Chapitre 3 : Le Moine-Gras
Hermione avait passé les derniers jours à l'infirmerie. Ses blessures physiques étaient toutes guéries. Les mots «sang-de-bourbe» étaient encore rosés et facile à lire. Professeur Dumbledore ne lui avait pas encore redonné sa baguette. Le sort de confinement avait été retiré et elle avait eu la permission de circuler dans le château. La jeune femme devait retourner à l'infirmerie pour la nuit. Elle avait arpenté longuement Poudlard. Il n'était pas tellement différent du château qu'elle avait connu à son époque d'origine. Elle avait passé la plupart de son temps à la bibliothèque. Elle s'y sentait bien. L'odeur familière du parchemin et des vieux manuscrits avaient un effet apaisant sur elle. Concentrée pendant ses lectures, elle arrivait à oublier temporairement les évènements de la bataille de Poudlard. Par conséquent, la jeune femme avait dévoré les livres à une cadence ahurissante. Lorsqu'elle s'aventurait hors de la bibliothèque, elle marchait sans but précis dans les corridors. Ses pieds lui faisaient faire les rondes qu'elle avait faites des milliers de fois comme préfète. Régulièrement, ses yeux se remplissaient de larmes et sa gorge se nouait. Cette fois-ci, la douleur était si vive qu'elle tomba sur ses genoux. Paralysée, elle ne pouvait s'empêcher de revivre l'horrible nuit. Elle revoyait les éclairs de lumières vertes. L'odeur âcre de la fumé et du sang envahissait à nouveau ses narines. Hermione pouvait entendre le bruit du corps d'Harry s'écrasant lourdement au sol. Les genoux contre les pierres froides du château, elle n'arrivait pas à se relever.
Une brise fraiche attira son attention. Ses yeux étaient au même niveau que le bas de la robe d'un fantôme. Elle faisait face au Moine-gras. La silhouette fantomatique s'accroupit à sa hauteur et prit la parole :
- «Qu'est-ce que je peux faire pour vous?» demanda-t-il, l'air concerné.
- «Rien… Non… Je vais bien…» répondit difficilement Hermione.
- «En êtes-vous certaine Mlle? Je ne peux pas retirer votre peine, mais je peux vous proposer une oreille attentive. Partager son histoire peut être libérateur. Lorsque j'étais toujours vivant, beaucoup de gens venaient se confesser pour être entendus sans nécessairement vouloir l'absolution. Quel est votre nom?»
- «Hermione» répondit la sorcière incapable de parler plus
Voyant que la jeune femme ne pouvait pas parler plus il rompit le silence :
- «Voulez-vous que je commence en vous racontant mon histoire?»
Hermione hocha de la tête. L'homme corpulent reprit la parole :
- «De mon vivant, j'étais moine. Voulant faire sourire les moldus de ma communauté, il m'arrivait de faire sortir des lapin du calice lors de la messe.»
Hermione ne put s'empêcher de sourire en imaginant la scène. «Cela aurait sûrement rendu la messe plus intéressante quand mes parents me forçaient à les accompagner» pensa-t-elle. Le moine reprit la parole :
- «Ce n'est pas tout le monde qui partageait mon sens de l'humour et cela a attiré l'attention des dirigeants de l'Église. À l'époque, une épidémie de variole décima ma communauté. Je ne pouvais pas me résoudre à laisser mourir les paysans moldus alors que je savais comment les sauver. Alors, je les ai soignés en utilisant la magie. Rapidement, la rumeur selon laquelle je guérissais la variole en touchant les gens avec un bâton de bois se rendit aux oreilles des dirigeants qui me surveillaient déjà à cause des lapins. Ne comprenant pas la magie, ils ordonnèrent mon exécution. Je leur ai pardonné, car ils ne pouvaient pas comprendre la situation. Mon seul regret est de ne pas avoir sauvé plus des paysans. Si j'avais été plus prudent, j'aurais pu en soigner plus. Depuis ma mort, je réside au château pour apporter mon aide aux jeunes sorciers.»
- «Comment fait-on pour accepter de ne pas avoir sauvé plus de gens» demanda-t-elle?
- «Je ne l'ai pas vraiment accepté. Je pense qu'on peut juste comprendre que c'était impossible. On ne peut pas sauver tout le monde.» Il prit une pause pour observer attentivement la sorcière et poursuivit «Voulez-vous partager votre histoire?»
Hermione ne savait pas quoi répondre. La personnalité calme et chaleureuse du moine l'invitait à la confidence, mais elle ne savait pas encore ce qu'elle pouvait partager. Elle se contenta de lui dire que ses meilleurs amis étaient morts récemment. Il lui offrit ses condoléances et ils restèrent longuement assis sans parler. Elle se sentait plus calme et la fatigue commençait à se faire ressentir. Le soleil était presque couché. Le Moine-gras flotta doucement jusqu'à se retrouver debout. Il offrit poliment sa main à Hermione pour l'aider à se relever. Sans réfléchir, la jeune femme tenta de la saisir. Sa main passa à travers celle du moine et elle ressentit la sensation froide et désagréable qui accompagnait les contacts avec les fantômes. Ils marchèrent ensemble jusqu'à l'infirmerie en discutant de l'histoire du château. Le spectre lui raconta des anecdotes fascinantes sur Helga Poufssouffle. Elle l'impressionna avec ses connaissances sur l'histoire du château. Hermione avait lu tellement souvent L'histoire de Poudlard. C'était agréable de parler avec quelqu'un qui partageait son intérêt. Le moine lui souhaita bonne nuit avant de flotter silencieusement en direction du grand escalier.
Étendue dans son lit chaud, elle réfléchissait à ce que le moine lui avait dit. «Il est impossible de sauver tout le monde, mais je vais essayer de sauver le plus de gens possible» pensa-t-elle. Elle allait utiliser son voyage dans le temps pour modifier la suite des évènements. Elle ne pouvait pas rester sans rien faire alors qu'elle savait exactement ce qui allait se produire dans les prochaines années. Hermione ne pouvait pas être à nouveau le témoin impuissant d'horribles évènements. Elle devait réfléchir à un plan. Elle attendait toujours de reparler au directeur. Qu'allait-il lui dire? Qu'allait-il faire d'elle? Utiliser un saut dans le temps pour modifier l'histoire était un crime qui pouvait vous faire atterrir à Azkaban. Elle frissonna à la pensée de la terrible prison, car elle ne tenait pas à revoir des détraqueurs de plus près.
Mme Pomfresh vint lui porter sa potion de Sommeil-sans-rêve. Elle lui expliqua qu'elle ne pourrait pas lui en redonner le lendemain. Un usage prolongé de cette potion pouvait endommager de façon permanente sa capacité à rêver. Malgré ses nombreux questionnements, elle dormit profondément.
À son réveil, un parchemin identifié à son nom trônait sur sa table de nuit. Elle reconnut l'écriture d'Albus Dumbledore :
«Bonjour Mlle Granger, je vous invite à venir prendre le thé à dix-sept heures. Je vous attendrai à mon bureau. Je suis certain que vous savez où il se trouve. Le mot de passe est Suçacide. Reposez-vous bien, aujourd'hui, car nous avons des sujets extrêmement importants à aborder. Professeur Albus Perceval Wulfric Brian Dumbledore»
