était là, il se tourna vers le tableau et y inscrivit à l'aide de sa baguette magique : « Se défendre face à un dragon ». Dean se montra très emballé.
– Vous avez déjà certainement reçu une leçon en bonne et dû forme en Soins aux Créatures Magiques. Ici, il s'agira plutôt d'apprendre tout un tas de sortilèges et de maléfices pour ce prémunir face à ce type de danger. Même si les dragons sont des créatures plutôt rares et que vous n'en croiserez sans doute jamais au cours de votre vie (Lupin adressa un discret clin d'oeil à Harry), les formules que vous retiendrez pourront vous servir dans d'autres situations. (D'un coup de baguette magique, l'enseignant fit apparaître un schéma représentant un énorme dragon face à un minuscule bonhomme). Imaginez que vous vous retrouvez nez à nez avec cette créature.
– Il y a un dragon, tout au fond de Gringotts, il paraît, lança Parvati.
– C'est vrai, assura Dean. Draco m'a dit que le coffre fort de sa famille se trouvait juste à côté. Il faut être très brave pour aller chercher son argent là-bas.
Imperceptiblement, Draco redressa ses épaules et son menton, se donnant une allure fière.
– S'il advenait que vous rencontriez un dragon, que faites-vous en premier lieu pour vous protéger ? demanda Lupin une fois le calme revenu dans la classe.
– Je cours me mettre à l'abris, gloussa Lavande.
– N'importe quoi ! s'énerva Hermione. Les flammes de dragons peuvent atteindre plusieurs mètres en un fraction de seconde. Elles peuvent aussi fondre n'importe quelle matière, y compris la pierre. Il faudrait transplaner pour les éviter, et encore.
– Deux points pour Gryffondor, claironna Lupin. En effet, il est très difficile de se soustraire d'un jet de flammes de dragon. Mais vous pouvez rendre cela moins pénible. Depuis l'apparition de la magie, de nombreux sorciers se sont penchés sur la question du feu. Le feu est considéré comme la source primaire de la sorcellerie et si l'apparaître fut chose plutôt aisée, l'éteindre est une tâche autrement plus ardue... Peu de magiciens savent réellement contrôler le feu. Généralement, c'est un don héréditaire. L'un des derniers héritiers de la feu-magie est...
– Harry Potter, oui, on sait, s'impatienta Seamus, avec rancoeur.
– Non, ce n'est pas du tout ce que j'allais dire, répondit Lupin avec un sourire amusé. L'un des derniers héritier de la feu-magie est Blaise Zabini. (Blaise regarda partout autour de lui, comme s'il s'attendait à ce que son sosie surgisse de nulle part pour faire une révérence à toute la classe). Tu n'étais pas au courant, Blaise ?
Toutes les têtes se tournèrent vers lui.
– Eh bien... Je sais que je descends d'une grande lignée de magicien, qu'on avait le « sang du dragon » (Il mima les guillemets avec ses doigts). Mais ma mère ne m'a jamais dit que... enfin que... Je pensais que c'était une blague, ou un conte de bonnes femmes ! Vous êtes vraiment sûr de ce que vous avancez ? Archi-sûr ?
Lupin éclata de rire. Tracy Davis lança une boulette de papier sur la tête de Blaise qui ne sembla même pas le remarquer.
– Oui, il s'agit d'un fait avéré. Les Zabini ont bel et bien le sang du dragon, Blaise. Ta lignée a protégé pendant plus de deux siècles des œufs de Magyar dans des cryptes souterraines. Selon la légende, les gens possédant le feu du dragon ne peuvent mourir par le feu. (Blaise regarda ses mains d'un air absolument fasciné) Peut-être qu'avec le temps, et à force de croisement, ce pouvoir s'est atténué, mais c'est ce qui est dit dans les livres.
Théodore leva la main en un éclair, une lueur malsaine dans les yeux :
– Professeur, est-ce que je peux lancer un Incendio à Blaise pour vérifier ?
Lupin fit non de la tête.
– Même si vous ne disposez pas de la protection naturelle du sang du dragon, vous pouvez tout aussi bien utiliser vos dons magiques afin de vous rendre insensible aux flammes. Il existe une formule qui vous permettra de garder votre silhouette intacte lors d'un brasier. Elle était très à la mode durant la chasse aux sorcières et je recommande à tout le monde de la connaître sur le bout des doigts. Cela peut toujours être très utile si vous vous retrouvez pris au piège d'un incendie. Répétez après moi, sans baguette tout d'abord. Exstinguo.
– Exstinguo, répéta l'ensemble de la classe, sauf Blaise qui les toisait d'un air supérieur en croisant les bras.
– Normalement, en exécutant parfaitement le mouvement ainsi que la formule, vous devrez être prémuni de toute douleur si des flammes venaient à vous atteindre. Celles des dragons étant hautement plus puissantes, il vous faudra réunir davantage de capacité, mais cela viendra à force d'entraînement. Nous allons d'abord passer plusieurs séances sur la théorie avant d'entrer dans les détails de la pratique. Ce jour-là, Mr Nott, je n'hésiterai pas à faire appel à vous. (Théodore eut un sourire aussi rayonnant que si on venait de lui annoncer qu'il détenait le ticket gagnant de la loterie). Lisez le chapitre sur les sorts anti-inflammatoires, page 37 à 42, puis mettez-vous par paire pour me rédiger un parchemin concernant les questions 1 et 2.
Ombrage ne posa aucune question à Lupin pendant son inspection et se contenta de regarder depuis le fond de la salle. La classe demeura studieuse jusqu'à la sonnerie. Draco finit par rassembler ses affaires et décida d'ignorer le discret geste de la main de Harry.
– Tu vas lui faire la tête longtemps ? s'inquiéta Neville, alors qu'ils se dirigeaient vers la tour de Divination.
– Aussi longtemps qu'il restera un parfait crétin, oui. De toute façon...
Avant même que Draco ne puisse achever sa phrase, une grande fille noire avec de longues tresses s'était ruée vers lui.
– Salut, Draco, dit-elle d'un ton brusque, à bout de souffle. Tu as passé de bonnes vacances ?
– Pas mal, et les tiennes ?
– J'ai été nommé capitaine de l'équipe de Quidditch, ajouta Angelina, rayonnante. Maintenant que Olivier est parti, nous avons besoin d'un nouveau gardien... Je m'étais dit que ça t'intéresserait peut-être de tenter ta chance à ce poste. Tu t'étais très bien débrouillé en tant qu'attrapeur il y a deux ans. Pourquoi est-ce que tu ne viendrais pas pendant les essais ?
– Non... Je n'en ai pas trop envie, avoua Draco. Je préfère me concentrer sur mes études cette année. Si je n'ai pas toutes mes B.U.S.E. mon père risque de m'étriper.
Angelina eut du mal à dissimuler sa déception.
– Dans ce cas, réfléchis-y au moins. J'afficherai la date des essais dans la salle commune.
Elle repartit en courant, cette fois vers Hermione, Harry et Ron.
– J'avais complètement oublié que Dubois était parti, déclara Neville. Ça risque de changer pas mal de choses pour Gryffondor, non ?
– Des discours moins longs, plaisanta Draco.
Au bout de dix minutes, ils finirent par atteindre la trappe donnant sur la salle de Divination. Ombrage n'était pas là. Neville, qui était d'une nature facilement impressionnable, semblait boire les paroles de leur enseignante tandis que Draco se construisait une forteresse de coussins moelleux pour sa sieste. Trelawney finit par achever son discours de rentrée par une note incipide :
– … Si vous possédez le troisième œil, les certificats et les diplômes n'auront jamais grande importance. Mais le directeur tient à ce que vous passiez vos B.U.S.E., alors...
A la tessiture de sa voix, il ne fit aucun doute que le professeur Trelawney considérait la divination comme hautement plus supérieure qu'à des préoccupations aussi sordides et matérielles que l'obtention d'un examen.
– Ouvrez vos livres et étudier ce que dit Imago dans son introduction au sujet des rêves et de leur interprétation. Une fois ceci fait, vous vous mettrez par binômes pour analyser vos songes.
Le cours de divination avait pour grand avantage de ne pas solliciter trop leurs neurones. Draco put tranquillement somnoler pendant toute l'heure sans même être dérangé. Neville lui pressa doucement l'épaule deux minutes avant la sonnerie et personne ne lui en tint rigueur. Trelawney était même persuadée que, depuis sa troisième année, Draco avait atteint une sorte de nirvana spirituel entre ses murs qui le contraignait à « méditer en profondeur ».
Ils retournèrent dans leur salle commune en attendant l'heure du dîner. Celle-ci était bruyante au possible et Fred et George tentaient de recruter des premières années complètement innocents pour leur faire goûter des bonbons étranges.
– Tu ne vas pas voir ce qu'ils font ?
– A quoi bon ? Ce n'est pas de mon ressort, fit remarquer Draco. Je m'en fiche complètement.
Ils s'installèrent à une table et Draco commença à recopier la prise de notes de Neville en potions. C'était une calamité. Ron, qui avait pris pour habitude de demander conseil à Draco dans cette matière, fit complètement abstraction de Harry. Ce dernier resta un moment à l'écart avant de tirer la quatrième chaise et se glisser dessus.
– Où est Hermione ?
– Arithmancie, marmonna Ron en essayant de comprendre l'explication de Draco sur les propriétés des larmes de Léthé.
– Tu te donnes trop de mal pour les potions, décréta Harry. Peu importe nos progrès en cours d'année, Rogue se fera un plaisir de nous recaler.
– C'est l'année des B.U.S.E. Tout le monde devrait prendre ça au sérieux, rétorqua froidement Draco sans accorder le moindre regard dans sa direction. En tout cas, moi, je ne compte pas être au fond du panier quand on recevra les résultats.
Draco continua de dispenser ses conseils en potions aux autres. Plusieurs élèves, même des sixièmes années, l'écoutaient faire sa leçon dans un silence quasi religieux. Neville tentait de prendre des notes tandis que Draco entrait dans les détails d'une potion d'Amnésie et la précision du dosage. Harry crut même voir Hermione griffonner une ou deux astuces dans son cahier de brouillon. Excédé d'être mis à l'écart, Harry décida d'aller lire un peu dans son dortoir en attendant l'heure du dîner. Celui-ci fut long et pénible car Draco continua de l'ignorer. Jamais Harry ne s'était senti aussi seul à Poudlard.
Le lendemain matin, Harry tenta une nouvelle approche que Draco évinça en parlant fort avec Neville et Dean. Le temps était devenu frais au-dehors, et un léger vent animait leur cape tandis qu'ils descendaient par groupe la légère pente menant à la cabane de Hagrid. Ombrage les suivait de près, ses jambes courtaudes l'empêchant de marquer le pas.
Une source de lumière blanche aveugla légèrement Harry et il dût plisser les yeux pour reconnaître la silhouette d'un cheval. À sa vue, la plupart des élèves de la classe poussèrent des exclamations admiratives. On aurait cru que Hagrid ne leur avait jamais montré de créatures spectaculaires. La licorne, d'un crin blanc immaculé, était attaché à un épais tronc d'arbre, à la lisière de la forêt. Tandis que les élèves s'amassaient autour d'elle, la licorne battit de ses sabots d'or, piaffa d'impatience.
– Les garçons, restez derrière ! Les licornes préfèrent la délicatesse féminine, en général. Ah, elle vous aime bien Malfoy.
Blaise mima un geste grossier derrière son dos et Tracy formula bien fort : « La licorne aime Draco parce qu'il est pire qu'une fille ». Le concerné ne sembla pas le moins du monde vexé et continua de caresser l'encolure de l'animal avec douceur. Le reste de la gente masculine resta à l'écart, tout comme Ombrage, qui prenait fébrilement des notes sur le déroulement du cours. Gobe-Planche énuméra les nombreuses qualités des licornes, ainsi que leurs propriétés résidant dans le crin, la corne ou encore leur sang...
– Vous écoutez là-bas ? s'écria l'enseignante à l'adresse de Théodore et Blaise, qui semblaient être pris dans une véritable dispute. Je vous signalerai que les licornes sont les créatures qui reviennent le plus aux épreuves des B.U.S.E. Vous avez donc intérêt à être très attentifs.
Théodore foudroya Blaise du regard puis se déplaça de plusieurs pas, là où se tenait Tracy. Cette dernière n'avait pas voulu aller caresser la créature, jugeant cette activité de « tricot sentimental pour gonzesses ». Depuis la rentrée, Harry n'avait eu aucun moment de libre pour lui parler et il se demanda si elle lui en voulait. Après tout, l'année dernière ils s'étaient rendus au bal ensemble. Ils s'étaient même embrassés... A ce souvenir, Harry rougit légèrement. Il lança un regard dans sa direction et Tracy aboya :
– Qu'est-ce que t'as, Potter ? Tu veux ma photo ?
– Il l'a déjà, ricana Blaise. Sous son matelas pour les nuits de solitude.
Théodore assomma Blaise avec son énorme exemplaire du Monstrueux livre des Monstres.
Heureusement, ni Ombrage, ni Gobe-Planche ne semblaient avoir entendu. À la fin du cours, tout le monde semblait être très heureux de la leçon. Hermione admit qu'elle ignorait la moitié des choses dites par l'enseignante et fila aussitôt à la bibliothèque emprunter un ouvrage détaillé sur le mode de vie des licornes.
– J'espère qu'elle va rester comme prof, celle-là ! prononça Parvati tandis qu'ils se dirigeant vers la classe de Sortilège. Ça ressemble beaucoup plus à un vrai programme avec de vraies créatures, pas des monstres !
– Et Hagrid ? s'énerva Harry. Il va devenir quoi, alors ?
– Il pourra toujours rester garde-chasse, ricana Pansy.
– Ne fais pas attention à elle, grogna Dean. Moi aussi, j'ai hâte que Hagrid revienne.
Cependant, leur avis ne semblait pas faire la majorité. À la fin de la journée, ils étaient tellement accablés de devoirs que Harry se demanda sincèrement comment il allait pouvoir gérer tout ça. Draco et Neville s'était construit un pharamineux programme d'étude et de révision tout en buvant une boisson énergétique mise au point par Fred et George. Personne ne savait très bien ce qu'il y avait dedans et Hermione se répugnait à voir des bouteilles passer de main en main.
– Et dire que je ne peux rien faire pour les arrêter, marmonna-t-elle. Ils ne font pas payer leur cochonnerie et demande juste à ce que leur clients leur fasse part de tout fait anormal. (Draco ouvrait sa seconde bouteille de boisson énergétique. Sa main écrivait si vite que sa plume semblait danser sur le papier, agitée de tressautement convulsif) Ca va mal finir, je vous le dis.
Harry et Ron durent admettre qu'ils avaient été tenté d'en prendre aussi, mais Hermione les surveillait bien trop étroitement. Celle-ci semblait exténuée et finit par sortir de son sac des espèces de vessie de laine rabougrie.
– Au nom de Merlin, qu'est-ce que c'est que ça ? interrogea Ron en levant le nez de sa copie.
– Des chapeaux pour les elfes de maison, répondit-elle d'un ton brusque en rangeant ses livres dans son sac. Je les ai fait pendant l'été. Je vais en mettre un peu partout.
Draco, qui était à la table voisine, cessa aussitôt de s'intéresser aux propos de Neville qui babillait sur ses angoisses scolaires.
– Tu laisses des chapeaux pour les elfes de maison et tu les caches dans la salle commune ? résuma-t-il lentement.
– Oui, ça te pose un problème ?
– Ça, c'est un coup bas, se révolta Ron. Tu essayes de leur faire prendre ces ignobles trucs par la ruse alors qu'ils n'ont rien demandé. Si ça se trouve, ils ne veulent même pas être libérés !
– Bien sûr que si ! s'énerva Hermione. Tout le monde a envie d'être libre.
– Je croyais que c'était réglé, Hermione, susurra Draco d'un ton glacial, presque menaçant. Tu n'as aucun droit sur ces créatures. Elles sont liées par un serment magique à l'école. Ce que tu fais est de la subordination. Si MacGonnagall l'apprendrait, toi aussi tu perdrais ton insigne de préfète. (Hermione arbora une teinte rose vif) Pour la grande majorité, les elfes de maison préfèrent cette vie. Non pas parce qu'elle est plus simple, mais parce que c'est tout ce qu'ils n'ont jamais connu. Si un pauvre elfe advenait à tomber dessus, il deviendrait aussitôt un paria, même aux yeux de ses amis et de sa famille ! C'est ça que tu veux ? Les isoler et les rendre plus vulnérables que jamais ? Prends tes saletés de chapeaux et ne t'avise plus de les replacer ici. C'est malhonnête et profondément égoïste que de décider de l'avenir de personnes à leur place !
– Ne t'avise pas de toucher aux chapeaux, sinon...
– Sinon quoi ? Tu vas me filer une retenue ? (Draco se tourna vers les autres Gryffondor) Dites-lui qu'elle déraille complètement.
Hermione fusilla les autres élèves du regard et Neville se ratatina sur place.
– Ce sont des esclaves, martela-t-elle.
– Oh, dans ce cas, si tu veux vraiment améliorer leur condition de vie, fais de toi un exemple, rétorqua Draco, plein de verve. Commence par laver ton propre linge et te faire à manger comme une grande, au lieu de nous casser les oreilles avec ton B.E.U.R.K.
– C'est la S.A.L.E. !
– Peu importe. Viens Neville, on va dîner.
La salle commune se vida peu à peu.
– T-Tu viens ? tenta Harry à l'adresse de Hermione.
– Non, dit-elle dignement. Je vais rester ici faire plus de chapeaux. Si Draco pense avoir eu le dernier mot...
Les jours suivants, Hermione et Draco ne s'adressèrent plus la parole. Pire encore, une véritable rivalité s'étaient instaurés entre eux. Draco sabotait tous les chapeaux en laine qu'il pouvait trouver et Hermione menait une véritable croisade contre tous les élèves ayant des elfes chez eux.
– Je n'arrive pas à croire que tu en es aussi un, Neville, s'exasépra Hermione. Comment ta propre famille peut-elle cautionner ce genre de choses ?
– C'est que... que ma grand-mère est très vieille et que moi, je suis nul en cuisine.
Harry dût admettre que Hermione allait bien trop loin et espérait secrètement que Draco – ou quelqu'un d'autre – la remettrait à sa place. Les pires craintes de Harry se confirmèrent en fin de semaine, tandis qu'il passait une nuit blanche dans la salle commune à rattraper sa montagne de devoirs en retard. Une minuscule elfe de maison débarqua avec un seau et un panier contenant divers produits ménagers. La petite créature tremblait légèrement, comme si elle entrait dans la tanière d'un monstre.
– Bonjour, prononça Harry.
L'elfe de maison sursauta et laissa échapper son panier pour le ménage. Harry se précipita pour l'aider à tout ramasser.
– Non, laissez. Laissez, je vous en prie, geignit-elle. (Elle portait une tunique beige et propre, frappée par le blason de Poudlard) Bulma s'excuse pour le désordre, monsieur. D'habitude, la salle commune est vide à cette heure-ci. Bulma va faire vite pour ne pas vous déranger dans vos importantes études. Vous ne l'entendrez presque pas.
– Tu ne me déranges absolument pas, assura Harry. Bulma, c'est ça, hein ? (Elle hocha vigoureusement de la tête, ses larges oreilles secouées comme des éventails). Tu es toute seule pour faire le ménage ici ? J'imaginais que vous seriez plusieurs, vu le désordre...
Le sol était jonché de papiers de bonbons, de brouillons, de plumes inutilisables ou de jus de citrouille. Harry avait un peu honte de l'état dans lequel la salle était.
– Nous sommes d'habitude répartis par équipe de sept pour le ménage, formula-t-elle d'une toute petite voix. Mais... Mais depuis un moment, les autres ne veulent plus venir. Ils ont peur.
– Peur de quoi ?
Bulma trembla de la tête aux pieds.
– Peur des chapeaux, monsieur le sérénissime élève. Ils... Ils pensent que quelqu'un leur fait une mauvaise blague. Ils... (Bulma fut secouée d'énormes sanglots, comme si elle redoutait de dire la vérité) Ils pensent qu'on se moque d'eux, ici, et de notre travail. Les autres elfes ne veulent pas faire le ménage dans ces conditions, tant qu'il y aura encore des chapeaux.
– Tu es donc venue toute seule faire le ménage de toute une équipe ? résuma Harry, consterné. Tu es sûre que personne ne peut t'aider ?
– Certaine. Mais cela ne dérange pas Bulma. Bulma est une bonne elfe. Elle aime travailler dure et avoir les mains rouges. C'est beaucoup de fierté pour elle. La mère de Bulma l'aurait bien accompagné, mais elle doit s'occuper des appartements de la vénérable directrice des Gryffondor. Mrs MacGonagall aime quand son bain chaud l'attend dès le réveil.
Harry était stupéfait. Il se demanda alors ce que penserait Hermione quand elle apprendrait que même MacGonagall – l'enseignante qu'elle admirait le plus – utilisait les services des elfes.
– … Monsieur ? demanda timidement Bulma. Est-ce que monsieur peut demander aux plaisantins qui mettent les chapeaux d'arrêter ? Cela serait vraiment bien pour Bulma. Elle arrêterait de faire des cauchemars toute la nuit de... (Elle frissonna de dégoût) Bulma et aucun de ses amis ne veulent des vêtements. Nous sommes de bons elfes, dévoués à Poudlard.
– Je sais, prononça Harry. Est-ce que moi je peux t'aider à ranger ?
Bulma éclata en sanglots.
– Hey, calme-toi.
La petite elfe se moucha dans sa tunique.
– Jamais un sorcier n'avait proposé son aide à Bulma. Oh, monsieur l'élève a une grandeur d'âme sans limite...
– Um, um.
Harry fit volte-face et constata que Draco était déjà debout, une lettre dans la main. Bulma s'inclina profondément et Draco lui adressa un bref hochement de tête.
– Tu comprends maintenant pourquoi je suis en colère contre Hermione ? murmura-t-il. C'est complètement déloyal ce qu'elle leur fait subir.
– Je sais, chuchota Harry. Est-ce que... Est-ce que tu me fais toujours la tête à cause de la bagarre ?
Draco haussa vaguement des épaules.
– À quoi bon ? Tu restes mon meilleur ami. (Harry sourit largement) Mais ne t'imagine pas pour autant que c'est oublié ! Tu n'as toujours pas fini tes devoirs ? Par Morgane, je te laisse dans ton coin une semaine et c'est la débandade. Viens, je vais t'aider. (Draco lui prit la main et l'entraîna jusque vers sa table) Regarde, là, ce n'est pas sept cuillère de venin, mais neuf.
Pendant une demi-heure, Draco raya et corrigea ses devoirs tout en lui expliquant ce qui n'allait pas.
– Bon, si tu suis mes corrections à la lettre, tu devrais t'en tirer avec un Effort Exceptionnel.
Harry bailla.
– Tu ne devais pas envoyer une lettre ?
– Ah, ça ? (Draco rougit) Euh, si... Viktor s'inquiète pour moi. Il m'a même dit qu'il était prêt à traverser toute l'Europe à balai pour venir me voir. Il est complètement dingue.
Le sourire rêveur de Draco eut pour seule réaction de le renfrogner. Mais, au moins, ils étaient à nouveaux amis.
