Posté le : 14 Août 2015.

Note d'auteur : Déso, déso, déso. J'ai répondu à toutes les reviews des personnes inscrites. Ok, les réponses volaient pas souvent très haut, mais au moins, j'essaie de reprendre un bon rythme. Je n'ai pas eu l'occasion de faire les anonymes car je suis toujours en vacances et j'espère que vous ne m'en voudrez pas trop. Ce chapitre-ci est ultra court par rapport aux précédents. Vous vous souvenez que désormais je découpe les chapitres d'une façon à pouvoir être plus régulière ? La suite est également prête. Donc je pense pouvoir tenir le rythme jusqu'à la fin des vacances sans aucun problème ! J'espère sincèrement que ce chapitre vous plaira. Passez une très bonne journée, D Would.

p-s : N'oubliez pas d'aller lire "Backwards". Ceci est un ordre.

p-s : Ajoutez-moi sur Twitter. Ceci est un ordre bis.


Chapitre 25 : « L'oeil du serpent »

Ses amis venaient d'arriver. Draco et Neville supportaient Ron qui avait ses bras sur leurs épaules. Il était si pâle qu'il en paraissait malade.

– Je suis désolé, marmonna-t-il une fois à sa hauteur. Désolé d'avoir cru que je pouvais jouer au Quidditch. Je donnerai ma démission dès demain, à la première heure.

– Tu ne peux pas faire ça, rétorqua Harry. On a besoin de toi dans l'équipe. Ombrage m'a interdit à vie de Quidditch avec Fred et George. Tu ne peux pas partir. Pas maintenant.

– Je suis désolé, répéta Ron. Si je n'avais pas été aussi mauvais...

– Ça n'a rien à voir, mentit Harry.

– Écoute, si ça peut te consoler, moi j'ai du temps libre, ajouta Draco. J'ai pris beaucoup d'avance en Potions et Sortilèges pendant les vacances. Je t'aiderai à améliorer ton niveau en cours, mais aussi en sport, d'accord ?

Ron semblait presque sur le point de fondre en larmes. Harry descendit quelques marches et le prit dans ses bras :

– J'ai confiance en toi, Ron.

– J'ai tellement honte... Je ne me suis jamais senti aussi mal de ma vie, avoua-t-il.

– Bienvenue au club, formula Harry après lui avoir fait deux tapes dans le dos. À partir de maintenant, je ferai de toi le meilleur gardien que cette école n'ait jamais connu, d'accord ? (Ron se moucha dans son tee-shirt sous le regard répugné de Draco qui recula d'un bon pas) On va se serrer les coudes. On va y arriver.

Ils remontèrent tous dans leur salle commune. On n'aurait pas du tout pensé qu'ils venaient de remporter le match. Partout où Harry posait ses yeux, il ne voyait que des mines furieuses ou inconsolables. La neige tombait à gros flocons, obstruant la fenêtre. Le portrait de la Grosse Dame finit par pivoter sur Hermione.

– Comment va Pansy ? demanda Draco. Ce n'est pas trop grave ?

Pendant un court laps de temps, Harry avait complètement oublié qu'à l'origine, tous les deux étaient de très bons amis.

– Pansy a arrêté de vomir, mais ses furoncles sont de plus en plus énormes. MacGonagall est furieuse. Pompresh essaie de trouver un contresort, mais c'est assez compliqué, car elle n'a aucune idée de ce qui a pu ainsi ravager son visage. Pansy pleure beaucoup. Elle pense que ça sera son visage définitif. Elle a même dit qu'elle préférait quitter l'école plutôt que de se balader comme ça... (Draco paru sincèrement inquiet), Mais, je ne me fais pas de souci. Pomphresh trouve toujours un remède à tout.

Hermione se pencha vers Harry et Ron, puis chuchota :

– J'ai quelque chose qui pourrait vous remonter le moral. Depuis l'infirmerie, j'ai vu de la fumée s'échapper de la cheminée de Hagrid. Je crois qu'il est revenu.

– Il faut aller le voir tout de suite !

– Tu es sûr ? bafouilla Hermione. On ne peut pas attendre demain matin ?

Mais Harry partait déjà dans son dortoir chercher sa cape d'invisibilité ainsi que la Carte du Maraudeur. Ron s'apprêtait à se lever quand Draco dit :

– Non, nous deux, on reste ici. Hermione et Harry n'ont qu'à partir, mais nous, on doit réviser, tu te souviens ?

– Draco, on est samedi... Tu ne peux pas m'infliger ça maintenant !

Au vu du regard perçant qu'il lui lança, Ron sut qu'il ne pouvait pas gagner. Hermione lui envoya un petit regard désolé. Quelques minutes plus tard, Draco revint avec tout le nécessaire pour travailler. Il détenait un catalogue des ingrédients à la composition des potions et les fit mémoriser à Ron en tournant les pages d'un air sévère. Dès que Ron se trompait, il lui envoyait des étincelles à la figure avec sa baguette magique.

– Concentre-toi un peu, d'accord ? Tu peux avoir un Effort Exceptionnel aux B.U.S.E. si tu t'y mettais sérieusement.

– Ouais, sauf que j'ai cinq ans de lacunes à rattraper, baragouina-t-il.

D'un air impérieux, Draco tourna une nouvelle page, reprenant sa leçon :

– Asphodèle, composant nécessaire pour la fabrication de...

Ron s'avachit sur la table. Il aurait préféré affronter un véritable dragon plutôt que ça. Ils continuèrent de travailler jusqu'à l'heure du dîner et remontèrent quelques plats à grignoter pour Hermione et Harry, toujours absents. Ce n'est qu'au moment du coucher qu'ils réapparurent, les cheveux constellés de neige. Ils se mirent à l'écart des autres pour faire le récit détaillé de ce que Hagrid leur avait dévoilé.

– Des géants ? chuchota Ron, en écarquillant les yeux. Sérieusement, des géants ? Comment Dumbledore a-t-il pu penser pouvoir en tirer quelque chose de bien ?

– Il y a eu des géants très intelligents, murmura Draco, qui réfléchissait. Ils ne sont pas tous des brutes épaisses. S'ils répondent principalement en usant de la violence, c'est tout simplement parce qu'ils ont été très longtemps persécutés.

– Hagrid pense qu'il a échoué dans sa mission, conclut Harry. Il y avait déjà des partisans de Voldemort beaucoup plus convaincants sur place...

Le silence se fit.

– J'espère qu'aux moins certains d'entre eux se souviendront de ce que Hagrid a essayé de leur dire, ajouta Hermione à voix basse. Mais dans l'immédiat, ce qui m'inquiète le plus c'est ce que Ombrage prépare pour Hagrid. Elle va forcément l'inspecter... S'il ne suit pas à la lettre le programme du ministère, elle sautera sur la moindre occasion pour le renvoyer.

Le lendemain, au petit-déjeuner, la réapparition de Hagrid à la table des professeurs ne provoqua pas un enthousiasme unanime. Harry savait que nombre d'entre eux préféraient les cours de Gobe-Planche, et une toute petite voix au fond de lui leur accordait raison. Même Draco, qui était pourtant son meilleur ami, n'hésita pas à le dire haut et fort tandis qu'il ajoutait des céréales dans son bol de lait :

– Hagrid n'a pas la carrure d'un enseignant. Il veut trop faire copain-copain avec les élèves. Jusqu'ici, ce n'était pas bien ennuyant. Sauf que nous, à la fin de l'année, on passe les B.U.S.E. Il faudra bien plus que ça pour qu'on soit à niveau pendant les examens.

Ce fut donc avec énormément d'appréhension qu'ils quittèrent la Grande Salle, emmitouflés des pieds à la tête, et prirent la direction de la cabane de Hagrid. Celui-ci les attendait à la lisière de la forêt, une carcasse de vache sur l'épaule.

– Aujourd'hui, on va travailler là-bas ! C'est beaucoup mieux, d'ailleurs, ils préfèrent l'obscurité...

– Qu'est-ce qui préfère l'obscurité ? demanda Blaise, une pointe d'inquiétude dans la voix.

– … Je pense qu'il est préférable d'étudier les créatures dans leur milieu naturel, continua Hagrid, comme s'il n'avait rien entendu. Ce que nous allons voir est un phénomène très rare, donc, dépêchez-vous.

Aucun élève ne semblait très disposé à le suivre. Draco et Neville se tassaient l'un contre l'autre en se jetant des regards alarmés. Tracy ouvrit la marche, sans doute curieuse de voir ce qu'il leur avait réservé. Hermione, Harry et Ron lui emboîtèrent le pas, puis le restant de la classe suivit. Après dix minutes de marche quasi silencieuse, ils parvinrent au niveau d'une étroite clairière caillouteuse. Hagrid laissa glisser la carcasse de vache sur son épaule qui tomba en grand fracas. Hagrid se frotta les mains et Harry se demanda si c'était de satisfaction ou à cause du froid.

– Tu penses que tu sais ce qu'il fait ? chuchota Draco, à son oreille. Non parce que s'il ne sait pas ce qu'il fait, je te ferai dire qu'il vient juste de se balader avec de la chair fraîche sur l'épaule dans une forêt hantée...

– Tais-toi, s'impatienta Harry. Fais-lui confiance.

Draco eut un petit soupir méprisant.

– Tu feras moins le malin quand je te sauverai la vie contre une araignée géante.

Il s'écoula plusieurs longues minutes où les élèves jetaient des regards autour d'eux, tentant d'apercevoir les créatures tant attendues. Neville donna un coup de coude à Draco. Entre deux arbres noueux venait d'émerger un cheval ailé squelettique aux yeux d'un blanc laiteux. L'animal s'approcha timidement de la carcasse, la renifla, puis arracha un morceau de chair avec ses dents. Mais Draco continuait de regarder dans la mauvaise direction. Bientôt, trois autres chevaux arrivèrent, frôlant de très près Harry, Ron et Hermione.

– Maintenant, levez la main ceux qui arrivent à les voir, lança Hagrid.

Neville, Harry et Théodore levèrent la main.

– Excusez-moi, mais qu'est-ce qu'on est censé voir exactement ? demanda Pansy avec défiance.

– Ça, dit Hagrid en montrant du doigt la carcasse.

Pansy laissa échapper un petit cri aigu. Harry comprit pourquoi : voir des morceaux de viande s'arracher tous seuls puis disparaître devait sembler très étrange, même pour des sorciers.

– Qui est-ce qui mange ça ? demanda Draco en plissant les yeux avec exagération, comme s'il espérait tout à coup voir les créatures.

– Des sombrals, annonça fièrement Hagrid. Il y en a tout un troupeau dans Poudlard. C'est eux qui tirent les diligences.

– Ooooh, soupira Blaise. Donc tu n'es pas fou, réalisa-t-il en se tournant vers Théodore. Tu pouvais voir ces chevaux depuis le début.

– Bien sûr que non que je ne suis pas fou, s'enorgueillit l'autre. Vous ne pouviez pas le voir, car il faut avoir confronté la mort pour ça.

– Exact, affirma Hagrid. Un point pour Serpentard. Donc les Sombrals...

– Hum, hum.

Le professeur Ombrage venait d'arriver, une cape rose en velours sur les épaules. Hagrid, qui n'avait jusque-là jamais entendu sa fausse toux, observa le sombral le plus proche avec inquiétude. Quand il réalisa enfin que la Grande Inquisitrice était là, la classe s'était agitée de quelques ricanements.

– Ah, bonjour ! Vous avez réussi à trouver l'endroit. Comme vous le voyez, enfin, peut-être que vous ne le voyez pas... Mais aujourd'hui, on fait les Sombrals.

Les yeux de Ombrage se rétrécirent de malveillance. Elle sortit de son sac à main sa plume et son carnet :

– Savez-vous que le ministère de la magie a classé les sombrals dans la catégorie des créatures dangereuses, niveau 4 ?

Hagrid s'empourpra.

– Ils ne sont pas vraiment dangereux...

– Oui, c'est vrai. C'est pour ça qu'ils se délectent de chair fraîche, dit-elle en pointant de son gros doigt boudiné la carcasse qui désormais, s'agitait de subresaut tant les sombrals se la disputait. Et s'ils décidaient de s'en prendre à l'un des élèves ? Comment se défendront-ils puisqu'en grande majorité, ils ne les voient pas ?

Un silence de plomb tomba dans l'assistance. Ron fixait ses chaussures d'un air consterné. Hagrid tenta vaillament de reprendre le fil de son cours, mais ne cessait de jeter des regards inquiets vers Ombrage, qui semblait prendre en note chacun de ses mots. Même si la plupart de ses camarades ne pouvaient les voir, Harry éprouva vers eux un élan de gratitude lorsqu'il s'aperçut qu'ils jouèrent tous le jeu. Même Blaise Zabini, qui se répugnait à toucher des choses impropres à son statut, consentit à caresser un sombral après que Théodore l'ait guidé dans la bonne direction.

– On dirait du cuir, formula-t-il. Je suis sûr que je pourrai m'en faire un très, très beau manteau, susurra-t-il avec convoitise.

Un bébé sombral émit un gémissement apeuré puis alla se cacher parmi les arbustes.

– Tu es content ? s'impatienta Théodore. Tu lui as fait peur. Maintenant, il va croire que tu veux juste le dépecer ! (Théodore attrapa un filament de viande saignante et le balança sous le nez du sombral) Allez, viens. Tu n'as rien à craindre. C'est juste un débile, de toute façon.

– Vous arrivez à les voir n'est-ce pas ? demanda Ombrage à Théodore. (Il se retourna pour acquiescer) Qui avez-vous vu mourir ?

La parfaite indifférence dans son ton rendit Harry malade.

– M-Ma mère, quand j'avais sept ans. Alors, dès ma première année à Poudlard je les ai tout de suite vu.

– Et qu'est-ce que vous pensez de ces... enfin, de ces espèces de créatures ? Il paraît qu'elles sont effrayantes. Une personne censé ne les montrerait pas à des enfants.

Harry vit le minuscule sombral éternuer et se blottir près de Théodore, comme s'il espérait pouvoir être protégé. C'est vrai qu'ils n'étaient pas très beaux. Cependant, une certaine aura prodigieuse se dégageait dans leur façon fragile de se mouvoir et leurs énormes ailes fines et translucides.

– Je pense que c'est une bonne leçon que le professeur Hagrid souhaite nous donner, répondit Théodore. Sans doute qu'elles ne sont pas aussi jolies que des licornes ou des abraxans. Pourtant, ils sont tout aussi utiles... Il ne faut juger quelqu'un ou quelque chose juste avec les apparences.

Ombrage le toisa d'un air calculateur et emprunt de pitié. Elle préféra se tourner vers Pansy :

– Parvenez-vous à comprendre facilement le professeur Hagrid quand il parle ?

– Non, parce que souvent il grogne, rigola-t-elle.

Hagrid rougit à nouveau. Il fut très difficile de suivre le cours en entendant les diverses tentatives de déstabilisation de Ombrage. Au bout d'une demi-heure seulement, elle prétexta avoir tout ce qu'il lui fallait et repartit vers le château. À la fin du cours, cependant, tout le monde semblait avoir appris quelque chose. Théodore – qui avait toujours disposé d'une impopularité naturelle à cause de ses bizarreries en tout genre – devint vite le centre de l'attention. Tout le monde s'attroupa autour de lui dans la cour afin qu'il leur décrive le plus fidèlement possible les Sombrals.

– Je ferai un dessin, prononça-t-il en se dirigeant vers les cachots. Mon père m'a envoyé de tous nouveaux crayons de couleur, hier matin. J'avais hâte de les utiliser. Je vais m'y mettre dès ce soir et je le mettrai sur le tableau d'affichage.

Il s'éloigna d'un air ravi en compagnie de Adrian Pucey et Terrence Higgs, respectivement de sixième et de septième année.

Décembre arriva en apportant encore plus de neige et une véritable avalanche de devoirs. Les obligations de préfets de Hermione et Draco devinrent également de plus en plus écrasantes, à mesure que Noël approchait. Il n'était pas rare que Harry les voie à peine de la journée, tant les directeurs de maison les sollicitaient. Le soir, Draco était tellement épuisé qu'ils ne pouvaient même plus discuter rien que tous les deux.

En règle le général, il se retournait dans son lit, sa couverture remontée jusqu'au menton, à repenser au jour très particulier où Draco lui avait avoué sa vision dans le miroir du Risèd : « Je me suis vu plus âgé, très heureux. Plus heureux en tout cas que je ne l'ai jamais été de toute ma vie. Je recevais l'Ordre de Merlin pour quelque chose de brave que je venais d'accomplir. Enfin, pas moi, le moi dans le miroir, celui beaucoup plus âgé et beaucoup plus beau. Et puis tu étais là... Tu me souriais... Tu me tenais tout près de toi, comme si... comme s'il n'y avait que moi qui comptais réellement. Et, je... enfin, ça ressemblait à un rêve. Presque réel. »

Presque réel, pensa Harry. Était-ce donc de cela dont Draco rêvait, la nuit tombée ? Était-ce ce désir inconscient qui le faisait sourire, parfois, dans son sommeil ? ou bien la simple pensée de retrouver Viktor Krum lors des vacances de Noël ? Harry se retourna dans son lit, tentant d'oublier la fois où ils les avaient aperçus s'embrasser chez Mrs Pieddodue.

La seule chose qui pouvait lui remonter le moral était les réunions de l'A.D., qui s'interrompraient pendant la période de Noël, car tout le monde, ou presque, quitterait le château. Tandis qu'il se dirigeait vers la Salle sur Demande, flanqué de Hermione et Ron, celui-ci parla de son retour au Terrier :

– Toi aussi tu viens, Harry ! Je ne t'avais pas prévenu ? Maman m'a écrit il y a plusieurs semaines pour t'inviter.

Harry sentit sa bonne humeur remonter en flèche. Passer Noël chez Ron le remplissait de joie. Il éprouvait cependant une certaine culpabilité à l'égard de son parrain. Il se demanda s'il ne pouvait pas convaincre Mrs Weasley de le convier au moins pour le Réveillon.

La séance se déroula à merveille et Harry constata que tout le monde avait fait d'énormes progrès depuis la première fois. Il éprouva néanmoins un certain malaise en voyant Draco prendre des notes de tout ce qu'il disait.

– A quoi tu joues, exactement ?

– Je veux mettre toutes les chances de mon côté pour les B.U.S.E., rétorqua-t-il. Ne t'inquiète pas, je ne laisserai pas ça traîner n'importe où.

Harry se déplaça de groupe en groupe afin de conseiller ses camarades. Le temps fila en un éclair et ils durent se dire au revoir. Même Blaise, pourtant excessivement méfiant à l'origine, semblait déçu de devoir s'arrêter.

– Je m'entraînerais en douce pendant les vacances avec la baguette de ma mère, lança-t-il. En Janvier, je te botterai les fesses, Potter.

La salle se vida progressivement, ne laissant plus que Harry en compagnie de Tracy. Cette dernière épluchait un livre assomant sur la chasse aux fantômes.

– Tu le tiens à l'envers, fit-il remarquer en s'approchant.

– Touché.

Ils rigolèrent tous les deux.

– C'est cool ces séances, dit-elle en le regardant droit dans les yeux. Je veux dire, c'est le seul moment et le seul endroit dans l'école où toutes les maisons sont réunies sans s'en mettre plein sur la gueule. C'est vrai que Blaise et moi sommes les deux seuls Serpentard, mais... ça signifie déjà beaucoup.

– Le Choixpeau nous a mis en garde. Il est temps que nos maisons se rapprochent.

– Qui écoute encore ce que dit ce vieux bout de tissus ?

– Mmh, Hermione, formula Harry en faisant semblant de réfléchir intensément.

Tracy encercla son cou avec ses bras puis l'embrassa. Au début, c'était assez délicat et ressemblait assez à ce qu'ils faisaient d'habitude. Puis, progressivement, le baiser devint nettement plus incontrôlable et passionné. Harry fit descendre ses mains au bas de son dos et la serra tout contre lui. Quand il reprit son souffle, ses lunettes étaient légèrement de travers. Tracy l'entraîna vers une pile de coussins éparpillé au sol et ils se remirent à s'embrasser farouchement. Il pouvait sentir chacune des parcelles de son corps pressé contre le sien qui réagit instantanément. Harry éprouva une sorte de gêne, mêlé à un soupçon de fierté, à l'idée qu'elle pouvait le sentir se durcir. Tracy gémit doucement tout l'attirant davantage vers elle. Jamais de sa vie il ne s'était senti aussi grisé par le contact d'autrui. Elle passa sa main sous sa chemise et Harry s'arrêta net :

– Je... Il faudrait mieux arrêter.

Tracy fronça des sourcils.

– Tu as peur ?

– Oui, admit-il, confus.

Elle se redressa lentement et lissa les plis de sa jupe.

– Je dirai à Blaise qu'on l'a fait. Il a parié un gallion qu'il ne se passerait rien, et j'ai déjà dépensé cette somme dans un maillot de bain deux pièces, alors...

– Je comprends, dit-il avec un sourire gêné. Je... Je suis désolé si tu espérais que...

– Oh, non. J'avais un peu peur aussi. C'est juste que Blaise m'a tellement tanné avec cette histoire que, finalement, j'ai fini par céder. Ça ne sera pas trop difficile de prétendre que je ne suis plus vierge. Je le porterai comme une médaille et Pansy finira par fermer son gros bec.

Harry l'encercla de son bras.

– Je me sens vraiment bien avec toi.

– Moi aussi. Tu n'es pas bête comme les autres garçons.

Ils quittèrent la Salle sur Demande en catimini, se tenant la main. Tracy l'embrassa une dernière fois en filant vers les cachots. C'est donc avec un sourire benêt qu'il retourna vers sa salle commune, presque vide à cette heure-là. Draco était occupé à relire ses fiches de métamorphose tandis que Ron écrivait sous sa dictée. Hermione, quant à elle, tricotait de nouveaux vêtements pour les elfes de maison. À peine fut-il assis que Draco demanda :

– Qu'est-ce qui t'a pris autant de temps ?

Harry ne répondit pas tout de suite, encore en état de choc. Il avait failli le faire. Le faire avec Tracy Davis, l'une des filles les plus inaccessibles de Poudlard ! Une moitié de lui mourrait d'impatience de tout raconter, tandis que l'autre préférait garder ce doux secret pour lui. Il avait encore la sensation de la peau douce de ses cuisses sur ses paumes.

– Ça va bien, Harry ? interrogea Hermione pour lui prendre sa température. Tu es tout brûlant.

– Qu'est-ce qu'il y a ? insista Ron. Que s'est-il passé pour que t'aies une tronche pareille ?

– C'est à propos de Tracy, n'est-ce pas, devina Draco avec une perspicacité frôlant le paranormal. Elle t'a coincé après la réunion, hein ? Et... Et elle voulait quoi, au juste ? interrogea-t-il d'un ton faussement désinvolte, tout en continuant de trier ses nombreuses fiches.

– De quoi est-ce que vous avez parlé ? s'enquit Ron qui s'était subitement redressé tel un oiseau de proie.

– Nous n'avons pas beaucoup parlé, admit Harry. On a... enfin, on a surtout... Vous voyez, quoi.

Ron le félicita d'une tape dans le dos. Même Hermione lui lança un sourire malicieux.

– Alors, demanda-t-il avec convoitise et respect, c'était comment ?

– Génial, avoua Harry. C'était un peu comme Noël en avance.

Il préféra néanmoins changer de sujet plutôt que d'entrer dans les détails. Quand Hermione déclara avoir grand besoin de sommeil, ils se dirigèrent chacun vers leur dortoir respectif. Draco ferma la marche, inhabituellement silencieux. Il alla se doucher après avoir soustrait un pyjama propre de sa malle.

Une fois seul dans la salle de bain, Draco put enfin exprimer son profond ressentiment. Il se deshabilla rageusement, des larmes de rage aux coins de ses yeux. Il en voulait terriblement à Harry, mais en même temps, il n'en avait pas le droit, car lui aussi avait le droit à sa propre histoire d'amour. Et puis, si Draco était honnête avec lui-même, il devait admettre ne rien mettre de son côté pour que Harry remarque enfin la véritable nature de ses sentiments. C'est vrai qu'il était en ce moment-même en couple avec Viktor, mais... mais ce n'était pas comparable.

Avant de quitter la salle de bain, Draco inspira un long moment, comme pour rassembler son masque de tranquilité. Dean et Neville étaient en pleine conversation sur ce qu'ils feraient pendant les vacances.

– Bonne nuit, chantonna Draco, feintant la bonne humeur.

Il alla rejoindre son lit, et éteignit sa lampe d'un coup de baguette magique. Une fois le dortoir dans l'obscurité, Draco préféra admirer la vue par la fenêtre où aucun nuage n'était en vue. Sans même s'en rendre compte, quelques larmes glissèrent le long de ses joues. Ça ne pouvait plus continuer ainsi. Il ne pouvait plus faire semblant d'être content pour Harry, alors qu'il pouvait lui donner tellement plus que cette Tracy. Infiniment plus.

D'accord, Harry était très certainement hétéro jusqu'au bout des ongles. Mais, s'il ne prenait jamais le risque de lui dire quoique ce soit, il ne saura jamais ce qui aurait pu se produire. Draco ferma les yeux, tentant de se construire un rêve de toutes pièces. Un rêve où Harry et lui se tenaient par la main pour se rendre d'un endroit à l'autre du château, plus complices que jamais. Un rêve où sa famille accepterait leur relation. Un rêve où il n'y aurait personne d'autre qu'eux sur cette Terre...

Des grognements sur sa droite l'alarma. Harry sifflait dans son sommeil, comme s'il suffoquait. Draco se redressa, rejetant ses couvertures. Il n'était pas le seul à avoir entendu : ses camarades de dortoir aussi semblaient désormais parfaitement réveillés. Ron fut le premier à bondir à son secours. Il secoua l'épaule de Harry qui semblait parler dans une langue parfaitement inconnu, le corps rigide. Draco le rejoignit vite.

– Il est possédé, dit-il, alarmé. Vite, quelqu'un appelez MacGonagall !

Neville courrut la chercher. Harry continuait de siffler, puis sembla mordre quelque chose. Draco tenait son visage entre ses mains tout en le conjurant de quitter ce mauvais rêve. Ron était absolument terrorisé. Finalement, Harry ouvrit les yeux, la respiration saccadée. Il roula sur le côté et vomit par-dessus son lit.

– Ça va aller, tenta de rassurer Draco. On est parti chercher quelqu'un.

– Le père de Ron, articula-t-il. Il s'est fait attaquer. Il est blessé.

Draco et Ron se lancèrent un regard empreint d'angoisse. Harry tenta de quitter son lit, mais Draco l'en empêcha. Quand leur directrice de maison arriva en trombe, ils tentèrent de lui expliquer la situation.

– Le père de Ron, répéta Harry. Il a été blessé. Je l'ai vu. Je... Un énorme serpent l'a mordu et il y avait plein de sang partout. Je ne l'ai pas imaginé. Je vous le jure !

– Je vous crois, Potter, dit-elle. Vous vous sentez capable de marcher ? Très bien, nous allons voir le directeur. Weasley, venez aussi.

Draco s'apprêtait à les suivre quand MacGonagall intervint :

– Non, Malfoy. Vous restez ici avec vos camarades.

– Mais... C'est mon meilleur ami. Et je suis préfet !

– Je vous remercie de me le rappeler, mais la situation est désormais bien en main.

Avec un profond sentiment d'injustice et de terreur, Draco les regarda s'en aller. Pendant un instant, il fut tenté de prendre la cape d'invisibilité pour défier l'autorité de MacGonagall, mais cela était débile et dangereux. D'ailleurs, Ron et Harry lui raconteraient absolument tout dès leur retour.

Néanmoins, le lendemain matin, aucun d'eux ne réapparut. Le plus curieux dans tout ça, c'était que les frères et sœurs de Ron avaient aussi disparu pendant la nuit, comme s'ils avaient été évacués de toute urgence.

– Tu sais ce qu'il se passe ? interrogea Draco à Hermione tandis qu'ils traînaient leur malle sur le chemin vers la gare de Pré-au-Lard. Pourquoi est-ce qu'ils ne sont toujours pas là ?

– Je l'ignore, soupira-t-elle. On finira forcément par avoir des nouvelles, ajouta-t-elle d'un ton qui se voulait rassurant.

Draco finit par consentir à monter dans le train. Il espéra de tout cœur que Harry songe à lui écrire pendant les vacances.