Posté le : 11 Novembre 2015. La guerre, la guerre, la guerre.
Note d'auteur : Bon, avant toute chose, je tenais à vous dire encore merci pour avoir suivi ce tome 5 ainsi que toute l'aventure jusqu'ici. Je sais que c'est un gros projet, donc parfois on a peur que l'auteur abandonne en cours de route etc. Mais bon, jusqu'ici, je me suis bien débrouillée et j'ai pas mal d'idées. Je pense qu'avec le T5, le plus dur a été fait, srsly. J'arrive pas à croire qu'on a déjà dépassé les 900 reviews. C'est juste énorme et à la fois ça me conforte trop dans l'idée que je dois vous offrir la meilleure suite possible. En parlant de ça, je suis en train de rédiger le T6. Je me suis inscrite au NaNoWrimo (je ne l'avais pas fait en 2014, mais en 2013 et 2012). Le but c'est d'écrire 50 000 mots ou plus en un mois. Donc même si j'ai commencé en retard, je pense quand même que ça va me faire carburer. J'aimerai beaucoup avoir suffisamment de chapitres de réserve pour tenir jusqu'aux vacances de février (le rêve). Pour ça, il me faudra me consacrer uniquement à la rédaction, ce qui veut dire... pas d'update pendant environ un mois, snif, snif.
Je remercie Elorah d'avoir corrigé ce chapitre, et on se retrouve en note de fin pour plus d'infos concernant le T6 !
Bonne lecture :)
Chapitre 33 : « Département des Mystères »
Les sept Mangemorts, suivis de Dolores Ombrage et Harry, se dirigèrent droit vers l'unique couloir où rien d'autre ne bougeait, hormis les flammes des torches suspendues aux murs. Harry fixa la porte noire et lisse, la respiration haletante. Après en avoir rêvé des mois entiers, il la voyait enfin. Le jeune sorcier était partagé entre l'envie de prendre ses jambes à son cou et celle, morbide, d'en voir un petit peu plus. Lucius Malfoy ôta sa cagoule, puis ouvrit enfin la porte.
Ils se retrouvèrent dans une large pièce circulaire, comportant elle-même une douzaine de portes. Bellatrix invoqua une cale pour laisser laisser la porte de sortie ouverte tandis qu'un des Mangemorts restait sur le seuil, semblant monter la garde.
– À toi de jouer, Meraxes, dit Lucius Malfoy en faisant comme si Harry n'était même pas là.
Le plus petit des sorciers s'avança et agita sa baguette magique tout en formulant une longue et pénible incantation dans un langage insaisissable. Tout à coup, la seconde porte à gauche s'ouvrit en grand et les Mangemorts poussèrent un grognement de satisfaction. Ils arrivèrent directement dans une salle immense, au plafond haut, où des centaines d'étagères croulaient sous des sphères bleutées. Chacun de leurs pas se répercutait en un échos insoutenable. Harry fut poussé en avant par Barty Croupton Jr. Malgré l'horreur de la situation, le Gryffondor ne put s'empêcher de trouver l'endroit incroyable et fascinant. Toutes les sphères étaient soigneusement entreposées et étiquetées, attendant sans doute leur tour.
– Rangée 97, aboya Rabastan Lestranges.
– Plus vite, pressa Bellatrix. Nous n'avons pas que ça à faire.
Les Mangemorts, baguettes brandies, illuminèrent les étagères, guettant un ennemi invisible. Au moindre geste suspect qu'il esquisserait, Harry savait qu'une demi-douzaine de maléfices l'atteindrait. Il ne voulait pas non plus se hâter et faciliter alors la tâche aux partisans du Seigneur des Ténèbres. Plusieurs fois, il entra en collision avec Ombrage qui semblait au paroxysme de l'anxiété. Si on lui avait dit au cours de l'année qu'il se retrouverait dans une situation aussi catastrophique avec cette sadique, il aurait sans doute ri au nez de cette personne. Harry comprit très vite que Ombrage ne pouvait pas l'aider à se sortir de ce piège. Et quand bien même elle retrouverait ses esprits, sans doute ne le voudrait-elle pas.
– Dépêchons, insista Lucius Malfoy, cette fois en attrapant le bras de Harry pour le forcer à aller plus vite.
Harry lui jeta un regard empli de dégoût, qui sembla laisser le Mangemort dans la plus parfaite impassibilité. Rangée 94... 95... 96...
– Nous y voici, formula l'aristocrate en désignant la rangée en question du menton.
– Parfait, jubila Barty en désactivant le sortilège de mutisme de Harry. Vraiment parfait.
Il avança et les autres lui emboîtèrent le pas. À peine eurent-ils marché quelques secondes, que Croupton s'arrêta puis fit volte-face. Il montra du doigt une sphère sur la huitième étagère.
– Maintenant, Potter, prends la prophétie.
Harry s'approcha. La sphère dont Barty parlait brillait d'une faible lueur malgré l'épaisse couche de poussière qui en recouvrait le verre. Apparemment, l'objet était resté ici de nombreuses années sans que personne n'y touche. Une étiquette tombait légèrement sur le côté, indiquant d'une écriture longue et fine :
S.P.T. À A.P.W.B.D.
Seigneur des Ténèbres
et (?) Harry Potter
– Qu'est-ce que c'est ? demanda Harry, interdit. Pourquoi mon nom est là-dessus ?
Aucun Mangemort n'eut toutefois l'imprudence de lui répondre. Barty se contenta de le fixer de son regard espiègle, légèrement fou, son doigt toujours brandi vers la sphère argentée.
– Sois gentil et donne-moi ça, articula-t-il sans le lâcher des yeux.
– Non.
La réponse de Harry claqua l'air et le visage de Lucius Malfoy se ferma aussitôt, comme s'il se retenait d'exploser en une rage dévastatrice.
– Qu'est-ce qu'il a dit ? s'enquit Bellatrix d'un ton hystérique. Qu'est-ce qu'il a DIT ?!
Elle s'empara de ses cheveux en bataille et secoua sa tête en tout sens.
– PRENDS-LA !
Harry finit par tomber à genoux, les bras toujours liés derrière le dos.
– Inutile de le brutaliser, déclara Meraxes Nott. On n'obtiendra jamais rien de lui de cette façon. Relève-toi, Potter. Suis les conseils de Barty et tout ira bien pour toi.
– Il ne m'arrivera rien, prononça Harry, avec défi. Vous ne m'avez pas traîné jusqu'ici pour me tuer. Vous ne pouvez pas le faire, sinon, il vous sera impossible de mettre la main dessus, n'est-ce pas ? Que pensera Voldemort quand il apprendra que...
– Infâme sang-mêlé ! rugit Bellatrix. Ne souille pas son nom avec ta langue !
– Quand il apprendra que quoi ? termina Lucius. Tu crois qu'il ne sait pas ce qu'on fait en ce moment ? Il serait plus que ravi de se débarrasser de toi. Cependant, tu as raison sur un point : tu dois d'abord récupérer l'objet.
– Jamais, répondit Harry.
– Potter, dit Barty, avec une impatience mal dissimulée. Peut-être qu'on ne peut techniquement pas te faire de mal. Mais on n'a jamais promis qu'il en irait de même avec tes petits camarades... Nous avons des copains planqués un peu partout aux sorties du bâtiment. Il suffirait de claquer des doigts pour que l'un deux enfourche un Sombral puis aille en liquider un dans la Forêt Interdite. On te ramènera la tête à cœur joie. Mais je doute que tu veuilles tester nos limites, hein ? Nous sommes des Mangemorts, Potter. Ce qui veut dire que nous sommes prêts à tout, absolument tout, pour parvenir à nos fins et respecter nos convictions.
– Il y avait une Sang-de-Bourbe dans le lot, informa Lucius, ses pupilles grises brillant de malveillance.
– Parfait, chantonna Barty. Tuons donc la Sang-de-Bourbe ! MacNair, envoie un message à Mulciber. Dis-lui de se rendre à Poudlard et de tuer la fille. Cheveux bouclés, dents de castor, tu te souviens ? (Le Mangemort encagoulé hocha de la tête) Qu'il nous fasse parvenir un message sonore quand il sera en train de la torturer. Rien de tel qu'un peu de musique pour faire chavirer les cœurs.
MacNair remonta la rangée en sens inverse, se dirigeant apparemment vers la sortie d'un pas déterminé. Harry regarda alternativement Barty, puis Lucius Malfoy et il comprit tout à coup qu'ils n'étaient absolument pas en train de bluffer...
– Attendez ! cria-t-il. Je vais le faire ! Je vais le faire.
MacNair s'arrêta, puis revint sur ses pas. Barty regarda Harry lutter au sol pour se relever, mais n'esquissa pas le moindre geste pour l'aider, comme si le voir remuer tel un asticot restait un loisir épanouissant. Finalement, le Mangemort fit disparaître les cordes qui l'enserraient et Harry sentit enfin son sang circuler normalement dans ses bras. Il tendit la main, légèrement tremblant. Ses doigts se refermèrent sur la sphère poussiéreuse, curieusement tiède, comme si elle avait passé de longues heures sous un soleil d'été. Harry aurait voulu la regarder de près, sauf que Lucius Malfoy lui tendit un épais coffre en métal pour qu'il l'y dépose. Après une dernière hésitation, Harry remit la prophétie aux Mangemorts. Que venait-il de faire ?
– Très bien, exulta Barty, en gloussant. Très bien. Maintenant, phase 2 du plan : nous allons livrer ces deux-là au Seigneur des Ténèbres. Il sera ravi, je pense.
Un brusque sentiment de panique habita Harry alors que les Mangemorts se jetaient sur lui pour qu'il ne s'échappe pas. Mais cette fois-ci, aucune corde ne le retint. Lucius Malfoy lui lança un maléfice extrêmement puissant qui lui fit perdre tout contrôle sur son propre corps. C'était comme s'il était devenu une grotesque marionnette répondant aux volontés d'une conscience extérieure. L'Imperium.
Même si en quatrième année il avait plutôt bien résister aux effets du sort quand le faux Maugrey le leur avait enseigné, ici, la sensation était autrement plus pétrifiante. Lucius Malfoy était certainement le meilleur en la matière car Harry ne pouvait pas bouger le moindre cil sans se plier à sa volonté. Harry avança sans en avoir la moindre envie alors que les Mangemorts l'entouraient en une espèce de garde rapprochée. Ils revinrent sur leurs pas sans le moindre imprévu et la porte du Département des Mystères se referma derrière eux en silence.
Le Mangemort qui montait la garde courut vers les ascenseurs afin d'appuyer sur le bouton d'appel de l'ascenser. Cette fois-ci, les disciples de Voldemort ne paraissaient plus du tout calme, au contraire. Une sorte de frénésie collective les animait depuis qu'ils détenaient la prophétie. Harry aurait voulu essayer de s'échapper, ou même tenter un geste désespéré, mais il était comme dans un nuage, loin, très loin des préoccupations actuelles. Ombrage semblait aussi être elle-même dans un état second et babillait des choses incompréhensibles.
– Niveau 8. Atrium.
Le hall du Ministère de la Magie semblait complètement vide, ce qui redoubla son semblant d'inquiétude, qui ne demandait qu'à surgir. La fontaine dorée projetait sur eux son ombre gigantesque tandis que les Mangemorts accéléraient le pas pour rejoindre l'une des cheminées. Mais au dernier moment, alors que Bellatrix s'emparait d'une poignée de poudre de cheminette, les autres foyers s'embrasèrent d'éclats émeraude. Albus Dumbledore et Sirius apparurent.
Un silence de plomb s'abattit.
– Bonsoir, Barty, dit Dumbledore comme s'il ne s'agissait que d'une rencontre de courtoisie.
Derrière, Alastor Maugrey, Nymphadora Tonks, Dedalus Diggle, Bill Weasley, Kingsley Shacklebolt et son fils apparurent à leur tour, baguette au poing.
– Je n'en attendais pas moins de vous, vieux croûton, lâcha Barty en tenant durement Harry par le bras. Toujours au courant de tout, n'est-ce pas ?
– Je n'y serais pas arrivé sans la précieuse aide de Fergus Shacklebolt. Vous ignoriez qu'il descendait d'une fabuleuse lignée de télépathes ? Pendant que vous discutiez avec lui dans la forêt, il a eu le temps d'avertir son père de ce que vous faisiez, expliqua Dumbledore sans hausser la voix. Nous avons retrouver Ron, Fergus, Hermione et Draco là où vous les aviez laissés. (Ses yeux bleus se tournèrent vers Lucius Malfoy) Ils étaient tous complètement inanimés, mais en bonne santé.
– Vous n'étiez pas censés savoir que nous avions été à Poudlard, informa Lucius Malfoy en faisant un pas vers la cheminée la plus proche. Pas avant demain, en tout cas.
– Il n'y aura pas de lendemain pour vous, Malfoy. Pas si vous essayez de prendre la fuite, promit Alastor.
Les deux factions se regardèrent en chien de faïence.
– Rends-moi mon filleul, ordonna Sirius à l'adresse de sa cousine.
Bellatrix ricana.
– Oh, ça, jamais ! dit-elle en brandissant sa baguette.
– ÇA SUFFIT ! cria Lucius. Ne fais rien d'idiot, Bella. Nous devons avant tout...
La cicatrice de Harry s'incendia. C'était comme si plus rien n'existait autour de lui. Son crâne allait se fendre sous la douleur, pensa-t-il. Il serait même tombé si Barty Croupton ne le tenait pas d'une poigne de fer. Aussitôt, les membres de l'Ordre du Phénix s'animèrent pour profiter de la surprise des Mangemorts. Harry vit du coin de l'œil un sortilège vert incandescent filer droit vers Bellatrix, qui l'évita en se penchant en arrière d'extrême justesse.
Barty immobilisa Harry dans ce qui semblait être de la pierre ensorcelée car le jeune sorcier ne pouvait pas bouger un seul millimètre de son corps. Lucius Malfoy traça un gigantesque cercle au-dessus de leurs têtes et une coupole bleutée sembla amoindrir la puissance des sortilèges de l'Ordre. Dumbledore parvint toutefois à percer cette carapace magique en un éclair et le sol se mit à trembler.
Au bout du couloir, Lord Voldemort venait d'apparaître. Fergus hurla quelque chose à son père qui s'avança droit vers lui, accompagné de Maugrey.
– Ne faites pas un pas de plus ! rugit Kingsley à l'adresse du mage noir.
Voldemort n'avait pas l'air d'avoir entendu quoique ce soit, car ses yeux – deux fentes rouges – se braquèrent sur Harry avec une obscénité presque bestiale. Les Mangemorts cessèrent de jeter des sorts, comme suspendus aux lèvres de leur maître.
– Les aurors ne vont pas tarder, prévint Maugrey. PARTEZ !
L'auror à la retraite frappa son bâton contre le sol, qui le fit vibrer comme au son d'une cloche. Une craquelure apparut du côté des Mangemorts, tout en laissant Harry parfaitement indemne au centre d'un îlot. Une sorte de lave dévora morceau par morceau le marbre de l'atrium. Mais Voldemort éclata d'un rire glacial tout en marchant sur le feu liquide, sans manifester la moindre trace de douleur.
– Que je parte ? Mais je suis ici chez moi.
Barty ricana jonglant d'un pied à l'autre pour rejoindre Harry sur l'îlot intact. Un sortilège de propulsion l'atteignit cependant en pleine poitrine, le faisant basculer en arrière.
– Aaaarg ! glapit-il, frôlant de peu la lave en fusion.
Meraxes Nott venait de lui sauver la vie grâce à un sortilège qui le faisait léviter, la tête vers le bas, comme si son corps était maintenu par un crochet invisible.
– Que fais-tu ici, Tom ? demanda Dumbledore. C'était une idiotie de venir. Les aurors arriveront...
– Et quand ils seront là, je serai parti et toi... tu seras mort.
Lord Voldemort envoya un Avada à Dumbledore. Celui-ci esquiva le sort, qui ricocha sur l'une des statues en or. Sirius bondit en avant et réalisa un geste complexe avec sa baguette, faisant apparaître une sorte de météore rouge qui explosa en une dizaine de sortilèges. Tous les Mangemorts, ou presque, se retrouvèrent à terre, crachotant du sang. Voldemort se focalisait sur Dumbledore, qui utilisait les statues de l'atrium – un couple de sorciers, un gobelin, un centaure et un elfe – pour protéger les membres de l'Ordre à découvert.
Lucius Malfoy formula un sortilège de glace qui neutralisa la lave en fusion. Il attrapa la boîte métallique contenant la prophétie que lui tendit Barty, puis disparut en un éclair, par poudre de cheminette.
– NON ! cria Harry, toujours agité de spasmes douloureux.
Mais c'était trop tard. Des cendres encore brûlantes se tenaient à l'endroit où Lucius Malfoy venait de se volatiliser. Bellatrix Lestranges vola au secours de son maître qui semblait être de force égale avec Dumbledore. Kingsley Shacklebolt profita de la cohue pour se cacher derrière un pilier de marbre et paralyser plusieurs Mangemorts. Il atteignit sérieusement Meraxes Nott qui tomba à la renverse, les bras en croix.
Dolores Ombrage, restée discrète jusque là, essaya elle aussi de filer mais se retrouva prise au milieu de tirs croisés. Un sortilège de l'Ordre et un autre émanant d'un Mangemort ricochèrent en même temps sur son visage, qui se mit à rétrécir de manière grotesque jusqu'à se transformer en tête de bébé. Ombrage s'époumonait en cris de nourrisson, tout en perdant l'équilibre tous les deux pas qu'elle tentait d'effectuer vers la cheminée la plus proche.
– SORS HARRY D'ICI ! hurla Kingsley Shacklebolt à son fils. VAS-Y ! JE TE COUVRE !
Les deux Mangemorts qui l'entouraient étant aux prises avec Bill, Tonks et Sirius, ils ne purent strictement rien faire quand Fergus plongea sur lui et qu'il attrapa sa main. Harry éprouva une sensation familière au niveau du nombril. Le parquet vernis se déroba sous ses pieds, l'atrium, Dumbledore, Sirius, les membres de l'Ordre, les Mangemorts et Ombrage... Tout cela disparut et s'envola dans un tourbillon de couleurs et de sons.
Les pieds de Harry heurtèrent une surface dure. Ses genoux fléchirent légèrement et il faillit tomber à la renverse sur le tapis. Ils venaient de transplaner. Haletant, il resta là, s'acclimatant peu à peu au décor. Fergus faisait déjà le tour de la pièce, baguette à la main, chuchotant des incantations incompréhensibles.
– Où sommes-nous ?
Fergus ne lui répondit pas tout de suite, apparemment concentré sur sa tâche. C'était un large salon apparemment ancien aux teintures orangées. Il y avait sur les murs des photos à l'aspect jauni, dont le sujet principal était Fergus, riant insolemment à l'objectif.
– C'est la maison de ma mère, dit-il, presque sur le qui-vive. Elle est en déplacement jusqu'à la semaine prochaine. Alors, je... enfin... C'est le seul endroit auquel j'ai pensé sur le coup.
Harry était absolument terrifié à l'idée qu'il soit arrivé quelque chose aux autres restés derrière. Mais il préféra ne pas y penser, car il était sur le point de vomir. Fergus dut se rendre compte de son malaise car il lui proposa de s'asseoir.
– Aguamenti, formula le Poufsouffle, et un verre rempli d'eau apparut. Tiens, bois. C'est important.
Harry vida le verre d'un trait, la gorge sèche.
– Comment vont Hermione, Ron et Draco ?
– Bien. Rogue est venu nous chercher dans la forêt. Il a aidé les membres de l'Ordre à te retrouver au plus vite grâce aux visions que tu as eu en occlumancie... Oups, oui, maintenant je sais que tu ne faisais pas de cours de rattrapage en potions. (Harry fixa son verre vide) Ils étaient très inquiets pour toi. Rogue a refusé que tes amis y aillent car ils sont encore mineurs, mais si... enfin... S'ils avaient eu le choix, je suis certain qu'ils seraient venus pour te protéger.
– On a perdu la prophétie, réalisa tout à coup Harry. À cause de moi, la prophétie est perdue.
– Quelle prophétie ? s'étonna Fergus. C'est pour ça qu'ils t'ont forcé à te rendre jusqu'au ministère ? Pour une foutue prophétie ?
– Oui.
– Alors, crois-moi, ça n'en valait pas la peine. Tu es mieux en ne sachant pas ce qu'elle contient. (Harry leva vers lui un regard abasourdi) Les prophéties font plus de mal que de bien aux sorciers. C'est pour ça que très peu d'entre eux prennent le risque d'aller les réclamer au département des mystères.
– Qu'est-ce que tu en sais ?
– Mon oncle, le frère de ma mère, était concerné par une prophétie. Ça parlait d'une sorcière dont il tomberait fou amoureux et qui le ferait mourir de désir. Sauf que... la prophétie était à prendre au sens littéral du terme. Mon oncle est devenu fou après s'être marié avec cette femme, puis... quand ils ont eu un enfant, il est mort au lit avec elle. (D'un coup de baguette magique, Fergus remplit à nouveau le verre de Harry) Ma mère pense que son épouse l'a assassiné pour aspirer ses pouvoirs magiques et les transmettre à son enfant. Sauf que ce gamin est un parfait crétin.
– Qui c'est ?
– Oh, juste cet enculé de Blaise. Nous sommes cousins, mais on fait comme si l'autre n'existait pas. Accord tacite entre nos deux familles pour éviter une guerre ouverte entre le clan Shacklebolt et celui Zabini. La dernière fois que nos mères se sont croisées sur le Chemin de Traverse, elles ont provoqué un orage sur Londres qui a duré deux jours entiers, alors...
La cheminée s'embrasa d'un feu émeraude et Fergus sauta sur ses jambes, baguette à la main. Les flammes vertes pourléchèrent la silhouette de Sirius qui se précipita vers Harry, les bras ouverts.
– Pas si vite ! cria Fergus en braquant sa baguette sur le torse de Sirius. Je dois vérifier que c'est bien vous.
– Je m'appelle Sirius Black, mon patronus est un lion, je vis actuellement au 12, Square Grimmaurd et j'ai un tatouage en forme de chien entre les deux omoplates...
– Je crois que c'est bon, dit le Poufsouffle en le laissant passer.
Sirius s'agenouilla devant son filleul :
– Ça va Harry ? Tu n'as rien ?
– Tout va bien. Et les autres ?
– Tout va parfaitement bien. Nous n'avons aucun blessé de notre côté. Une vraie chance...
Harry et Fergus partagèrent une œillade complice. Le Felix Felicis avait en quelque sorte fonctionné. Peut-être pas comme ils l'avaient au préalable imaginé, mais rien d'horrible n'était finalement arrivé.
– Dumbledore parle avec Cornelius Fudge, poursuivit Sirius. Lui aussi a vu Voldemort. Maintenant, il est bien obligé d'admettre son retour... Harry, ce qui va désormais se passer est de la plus haute importance. Il va falloir que tu suives chacune de nos instructions à la lettre. La deuxième guerre commence. Il est nécessaire que tu traces un trait sur certaines de tes certitudes. Tu es plus que jamais en danger et notre devoir sera de te protéger. Quand Dumbledore arrivera, il t'emmènera avec lui à Poudlard. Il est capitale que tu écoutes ce qu'il a à te dire, d'accord ?
Le foyer de la cheminée s'agita à nouveau, laissant cette fois apparaître Alastor Maugrey – la mine plus sinistre que jamais – ainsi que Kinglsley Shacklebolt. Tonks arriva peu après, se prenant les pieds dans le tapis.
– Où est Remus ? articula Harry.
– C'est l'approche de la pleine lune, grogna Kingsley. Dedalus et Bill sont restés au ministère régler, euh... quelques soucis avec les Langues de Plomb. Ils sont sacrément en colère que des gens aient pénétré dans leur sanctuaire... Au moins, les Mangemorts ont eu la présence d'esprit de ne pas toucher à la salle du Temps.
– Ils avaient l'air très organisés, maugréa Sirius. Trop, même. Comment se fait-il que l'accès aux frontières de la Forêt Interdite n'ait pas été plus surveillé ?
– Hagrid s'en chargeait, dit Kingsley, mais son départ a bouleversé pas mal de choses...
– Je me demande ce que cette Ombrage aura à dire là-dessus, ricana Alastor.
– Ce n'est pas drôle, reprit Tonks. Je n'ai jamais aimé cette femme, mais tout de même... Être coincée dans le corps d'un bébé, c'est terrible ! Je me demande si les guérisseurs de Sainte-Mangouste arriveront à trouver une solut-...
Un panache de fumée s'éleva de la cheminée et Albus Dumbledore apparut. Le silence se fit. Jamais Harry ne l'avait vu aussi las et vieux que ce soir-là.
– Il faut que je te place en sécurité, Harry, dit le directeur. Nous devons tout de suite retourner à Poudlard. Fergus, viens ici, je te prie. (Albus Dumbledore attrapa le verre de Harry et le convertit en portoloin) Cornelius Fudge m'a autorisé à créer un portoloin exceptionnellement. Approchez.
Harry eut à peine le temps d'entendre Sirius lui dire « À bientôt » que son visage disparut en un battement de cils.
Ooo
CELUI-DONT-ON-NE-DOIT-PAS-PRONONCER-LE-NOM
EST DE RETOUR
Dans une brève déclaration faite à la presse hier soir dans son cabinet personnel, le ministre de la magie a déclaré que Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom est de retour. « J'ai le regret d'informer la communauté magique que celui s'étant autoproclamé Lord est à nouveau parmi nous et actif. Nous demandons aux sorcières et sorciers de rester vigilants et de prendre toutes les précautions nécessaires pour se préserver du moindre danger. Des consignes précises seront diffusées dans tout le pays d'ici lundi, et des patrouilles régulières seront mises en place afin de préserver les plus fragiles d'entre nous. »
Hier soir, le Mage Noir et ses plus fidèles serviteurs (voire liste colonne 2) ont infiltré en toute impunité le ministère de la magie. Le détail des événements reste encore très flou mais Dumbledore – qui n'a eu de cesse de soutenir la version de Harry Potter qui certifiait avoir confronté Vous-Savez-Qui l'an passé – affirme qu'il s'attend à une nette dégradation du climat ambiant. Une réunion exceptionnelle du Magenmagot est d'ailleurs prévue pour...
Draco froissa la page de journal, irradié par un sentiment de rage folle. La colère prenait le pas sur le dégoût. Jamais il n'avait souhaité être impliqué dans cette affaire. Elektra lui avait fait parvenir la Gazette du Sorcier à la première heure, directement dans son dortoir, accompagné d'un mot de sa mère : « Ils ont capturé ton père et comptent l'emmener à Azkaban. Fais attention à toi. Je t'aime, Maman ». La fameuse liste des Mangemorts présents prenait en compte tous ceux qui avaient été reconnus durant l'attaque. Autour de lui, Dean, Seamus et Neville se levaient en toute insouciance, trop heureux d'être en vacances. C'était leur dernier jour à Poudlard et le soleil irradiait à travers les rideaux de leur dortoir. Seul Ron paraissait inquiet du regard lugubre de Draco.
– Qu'est-ce que ça dit ?
– Ils ont donné les noms des Mangemorts, et celui de mon père y est. Maintenant, toute l'école va savoir, paniqua-t-il tout à coup. Ils vont savoir que j'ai été éduqué par un... partisan de Tu-Sais-Qui. Et Harry n'est même pas là pour leur dire que je n'y suis pour rien dans tout ça !
– Harry n'est pas le seul ami sur qui tu peux compter, précisa Ron. Hermione et moi ne laisserons jamais personne te faire du mal.
Face à eux, le lit de Harry était resté vide toute la nuit. Dumbledore était passé très tard dans leur dortoir pour s'assurer qu'ils allaient bien et les informer que Harry avait besoin de passer un peu de temps seul, à l'infirmerie.
– Tu te rends compte que c'est ma dernière journée à Poudlard ? prononça Draco, atomisé. Et comme la toute première, je vais la passer à pleurer à cause de mon père.
– Tu es un putain de Gryffondor, ok ? Ce que les autres pensent de toi ou de ta famille, tu t'en fous. Nous, on ne t'oubliera pas. Maintenant, enfile une tenue et on descend prendre notre petit-déjeuner.
– Quoi ? Comme ça ? coassa Draco, mal à l'aise. Je ne suis pas sûr de vouloir...
– Tu n'as pas le choix, mon vieux. C'est notre dernière journée ensemble et on ne se reverra pas avant un siècle au moins.
Draco lui lança un sourire reconnaissant puis se dirigea vers la salle de bain. C'était fou comme Ron parvenait à lui redonner le sourire même dans les pires situations. Au pied de son lit, sa valise était déjà bouclée depuis la veille, et il ne manquait plus que ses produits éparpillés dans la salle de bain. La sortie d'hier dans la Forêt Interdite avait été un énorme fiasco, et il s'étonnait même qu'on ne leur ait pas enlevé de points à ce sujet. Mais avec Ombrage et MacGonagall absentes, Draco se doutait bien que la coupe des quatre maisons était la dernière des préoccupations des adultes encore présents au château.
En se rendant dans la salle commune, Draco constata avec soulagement que la plupart des élèves n'étaient pas encore tombés sur l'édition du jour de la Gazette. Cela lui laissait quelques minutes de répit. Hermione les attendait sur un fauteuil, Pattenrond sur les genoux.
– Alors ? Pas de nouvelles de Harry ?
– Il est à l'infirmerie, dit Ron. Il reviendra dans l'après-midi pour prendre le Poudlard Express avec nous. De toute façon, Neville m'a aidé à boucler sa valise.
La nuit dernière, Draco avait profité de la légère distraction de ses amis pour glisser une lettre dans la malle de Harry. Il y avait écrit toutes les choses qu'il n'avait pas eu le courage de lui dire en face. Au moins, ça réglerait certaines choses entre eux.
En descendant le Grand Escalier, Draco adressa quelques sourires aux élèves avec qui il s'était lié d'amitié, notamment grâce à l'AD. Hier encore, Draco conservait l'espoir de tous les quitter en bons termes. Mais la Une de la Gazette du Sorcier remettait en question bien des choses...
– Prêt ? lança Hermione en lui lançant un sourire encourageant.
Draco hésita plusieurs secondes. Les chouettes commençaient à arriver, se posant devant leur destinataire. Draco fut un moment mélancolique en songeant à son premier jour à Poudlard : il avait été si triste d'être réparti à Gryffondor, si déçu de lui-même. Il s'était même imaginé que les années y seraient affreusement longues tant l'intégration avait été difficile. Pourtant, aujourd'hui, il aurait tout donné en échange d'une petite année supplémentaire à Poudlard.
À mesure qu'il s'approchait des quatre grandes tables, des personnes le dévisagèrent ou murmurèrent sur son passage, la mine dégoûtée. Quand Draco s'assit aux côtés de Parvati, cette dernière se leva avec son bol de céréales pour s'installer beaucoup plus loin.
– Hey, le Mangemort ! ricana un Poufsouffle.
– Fils de Mangemort à deux balles, continua un autre. Je me demande ce qu'il fout encore ici.
– Quand Potter apprendra ça, prophétisa un troisième.
Draco essaya de rester de marbre tandis que des dizaines de paires d'yeux se braquaient sur lui. Hermione pressa sa main.
– Ça va passer, chuchota-t-elle. Mais tu ne dois surtout pas les laisser gagner...
Une véritable huée secoua la Grande Salle quand Théodore arriva. Il paraissait extrêmement inquiet et Draco réalisa tout à coup que personne ne l'avait sans doute prévenu des événements de la veille. Théodore avança vers un groupe de Serpentard mais ceux-ci, hermétiques à son désarroi, firent comme s'il n'existait pas. Théodore faillit glisser par terre alors qu'on lui lançait du porridge à la figure.
– Regardez-moi ça, un autre fils de Mangecouilles, rigola un Gryffondor de troisième année. On devrait tous leur faire quitter Poudlard sur le champ.
Tout à coup, Théodore tourna la tête et aperçut Draco. Il courut presque vers lui, larmoyant :
– D-Draco, il faut que tu m'aides. Je... Est-ce que c'est vrai que... mon père est en prison ?
Draco se leva aussitôt et l'entraîna vers la sortie tandis que des élèves les huaient à cœur joie. Les deux adolescents s'isolèrent dans une salle de classe vide du rez-de-chaussé et Théodore se mit brusquement à pleurer.
– Adrian Pucey me l'a annoncé ce matin, en me levant, sanglota Théodore, apparemment inconsolable. J'ai envoyé une chouette à la maison, mais je sais que c'était stupide parce qu'on habite très loin. Et si Papa est vraiment... (Il pleura à nouveau) Qu'est-ce qu'il se passe ? Pourquoi personne ne m'a rien dit ?
– Je suis désolé, Théo. Je pensais que... que ton père te tenait au courant de ses plans.
Théodore sécha ses larmes tout en hochant négativement de la tête.
– Je n'étais même pas sûr qu'il soit un Mangemort avant ce matin, avoua-t-il. Personne ne m'adresse la parole, même Blaise f-f-fait comme si je n'existais pas.
– Les Zabini sont toujours restés en-dehors des conflits. Toujours.
– Oui, mais... Je croyais que Blaise et moi nous étions amis, et que... Peut-être que j'ai mal compris.
– Écoute, Théodore, ça va être très dur les années qui vont suivre. Mon père aussi a été embarqué, et je ne crois pas qu'il s'en sortira indemne cette fois-ci. Les gens du Ministère l'ont vu.
– Comment on va faire, alors ? Sans eux, je veux dire.
– Je ne sais pas. Je... J'imagine qu'on va devoir continuer à être bons à l'école et gérer cette nouvelle pression.
Théodore lui adressa son premier sourire.
– L'année prochaine, tu m'aideras, hein ?
Parfois, Draco oubliait que Théodore avait très peu grandi mentalement depuis leur première année. Son père avait absolument tout fait pour qu'il reste un petit garçon, et même si jusqu'ici ça ne l'avait pas plus alarmé que ça, aujourd'hui, Draco en prenait pleinement conscience. Théodore était un enfant. Un enfant très intelligent, certes, mais il n'avait pas du tout le bagage nécessaire pour supporter une épreuve pareille. Il avait besoin de repères, alors que Draco s'adaptait facilement aux changements.
– Je ne pense pas que je pourrai le faire. Pas de là où je serai, en tout cas.
– Comment ça ?
– Mes parents m'ont inscrit à Durmstrang. Je... Je commence les cours dès le mois d'Août, c'est... enfin, une grande décision et ils y réfléchissaient sérieusement depuis ma quatrième année. Mes parents pensent que je n'ai plus ma place à Poudlard.
En voyant le visage de Théodore se décomposer, c'était comme s'il venait de lui infliger un nouveau coup de poignard.
– Je... Mais..., balbutia-t-il. Et toi, qu'est-ce que tu en penses ?
Draco hésita. Il avait retourné cette question dans son esprit des centaines de fois ces derniers mois.
– Au début, ça m'a mis en colère que mes parents décident d'une chose aussi importante sans m'en parler. Vraiment très en colère. Mais j'en ai parlé avec Viktor cet hiver, et il pense que ce serait une excellente décision, que je... pourrais davantage mettre en valeur mon potentiel, et me faire des amis. Et puis avec du recul, je me dis que c'est peut-être la meilleure solution pour moi. Je serai bien plus utile là-bas qu'ici. (Il se tut un moment) Pourquoi est-ce que tu ne viendrais pas avec moi ?
– Une année scolaire à Durmstrang coûte très cher... même pour moi. Je... Mon père n'a pas réussi à tirer profit de son vignoble et... Enfin, nos coffres sont vides à Gringotts, avoua-t-il avec pudeur.
Le Gryffondor n'avait jusqu'ici pas la moindre idée des difficultés financière que rencontrait la branche généalogique de Théodore. Il n'était pas rare de croiser des Sang Pur sans fortune, mais les Nott lui avaient toujours paru être stables dans le paysage.
– Maintenant que mon père est en prison, il ne me reste plus personne, chuchota Théodore, honteux.
– Je t'écrirai, promit Draco. Ce n'est pas parce que je serai loin que je vous abandonne tous.
– Peut-être que si. Peut-être que tes nouveaux amis seront plus intéressants et que tu finiras par nous oublier... Potter... ne va pas trop te manquer ?
C'était sans doute la question la plus épineuse de toutes. Draco ignorait comment il allait gérer cette brusque séparation avec son meilleur ami, mais il espérait de tout cœur surmonter ça en gardant la tête haute.
– Évidemment, dit Draco. Ça va être très bizarre sans lui. Sans vous tous, je veux dire...
Tout à coup, la porte s'ouvrit sur Minerva MacGonagall, fermement cramponnée à une canne. Le visage de Draco se fendit en un grand sourire en voyant la directrice adjointe à nouveau sur pieds. Malgré son teint légèrement pâle, MacGonagall paraissait en bonne santé.
– Allons, tous les deux, qu'est-ce que vous faites ici ? Il fait un soleil radieux dehors. Vous ne voudriez pas passer votre dernière journée à Poudlard à vous morfondre ?
– Professeur... Est-ce que vous avez lu...
– La Gazette du Sorcier ? Évidemment, Malfoy. Et je crois que nous en parlerons plus tard. Pour l'instant, allez donc vous amuser dans le parc. Vous aurez tout l'été pour vous soucier de ce genre de choses.
Les deux adolescents se dirigeaient vers la porte quand la professeur de Métamorphose ajouta :
– Au fait, Mr Nott, sachez que Poudlard reste avant tout votre maison, et tous les professeurs se sentent concernés par votre sort. Si vous avez besoin de parler... ou d'évacuer... je serais plus que ravie de vous ouvrir ma porte.
Gêné, Théodore ne put que murmurer un vague « Merci » avant de s'en aller.
La chaleur du soleil les heurta de plein fouet alors qu'ils traversaient la pelouse du château. Plusieurs groupes d'élèves jouaient avec des ballons ou des freesbee-à-dents normalement interdits par le règlement. Pourtant, aucun professeur ne les rappelaient à l'ordre et Rusard semblait débordé. Fergus – qui s'était fait parvenir des feux d'artifices Weasley – s'amusait à faire exploser de gros pétards autour d'un groupe de premières années surexcités. Ron avait sorti le Nimbus 2000 que lui avait offert Harry au début de l'année, et laissa même sa sœur y faire un tour.
– À ton avis, qui va te remplacer dans l'équipe de Quidditch ? demanda Théodore en observant Ginny effectuer un looping dans le ciel éclatant. Et qui deviendra préfet ?
Draco haussa vaguement des épaules.
– Je ne sais pas. Je m'en fiche un peu, mentit-il.
Hermione leur adressa un signe de la main afin qu'ils s'approchent.
– Je vais dans ma salle commune, articula Théodore. J'ai encore des affaires à ranger.
Draco marcha dans sa direction en de grandes enjambées, sans faire attention aux médisances des élèves sur son passage.
– Harry est sorti de l'infirmerie, dit-elle aussitôt. Regarde, il a l'air plutôt bien (En effet, le Survivant se tenait au milieu d'un groupe de ferventes admiratrices, ce qui fit grimacer Draco). Heureusement que Fergus nous a donné du Felix Felicis ce soir-là. C'est un miracle qu'on s'en soit tous tirés indemne.
– Oui, concéda-t-il. C'est vrai.
Les regards de Harry et Draco se croisèrent. C'était comme si la foule d'élèves tout autour n'avait pas la moindre importance. Draco aurait aimé s'approcher pour échanger quelques mots – n'importe quoi, vraiment –, mais il resta cloué sur place, effrayé à l'idée de se ridiculiser.
– Quand est-ce que vous allez briser la glace tous les deux ? demanda Hermione tandis que Draco s'asseyait en tailleur en face d'elle.
– Ça n'arrivera pas de si tôt, maugréa le jeune sorcier. Harry m'a avoué qu'il ne m'aimait pas... Enfin, pas comme... pas comme je voudrais.
– Oh. Je suis désolée.
– Ça ne fait rien, banalisa Draco avec une espèce de pincement au cœur. Ça devait bien se produire un jour.
– Et tu le sais depuis combien de temps ?
– On en a parlé la semaine du conseil d'Orientation. C'est pour ça que je n'étais pas très... mmh, joyeux. Peut-être que mon père avait raison, dans un sens. Peut-être que me tenir à l'écart de Harry m'aurait épargné pas mal de souffrances, tu vois ?
– Ne dis pas n'importe quoi. Et puis de toute façon, tout le monde sait que vous...
– Salut ma douce, susurra Fergus en s'allongeant dans le gazon juste au milieu d'eux. Tu es radieuse. Vraiment radieuse. Je dirai même stellaire !
Hermione leva les yeux au ciel.
– C'est ta dernière journée à Poudlard, et tout ce que tu trouves à faire, c'est de venir m'embêter ?
– Raison de plus pour en profiter, justifia le Poufsouffle en lui envoyant un sourire resplendissant. Tout ce que je souhaite, c'est voir l'entente inter-maison continuer.
– Mais oui, bien sûr, s'impatienta la préfète en ouvrant un épais grimoire poussiéreux. Tu ferais mieux de déguerpir avant que je t'envoie un mauvais sort qui ferait hurler de panique les guérisseurs de Sainte-Mangouste.
Contre toute attente, Fergus se redressa après lui avoir déposé un rapide baiser sur la joue :
– À vos ordres, ma chère patacitrouille.
Draco ricana tandis que Hermione rougissait à vue d'œil.
– Si tu dis quoi que ce soit, je te réserve le fameux mauvais sort, prévint-elle. Enfin bref, ce que je voulais dire tout à l'heure, c'est que je sais – enfin, tout le monde le sait – que Harry tient énormément à toi. Il t'a toujours considéré... différemment des autres. Je crois que pour l'instant, il ne réalise pas trop ce que tu signifies pour lui parce que... enfin, vous êtes toujours collés l'un à l'autre. Avec la distance, Harry se rendra compte de ce qu'il perd vraiment.
– Alors, hésita Draco, songeur, tu penses que c'est une bonne chose que je m'éloigne quelque temps ?
– Une bonne chose, je n'irai pas jusque là. Mais tu peux aider Harry de là où tu es, continuer l'esprit de l'A.D. en parlant de la guerre qui approche aux élèves de Durmstrang.
Draco n'y avait pas pensé, mais c'est vrai que là-bas, il pourrait toujours convaincre des gens de rejoindre leur cause... La journée défila à une vitesse hallucinante et il fallut bientôt rejoindre le Poudlard Express. Harry s'approcha enfin de Draco, sans pour autant lui parler véritablement. Il le regardait à chaque instant, comme s'il redoutait que son meilleur ami ne disparaisse au moindre battement de cils.
Harry aida Draco à monter sa malle dans le wagon et leurs doigts s'effleurèrent un bref instant, assez pour les rendre chacun mal à l'aise. Heureusement, leur compartiment était suffisamment bondé pour qu'aucun silence troublant ne s'installe. Beaucoup de membres de l'AD défilèrent pour adresser leurs sincères félicitations à Harry. Même les élèves les plus réticents revirent leur jugement sur la supposée mythomanie du Survivant. Draco, bien trop embarrassé par la situation, ne parla pas beaucoup durant le trajet.
Ron dévorait un gros tas de Fondants du Chaudron, Hermione était perdue dans la lecture d'un roman sorcier historique et Neville faisait des mots-croisés dans la rubrique jeux du Chicaneur. Au cours de l'année, son Mimbulus Mibletonia avait considérablement grandi, et chantonnait lugubrement dès que quelqu'un avait l'audace de le caresser.
– Tu crois que ça prend combien de temps pour qu'un courrier arrive à Durmstrang ? demanda finalement Ron, la bouche pleine de chocolat.
– Je ne sais pas trop, admit Draco, nerveux. Peut-être quatre ou cinq jours. En tout cas, mon père dit que...
Il se tut tout à coup, puis baissa les yeux. Personne n'avait envie d'entendre parler de son père. Surtout maintenant. Alors pourquoi, par Merlin, se sentait-il obligé d'amener le sujet dans la conversation ? À bout de nerfs, Draco se leva et quitta le compartiment. À peine eut-il fait quelques pas que des élèves se mirent à l'insulter copieusement sur son passage. Des élèves avec qui il avait ri, partagé son opinion sur les cours, et tout un tas d'autres choses...
– Draco ! Attends !
Le concerné fit volte-face, découvrant Harry qui se frayait difficilement un chemin dans l'étroit corridor. Ils se fixèrent pendant quelques secondes, avant que le Survivant n'ajoute :
– Il faut qu'on parle.
Ils s'isolèrent dans le compartiment à bagages et Harry verrouilla la porte pour s'assurer qu'ils ne soient pas interrompus. Draco se laissa piteusement tomber sur une pile de malles, et son meilleur ami vint s'asseoir à ses côtés.
– Ce sont des crétins, lâcha Harry. Ils sont manipulables. Il n'y a pas si longtemps que ça, toute l'école t'applaudissait pour avoir attrapé le Vif d'Or à la coupe de Quidditch. Et maintenant, ils te huent parce que ton père a... fait ce qu'il a fait.
– J'aurais très bien pu ressembler à mon père.
– Mais tu es très différent, contra Harry. Ce n'est pas qu'une histoire de maison. Je pense que même si... même si tu avais été à Serpentard, tu n'aurais jamais été comme lui. Pas vraiment, dans le fond. (Draco lui adressa un sourire emplis de gratitude) Et puis, des gens plutôt corrects fréquentent Serpentard, comme euh, Zabini ?
Draco éclata d'un rire sans joie.
– C'est le seul prénom qui te vient en tête ? Vraiment ?
Draco tritura ses doigts.
– Merlin aussi était à Serpentard, ajouta Harry, plus sérieusement. J'imagine que pour accomplir de grandes choses, il faut d'abord savoir penser un peu à soi, puis aux autres. Ton père est... un criminel, c'est vrai. Et je ne chercherai jamais à justifier ces actes, mais... Ces derniers jours j'ai appris que pour vaincre son ennemi, il fallait avant tout le comprendre. C'est comme ça qu'on finit par le rendre plus faible. Ton père suit sa propre logique, ses propres fondements. Il croit sincèrement qu'en éradiquant tous les nés-moldus, le monde sera meilleur pour toi et ta famille. Je ne sais pas d'où ça vient, mais... ça ne peut pas uniquement être lié à son éducation, non ? Parce que si c'était juste ça, toi aussi tu y croirais dur comme fer. (Harry lui attrapa la main) Tu devrais plus te focaliser sur les différences qui existent entre ton père et toi, plutôt que sur vos ressemblances. C'est ce Draco-là que je préfère. Celui qui reste sûr de lui.
– Je ne suis plus sûr de rien. J'ai... très, très peur. Que se passera-t-il quand je rentrerai chez moi ? Qu'est-ce que je vais trouver là-bas ? Et puis, à Durmstrang, ils ont forcément entendu parler de Tu-Sais-Qui. Au moins un peu. S'ils apprennent que je suis le fils d'un Mangemort, ils essaieront sans doute de... de m'entraîner dans la magie noire. Je déteste la magie noire, Harry. Je n'ai pas envie qu'on me force à l'apprendre.
– À ta place, je ferais tout pour la connaître par cœur, rétorqua son meilleur ami. Au moins, si tu connais les maléfices, tu pourras les déjouer plus facilement.
Draco l'observa un long moment. Il aurait tant voulu que ce voyage en train ne s'arrête jamais, qu'ils puissent s'enfuir quelque part tous les deux sans que personne ne les rattrape.
– Je penserai à toi tous les jours, avoua Draco avant de se fustiger mentalement d'avoir dit une chose aussi stupide.
– Moi aussi, formula simplement Harry avant de le serrer dans ses bras. Ça va faire bizarre sans toi.
Ils restèrent dans les bras l'un de l'autre un peu trop longtemps pour que cela soit juste amical, ce qui provoqua un léger sourire chez Draco.
– Je vais aller me préparer, dit Draco. On va bientôt arriver et il ne faut surtout pas que ma mère m'aperçoive près de toi. Ça la rendrait folle.
À contrecœur, Harry le regarda s'éloigner et quitter le compartiment. Il resta là un moment, ne sachant absolument pas quoi faire. Il avait beau se le répéter depuis des mois, Harry n'arrivait pas à réaliser que son meilleur ami serait désormais à des milliers de kilomètres de lui. Il se releva lentement puis alla rejoindre sa place auprès de ses amis.
Draco avait littéralement disparu, emmenant avec lui sa chouette et ses affaires. Hermione semblait au bord des larmes et Ron avait un teint effroyablement blafard. Par la fenêtre, les immeubles se rapprochaient, signe que Londres n'était plus très loin. Lorsque le train ralentit pour entrer en gare de King's Cross, Harry songea que jamais il n'avait eu aussi peu envie de descendre.
Il se demanda même ce qu'il se produirait s'il refusait obstinément de quitter sa place jusqu'à la rentrée. Est-ce que ses amis feraient de même, le suivant dans un de ses nouveaux délires ? Pourtant, tel un automate, il attrapa sa malle ainsi que la cage de Hedwige et descendit du train. Sur le quai, certains élèves bondissaient dans les bras de leurs parents. Les Weasley étaient là au grand complet. Charlie se balançait sur la pointe des pieds et adressa un sourire complice à Ron.
– Tu n'es pas en Bulgarie ? s'étonna son petit frère.
– J'ai deux semaines de vacances. Les dragonnes sont en pleine couvée au début du mois de juillet, alors on a moins de travail que le restant de l'année. Je tenais à être là pour savoir si tu avais réussi tes BUSE, et Bill aussi. En plus, tu ne devineras jamais ce que...
Harry tourna la tête et aperçut Sirius qui se tenait non loin, un sourire radieux aux lèvres. Sans même s'en rendre compte, le jeune Gryffondor effaça la distance entre son parrain et lui, trop heureux de le retrouver. Le soir où il s'était rendu au ministère, il avait eu si peur qu'il lui arrive quelque chose. Jamais il n'aurait pu supporter de le perdre. Cette nuit lui avait fait prendre pleinement conscience que chacune de ses actions avait un impact sur ses proches. Maintenant, Harry ferait plus attention. Il ne voulait plus mettre qui que ce soit en danger par sa faute.
– Alors, mon grand, bon trajet ? Tout va bien ?
Harry acquiesça, une boule au fond de la gorge. Par-dessus l'épaule de Sirius, il vit Draco suivre sa mère, toujours digne et fière, vers la plate-forme de transplanage la plus proche et disparaître en un tourbillonnement de capes. Harry n'arrivait pas à trouver les mots pour exprimer ce qu'il ressentait, alors il se contenta d'adresser un faux sourire à Sirius avant de dire :
– Tout va très bien.
fin du tome cinq
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Voilà, voilà... La fin du tome 5. Ce volet n'est pas mon préféré à la base, mais j'ai adoré le réinventer. Je me suis prise au jeu et même si ça a été assez complexe, je pense avoir tout fait comme je le souhaitais. Ça va me faire tout drôle de devoir passer à autre chose, mais bon, le tome 6 sera normalement badass (ouais, juste ça les gars). J'en avais « brièvement » (lol) parlé sur mon groupe facebook il y a plusieurs jours, donc je vais faire un résumé pour ceux qui ne sont pas deçus en quelques points. Vive la loi du teasing.
Déjà, merci pour toutes les fiches personnages OC que vous m'avez envoyé ! Ça a été difficile de me fixer uniquement sur certains personnages. Ce qui m'a fait trancher c'était surtout leur ''viabilité'' dans le temps. Je veux dire, c'est cool d'avoir un perso avec un pouvoir original, mais il faut aussi pouvoir l'exploiter en-dehors de ça (ceci n'est qu'un exemple). Donc si je n'ai pas choisi votre perso, c'est surtout pour des raisons pratiques. Écrire c'est un exercice assez dur, donc transcrire certaines de vos idées dans un tel format était impossible (surtout qu'il y aura plein de nouveaux persos à gérer, mais pas trop non plus que vous soyez submergés)
Donc les OC retenus sont :
- Paavo Lohk (créé par TheDreamSpectral)
- Feodosyi Gregorovitch (créé par Cat240)
- Jaspe Leskovitch (créé par L.L.P.)
- Rabiah Tshespout (créé par Draconixia)
Je pense qu'ils ont tous les quatre du potentiel et pourront apporter une nette avancée à l'intrigue. J'ai un peu commencé à écrire sur l'un d'eux (je ne vous dirai pas lequel, héhé). Je ne vous dirai pas non plus quel type de relations ils entretiendront avec Draco (amis, ennemis, autres). Vous le découvrirez en lisant la suite, donc prévue dans un mois. En attendant, voici les fameux points de léger teasing sur la suite :
Mafalda Prewett (la cousine de Ron) et Charlie Weasley réapparaîtront dans le T6. Les souvenirs décrits dans la Pensine seront tous inédits et créés par mes soins. Le cours d'éducation sexuelle sera obligatoire pour tous sorciers de plus de 16 ans. Fergus Shacklebolt aura un rôle malgré la fin de sa scolarité à Poudlard. Il y aura du lemon (combien ? avec qui ? où ? je ne dirai rien). Les Serdaigle seront à l'honneur. Ron aura une histoire d'amour, mais pas avec Lavande. Le T6 s'appellera « Draco Malfoy et le charmeur de serpents ». Le T6 alternera entre le POV de Harry et celui de Draco (donc moitié à Poudlard, moitié à Durmstrang).
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J'anticipe vos questions (je sais, je suis une déesse) :
Question 1 : Avant qu'on me pose cette question : « Pourquoi les Mangemorts n'ont pas transplaner avec Harry comme l'a fait Fergus ? », j'y réponds ! Dans le T7, quand JKR étoffe un peu le transplanage, elle sous-entend qu'une personne peut être désartibulée si elle résiste physiquement ou psychologiquement pendant le voyage. Du coup, les Mangemorts pour être certains que cela ne sera pas le cas avec Harry, ils préfèrent opter pour une solution plus fiable qui est la cheminée. Puisque Harry fait relativement confiance à Fergus, son corps n'émet aucune résistance quand le Poufsouffle l'attrape pour s'en aller. Voilà, voilà. J'espère que ça se tient.
Question 2 : Comme dans le canon, Harry aura bien entendu accès à la totalité de la prophétie, mais dans le T6. Puisque Dumbledore l'a entendu, il sera capable de la restituer à Harry. Cependant, Voldemort connaîtra aussi cette prophétie, donc... ça change pas mal de choses.
Question 3 : Oui ! Le Felix Felicis de Fergus a très bien fonctionné ! Pas dans la mesure escomptée mais je peux vous le prouver en une seule phrase : personne n'est mort (hin, hin, hin).
N'hésitez pas à commenter sur vos attentes, suggestions ou pronostics du T6 ! Me poser des questions sur tout et rien. Je sais que j'ai pas été la reine des réponses aux reviews ces derniers mois... (lol, c'est le cas de le dire) Mais j'y ai porté une attention sérieuse. Généralement, je les lis même plusieurs fois avant de me lancer dans l'écriture de la suite ! Donc bon, ça part pas à la poubelle, quoi.
Bisou, bisou,
On se revoit dans un mois, donc (snif). Promis, ça passera vite !
