Posté le : 15 Juin 2016.


NdA/Réponse collective : Etant en pleine rédaction de mon mémoire, je ne peux pas me permettre de répondre à toutes vos gentilles reviews. Vous répondre (du moins, pas un simple « coucou, merci ») me prend énormément de temps... En règle générale, je prends plus de temps à répondre à vos commentaires et MP qu'à écrire un chapitre. Je me suis donc dis que vous préférez sans doute avoir la suite. Je tenais aussi à vous dire que je les avais toutes lues au moins deux fois (haha, alerte psychopathe). Je vais donc rapidement répondre à quelques points que vous avez mentionnés en reviews :

* Norbert est une fille dans les livres ! Je n'ai rien inventé du tout en la renommant Noberta. Charlie le dit dans les livres lors du Tournoi des Trois Sorciers, si mes souvenirs sont bons. Une petite relecture s'impose.

* La plupart des élèves de sixième années de Durmstrang ont volé sur un dragon les uns après les autres (par mesure de sécurité). Toutefois, certains n'ont pas pu le faire car il faut avoir été « choisi » par un dragon pour réaliser son bâptême de l'air. Les dragons étant assez capricieux et indépendants, on ne peut pas les forcer à voler s'ils n'en ont pas envie.

* Le cours d'éducation sexuelle est prévu depuis le tome 4 (si vous avez été attentifs-ves à mes notes d'auteur), donc aucune surprise là-dessus normalement.

*Le(s) médicomage(s) vus à Sainte-Mangouste fait partie du passage de l'hiver du T5 après l'attaque du serpent. Je n'ai pas développé plus que ça ni rappellé cet épisode car pour moi il est suffisamment marquant (et trop de redites tue le récit, puis le but n'est pas de réécrire la saga de JKR mot pour mot). Si vous avez besoin d'un rappel, tout ce passe dans les chap 25-26.

* Urg, non. Jamais je ne mettrai en couple Ron et Théodore. Pas en mon nom.

Merci à tous/-tes et bonne lecture !

*Chapitre centré sur Harry*


Chapitre 37 : « Argent et Opale »

Après la première séance d'éducation sexuelle, tout Poudlard ne parlait plus que de ça. Harry avait remarqué que la plupart des élèves de niveau inférieur – anormalement surexcités – les pourchassaient à travers le château afin de glaner la moindre information. Des quatrièmes années particulièrement curieux avaient même monté tout un plan d'espionnage afin de regarder ce qu'il se passait depuis les fenêtres de la tour Serdaigle.

Si beaucoup des étudiants de sa promotion se contentèrent de dire la vérité, d'autres, comme Blaise Zabini, affirmèrent haut et fort qu'ils avaient passé une heure entière la tête plongée dans une Pensine remplie de souvenirs coquins. Par conséquent, quand Hermione rétorquait que leurs nouveaux professeurs ne faisaient que discuter avec eux et leur distribuer des tracts, peu d'élèves étaient prêts à la croire.

Même si ce cours – contrairement aux autres – semblait axé sur le dialogue et profitait d'une ambiance plus détendue, il n'en restait pas moins un module comme les autres, comportant une évaluation à la clef. À la fin du mois de novembre, ils devaient rendre un compte-rendu par binôme résumant ce qu'ils avaient retenu des rapports intimes chez les sorciers.

Alors que cela ne posait aucun problème aux autres, Harry ne trouvait pas cette perspective particulièrement réjouissante. Discuter sexualité avec Théodore Nott pendant des heures ne s'approchait pas d'un pouce de l'idée que Harry se faisait d'un moment agréable à passer. Pourtant, le Serpentard possédait un caractère plutôt conciliant et calme. En l'espace d'une séance seulement, Harry avait appris beaucoup de choses sur lui : que l'idée d'embrasser quelqu'un sur la bouche le dégoûtait, que jusqu'à l'année dernière il n'avait pas la moindre idée du déroulement d'un rapport, et qu'il avait une peur panique des filles.

Ce matin-là, le plafond enchanté de la Grande Salle arborait de belles éclaircies, contrairement au ciel maussade à l'extérieur. Harry se laissa glisser sur le banc des Gryffondor entre Neville et Ron puis attrapa une cruche de jus de citrouille. Aujourd'hui avait lieu leur première sortie à Pré-au-Lard de l'année. Dès qu'il l'avait appris, Harry avait aussitôt écrit à Sirius pour le supplier de venir le voir. Évidemment, il avait très hâte de passer du temps avec son parrain qui avait été très occupé au cours de l'été.

Mais il pensait aussi à la requête de Dumbledore : « La prochaine fois que nous nous reverrons, ce sera après les vacances. Pour l'occasion, je te demanderai un devoir. Il va falloir que tu ailles toi-même recueillir les souvenirs de quelqu'un. Je pense... que tu es bien mieux placé que moi pour les obtenir. Je veux que tu demandes à Sirius de te confier des souvenirs à propos de son frère. »

Même s'ils étaient très proches, et même si Harry comprenait l'importance de cette mission, le Survivant doutait que son parrain accepte facilement. Parler de son frère était un sujet tabou. D'ailleurs, Sirius ne le mentionnait jamais, même en cas d'extrême nécessité... Harry savait simplement que le jeune frère de Sirius s'était embrigadé dans les rangs Mangemorts dès sa sortie de Poudlard. Et même s'il voulait obtenir le fin mot de l'histoire, Harry redoutait un peu ce qu'il découvrirait sur la famille Black dans le cas où Sirius accepterait de l'aider.

– Qu'est-ce qu'il y a, Harry ? s'inquiéta Hermione, une tranche de pain à quelques centimètres de la bouche. Tu n'as pas faim ?

– Pas vraiment, non.

Pourtant, Harry se força à avaler quelque chose. Peu après, les hiboux postaux arrivèrent, s'engouffrant par les carreaux tachetés de pluie et éclaboussant tout le monde de gouttes d'eau. Lavande rouspéta en secouant son exemplaire de Sorcière Hebdo complètement trempé. Elle disparut quelques secondes après derrière les pages dédiées à l'astrologie.

La plupart des élèves recevaient davantage de courrier qu'à l'ordinaire. Les parents anxieux avaient hâte d'avoir des nouvelles de leurs enfants, tout en voulant à leur tour les rassurer que tout allait bien à la maison. Harry jeta un regard plein d'espoir vers le plafond, cherchant des yeux le plumage blanc de Hedwige. Il vit une chouette lapone décrire un large cercle au-dessus de la table des Serpentard, puis se poser devant l'assiette de Pansy Parkinson. Celle-ci sautilla sur place après avoir décacheté le rouleau de parchemin. Elle s'écria : « C'est Draco ! C'est Draco ! ». Blaise, Astoria et Daphné s'approchèrent aussitôt et ils lurent tous silencieusement. Parfois, l'un d'entre eux gloussait ou montrait du doigt un mot aux autres. Théodore – toujours à l'écart – avait arrêté de manger et plissait les yeux pour déchiffrer quelques phrases depuis sa place. Harry, déçu, plongea sa cuillère dans son bol de lait.

– Peut-être... Peut-être qu'il n'a pas encore eu le temps de te répondre, tenta Hermione en se mordillant les lèvres.

– C'est plutôt logique, poursuivit Ron, il ne veut pas faire de jaloux. La dernière fois, il nous a écrit, bah, là... faut croire que c'est à leur tour.

– Hedwige est toujours en Norvège avec lui, donc ça ne devrait plus trop tarder, conclut Hermione avec optimisme.

Mais Harry n'avait plus du tout envie de sourire ou même d'y croire. Un sentiment presque violent s'empara de lui à l'idée que Draco puisse faire passer ses stupides copains de Serpentard avant lui.

Plus les semaines passaient, plus cette année scolaire à Poudlard sans son meilleur ami lui paraissait insurmontable. Certes, il y avait toujours Ron, Hermione, Neville et les autres... Mais avec Draco, tout avait toujours été très différent. Comme si, d'une certaine façon, ils étaient sur la même longueur d'onde.

Parfois, la nuit, Harry observait le lit voisin désespérément vide et se surprenait à espérer que la silhouette endormie de Draco se matérialise sous ses yeux. Ni lui, ni Draco n'avait de permis de transplanage – et d'ailleurs, il était impossible d'utiliser ce moyen de transport au sein de l'école. Pourtant, Harry conservait l'illusion que cela pourrait bel et bien se produire un jour.

Finalement, après un repas anormalement long, Ron s'étira et enfila sa cape par-dessus son uniforme. Hermione et Harry l'imitèrent après avoir vérifié qu'ils avaient bien leur bourse avec eux. Beaucoup d'élèves furent étonnés de savoir que les sorties vers le village étaient maintenues malgré les mesures de sécurité renforcées autour de l'école.

Comme d'habitude, Rusard se tenait devant les immenses portes en chêne, une liste à la main. L'opération prit cependant plus de temps que les fois précédentes car le concierge insista pour passer plusieurs fois de suite les élèves aux Capteurs de Dissimulation. Ron grommela que c'était complètement absurde tout en brandissant les bras pour faciliter la fouille.

Une fois dehors, tous les trois rabattirent leur capuchon sur leur tête. La route jusqu'à Pré-au-Lard ne fut pas très agréable. Le vent glacé leur attaquait le visage et les mains, et la pluie trempait le bas de leur pantalon. En regardant au loin, en dépit de ses lunettes embuées, Harry reconnut la silhouette d'un des anciens membres de l'AD : Fergus Shacklebolt, une cape de voyage sur les épaules, semblait les attendre de pied ferme devant le portail de l'école.

Malgré la pluie battante du mois d'octobre, ses vêtements restaient parfaitement secs. La baguette magique pointée vers le ciel orageux, il se servait d'un sort de protection invisible en guise de parapluie. Dès que l'ancien Poufsouffle les aperçut, son visage se fendit d'un large sourire. Harry se doutait bien qu'il réservait cet accueil à quelqu'un de très spécial : Fergus avait toujours aimé taquiner Hermione. Celle-ci leva les yeux au ciel et souffla d'exaspération.

Quand ils arrivèrent à sa hauteur, Fergus s'empressa de déposer une bise sur sa joue. La préfète semblait réunir des ressources inépuisables de mauvaise foi afin de paraître imperturbable. Mais Harry – pour en avoir discuté l'an dernier avec Draco – débusqua vite la supercherie. Hermione était loin d'être insensible à son charme.

– Bonjour Harry, lança Fergus d'un air joyeux. Beau temps, hein ?

Alors qu'il prononçait cette phrase, Ron recracha une petite gorgée d'eau. L'averse redoublait d'intensité et les élèves se rendant à Pré-au-Lard se courbaient maintenant en deux afin d'éviter la pluie. Mais malgré le temps à rendre grognon un troll, Fergus ne pouvait détacher ses yeux émerveillés de Hermione, dont les cheveux gonflaient de minute en minute.

– Ah, um, oui ! se ressaisit le jeune sorcier au bout d'une poignée de secondes gênantes. Vous devez vous demander ce que je fais là. Eh bien, Dumbledore m'a confié la mission de t'escorter pendant ta visite à Pré-au-Lard, Harry.

Apparemment, Fergus ne pouvait pas être un homme plus fier. Il bomba légèrement le torse tout en se balançant d'un air guilleret sur la pointe des pieds. Cependant, le Survivant ne décrocha pas l'ombre d'un sourire :

– Quoi ?! s'étrangla-t-il presque.

– Je sais, je sais. Tu n'es plus un bébé et tu as affronté Voldemort à toi tout seul deux ou trois fois, banalisa Fergus. Il n'empêche que tu restes en danger. Écoute, si ça te dérange tant que ça, tu n'as qu'à voir ma présence ici comme, euh, une réunion de bons vieux amis ! (Harry ne décoléra pas) En plus, ça aurait pu être pire ! Genre, mmh, un employé du ministère, tu vois. Les candidats ne se bousculent pas au portillon pour ta protection, tu sais.

– Comment ça ?

– Hum, disons que les gens qui te protègent sont plus prédisposés que la normale aux fins tragiques. Sans offense, mon vieux.

Le regard de Harry s'assombrit : il pensa aussitôt à ses parents, qui n'avaient même pas eu le temps de le voir grandir... Heureusement, Ron le tira de ses pensées en proposant de se rendre aux Trois Balais. Ils n'avaient rendez-vous avec Sirius que dans une heure, mais la pensée d'une bonne bièreaubeurre les réconforta. Malgré les descentes régulières d'aurors dans l'établissement, le pub était aussi animé que d'habitude. Mrs Rosmerta déambulait entre les tables, des pintes posées magiquement sur un plateau dans un équilibre précaire.

– Par-là, dit Fergus en désignant une petite table isolée près de la fenêtre.

L'endroit était parfait car ils pouvaient discuter sans être entendu. De plus, l'ancien Poufsouffle avait une vue imprenable sur l'artère principale, tout en ayant la certitude de ne pas être aperçu. Il fit apparaître de sa baguette magique un quatrième tabouret et insista lourdement pour que Hermione s'y assoit. Ron et Harry s'échangèrent un regard. Fergus faisait penser à ces hommes de la Coupe du Monde rendus benêts à cause de l'aura des vélanes. Il fixait Hermione comme s'il s'agissait de la plus belle création de l'univers après le soleil.

– C'est ma tournée, je paie, lança Fergus en voyant Hermione sortir son porte-monnaie dès que Mrs Rosmerta leur eut servi quatre généreuses bièreaubeurres.

Ron sembla apprécier le geste et se détendit aussitôt. Des éclats de rire retentirent dans le pub et rendirent difficile la compréhension de la conversation.

– Alors, qu'est-ce qu'il y a de neuf à Poudlard ? demanda le jeune sorcier après avoir pris une gorgée de bière.

– Rogue est devenu prof, marmonna Ron.

– Ca, je sais, répondit-il. Il y a eu une grosse conversation là-dessus au Quartier Général de l'Ordre. Sirius était fou de rage. Mais bon, moi je dis, du moment qu'il fait bien son métier, ça n'a strictement aucune importance.

Ils discutèrent un moment de l'école et Fergus poussa un soupir nostalgique quand Harry l'informa de sa volonté de maintenir les séances de l'AD. À cause des emplois du temps de chacun et de la charge de devoirs à rendre, ils n'avaient pu programmer leur première séance qu'après Halloween. Luna Lovegood avait été si heureuse de voir son gallion magique afficher la date du rendez-vous qu'elle avait couru les serrer dans ses bras.

Neville aussi était très content de pouvoir reprendre. « Tu vas voir, Harry. J'ai fait beaucoup de progrès pendant les vacances en m'entraînant en cachette avec la baguette de ma grand-mère. » Harry ignorait si les deux seuls Serpentard du groupe – à savoir Blaise et Tracy – daigneraient revenir, mais il n'avait pas envie de leur courir après pour obtenir cette information.

La porte du pub s'ouvrit et quelques habitués saluèrent chaleureusement le nouvel arrivé. Harry reconnut aussitôt son parrain à sa chevelure brune emmêlée et ses yeux malicieux. Sirius disposait d'une certaine célébrité après avoir vu son avis de recherche placardé un peu partout dans le monde sorcier. Quelques adolescentes se chuchotèrent quelque chose sur son passage tandis qu'il slalomait entre les tables étroites. Harry bondit de sa chaise pour le serrer dans ses bras. Sirius déposa un baiser sur sa tempe tout en lui infligeant de grandes tapes dans le dos.

– Un vrai homme, prononça-t-il en le tenant fermement par les épaules. Tu vas bientôt faire la taille de ton père... Allez, assieds-toi.

Cette fois, Fergus ne sortit pas sa baguette pour faire apparaître un nouveau siège. Il faisait tournoyer le contenu de sa boisson en rigolant doucement à toutes les choses que pouvait dire Hermione. Qui aurait cru que les tables d'équation d'Arithmancie possédaient quelque chose de drôle ?

Sirius installé, il se mêla sans aucune difficulté à la conversation : le gouvernement mis en place par Scrimgeour, les évènements inexplicables du côté moldu, et les disparitions inquiétantes chez les sorciers...

– L'Ordre ne sait plus vraiment où donner de la tête, avoua Sirius, consterné. D'ailleurs, je devrais bientôt y aller. Je ne peux pas rester longtemps.

Harry se mordilla les lèvres. Il voulait aborder le sujet du frère de Sirius, mais devant les autres, ce serait sans doute délicat. Mais s'il ne le faisait pas maintenant, peut-être n'en aurait-il plus l'occasion.

– Je, euh... Avec Ron et Hermione, on a vu dans la Gazette que Stan Rocade était impliqué dans des activités Mangemorts.

– Oui, soupira Sirius. Je n'aurai pas parié un gallion sur lui, mais il faut croire qu'il les a rejoints.

– Il est pourtant très jeune, insista Harry.

– Oh, tu sais, pour Voldemort l'âge n'est qu'un détail.

A ces mots, le regard de son parrain s'assombrit.

– Sirius, il faudrait que tu me confies tout ce que tu sais à propos de l'enrôlement de ton frère.

Dès qu'il eut finit de prononcer cette phrase, Harry voulut se gifler. On ne pouvait que difficilement faire moins discret. Sirius cessa aussitôt de boire et le regarda avec une expression indéchiffrable sur le visage. Fergus observa l'échange, curieux, tandis que les deux Gryffondor essayaient de se rendre totalement transparents.

– Pourquoi tu me parles de lui ?

– L'histoire recommence. Tu me l'as dit toi-même cet été. Et cette fois, ce sera sans doute pire qu'avant, justifia Harry. Voldemort voudra recruter de jeunes sorciers, et on peut empêcher ça si on sait exactement comment il s'y prend pour les toucher. Tu... tu en sais certainement plus que tu ne le crois. C'est pour ça que si... si tu me confies quelques souvenirs sur ton frère, Dumbledore et moi...

– Dumbledore ? J'aurais dû m'en douter, maugréa Sirius en faisant tournoyer sa bière. Il m'a déjà fait une requête du même genre dès que je suis sorti d'Azkaban. Mais j'ai refusé. Pourquoi ce serait différent aujourd'hui ?

Harry était à court d'arguments. Il ouvrait puis refermait la bouche sans rien pouvoir dire. Contre toute attente, Fergus prit la parole :

– Sirius, qu'est-ce que vous préférez ? Voir des élèves de Poudlard du côté de Harry ou se battre pour les forces du mal ? Ils seront nombreux à rejoindre Voldemort, et vous le savez. Mais on peut empêcher ça dans une certaine mesure : si Harry et ses amis savent exactement ce qui incite les jeunes à partir là-bas, vous leur fournirez la meilleure arme possible contre Voldemort.

Si Sirius fut convaincu par ces mots, il n'en laissa rien paraître. Il but le restant de sa boisson en silence, comme pesant le pour et le contre, puis il tapota la bouteille de sa baguette magique, lui rendant ainsi un aspect propre et étincelant. Enfin, il planta son regard dans celui de Harry et dit tout bas, à peine plus haut qu'un murmure :

– Ne me juge pas pour ce que tu verras. J'étais jeune, d'accord ? Et... et mon frère aussi.

Il plaça sa baguette sur sa tempe et en tira un long filament argenté – ni liquide, ni gazeux. Sirius reboucha sa bièreaubeurre qu'il tapota contre la table :

– Incassable, dit-il. Enfin, jusqu'à ce que tu décides de l'ouvrir pour voir ce qu'i l'intérieur... Bon, je dois y aller. Remus m'attend pour une mission de la plus haute importance, et, euh... On se reverra bientôt.

Il pressa l'épaule de Harry et s'en alla, gêné, presque avec hâte. Dès qu'il disparut, Hermione émit un profond soupir.

– J'ai bien cru que j'allais m'évanouir, dit-elle. Sirius avait l'air tellement... tiraillé.

– C'est ça de ne pas être enfant unique, plaisanta Fergus. On doit s'estimer chanceux, Hermione.

Harry observa la bouteille, regardant la mémoire de Sirius tourbillonner comme une luciole au fond d'un bocal. Il la rangea dans la poche de sa cape, puis ils se levèrent tous les quatre. Sur la route menant au château, le vent ne semblait pas avoir perdu en intensité. Songeur, Harry entendit à peine Ron lui demander d'aller faire un tour avec lui à Honeydukes. Son frère Bill lui avait envoyé vingt-cinq mornilles plus tôt dans la semaine afin de le féliciter pour son poste de capitaine. Néanmoins, le magasin étant bondé, ils ne pouvaient que difficilement s'engouffrer à l'intérieur tous ensemble.

– Bon, je reste ici pour monter la garde, dit Fergus en restant devant la porte de la boutique. Mais ne traînez pas trop.

Harry acquiesça puis referma la porte derrière lui. Contrairement à l'extérieur, l'atmosphère était chaude et accueillante, et une délicieuse odeur de caramel les enveloppa aussitôt.

– Si Fergus n'était pas là, je resterais bien ici tout l'après-midi, clama Ron en attrapant un panier afin de le remplir de friandises.

– Ron, mon garçon ! s'exclama une voix de stentor derrière eux.

Ils se retournèrent et virent le professeur Slughorn. Tout vêtu de fourrure, il serrait contre lui un gigantesque paquet d'ananas confit et occupait à lui seul un bon quart de la boutique.

– Ron, je suis très content de vous voir ici ! Le match est pour bientôt, hein ? Oooh, et qui vois-je ? Harry Potter. Harry, cela va faire trois fois que vous manquez l'un de mes soupers et vos deux amis ici présents n'en ont pas raté un seul ! Ça ne va pas du tout. Je suis bien décidé à vous voir bientôt à ma table en compagnie de tous les autres élèves talentueux de l'école. Miss Granger raffole de mes soirées, n'est-ce pas ?

– Oui. Elles sont vraiment, mmh, intéressantes, balbutia-t-elle.

– Il faut que vous veniez, insista Slughorn. Absolument. (Il jeta un regard absent à sa montre à gousset) Je dois y aller, malheureusement. Oh, et, Potter... je sais que vous êtes l'homme de Dumbledore, dit-il plus bas, sous l'air de la confidence. Je voudrais que vous transmettiez ceci au directeur de ma part (Il sortit d'une de ses poches une boîte fine recouverte de papier craft). C'est de la plus haute importance et je ne peux pas me rendre de suite au château... Dites-lui bien que c'est de ma part, d'accord ?

Harry attrapa le paquet et hocha de la tête.

– Bien, à lundi en cours ! Et Potter, j'insiste pour vous voir à l'une de mes réunions !

Slughorn disparut, libérant alors tout à coup de l'espace pour les clients déjà présents. Ron finit de payer en caisse toutes les sucreries qu'il voulait, puis ils rejoignirent Fergus, toujours fidèle au poste.

– C'était qui ce type ? dit-il aussitôt.

– Notre nouveau professeur de potions, répondit Harry en marchant droit vers le château.

– Il est bizarre, ajouta Fergus après avoir jeté un coup d'oeil en arrière.

– Il a confié un truc à Harry, marmonna Ron en mâchonnant un réglisse.

– Quel genre de trucs ?

– Un truc pour Dumbledore, précisa le capitaine des rouge et or.

– Fais voir, demanda Fergus, curieux.

– Non, rétorqua Harry. C'est confidentiel, et pour Dumbledore.

– Donne-le-moi, insista l'ancien Poufsouffle.

– Non !

– Donne-le, Potter !

Dans l'échauffourée, le paquet se déchira légèrement sur le côté.

– Qu'est-ce qui te prend ? rugit Hermione, en s'interposant entre eux.

Fergus la regarda comme si elle était tout à coup folle.

– Tu ne trouves pas ça bizarre que ce prof se trimballe avec un paquet aussi important sur lui puis le confie à un élève ? Alors qu'il pourrait très bien le déposer directement dans le bureau du directeur avec un petit mot ? Et encore plus lorsqu'on sait que Dumbledore n'est même pas là !

C'était vrai : Dumbledore était absent de la table des professeurs depuis de nombreux jours.

– Je suis censé te protéger, Harry, donc donne-moi ce satané paquet ! Je vais regarder ce qu'il y a dedans avant que tu franchisses le fichu portail de l'école !

Fergus tendit la main.

– Ne fais pas le con, d'accord ?

Harry tendit lentement le paquet. A l'instant même où il entra en contact avec la main de Fergus, ce dernier fut comme foudroyé. Hermione poussa un cri perçant tandis que Fergus s'élevait dans l'air, les bras tendus et poussant un véritable cri d'angoisse à glacer le sang. Hermione se mit à pleurer en essayant d'attraper ses chevilles pour le ramener au sol, en vain. Finalement, au bout d'interminables secondes, le corps de Fergus se fracassa contre le sol recouvert de feuilles mortes, son bras formant un angle inquiétant.

Aussitôt, quelques élèves apparurent, formant un cercle autour d'eux.

– Allez chercher de l'aide ! rugit Harry.

Quelques instants plus tard, MacGonagall apparut parmi eux, toute trace de joie effacée de son visage. Elle observa le corps de Fergus, devenu complètement rigide et froid.

– Il faut le transférer à Sainte-Mangouste de toute urgence ! Poussez-vous !

Elle fit apparaître un patronus en forme de chat tigré qui disparut aussitôt. Harry ne pouvait détacher son regard du corps de Fergus, se demandant s'il était vivant ou mort. Non loin de lui se tenait un collier d'opale, toujours à moitié dans son paquet. En l'observant attentivement, Harry eut l'impression que le collier lui était familier... Tout à coup, Hermione se mit à trembler, avant de s'évanouir dans ses bras.

– Potter, emmenez-la à l'infirmerie. Elle est sous le choc, la pauvre. Dépêchez-vous !

Ron, qui était plus robuste, porta Hermione jusqu'au château tandis que leur directrice de maison prenait en charge Fergus. Ce dernier avait raison : ce paquet était piégé. Que se serait-il passé si, comme prévu, il l'avait transmis à Dumbledore ? Harry frissonna d'horreur. Jamais il n'aurait cru Slughorn capable d'un coup pareil... Une fois à l'infirmerie, ils racontèrent tout en détails à Pomphresh.

– Pauvre garçon, se lamenta-t-elle. S'il a été ensorcelé à cause de la magie noire, il n'a presque aucune chance...

Hermione affreusement pâle, se reposait sur un lit. Ron et Harry veillaient sur elle depuis au moins deux heures quand les portes de l'infirmerie s'ouvrirent sur le directeur. Dumbledore, la mine grave, s'avança jusqu'à eux.

– Je suis désolé pour ce qu'il s'est passé cette après-midi, dit aussitôt Harry.

– Non, c'est moi qui suis désolé. J'aurai dû savoir que Voldemort ou ses partisans tenteraient n'importe quoi pour m'atteindre. Kingsley est auprès de son fils à Sainte-Mangouste, ils ne savent pas encore s'il va s'en sortir. Le seul espoir que nous ayons, c'est qu'il n'a pas touché le collier à pleine main, mais uniquement une minuscule surface.

– C'est le professeur Slughorn qui m'a donné ce paquet.

– Je sais, et nous avons vite vu qu'il était sous l'emprise d'un très puissant Imperium, quasiment indétectable. Il est sous le choc, lui aussi. Il s'en veut terriblement de s'être laissé dupé.

Harry fixa ses mains, les accusant d'être responsables de toute cette tragédie. S'il n'avait pas été aussi stupide, s'il n'avait pas été « l'homme de Dumbledore jusqu'au bout », peut-être que Fergus serait rentré tranquillement chez lui ce soir.

– Où étiez-vous ? interrogea Harry sans la moindre trace d'agressivité.

– A Azkaban, dévoila Dumbledore. Et je peux d'ailleurs tout de suite te montrer pourquoi. (Il lui montra plusieurs fioles argentée) Ce n'est pas urgent, mais si tu veux, nous pouvons voyager ensemble sur le fil du temps.

Harry jeta un regard vers Ron, puis Hermione toujours inconsciente. Il ne trouvait pas ça juste de les abandonner ici, mais un fort sentiment de dégoût le forçait à détourner les yeux. Tout serait mieux que de rester enfermé ici, dans cette pièce, à broyer du noir. Il avait besoin de respirer et quoi de mieux pour cela que de se plonger dans la mémoire d'autrui ?

– Je serai là pour le dîner, dit-il à Ron.

Le Survivant se leva puis suivit le directeur en-dehors de l'infirmerie. Ils parcourent les couloirs, vides en ce samedi après-midi, et arrivèrent à son bureau.

– Ne perdons pas de temps, Harry, prononça Dumbledore dès qu'il eut fermé la porte. Les souvenirs que nous allons exploiter sont de la plus haute importance. Ils n'ont pas toujours de rapport direct avec la prophétie qui te lie à Voldemort. Mais ils regorgent de détails et d'éléments fondateurs sur les forces du mal. Il est plus que temps que tu apprennes qui est le véritable ennemi, ajouta-t-il en posant trois fioles devant lui. Les mangemorts ont certes des idéaux très éloignés des nôtres, mais ils n'en demeurent pas moins des êtres humains répondant à une logique qui leur est propre.

– Vous avez réussi à vous procurer les souvenirs d'un mangemort ? demanda Harry, ébahi et clairement impressionné.

Une substance argentée tournoyait dans les minuscules fioles en cristal. Pendant un instant, Harry pensa au professeur Rogue. Il éprouva un sombre plaisir à l'idée de plonger dans quelques-uns de ses moments les plus embarrassants.

– Ce ne fut pas facile, admit le directeur. Mais je dispose de certains éléments persuasifs... Après l'été dernier, beaucoup de choses ont changé. Nous avons pu capturer quelques disciples de Voldemort. L'un d'entre eux est Meraxes Nott, le père de ton camarade Théodore. Je suis allé lui rendre visite à Azkaban et nous avons longuement discuté. Meraxes sait énormément de choses sur le compte de Voldemort, expliqua-t-il. Il fait partie de son cercle d'intimes depuis le tout début. Il l'a donc vu évoluer, se radicaliser et planifier toutes sortes d'actions. Meraxes sait mieux que quiconque que ses jours sont comptés. Il est âgé et ne supportera pas bien longtemps la dureté de la prison. Tout ce qu'il lui reste ce sont des souvenirs qui le torturent, sa conscience ainsi que son fils unique qu'il ne reverra sans doute jamais.

– Il... Il va essayer de le sauver en monnayant des souvenirs ? comprit tout à coup Harry.

Dumbledore acquiesça.

– Meraxes pense que dès que Théodore quittera Poudlard, on tentera de lui faire du mal... Voldemort n'est guère miséricordieux : où le père a échoué, le fils doit lui succéder.

Après avoir passé six années auprès de Théodore, Harry ne l'imaginait pas du tout endosser le rôle de Mangemort. En dépit de sa répartition à Serpentard, Théodore était le garçon le plus calme et le plus pacifique qu'il n'ait jamais rencontré. Un frisson de dégoût et de révolte le saisit.

– Vous allez protéger Théodore, n'est-ce pas ?

– Je vais faire de mon mieux sans qu'il ne s'en aperçoive, assura Dumbledore. Tant qu'il est entre ces murs, rien ne peut lui arriver.

Le regard de Harry s'attarda sur les trois fioles.

– Est-ce que ces souvenirs sont dangereux ?

– Rien n'est plus dangereux que la mémoire, Harry. Maintenant, si tu veux bien te lever...

Le directeur versa le contenu argenté du premier flacon dans la Pensine. La substance – ni liquide, ni gazeuse – tournoya vers le fond, puis Harry se pencha en avant. Il tomba dans une sorte de trou sans fond et, enfin, ses pieds finirent par heurter le sol. En un clignement d'yeux, Dumbledore était à ses côtés. Ni fantômes, ni vivants, ils progressèrent dans le décor qui commençait à gagner en précision.

C'était une spacieuse salle à manger aux murs beiges, décorée avec raffinement. Sur une table ronde croulaient les vestiges d'un repas copieux – grappes de raisins, morceaux de fromage, carcasses de dinde et bouteilles de vin. Harry remarqua immédiatement un adolescent au visage familier : il s'agissait de Sirius, en beaucoup plus jeune et beau qu'actuellement. À ses côtés se tenait un autre garçon légèrement plus petit et qui lui ressemblait de manière frappante. Il s'agissait sans doute de son frère. Leurs parents papotaient avec une jeune femme brune au teint de crème. Elle n'était pas excessivement jolie comparée à sa voisine de table, Narcissa Malfoy, mais elle possédait un charme ravageur ainsi qu'une bonne humeur communicative.

Harry n'eut aucun mal à deviner que c'était la mère de Théodore Nott. Il lui ressemblait de manière frappante : la même silhouette filiforme, les mêmes cheveux d'un noir d'encre et les mêmes yeux lagon. Pourtant, ce qui choqua davantage Harry fut l'écart d'âge évident entre Meraxes Nott et son épouse. À côté d'elle, il paraissait presque être un vieillard. Du coin de l'œil, Harry discerna aussi Lucius Malfoy et Rabastan Lestranges. Chacun d'entre eux semblait être d'excellente humeur et, au vue de leur sourire éclatant, rien n'aurait pu prédire la mort précoce de certains.

– Un toast ! s'écria Meraxes Nott dans un état d'ébriété plus qu'avancé. Au vignoble de Polgoon, et à ma douce nouvelle épouse, Mortitia !

– À Polgoon et Mortitia !

Seul Sirius ne leva pas son verre, jetant des regards renfrognés en direction de la vieille horloge. Déjà à l'époque il faisait tâche parmi les siens. Harry lui aurait donné quatorze ans, pas plus.

– J'ai vu Bartemius Croupton au ministère aujourd'hui, prononça Lucius en filant du tabac à rouler à Rabastan. Il va bientôt être nommé à la tête du département de la justice. Je peux déjà le sentir.

Le frère de Sirius hocha de la tête, buvant ses paroles. Il ne faisait aucun doute que Lucius Malfoy faisait partie des personnes que l'adolescent admirait le plus. Harry pouvait comprendre pourquoi : ce dernier dégageait une prestance et un charisme fou, auxquels peu de personne saurait résister.

– Je trouve ça dommage qu'il s'évertue à insérer des gens de basse naissance dans son service, poursuivit Lucius. Tout ça pour des principes. Qu'est-ce que sont les principes ? Est-ce que je peux les rassembler, les économiser puis les emmener à la banque ? Que des principes... Pauvre homme.

Tout le monde éclata de rire. Lucius Malfoy but une gorgée de vin, se délectant de l'attention qu'on lui portait. Rabastan Lestranges alluma une cigarette tandis que Lucius se lançait dans une imitation insultante – quoique fidèle – de Bartemius Croupton. D'une certaine façon, Draco continuait d'agir comme une copie conforme de son père. Tous deux adoraient être le centre de l'attention et n'hésitaient guère à user de leur charme pour parvenir à leurs fins. Même si son meilleur ami rassemblait de prodigieux efforts afin de marquer sa différence, il ne pouvait nier avoir absorbé malgré lui les mimiques et attitudes de son géniteur.

Mortitia Nott se mit à tousser.

– Lucius, dit sévèrement Narcissa, allez donc fumer dehors. Tu sais bien qu'elle ne supporte pas ces odeurs.

Lucius, Rabastan et Meraxes se levèrent, laissant les autres encore à table. Lorsque Dumbledore pressa le bras de Harry pour lui faire comprendre de les suivre, celui-ci sursauta légèrement. L'expérience était si immersive qu'il en avait oublié sa nature véritable. Meraxes Nott s'apprêtait à dire quelque chose aux deux autres quand le petit frère de Sirius surgit à leur suite, le regard plein d'espoir.

– Bel nuit, hein ? lança Rabastan.

En dépit du ciel sans nuage, les vieux arbres du vignoble projetaient des ombres noires. Des lucioles voletaient autour de sphères lumineuses animées magiquement. Même si Harry ne pouvait le sentir, il imagina les températures plutôt clémentes et estivales.

– Oui, admit le petit frère de Sirius. Il fait beau.

L'adolescent se balança légèrement sur la pointe des pieds, comme s'il combattait un profond embarras.

– Je... Je voulais vous parler de Jedusor. Je sais que vous êtes bons amis avec lui et... et je m'intéresse de très près à son ascension. J'ai lu tous ses discours, déballa-t-il à toute vitesse. Et puis, ce qu'il sait faire avec la magie... Je n'avais encore jamais vu ça auparavant.

– Je crois que Regulus est amoureux, se moqua Rabastan en rejetant son épaisse crinière brune en arrière.

Meraxes rit légèrement, puis le silence se fit. Lucius progressa de quelques pas en avant et dit :

– Qu'est-ce qui t'enchante le plus là-dedans ? Je veux dire, c'est un très bon sorcier. Mais il n'a rien fait d'extraordinaire jusqu'ici. Alors pourquoi diable t'intéresse-t-il ?

Regulus haussa des épaules. Harry mourrait d'envie qu'il réponde, mais l'adolescent sembla chercher ses mots.

– Je ne sais pas, admit-il finalement. Avec mon ami Barty Jr. on en parle beaucoup. Même à Poudlard les gens parlent encore de lui comme d'une légende vivante (Regulus lança un regard humide d'espoir vers Lucius). J'aimerais le rencontrer, Lucius. Tu pourrais le lui dire ? Je sais que tu lui parles encore.

D'un œil suspicieux, comme s'il le jaugeait, Lucius l'étudia un long moment. Rabastan hocha lentement de la tête, un sourire d'une joie malsaine s'étirant sur sa figure.

– Très bien. J'essaierai de lui toucher deux mots à propos de toi. Mais... Ce n'est pas sûr qu'il m'écoute. Il n'écoute pas grand monde d'ailleurs.

Regulus n'avait pas pu s'empêcher de pousser une exclamation réjouie. C'était comme si on venait de lui annoncer que sa rockstar préférée lui signerait un autographe. Son insouciance donna froid dans le dos à Harry. Cependant, le bonheur ne fut que de courte durée. Sirius venait d'apparaître, l'œil noir et méchant, les mains enfoncées dans les poches d'un jean moldu.

– De quoi vous parlez ?

Lucius Malfoy se tourna vers lui, haussant les sourcils. Il considéra Sirius en plissant du nez, comme s'il s'agissait d'une saleté sur ses chaussures impeccables.

– Ca ne te regarde pas, nabot. C'est entre Reg et moi.

Avec une agilité surprenante, Rabastan se hissa au sommet d'un vieux muret et regarda Sirius de là-haut. Ce dernier les observa à tour de rôle. Pendant un bref instant, Harry eut la solide impression que Sirius désirait protéger son frère.

– Vous passez beaucoup de temps ensemble, tous les deux. Oh, je vois. (Sirius claqua des doigts) Tu vas larguer cette pauvre Cissa et annoncer tes fiançailles avec mon frère.

Regulus crispa les poings. Il s'apprêtait à lui bondir dessus quand Lucius souffla un nuage de fumée à la figure de Sirius.

– Laisse-le, Reg. Il finira par apprendre les bonnes manières. Tom les lui fera chanter dès qu'il aura croisé la route d'un chancre pareil...

Peu à peu, le souvenir s'estompa et Harry fut ramené de force dans le bureau de Dumbledore. Ce dernier était déjà assis, ses yeux perçants posés sur le flacon désormais vidé de son contenu. La pièce était à présent plongée dans la pénombre du crépuscule.

– Qu'est-il arrivé au frère de Sirius ? Il... il n'en parle jamais.

– Eh bien, vois-tu Harry, il a rejoint Voldemort tout comme ce souvenir le laissait présager. Puis il a fini par mystérieusement disparaître. Tous les indices pointent vers une mort prématurée.

– Il paraissait si jeune... Il parlait de son ami Barty. Est-ce que c'est bien le même que celui du Tournoi des Trois Sorciers ?

– En effet. Durant leurs études à Poudlard, Regulus Black et Barty Croupton Junior étaient inséparables. Ils ont rejoint les rangs de Voldemort presque en même temps. Je le déplore encore aujourd'hui, mais l'école a constitué un véritable vivier de jeunes recrues. Maintenant, je refuse de laisser cela se reproduire en commençant par Théodore Nott... Son père me l'a avoué de lui-même. Théodore n'a pas l'étoffe d'un tueur. Il n'est pas fait pour la guerre.

Harry demeura songeur un moment avant de reprendre la parole :

– Regulus avait l'air de beaucoup apprécier Lucius Malfoy. Pourquoi ?

– Ce n'est pas bien difficile à comprendre. Sirius a toujours méprisé sa famille ainsi que ses origines. Je sais qu'il est ton parrain et qu'une forte affection vous lie. Mais il n'en a pas été de même entre Sirius et Regulus. À force de blessures émotionnelles, je suppose que Regulus a voulu se raccrocher à une autre figure d'autorité. Lucius était l'héritier modèle et représentait bien plus un grand frère pour Regulus que Sirius ne l'avait jamais été. La quête de Regulus semble folle à nos yeux, mais elle était surtout motivée par l'amour des siens. Je suis persuadé qu'il pensait pouvoir récupérer son frère en bâtissant un monde pur. Regulus, avec ses maigres moyens et en dépit de son jeune âge, espérait retrouver sa famille comme il l'avait laissée étant enfant.

Harry hocha douloureusement de la tête.

– Je crois que cela suffira pour ce soir, finit par formuler Dumbledore en l'observant par-dessus ses lunettes en demi-lune. Tu as une mine épouvantable. Nous découvrirons les autres souvenirs de Meraxes à un autre moment. Bonne soirée, Harry.

– Bonne nuit, professeur. (Il s'apprêtait à sortir quand il fit brusquement demi-tour) Ah, au fait, j'ai pu voir Sirius aujourd'hui et il m'a donné ça (Harry extirpa de la poche de sa cape la bouteille de bièreaubeurre puis la tendit à Dumbledore).

– C'est parfait, je te remercie.

Et après un dernier salut, Harry quitta le bureau du directeur. Il marchait en direction de la Grande Salle quand des bruits de pas retentirent derrière lui.

– Harry ! Attends !

Théodore Nott courrait dans sa direction, apparemment essoufflé.

– Je t'ai cherché partout, dit-il. Je, euh, je voulais te dire que j'étais désolé pour ce qui était arrivé à ton ami. Et aussi que je n'ai absolument rien à voir là-dedans.

– Je sais, répondit le Gryffondor avec un naturel presque déconcertant

– A-... Ah bon ? Je viens de passer une heure dans le bureau de Rogue. Il voulait absolument savoir où j'étais et je lui ai dit que j'étais parti me balader vers la Cabane Hurlante. Mais il ne m'a pas cru (Théodore fronça des sourcils en fixant le sol). Vu que j'étais tout seul, je n'ai pas d'alibi. Je crois qu'il pense que j'essaie de venger mon père. Il me surveille depuis le début de l'année. Alors, je voulais être certain que... que tu ne penses pas comme lui. Je n'ai rien à voir avec ça, répéta-t-il.

Cela fit tout bizarre à Harry de le voir planter juste devant lui, alors que quelques minutes auparavant, il avait eu l'occasion de voir sa mère dans la Pensine. Tous les deux se ressemblaient beaucoup. Théodore l'observa un moment puis dit :

– Quelque chose ne va pas ?

– Non, rien, mentit-il.

Pendant un instant, ni l'un ni l'autre ne sut quoi dire.

– Bon, eh bien, à la prochaine, prononça Théodore d'un ton incertain.

En descendant les escaliers, Harry le vit se diriger vers la table des Serpentard. Le Survivant s'installa dos à lui, à celle des Gryffondor.

ooo

Merci de m'avoir lu. Le prochain chapitre sera soit comme les précédents (cad, partagé entre Poudlard et Durmstrang), soit il cela sera uniquement centré sur Draco. J'hésite encore et ça dépend surtout de la matière que j'ai à exploiter concernant cette période.