Posté le : 13 Décembre 2015. Un mois est passé si vite !


Réponses aux reviews anonymes :

L.L.P. : Oui, Jaspe a été sélectionné ! Sa fiche perso m'a tapé dans l'oeil et j'ai déjà une idée de ce que je pourrai en faire. J'ai hâte de le voir intervenir dans l'histoire et merci de ta participation.

Monster : Draco sera relativement mis au courant de ce qu'il se passe à Poudlard, puisqu'il restera en contacts avec certains élèves. Mais évidemment, certaines choses lui échapperont aussi. La relation entre Blaise et Théodore sera plus explicitée dans ce tome.

Cat240 : Yep, on passe direct à la rentrée sans la phase vacances ! De toute façon, dans le tome 6 de JKR, l'été aussi est très court (et ça m'arrange car ce n'est pas une phase que j'aime particulièrement). Sinon, Théodore sera un personnage clef de ce volet.

Joanne : Tu en sauras plus sur l'état de Ombrage dans plusieurs chapitres ! Pour l'instant, je ne peux encore rien dire. C'est mieux de garder la surprise.

Guest : Le fait que les Shacklebolt soit une famille de télépathes est justement pas un secret. C'est connu de tous, ça fait partie des dons familiaux (comme Blaise et le feu). Dès le début du T4, il est dit que Fergus a des dons particuliers et c'est mentionné à plusieurs reprises. Donc oui, toute la communauté magique le sait, c'est juste que sur le coup, les Mangemorts l'ont oublié.

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Note d'auteur : Nous y voici. Le tome 6. Je n'arrive pas à y croire parce que, jusqu'ici, je n'ai pas eu une seule panne d'inspiration pour cette fanfic (ce qui en soi est un miracle). J'avais vraiment hâte de poster, donc là, je suis aux anges ! Bref, bonne lecture à vous tous et à la prochaine.


Tome 6 : « Draco Malfoy et le Charmeur de Serpents »

''Il n'y a pas de bons ou de mauvais choix. Il y a seulement des choix raisonnables et d'autres plus faciles à faire.''

Chapitre 1 : « À bord du Poudlard Express »

Draco Malfoy ferma sa malle, certain cette fois-ci de n'avoir rien oublié. Sur son lit s'étalait la Une de la Gazette du Sorcier datée de la veille. Le 31 Juillet de cette année avait été particulièrement humide. Des trombes d'eau avaient éclaboussé le pays tout entier, repoussant sorciers comme moldus à l'abri de leur maison. Un pont construit il y a moins de dix ans s'était écroulé au cœur de Londres, précipitant dans sa chute plus d'une douzaine de voitures ainsi que plusieurs piétons. Vingt-cinq moldus avaient trouvé la mort, sans que quiconque ne puisse rien y faire. Sans parler des crimes atroces – et encore inexpliqués – qui avaient ôté la vie à des citoyens discrets et ordinaires...

Les yeux gris de Draco tombèrent sur la photographie d'un ouragan exceptionnel déchirant la façade d'une demeure comme s'il ne s'agissait que d'une maison de poupées. Ce n'était qu'une photo truquée, celle que les Oubliators – membres de la brigade de réparation des accidents de sorcellerie – avaient communiqué au gouvernement moldu. Comment leur expliquer que ces importants dégâts humains et matériaux étaient dus à un défoulement de rage de la part des géants ?

Une brume glacée inhabituelle semblait prévue jusqu'à la fin de la semaine. Draco savait très bien qui en était à l'origine : à leur plus grande joie, les détraqueurs échappaient désormais au contrôle du ministère. En fait, jamais il n'avait vécu un mois de juillet aussi long, et aussi pénible. Généralement, le jeune Gryffondor profitait de son retour de Poudlard pour voler sur son balai magique, rendre visite à Blaise, qui avait emménagé non loin de là deux ans auparavant, ou encore faire quelques escapades dans le village moldu voisin.

Pourtant, rien de tout cela n'était possible à présent. En plusieurs semaines, il n'avait pas mis un pied dehors, et sa mère s'arrangeait pour que leur elfe de maison le surveille en permanence. Dobby faisait de son mieux pour rendre cette atmosphère moins pesante. Mais Draco se sentait pris au piège, limité. Il n'avait même pas le droit de contacter ses amis pour leur dire ce qu'il se passait. Draco savait bien que Hermione et Ron ne le mettraient jamais dans une situation compliquée en lui envoyant du courrier. Alors, quand le manque se faisait trop grand, Draco observait de longues minutes la photo de classe de cinquième année. Il était très content de l'avoir achetée au bureau de MacGonnagal.

C'était étrange parce que tout ceci ne semblait pas si loin, et pourtant trop de choses avaient déjà changé. Par exemple, il ne se rendrait pas à Poudlard à la rentrée, car ses parents l'avaient inscrit à Durmstrang, l'institut privé réservé aux grandes familles de sorciers. Draco était très angoissé à l'idée de s'y rendre. Même s'il avait déjà eu l'occasion de visiter cette école au cours du Tournoi des Trois Sorciers, là, tout sera différent. Il suivra les mêmes matières que les autres, changera d'uniforme et de statut, devra apprendre peu à peu une autre langue et se faire de nouveaux amis...

A cause de ce stress, ses nuits avaient été effroyablement courtes. Tant et si bien, qu'au matin du 1er août – jour de sa rentrée scolaire – Draco arborait d'affreux cernes grisâtres. À Durmstrang, l'automne commençait dès les premiers jours du mois d'août et il était habituel d'y débuter l'année scolaire. Celle-ci s'achevait courant mai, dès que les températures se mettaient à augmenter considérablement. Sa mère, Narcissa Malfoy, lui avait acheté une brochure complète à ce sujet ainsi qu'un exemplaire de Guide des Écoles de Sorcellerie en Europe. Le tout était soigneusement rangé dans sa malle, que Dobby fit léviter en claquant des doigts. Le jeune sorcier et son elfe de maison descendirent les escaliers et Draco tenta de se remémorer chaque détail du manoir car il savait qu'il ne le reverrait pas avant longtemps.

Sa mère avait été claire : Draco ne retournerait pas chez lui pendant les vacances de Noël, car elle estimait le climat actuel bien trop dangereux. Il était capital, selon elle, d'éloigner son fils aîné le plus loin possible. Pendant un moment, Draco pensa que c'était sans doute une astuce pour qu'il soit hors de portée et inaccessible à la folie qui sévissait chez les Mangemorts. Même si son père avait réussi sa mission en rapportant la prophétie à son maître, Lucius était actuellement prisonnier à Azkaban. Narcissa était terrifiée à l'idée qu'on demande alors à Draco de prendre la relève et passa tout le mois d'août à filtrer chacune des visites qu'ils reçurent.

Mrs Malfoy était plantée en bas des escaliers, tenant son cadet plein de fougue entre ses bras. Le petit Mercutio, né deux étés auparavant, braillait d'impatience et s'époumonait en espérant que sa mère le relâche. Depuis que leur père n'était plus là, le caractère déjà difficile de Mercutio avait empiré. Draco éprouva quelques scrupules à l'idée de laisser sa mère seule, gérer toute cette situation. Pourtant, il savait que sa place n'était pas ici. En fait, Draco se sentait même reconnaissant de se voir épargner tout ce chaos. Sa mère lui adressa un maigre sourire auquel il répondit.

– Tout est prêt ? (Il acquiesça) Si tu as oublié quelque chose, je te l'enverrai par la poste, d'accord ? Nous sommes pile à l'heure. Tiens, entre dans la cheminée. Tu sais ce que tu dois dire ?

Il hocha de la tête. Draco attrapa une généreuse poignée de Poudre de Cheminette après s'être faufilé dans le majestueux foyer éteint recouvert de cendre.

– Port de Stale-on-Peerghton, formula-t-il.

Draco jeta la poudre à ses pieds et il se sentit tournoyer sur place. Plusieurs flashs aveuglants lui agressèrent la vue, puis, tout à coup, il se retrouva sur un énorme bûcher rougeoyant de flammes. Même si ces dernières étaient hautes et pourléchaient sa silhouette, Draco ne ressentait strictement aucune douleur. Il contempla les alentours : le bûcher – haut d'un mètre et demi – se trouvait au milieu d'un port animé et fréquenté par des sorciers aux allures modestes. Plusieurs bateaux de volumes différents étaient amarrés, ondoyant sur l'eau agitée.

– Bon, tu descends de là ? grogna un sorcier en marinière qui l'attrapa par le col. Allez, du balai. Tu bouches l'arrivée des autres !

Une seconde plus tard, sa mère apparut, tenant fermement dans ses bras son petit frère qui hurlait toujours. Draco tendit une main secourable à Narcissa et l'aida à dévaler le bûcher en feu. Dobby arriva le dernier, avec sa malle et la cage de sa chouette Elektra.

– Nous sommes attendus au quai numéro 4, prononça Narcissa en observant le décor avec un mépris à peine dissimulé. (Des sorciers remplissaient des barriques de poissons et d'autres faisaient de la vente à la sauvette) Le départ est prévu dans vingt minutes. Dépêchons-nous.

Sur le chemin, plusieurs personnes les dévisagèrent d'un air craintif. Draco savait très bien ce qui se tramait dans leur esprit : ils étaient une famille de Mangemorts réputés. Cependant, il fit comme si rien de tout cela ne l'affectait et suivit sa mère d'un pas décidé. Le quai numéro 4 ne fut pas bien difficile à trouver : il était sans doute le plus imposant de tous.

Une poignée de sorciers, quasiment tous richement vêtus, attendaient dans un calme religieux. Le navire qui devait les conduire à Durmstrang n'était pas encore là : un large carré d'eau s'étalait entre les quais 3 et 5, pourtant bondé. Draco était étonné de voir aussi peu d'élèves, et se demanda ce que cela présageait pour la suite. En tournant la tête, Draco reconnut aussitôt Mafalda Prewett, la cousine de Ron. Elle le fixait de ses yeux marron espiègles, dégustant une plaisanterie connue d'elle seule.

Assise sur une malle trois fois plus petite que la sienne, elle se limait les ongles avec sa baguette magique. Draco avait quasiment eu le temps d'oublier Mafalda, qui pourtant leur avait fait visiter Durmstrang lors de leur quatrième année. Au fond de lui, il se sentit rassuré à l'idée qu'elle soit là et qu'ils feraient sans doute le voyage ensemble.

Sa mère jeta une œillade agacée à l'immense horloge du port et, tout à coup, l'eau se mit à bouillonner. Un mât, puis des voiles, puis une coque et des rames apparurent progressivement, émergeant des profondeurs des océans. Le navire s'arrêta net au quai qui lui était réservé et un ponton de bois se déroula magiquement pour relier le bateau à la passerelle principale. Aussitôt, les élèves dirent au revoir à leurs parents sans grande effusion de joie, et grimpèrent à bord avec leurs bagages.

– On... On ne fait pas l'appel ? s'étonna Draco. On ne demande pas qui est nouveau ?

– Je ne crois pas, devina Narcissa tandis que des jumeaux aux regards austères leur passaient devant. Vas-y, mon chéri. Surtout, ne te fais pas remarquer. Obéis à leur règlement et apprends tout ce qu'ils voudront t'enseigner. (Mrs Malfoy le serra dans ses bras après avoir déposé un baiser sur chacune de ses joues) Tu vas me manquer, Draco. Écris-moi.

Draco attrapa sa malle et la cage de sa chouette avant de se diriger vers le pont. Tout pesait extrêmement lourd et personne ne semblait vouloir l'aider. Il comprit très vite pourquoi les autres élèves n'étaient venus qu'avec des sacoches ou des petites valises... C'était bien trop dur de grimper à bord avec quelque chose d'aussi lourd ! Sa mère s'apprêtait à lui donner un coup de pouce en allégeant sa valise grâce à un sort quand un élève déjà en uniforme s'interposa :

– Non, dit-il d'une voix grave. Pas d'aide et pas de magie. Il doit y arriver tout seul. Une place à Durmstrang se mérite dans la douleur.

Épuisé, Draco finit par lâcher sa malle qui glissa lentement, insidieusement, jusqu'en bas de la passerelle. Sur le pont du bateau, plusieurs élèves ricanèrent. Draco se mordilla la lèvre et essaya de faire fonctionner les rouages de son cerveau. Que ferait Hermione à sa place ? Draco décida de d'abord déposer la cage d'Elektra sur le pont du bateau, pour avoir ainsi une plus grande liberté de mouvement.

Il dénicha une corde et descendit la passerelle afin d'attacher sa malle avec et de créer des sangles. Même s'il tirait de toutes ses forces pour que son bagage grimpe de quelques centimètres, cette technique semblait au moins être bien plus efficace. Quand il atteignit enfin le pont avec sa malle, Draco se sentait incroyablement essoufflé. Il resta plusieurs minutes au sol, les bras en croix, dans l'indifférence la plus totale. Plus jamais il ne viendrait avec autant d'affaires à l'école. Plus jamais.

– Mettez vos uniformes ! cria une voix sèche et sans appel. Nous allons bientôt reprendre le voyage !

L'élève de tout à l'heure renversa au sol une corbeille remplie d'uniformes tout à fait semblables. Les élèves se dépêchèrent d'en attraper un et se déshabillèrent sur le pont, face aux regards acérés des plus anciennes recrues. Même les filles, pourtant peu nombreuses, n'hésitèrent pas un seul instant à enlever leur pantalon et leur tee-shirt, se retrouvant alors en sous-vêtements. N'y avait-il pas de cabines ?

Draco aurait voulu poser la question, mais n'eut pas la bêtise de se faire remarquer davantage. Il enleva ses vêtements un à un, en les pliant soigneusement malgré la moue désapprobatrice d'une fille d'environ dix-huit ans qui l'observait faire en se retenant de rire. Dès que Draco enfila sa tunique marron et rouge, celle-ci s'adapta aussitôt à sa morphologie, se resserrant et s'élargissant à certains endroits.

– Je m'appelle Andreas Gregorovitch, de septième année, prononça l'élève quand ils furent tous habillés. Je suis chargé par le directeur de vous emmener sain et sauf jusqu'à Durmstrang. Ceux qui contesteront mes ordres ou auront une attitude déplaisante au cours du voyage, je les passerai moi-même par-dessus bord. C'est clair ? (Draco écarquilla des yeux : il n'y avait pas d'adultes sur ce bateau ? Pas de sorciers compétents ?) Nous allons faire la grande boucle : nous avons commencé par le port de Calais, en France, puis nous sommes remontés jusqu'ici. Nous allons désormais reprendre le parcours vers la Belgique, les Pays-Bas et l'Allemagne. Des élèves nous attendent là-bas. Plus nous avancerons, plus nous serons nombreux dans l'équipage et la traversée en sera facilitée. On annonce beaucoup de vent pour la nuit, alors gardez l'œil ouvert. La marée peut être traître. Une fois en Allemagne, nous nous arrêterons une dernière fois au Danemark pour enfin rejoindre la Norvège. Si les vents nous sont favorables, nous pouvons y être d'ici une semaine...

– … Mais, les cours auront déjà commencé, s'enquit tout bas Draco.

Malheureusement pour lui, Andreas avait une ouïe excellente car il se retourna et le fixa d'un œil mauvais avant de dire :

– La traversée est un apprentissage, et si ton dossier est aussi bon qu'il n'y paraît, tu n'auras aucun mal à rattraper les cours que tu as manqués. Personne n'est exempté. Peu importe d'où on vient et qui on est. Maintenant, si c'est déjà trop dur pour toi, Princesse, je crois que ta mère t'attend encore sur le quai. (Andreas s'adressa aux autres tandis que Draco rougissait de honte) Vous savez ce que vous avez à faire. Mafalda, montre à l'autre empoté comment se servir de ses dix doigts.

– Avec plaisir, ronronna la cousine de Ron qui semblait brûler d'impatience. Viens.

Elle attrapa Draco par le bras sans ménagement et le tira vers la grande voile.

– Tu devrais éviter de provoquer Andréas, dit-elle en desserrant un nœud complexe.

– Je ne l'ai pas provoqué ! s'insurgea Draco, à mi-voix. Je... J'avais juste une question.

– On n'est plus entre anglais, maintenant, rappela Mafalda. La plupart des élèves viennent de pays de l'Est, avec une mentalité, une éducation et un sens de l'humour tout à fait différents des nôtres. Tu dois faire preuve de tact, avec eux. Je t'assure que Andreas est un agneau à côté de certains, alors méfie-toi avant de parler à tort et à travers. Tiens, prends ce bout de corde, on va devoir tirer.

Autour d'eux, tout le monde semblait être en position. Les plus âgés avaient leur baguette magique brandie vers la grande voile et attendaient le signal de Andreas Gregorovitch. Tout à coup, ce dernier cria quelque chose en russe et tout le monde se mit à travailler en même temps pour manœuvre le navire.

Les rames s'agitèrent en sens inverse, laissant supposer la présence d'autres élèves en cale le gouvernail fut tourné à bâbord les voiles furent déployées comme les ailes d'un oiseau dès qu'ils furent suffisamment éloignés de la berge. Sur le quai, Draco remarqua que très peu de parents étaient restés jusqu'à leur départ. Sa mère était là, lui adressant de brefs signes de la main.

– Mon père n'est pas venu, dit Mafalda. Il ne vient jamais de toute façon. La plupart des élèves de Durmstrang pensent que ceux qui viennent avec leurs parents sont des faibles. Moi, je pense que ça doit être formidable d'avoir quelqu'un près de soi à un moment pareil...

Draco se souvint alors que la mère de Mafalda, une sorcière assez puissante, avait été brutalement assassinée lors de la précédente guerre. Il lui envoya un sourire, reconnaissant du fait qu'elle ne profite pas d'une nouvelle occasion pour l'enfoncer. Subitement, les élèves de septième année agitèrent leur baguette magique et des rafales de vent en jaillirent, gonflant la voile principale. Le bateau prit aussitôt de l'élan et Draco dut se cramponner à une rambarde pour ne pas tomber à la renverse. Mafalda éclata de rire :

– Courage, Draco, plus que six jours à tenir !

La côte semblait déjà loin. Peu à peu, le navire prit son rythme de croisière, dépassant même de petites embarcations moldues.

– Ils ne nous voient pas ? s'étonna-t-il alors qu'un rafiot de pêcheur était secoué par leur arrivée en trombe.

– Même pas, dit Mafalda en donnant du mou sur la corde. J'ai fait le voyage chaque année, et on n'a été vu qu'une seule fois, en Allemagne. Mais ça ne comptait pas vraiment : c'était juste un pauvre cracmol égaré.

Près d'eux, un autre groupe d'élèves de douze ou treize ans jetait un gigantesque filet par-dessus bord. Ils parlaient tous français, mais comprenaient apparemment l'anglais. Andreas déambulait de groupe en groupe, s'assurant que tout le monde était opérationnel à son poste. Mafalda et Draco faisaient des nœuds depuis une bonne heure quand Andreas décida qu'il était temps de cuire le fruit de leur pêche. Il rassembla tous leurs vêtements restés par terre et y mit le feu après les avoir déplacés dans une vasque en métal. Draco glapit d'effroi en voyant sa robe de sorcier de Tissard et Brodette, édition limitée, soie de jasmin, flamber sous ses yeux. Mafalda ricana.

– Ah, oui, j'ai oublié de te prévenir : on brûle nos anciens vêtements chaque année. C'est une tradition de l'école. On ne doit pas se focaliser sur les choses matérielles.

En effet, aucun autre élève ne sembla choqué de voir Andreas se servir de leurs vêtements comme combustible. Au contraire, ils paraissaient tous ravis, et certains se démenaient déjà pour vider les poissons.

– J'ose espérer que ce que contient ma malle restera intact, marmonna Draco, rageur.

– Mmh, oui. Enfin, si tu ne laisses rien traîner.

En voyant l'air choqué de Draco, Mafalda se mit à rire de plus belle, secouant sa crinière rousse comme le feu. Quand on les appela pour le repas, d'autres élèves prirent le relai à la station des nœuds et des poulies. Des poissons grillés reposaient sur des plaques incandescentes. Draco trouva ce plat très basique : on ne leur proposait pas de sel, aucun assaisonnement, et inutile de demander des couverts... Mafalda attrapa sa brochette, souffla dessus, puis mordit dans la chair tendre du poisson.

– Tu devrais essayer, dit-elle, la bouche pleine, lui faisant alors penser à Ron. C'est vraiment très bon.

Draco saisit un pic de brochette, ne voulant pas du tout passer pour quelqu'un de difficile, même si au fond il se serait bien gardé de manger une chose pareille. Le soleil était désormais haut dans le ciel, brûlant leur nuque. L'attroupement d'élèves autour du feu fit étrange à Draco : il ne reconnaissait pratiquement aucun visage, et se demanda même s'il arriverait à se rapprocher de certains d'ici la fin du voyage. Il avait un million de questions à poser, mais craignait que cela soit – encore une fois – mal interprété. Draco finit par arracher un morceau de poisson et le mastiqua lentement : cela n'avait presque pas de goût, hormis quelques notes de fumée.

L'ancien Gryffondor ne parvenait pas à comprendre comment des héritiers de prestigieuses familles sorcières pouvaient se contenter de si peu en ayant tout à leur disposition une fois chez eux. D'accord, ils n'étaient pas tous des sang-purs sur ce bateau. Il n'y avait qu'à voir Mafalda : son père était moldu et détestait la magie. Mais tout de même, c'était comme vivre dans un univers parallèle.

– Tu t'y feras, lança Mafalda, comme si elle pouvait lire dans ses pensées. Ça a été dur pour tout le monde à la première traversée. (Elle baissa la voix d'un octave) Tu vois, Andreas a beau faire le fier, il paraît qu'il aurait passé son premier voyage dans la cale à vomir ses tripes.

Draco sourit largement.

– La traversée... Elle sert à nous rendre solidaires ? devina Draco.

– Exact. Solidaires, mais aussi autonomes et respectueux de la hiérarchie. Seuls les plus âgés ont le droit d'utiliser la magie sur ce bateau, même en cas de danger. Une fois qu'on sera à l'école, le plus dur sera derrière nous.

– Vraiment ? interrogea Draco avec une lueur d'espoir.

– Mmh, si tu acceptes tout ce qu'on te demande de faire, il n'y aura aucun problème. À Durmstrang on tient beaucoup au règlement... Ron m'a dit que vous aviez pour habitude de l'enfreindre assez souvent à Poudlard, continua Mafalda. À ta place, je ne prendrais pas ce risque dans cette école.

– Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il se passe si on désobéit ?

– À Poudlard vous avez un système de points, non ? Des retenues avec des lignes à copier ou des trucs à nettoyer ? (Draco acquiesça) La fondatrice de Durmstrang ne croyait pas en tout ça. Elle disait que c'était anti-pédagogique et que les enfants ne retenaient rien dans ces cas de figure. Elle disait toujours que : « Le meilleur apprentissage se fait dans la douleur ». C'est la devise de notre école. Si tu fais quelque chose de grave, tu seras puni. Physiquement.

Draco écarquilla les yeux. Il avait du mal à y croire.

– Tu... Tu veux dire qu'on nous frappe ?

Mafalda haussa des épaules.

– Ce n'est pas si choquant que ça. Tu devais bien te douter que notre discipline de fer provenait de quelque part, non ? Moi, j'ai déjà été battue trois fois, dit-elle d'un ton banal en finissant son poisson grillé. Une fois avec une règle sur les doigts, une fois avec une gifle, une fois... Mmh, je ne sais plus ce que c'était exactement, mais c'était une branche, ça c'est sûr. Ne fais pas cette tête. Tout devrait bien se passer pour toi. Moi, j'ai du mal à retenir ma langue. Je suis trop insolente avec les enseignants.

Malgré lui, Draco esquissa un sourire. Il se demanda comment son meilleur ami aurait pu tenir à Durmstrang, alors qu'il supportait déjà mal le règlement de Poudlard...

ooo

Cela faisait déjà deux semaines que Harry Potter séjournait au Terrier. L'atmosphère n'y était pas joyeuse, contrairement aux années précédentes. Chacun vaquait à ses propres occupations, la mort dans l'âme. Un climat morose et pesant planait au-dessus de la maison, tel un nuage menaçant et insaisissable. Harry savait parfaitement à quoi cela était dû : depuis la fuite des détraqueurs, le pays tout entier semblait plongé dans cette contagieuse ambiance lugubre. Même le plus innocent des brouillards pouvait provenir de l'une de ces créatures des ténèbres. Molly Weasley, la mère de Ron, faisait tout son possible pour restreindre leurs sorties, craignant que des sorciers aux mauvaises intentions ne se dissimulent dans ce voile opaque.

Autrefois, quand Voldemort n'était uniquement qu'un nom redouté, Harry, Ron et ses frères s'amusaient dans le jardin au Quidditch, à tyranniser les gnomes, ou se rendaient parfois à pied jusqu'au village moldu de Loutry Ste-Chaspoule. Ce temps était désormais révolu. Cloîtrés entre les murs biscornus et humides du Terrier, Harry et les Weasley n'avaient plus vraiment d'occupations stimulantes sous la main. Sirius, qui était assailli de toute part avec ses missions pour l'Ordre, avait à peine eu le temps de lui parler depuis la fin de l'année scolaire.

Mr Weasley aussi s'absentait beaucoup, au grand dam de son épouse qui jetait des œillades nerveuses vers son horloge magique. Même Fred et George, pourtant de nature blagueuse, ne prenaient pas la situation à la rigolade. Harry, désormais âgé de seize ans, se sentait frustré d'être tenu à l'écart de l'action. Très tard la nuit, les membres de l'Ordre se réunissaient dans la cuisine faiblement éclairée et se chuchotaient des informations pendant des heures. Une fois, le jeune Gryffondor avait même aperçu Fergus Shacklebolt et Cédric Diggory accompagnés de leurs pères respectifs.

– C'est rageant, avait commenté Ron d'une humeur massacrante. Ils n'ont qu'un an de plus que nous et eux, ils ont le droit d'assister à toutes les réunions ! C'est complètement débile.

Harry avait hoché de la tête, approuvant avec amertume ses propos. Les deux Poufsouffle avaient décidé d'un commun accord de se consacrer à la lutte contre les forces du mal après leurs études. La tradition sorcière voulait qu'une fois les sept années d'enseignement effectuées, les jeunes sorciers se rendent à l'étranger pour un voyage. Néanmoins, ni Cédric, ni Fergus ne semblaient décider à quitter leur pays en pleine détresse. Évidemment, Fergus avait demandé à plusieurs reprises de ses nouvelles, restant même jusqu'à l'heure du dîner. Une fois, Harry l'avait surpris à jeter des regards pleins d'espoir vers la cheminée, comme si la jeune fille allait y apparaître sans prévenir. Les jours suivants, le Poufsouffle avait fini par s'admettre vaincu et se contentait généralement de soupirer en jetant des regards las par la fenêtre...

Hermione n'avait pratiquement pas donné de nouvelles de tout l'été. Ses parents moldus semblaient avoir senti les nombreux changements et hésitaient même à laisser leur fille unique retourner à Poudlard. Ils n'étaient évidemment pas les seuls : depuis quelque temps, des parents d'élèves affolés écrivaient à Dumbledore pour lui faire part de leurs inquiétudes. Harry – qui avait toujours considéré Poudlard comme une forteresse imprenable – ne comprenait pas qu'on puisse remettre en question le système de sécurité. Même Mrs Weasley, qui faisait pourtant preuve d'une confiance sans faille envers le directeur, commençait à émettre quelques doutes.

– Elle pense que Dumbledore devient vieux, avait soufflé Bill, par-dessus son bol de porridge un matin. Elle a peur que quelque chose lui échappe.

Bill et Charlie, les aînés de la fratrie, avaient séjourné pratiquement tout le mois de juillet au Terrier. Malgré les moments chaleureux passés ensemble, Harry se doutait bien que quelque chose de hautement plus important les retenait. Charlie était reparti quelques jours plus tôt en Roumanie, dans sa réserve de dragons, et Bill restait à Londres, gardant un œil sur Gringotts. D'après lui, les Mangemorts essaieraient bientôt de vider le plus de coffres forts possibles afin de dévaluer le gallion, la mornille et la noise.

– C'est très dangereux, tu sais, avait-il expliqué à Harry la veille. Si les Mangemorts réussissent à vider tous leurs coffres en même temps, Gringotts ne servira presque plus à rien et les gens s'affoleront. Beaucoup de familles très riches soutiennent Tu-Sais-Qui. Ça n'annonce rien de bon pour l'économie.

Harry avait alors sinistrement hoché de la tête, incapable de former un raisonnement cohérent. En fait, peu de choses avaient changé au cours du mois de juillet. Il avait fêté son anniversaire sans aucun panache, ses pensées tournées vers d'autres préoccupations... Depuis que le Poudlard Express les avait raccompagnés à Londres, Harry restait sans nouvelle de son meilleur ami.

Draco était parti pour Durmstrang afin d'y étudier pour sa sixième année. Harry peinait encore à se faire à cette idée, ne réalisant pas l'ampleur de la situation. Pour la première fois de sa vie, il ne serait pas dans le train avec Draco. Ils ne partageraient plus le même dortoir. Ils ne parleraient plus de Quidditch pendant des heures. Draco... ne serait plus là. Harry déglutit péniblement. Ses pensées entières étaient tournées vers lui, à ce qu'il pouvait faire en ce moment précis, à ce qu'il voyait, ce qu'il ressentait. Et plus Harry y réfléchissait, plus ses yeux s'humidifiaient. Il les essuya d'un geste pressé, plaçant alors ses lunettes de travers.

– Harry ? s'enquit la voix de Molly en bas des escaliers. Tu as du courrier.

Le Gryffondor fit immédiatement volte-face et dévala les marches. C'était peut-être des nouvelles de Draco ! Dans la cuisine, Ron et Ginny déchiraient déjà leur enveloppe. Harry se figea en reconnaissant le blason de Poudlard : jamais de sa vie il ne fut aussi déçu de recevoir une lettre de son école.

– Ce sont les résultats des examens ! s'écria Ron en dépliant la feuille.

– Super, dit Ginny. Je ne suis pas préfète. Je me demande qui remplacera D-... Oh, désolée Harry.

Le Survivant haussa des épaules, signe que ça lui était égal. Quand il finit enfin par décacheter son enveloppe, Harry parcourut avec lenteur son relevé de notes. Tout allait bien : il avait toujours su qu'il ne serait jamais reçu en Divination, et l'épreuve d'Histoire de la Magie avait été un fiasco puisqu'il avait perdu connaissance en plein milieu de la salle d'examen. Mais en dehors de ça, il avait été reçu partout avec un « Effort Exceptionnel », même en Potions ! Et mieux que tout, Harry avait obtenu un « Optimal » en Défense Contre les Forces du Mal.

– Ce n'est pas trop mal, marmonna Ron, les sourcils froncés. Au moins, j'ai validé les matières principales.

Harry s'approcha de la table, versant du lait dans son bol. A sa lettre de résultats était joint un prospectus concernant ses perspectives de carrières. Harry n'avait pas encore d'idée précise sur ce qu'il ferait plus tard, même si le Quidditch avait toujours été son domaine de prédilection. Il avait écrit à Olivier Dubois, sélectionné dans le club de Flaquemare après sa septième année en tant que gardien. Harry avait espéré obtenir quelques informations à ce sujet. MacGonagall avait été de son côté formel : les clubs sportifs préféraient les athlètes avec de bons résultats scolaires. De fait, Harry était contraint de garder au moins cinq matières à son cursus, par mesure de sécurité.

Ces vacances auraient pu être paisibles et heureuses, sans les récits de disparitions étranges et d'accidents bizarres que rapportaient les membres de l'Ordre. Parfois, ces derniers les informaient même de faits qui n'étaient pas encore parus dans la Gazette ! L'anecdote qui avait le plus marqué Harry était celle concernant Igor Karkaroff, l'ancien directeur de l'institut Durmstrang :

– Le corps de Karkaroff a été retrouvé dans une vieille cabane abandonnée, dans le nord du pays. La Marque des Ténèbres planait au-dessus, les informa Remus, la mine lugubre. Franchement, je suis même étonné qu'il ait tenu un an après avoir déserté leurs rangs. Si je me souviens bien, Regulus, le frère de Sirius, n'avait tenu que quelques jours...

Harry n'écoutait plus. Ses pensées étaient braquées vers Durmstrang. Il savait que le directeur avait été remplacé, mais il ne pouvait s'empêcher de ressentir une pointe d'inquiétude pour Draco. Il avait espéré recevoir du courrier, au moins pour son anniversaire... Mais personne n'avait eu des nouvelles de lui depuis qu'ils avaient fini l'année scolaire. D'humeur morose, Harry jouait avec ses céréales du bout de sa cuillère, sans grande conviction. Cette année à Poudlard serait effroyablement longue sans Draco. Avec qui parlerait-il de toutes ces choses qui lui pesaient parfois ? Qui le remettrait sur le droit chemin sans prendre de gants ?

Ron se glissa à ses côtés sur le banc de la cuisine, après avoir reçu les félicitations de sa mère. Cette dernière attrapa le dernier numéro de la Gazette avec une certaine appréhension : chaque édition comportait son lot de malheurs, et à chaque fois elle redoutait d'y voir le nom d'une personne connue. Mrs Weasley refusait ferme qu'ils se rendent sur le Chemin de Traverse pour acheter leurs fournitures scolaires. Depuis l'enlèvement de Ollivander et de Florian Fortârome, le climat s'était considérablement tendu. Harry éprouva beaucoup de peine en l'apprenant, mais la nouvelle avait l'air de prendre de court les membres de l'Ordre : si Ollivander fabriquait de puissantes baguettes pour l'autre camp, qu'en adviendrait-il d'eux ? Et Florian, songea Harry, le ventre noué. Comment son petit-ami prenait-il la nouvelle ? Il devait sans doute être dévasté...

Les semaines suivantes furent toutes aussi monotones et ennuyeuses les unes que les autres. Sirius lui rendait de temps à autre visite, affirmant qu'il ne pouvait pas le garder près de lui cet été compte tenu de ses nombreuses missions auprès de Dumbledore. Harry se sentait frustré d'être mis de côté alors que les adultes se battaient pour la cause. Malgré lui, il ne pouvait s'empêcher de leur en vouloir de le tenir ainsi à l'écart.

À l'approche du premier septembre, Harry fit sa malle. Il ajouta par-dessus le fond en désordre (livres éparpillés, fioles brisées, morceaux de parchemins vierges) les vêtements propres que lui avait lavés Mrs Weasley, puis boucla le tout. Le matin du départ fut plus tranquille que d'ordinaire. Peut-être était-ce dû au fait qu'il ne restait plus que Ginny, Ron et lui. Hermione les rejoindrait directement sur place... Hedwige avait été libérée la veille, pour pouvoir le rejoindre directement à Poudlard à tire d'ailes. Une escorte d'aurors les accompagnait, mettant Harry profondément mal à l'aise. Flanqué par un employé du ministère, il franchit la barrière compacte de la voie 9 ¾ et se retrouva entouré d'une multitude d'élèves, joyeux de se retrouver enfin. Harry repéra aussitôt les Granger. Hermione fit un dernier signe de la main à ses parents avant de s'approcher.

– Salut, Harry ! Tu n'imagines pas à quel point je suis contente de te revoir (Elle plongea dans ses bras, un sourire désarmant sur les lèvres). Tu as passé de bonnes vacances ?

– Ca peut aller. Mrs Weasley a refusé que je sorte.

Hermione acquiesça, comme si elle s'attendait à une telle réponse. Elle alla ensuite claquer deux bises sur les joues de Ginny et enlaça Ron. Pendant une fraction de seconde, ses yeux semblèrent chercher quelqu'un d'autre, puis elle se racla la gorge avant d'embrayer sur un sujet plus joyeux. Harry savait pertinemment qui elle cherchait. Lui aussi avait eu le réflexe stupide de trouver une chevelure blonde argentée dans la foule, en vain.

– On ferait mieux de trouver un wagon, informa Ron.

– Oh, allez-y, je vous rejoindrai plus tard. Je dois retrouver les autres préfets en tête de train, répondit Hermione.

– Ah, oui, j'avais oublié, dit Harry. Bon, alors... à plus tard.

Ils poussèrent leur chariot dans la direction opposée, tandis que Ginny les abandonnait pour retrouver quelques copines. Harry se fit la réflexion que le train semblait moins rempli que les autres années. Peut-être que certains parents avaient quelques scrupules à envoyer leurs enfants à Poudlard, maintenant que Voldemort était officiellement de retour. Ron aida Harry à faire grimper son énorme valise, puis ils firent des signes de la main aux Weasley restés sur le quai. La locomotive rouge à vapeur démarra, prenant peu à peu en vitesse.

– On devrait se trouver un compartiment, dit Ron au bout de quelques minutes. Sinon, il n'en restera plus pour nous.

Harry acquiesça, traînant sa malle derrière lui. Sur leur passage, des élèves n'hésitèrent pas à le dévisager, cessant même leurs conversations. Harry – qui n'avait jamais éprouvé le moindre plaisir à se retrouver sous les feux des projecteurs – fit comme s'il ne les voyait pas. Ron finit par trouver un compartiment vide quelques mètres plus loin et s'engouffra à l'intérieur. Il s'affala sur la banquette, exténué.

– J'ai hâte que le chariot de friandises arrive, coassa-t-il en se massant l'estomac. Bill m'a donné un gallion avant de repartir ! C'est la première fois de ma vie que j'ai autant d'argent, alors t'imagines bien que je vais me faire plaisir...

Harry lui accorda un sourire et ils commencèrent tous les deux à discuter de tout et de rien.

– Cette année, tu comptes continuer l'AD ?

– Oui, répondit Harry, fermement convaincu. On ne peut pas abandonner à mi-chemin alors que tout le monde faisait des progrès. Et je suis certain que Dumbledore sera d'accord pour nous donner une salle plus grande.

– Il faut qu'on se rapproche des autres maisons, déclara Ron, d'un ton résolu. D'accord, je n'apprécie pas particulièrement ces crétins de Zabini ou Smith... Mais avoir des contacts un peu partout sera bientôt utile, non ?

Harry s'apprêtait à répondre quand quelqu'un toqua contre le carreau de la porte. Il s'agissait de Dennis Crivey, le petit frère de Colin. Il n'avait pas beaucoup grandi depuis sa première année. Il tendait fièrement deux rouleaux de parchemin attachés d'un ruban violet.

– Du courrier pour vous, articula-t-il, avec une lueur de fierté dans les yeux.

– Pour moi aussi ? s'étonna Ron en attrapant sa lettre. Je me demande qui ça peut être... (Il balaya le contenu du message d'un air avide) Horace Slugorn ? Tu en as déjà entendu parler, toi ?

– Jamais, avoua Harry. Il a signé « Professeur Slugorn ». C'est sans doute celui qui remplacera Ombrage... Une petite collation dans son compartiment ? Ça ne me dit rien du tout.

– Je ne pense pas que ce soit trop mal, rétorqua Ron. Ça ne nous coûte rien d'aller voir ce qu'il nous veut, non ?

– Vas-y, dit Harry, blasé. Je n'ai aucune envie de m'y rendre. Tu me raconteras ?

– Tout dans les moindres détails, confirma Ron en se levant. Merci Niggle.

– Moi c'est Dennis, répondit l'autre.

– Ah, oui, c'est vrai...

Ils s'éloignèrent côte à côte et Harry se sentit extrêmement reconnaissant envers Slugorn : non pas pour l'avoir invité, mais pour lui avoir donné une excellente raison d'être seul. Pendant toutes les vacances il n'avait pas eu un seul moment de solitude à lui, comme si les Weasley redoutaient qu'il fasse quelque chose de stupide sans leur compagnie.

Par la fenêtre, la banlieue de Londres s'étalait encore à perte de vue. Harry savait que Hermione ne reviendrait pas avant la fin du voyage avec ses occupations de préfète. Il avait cependant hâte que Ron revienne pour tout lui raconter. Harry extirpa un magazine qui traînait entre deux coussins, sûrement abandonné par un élève à l'aller. Il le feuilleta d'un air distrait quand la porte du compartiment s'ouvrit à nouveau.

– J'ai dit que je ne voulais pas ven-...

Les mots se coincèrent dans sa gorge quand Harry tomba nez à nez avec Théodore Nott. Ce dernier se ratatina sur place, redoutant sa réaction.

– Ah, euh... C'est juste toi. Tu cherches quelqu'un ?

Théodore fit non de la tête.

– Je voulais savoir si, par hasard, j'avais le droit de m'assoir ici.

Harry déposa le magazine sur ses genoux puis hocha de la tête. Théodore referma la porte derrière lui et déposa la cage de son chat et sa malle dans le filet à bagages. Alors qu'il s'approchait dans la lumière du jour, Harry remarqua que Théodore portait des marques de coups un peu partout sur le corps.

– Tu n'es pas avec les Serpentard ? demanda Harry après de longues minutes d'un silence embarrassant.

– Ils... Ils ne m'adressent plus trop la parole, répondit Théodore, avec pudeur. Ils pensent que si je reste avec eux, tout le monde à l'école pensera qu'ils sont du côté des Mangemorts.

– Ce serait bête de penser comme ça.

– Pourtant, c'est ce que les autres s'imaginent depuis que la Gazette du Sorcier a révélé la vérité concernant mon père. Ils pensent que je savais tout depuis le début, et que je suis d'accord avec ses idées. Mais moi, j'ai toujours détesté la violence.

– Je sais.

La réponse était sortie toute seule, sans même qu'il n'ait eu à réfléchir. Théodore lui accorda un regard reconnaissant avant de chercher dans son sac de quoi grignoter. Harry lui trouvait un aspect bien plus maladif qu'auparavant, et il se demanda à quoi avait bien pu ressembler son été.

– Est-ce que tu as eu des nouvelles de Draco ? risqua Harry.

– Oui, il m'a écrit deux fois. Apparemment, il a dû traverser une partie de l'Europe sur le bateau de Durmstrang. C'est une sorte de tradition pour solidifier les liens entre les élèves. C'était assez dur parce que tous les jours il devait travailler, mais dans l'ensemble ça s'est bien passé. Il a aussi vu des monstres marins, et les dragons d'eau sont en pleine ponte de leurs œufs. D'après lui, c'est...

Théodore s'arrêta net, voyant la déception affaisser les traits de Harry.

– Il ne t'a pas écrit ?

– Il faut croire que non, articula Harry en ouvrant brutalement le magazine à une page quelconque.

– Peut-être qu'il attend le bon moment...

Harry préféra ne rien ajouter afin de ne pas davantage laisser transparaître sa déception. Même pour son anniversaire, son meilleur ami n'avait pas pris la peine de lui envoyer un message. Pas même un petit mot. Les années précédentes, Draco lui avait toujours fait parvenir de merveilleux cadeaux tous plus originaux les uns que les autres.

– Je suis certain qu'il n'a pas oublié, dit Théodore, comme s'il était capable de lire dans ses pensées.

Dans sa cage, le chat du Serpentard le fixa de ses énormes yeux vairons avant de disparaître. Harry entrouvrit la bouche de stupéfaction.

– Il... Il est parti ?

– Il n'allait quand même pas rester enfermé toute la journée, répondit Théodore sur le ton de l'évidence.

Harry se souvint alors de sa visite à la ménagerie magique du Chemin de Traverse en troisième année. Dean y avait acheté son corbeau appelé Ménard. Là-bas, beaucoup d'autres animaux semblaient avoir des capacités particulières : des rats qui sautaient à la corde, des crapauds qui changeaient de couleur, des tortues couvertes de rubis... Mais Harry n'avait pas souvenir d'un chat qui disparaissait en un clignement d'yeux. En fait, le chat de Théodore avait toujours été très différent des autres. Avec Pattenrond, Desdémone avait percé à jour le déguisement du faux Maugrey en quatrième année.

– Où est Weasley ? interrogea Théodore.

– Il est allé voir Slugorn, répondit-il d'un ton détaché.

– Slugorn ? Vraiment ? Il est ici ? C'est incroyable. Slugorn est un très grand sorcier. Tout le monde l'admire. Je sais qu'il avait dans son temps un club qui réunissait seulement les meilleurs élèves de l'école ! Ron doit être vraiment spécial pour qu'il veuille le voir.

– Slugorn a un club ? (Théodore acquiesça) Pour une fois qu'un enseignant reconnaît Ron à sa juste valeur...

Il ne put terminer sa phrase qu'un bruit d'explosion secoua le corridor. Théodore lâcha son paquet de biscuits rassis, les yeux exorbités par la panique. Harry sauta sur ses jambes, baguette au poing. Un épais nuage noir comme la nuit obstruait le carreau de la porte. Le Survivant hésita quelques secondes avant d'ouvrir. Le nuage sombre s'infiltra partout dans leur compartiment, comme une rafale de vent glacé.

– C'est eux ! C'est eux ! glapissait Théodore, terrorisé.

Lumos Maxima ! s'écria Harry.

Mais pas la moindre lueur ne perçait le nuage. Harry ne voyait rien, ne pouvait pas même discerner les contours de ses propres mains tant l'obscurité était tenace. Des bruits de pas résonnèrent.

– Qui est là ? vociféra-t-il, tournant sur lui-même.

BANG ! Quelque chose – ressemblant fortement à un poing – s'abattit au milieu de sa figure et Harry perdit l'équilibre. Peu après, le nuage noir se dissipa de lui-même. Il fallut une poignée de secondes à Harry pour s'habituer à la soudaine luminosité. Le coup l'avait comme assommé. Il resta là, les bras en croix, sa baguette magique toujours au creux de sa main.

– C'était une mauvaise blague, finit par dire Harry en se redressant sur ses avant-bras.

Tout à coup, il sentit un liquide tiède dégouliner sur son visage. Du sang. Harry essaya de l'essuyer, mais c'était comme si la blessure ne pouvait pas se refermer. Il chercha un mouchoir dans ses poches et constata que Théodore était toujours recroquevillé sur le sol, son chat Desdémone poussant de petits miaulements et tapotant son bras de sa patte avant.

– Ils sont partis, informa Harry d'une voix anormalement pâteuse. Théodore... Ça va ?

Le Serpentard tremblait de tout son long, comme s'il venait de vivre l'expérience la plus traumatisante de sa vie. Harry s'approcha et déposa une main réconfortante sur son épaule :

– C'était juste une blague, répéta Harry. Je suis certain que ce truc n'était que de la poudre instantanée du Pérou. C'est pas mal à la mode depuis cet été.

Théodore consentit enfin à lever les yeux vers lui.

– Et ton nez ? C'est aussi une blague ça ?

Une respiration haletante les força à lever les yeux. Ron se tenait debout dans l'encadrement de la porte.

– Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Tu vas bien, Harry ? J'étais avec Slugorn et les autres quand c'est arrivé. Il est parti à l'avant du train voir les préfets. Il est décidé à trouver les responsables. Je vais aller voir Hermione pour savoir si elle a vu quelque chose... Oh, et tu devrais faire quelque chose pour ton nez.

– Ouais, je devrais.

Et Ron repartit aussi vite qu'il était apparu. Harry n'avait pas la moindre idée de comment arrêter l'écoulement de sang. D'ailleurs, le temps d'arriver à Poudlard pour trouver Mrs Pomphresh, ce serait sans doute trop tard.

– Je connais un sort, formula Théodore, encore assis sur la moquette. Évidemment, ça ne marche pas à tous les coups, mais je peux toujours essayer.

Harry l'observa, méfiant. Que diraient les membres de l'Ordre s'ils apprenaient qu'un sorcier – d'autant plus le fils d'un Mangemort – lui proposait de soigner sa blessure ? Théodore ne lui laissa pas le temps de réfléchir qu'il sortit sa baguette de la poche intérieure de sa veste. Quoiqu'un peu tremblant, le Serpentard pointa sa baguette droit vers son nez et dit :

Episkey.

Harry ressentit une profonde chaleur et ce fut comme si tout rentrait parfaitement dans l'ordre. Son nez ne saignait plus.

– Je te remercie.

Par la fenêtre, Londres et ses environs avaient complètement disparu. La campagne anglaise faisait place en un enchaînement de prés, de champs et de bosquets fleuris. Harry avait du mal à comprendre qui avait bien pu faire une telle chose. Forcément des Serpentard. Ils adoraient terroriser les autres élèves, y compris les leurs. Harry espérait de tout cœur que Hermione résolve ce mystère et livre les responsables à MacGonagall dès leur arrivée.

– Tout le monde va bien ?

C'était Neville Londubat, son dévoué camarade de classe. Il était évident que Neville avait considérablement grandi au cours de l'été. Il n'arborait plus ce visage joufflu et lunaire. À présent, il paraissait plus âgé, plus sérieux et déterminé. Était-ce la conséquence du retour de Voldemort et de ses plus fidèles Mangemorts ? Harry songea avec un certain malaise que Neville devait désormais vivre avec la pensée abjecte que les criminels qui avaient torturé ses parents se baladaient tranquillement dans le pays.

– Tu crois qu'on arrivera dans combien de temps ? demanda Théodore.

Harry l'avait presque oublié.

– Une heure, je dirais.

Le reste du trajet fut étonnamment calme. Hermione et Ron les rejoignirent une quinzaine de minutes avant leur arrivée.

– Dean a été nommé préfet ! les informa-t-elle, joyeuse. Il fera un travail fantastique, j'en suis sûre.

Théodore fixait le sol, comme s'il espérait que les deux autres ne lui fassent aucune remarque désobligeante.

– Tu n'as toujours pas mis ta robe de sorcier ? s'étonna-t-elle. Dépêche-toi. On va bientôt arriver.

En effet, par la fenêtre la silhouette du château se dressait au sommet de la colline, propageant une ombre gigantesque sur le lac.

– On se retrouve dans la Grande Salle ? continua-t-elle. Je dois aider les premières années. Oh, et Harry... Tiens, regarde derrière toi !

Le Survivant fit volte-face. Par la fenêtre du train, un volatile tacheté de brun faisait des loopings, luttant contre le vent. C'était Elektra, la chouette de Draco ! Harry se précipita pour lui ouvrir et le rapace alla se poser sur la banquette, secouant ses plumes ébouriffées. Elektra tendit fièrement sa patte où un morceau de parchemin était enroulé :

Harry,

Je suis arrivé à Durmstrang depuis deux semaines, environ. Je ne sais pas combien de temps il faudra à Elektra pour qu'elle te trouve, mais j'espère que tu auras ce courrier avant ta rentrée. J'ai fait la traversée en bateau avec Mafalda, la cousine de Ron. C'était extraordinaire ! Je n'aurais jamais cru qu'autant de créatures magiques vivaient dans les eaux, tout près des moldus... Ici, il fait encore très chaud, mais Jaspe dit qu'il fera bientôt très froid. Jaspe occupe la chambre en face de la mienne. Il est dans la même classe que moi.

Les cours sont beaucoup plus compliqués qu'à Poudlard. Je n'ai plus métamorphose et ça me fait très bizarre. Ma mère m'a envoyé mes résultats des BUSE. J'ai eu deux Optimal : en Potions et en Sortilèges. C'est pas mal, non ? Et toi ? Je sais que j'aurais dû t'écrire plus tôt (surtout que Durmstrang est incartable). Mais je devais absolument attendre d'être loin de chez moi. Ma mère refusait tout net que j'essaie de te contacter.

Je n'ai aucune idée de ce qu'il se passe en Grande-Bretagne puisque la Gazette du Sorcier ne livre pas jusqu'ici. C'est atroce. En plus, nous sommes très peu à avoir de la famille là-bas. La plupart viennent de Russie, de Slovaquie ou d'Ukraine. Je ne me suis pas fait beaucoup de copains. Il y a Jaspe, évidemment, et Mafalda. En fait, les élèves sont très sérieux ici... Enfin bref, j'espère que tout va bien de ton côté, que ta cicatrice ne te fait pas mal. S'il se passe la moindre chose bizarre, écris-moi ! Vous me manquez déjà tous beaucoup. Hermione, Ron, Neville, toi, tous... J'aimerais tellement savoir me téléporter pour vous retrouver en un claquement de doigts. Mais bon, peut-être que ça arrivera bientôt.

S'il te plaît Harry, ne fais rien de dangereux ou stupide. Continue de suivre les conseils de Hermione (cette fille sait ce qu'elle fait). Et surtout, ne sois pas insolent avec Rogue (sans lui, Sirius serait probablement mort !).

Passe une bonne journée (ou soirée). Je pense à vous tous les jours,

Votre ami,

Draco

p-s : S'il te plaît, prends soin de ma chouette. Le voyage a été long et c'est la première fois qu'elle va aussi loin. Tu peux la garder plusieurs jours s'il le faut.

p-p-s : Dis à Ron que j'ai ma prochaine sortie scolaire à la fin du mois septembre. Nous allons visiter une réserve de dragons ! Et Mafalda lui envoie le pire baiser venimeux possible (Je crois que c'est sa façon de dire qu'elle l'adore)

p-p-p-s : Est-ce que tu as trouvé le mot que j'avais laissé dans ta malle avant les vacances ? Qu'est-ce que tu en penses ? Est-ce que tu me détestes ?

Harry fixa les derniers mots et les relut en boucle. Il avait envie d'ouvrir sa malle à la va-vite pour savoir de quoi son meilleur ami pouvait bien parler. Mais c'était inutile : le train ralentissait. Ils arrivaient enfin à Poudlard.

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Note : Le nom de Feodosyi Gregorovitch a été modifié par Andréas. Feodosyi était trop compliqué à écrire en permanence et le prénom ne me plaisait pas des masses. J'espère que Cat240 ne m'en voudra pas d'avoir changé l'identité de son personnage.

Les chapitres suivants seront plus courts. Ils alterneront soit avec le point de vue de Draco, soit celui de Harry. En tout cas, j'espère que ce premier chapitre vous a plu... uuurg, dites-moi oui ! N'oubliez pas que vous pouvez rejoindre mon groupe facebook « The Baba O'Riley » pour plus d'infos ou me déposer une mignonne petite review ! Bisou.