Posté le : 22 Avril 2016. Merci à Elora pour la correction !
Mot de l'auteur :
La raison de mon abscence, bébé :
Pourquoi j'ai pas updaté depuis un siècle et demi cette fic ? La réponse est simple : La Vie. En gros, je sais pas trop si je l'ai expliqué, mais je suis en dernière année d'étude. Donc ça implique un dévouement presque monacal envers mon université. Et j'avais pas envie de m'éparpiller dans tous les sens avec mes bébés illégitimes (aka, mes fanfictions). Du coup, j'ai laissé tout ça de côté pour me focaliser sur des impératifs un peu plus sérieux on va dire. Ok, l'amour du zabnott (entre autre) passera toujours avant TOUT, mais faut pas déconner quand même hein... Je crois que certaines personnes ont du mal à comprendre que non, my name is not « robot fanfiction à la demande » et que vos reviews ne me nourissent pas à la fin du mois (snif (oui, je travaille à côté de mes études, les amis et c'est bien funky chouette)).
Cette séparation était nécessaire, et puis bon, vaut mieux un auteur qui prend son temps avec un chapitre qui tient la route, plutôt que de vous torcher un truc en une demi-journée juste pour vous filer votre came. Vous seriez dégoûtés et moi j'aurais honte. Zéro intérêt. Bref, maintenant, disons que j'ai toujours la montagne de boulot à faire (et je prends du temps pour répondre aux reviews et écrire cette note alors que je devrais PAS) mais l'histoire m'avait manqué... et puis bon, tant pis.
J'espère juste que vous serez au rendez-vous. Ça serait assez triste de mettre autant d'énergie dans ce chapitre pour qu'au final, vous ayez oublié l'histoire ou... que vous lisiez sans vous manifester par la suite. Je sais c'est ARCHI-CON et on rentre dans le même délire, mais quand on n'a pas écrit depuis longtemps, c'est encore plus tendu et y'a une forme d'attente des deux côtés. Je sais (par exemple) que si y'a que deux pleupleux qui me laissent un message à la suite de ce chapitre, je serai trop contente, mais aussi trop triste (késako?) parce que j'aurai l'impression d'avoir fait tout ça pour pas grand chose... Anyway ! En tout cas, je suis vraiment excitée à l'idée de publier ce chapitre. J'espère vraiment qu'il vous plaira et la balle est désormais dans votre camps !
La composition des chapitres, chéri, chéri :
Au début je partais dans l'idée de faire un chapitre avec le POV de Harry, puis le suivant avec celui de Draco. Mais en commençant à écrire, je me suis vite rendue compte que c'était irréalisable. Mais vraiment, quoi. Parce que le tome 6 a une trame chronologique un peu chelou avec tous les souvenirs qui s'insèrent. Parfois on saute un mois de cours, tranquille. Puis ensuite un chapitre équivaut à une journée (wtfff dumbledore ?). Et si je prends en compte le fait que Draco vit sa vie à son propre rythme, le gros danger sur le long terme c'est que Draco aurait été au mois de janvier (en terme de trame) et Harry au mois d'avril. Tu vois un peu le déséquilibre de dingue ? Donc du coup, leur POV s'entrelacent et c'est peut-être même plus intéressant d'un point de vue, mmh, narratif. Puis si t'es pas content, fuck les rageux (nan mais je déconne, pars pas, je t'aime bien, moi). Fin pour moi c'est logique à 200% et à la fin peut-être que vous serez d'accord avec moi. Peut-être.
Réponses aux reviews anonyme :
LunaNott : En fait, l'idée de cette fic provient de ma graaande copine x-Lilo qui écrit justement l'histoire de Harry à Serpentard (je te la conseille fortement parce qu'elle est trop cool). Et sur le ton de la boutade j'ai dit « pendant que t'écris la vie de Harry à Serpipi, moi je vais imaginer celle de Draconichou à Gryffon-dort, trololol, badaum tssk ». Bref, de la blague on est passé au concret et me voilààà. Le concept laisse pas mal de gens sceptiques, mais y'a aussi de grands fans et ça c'est trop de la bombe !
Azhara : Je crois que le fanclub de Théodore Nott s'est réunis au complet sur cette page. Rassure-toi, j'en fais partie ! Théo ne sera pas négligé du tout. D'ailleurs, c'est un peu (beaucoup) pour ça que j'en parle depuis le premier tome. Le sixième tome n'est pas du tout mon préféré, en fait. C'est même celui que j'ai le moins aimé. Donc je vais vraiment essayer de me faire plaisir de modifier tout ce dont j'ai envie.
Lucie : Oui, cette fanfiction aura bien une fin. Si je n'ai pas écrit depuis longtemps, c'est pour des raisons persos expliquées dans ma note d'auteur. Le projet n'est pas abandonné, loin de là. Merci des compliments et à bientôt j'espère.
Yume : Mmh, je vois pas trop de quels passages « confus » tu parles ? Vu que j'écris tout, j'ai du mal à m'en détacher. Mais, pour ma défense, une histoire de cette ampleur est très difficile à gérer et à expliquer. Surtout lorsqu'il s'agit du premier et du dernier chapitre de chaque tome... Enfin bref, j'espère que le prochain te paraîtra plus clair.
Loonie : Pour quelqu'un de plutôt refroidie par le HPDM, je dois dire que tu as vite changé d'avis ! Haha, c'est une bonne chose dans le fond. J'aime beaucoup ce pairing et les possibilités qu'il offre. Quant à Théodore, il aura un rôle bien à lui dans l'histoire. Pas de souci à se faire de ce côté là.
Monster : Dans les bouquins, JKR laisse sous-entendre que la discipline à Durmstrang est très rigide. Notamment quand elle montre comment les élèves n'osent même pas toucher leurs couverts sans qu'on leur en donne l'autorisation. C'est un exemple plutôt marquant. Après, cela reste ma propre interprétation...
Nakata : Pas de panne d'inspiration concernant cette histoire, mais juste énormément de boulot perso à côté qui m'ont empêché de m'y consacrer pleinement. Dans une ou deux semaines, je serai un petit peu plus libre donc j'ai hâte.
Sal : En effet, c'est très dur de tout réécrire... Disons qu'on ne peut pas rendre tout le monde content. Par exemple, certaines personnes voudraient que j'aille plus loin dans les détails de la trame. Mais bon, quel intérêt ? Sinon autant copier / coller les bouquins de JKR. C'est compliqué de trouver le juste milieu, mais j'essaie de tenir le bon bout ! Oh, et merci pour ta toute première review.
Adenoide : Oui, puisque Draco est loin de l'agitation en Angleterre, il n'aura pas à prendre la place de son père. Mais ça va au-delà de ça : à la fin du T5, Lucius réussit tout de même à donner la prophétie à Voldemort, donc même s'il restait dans les parages, Draco n'aurait pas été inquiété le moins du monde.
Fidjet : Je te remercie pour le petit message. Tu pourras enfin savoir ce que renferme le mot de Draco dans ce chapitre !
Bonne lecture à tous !
Tome 6
Chapitre 2 : « Un souvenir brumeux »
Furieux, Harry donna un coup de pied dans sa malle. Pour la première fois depuis son arrivée à Poudlard, il était déçu du banquet. Non pas à cause de l'ambiance ou de la nourriture, mais de l'annonce de Dumbledore : cette année, Rogue sera l'enseignant chargé de la Défense Contre les Forces du Mal. Cela ne lui avait jamais traversé l'esprit que le directeur des Serpentard puisse un jour quitter son cachot sombre et humide.
– Au moins, ce calvaire ne durera pas plus d'un an, relativisa Ron en enlevant ses chaussettes. En général, les profs ne restent jamais longtemps à ce poste. Sauf pour Lupin, mais ça... c'est une autre histoire.
Ron bâilla longuement puis s'étira après avoir déroulé son édredon. Neville était déjà en pyjama, sous sa couverture, à tourner les pages de son magazine de botanique.
Harry, tel un lion en cage, avait du mal à contenir sa colère. Il marchait en long et en large dans le dortoir en ruminant. Cette année s'annonçait véritablement catastrophique. S'il n'aimait pas autant le château, sa seule envie aurait été de refaire sa valise et de partir sur le champ. Mais Poudlard... Ah, Poudlard ! Tout ça lui manquerait bien trop. Défaitiste, Harry finit par s'asseoir sur son lit. Il passait son pull par-dessus sa tête quand Dean fit son arrivée. Le badge rouge et or des préfets étincelait sur son torse.
– Oooh, s'exclama Neville en se redressant tout net, félicitations !
– Ah, euh, merci, balbutia Dean, apparemment mal à l'aise.
Le nouveau préfet jeta une œillade prudente du côté de Harry, comme s'il redoutait une remarque de sa part, puis fila dans la salle de bain.
– C'est cool que Dean ait été nommé. Il fera du bon boulot, relativisa Ron. Bon, je suis claqué. Bonne nuit les gars.
– 'Nuit, dit son meilleur ami du bout des lèvres.
D'un coup de baguette magique, Ron tira les rideaux de son lit à baldaquin et Harry se sentit tout à coup très seul. Chaque première nuit à Poudlard, il la passait à discuter avec Draco de tout et de rien. Et là... Tout à coup, il se souvint de sa lettre : « p-p-p-s : Est-ce que tu as trouvé le mot que j'avais laissé dans ta malle avant les vacances ? Qu'est-ce que tu en penses ? Est-ce que tu me détestes ? » Harry bondit et se précipita vers sa malle se trouvant aux pieds de son lit. Généralement, Harry ne la vidait jamais, se contentant de la remplir de ses affaires neuves par-dessus les vieilles bricoles amassées depuis sa toute première année au collège de sorcellerie.
Il retrouva des suçacides, des paquets de cartes de bataille explosive et même des vieilles copies de sa troisième année. Au milieu de tout ce désordre, Harry réussit à mettre la main sur une enveloppe rigide à l'aspect solennel. Son nom avait été griffonné dessus et Harry reconnut aussitôt l'écriture de Draco.
Une drôle de sensation – un mélange de joie, de nostalgie et de vide – lui parcourut l'échine tandis qu'il se redressait. Le Survivant resta debout au milieu de la pièce et ne remarqua même pas Seamus qui traversait le dortoir avec la grâce d'un dragon de mer. Il déchira presque l'enveloppe après s'être allongé sur son lit et avoir tiré les rideaux.
Dès qu'il ouvrit la lettre, une photo glissa sur ses genoux : c'était Draco et lui, légèrement plus jeunes, à la Coupe du Monde de Quidditch. Ils étaient bras dessus, bras dessous, un sourire étincelant sur leur visage. Dès qu'il bougeait légèrement la photo, les deux adolescents se mettaient à éclater de rire, à s'ébouriffer les cheveux ou à faire apparaître le drapeau de la Bulgarie avec leur baguette magique. Harry resta un long moment à l'observer sous tous les angles, à se remémorer quand cette photo avait été prise. Tout semblait si flou, si lointain... Harry retourna le cliché et tomba sur un mot étonnamment bref et apparemment écrit à la hâte.
« J'irai droit au but, Harry. C'est déjà très dur d'écrire cette lettre, mais Hermione m'a dit que si je ne le faisais pas, je le regretterais, alors... Tu comptes beaucoup, beaucoup, pour moi. Je te l'ai déjà dit mais je ne crois pas que tu aies vraiment compris (ou peut-être que je t'ai fait peur)... Le problème, c'est que mon père est aussi un Mangemort et je ne sais plus où donner de la tête. Ça aussi, tu le sais déjà. Je voudrais juste que tu saches que je ne prendrai jamais les armes contre toi, que même si nous sommes éloignés, nous resterons amis. Je te protègerai toi, mais ma mère et mon frère sont maintenant ma priorité. Je suis en charge de la famille Malfoy maintenant. Ne m'en veux surtout pas. Draco. »
Incapable de bouger ou d'avoir la moindre pensée cohérente, Harry resta un long moment allongé, réalisant alors de plein fouet que Draco était parti.
Ooo
Le lendemain matin, Harry et Ron retrouvèrent Hermione dans la Grande Salle pour le petit-déjeuner. Le plafond enchanté était d'un bleu serein, parsemé de légers nuages effilés, à l'image des morceaux de ciel que l'on apercevait à travers les fenêtres anciennes. Pendant qu'ils avalaient leur porridge et œufs au lard, Harry ressassait le courrier de Draco et l'analysait sous toutes les coutures. Il se demandait si son meilleur ami lui cachait encore des choses ou si son message contenait une sorte de code secret, un élément qu'il ne pouvait pas révéler explicitement...
L'ambiance dans la Grande Salle était plus joyeuse que la vieille : les élèves finissaient de se retrouver et racontaient les derniers détails de leurs vacances autour d'un copieux petit-déjeuner. Seul Théodore Nott, mis à l'écart, ne semblait pas passer un bon moment. Assis en bout de table des Serpentard, il essayait tant bien que mal de se rendre le plus insignifiant possible.
– C'est étrange, dit Ron après un long moment de silence en regardant en direction des verts et argent. J'aurais pensé que Zabini n'aurait jamais tourné le dos à Nott. Il l'a complètement laissé tomber.
En effet, Blaise était installé – comme à son habitude – au milieu d'un groupe populaire de Serpentard. Pas une seule fois il ne glissa un regard en direction de Théodore, pourtant dans son angle de vue. C'était comme s'il craignait d'attraper une maladie particulièrement contagieuse à son contact.
– Blaise est un opportuniste, articula Hermione en s'essuyant la bouche contre une serviette. Il ne voit rien d'autre que ses propres intérêts. D'ailleurs, je me demande s'il a déjà considéré un jour Théodore comme son ami. Après tout, la seule chose qui les liait c'était Draco. Maintenant qu'il n'est plus là, Blaise n'a plus aucune obligation envers qui que ce soit.
– C'est triste, ajouta Ron. Les Serpentard manquent clairement d'esprit d'entraide...
Théodore finit par se lever avec son sac de cours en prenant bien soin que personne ne le remarque. Harry le suivit pourtant des yeux et nota qu'il prenait la direction du parc. Tous les sixièmes années ayant eu un Acceptable étaient les bienvenues en cours de Botanique. Draco, qui détestait se salir, avait été très emballé à l'idée d'abandonner la matière à la première occasion venue... Harry se ressaisit : il fallait vraiment qu'il s'ôte ce genre d'images de la tête.
Cette année, la distribution des emplois du temps s'avéra beaucoup plus compliquée pour les sixièmes années. En effet, chaque directeur de maison déambulait entre les grandes tables afin de vérifier qu'ils aient les résultats suffisants pour continuer l'enseignement en question. Si certains élèves – comme Hermione – n'eurent aucune difficulté à imposer leur choix au vu de leurs résultats exemplaires, l'entreprise fut plus ardue pour d'autres. Neville transpirait à grosses gouttes à l'idée de ne pas pouvoir poursuivre la métamorphose.
– Bien, Potter, à nous. (La directrice des rouges et or fit glisser son regard sévère sur son bulletin de notes) Vous avez eu de bons résultats aux B.U.S.E. J'ai été très satisfaite de voir que vous aviez décroché un Effort Exeptionnel en métamorphose. Et même en potions !
– Je... Je n'ai pas très envie de continuer à étudier les potions.
Minerva MacGonagal fronça des sourcils.
– Et pourquoi donc ?
Harry devait-il vraiment lui faire l'historique de sa relation avec Rogue et de son dégoût pour cette matière ? Que chaque séance était une nouvelle occasion de l'humilier publiquement ? Que parfois Harry entrait en classe la boule au ventre ? MacGonnagal dut déceler son air incrédule car elle ajouta :
– Je suis certaine que l'enseignement des potions différera cette année avec le professeur Slugorn. Ce serait dommage de se fermer à cette opportunité.
La directrice de maison lui transmit son emploi du temps et passa à celui de Ron, tout à fait identique au sien. MacGonnagal s'apprêtait à repartir quand elle revint sur ses pas :
– Ah, Weasley, j'allais justement oublier... (Elle glissa sa main dans l'une des poches de sa cape) Ceci est pour vous : je vous remets l'insigne officiel de capitaine de l'équipe de Quidditch de Gryffondor.
Dire que Ron était en état de choc était un euphémisme. Il semblait comme pétrifié sur sa chaise, les mains tendues vers l'insigne. Tous les élèves autour de lui tapaient bruyamment des mains et sifflaient en entamant l'hymne de l'école. Même Harry – qui pourtant était l'un des plus anciens joueurs de l'équipe avec Katie Bell – se sentait soulagé de cette décision. Au moins, cela lui faisait une responsabilité en moins. D'autant plus qu'il préférait le vif de l'action, et non pas la stratégie. Fin joueur d'échecs, encyclopédie sur pattes du Quidditch et analyste de pointe, Ron était le meilleur choix possible pour cette nouvelle équipe. Harry lui tapota affectueusement l'épaule.
– Alors, mon capitaine ?
L'air hagard, Ron continuait de fixer son insigne avec béatitude. Hermione déposa un bref baiser sur sa tempe et se dépêcha de filer à son cours d'Arithmancie. Alors que la table se vidait, Ron chuchota :
– Harry... Je... Je crois que ce qu'il se passe est magique.
Harry ouvrit grand les yeux.
– Bien sûr que c'est magique. On est dans une école de sorcellerie.
– Non, tu ne comprends pas. En première année, quand il y a eu le miroir du Risèd...
– Le miroir du Risèd ? Mais... Je ne l'avais montré qu'à Draco.
Ron rougit.
– Je vous ai suivis un soir. Je voulais savoir ce que vous fabriquiez et... et j'ai trouvé la salle moi aussi. Je me suis caché derrière la gargouille quand vous êtes repartis dans le dortoir. Puis je me suis mis devant le miroir. Et là j'ai vu que... (Ron semblait perdu dans ses pensées) ... J'ai vu que j'étais préfet-en-chef mais aussi capitaine de l'équipe de Quidditch. Le miroir est censé dévoiler nos désirs les plus profonds et c'est très, très, très rare qu'ils se réalisent. C'est pour ça que c'est magique.
Harry but d'un trait son verre de jus de citrouille. Il repensa à la conversation qu'il avait eu l'an dernier avec Draco dans la Salle sur Demande à ce propos :
« – Je me suis vu plus âgé, très heureux. Plus heureux en tout cas que je ne l'ai jamais été de toute ma vie. Je recevais l'Ordre de Merlin pour quelque chose de brave que je venais d'accomplir. Enfin, pas moi. Le moi dans le miroir, celui beaucoup plus âgé et beaucoup plus beau. Et puis tu étais là... Tu me souriais... Tu me tenais tout près de toi, comme si... comme s'il n'y avait que moi qui comptais réellement. Et, je... enfin, ça ressemblait à un rêve. Presque réel. (Draco sortit tout à coup de sa torpeur) Mais, je n'avais que onze ans, hein ! Donc j'ai dû imaginer la moitié des choses que j'ai pu voir ce jour-là.
– Alors tu as pensé que... qu'à l'avenir tous les deux nous...
– Oh non, interrompit brusquement Draco avec un rire gêné. Je ne suis pas stupide, quand même. Je te l'ai dit, Harry. J'ai dû, mmh, imaginer toutes ces choses. »
Ron pouvait-il avoir raison ? Les choses que l'on voyait dans le miroir pouvaient-elles se réaliser un jour, d'une façon ou d'une autre ? Lui, qui n'avait vu que ses parents, n'y croyait pas vraiment. Après tout, même avec l'aide de la magie on ne pouvait faire revenir les morts à la vie. Mais peut-être que le reflet du miroir évoluait avec le temps... Peut-être que nos désirs profonds changeaient avec l'âge. En mûrissant, sans doute Ron y verrait autre chose maintenant que son désir le plus profond venait d'être réalisé. C'était tout à fait logique.
Les deux garçons finirent par quitter la Grande Salle dont les centaines d'assiettes se vidaient par enchantement des reliefs des plats laissés par les élèves. N'ayant pas cours de la matinée, ils en profitèrent pour aller survoler le terrain désert de Quidditch. Au cours de l'été, Ron s'était considérablement amélioré : les techniques de confiance en soi distribuées par Hermione avaient porté leur fruit. Désormais, Ron semblait bien plus adroit avec un souaffle dans les mains et bloquait la majorité des tirs de Harry sans la moindre hésitation.
– Tu crois que les cours de Slugorn vont être sympas ? demanda Ron tandis qu'ils se lançaient la balle à travers l'anneau principal.
– J'en sais rien. Mais ça pourrait difficilement être pire que ceux de Rogue.
– Ouais, t'as raison. Dans le train, il avait l'air plutôt cool. Il m'a même filé plusieurs gâteaux.
Harry éclata de rire. Il plongea en avant avec son Éclair de Feu afin de rattraper la balle rouge d'extrême justesse.
– Ron Weasley, quand cesserez-vous de penser avec votre ventre ?
– Jamais ! rigola-t-il.
Le soleil était bien haut lorsqu'ils atterrirent sur le gazon frais. Balais sur l'épaule, ils remontèrent le chemin en direction du château. Des élèves de cinquième année revenaient des serres et un groupe de filles gloussa stupidement quand Ron passa près d'elles.
– Je crois que tu as du succès, mon vieux, chuchota Harry avec un large sourire.
– Tu crois ? s'étonna-t-il en se retournant avec la discrétion d'un éléphant.
Les filles pouffèrent encore plus fort et l'une d'elles fit tomber tous ses livres de cours après avoir piteusement jonglé avec deux manuels pour les rattraper. Ron bomba le torse tandis qu'ils entraient dans la Grande Salle remplie pour le déjeuner. Les derniers élèves au courant de la nouvelle félicitèrent le nouveau capitaine des Gryffondor et Ron sembla surpris que cette décision soit un véritable plébiscite.
– Bravo, Ron ! dit un élève de deuxième année qui lui arrivait au coude. J'ai toujours cru en toi.
– Ron ! Ron ! Tu signes ma cravate ? demanda un autre, les yeux humides d'espoir.
– C'est vrai que ton frère Charlie était aussi capitaine ?
– Hé, Ron ! Quand est-ce que tu feras passer les essais pour rentrer dans l'équipe ? demanda Jack Sloper. Parce que je voudrais vraiment devenir batteur, tu vois. M'fin, j'ai pas mal réfléchi au cours de l'été et je pense être le meilleur choix possible... Ah, euh, Harry, tiens. Un message pour toi.
Jack Sloper balança une enveloppe cachetée au visage de Harry puis se focalisa à nouveau sur Ron. Il essayait désormais de le convaincre avec de grands gestes qu'il fallait le sélectionner sur-le-champ. Harry s'éloigna de l'agitation et se laissa glisser sur le banc. Il reconnut aussitôt l'écriture fine et penchée de Dumbledore :
Cher Harry,
J'espère que ta rentrée s'est bien passée. Je voudrais que nous commencions dès ce soir nos leçons particulières. Aie la gentillesse de venir à huit heures. Bien à toi,
Albus Dumbledore
p-s : J'aime beaucoup les suçacides.
Harry enroula le message et le fourra dans la poche arrière de son pantalon. Il en parlerait à Ron et Hermione dans un endroit plus calme. Au cours de l'après-midi, Harry n'eut pas de nombreuses occasions de communiquer avec ses meilleurs amis. Lors du cours de Défense Contre les Forces du Mal, Rogue ne le lâcha pas d'une semelle et ses petits yeux noirs s'attardaient plus que de nécessaire dans sa direction.
Évidemment, il commença l'année avec une leçon particulièrement difficile en clamant haut et fort qu'ils avaient jusqu'ici connu un enseignement lacunaire. À la fin, ils furent submergés de devoirs et c'est donc le pas lourd qu'ils remontèrent dans leur salle commune. Enfin à l'écart des autres, Harry put enfin décrocher quelques mots à propos des cours particuliers :
– Je me demande vraiment ce qu'il va vouloir que tu apprennes, dit Hermione en se grattant le menton. Il faudra que tu sois très concentré.
Harry hocha de la tête. Il tremblait presque d'anticipation. Au dîner, le Gryffondor mangea si vite qu'il faillit s'étrangler à deux reprises. Finalement, il quitta la Grande Salle et grimpa quatre à quatre les escaliers menant au bureau du directeur.
– Suçacide ! lança-t-il à l'adresse de la gargouille, qui pivota un instant plus tard.
Ce soir-là, le bureau de Dumbledore était plongé dans la plus parfaite des obscurités. Seule une vasque au contenu vaporeux, déposée sur le bureau du directeur, propageait une source de lumière bleutée, trouble et inquiétante. Dumbledore paraissait si captivé par ce qu'il voyait que l'arrivée de Harry passa presque inaperçue. Quand la porte fut fermée, l'un des tableaux des anciens directeurs se racla bruyamment la gorge, attirant alors l'attention de Dumbledore.
– Ah, tu es déjà là Harry ? Assieds-toi. Une suçacide ? (Harry fit non de la tête) Tant pis. Personne n'en veut, de toute façon. Je suis content que tu sois à l'heure, car nous avons beaucoup à faire. Si je t'ai appelé Harry, c'est pour que tu puisses enfin avoir toutes les armes nécessaires pour combattre Voldemort. Ce que tu vois ici est une Pensine, c'est un objet magique lié par un charme très puissant qui permet de voyager dans les souvenirs d'une personne. J'ai passé l'été à rencontrer des sorcières et des sorciers qui ont côtoyé Voldemort... Et grâce à leurs témoignages, tu pourras enfin comprendre certaines zones d'ombre de son passé.
Harry avait les mains affreusement moites. Il était partagé entre un sentiment de curiosité presque bestiale, et une répulsion irrépressible. L'année précédente, il avait déjà fait l'expérience traumatisante d'entrer dans la tête de Voldemort, et il n'était pas du tout certain de vouloir la réitérer. Voyant son inquiétude, Dumbledore le rassura :
– Je serai avec toi. Nous voyagerons là-bas ensemble.
Le Gryffondor acquiesça.
– Les souvenirs que je te montrerai au cours des séances ne sont pas dans un ordre chronologique, mais plutôt au fil de mes découvertes. Je suis justement en train d'en reconstruire un sur son enfance, et il me prend beaucoup de temps... Alors nous commencerons par celui-ci. (Dumbledore agita une petite fiole qu'il sortit de sa longue manche) Tom Jedusor était un enfant mystérieux à son arrivée à Poudlard. Je n'ai pas pu réunir de souvenirs pertinents sur ses premières années. J'imagine qu'à l'époque encore, Tom essayait de se fondre dans la masse sans faire de vague. Mais je peux te raconter ce que je sais, car à ce moment-là, j'étais son professeur de métamorphose. Armando Dippet était le directeur de l'école. Avec les autres enseignants, nous avons tout de suite remarqué un potentiel singulier en Jedusor. La nuit de sa répartition, le Choixpeau avait à peine effleuré sa tête qu'il l'envoya à Serpentard. C'était toutefois un garçon très studieux et consciencieux. Il avait même un certain don pour obtenir exactement ce qu'il voulait. Slugorn, qui était son directeur de maison, était à la fois subjugué par sa prestance... et effrayé. Il n'a jamais osé lui remettre l'insigne de préfet et Jedusor l'a pris comme un affront personnel. Néanmoins, Jedusor savait s'entourer d'admirateurs et d'admiratrices. Son charme légendaire – qu'il avait hérité de son père moldu – ne laissait personne indifférent. (Dumbledore remua le contenu de la Pensine du bout de sa baguette magique) Ce souvenir a été particulièrement difficile à obtenir, mais il apporte toutefois des éclairages cruciaux sur l'évènement le plus traumatisant dans l'histoire de Poudlard.
– L'ouverture de la Chambre des Secrets ? devina Harry en un murmure à peine audible.
Le directeur dodelina.
– Nous allons remonter le temps précisément en 1943. Tom Jedusor est en cinquième année et semble plus populaire que jamais... Ce souvenir provient de la mémoire d'une élève de Serpentard qui a vécu les évènements d'assez près, et tu la connais. (Harry fronça des sourcils) Il s'agit de Dolores Ombrage.
Surpris, Harry resta parfaitement cloué sur place. Il était pour lui hautement improbable que Ombrage ait accepté de confier l'un de ses souvenirs à Dumbledore. Cependant, à travers l'onde – ni liquide, ni solide, ni gazeuse – de la Pensine, il entrevit clairement les contours de la salle commune des Serpentard. Dumbledore lui fit signe de plonger le premier, et il obtempéra. Sa chute sembla interminable.
Autour de lui, une dizaine d'élèves étaient dispatchés ci et là, plongés dans la lecture de livres, faisant leurs devoirs ou jouant à une partie de poker version sorcier où des pièces disparaissaient ou apparaissaient selon les mises. Harry n'éprouva aucune difficulté à reconnaître Ombrage. Elle avait exactement les mêmes caractéristiques qu'aujourd'hui : étonnamment petite par rapport à la moyenne, avec un gros nœud rose dans les cheveux, et une bouche molle de crapaud.
Cette dernière était assise sur un sofa et jetait des regards pleins d'espoir vers un groupe de garçons assis autour de la majestueuse table en marbre. Celle-ci était posée face à de sortes de larges hublots à travers lesquels les créatures du lac défilaient sans se préoccuper le moins du monde des élèves qui les observaient par la fenêtre. Ombrage avait sur ses genoux un magazine pour filles, arrêté à la page : « Quizz : combien d'enfants aurez-vous plus tard avec votre sorcier adoré ? ». La plupart des élèves de la salle commune n'accordaient même pas une oeillade à Ombrage, comme si elle était transparente.
De là où elle était assise, il était évident que Ombrage n'entendait strictement rien de ce que les garçons – apparemment plus âgés – pouvaient se dire. Mais cela ne l'empêchait guère de prendre frénétiquement des notes dans une des marges de son magazine. Harry lut : « Se réunit tous les jeudis à 19h / yeux magnifiques / cheveux soyeux » et le reste de la liste ne tarissait plus en compliments.
– Ombrage est en troisième année d'études, éluda Dumbledore qui observait les réactions de Harry une à une. Jedusor, en cinquième.
– Elle... Elle est amoureuse de lui ?
Dumbledore acquiesça.
– Dolores Ombrage a toujours été fascinée par le pouvoir. Et Tom Jedusor en est la personnification même. J'imagine que c'est son charisme dévastateur qui l'a d'abord attirée.
En effet, Ombrage semblait se perdre en contemplation face à Jesudor et continuait inlassablement de noter les moindres détails de son anatomie. Tout à coup, le groupe de garçons de cinquième année, mené par Jedusor, se leva et quitta la salle commune.
– Où vont-ils ? demanda Harry, suspicieux.
– Dîner dans la Grande Salle.
Comme si c'était le signal d'alarme, d'autres élèves les imitèrent puis Ombrage rangea son magazine dans son sac et leur emboîta le pas. Puisqu'elle était minuscule, il fut très difficile pour Harry et Dumbledore de ne pas la perdre de vue. Heureusement pour eux, elle ne fit aucun détour et se dirigea droit vers la Grande Salle. Celle-ci n'était pas encore tout à fait remplie et les élèves affluaient par petits groupes. Ombrage s'installa à une distance respectable de Jedusor. Elle pouvait l'observer à loisir sans même qu'il ne s'en aperçoive à cause du brouhaha permanent qui l'entourait. Tout au long du repas, Harry remarqua que la plupart des élèves de Serpentard prenaient bien soin de ne jamais adresser ouvertement la parole à Ombrage.
– Ils ne l'aiment pas ? devina-t-il.
– Ils se méfient d'elle, précisa Dumbledore. Ombrage aimait beaucoup rapporter tout ce qu'elle savait aux professeurs, dans l'unique but de se faire bien voir... Tiens, observe bien ce qui va suivre.
Une cruche se brisa au sol et Ombrage se retourna vers la table voisine, celle des Serdaigle. Harry éprouva un nouveau choc en voyant Mimi Geignarde – parfaitement vivante – quitter la Grande Salle en larmes. Mais personne, pas même les professeurs, ne sembla s'en inquiéter.
– Pourquoi personne ne réagit ? s'enquit Harry en regardant l'ancien Dumbledore, celui du souvenir, parler tranquillement à une sorcière au grand chapeau pointu se trouvant à sa droite.
Le Dumbledore du présent eut un soupire honteux.
– Mimi pleurait tous les jours pendant sa scolarité. Au bout d'un moment, cela faisait pratiquement partie de la routine. Ombrage était plutôt amie avec elle.
– Ombrage et Mimi ? répéta Harry, incrédule.
– Et oui, elles étaient assez proches à cette époque. Sans doute par défaut, car aucune des deux n'était acceptée ailleurs.
En effet, la plupart des élèves continuaient de manger joyeusement sans s'émouvoir le moins du monde du départ précipité de Mimi. Au bout d'un moment, la Grande Salle se vida et Tom Jedusor se mêla à un flot d'élèves et faillit disparaître de son champ de vision :
– Il s'en va ! s'écria Harry. On... On ne le suit pas ? s'étonna-t-il face au manque de réaction de Dumbledore.
– Nous sommes venus ici pour le souvenir de Ombrage, et puis de toute façon, tu sais déjà ce qui va suivre.
Au bout d'un moment, la minuscule Dolores se leva et se dirigea droit vers le Grand Escalier. Elle s'arrêta devant un tableau d'affichage, regardant d'un air presque rêveur les campagnes de recrutement pour le Quidditch. Cela fit étrange à Harry de comprendre que dans sa jeunesse, Ombrage avait pu apprécier ce sport. Mais elle était vraiment trop minuscule pour monter sur un balai. Finalement, Ombrage parvint au second étage et se dirigea vers la porte donnant sur les toilettes des filles.
Un bruit suspect fit froncer les sourcils de Ombrage. Et avant même qu'elle n'atteigne la poignée, Tom Jedusor apparut. Pendant un long moment, il considéra la petite Ombrage qui clignait stupidement des yeux.
– Tu es Betty, c'est ça ?
– N-Non, Dolores.
Tom Jedusor lui accorda un bref sourire, qui ne dégageait pourtant pas la moindre chaleur. Les traits de son visage – étonnamment parfaits et symétriques – étourdissaient Ombrage qui se perdait en discours inutiles. Dumbledore avait raison : Jedusor exerçait un charme fou sur ses interlocuteurs.
– Est-ce que tu aurais vu Mimi Warren, par hasard ? dit Ombrage, d'une voix pourtant hésitante. C'est une amie à moi et elle aime beaucoup venir se réfugier ici quand elle est triste. Olive Hornby a passé toute la semaine à se moquer de ses nouvelles lunettes...
Tom Jedusor fit semblant de réfléchir, puis prononça :
– Non, je ne l'ai pas vue. Je suis entré parce que j'ai entendu du bruit. Je crois que les canalisations ont explosé (Ombrage se pencha légèrement de côté, comme si elle espérait entrevoir ce qu'il se passait de l'autre côté de la porte). On devrait prévenir le concierge, tu ne crois pas ? À deux, le chemin sera moins long.
Tout à coup, Ombrage en oublia presque la raison de sa venue et lui adressa un gigantesque sourire composé de petites dents pointues. Tom et Dolores s'éloignèrent côte à côte, parlant des cours et de la vie à Poudlard, comme si de rien n'était.
Dumbledore finit par presser le bras de Harry, et le souvenir se dissipa progressivement autour d'eux. En revenant dans le bureau du directeur, le jeune Gryffondor avait encore du mal à assimiler tout ce qu'il venait de voir.
– Mimi... est morte ce soir-là, n'est-ce pas ?
– Oui. Elle a attendu des heures auprès de son cadavre avant que quelqu'un ne s'aperçoive de sa disparition. C'est le professeur Dippet qui a demandé à Olive Hornby, elle aussi à Serdaigle, d'aller la chercher. Quand Mademoiselle Hornby a poussé la porte des toilettes des filles, le fantôme de Mimi l'a poursuivie jusqu'à son dortoir où elle s'est réfugiée. Ses parents l'ont emmenée à Sainte-Mangouste pour suivre une thérapie d'électro-sorts dès le lendemain... Ombrage, pour sa part, s'est considérablement renfermée sur elle-même à partir de cette date-là. Et, comme tu le sais, notre cher Hagrid a été accusé à la place de Jedusor d'avoir lâché l'affreux monstre responsable du chaos dans l'école.
– Ombrage a-t-elle dit à quelqu'un que Jedusor se trouvait dans les parages, cette nuit-là ?
– Non. Je ne pense même pas qu'elle ait réalisé l'importance de son témoignage dans l'affaire. Pour elle, Mimi était encore vivante quand elle la cherchait. Et puis, elle aurait sans doute donné le bon Merlin sans confession pour les yeux de Tom. Elle était totalement subjuguée par sa personne. Il aurait pu lui raconter n'importe quelle sornette. Quand Ombrage a compris que Tom Jedusor s'est servie d'elle, la honte était bien trop immense. Elle était déjà stagiaire au ministère, et une information comme celle-ci pouvait compromettre à tout jamais sa carrière. À partir de là, son obsession malsaine pour le contrôle n'a fait que croître. Et je crois que cela va bien plus loin que l'éthique professionnelle : Ombrage se sent coupable du meurtre de Mimi. Car, dans sa logique, si elle n'avait pas été aveuglée par la beauté de Jedusor, peut-être Mimi aurait-elle connu un sort différent.
– … Ou peut-être pas, conclut Harry, en réfléchissant. Voldemort était déjà déterminé à en finir avec les nés-moldus (Dumbledore acquiesça) alors que ce soit Mimi ou un autre, un élève aurait tout de même été blessé. Mais quand il s'est aperçu que ses actions pouvaient conduire à la fermeture de l'école, Voldemort a paniqué et il a fait machine arrière. Il s'est dépêché de désigner Hagrid comme coupable, juste pour être absolument sûr de finir sa scolarité tranquillement... Voldemort détestait l'été. Il ne voulait pas retourner dans le monde moldu, comme moi. Rien que l'idée de retourner dans cet orphelinat le rendait malade, alors, il... il a préféré mettre son grand projet de côté, plutôt que de sacrifier quelque chose qu'il aimait vraiment. Peut-être même la seule chose qu'il aime.
Dumbledore lui sourit.
– C'est exact, Harry. Voldemort a un attachement tout particulier pour Poudlard, car l'école véhicule beaucoup de signes de grandeur.
– Mais... Pourquoi Ombrage a-t-elle décidé de vous confier ce souvenir ?
– Après la fameuse soirée du ministère, Ombrage a été sauvée d'extrême justesse par les membres de l'Ordre. Alors, elle a une dette de vie envers nous. Ce souvenir est un moyen de se racheter de tout le mal qu'elle a pu causer à cette école.
Harry lutta pour ne faire aucune remarque méprisante. Mais il trouvait ce fil de mémoire bien léger comparé aux tourments que l'ancienne inquisitrice lui avait fait subir. Sur sa main droite, la cicatrice « Je ne dois pas dire de mensonge » semblait encore saillante, même dans l'obscurité.
– Les dettes sorcières sont très complexes, Harry, et font même partie des éléments fondateurs de notre société. Garde le toujours en tête.
Le Gryffondor acquiesça docilement, même s'il brûlait d'envie de rétorquer quelque chose.
– La prochaine fois que nous nous reverrons, ce sera avant Halloween. Pour l'occasion, je te demanderai un devoir. (Harry ouvrit grand les yeux, ses sens en alerte) Il va falloir que tu ailles toi-même recueillir les souvenirs de quelqu'un. Je pense... que tu es bien mieux placé que moi pour les obtenir.
– Pourquoi ? De qui il s'agit ?
– De ton parrain. Je veux que tu lui demandes de te confier des souvenirs à propos de son frère.
Harry acquiesça lentement, peu sûr de ce que cela allait impliquer. D'ailleurs, il ne savait pas réellement comment procéder pour demander les souvenirs d'un autre sorcier. Cependant, Harry ne posa pas plus de questions : il ne voulait en aucun cas décevoir Dumbledore.
Ooo
Des bourrasques de vent faisaient trembler les fenêtres. Une étroite cheminée en acier réchauffait la chambre spacieuse. Sur les murs en briques étaient disposées de larges tapisseries d'un rouge éclatant, et les couvertures n'étaient qu'une superposition de peaux de bêtes. Au milieu du lit, Draco Malfoy dormait encore paisiblement. Il était cinq heures du matin et bientôt, son réveil sonnerait pour le réveiller.
Les journées à Durmstrang commençaient très tôt pour que les cours s'achèvent avant le déjeuner. Les après-midi étaient consacrées aux activités sportives ou à l'élevage d'animaux. Draco – qui éprouvait encore du mal à s'adapter au rythme – s'endormait parfois en cours et avait déjà été puni pour ça. À Poudlard, on lui aurait certainement fait copier des lignes. Mais ici, à Durmstrang, la meilleure éducation se faisait dans la douleur. On lui avait tapé les doigts avec une règle en bois devant l'ensemble de sa classe. Heureusement, il n'avait pas pleuré. Mais ses ongles étaient désormais dans un état pitoyable...
Une sonnerie stridente fit sursauter Draco en plein rêve. Depuis quelques temps, il en faisait un qui ressemblait toujours au même. Tout était très flou, bien entendu. Mais Draco ne pouvait s'empêcher de se réveiller à la fois intrigué et perplexe. Qu'est-ce que cela pouvait-il donc bien signifier ? Dans son rêve, Draco voyait de l'herbe à perte de vue. Il entendait aussi la voix de sa mère sans comprendre ce qu'elle disait. Puis, cette lumière partout autour de lui... Et, il y avait ce rire...
– Beau blond ! T'es debout ?
Draco se redressa sur son matelas en plume tandis qu'on toquait contre le battant. La voix de Mafalda portait distinctement. Boniface, le hibou familial, hulula de colère et alla se percher sur la grande armoire en acajou.
– Je te ferais dire que c'est aujourd'hui la sortie, donc dépêche-toi !
La sortie ? Draco ouvrit grand la bouche : mais oui ! Ils devaient visiter une réserve de dragons ! Draco se précipita dans sa salle de bain pour se doucher et enfiler son uniforme. Une fois intégralement vêtu, il se mêla au flot des cinquième et sixième années qui feraient ensemble leur baptême de l'air. C'était une tradition ici à Durmstrang et beaucoup en parlaient avec une certaine fébrilité.
Mafalda lui avait raconté que le but de cette expérience était de mettre à l'épreuve leur bravoure et leur capacité à obéir. Draco n'était pas certain d'être prêt pour une chose pareille, mais il se mêla au flot d'élèves qui se rangeaient devant les portes. Les promotions plus anciennes – celles de septième et huitième années – les regardaient d'un air goguenard par-dessus la balustrade. Andreas Gregorovitch s'exclama :
– Princesse Malfoy ! Faites attention à ne pas tomber de votre monture !
Depuis qu'il était ici, le célèbre petit-fils de Gregorovitch se faisait un plaisir de le railler à la moindre occasion. Draco – qui détestait ce genre d'attitude – se contentait de l'ignorer royalement. Au lieu de se lasser, Andreas semblait même y trouver davantage d'intérêt. Dès qu'il croisait Draco dans les couloirs, l'élève de huitième année y allait de sa petite vanne histoire de le rabaisser devant tout le monde. Généralement, ces blagues avaient toutes un rapport avec le côté soigné de l'ancien Gryffondor. Draco n'y pouvait rien s'il était un fidèle abonné de Sorciers Magazine ! Et puis, tout le monde savait qu'on ne coupait pas une salade, mais qu'on la pliait avec son couteau ! Sans oublier que les nuisettes en satin n'avaient rien de féminin ! Le satin avait toujours été une matière virile chez les nobles, avant que les moldus de basse extraction ne s'en emparent... ! Et qu'est-ce qu'il y pouvait si sa mère lui envoyait des cartons de sous-vêtements neufs par la poste, hein ?
– Tout le monde est là ? demanda le professeur Ryoud. Allons-y.
Capes de voyage sur les épaules, le groupe d'élèves progressa à travers les pentes escarpées menant aux berges. Mafalda marchait loin devant le groupe, sans doute pressée de faire son baptême. Ce dernier consistait à baisser la garde d'un dragon et à ce que ce dernier accepte de les transporter sur son dos. En somme, rien de compliqué. Draco retint un ricanement. Lui qui détestait s'exposer stupidement au danger se sentait pris au piège.
Le professeur Ryioud, qui leur enseignait l'équivalent des soins aux créatures magiques, fermait la marche et poussait en avant les élèves les plus peureux. À l'évidence, tout le monde y passerait... Tandis que leurs bottes s'enfonçaient dans les tas de feuilles humides, ils arrivèrent quelques minutes plus tard près des berges. Plusieurs canoës étaient amarrés au ponton.
– Vous vous mettez par six par canoë, déclara Ryoud. Celui à l'avant imposera le rythme à ses camarades. On doit se rejoindre de l'autre côté (Il désigna de sa baguette magique la rive opposée, floutée par les amas de brouillards). Ensuite, nous marcherons à pied pendant une demi-heure pour arriver à la frontière continentale de la réserve. Entendu ?
– Oui, professeur, déclarèrent les élèves de Durmstrang en choeur.
– Très bien, grimpez.
Comme un seul homme, ils se précipitèrent tous vers le canoë le plus proche. À Poudlard, chaque élève aurait d'abord essayé de rejoindre ses amis en priorité. Mais ici, cela n'avait aucune espèce d'importance. Draco se retrouva donc avec des élèves qu'il connaissait simplement de vue et auxquels il n'avait pas encore adressé la parole. L'eau était d'un bleu translucide tandis que les rames fendaient l'onde.
Le professeur Ryioud sonna le cor et les élèves se mirent en mouvement de manière synchronisée. Les élèves à l'avant encourageaient les autres à l'arrière en entamant le chant de l'école. Il avait fallu un temps fou à Draco pour s'adapter, et faire corps avec ses camarades. Lui qui aimait tant se distinguer des autres éprouvait encore quelques difficultés à l'idée d'accepter de n'être qu'un maillon d'une chaîne...
Les poissons grouillaient et semblaient même les accompagner lors de leur traversée. De temps à autre, des geysers explosaient et les aspergeaient d'eau bouillante. Un élève lançait alors un Impervius pour les protéger. Le soleil se levait tout juste dans la vallée et les animaux, peu craintifs, sortaient de leur cachette pour les observer.
Ici, à Durmstrang, la mentalité était toute autre que celle de Poudlard. Les animaux étaient considérés comme les véritables occupants de la vallée, et les élèves comme des étrangers. Cette façon de penser intriguait toujours Draco qui avait été élevé avec des principes rigides : on lui avait toujours répété qu'il était supérieur à toute autre créature sur terre. Alors, qui croire ?
Finalement, les canoës atteignirent presque simultanément la berge et après les avoir solidement noués, les élèves reprirent leur marche. Afin de respecter la nature environnante, le professeur Ryioud leur ordonna de maintenir le silence durant la traversée de la forêt. Tout semblait si paisible, si merveilleux. L'odeur du pin, de l'air frais, de l'herbe humide... Draco avait l'impression d'être dans un rêve. Et même si ses pieds lui faisaient déjà mal, même si l'ascension lui coupait parfois le souffle, il n'avait qu'une hâte : avancer.
Subitement, à quelques mètres d'eux, apparut un groupe de quatre d'hommes qui discutaient à voix basse. Mafalda courut vers l'un d'eux et sauta aussitôt dans ses bras. Pendant un bref instant, le cœur de Draco fit un looping en croyant apercevoir Ron... Mais il s'agissait en réalité de son grand frère Charlie. De loin, ils se ressemblaient de manière assez singulière. Pourtant, en s'approchant, leurs différences se remarquaient nettement : Charlie était plus petit et trapu, par exemple. Mafalda avait une discussion animée avec son cousin qui posa aussitôt son doigt sur sa bouche :
– Il ne faut pas faire de bruit, murmura-t-il. Les dragons d'aujourd'hui sont très peureux.
– Oh, ça va être facile alors, dit la jeune fille.
– Non, au contraire, déclara le professeur Ryioud. Plus un animal a peur, plus il peut faire des gestes brusques et insensés. (Ryoud se tourna vers les dragonniers) Vous restez ici combien de temps encore ?
– Encore quelques jours, informa Charlie. Le temps que les dragonnes pondent les derniers œufs. Ensuite nous retournons dans notre réserve en Roumanie.
– Quels types de dragons vous élevez ? coassa Jaspe, un camarade en permanence morose.
– Des Norvégiens à crêtes, répondit Charlie sur le ton de l'évidence. Ils ont un caractère très indépendant et méfiant... en plus de ne pas vouloir se mélanger avec les autres dragons (Il leur désigna du pouce une espèce d'enclos derrière eux). Pour eux aussi, c'est leur baptême de l'air. Ils voleront pour la toute première fois sans leur parent, donc ils sont tout aussi nerveux que vous. Ce sont des dragonneaux de deux ans et demi. Ils n'ont pas encore de venin, et leurs flammes sont encore tièdes, contrairement aux Magyars du même âge. Mais méfiez-vous de leur queue et de leur crête... Aussi tranchantes que des lames de rasoir...
Une énorme détonation les fit sursauter : deux dragonneaux semblaient se battre à coup de tête dans l'enclos, apparemment impatients de commencer les festivités. Les Norvégiens à Crêtes adultes étaient réputés pour leur agressivité sans borne envers leurs congénères et pour leur couleur d'un vert saisissant. Mais leurs bébés étaient tous d'un gris terreux ou blanc albinos, et s'agitaient avec une rapidité déconcertante. Quand le groupe d'élèves avança avec prudence, tous les dragonneaux cessèrent de se défier pour les observer avec malice. Ils se mirent à piailler en produisant des raclements de gorge désagréables.
– Ne vous inquiétez pas, clama Charlie. Ils sont juste en train de communiquer entre eux.
Un dragonneau particulièrement excité se mit à gratter l'enclos et à renifler dans leur direction.
– Consigne numéro 1 : n'utilisez jamais la magie contre eux ! Ils détestent ça ! Consigne numéro 2, conservez un contact visuel et ne vous moquez pas d'eux. Consigne numéro 3, laissez-les vous renifler autant qu'ils le souhaitent, c'est bien clair ?
Charlie tenait dans sa besace d'épais saumons sûrement capturés dans le lac.
– J'ai besoin d'un volontaire, dit-il en se dirigeant droit vers l'enclos.
L'un des dragonneaux se mit sur ses pattes arrière et se mit à produire un étrange son étranglé qui interpella les autres. Draco, Jaspe et Mafalda se jetèrent un regard inquiet.
– Qu'est-ce qu'ils font ? chuchota la sorcière.
– Il nous compte, devina Jaspe en analysant la fréquence des cris de l'animal.
Les reptiles, attroupés autour de la barrière, passaient fréquemment leur longue langue noire entre leurs canines. En face, à quelques mètres d'eux, les élèves tremblaient de tout leur long.
– Ils ne vous feront rien, assura Charlie. Et je vous garantis qu'il vaut mieux être le premier à entrer ici que le dernier... A la fin, ils seront assez énervés d'être dérangés, croyez-moi.
Les dragonneaux sautillaient le long de l'enclos tout en essayant maladroitement de déployer leurs ailes encore fines et petites. Sans même réfléchir, Draco avança d'un pas, puis d'un autre...
– Ah, le courage Gryffondorien, se réjouit Charlie. Félicitation, Draco. Tu vas pouvoir choisir ton dragon.
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Avant que vous vous jetiez dans la section commentaire en disant « Non mais le souvenir ça allait, mais Ombrage n'a pas du tout le même âge que Jedusor et compagnie, hein. Non mais oh ! ». Sincèrement, je m'en fous, lol. Disons que je m'en doutais mais j'ai décidé d'aller à l'encontre de cette information parce que j'aimais beaucoup l'idée de ce souvenir. Nique les bornes chronologiques ! Et puis, pendant longtemps, on n'avait aucune information sur l'âge précis de Ombrage hormis qu'« elle avait des allures de vieille tante célibataire ». Donc va te débrouiller avec ça. Ce n'est que récemment que JKR a donné la biographie complète de Ombrage sur Pottermore. Mais ce passage était déjà écrit depuis des mois et ça m'a foutrement fait chier... J'ai même failli le supprimer. Puis je me suis dit que si je m'amusais à changer tous les détails de cette histoire en fonction des révélations de Pottermore, je ne serai pas sortie de l'auberge... On fait de la fanfiction ici, bordel ! Donc si vous avez quand même envie de vous faire plaiz en me sortant un livret de famille sorcier, go on. Mais je risque de ne pas être très réceptive, haha. La créativité avant tout.
Content, pas content ? Dites-moi tout par commentaire !
