Posté le : 18 septembre 2016. Yeah, yeah, yeah ! Bébé dragon !


Notes de chapitre :

1. Contrairement à ce que j'avais ''promis'' au chapitre précédent, celui-ci ne se focalisera pas uniquement sur Draco, mais alternera les points de vue. Toutefois il est possible qu'un chap seulement sur lui arrive dans un futur proche, si la trame me le permet !

(*) Paavo Lohk est un personnage créé par TheDreamSpectral dans le cadre du concours de création d'OC, lancé ce printemps (si mes souvenirs sont bons). J'ai essayé de rester la plus fidèle possible à la description qui en a été faite, tout en ajoutant ci et là des bribes d'interprétation. Merci pour ce personnage !

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Chapitre 38 : "Rapprochements et manigances"

Draco caressait depuis plusieurs minutes le plumage blanc de Hedwige, perdu dans ses pensées. Le mois de novembre touchait bientôt à sa fin et déjà de la fine neige recouvrait les versants des montagnes alentour. La chouette lui pinçait affectueusement le doigt, comme si elle aussi anticipait son départ. Draco aurait préféré la garder avec lui des semaines encore tant elle lui rappelait de bons souvenirs. Mais il savait que Harry finirait par en avoir besoin.

Même si la nuit était déjà tombée depuis longtemps sur Durmstrang, de nombreux élèves étaient encore éveillés dans les couloirs. Cette semaine était dédiée aux premières évaluations, ce que redoutait beaucoup l'ancien Gryffondor.

À Durmstrang, le système de notation était très différent de celui de son ancien collège. Ici, il n'y avait jamais de devoirs à rendre, ni même d'interrogations écrites. Les enseignants de l'Institut considéraient cela comme une complète perte de temps. Ils préféraient de loin voir les étudiants manipuler les sortilèges et jeter des maléfices à des cibles factices.

Avant d'arriver ici, Draco ne s'était jamais véritablement rendu compte à quel point il manquait de pratique. Il ne comptait même plus les enchantements appris à Poudlard sur du papier qu'il n'avait même jamais lancé. « La magie ne s'apprend pas dans les livres », martelait leur enseignante d'Incantation. « La magie est intuitive, comme la respiration. Vous n'avez pas besoin de parchemins barbants pour tout comprendre. »

Si au début l'idée de n'avoir aucun manuel ni trace écrite avait séduit Draco, maintenant il ne faisait plus le fier. Il se souvenait à peine de certains cours du mois de septembre et était terrifié à l'idée de n'avoir aucun support de référence officiel. Hermione perdrait sans doute la raison ici. Durmstrang n'avait pas de bibliothèque ou de salles d'études, ce qui renforçait le total sentiment d'abandon que ressentait Draco.

Heureusement, Jaspe – son camarade de classe le plus dévoué – s'était fait un point d'honneur de l'aider. Cela faisait près de deux heures qu'ils s'étaient enfermés dans la chambre de Draco afin de réviser. Celle-ci, située dans l'aile sud de l'école, était bien plus spacieuse et finement décorée que celle de Jaspe qui séjournait dans l'aile nord. L'Institut Durmstrang était une étroite bâtisse en forme de croix grecque, surplombant la vallée cerclée de montagnes aiguisées. Chaque pièce avait subi un puissant sortilège d'élargissement de sorte que même si les portes des chambres individuelles étaient toutes accolées les unes aux autres à la façon d'une cabine de bateau, l'intérieur possédait des proportions plus que raisonnables.

– Tu devrais la laisser partir, lança la voix de Jaspe derrière son dos.

Ce dernier, à son aise, était allongé sur son lit, son cahier ouvert en son milieu. Draco soupira tout en continuant de caresser Hedwige.

– Je ne vois vraiment pas pourquoi tu tiens tant à cette stupide chouette, continua Jaspe d'une voix plus forte afin de le faire sortir de sa rêverie. Ici, en Norvège, il y en a des tas des comme ça.

– Je sais, mais elle, c'est celle de mon meilleur ami. Harry l'attend, j'en suis sûr.

Au nom de « Harry », Jaspe grinça des dents, mais Draco ne put le voir, regardant ailleurs. Après quelques instants, il se leva en tendant son bras. Hedwige voleta pour se poser dessus. Il se dirigea avec vers la fine fenêtre donnant sur les sources chaudes.

– Fais attention à toi en route, dit Draco après avoir vérifié que sa lettre était solidement attachée à sa patte.

Hedwige claqua son bec puis s'élança dans le ciel étoilé. Draco resta penché à la fenêtre un moment. Il était si absorbé qu'il n'entendit pas Jaspe se placer juste derrière lui pour la refermer d'un geste sec.

– Bon, on retourne à nos révisions ? (Draco hocha de la tête) Tu préfères quoi ? Continuer l'incantation ou qu'on passe directement à la démonologie ?

– Allons pour la démonologie..., souffla Draco en s'installant en tailleur sur son lit.

Leur enseignant – Tibère Parkison – n'était autre que l'oncle de Pansy. Il avait été forcé à l'exil par sa famille après avoir eu une relation sulfureuse avec une moldue. Tibère ne faisait jamais de favoritisme parmi ses élèves même s'il semblait en tenir quelques-uns dans son cœur. Draco se doutait bien que son professeur connaissait exactement ses affinités avec sa nièce, mais jamais il ne le mentionna en cours ou ailleurs. La démonologie était l'une des matières les plus stimulantes de son programme : ils étudiaient les modes d'action des démons, leur reproduction, mais aussi leurs pouvoirs. Ayant toujours été bercé par les contes sorciers durant son enfance, Draco avait toujours été terrifié par les démons. Il n'y avait pas plus dangereux et imprévisibles même les vampires préféraient les tenir à distance.

– Si tu veux, je te pose des questions issues du programme d'évaluation du ministère, dit Jaspe en se câlant sur un oreiller. Tu n'auras qu'à répondre comme si j'étais le prof.

– Ça, ça ne sera pas trop dur..., répondit Draco d'un ton ironique.

Jaspe avait la fâcheuse manie de prendre un petit air supérieur dès qu'il expliquait quelque chose. Parfois, son ami lui faisait penser à Hermione dans certaines de ses manières.

– Première question, qu'est-ce qu'un démon ?

Ça, c'était facile, songea Draco.

– Un démon est un sorcier déchu, qui aurait fait le choix de vendre son âme en échange de plus de pouvoirs. Personne ne peut contraindre qui que ce soit à devenir un démon. Il est nécessaire que cela soit une entreprise motivée par le sorcier seul. Les démons sont apparus peu de temps après la sorcellerie, mais se sont surtout multipliés au moyen-âge. Ils sont reconnaissables à leurs yeux sans pupilles et leur appétit particulièrement vorace. Un démon peut ingurgiter jusqu'à deux kilos de nourriture par repas tant il brûle d'énergie en utilisant ses pouvoirs.

– Tu as un peu débordé du sujet, fit remarquer Jaspe avec une certaine moue.

– Il vaut mieux en dire trop que pas assez, non ? ...Quoi ?

Depuis de longues secondes, Jaspe s'était brusquement arrêté, le fixant d'un air étrange. Il semblait concentré, comme s'il tentait de graver chaque détail de son visage quelque part. Tout à coup, Jaspe ferma son cahier puis s'approcha. Pétrifié, Draco ne sut quoi faire quand Jaspe l'embrassa avec fougue. Sous la surprise, il tomba sur le matelas et son ami en profita pour se placer au-dessus de lui, sa main dans son cou. Le baiser n'était pas désagréable, loin de là. Mais tout semblait si... étrange. Jamais Draco n'aurait soupçonné que Jaspe ressentait de l'attirance pour lui. Il était partagé entre son envie bien présente – car après tout, cela faisait longtemps qu'il n'avait plus eu de rapport, et sa culpabilisante raison. Si Jaspe espérait clairement plus que de l'amitié, Draco n'était pas sûr de vouloir s'engager pour plus qu'une nuit. Il fallait que les choses soient claires entre eux :

– J-Jaspe, bafouilla-t-il en le repoussant légèrement. Je... Je ne peux pas être ton petit-ami.

– D'accord, répondit-il d'une voix caverneuse.

Et il l'embrassa à nouveau, avec tout autant de passion. Draco pouvait deviner l'expression appliquée, presque concentrée, de Jaspe même en ayant les yeux fermés. Si on le lui avait demandé, le Gryffondor n'aurait sans doute pas misé une noise quant au fait que Jaspe embrassait bien. Et pourtant... Déjà, c'était très différent d'avec Viktor. L'attrapeur bulgare avait toujours eu une part d'hésitation dans chacun dans ses gestes... sauf lorsqu'il se tenait sur un balai à pleine vitesse.

Jaspe était tout le contraire : sous son apparence de garçon renfermé se cachait un véritable animal prêt à bondir ! Désemparé face à la vitesse des évènements, Draco ne savait plus exactement où donner de la tête. Ouvrant à moitié les yeux, il vit en premier lieu les cheveux sombres de Jaspe à quelques centimètres de son visage. Draco ne put s'empêcher de les empoigner tout en gémissant. Il devinait les doigts fins de Jaspe parcourir son corps et essayer de déboutonner son uniforme.

La pièce n'étant éclairée que des bougies pour leur étude, les cheveux châtain foncé de Jaspe paraissaient noirs d'encre. Draco ferma les yeux, offrant sa gorge à Jaspe qui la mordillait avec application. Noirs comme ceux de Harry... Pendant quelques secondes – qui toutefois parurent durer des heures – le cerveau de Draco le propulsa droit dans les bras imaginaires de son meilleur ami. Dans ce fantasme éclair, Draco s'était vu allongé sur son lit de la tour Gryffondor, Harry au-dessus de lui, déboutonnant son pantalon. Il avait enlevé ses lunettes et ses yeux verts légèrement assombris le fixaient avec une pointe d'espièglerie...

– Stop, articula tout à coup Draco. Stop, stop, répéta-t-il faisant alors sortir Jaspe de sa torpeur.

– Quoi encore ? grogna l'autre adolescent, apparemment frustré.

– Je... Je ne crois pas que cela soit une bonne idée. (Jaspe arqua un sourcil et sa bouche s'incurva d'une moue à mi-chemin entre la moquerie et la déception) On est ami, non ? Il vaudrait mieux que, euh, ça reste comme ça.

Draco profita du moment de surprise pour se redresser et remettre ses vêtements en place. Jaspe le fixait toujours d'un air incrédule, certainement pas dupe. Son mensonge était à peine crédible et il lui fit grincer des dents. Le blond se dirigea vers son bureau et fit mine de mettre de l'ordre dans sa pile de parchemins, mettant à droite ceux dédiés au russe niveau 1, et à droite ceux de la géographie sorcière.

– Je peux te poser une question ? lança Jaspe, qui était resté à moitié allongé sur le lit. Tu es toujours amoureux de lui ?

– Hein ? Quoi ? Non, pas du tout.

– Je m'en doutais, dit-il avec malice. Ça ne fait rien... Je parviendrai bien un jour à te faire oublier Krum.

Les sourcils presque translucides de Draco bondirent sur son front. Alors... Jaspe pensait réellement qu'il éprouvait encore quelque chose pour son ex ? Il valait mieux ça plutôt qu'il l'accuse d'avoir des sentiments pour Harry... ce qui serait très humiliant sachant que ceux-ci n'étaient qu'à sens unique. Donc Draco préféra laisser planer le doute :

– Dis-moi... Qu'avait-il de si, mmh, spécial ?

Cette fois, Jaspe était debout au milieu de la pièce. Draco aurait bien répondu à la question si son ami n'était pas aussi... visiblement excité. Malgré lui, l'ancien Gryffondor éclata de rire et Jaspe fut aussitôt rouge brique.

– Te moque pas de moi, grommela-t-il.

– Non, je-...

– Ouais, c'est ça. Je t'ai bien vu, tu sais. Je ne suis pas sourd, ni aveugle. En fait (Jaspe fourra ses cahiers dans son sac en cuir vieilli), tu es comme tous les autres dans cette école. Je pensais que t'étais différent.

Et sans même demander son reste, Jaspe claqua la porte derrière lui.

Ooo

Draco avait terriblement mal dormi. Il n'avait fait que de se retourner dans son lit en repensant à ce qu'il s'était produit avec Jaspe... Il devait sans doute lui en vouloir, maintenant. Draco n'avait pas vraiment voulu se moquer. Il avait ri parce que... enfin, ça n'avait aucune importance. Draco n'était pas du genre à se moquer gratuitement des gens, et encore moins de ses amis.

Ce matin-là, donc, il décida de se lever très tôt afin d'avoir une chance de le croiser dans les couloirs avant les évaluations. L'ancien Gryffondor se doucha avant l'aurore, s'habilla puis alla rejoindre le réfectoire. Là-bas, les cracmols de l'école garnissaient déjà les tables de pains frais, de lait chaud et de fruits d'automne. Contrairement à Poudlard où les tables se remplissaient assez tardivement, les élèves de Durmstrang étaient habitués à vivre avec les premières lueurs du matin. Draco arpenta la salle semée de tables rondes à la recherche de Jaspe. À l'instant même où il aperçut l'éclat orangé de la chevelure de Mafalda, une voix s'éleva dans son dos :

– On est perdu ?

Andreas Gregorovitch, attablé au milieu de ses amis les plus proches, poussa du pied le tabouret le plus proche.

– Tu t'installes.

– Je préfèrerais rejoindre mes amis, si ça ne t'ennuie pas...

– Ce n'était pas une question. Mange avec nous.

Draco avait très vite appris dans sa nouvelle école à ne jamais refuser une invitation, aussi indélicate soit-elle. Cela allait contre les mœurs d'ici et était très mal perçu. Contraint, Draco finit par se laisser glisser sur le siège et jeta un œil circonspect aux autres élèves plus âgés. Ils étaient tous de huitièmes années et faisaient partie du cercle fermé des élèves les plus admirés de l'école. Autrefois, Viktor ''dirigeait'' cette petite bande, même s'il n'avait jamais souhaité une telle attention. Andreas, pour sa part, semblait se délecter chaque jour de sa nouvelle position de chef. Sans lui demander quoi que ce soit, Andreas lui versa dans une tasse du thé brûlant avec une dextérité à toute épreuve.

– Premier jour d'évaluation ? lança l'une des camarades d'Andreas. Je me souviens que mon frère avait vomi ce jour-là.

Draco croyait se souvenir de son nom : Alessandra, Alexia, ou quelque chose dans ce goût-là. Elle faisait partie des rares filles de l'école et rivalisait d'ingéniosité lorsqu'il s'agissait d'inventer des mauvais sorts. Son frère jumeau, un grand blond aux airs morose, la fusilla du regard :

– Et si tu fermais ta grande gueule de temps en temps ?

– Mon frère est incapable de gérer son stress, continua-t-elle comme si de rien n'était. En général, il passe des heures assis sur les toilettes à réciter tous les noms de divinités à sa connaissance et y'en a des tas.

Draco ricana, se détendant légèrement. Il sortit sa baguette magique afin de faire légèrement griller ses toasts.

– Ollivander, mmh ? dit Andreas. De la camelote, tout le monde ici sait que les meilleures baguettes sont fabriquées depuis des générations par ma famille. (Le huitième année tournoya sa baguette entre ses doigts, lui faisant crachoter des étincelles émeraude) Plus puissantes, plus dangereuses. Il n'y a pas les restrictions habituelles que vous, les Anglais, vous vous mettez.

Draco fit comme s'il n'avait rien entendu et se composa une généreuse assiette de gaufres.

– Ça te dirait de faire partie de notre petit club de duel ?

Andreas ne prit pas de gants, et dans un sens, c'est ce que Draco appréciait le plus. Au moins, ici, les gens étaient directs entre eux. Pas de demi-mot, ni de tabou.

– Oui. Pourquoi pas, répondit-il platoniquement.

Le visage d'Andreas se fendit d'un large sourire :

– Tu nous apprendras des sorts de ton pays ?

– Euh, bah... Si vous voulez.

Encore maintenant, Draco oubliait que certains sortilèges étaient la spécialité d'un pays, mais pas d'un autre. Dès son arrivée, les élèves s'étaient montrés particulièrement impressionnés quand Draco lança un crache-limaces à un garçon un peu trop insultant. D'accord, il avait écopé de quelques coups de règles sur les doigts, mais depuis, il bénéficiait d'une excellente réputation dans l'école.

Andreas l'observait à présent comme s'il était satisfait de sa réponse. Peut-être s'était-il imaginé que cela serait bien plus compliqué de le convaincre. Il passa le restant du petit-déjeuner sans ajouter quoique ce soit de plus, et à se rappeler mentalement ses cours. La première épreuve était celle de magie ancienne – autrement dit, de magie noire. Au début, Draco avait ressenti quelques scrupules à l'idée de participer à cette matière, mais celle-ci s'avèra étonnamment instructive : plus il apprenait des choses sur cette branche de la magie, plus il comprenait le chaos dans lequel le monde se trouvait. De plus, il n'y avait pas que de mauvais sorts en magie noire. La plupart avaient été classifiés ainsi à cause de l'usage abusif dont faisaient preuve certains sorciers... comme les Mangemorts. Draco regarda les cracmols de l'école débarrasser les assiettes puis attrapa son sac de cours.

– On se dit ce soir dans le réfectoire ? insista Andreas en le regardant se lever.

– D'accord.

La plupart des autres élèves de sixième année avaient déjà rejoint l'aile nord dans laquelle se déroulerait la première épreuve du trimestre. Draco repéra Jaspe tout près de la porte et décida donc de le rejoindre :

– Salut, dit-il d'un ton faussement enjoué. Je, euh, voulais m'excuser pour hier soir. (Jaspe resta le nez dans son livre) Je ne pensais pas à mal... C'est juste arrivé, c'est tout. Écoute, tu vas quand même pas me faire la tête pour ça ?

N'obtenant pas de réaction de sa part, Draco finit par s'éloigner plus irrité que jamais. Il savait Jaspe susceptible, mais tout de même pas à ce point ! Finalement, leur professeur de Magie Ancienne – Conrad Agoulos – apparut à l'encadrement de la porte, l'air plus perfide que jamais. D'une certaine manière, il lui rappelait Rogue que cela soit dans sa manière de traiter les élèves ou ses sujets de cours particulièrement difficiles. Pourtant, malgré son sadisme à toute épreuve, il s'agissait d'un enseignant apprécié ici à Durmstrang, car les étudiants avaient une mentalité très différente de ceux britanniques : ils aimaient que leurs professeurs les poussent dans leurs derniers retranchements, quitte à en souffrir. Draco trouvait cela assez masochiste, mais eu la prudence de s'abstenir de tout commentaire. Agoulos fit l'appel, puis, une fois sûr que tous les candidats à l'examen étaient présents, il commença à les convoquer par ordre alphabétique deux par deux.

Faisant partie de la seconde moitié de l'alphabet, Draco dû patienter une bonne partie de la matinée assis sur une chaise inconfortable à attendre que son tour arrive. Pendant toute la durée de l'attente, Jaspe ne décrocha pas un seul regard dans sa direction, son nez fourré dans son calepin de notes. Finalement, il fut appelé et disparu avec un autre élève de leur promotion derrière l'étroite porte de bois massif. Aucun son n'y filtrait et Draco supposa que leur enseignant y avait jeté un sortilège de silence. Peu de temps après, le professeur Agoulos aboya :

– Paavo Lohk(*) et Draco Malfoy !

Paavo Lohk – tout comme son cousin Raine âgé d'un an moins que lui – avait les épaules légèrement voûtées. Draco ne l'avait jamais entendu prendre la parole en classe et se demanda s'il était trop timide pour le faire ou s'il les pensait simplement indignes de son attention... Paavo, comme la plupart des élèves de cette école, avait les cheveux noirs. Ses yeux marron, accentués par ses sourcils broussailleux, s'arrêtaient sur chaque détail du décor de la pièce : ils se trouvaient dans une salle de classe dont chaque table et chaque chaise avaient été repoussées contre les murs. Au centre avait été tracé un cercle à même le sol. Le professeur Agoulos leur fit signe de le rejoindre :

– Je vais voir ce que vous avez retenu de ces trois mois d'enseignement. Vous allez vous battre l'un contre l'autre en utilisant uniquement des sortilèges de magie ancienne – les sorts impardonnables sont, bien évidemment, interdits. Le but étant de faire sortir l'autre du cercle. Lorsque je dirai stop, vous vous arrêterez, c'est compris ?

Paavo et Draco acquiescèrent.

– Bien. En place. Levez vos baguettes... Saluez... En avant !

Paavo fut de loin le plus rapide. Il effectua un cercle au-dessus de sa tête avec sa baguette magique et créa comme une liane de vent glacée qui coupa le souffle à Draco en percutant son ventre. Il tituba et faillit se retrouver au sol, mais se retint d'extrême justesse. L'ancien Gryffondor excuta un sortilège de protection qui dévia le prochain maléfice de Paavo vers un autre coin de la salle. Le professeur Agoulos se décala simplement d'un pas afin de l'éviter et une chaise explosa en milliers de copeaux de bois. Draco attrapa sa baguette magique à deux mains et y canalisa toute sa force. Après un puissant cri, plusieurs tables lévitèrent en direction de son camarade afin de se fracasser dans sa direction. Ce dernier roula au sol puis envoya un rideau de poussière vers Draco qui prit trop de temps à réagir et se retrouva la vue complètement floutée. Puisqu'à Durmstrang depuis plus longtemps que lui, Paavo était considérablement en avance en matière de sortilèges informulés et il était devenu difficile pour Draco d'anticiper ses coups. Sa seule défense résidait en ses leçons d'occlumencie dispensées par sa famille et Rogue au cours de l'été, lui permettant de détourner l'attention de tout intrus et de ne jamais dévoiler son plan. Même s'il ne voyait plus rien, Draco essaya tant bien que mal de se focaliser sur les sons qu'il percevait ou encore les légers mouvements du sable pouvant alors trahir une possible approche de Paavo...

Levicorpus ! cria Draco en visant ce qu'il croyait être la silhouette de Paavo.

Malheureusement, il s'agissait d'un leurre. Celui-ci était parvenu à projeter son image en miroir pour mieux l'attaquer par-derrière. Alors, Draco se retrouva propulsé par terre, à quelques centimètres seulement de la limite du cercle. Dans un élan désespéré, Draco essaya d'arracher le sable tout autour de lui et y parvint il ne savait encore comment. Sans doute en l'espérant très fort. Mais il était déjà trop tard : Paavo fonçait sur lui et un coup de baguette magique plus tard, Draco était éjecté hors du cercle.

– C'est terminé, lâcha le professeur Agoulos. Relevez-vous, Malfoy.

Ce dernier rassembla le peu de fierté qui lui restait et remarqua que son uniforme était déchiré au niveau de la manche et qu'il saignait un peu de la lèvre. Il s'essuya la bouche d'un revers de main puis attendit le verdict, qu'il connaissait déjà...

– Très belle démonstration, Lohk. Malfoy... Vous vous êtes laissé surprendre à au moins deux reprises, et un sorcier ébahi face à un obstacle reste une proie aussi facile qu'un moldu sans défense. Vous devez améliorer votre système de défense et mieux anticiper les coups. Je sais que c'est une matière difficile pour vous, car à Poudlard on ne vous enseigne pas comment vous battre les uns contre les autres. Mais il s'agit d'un exercice essentiel, car, un jour ou l'autre, vous serez amené à devoir vous défendre contre un agresseur... ou peut-être serez-vous vous-même l'agresseur. Quoi qu'il en soit, j'admire votre pugnacité. Vous avez compris la magie ancienne, ça ne fait aucun doute. Vous l'avez au fond de vous, car, sans ça, vous n'auriez pas pu faire disparaître le rideau de sable uniquement par la pensée. Mais il vous manque la maîtrise. La maîtrise de la magie passe par la maîtrise de vous-mêmes. Vous manquez encore de discipline (Draco hocha de la tête, la mâchoire serrée). Vous êtes recalé pour l'épreuve. Vous aurez des leçons de rattrapage avec moi tous les mardis soirs sans exception. Je suis certain qu'à partir de là vous trouverez les ressources nécessaires pour évoluer.

Les deux élèves s'inclinèrent puis quittèrent la salle d'un pas mécanique. Paavo ne pouvait se débarrasser de son sourire satisfait. Draco attrapa son sac sur le porte-manteau tout évitant soigneusement de croiser le regard des autres. Il fila dans les toilettes unisexes au bout du couloir et s'enferma dans une cabine qu'il insonorisa de sa baguette magique. Il tapa du poing contre la porte puis s'effondra en larmes. Pourquoi tout était-il un si grand fiasco ? Pourquoi n'arrivait-il pas à réussir quelque chose d'aussi simple qu'un foutu duel sorcier ? Et pourquoi se mettait-il tout à coup à pleurer comme une putain de baltringue ? Il se prit la tête entre les mains et sanglota. Sa famille comptait tellement sur lui cette année... Il fallait qu'il travaille encore plus dur, sinon son père...

Tout à coup, la porte des toilettes s'ouvrit.

– Tu as oublié de jeter un Alohomora, dit Mafalda qui se tenait dans l'embrasure, sa baguette magique au poing. Tous les élèves de Poudlard ne sont pas très futés ou c'est juste toi ?

Draco eut envie de rire, mais tout ce qu'il réussit à faire fut de pleurer un peu plus.

– Ne me dis pas que tu pleures à cause de cette satanée épreuve ? La majorité des élèves est chaque année recalée, pas de quoi faire un drame.

– J'ai été humilié. Je n'ai même pas réussi à faire un simple...

– Hey, t'en fais pas pour ça. Tu as encore deux trimestres devant toi pour faire tes preuves. Je suis prête à mettre ma collection de ballon-gum de Krum au feu que si tu avais été avec nous depuis la première année, tu aurais été l'un des meilleurs élèves de l'école... Tu as réussi à te défendre, non ?

L'ancien Gryffondor sécha ses larmes.

– Si on avait été dans la vraie vie, Paavo aurait eu au moins quatre occasions de me tuer.

– Et toi ?

– Peut-être une... en priant très fort Merlin.

– Paavo est balèse en sortilèges et maléfices. Son père est Erast Lohk, un maître en matière d'enchantements et il fait partie de toute sorte de confédérations. Il entraîne son fils depuis son plus jeune âge. Paavo a juste un peu d'avance sur toi, ça ne veut pas dire pour autant qu'il reste imbattable. Tu sais, Paavo a beau être l'un des premiers de votre classe en magie anciene, je te garantis qu'il serait incapable de métamorphoser une botte de foin en radeau même si sa vie en dépendait. Et puis, il n'est pas aussi canon que toi. C'est déjà un gros plus dans la vie, non ? Allez, souris un peu Malfoy. Ça me fait tout drôle de te voir dans cet état. Si les autres apprennent que je suis amie avec une chochotte je perds toute crédibilité !

– Je ne suis pas une chochotte, martela-t-il. Je suis juste... Enfin bref, ça n'a d'importance. Je me sens tellement frustré par cette situation. J'ai l'impression de tout donner pour réussir et de toujours échouer.

– Bienvenu au club, dit Mafalda en s'adossant contre la porte.

– Qu'est-ce que tu veux dire ? Tu es brillante ! Tu es même plus forte que moi alors que tu as un an de moins !

– Ouais... je suis très bonne en magie. Excellente même. Ça doit être mon côté Prewett, tous les Prewett sont des sorciers hors du commun. C'est écrit. Sauf que tu vois... mon père se serait bien passé de tout ce talent. Il déteste la magie depuis la mort de ma mère. Des mangemorts l'ont assassiné peu de temps après que Tu-Sais-Qui soit renvoyé aux orties par ton petit copain.

Draco baissa les yeux.

– Je suis désolé de l'entendre.

Mafalda haussa des épaules.

– Ma mère a toujours été une sorcière qu'on admirait... Enfin, c'est ce que ma tante Molly raconte. Elle et ses deux frères – Fabian et Gideon – ont été pris dans une embuscade. Ils étaient plusieurs contre eux trois et se sont acharnés pendant des heures. Quand ils sont morts, je venais tout juste de naître. J'avais deux mois, je crois. Harry avait un an de plus, et toi aussi. Sur la pierre tombale de ma mère, que je n'ai vu qu'une fois, il y a encore des mots, tu sais ? Des gens qui sont venus pour la remercier de tout ce qu'elle avait fait pendant la guerre. Moi, je me sens fière. Je me dis qu'elle n'a pas fait tout ça pour rien, que je suis là, que je respire grâce à elle. Et même si... même si ça paraît un peu débile, j'ai envie de réussir pour qu'elle soit fière, de remettre le nom des Prewett au premier rang même si je ne suis qu'une sang-mêlée.

– Tu sais, le sang n'a pas vraiment d'importance. Ma meilleure amie est une née-moldue et elle pourrait démolir tout l'institut d'un coup de baguette magique.

Les deux adolescents rirent doucement.

– Sinon, ton père est un idiot, dit Draco.

– Le tien aussi, lança Mafalda. Tu as de la chance que la plupart des élèves d'ici ne s'intéressent pas à ce qu'il se passe à l'étranger, ou ne savent même pas ce qu'est un Mangemort.

– Je m'en souviens et c'est déjà bien assez, articula-t-il d'un air légèrement vexé. Ce qu'a pu faire mon père est... impardonnable. Je...

– Tu n'as pas à te justifier par rapport à ça. Je tiens juste à te dire que mon père sera au ministère de la magie pendant son procès. Il veut savoir si... si ta famille a quelque chose à voir avec l'assassinat de ma mère. (Draco déglutit avec difficulté) Je voulais t'en parler depuis un moment, mais... je n'ai pas trouvé l'occasion idéale.

– Tu crois que mon père aurait pu faire ça ?

Sa question sonnait horriblement creuse, surtout que Draco en connaissait déjà la réponse.

– Je préfère que tu l'apprennes de moi plutôt que dans un journal, ou par quelqu'un d'autre.

Draco hocha tristement de la tête puis, contre toute attente, serra Mafalda dans ses bras.

ooo

Harry venait de vivre l'une des semaines les plus angoissantes de sa vie. Des aurors étaient venus les interroger sur le déroulement des faits à Pré-au-Lard. Ron et lui avaient passé près d'une heure dans un bureau à raconter la même version qu'à celle de Dumbledore. Jusqu'ici, personne ne savait qui avait bien pu lancer un Imperirum à Slugorn, ni même lui confier cet étrange collier... Fergus demeurait en soins intensifs à l'hôpital Sainte-Mangouste sans avoir repris conscience depuis. Très affectée par l'état de l'ancien Poufsouffle, Hermione avait déjà raté deux jours de cours – ce qu'elle n'avait jamais fait depuis le début de leur scolarité au collège de sorcellerie.

Le climat extérieur étant tendu, toutes les sorties et compétitions sportives avaient été momentanément annulées ce qui signifiait pas de match pour Gryffondor et Serdaigle. Au lieu de s'énerver, Ron le prit avec philosophie et profita de ce temps supplémentaire pour revoir leur tactique. Harry était justement en train de survoler le terrain lors de l'entraînement quand il vit une silhouette tituber vers le château.

– Hey, Ron !

L'attrapeur lui désigna du menton la silhouette en contrebas qui menaçait de flancher par manque d'équilibre. Les deux amis foncèrent en piqué vers le sol et aperçurent alors Théodore Nott, le nez en sang et l'air hagard. Il portait encore sur lui les stigmates d'un maléfice du saucisson, des marques rouges encerclant ses poignets et bras. Le Serpentard s'effondra dans l'herbe puis essaya de se relever. Ron et Harry le remirent sur pieds et furent choqués de l'état dans lequel il se trouvait. Théodore essaya de cacher son visage en vain.

– On va t'emmener à l'infirmerie, dit Harry avec révolte.

– Non. S'ils l'apprennent, ça va être pire, hoqueta Théodore sans pouvoir retenir ses larmes.

– Alors... nous pouvons aller en parler à Rogue.

L'idée de se retrouver en tête à tête avec le maître des potions ne l'enchantait guère, mais il s'agissait du directeur des Serpentard. Lui seul était en mesure de changer quelque chose en ce qui concernait les abus que subissait Théodore depuis que son père avait été conduit à Azkaban.

– Je ne veux pas me faire remarquer en demandant de l'aide, ajouta le Serpentard. Mais... Je ne suis pas assez fort pour me défendre tout seul, admit-il honteux.

– Tu as entendu ce qu'a dit le Choixpeau cette année ? On doit être putain de solidaire contre ce qu'il se passe dehors, rugit Ron.

– Mais c'est à cause de mon père et de ses amis si...

– Tu n'y es pour rien, ok ? réconforta Harry. Mes parents sont morts en affrontant des gens comme eux, mais ça ne veut pas dire pour autant que je déteste les fils et les filles de Mangemorts. Vous n'avez pas choisi d'être de ce camp-ci, comme moi je n'ai pas choisi cette cicatrice.

Au bout d'un moment de silence, Théodore finit par acquiescer douloureusement. Au-dessus d'eux, les autres membres de l'équipe de Quidditch de Gryffondor avaient cessé de se passer le souaffle pour observer leur échange.

– Maintenant, laisse-nous t'aider, continua le Survivant. Ça ne sera pas grand-chose, mais... on peut toujours essayer, d'accord ?

Harry entraîna Théodore vers le château, son balai de course sur l'épaule. Ron lui fit un geste de la main avant de remonter en chandelle vers le ciel rejoindre les poursuiveurs et batteurs pour l'entraînement. Après avoir traversé la cour pavée, Harry remarqua que le Serpentard boitillait. Il n'avait pas d'idées précises sur qui lui faisait subir tous ces sévices, mais pouvait aisément imaginer des élèves hargneux, se défoulant sur la proie facile que faisait Théodore.

De nombreux sorciers et sorcières avaient disparu depuis septembre, dont certains faisaient partie de la famille d'élèves de Poudlard. Susan Bones, par exemple, avait reçu une lettre annonçant l'assassinat de sa tante et ses cousines par des Mangemorts, au petit-déjeuner. Un première année de Serdaigle avait aussi perdu ses deux parents, car ces derniers s'étaient ouvertement opposés à Voldemort.

Par les temps qui couraient, la plupart des Serpentard faisaient profil bas afin d'éviter le moindre représailles. Mais il était devenu impossible pour Théodore de se dérober puisqu'il était le seul fils connu de Mangemort entre ces murs. Draco – dont le père avait été incarcéré en même temps que Meraxes Nott – pu s'enfuir au bon moment.

Même si son meilleur ami lui manquait affreusement, Harry préférait le savoir à l'abri dans une école étrangère plutôt qu'ici à servir de souffre-douleur à des adolescents méchants. Puisque Théodore ne voulait se rendre à l'infirmerie, Harry décida de le conduire jusqu'à son propre dortoir. En arrivant devant la salle commune des rouges et or, le Serpentard émit quelques réticences :

– Tu... Tu crois que j'ai le droit de rentrer ?

– Ils ne diront rien. Tu es avec moi.

Après avoir lancé le mot de passe à la Grosse Dame (« Dragées »), le portrait pivota, laissant apparaître une embrasure assez large pour que deux élèves s'y engouffrent de front. La salle commune était plongée dans une ambiance plutôt studieuse, les cinquièmes et septièmes années révisant déjà pour leurs examens. Très peu d'élèves remarquèrent la présence troublante de Théodore qui essayait pour sa part de s'imprégner du moindre détail de décoration.

– Par là, finit par dire Harry en lui désignant l'escalier en colimaçon sur la droite.

Les deux adolescents grimpèrent deux étages et atterrirent dans le dortoir qu'Harry occupait avec ses quatre camarades – Ron, Neville, Dean et Seamus. Aucun des trois n'était présent et cela le soulagea : il ne se sentait pas la force de devoir tout leur raconter. Harry ôta la cape de sa tenue de Quidditch puis dit :

– Tu peux t'assoir. C'est celui-là mon lit.

Le Serpentard ne se fit pas prier puis fixa de ses grands yeux bleus le lit d'en face, dépourvu de couvertures et d'édredons.

– C'était le lit de Draco ?

Harry acquiesça, une boule dans la gorge.

– C'est toujours aussi bizarre de le voir vide.

– Je comprends. À moi aussi il me manque... Peut-être que s'il avait été là, j'aurais été un peu plus courageux pour affronter les autres élèves.

– Peut-être, mais ça on ne peut pas vraiment savoir. Est-ce que... est-ce que tu as une idée de comment leur échapper ?

Théodore fit non de la tête, abattu.

– Je leur ai dit plusieurs fois que j'étais désolé pour ce que mon père a fait, mais ils ne veulent pas entendre. Ils sont beaucoup trop en colère.

– Il ne faut pas que tu cèdes, que tu deviennes comme eux, d'accord ? En attendant, on va essayer de soigner tout ça : Draco s'intéresse pas mal à la médicomagie, alors il m'a appris comment s'occuper des bleues. Je ne peux pas faire plus. Tu vas te reposer ici, et... et ensuite on parlera, d'accord ?

Le Serpentard semblait bien trop soulagé d'avoir trouvé un endroit où il pouvait fermer l'oeil sans être menacé de représailles. Harry essaya de guérir ses marques tant bien que mal, manquant considérablement de pratique : en général, il utilisait cette formule sur lui-même après un match un peu trop musclé.

Théodore finit par s'assoupir dans le lit vide de Draco et Harry métamorphosa un bout de papier qui traînait en couverture en laine. Une bonne heure passa avant que Ron et Dean reviennent du Quidditch, maculés de boue. La présence du Serpentard dans leur dortoir ne choqua ni l'un ni l'autre qui l'avaient tous deux aperçu zigzaguant aux abords du terrain.

– Il va mieux ? s'inquiéta Dean en enlevant ses chaussures de sport.

– Je ne sais pas, admit Harry. J'ai essayé de soulager ses contusions, mais je pense que Mrs Pomphresh aurait fait un bien meilleur travail.

– On peut toujours demander de l'essence de Murlap à quelqu'un. Je crois que Lee en avait donné à des troisièmes années avant de quitter l'école, chuchota Ron.

– Il refuse d'en parler aux professeurs, informa Harry.

– Normal. J'aurai la même réaction à sa place, répliqua Ron. Je ne vois vraiment pas ce qui pourrait les arrêter de le prendre en grippe... Peut-être leur faire peur un bon coup.

Harry haussa des épaules : il n'aimait pas particulièrement l'idée de recourir aux mêmes méthodes que les agresseurs du Serpentard.

– Peut-être que Théodore devrait demander de l'aide aux autres élèves de sa maison ? suggéra-t-il.

– Très mauvaise idée, répondit Ron. Déjà, ils avaient eu l'occasion à plusieurs reprises de l'aider, mais ils l'ont ignoré. Ensuite, ça pourrait recréer des tensions entre les maisons... ce qu'on a pu éviter depuis le Tournoi des Trois Sorciers. Ça serait un très mauvais retour en arrière pour l'école.

– Alors quoi ? s'impatienta Harry à voix basse. On le regarde se faire tuer à petit feu sans prévenir personne ?

– Honnêtement Harry, je crois que Nott a raison : les profs ne peuvent pas l'aider là-dessus. Ça ne fera qu'envenimer la situation, déclara Dean. Mais il y a peut-être un autre moyen... (Harry leva la tête vers lui, ses lunettes rondes glissant le long de son nez) Les élèves continueront de s'en prendre à lui tant qu'ils l'imagineront vulnérable et isolé. Demander à l'aide aux profs sera peut-être perçu comme un pur aveu de faiblesse, alors que si quelqu'un le soutien... Tu es le Survivant, Harry. Personne d'autre que toi dans cette école ne sait mieux ce que cela signifie de tout perdre à cause des Forces du Mal. Si tu t'affiches publiquement avec Théodore, ça peut changer la donne.

– Comment ça « avec » ?

– Bah, tu vois... Du genre, avec quoi.

Harry tourna la tête vers où Théodore semblait paisiblement assoupi. Si Dean suggérait qu'ils s'inventent et orchestrent une pseudo relation, le Survivant n'était pas sûr de pouvoir tenir le bout.

– Je... Je ne sais pas. Peut-être que personne n'avalera un truc aussi gros. Je veux dire, Théodore et moi... ça paraît... ridicule, rit-il nerveusement. Et puis même si ça peut l'aider pour un moment, qui te dit qu'il acceptera.

– Je crois qu'il t'aime déjà bien, conclut Dean. T'as déjà vu un Serpentard suivre un Gryffondor sans omettre la moindre résistance ? Et puis, vous êtes déjà en binôme pour le cours d'éducation sexuelle, les autres pourront en déduire ce qu'ils veulent.

– Je pense que c'est un bon plan... Même les Serpentard ne sauront pas quoi dire, ajouta Ron. Quand tu sortais avec Tracy, personne n'osait s'en prendre à elle parce que tu étais « Celui-Qui-A-Survécu » (il mima les guillemets avec ses doigts). Je trouve que c'est une protection plutôt solide. Et puis, ce n'est pas obligé de durer longtemps... juste un ou deux mois histoire de faire comprendre à tout le monde de ne plus le faire chier.

– D'accord. Ok... d'accord. (Harry jeta un coup d'oeil à l'horloge) Je devrais sans doute le réveiller pour qu'il rejoigne sa salle commune ?

– Surtout pas. Vaut mieux qu'il dorme ici : ça renforcera la rumeur dès le lendemain matin, préconisa Dean. On vous apportera à manger de la Grande Salle. En attendant, s'il se réveille, parle-lui du plan.

Tandis que ses deux amis le laissaient là, Harry se sentit tout à coup fiévreux. Si Théodore et lui étaient officieusement en couple, cela voulait-il dire qu'ils devaient se tenir la main, s'embrasser, ce genre de choses... ? Plutôt inquiet, Harry préféra se vider l'esprit en prenant une bonne douche. Il enfilait son pyjama quand il entendit Théodore tousser dans le dortoir. En arrivant, la mauvaise mine du Serpentard l'interpella. Même s'il était plutôt de nature pâle, Théodore semblait plus blafard que d'ordinaire.

– Comment tu te sens ? demanda Harry en enfilant des chaussettes.

Le Serpentard haussa des épaules.

– Je, euh... J'ai réfléchi et j'ai peut-être une solution à te proposer. (Théodore tourna lentement la tête dans sa direction) Peut-être que si on sortait ensemble, les autres arrêteraient de te martyriser.

Les yeux de Théodore s'agrandirent aussi grands que deux Rappel-Tout.

– Tu me demandes de sortir avec toi ? répéta-t-il en se redressant sur le lit. Pourquoi ?

– Eh bien, si on arrive à faire croire aux autres qu'on est ensemble, ils se diront que si moi j'ai réussi à pardonner un fils de Mangemorts, eux aussi le peuvent. Je... Je ne sais même pas pourquoi je te dis ça. Tu dois trouver ça... complètement fou, et si ça se trouve tu n'as pas du tout envie de t'afficher avec un garçon.

– La plupart des sangs purs s'en fichent un peu du genre de la personne que l'on fréquente, du moins qu'il s'agisse d'un autre sang pur. (Théodore fronça des sourcils) Tu es de sang-mêlé. Il va falloir qu'on cache ça à la presse people.

Harry eut un léger rire.

– Je crois que le monde sorcier est déjà au courant que ma mère est une née-moldue.

– Ah... dommage.

– Alors, tu en penses quoi ? C'est une bonne idée ?

– Je ne sais pas. Peut-être. Mais moi je n'ai jamais été amoureux, alors je ne sais pas comment faire semblant.

– Tu n'es pas obligé d'avoir l'air amoureux. Tu peux très bien... juste avoir l'air d'apprécier ma compagnie.

– Comme... des amis ?

Théodore avait chuchoté cette dernière phrase, comme si l'idée semblait lointaine et irréelle. Tout le monde dans le château savait que Nott se mélangeait guère avec les autres, notamment par goût de la solitude. Toutefois, l'idée de lier une nouvelle amitié semblait avoir piqué sa curiosité.

– Dans ce cas, d'accord.

Harry lui sourit.

– Tu peux dormir dans le lit de Draco pour cette nuit, si tu en as envie.

Le Serpentard ne se fit pas prier et ils passèrent un bon moment à discuter des cours avant que les autres ne reviennent les poches pleines de petits pains aux olives.

Ooo

Le lendemain matin à la première heure, Harry avait un cours de botanique. En se réveillant, il remarqua que Théodore s'était déjà éclipsé pour rejoindre sa salle commune en catimini. Le Gryffondor alla donc se préparer dans la salle de bain avec une curieuse appréhension grandissante au niveau du ventre.

Pendant le petit déjeuner, il ne croisa pas Nott qui sautait souvent ce repas pour arpenter les interminables couloirs de la bibliothèque. Il en profita donc pour raconter en détail à Ron et à Hermione la séance qu'il avait eue avec Dumbledore. Ils traversaient le potager pour se rendre aux serres quand Harry finit son récit du souvenir de Meraxes. Hermione se contenta d'approuver d'un air sombre, les yeux encore rougis à force d'avoir pleuré depuis l'hospitalisation de Fergus.

Le vent violent qui avait soufflé tout le week-end avait enfin cessé, mais l'étrange brume était revenue, et il leur fallut plus de temps qu'à l'ordinaire pour arriver à bon port.

Ils prirent place autour de l'une des souches de Snargalouf aux branches noueuses qui constituaient leur sujet d'étude du trimestre et enfilèrent leurs gants de protection.

– Mais je ne comprends pas pourquoi Dumbledore te montre tout ça, dit Ron. D'accord, c'est intéressant, mais ça sert à quoi ?

– Je n'en sais rien, répondit Harry en glissant dans sa bouche un protège-dents. Mais il dit que c'est important et que ça va m'aider à survivre.

– Moi, je trouve que c'est fascinant, assura Hermione d'un air très sérieux. Il est parfaitement logique d'essayer d'en savoir le plus possible sur Voldemort. Sinon, comment découvrir ses faiblesses ?

De par leur aspect répugnant et dangereux, les snargalouf étaient – de loin – le pire sujet qu'ils eurent en botanique depuis les mandragores.

– Je crois que quand j'aurai ma propre maison, on ne verra pas ce genre de plante dans mon jardin, dit Ron qui fixait les pots avec un air de dégoût.

– Ah, au fait Harry, Slugorn va organiser une fête de Noël, et tu es invité. Donc hors de question pour toi de te défiler, car il m'a demandé spécialement de connaître quelles étaient tes soirées de libres.

Le capitaine des Gryffondor poussa un gémissement plaintif tandis que le professeur Chourave entrait dans la pièce afin de débuter le cours. Harry, qui avait l'esprit ailleurs, faillit se couper le doigt à deux reprises avec son sécateur. Enfin, quand la sonnerie retentit, Hermione, Ron et lui ramassèrent leurs affaires pour se rendre dans les cachots.

Les cours de potions d'Horace Slughorn étaient bien plus agréables que ceux dispensés par Rogue autrefois. La quinzaine d'élèves de sixième année admis à passer la matière au niveau ASPIC étaient déjà devant la salle. Harry retrouva Théodore à l'écart des autres, essayant tant bien que mal de se rendre transparent. Le Gryffondor s'approcha aussitôt de lui :

– Salut.

– Salut, répondit le Serpentard en lui adressant un sourire nerveux.

Harry savait que dans son dos, la plupart des élèves de Serpentard, de Serdaigle et de Poufsouffle les observaient.

– Je ne t'ai pas vu au petit-déjeuner.

– Ah, euh... Je devais aller voir quelque chose à la bibliothèque.

La porte du cachot s'ouvrit sur le professeur Slughorn et son énorme moustache lui faisant ressembler à un morse. D'un signe de tête, Harry fit comprendre à ses amis qu'il se mettrait en binôme avec Théodore. Le cachot était, comme à l'habitude, déjà remplie de chaudron bouillonnant. La première leçon s'était articulée autour du Felix Felicis que Harry avait réalisé avec succès – tant de succès qu'il était rapidement devenu le chouchou de Slughorn. Aujourd'hui, la décoction à préparer était le Veritaserum : un puissant élixir de vérité. Théodore ouvrit son manuel et sortit ses outils dans une indifférence absolue tandis que certaines personnes murmuraient déjà dans leur dos. Blaise Zabini – avec qui il avait jusqu'ici pris pour habitude de travailler – leur lançait des regards polaires depuis l'autre bout de la salle.

Après avoir rapidement fait l'appel tout en glissant des plaisanteries vaseuses, le professeur de potions tourna le sablier leur indiquant qu'ils avaient deux heures devant eux afin de réaliser les premières étapes de préparation. Puisque le Véritasérum nécessitait d'évoluer en fonction des cycles de la lune, ils ne reprendraient leur préparation que d'ici la fin de la semaine. Entre temps, ils étudieraient la théorie.

– Un chaudron par groupe cette fois-ci, préconisa Slughorn. Ça sera plus facile, croyez-moi. Bonne chance à toutes et à tous !

On commença par entendre le raclement des chaudrons que l'on positionnait sous le feu, les grincements des balances et le bruit de bocaux que l'on déposait sur la table. Concentré, Harry préféra lire l'intégralité de la préparation dans son manuel annoté par le Prince de Sang-Mêlé plutôt que de se lancer dans la cuisson. Théodore, lui se contentait de nettoyer son matériel. Rogue leur avait toujours inculqué des mesures d'hygiène très strictes afin d'éviter toute sorte de contamination.

– Je crois qu'on devrait commencer par découper tous les ingrédients de la liste, suggéra Harry. Comme ça, on pourra les intégrer sans attendre.

Théodore acquiesça et ils commencèrent à se mettre au travail. Être en binôme avec lui était une chose plutôt agréable, car le Serpentard restait attentif et ne précipitait jamais les choses. Même quand Slughorn passa près d'eux pour les féliciter, Nott garda la tête sur les épaules. D'autres jetèrent des coups d'oeil curieux à leur table afin de voir comment ils s'y prenaient : c'était l'un des principaux avantages et inconvénients des potions. Nul ne pouvait garder son travail pour soi. Derrière eux, Hermione et Ron semblaient bien avancés : leur préparation avait déjà la couleur cassis recommandée dans le livre.

Bien qu'Harry essayait de rester focalisé sur ce qu'il faisait, la tâche était rendue compliquée dès que Théodore le fixait de ses grands yeux bleus, attendant une nouvelle directive. Peu habitué à être l'un des premiers de la classe en potions, Harry eut du mal à gérer cette responsabilité. Le temps passa relativement vite et, à plusieurs reprises, les doigts du Gryffondor et ceux du Serpentard s'effleurèrent. À cause des effluves des chaudrons, Harry n'avait aucune idée si Théodore rougissait à cause de la forte température ou si ce contact lui plaisait...

La sonnerie de midi résonna et Slughorn fit un dernier tour parmi eux afin d'inspecter leur avancement. Il hocha de la tête en passant devant leur chaudron puis leur demanda de verser un tiers de leur préparation dans un bocal étiqueté à leurs noms. Une fois ceci fait, ils pourraient se rendre dans la Grande Salle pour déjeuner. En sortant de la classe, Théodore hésita à le suivre, restant en retrait jusqu'à ce que le Survivant lui fasse un signe de la main.

– Tu peux déjeuner avec nous, si tu en as envie, lui proposa-t-il.

Depuis leur retour du Tournoi des Trois Sorciers, certains élèves avaient pris pour habitude de manger à d'autres tables que celle de leur maison. Avant cela, cette pratique restait réservée aux membres d'une même fratrie ou aux couples ne pouvant se décoller l'un de l'autre. Théodore lui emboîta le pas, apparemment ravi de ne pas avoir à manger seul pour la première fois depuis le début de l'année.

Il fallut un certain temps pour que les élèves remarquent toutefois sa présence, mais personne n'osa dire quoi que ce soit – tout du moins, en présence de Harry. Ce dernier se servit allègrement de purée et de saucisses grillées tandis que Hermione révisait déjà le cours de Sortilège, son livre posé contre une cruche d'eau.

– Je me demande sur quoi Flitwick nous interrogera, dit Hermione, les sourcils froncés.

Théodore, qui paraissait impressionné d'être entouré de Gryffondor, ne dit pas un mot. Harry non plus ne semblait pas parfaitement à l'aise avec cette situation et se contenta de garder le nez dans son assiette, tout en simulant un air légèrement intéressé.

– Hey, Harry ! C'est pas ta chouette ?

Seamus lui désigna une petite tache blanche qui survolait désormais la Grande Salle. Bien que le courrier fut distribué plus tôt dans la journée, Hedwige arriva bien après les autres – certainement épuisée par son long voyage. La chouette décrivit un dernier cercle au-dessus de leur table puis se posa près des couverts de Harry. Aussitôt, elle lui mordilla le doigt avec affection tandis que son plumage était encore trempé par la pluie.

– Hedwige ! Tu m'as manqué ! (Celle-ci tendit fièrement la patte afin que Harry puisse détacher la lettre qui y était attachée) C'est une lettre de Draco !

Il décacheta l'enveloppe avec empressement et lut :

« Bon, je te préviens : je vais t'écrire un roman.

Il s'est passé tellement de temps depuis ma dernière lettre, mais il m'a fallu un moment pour m'adapter au rythme de cette nouvelle école. Puisqu'on se lève généralement avant l'aube pour les cours, j'étais trop épuisé pour écrire quoi que ce soit d'intéressant. Du coup, j'ai tenu un journal de tous les trucs cools qui me sont arrivés depuis que je suis en Norvège, histoire de pas trop perdre le fil.

D'abord, les cours n'ont absolument rien à voir avec ceux de Poudlard : il n'y a pas métamorphose au programme, par exemple. Ici, ils jugent cette matière comme contre-nature... Je me suis d'ailleurs fait punir en transformant un dé à coudre en tasse de thé pour impressionner les autres. D'un côté, je suis content de ne plus avoir les exercices compliqués de MacGonagall, mais de l'autre je dois avouer que ça me fait peur. Je flippe un peu à l'idée de perdre tous mes acquis.

Après, tu me diras j'étudie tout plein de trucs dont je n'avais jamais entendu parler jusqu'ici, ou très superficiellement pendant mes leçons de vacances. Tu te souviens de l'initiation au cours d'Incantation qu'on avait eu en arrivant à Durmstrang ? Eh bien faut croire que je suis sacrément doué pour faire rimer les mots entre eux ! Je me débrouille pas mal pour réaliser des formules magiques et la prof m'a félicité plusieurs fois devant toute la classe. On doit d'ailleurs présenter cette matière aux examens de septième année.

Pour le reste, c'est un peu plus difficile : j'ai accumulé un sacré retard par rapport aux autres. Du coup, je suis obligé de passer mes soirées à lire les manuels des années précédentes afin de tout rattraper. C'est horrible. J'arrive pas à croire qu'on soit bientôt en novembre et que tout ce que j'ai fait, c'est travailler d'arrache-pied.

Les cours d'Artefacterie et de Nécromancie sont les pires : en plus de foutre sacrement la trouille, ils sont archi compliqués. Non, mais franchement, pourquoi vouloir enseigner à des gosses comment diriger une armée de cadavres ? Oh, sans oublier les cours de Croyance. Une fois par semaine, on doit se livrer au rituel du feu sacré, histoire de purifier l'école avec la flamme du dragon...

Au fait, j'ai eu le droit à mon baptême de l'air sur une dragoncelle. Tu ne devineras jamais qui ? Nobert !... Enfin, maintenant Noberta, parce que c'est une fille. Charlie, le frère de Ron, était notre instructeur. Crois-moi, c'était mille fois mieux que de voler sur un balai !

En parlant de balais, ici, le Quidditch est sacrément populaire les gens prennent ça beaucoup plus au sérieux qu'à Poudlard (si c'est possible, pour tout te dire). Les matchs ne sont pas répartis sur toute l'année, mais il y a un gigantesque tournoi au mois de mai pour se dire au revoir, avec un festival où nos familles sont invitées. Ce qui remplace le Quidditch, c'est le Quodpot – une sorte de variante venue du nord et de la tradition viking. C'est le sport le plus fou et dangereux que je n'ai jamais vu ! Les joueurs ont les yeux bandés et volent à pleine vitesse sur leurs balais alors qu'au centre du terrain se trouve un chaudron en ébullition projetant des étincelles... Quand j'ai vu ça, j'ai pris mes jambes à mon cou pour ne pas faire partie de l'équipe de l'école !

La prochaine fois, j'emprunterai l'appareil de Mafalda pour te montrer ce que ça donne en pleine action. Tu diras à Ron que sa cousine va bien et qu'elle pense bien évidemment à lui. Au fait ! S'il trouve son courrier d'ici deux ou trois jours, dis-lui de ne surtout pas l'ouvrir en plein jour ! Mafalda a bourré la lettre de phostopone, des graines qui font gonfler les doigts si exposés au soleil. Bref, l'une de ses farces habituelles...

Tu diras à Hermione et Ron qu'ils me manquent énormément (toi aussi, au passage). J'ai passé des semaines à me sentir un peu seul même s'il y avait toujours des gens autour de moi. C'est pas vraiment pareil sans vous. Je ne sais pas trop ce qu'il se passe en Grande-Bretagne depuis mon départ. Ma mère ne m'envoie plus la Gazette du Sorcier car elle pense que ça a un effet néfaste sur moi, et que je dois apprendre à me détacher de tout ça...

D'après elle, les choses ne vont pas en s'arrangeant pour mon père. Il doit être jugé au courant du mois de décembre et, bien évidemment, je ne serai pas là. Ça fait assez peur parce que si mon père est jugé coupable alors ça voudrait dire qu'il devra indemniser chacune de ses supposées victimes... et jusqu'ici, il y en a des tas qui se sont déclarés. Ma mère ne me l'a pas dit, mais je crois qu'elle a peur de perdre toute notre fortune. Si c'est ce qu'il se passe vraiment... je ne sais pas ce que je pourrai faire pour l'aider hormis arrêter l'école (qui, de toute façon ici à Durmstrang coûte une fortune) et trouver un travail.

À l'inverse, si mon père est relaxé devant la cour, je crois qu'on devra s'attendre à un déferlement de haine. Ma mère songe déjà à déménager pour se rapprocher de moi et fuir toute cette folie. Bien sûr, ça ne sera pas sans sacrifice, mais... on ne peut plus rien faire pour arranger cette situation. Juste attendre.

J'ai essayé d'écrire à Théodore à ce propos, mais je crois que ma lettre ne lui ai jamais parvenu. Ce n'est pas dans ses habitudes de m'ignorer. Pourrais-tu lui demander ce qu'il en est ? Je m'inquiète. J'espère que Blaise et Pansy ne l'ont pas laissé de côté... Ils faisaient déjà ça quand on était tout petits. Bref, à part ça rien de bien palpitant. J'essaie de me faire quelques amis tout en sachant qu'ils ne te remplaceront jamais complètement.

Je suis désolé d'avoir pris tout ce temps pour te répondre, mais ici, trouver du temps libre où l'on est seul est archi, archi, archi compliqué. Même s'il n'y a ni de dortoirs, ni de salle commune, les gens trouvent toujours un moyen pour se retrouver en groupe. C'est fou ! J'ai sans arrêt un camarade qui toque à la porte de ma chambre pour une partie de surf-ball version sorcier dans la neige (oui, il neige déjà ici !), quelqu'un pour me proposer une séance de révision, ou encore des batailles de cartes explosives qui se prolongent jusqu'à tard dans la nuit.

Tu vois, ici, les gens ne sont pas très sentimentaux. Ils montrent très peu leurs émotions et écrire une aussi longue lettre à son ami devant les autres aurait été un peu honteux (déjà que certains m'appellent « Princesse Malfoy ». Beurk! ). J'ai dû prétexter une affreuse migraine pour me retrouver enfin tout seul, et encore, j'ai été interrompu au moins deux fois par des gens criant mon nom dans le couloir... Ne peuvent-ils pas se taire, à la fin ? Umm... quoi dire d'autre ? Ah oui ! Félicitation à Ron pour son poste de capitaine de Quidditch ! Je savais qu'il y arriverait un jour ou l'autre ! (Comment j'ai pu oublier une chose pareille) Tu demanderas à Colin de m'envoyer des photos de votre premier match, s'il te plaît ? Je ne veux surtout pas manquer ça !

Du coup, dans l'ensemble, rien de bien palpitant (comme je l'ai dit plus haut). J'aimerai juste qu'on trouve un moyen de communiquer plus rapidement. Je suis déjà en train de chercher de mon côté ce que l'on pourrait faire. Je te préviendrai si quelque chose de neuf me vient en tête ! Tu n'as qu'à te rendre à la bibliothèque pour trouver une idée, ou demander à un élève ! Bref, je crois que je vais m'arrêter ici parce que je commence déjà à être épuisé et Jaspe va bientôt arriver pour qu'on révise ensemble nos examens. Ça m'angoisse un peu, mais j'essaie de tenir le coup. Je te dis à très bientôt !

Le meilleur ami le plus cool de la planète,

Draco »

Après avoir terminé sa lecture, Harry en oublia la moitié de ses soucis : au diable l'interrogation que leur prévoyait Rogue en DFCM, les regards pesants des élèves en direction de Théodore et lui, ainsi que les matchs de Quidditch annulés jusqu'à nouvel ordre. Tout semblait bien plus léger maintenant que Draco lui avait écrit.

Ooo

Note d'auteur : Je sais, ça fait ultra longtemps que je n'ai pas posté mais je devais me focaliser sur mes études. Plus les années passent, plus mes responsabilités irl m'obligent à passer moins de temps le nez dans l'écriture :( Ce qui est très, très triste. Mais bon, voici enfin le chapitre que vous attendiez et j'espère qu'il a été à la hauteur des autres. J'ai essayé de glisser pas mal d'indices sur la suite et j'ai très hâte de me replancher sur cette fic. A cause du manque de temps, j'ai d'ailleurs dû faire une croix sur les réponses aux reviews. Je les lis toujours avec un sourire aux lèvres c'est juste que (comme je l'ai dit des mois auparavant) vous répondre me prend plus de temps qu'écrire un chap. Donc tant qu'à faire, autant choisir l'option la plus stimulante des deux. J'espère que vous ne m'en voudrez pas de faire ce choix. Um, sinon, vous pouvez toujours me suivre sur mon groupe facebook "The Baba O'Riley" ou m'envoyer une petite review pour me dire ce que vous en pensez en détails ! Plein de bisous et à la prochaine ;) D.