Posté le : 11 Mai 2016. Apparemment, la pluie m'aide à être productive.


Note : Il faut croire que j'ai repris du poil de la bête. Bon, j'ai pas grand chose à dire en note d'auteur hormis qu'il fait beau, puis qu'il pleut, que j'ai un devoir à rendre bientôt et que j'avance à la vitesse d'une limace. Oh, et que je suis totalement obsédée par l'un des OC de cette fic (je ne dirai pas lequel mais bon sang, arrête de me tenir éveillée ! Mon cerveau s'épuise). Mmh, sinon, bah, vous pouvez toujours me suivre sur mon groupe facebook « The Baba O'Riley ». Même si depuis quelques mois, j'oublie que j'en suis l'admin (trololol, c'est véridique). J'arrive pas à croire qu'on soit déjà au tome 6. Les possibilités de scénario sont quasi infinies et je vais vraiment essayer de soigner la trame. J'espère trop que ce chapitre va vous plaire. Merci à Elora pour la correction ! Bonne lecture à tous et, je l'espère, à bientôt.

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Réponses aux reviews anonymes :

Phumseck : Mais Draco a justement dit à Harry qu'il l'aimait ! Il suffit de lire entre les lignes : « Tu comptes beaucoup, beaucoup, pour moi. Je te l'ai déjà dit mais je ne crois pas que tu ai vraiment compris (ou peut-être que je t'ai fait peur).. » (chapitre 35) En gros, il lui dit : je t'aime et je me doute bien que c'est pas réciproque. Je déteste les fanfictions où tout est expliqué de fond en comble, donc je préfère glisser des sous-entendus et que le lecteur réfléchisse par lui-même. Sinon, quel intérêt ? En plus, ça aurait été très gnangnan que Draco lui écrive une lettre en mode « ooouh, Harry chéri, je t'aime ! », non ? Enfin, ce n'est que mon avis. Ça fait très cliché, quoi.

Bambinette-sama : La rencontre avec Sirius est bel et bien prévue (notée sur un petit brouillon en tout cas) et les informations sur Durmstrang se feront au compte-goutte. Même si la plupart – on va dire, la base – avait été déjà mise en place lors du tome 4.

Cat240 : Pour moi, Ron a toutes les qualités requises pour être un bon capitaine ! Je suis contente que ce choix convienne à pas mal de monde, car bon, depuis le tome 1 c'est quand même le type incollable en matière de Quidditch.

Chen t : Je te remercie !

Nott4ever : Ça fait plaisir à entendre.

Guest : Je me suis vraiment éclatée à partir du tome 4 et je crois que tout le monde l'a ressenti ! Je ne pouvais pas me permettre de prendre un virage à 180° dès le début (ce qui est dommage), donc il a fallu du temps, snif. Mais maintenant que les choses sont vraiment différentes, personne ne peut prédire la suite à l'avance, et ça, c'est cool. Évidemment, on reverra Tracy prochainement (c'est un de mes OC préférés pour cette fic). Pour le reste, je ne peux pas répondre à tes questions sinon ça spoilerait la suite !

Hurrii : Aucune de mes fanfictions n'est abandonnée. Malgré le temps qui passe, j'y pense toujours ! Bizarrement, y'a pas mal de gens pas trop adeptes du HPDM qui lisent la fic. Donc ça veut dire que j'ai réussi mon pari, héhé. J'essaie d'amener les choses suffisamment lentement pour que ça paraisse crédible et pas trop cliché non plus. J'ai une idée assez précise de comment leur relation évoluera et j'ai trop hâte d'en arriver à ce stade, hum, hum. Mais ne brûlons pas les étapes ! Merci pour cette review.

Kiwi : « J'étais assez dubitative quand tu en as fait l'amie de Mimi, mais en réalité ça fonctionne tout à fait : quand deux personnes sont seules face à un groupe, elles vont naturellement l'une vers l'autre. » Oui, c'est l'idée que je voulais mettre en avant ! Surtout quand on est adolescent, c'est dur de se construire de vrais repères.

Guest 2 : Oooh, merci ! Ça fait toujours plaisir de recevoir une review, mais encore plus quand on sait que c'est la toute première. Après, concernant l'histoire, je trouve ça très intéressant que Draco parte à l'étranger, découvre de nouvelles choses. Ça sera même utile pour la suite !

Monster : Pareil que toi ! J'imaginais mal Ron préfet... et puis ça se voyait qu'il ne prenait aucun plaisir à l'être. À croire que dans le canon, Dumbledore l'a choisi juste pour faire chier Harry ou quelque chose comme ça. Au moins, comme ça, Ron peut briller librement et Harry peut vivre pleinement sa passion pour le Quidditch (car dans le T6 aussi il avait l'air de détester son poste).

Guest 3 : T'inquiète pas pour ça, Mafalda aura toujours un rôle dans la suite de l'histoire ! J'avais commencé à poser les bases de son background au cours du tome 4 et je compte bien développer tout ça d'ici un ou deux chapitres.

Guest 4 : Merci pour tous ces compliments !

Camou : Sur Pottermore, c'est mentionné qu'elle fait partie de la maison Serpentard – d'où son favoritisme pour eux avec la brigade inquisitoriale. Comme tu dis, ça aurait été plus fun qu'elle vienne de Poufsouffle, par exemple, mais bon, faut croire que JKR adore les stéréotypes quelques fois.


Chapitre 36 : « Un dragon dans le vent »

Draco avançait avec prudence vers l'enclos. Les créatures – apparemment surexcitées – produisaient des glapissements aigus à mesure de sa progression. Draco aurait bien été tenté de regarder derrière lui, histoire de consulter du regard son professeur, mais Charlie avait bien spécifié de ne briser en aucun cas le contact visuel avec les dragons.

Même si leurs flammes n'étaient pas aussi mortelles que leurs congénères adultes, l'adolescent n'avait absolument pas envie de pousser sa chance. Les Norvégiens à crête, plutôt communs dans la région, se bousculaient désormais près du portail de l'enclos. C'était comme s'ils ressentaient l'anxiété de Draco et s'en délectaient.

– Maintenant... je fais quoi ? demanda-t-il, la voix anormalement chevrotante.

– Tu ouvres le portail et tu entres, dit Charlie dans son dos. On sera sur les côtés, prêts à intervenir au moindre problème.

C'était sans doute le pas le plus difficile à franchir de toute sa vie. Sachant que toute sa classe l'observait, Draco rassembla son courage et avança. Il tendit la main vers le verrou du portail et l'actionna en un grincement désagréable. La haute porte laissa place à un enclos circulaire surmonté par des filets presque invisibles à l'œil nu, hauts de trois mètres. Contrairement à ce qu'il avait pu imaginer, les dragonneaux ne profitèrent pas de l'ouverture pour s'échapper, mais le regardèrent longuement de leurs yeux perçants. Ils étaient environ une douzaine à le fixer. Draco avança encore un peu et la porte de l'enclos se referma brusquement dans son dos.

Alors, les dragonneaux se mirent à piailler de nouveau, déambulant d'une démarche pataude autour de lui. L'un des bébés dragons leva la tête bien haut tout en se dressant sur ses pattes arrières. Il essayait de montrer sa hauteur à Draco, comme pour l'impressionner. Un autre encore tournait à une vitesse déconcertante autour de lui puis allait gratter la terre pour attirer son attention. Et deux autres plus loin se mordillaient le cou, comme une sorte de jeu de domination.

Draco comprit qu'ils étaient en train de choisir. Il ne bougea pas, ne cilla pas. L'un des dragonneaux – tacheté de vert, signe de maturité – le toisa de manière presque anormale. Il fit place nette devant lui en donnant un coup de queue à l'un de ses congénères, qui roula sur le côté. Les deux dragonneaux dévoilèrent leurs minuscules crocs, puis le second, apparemment blasé, alla se mettre de côté. Presque face à face, Draco et l'animal s'étudièrent. Le dragonneau ouvrit largement sa gueule et, contre toute attente, lécha ses doigts. Frissonnant de terreur, Draco se détendit aussitôt puis dit :

– Norbert ?

Le dragonneau souffla un peu de fumée, comme s'il acquiesçait. Et maintenant qu'il y regardait de plus près, oui, ce dragon ressemblait tout à fait à celui de Hagrid en première année ! Les mêmes yeux pailletés d'or, le même vert sombre presque noir par endroit, et cette même manie de lécher les doigts des gens comme pour y débusquer de la nourriture.

Le visage de Draco se fendit en un large sourire et il se mit à caresser frénétiquement le crâne du jeune dragon qui agitait désormais ses ailes fines comme un parapluie. Maintenant, Draco se souvenait parfaitement des moindres détails de la naissance de Norbert ! Dès qu'il était sorti de son œuf dur comme de la pierre, le dragon avait aussitôt regardé autour de lui. Se pourrait-il qu'il se souvienne de son visage ? Oui, sans doute. Les dragons étaient réputés pour leur intelligence hors du commun et leur mémoire sans faille !

Ne contrôlant pas sa force, Norbert lui fonça dedans, le faisant alors tomber dans la poussière. D'ordinaire, Draco aurait sans doute conspuer tout un tas d'insultes à l'idée d'être sali, mais là, c'était très différent. C'est comme s'il avait la chance d'avoir un bout de Poudlard avec lui. Et c'était un sentiment inestimable.

– Vous vous êtes trouvés, on dirait, déclara Charlie, apparemment ravi. (Il sauta par-dessus la clôture après avoir fendillé le filet de sa baguette magique) Bon, maintenant, tu vas lui mettre cette selle. Elle a été spécialement conçue pour le vol sur dragons il y a très longtemps de ça, donc prends-en soin. (Draco acquiesça) Tu dois convaincre Noberta de te laisser monter sur son dos.

– Noberta ?

Charlie se mit à rire.

– C'est une fille ! Plutôt farouche, mais... elle a pas mal de succès auprès des mâles.

Draco ne pouvait se lasser de caresser la tête de la jeune dragonne. C'était comme toucher du parchemin, du cuir et des plumes en même temps. Vraiment incroyable. Malgré tous les pics sur leur corps, leur servant de cuirasse contre les ennemis, la peau des Norvégiens à crête était étonnamment douce. Draco se dégouta tout à coup en pensant aux gants en peau de dragon au fond de sa malle... On tuait des créatures comme Norberta pour en fabriquer. D'accord, ils étaient réputés pour leur confort et leur solidité face à toutes les intempéries mais... que valait une fichue paire de gants face à une créature aussi majestueuse ?

– Salut Norberta, dit doucement Draco tandis que la dragonne s'entortillait dans la poussière avant de faire semblant de dormir, la tête entre les pattes. Tu te souviens de moi ? J'espère qu'on est toujours amis. C'est un grand jour pour nous deux (la dragonne ouvrit l'un de ses yeux dorés puis le referma aussitôt). On doit faire notre baptême de l'air. Il paraît que c'est plutôt génial. Ça... Ça te dirait de le faire avec moi ?

Draco consulta rapidement Charlie du regard, pas certain d'avoir été convaincant. Mais, contre toute attente, Norberta se redressa puis déploya ses ailes. Si jusqu'ici elles paraissaient minuscules, ce n'était plus vraiment le cas. Larges d'environ deux mètres et presque tout aussi longues, Draco dut reculer pour ne pas écraser l'une d'elle. Il attrapa la selle que lui tendait Charlie et fit les derniers bouclages.

– Fais attention à sa queue, dit le dragonnier en plaçant un bracelet de signalement autour d'une patte de Norberta. Elle va la déplacer de gauche à droite pendant l'envol, et ça peut être assez... mmh, douloureux.

Charlie mit en évidence ses avant-bras couverts de cicatrices.

– Ne lui donne aucune instruction sur l'endroit où elle doit se rendre. Les dragons sont dotés d'un sens de l'orientation inné grâce à leurs yeux et leur museau. Elle ira faire un tour avec toi, puis elle reviendra ici quand elle sera fatiguée, d'accord ? (Draco acquiesça) Si tu es en difficulté, n'hésite pas à lancer des étincelles vertes dans le ciel avec ta baguette magique. On viendra te réceptionner sur nos balais.

Draco essayait d'assimiler toutes ces informations sans réellement y parvenir.

– Ah, et... Il est fort probable qu'elle ait bientôt faim. Donc, si elle plonge vers le sol, c'est tout à fait normal : elle aura juste repéré une proie. Bon, bah... Bonne chance.

Draco grimpa sur la selle et plaça ses pieds dans les étriers. Il y avait aussi une ceinture et de grossières bretelles en cuir attachées à la selle. Il se sentit alors parfaitement stupide face à l'ensemble de sa promotion, au-delà de l'enclos, qui le regardaient tous bouche bée. Norberta se gratta le dessous de l'aile avant de produire un cri suraigu. Elle déploya ses ailes avec lenteur, comme si elle aussi avait peur de s'envoler. Doucement, ils prirent de l'altitude – faisant parfois du sur place – et, quand la dragonne se sentit suffisamment en confiance, elle déploya ses ailes une bonne fois pour toutes. Draco se sentit comme propulsé dans les airs. Les dragonniers, les élèves de Durmstrang et leur professeur n'étaient désormais plus que de minuscules points au milieu de la forêt.

Norberta et Draco frôlaient la cime des sapins s'étalant à perte de vue. Le nord de la Norvège était secoué par les premières brises automnales. Les pins, les peupliers jaunis et les hêtres centenaires s'agitaient au gré des bourrasques amenées par les rives escarpées de l'océan. Un fin brouillard humidifia les joues de Draco. La vue était saisissante. Norberta allait toujours plus vite, comme si elle était sans cesse plus consciente de sa liberté.

Draco s'était toujours imaginé que les dragons volaient comme les oiseaux, mais pas du tout ! Ils ondoyaient dans l'air comme des serpents. Leur silhouette s'adaptait à chaque caresse du vent, comme s'il ne s'agissait plus que d'une extension de leurs sens. Si Draco n'avait pas suivi de près cette expérience, il aurait cru que Norberta volait depuis un bon millier d'années. Tout semblait instinctif chez elle. Il n'y avait aucune trace d'hésitation et elle semblait parfaitement maîtresse de la situation.

Ils survolèrent un instant Dursmtrang où des élèves s'entraînaient sur le terrain au Quodpot – jeu sur balais aussi populaire ici que le Quidditch. Draco rêva, pendant un court instant, de survoler la mer pour rejoindre Poudlard. Mais il savait bien que c'était impossible. Il croiserait forcément des moldus, et puis, Norberta n'était pas habituée à faire d'aussi longs voyages...

Si jusqu'ici, Draco n'avait pas réellement compris l'utilité des sangles sur ses épaules, il se retrouva vite face à la réalité : Noberta entama un brusque looping tout en projetant des petits jets de flammes. Draco avait l'impression d'être sur le plus beau et le plus rapide des balais de course. Il aurait tout donné pour que Harry le voit à cet instant précis.

Noberta piqua brièvement vers le sol et Draco crut qu'elle allait plonger dans l'un des lacs. Mais la dragonne – apparemment farceuse – se contenta simplement d'effrayer des canards avant de remonter en chandelle. Draco éclata de rire et, tout d'un coup, il se sentit léger. Comme un dragon dans le vent.

Ooo

Le retour vers Durmstrang fut difficile. Les dragonneaux semblaient tous s'être bien amusés avec les élèves et refusaient parfois même de les laisser partir.

– Je suis désolé, formula Charlie en refermant l'enclos derrière le dernier élève à avoir eu son baptême. On doit les laisser se reposer maintenant. Ils auront une longue route à faire jusqu'en Roumanie pour rejoindre les leurs.

Draco fit un discret signe de la main à Norberta qui se contenta de cligner des yeux avant de s'enrouler sur elle-même à la manière d'une salamandre. Mafalda semblait apparemment émue de devoir quitter son cousin mais elle essaya de ne rien laisser paraître aux autres. Leur enseignant de créatures magiques leur demanda de se dépêcher, voulant rejoindre l'institut avant la nuit tombée.

Plein de souvenirs en tête, Draco fut étonnamment silencieux tout au long de la route. Il fermait la marche, faisant léviter de sa baguette magique la lanterne que lui avait confiée le professeur Ryioud. Draco ne remarqua pas tout de suite Jaspe Leskovitch qui marchait pourtant à ses côtés depuis plusieurs bonnes minutes.

Jaspe était un garçon solitaire de l'école dont les autres se moquaient assez souvent. Draco avait pourtant remarqué que suite à leurs petites plaisanteries, il leur arrivait curieusement malheur... Même s'il n'avait jamais osé le demander ouvertement à Jaspe, Draco le soupçonnait de jeter de mauvais sorts sur les élèves qu'il n'appréciait pas.

– Qu'est-ce que tu notes ? demanda-t-il en regardant Jaspe écrire frénétiquement sur son carnet des phrases en pattes de mouche.

– Les sensations d'aujourd'hui, marmonna-t-il sans lever le nez de son calepin.

Doté d'un sixième sens – ou quelque chose comme ça, Jaspe enjamba un tronc d'arbre tout en continuant d'écrire. De haute taille et à la corpulence nerveuse et solide, Jaspe bougeait vite mais n'était jamais brusque dans ses mouvements – ce qui faisait de lui un très bon pivot pour le jeu de Quodpot.

– J'ai vu les autres s'entraîner sans toi, prononça Draco pour faire la conversation.

Jaspe haussa des épaules :

– Et qu'est-ce que tu veux que ça me fasse ?

Une personne normalement constituée aurait sans doute détesté cette manie qu'avait Jaspe de toujours tout prendre avec détachement. Mais pas Draco. Lui, il s'en fichait pas mal des réactions parfois décalées de son camarade. En fait, il les trouvait parfois même un poil amusantes. Draco n'avait jamais compris pourquoi Jaspe ''l'appréciait'' – faute d'un autre terme – autant. Peut-être parce qu'il était de Sang Pur ? Ou peut-être parce qu'il était nouveau ?

Mafalda avait un tout autre avis sur la question : « Tu dégages un truc », avait-elle dit une après-midi quelques semaines plus tôt. « Et Jaspe, il est fasciné par les trucs qui sortent de l'ordinaire. C'est un peu comme, euh, les collectionneurs d'objets rares. » Draco ne savait pas s'il devait être flatté d'être considéré comme « rare » ou horrifié d'être relégué au simple rang d'« objet ». En tout cas, Jaspe ne le lâchait plus d'une semelle depuis son arrivée à Durmstrang, avec parfois des allures de chien de garde.

– Tu crois qu'on aura quoi pour le buffet ? demanda Draco dont le ventre gargouillait.

– De la viande grillée, répondit son ami d'un ton monocorde. Toujours et encore plus de viande grillée.

Il était vrai que le menu de Durmstrang – contrairement à celui de Poudlard – manquait clairement de diversité. Et les rares végétariens de l'école se faisaient livrer une partie de leurs provisions par hibou postal. Une fois par semaine, un animal entier était évidé puis broché au milieu du réfectoire. Chacun allait ensuite se servir le morceau qu'il jugeait le plus appétissant.

– Ce soir, je parierais sur du cerf, dit Jaspe en rangeant son calepin et sa plume d'un vert éclatant dans sa besace en cuir.

Le lac était désormais tout proche et leurs embarcations n'avaient pas bougé depuis ce matin.

– Je te parie une mornille que ce ne sera pas du cerf, lança Draco avec un sourire espiègle.

Jaspe croisa les bras et dit d'un ton presque blagueur :

– Malfoy, tu sais très bien que ma famille est ruinée. Je ne m'amuserais pas à parier la moindre noise avec toi. Tu es le roi de la magouille.

– C'est faux ! s'offusqua faussement le concerné en attrapant une rame.

– Mmh, c'est bizarre mais mon instinct me dit de ne pas te faire confiance.

– Ton instinct peut te tromper, Jaspe !

La traversée fut tranquille et, rapidement, ils parvinrent à la rive opposée. Ils rangèrent les canoës dans la petite remise de l'école puis remontèrent la pente escarpée jusqu'à l'institut. Une délicieuse odeur de rôti s'empara d'eux dès qu'ils furent arrivés sur le seuil.

– Oooh, du mouton ! se réjouit un autre élève de sixième année.

En effet, dans le réfectoire plusieurs broches à rôtisserie tournoyaient au-dessus du feu. Mais ce qui interpella Draco fut de voir toutes les autres promotions de l'école debout, semblant les avoir attendus. Tous applaudirent avec fracas et le rouge monta aux joues de Draco. Les traditions de Durmstrang ne cesseraient jamais de le surprendre.

Certains garçons vinrent leur adresser leurs félicitations pour ce baptême de l'air et, enfin, ils purent tous prendre place autour d'une table. Il n'y eut pas de discours car ici, les gens n'étaient pas très loquaces. Chacun se constitua son propre tas de nourriture et Draco se servit une assiette de mouton, d'épinards braisés, d'oignons rouges caramélisés, de lard de saumon et de crème de pommes de terre.

Tous les plats étaient réalisés de manière simple, mais avec soin par les cracmols de l'école. Si Draco les avait à peine remarqués lors de sa première visite à Durmstrang à l'occasion du Tournoi des Trois Sorciers, il en allait désormais autrement. Même s'ils restaient silencieux, un profond sentiment de malaise s'emparait de Draco dès qu'il les apercevait, et ce sentiment continuait de croître au fil des mois.

Après le repas, l'ensemble des élèves eut quartier libre. La plupart restèrent dans le réfectoire, jouant aux fléchettes enflammées, aux échecs version sorciers ou encore à la bataille explosive. Exténué, Draco s'excusa auprès de ses amis, préférant retourner dans sa chambre pour prendre un bon bain avant d'aller dormir.

Demain, il aurait sa première évaluation en Nécromancie. Même si Jaspe lui avait donné pas mal de tuyaux, Draco avait encore un niveau lamentable en la matière. Il peinait à comprendre des notions pourtant simples comme « le contenant et le contenu », n'avait jamais entendu parler d'Inferi avant ça et n'avait aucune idée de qui étaient les plus grands mages noirs d'Europe, hormis le Seigneur des Ténèbres.

En venant ici, l'ancien Gryffondor s'était rendu compte des failles de leur enseignement à Poudlard. Comment Dumbledore pouvait-il espérer les voir comprendre un jour les Forces du Mal s'il ne les obligeait pas à réfléchir comme eux ? A agir comme eux ? Avec du recul, Draco pensait que le directeur craignait sans doute que certains y prennent goût et deviennent, à leur tour, des mages noirs adeptes de nécromancie.

Draco dépassa le grand feu protecteur – donné par les dragons eux-mêmes selon la légende. La statue austère de Nerida Vulchanova, la fondatrice de Durmstrang, était plantée à l'épicentre de l'école. Draco tourna à gauche afin de rejoindre l'aile Sud où se trouvait sa chambre. Tout à coup, il entendit des bruits de pas se rapprocher. En faisant volte-face, Draco aperçut Andreas Gregorovitch marcher droit dans sa direction. Pourtant, sa chambre à lui se trouvait dans l'aile est, d'après ce qu'il avait cru comprendre.

– Princesse, dit-il d'un ton moqueur une fois arrivé face à lui.

Draco plissa les yeux de méfiance, la main sur sa baguette magique, prêt à attaquer. Même si Andreas était beaucoup plus grand que lui, il ne lui faisait pas peur.

– Tu n'as pas eu trop peur, tout seul là-haut ? (Draco ne lui donna pas le plaisir de répondre) On raconte que tu t'es plutôt pas mal débrouillé avec la dragonne. Elle a dû reconnaitre l'une de ses congénères.

– Il t'a fallu une bonne journée de réflexion pour en arriver à une blague aussi pitoyable ? s'énerva Draco, tiraillé par la fatigue.

Andreas se mit à rire doucement.

– Excuse-moi, mais je n'ai pas de certificat en humour british.

– Si tu te crois intéressant..., persifla Draco en reprenant sa marche vers sa chambre.

– Tes parents ne t'ont jamais dit de ne jamais tourner le dos à un sorcier qui t'est ouvertement hostile ? lança Andreas tout en le suivant de près.

– Oh si ! Et ils m'ont aussi dit de ne pas prêter grande attention aux verracrasses se prenant pour ce qu'ils ne sont pas.

– Un point partout, calcula Andreas. Écoute, Malfoy, je suis venu ici pour te transmettre mes félicitations personnelles pour ce baptême de l'air pas trop raté. Je sais que tu n'as pas été accepté ici par hasard. Tu es un élève plutôt doué, non ? Il se trouve que moi aussi. (Draco s'arrêta de marcher, lui accordant alors toute son attention) Après l'école, je voudrais repartir avec les meilleurs contacts possibles. Entre magiciens de puissantes familles, on doit se serrer les coudes, non ? (Andreas Gregorovitch lui tendit la main) Alors, on repart sur de meilleures bases ?

Draco inspecta un moment sa main – comme si à la vue seule il pouvait en jauger la propreté – puis accepta de la serrer. Aussitôt, l'élève de huitième année referma le contact comme pour prouver qu'il était bien plus fort que lui. Draco essaya maladroitement de lui écraser les doigts, mais il ne parvint qu'à les entortiller dans la poigne de fer de Andreas.

– Tu viens de prendre une décision très éclairée, Princesse.

– Appelle-moi encore une seule fois comme ça et c'est tes couilles qui iront servir de gibiers aux Norvégiens à crêtes.

Andreas prit une brève inspiration tout en arquant un sourcil.

– Serais-tu en train de menacer ton supérieur ?

La main de Andreas broyait désormais la sienne.

– Tu n'es le supérieur de personne ici. Le titre de ''chef'' que le directeur t'a donné n'est qu'un os a ronger parce que ta famille a payé pour la rénovation du temple. L'école est remplie à craquer d'élèves plus méritants que toi.

Au lieu d'en paraître blessé, Andreas éclata de rire. Draco cligna stupidement des yeux.

– Tiens, c'est pour toi (Andreas plongea dans sa main une enveloppe rigide). Elle est arrivée aux alentours de midi, mais vous étiez déjà partis... La lettre est venue de la part d'une chouette blanche. Elle est repartie chasser dans les alentours. Bon, eh bien, pense à ma petite proposition Malfoy.

Draco n'attendit pas que Andreas soit tout à fait éloigné pour déchirer l'enveloppe avec empressement. Il déverrouilla la porte de sa chambre à l'aide de sa baguette magique puis se précipita à l'intérieur pour lire :

« Draco,

J'ai bien retrouvé ton mot dans ma malle et sache que je ne t'en veux pas du tout ! C'est tout à fait normal que tu penses en priorité à ta famille avec tout ce qu'elle traverse... As-tu des nouvelles de ton père depuis qu'il est à Azkaban ? N'hésite pas à m'en parler autant que possible. Je pourrais peut-être essayer de te conseiller ? Ici, la vie a repris son cours. Les professeurs nous bombardent de devoirs, comme d'habitude. Mais il y a pas mal de changements aussi : Rogue a été nommé professeur de Défense Contre les Forces du Mal ! C'est horrible ! Il arrive même à gâcher ma matière préférée... En potions, un certain Slughorn l'a remplacé. Il est assez sympathique et je crois qu'il m'aime bien. Depuis que je suis avec lui, je réussis toutes les préparations que l'on doit faire. Je reçois de gros coups de pouce d'un livre annoté que j'ai dégoté dans sa remise. As-tu déjà entendu parler du Prince de Sang-Mêlé ? C'est lui l'auteur de ces notes. Hermione pense que ce manuel est maléfique, comme l'a été le journal de Jedusor. Mais je crois qu'elle est juste jalouse que je réussisse mieux qu'elle.

En ce moment, en Sortilèges, nous voyons les sortilèges informulés ce qui est très, très, compliqué. Le seul résultat concluant que j'ai réussi à obtenir au bout de deux semaines, c'est de me colorer les sourcils en vert (à la base, je devais faire apparaître un chapeau sur la tête de Dean sans remuer les lèvres). Aussi, personne n'a choisi de poursuivre les Soins aux Créatures Magiques pour les ASPIC. Pas même moi, Hermione ou Ron. Je crois que Hagrid nous en veut un peu. Dès qu'on essaie de lui parler, il trouve un prétexte pour s'enfuir (la dernière fois, c'était une importante mission contre les limaces du potager). Bientôt, on aura une nouvelle option obligatoire. On n'en sait pas grand chose et tout le monde est impatient de savoir de quoi il en retourne...

Au fait, Ron a été nommé capitaine de l'équipe de Quidditch ! On commence bientôt les entraînements, mais d'abord, il faut qu'on subisse une nouvelle sélection. Ron tient absolument à revoir la composition de l'équipe de fond en comble, et je crois bien qu'avec lui, on a de grandes chances de gagner encore une fois la Coupe ! Il y a d'autres choses encore dont je voudrais te parler, mais Hermione ne trouve pas ça très prudent ou cas où ce courrier serait intercepté...

Je t'envoie ci-joint des coupures de presse de la Gazette du Sorcier, histoire que tu sois au courant des dernières nouveautés. Rien de bien réjouissant, mais, au moins, tu es averti. On a une sortie de prévu à Pré-au-Lard pour Halloween. Est-ce que tu penses pouvoir venir nous voir ? Ça serait fantastique ! Peut-être même qu'il y aura Fred et George ! Ils espèrent racheter la boutique de Zonko d'ici cet hiver. En tout cas, moi, j'ai très envie de te revoir. Tu me manques beaucoup. L'ambiance à Poudlard a changé sans toi. Prends soin de toi, n'hésite pas à m'écrire plus souvent,

Harry

p-s : J'ai gardé ta chouette avec moi. Je crois que Elektra n'avait pas trop envie de quitter le château. Du coup, je t'envoie Hedwige à la place. Je pense qu'un nouvel environnement lui fera du bien. »

Le cœur de Draco cogna fort contre sa poitrine, comme s'il s'apprêtait à le recracher. Il caressa du pouce l'écriture régulière et harmonieuse de Harry, secoué par une vague de nostalgie. « On a une sortie de prévu à Pré-au-Lard pour Halloween. Est-ce que tu penses pouvoir venir nous voir ? » Non, il ne pourrait pas. Sa mère lui avait formellement interdit de quitter Durmstrang, même pour les vacances de Noël.

Tant qu'il n'atteindrait pas sa majorité – c'est-à-dire jusqu'à juin prochain – il dépendait des autorisations de sortie de sa mère et, au vu du climat actuel, jamais elle ne lui en fournirait la moindre. Si ses parents l'avaient envoyé ici, c'était justement pour qu'il évite tout contact avec son meilleur ami. Draco prit une profonde inspiration. Il lui répondrait dans quelques jours, le temps que Hedwige se repose. En attendant, il consulta rapidement les coupures de presse envoyées par Harry :

« Scrimgeour succède à Fudge ! », « Le Ministère garantit la sécurité des élèves », « Un contrôleur de bus parmi les rangs de Vous-Savez-Qui »... Le dernier titre interpella son attention. Harry avait placé le restant de l'article découpé en-dessous, tenant grâce à des bouts de sorcier-collant : « Stanley Rocade, contrôleur du Magicobus, ce moyen de transport très apprécié chez les sorciers, a été arrêté hier en fin de soirée. On le soupçonne d'avoir mené des activités Mangemorts. À la suite d'une descente de police à son domicile de Clapham, Mr Rocade, 21 ans, a été placé en garde à vue. Bien que clamant son innocence, le sorcier aux allures d'adolescent possédait pourtant près d'une dizaine d'objets liés au culte de la magie noire, dont un artéfact pouvant s'avérer mortel. Placé en détention provisoire à la prison pour sorciers d'Azkaban en attendant son jugement en novembre prochain, Rocade prétend s'être lancé depuis peu dans la collection d'objets rares. L'avocat du jeune sorcier soutient que son client n'avait strictement aucune idée de la dangerosité des reliques à sa disposition. En effet, interrogé sur les raisons de son transfert au pénitencier, ce dernier les qualifie de « babioles sans importance ».

Stan Rocade ? Mangemort ? L'idée lui parut si absurde... qu'elle fit toutefois sens dans son esprit. Le Seigneur des Ténèbres adorait recruter parmi les jeunes encore influençables... Perdu dans sa réflexion, Draco en oublia presque le bain qu'il rêvait pourtant de se faire couler depuis des heures.

Ooo

Comme l'avait prévu Hermione, les périodes de temps libre des sixièmes années n'avaient rien à voir avec les moments détente que Ron et Harry s'étaient jusqu'ici imaginés. Tous les jours, leurs enseignants les accablaient d'exercices, ce qui les empêchait pratiquement de venir à bout de la masse imposante de devoirs à rendre. Non seulement il fallait maintenant étudier comme s'ils préparaient un examen chaque jour, mais en plus, les cours exigeaient qu'ils redoublent d'attention.

Terminés étaient les jours où Harry pouvait se permettre de rêvasser en regardant pendant des heures par la fenêtre. Ces temps-ci, même en se concentrant, Harry peinait à comprendre ce que tentait d'expliquer Macgonagall en métamorphose. Hermione elle-même avait dû lui demander de répéter à deux reprises certaines instructions. Conséquence de cette énorme charge de travail, ils n'eurent que peu de temps pour penser au Quidditch. Pourtant, les sélections devaient être faites pour la semaine prochaine au plus tard car le premier match de la saison, prévu début novembre, opposerait Serdaigle à Gryffondor.

Harry et Ron avaient tout prévu pour que cette journée se passe à merveille, épinglant les dates des sélections un peu partout dans le château, finissant leurs devoirs pour lundi et lustrant leurs balais pour les rendre les plus brillants possible. Dès qu'il fut neuf heures, les deux garçons se levèrent de la grande table pour se diriger vers le parc de l'école. Un groupe bruyant d'élèves – de toutes maisons confondues – les suivait, visiblement d'excellente humeur.

– Je ne sais pas pourquoi le Quidditch a autant de succès tout à coup, formula sérieusement Ron en jetant un bref coup d'œil par-dessus son épaule.

Pour en avoir discuté hier soir, Harry savait que Ron était inquiet à l'idée d'affronter sa première épreuve en tant que capitaine de l'équipe. Il se remettait continuellement en question, quitte à s'en rendre malade.

– Allons, Ron, dit Hermione, soudain agacée. Ce n'est pas le Quidditch qui a du succès, c'est toi ! Tu n'as jamais été aussi intéressant et, franchement, jamais aussi attirant.

Ron s'étrangla avec sa propre salive puis devint rouge brique. Harry dût se mordre les lèvres pour ne pas éclater de rire. C'est vrai que maintenant que toute l'école savait ce qu'il s'était passé l'été dernier dans la forêt interdite, tout le monde voulait devenir ami avec Ron. Tout le monde pensait que c'était Ron qui avait envoyé Ombrage à Sainte-Mangouste grâce à un sort secret. Puisqu'il n'avait pas eu le temps de démentir la rumeur avec l'interruption des vacances, il était désormais devenu le héros de tout Poudlard. Même les Serpentard, qui jusqu'ici n'en manquait pas une pour lui mener la vie dure, se contentaient de hocher de la tête sur son passage en guise de salut.

Puisque Ron voulait prendre une décision équitable, les derniers membres de l'équipe de Quidditch – à savoir Katie Bell et Harry – devaient eux aussi passer les présélections. On aurait dit que la moitié des Gryffondor s'était donné rendez-vous sur le terrain : des deuxièmes années qui se cramponnaient maladroitement aux vieux balais de l'école, aux septièmes années impressionnants qui claquaient la langue d'impatience.

Les gradins aussi étaient occupés. Harry remarqua un groupe de Poufsouffle composé de filles stupides brandissant une pancarte rose prenant la pluie. Plus loin, deux Serdaigle prenaient des notes comme s'ils étudiaient leur stratégie. Et au premier rang, une équipe de Serpentard menée par Pansy Parkinson jetait des quolibets aux Gryfondor.

Les essais furent laborieux, mais dans l'ensemble, Harry trouva que Ron se débrouilla bien. Ils avaient désormais leur équipe : Ginny, Demelza et Katie comme poursuiveuses. Seamus et Jack Sloper comme batteurs. Harry comme attrapeur et enfin Ron en tant que gardien. Après avoir remercié tous les participants et fixé la date de leur premier entraînement à jeudi, Hermione, Ron et Harry se dirigèrent vers la cabane de Hagrid.

– Je suis bien content que ça soit terminé, grommela Ron apparemment d'humeur massacrante. On aurait dit que tous les crétins de l'école s'étaient donnés rendez-vous sur la pelouse.

– Je suis plutôt d'accord, soupira Hermione.

Un soleil timide essayait désormais de transpercer les épaisses couches de nuages. La bruine avait enfin cessé et, de loin, les premières citrouilles du potager avaient déjà la taille de souaffles. Ils descendaient le petit chemin escarpé longeant l'orée de la forêt quand ils entendirent du bruit. Harry s'arrêta net, et dégaina sa baguette. Les deux autres l'imitèrent. Dès qu'ils firent un pas en direction des arbres, la luminosité baissa considérablement.

– Je t'ai dit de le faire ! s'écria une voix perchée. Dépêche-toi avant que je ne te lance un nouveau sort !

En plissant des yeux, Harry reconnut quelques filles de Serdaigle, formant un arc-de-cercle autour d'une silhouette agenouillée. Au début, Harry crut qu'il s'agissait d'un animal, mais non. C'était un garçon... qui mangeait de la terre.

– C'est là où est ta place, misérable petit vers de terre, conspua une autre.

Les filles ricanèrent.

– Je peux savoir ce qui vous fait rire ? demanda Harry d'une voix forte.

Au lieu de chercher l'affrontement, les filles disparurent aussitôt, filant vers le château. Harry s'avança d'un pas supplémentaire et reconnut Théodore, le visage sale. Honteux, ce dernier se nettoya la bouche d'un revers de main puis fixa le sol. Ron et Hermione se jetèrent un regard interdit.

– Tu peux te relever ? interrogea Harry avec une douceur qui le surprit lui-même.

Théodore Nott acquiesça puis rassembla ses affaires. Apparemment, il avait ramené avec lui un sac rempli de viande crue.

– C'est pour les sombrals, c'est ça ?

Théodore hocha à nouveau de la tête, puis déposa la viande bien en évidence près d'un rocher. Sans demander son reste, il marcha lui aussi en direction du château.

– Euh... Il pourrait tout de même dire merci, non ? dit Ron en rangeant sa baguette.

Encore choqué, il fallut un certain temps à Harry pour comprendre ce qu'il venait de voir. Il se tourna vers ses deux amis et dit :

– Allez chez Hagrid, je vous rejoindrai plus tard !

Il courut aussitôt derrière Théodore qui était déjà bien loin. En le rattrapant, il constata que les vêtements du Serpentard étaient dans un sale état.

– Théo ! Eh, attends ! (Nott consentit enfin à s'arrêter) Je, euh... C'était quoi ça ?

– Rien d'important, répondit-il. C'est juste qu'elles n'aiment pas trop me savoir ici, et elles ne sont pas les seules. (Harry suivit son regard et croisa une bande de Gryffondor de septième années qui lançaient des gestes obscènes dans leur direction) Depuis que... que mon père est à Azkaban, beaucoup de gens me détestent. Même chez les Serpentard.

– Tu en as parlé à Rogue ? C'est ton directeur de maison, il peut sans doute faire quelque chose.

– Rogue est trop occupé à être le pire professeur de Défense Contre les Forces du Mal qu'on n'ait jamais eu. Enfin, hormis Lockhart. (Théo lui adressa une sorte de sourire qui se transforma vite en une grimace)

– Si tu as mal quelque part, tu devrais te rendre à l'infirmerie, conseilla-t-il. Pomphresh sera ravie de t'écouter.

– Je ne pense pas qu'elle puisse faire grand-chose pour moi, rétorqua Théodore. Dès que les autres verront que je suis parti me plaindre aux professeurs, ce sera encore pire.

Dans un sens, il n'avait pas tout à fait tort. Mais quoi faire ? Il ne pouvait tout simplement pas laisser les autres l'humilier et le blesser physiquement ou verbalement sous prétexte que son père était un criminel !

– C'est... c'est gentil de vouloir m'aider mais je ne crois pas qu'il y ait de solution.

Sans savoir quoi faire pour lui venir en aide, Harry regarda le Serpentard s'éloigner vers les portes du château.

Ooo

Le lendemain après-midi, le cours de Rogue s'avéra encore plus difficile que le précédent. Harry le soupçonnait même de faire exprès afin de trouver le moindre prétexte pour les humilier. Évidemment, ils repartirent avec plus de devoirs que la dernière fois. C'est donc le pas lourd que les Gryffondor ainsi que les Serpentard se dirigèrent vers leur classe d'option commune.

Les Poufsouffle et Serdaigle étaient déjà là, clairement impatients de commencer. Les vert et argent se jetaient des regards soupçonneux tout en fixant la porte de la salle de classe. C'était l'une de celles dans lesquelles ils n'avaient jamais pénétré jusqu'ici. D'habitude, seuls les septièmes années s'y rendaient pour réviser leurs ASPIC. Tracy Davis – l'ex petite-amie de Harry – fredonnait un tube de Bizarr's Sister, se fichant éperdument de la tension du groupe. Elle jeta un discret clin d'œil en direction du Gryffondor, qui prit alors bien soin de l'ignorer. Il n'avait toujours pas digéré le fait que Tracy les dénonce à Ombrage l'an dernier, même si elle avait eu de bonnes raisons pour le faire. Harry lui avait toujours fait confiance et il se sentait mal à l'aise qu'elle ait pu tout détruire entre eux. Draco, lui, n'avait jamais apprécié la Serpentard, sans que Harry ne sache pourquoi.

– Tu crois que Dumbledore nous fera lui-même cours ? chuchota Ron, anxieux.

– Pour une fois que Weasley n'a pas une mauvaise idée, souligna Pansy Parkinson en se tournant vers eux.

Harry lui jeta une œillade dédaigneuse puis son regard tomba sur Théodore. Ce dernier semblait avoir un nouveau bleu. Tout à coup, la porte s'ouvrit sur une sorcière et un sorcier d'une trentaine d'années en blouse émeraude, le logo de Sainte-Mangouste cousu au niveau de la poitrine (un os formant une croix avec une baguette magique). Harry reconnut aussitôt l'homme. Il l'avait rencontré l'année précédente, quand il s'était rendu à l'hôpital avec les Wesley après la grave morsure de Arthur par Nagini. Le Gryffondor déglutit péniblement, sachant que cela ne présageait rien de bon.

– Bonjour à tous, dit la sorcière, installez-vous. Allez-y.

Ce n'était pas véritablement une salle de classe. Il n'y avait ni tableau noir, ni manuel, ni tables parfaitement alignées. Au sol se trouvait un enchevêtrement de tapis anciens, ainsi que plusieurs coussins éparpillés. Hermione et Harry partagèrent un regard interdit avant de se trouver une place au fond, non loin du groupe de Parkinson. Une fois que le dernier élève fut entré (Neville arriva essoufflé après s'être perdu entre la classe de DFCM et celle-ci), le sorcier de Sainte-Mangouste ferma la porte et alla rejoindre sa collègue au centre de la pièce.

– Bonjour. Avant toute chose, dit le sorcier, il faudrait que vous vous placiez en binôme. Choisissez n'importe qui, nous vous laissons cinq minutes pour décider avec qui vous travaillerez.

Une rumeur s'éleva dans la classe. Peu à peu, les paires se formèrent. Ron voulut absolument se mettre avec Hermione « pour avoir une bonne note ». La préfète lui jeta un regard désapprobateur et Ron chuchota : « Bah oui, Harry a le Prince de Sang-Mêlé en potions, donc les forces s'équilibrent ». Harry aurait bien voulu se mettre avec l'un de ses camarades de dortoir, mais Seamus et Dean étaient inséparables, et Neville finissait de convaincre Hannah Abbot.

La liste des possibilités devenant de plus en plus mince, Harry fit un rapide calcul. S'il ne voulait pas se retrouver en binôme avec Tracy, il fallait agir vite. Il se faufila jusqu'à Théodore resté en retrait et lui demanda s'il pouvait travailler avec lui. Apparemment ravi, le Serpentard déplaça son sac sur le côté. Harry eut juste le temps de s'affaler sur le coussin avant que les encadrants ne fassent passer une liste pour qu'ils y inscrivent leur binôme. Théodore griffonna rapidement le nom de Harry et le sien puis tendit le rouleau de parchemin à Blaise en évitant soigneusement son regard.

– C'est parfait ! Encore une fois, bonjour, répéta la sorcière tandis qu'un silence opaque régnait dans la salle au plafond aussi haut que celui d'une cathédrale. Je m'appelle Sarah Ottwald, médicomage à l'hôpital pour sorciers de Sainte-Mangouste. Et voici Rodger, guérisseur au même endroit que moi. Nous travaillons tous les deux au service des virus et microbes magiques et nous avons été recrutés par votre directeur pour une mission très spéciale. (Harry détestait son intonation de voix. Ottwald détachait chacune de ses syllabes comme si elle s'adressait à des individus particulièrement lents) Vous serez tous d'ici la fin de l'année majeurs, ce qui entraîne une énorme responsabilité de votre part. Par ailleurs, à cet âge-là, on traverse généralement de véritables changements qui peuvent être très déstabilisants. Rodger et moi sommes ici pour répondre à toutes ces questions concernant votre puberté et les conséquences qu'elle entraîne. (Les sourcils de Hermione bondirent si hauts qu'ils disparurent derrière sa frange) Les garçons, vous avez vu ces derniers temps votre corps se transformer, votre voix prendre en profondeur. Et les filles, votre taille s'affiner et prendre légèrement en hauteur. (Ottwald jeta un regard plein d'espoir à la classe, attendant sûrement une quelconque forme d'approbation) Evidemment, vous êtes au courant de toutes ces choses, et certains d'entre vous sont certainement déjà sexuellement actifs (Blaise eut un sourire goguenard). Néanmoins, beaucoup de jeunes sorciers et sorcières ne sont que peu au courant des dangers qu'ils encourent lors de rapports intimes...

Si Harry était auparavant mal à l'aise, ce n'était désormais plus qu'un euphémisme. Il espérait juste creuser un trou dans le sol et disparaître. Théodore jouait avec ses lacets, l'air de rien.

– Nous aurons six séances ensemble – donc, jusqu'à la mi-novembre. Vous apprendrez au cours de celles-ci à gérer ces changements physiques et surtout, à vous protéger ! Nous voyons souvent des sorciers dans notre service être contaminés par des maladies moldues après un rapport sexuel. Ou à l'inverse, des sorciers qui contaminent des moldus avec des, mmh, champignons magiques.

Ron poussa un glapissement écœuré.

– Ce premier cours aura pour but d'apprendre à vous connaître l'un l'autre. Et pour vous garantir une totale confidentialité, vous allez vous lier avec votre binôme par un sortilège de secret. Il s'apparente un peu à un Serment Inviolable dans le fonctionnement. Mais rien de bien tragique ou d'aussi important : si vous le brisez, vous aurez simplement d'horribles pustules sur les doigts, le nez et les cuisses pendant une semaine. Et croyez-moi, ils sont très douloureux...

Rodger et Ottwald partagèrent un rire.

– Ils sont fous ! chuchota Ron à Harry.

– Et Dumbledore est encore plus toqué pour les avoir employés..., répondit-il.

– Ce sujet n'est pas à prendre à la légère, les garçons, réprimanda Hermione. Je veux dire... c'est important de savoir ce qui nous attend dehors, non ?

Le guérisseur et la médicomage passèrent parmi eux afin de réaliser le sortilège de secret au-dessus de chaque binôme. Enfin, ils distribuèrent des fiches d'importance sanitaire à propos de la contraception sorcière. Harry ne comprenait pas la moitié des schémas qu'il avait sous le nez.

– Vous avez appris à lancer des sortilèges de silence, non ? demanda Ottwald à l'ensemble de la classe. Bon, eh bien, je veux que vous vous englobiez d'une bulle de silence pour la demi-heure qui va suivre. Votre binôme et vous discuterez de votre vie amoureuse et personne d'autre ne sera au courant.

Harry sortit avec hésitation sa baguette magique tandis que Théodore le regardait faire. Une fois le sort lancé, ils n'entendirent plus rien hormis leur propre respiration. À leur droite, Hermione et Ron discutaient en de grands gestes mais il était strictement impossible de deviner le sujet de leur conversation... Harry reporta son attention sur Théodore qui avait l'air terriblement gêné.

– Euh... donc on doit parler de, mmh, nos vies personnelles, c'est ça ?

Nott acquiesça.

– Je ne sais pas trop quoi dire.

– Moi non plus.

– Bah, tu n'as qu'à commencer par, euh... les personnes que tu aimes bien ici.

Théodore cligna lentement des yeux, comme si c'était insensé d'apprécier quelqu'un entre ces murs.

– Fais un effort, supplia presque Harry. Tu dois bien trouver quelqu'un d'intéressant, ou de gentil, non ?

– J'aimais bien Draco. Comme un ami, s'empressa-t-il d'ajouter.

– Ah... Je croyais que toi et lui vous... ?

– Pourquoi tu dis ça ? demanda Théodore en fronçant des sourcils.

– En troisième année, vous êtes allés à la Saint-Valentin ensemble, non ?

Harry se fustigea mentalement. Comment pouvait-il encore se souvenir d'un détail aussi insignifiant ? Pour quoi passait-il maintenant ?

– Oui, c'est vrai qu'il m'a accompagné pour la Saint-Valentin mais ce n'était pas pour... Enfin, Draco et moi nous sommes juste amis. Je lui ai demandé de venir avec moi parce que ce jour-là, c'est l'anniversaire de ma mère. Elle aimait beaucoup cette fête, alors bon, Draco a bien voulu qu'on aille à son endroit préféré, pas très loin d'ici.

Harry était abasourdi. Et dire que Draco n'avait strictement rien laissé paraître de tout ça...

– Oh, désolé. Je ne savais pas.

Théodore continua de jouer avec ses lacets.

– Tu... Tu crois qu'ils nous font discuter pour quoi ?

– Sans doute instaurer une relation de confiance, devina le Serpentard en jetant un coup d'œil en direction des deux encadrants.

En effet, les autres paires d'élèves semblaient à un stade aussi peu avancé que le leur. Parler de cours, des profs, de Quidditch, de fais divers ou de leur famille n'était jamais bien compliqué. Mais il était rare qu'ils évoquent leur vie sentimentale. Même avec Ron, Harry éprouvait des difficultés à en parler.

– Alors... Si ce n'était pas de Draco, de qui tu es déjà tombé amoureux ? demanda Harry en rassemblant un semblant de courage.

Théodore écarquilla ses yeux d'un bleu électrique. À croire que Harry n'aurait jamais pu formuler une phrase plus obscène que celle-ci. Le Survivant se mordilla la lèvre inférieure, tout à coup conscient que la plupart des sangs purs ne comprenaient pas du tout le besoin quasi irrépressible de parler de leurs sentiments.

– Je te demande pardon, Potter ?

Harry se racla la gorge.

– Je te demandais si tu étais déjà tombé amoureux, voilà.

Théodore le regarda d'un air désapprobateur puis dit :

– Non, jamais. Et heureusement. D'après ce que j'ai pu voir, ça rend les sorciers très stupides. Et toi ?

Harry glissa un coup d'œil vers Tracy qui contemplait ses ongles sans décrocher le moindre mot en direction de sa meilleure amie Serdaigle.

– Elles s'entraînent à la légilimencie, d'après ce que j'ai entendu dire, éluda Théo. Tu l'aimes bien, non ?

– Aimais. Maintenant, c'est terminé. Je suis passé à autre chose.

– Oh, c'est dommage. Tracy t'aimait bien.

– On peut changer de sujet ? demanda Harry, abrupt.

Au lieu de se vexer, Théodore lui accorda un sourire timide puis hocha de la tête. L'horloge au-dessus du mur indiquait qu'il leur restait encore vingt bonnes minutes pour discuter...