Chapitre 7 : Mme Pince
Les prochains jours se déroulèrent rapidement. C'était la première semaine de cours et les étudiants de septième année croulaient déjà sous les travaux. Hermione eut plusieurs mauvaises nuits de sommeil. Elle avait un cauchemar récurent durant lequel une silhouette sombre la poursuivait dans les corridors déserts du château. Il lui était impossible de voir son visage et elle ne comprenait pas pourquoi elle était suivie. Cette nuit, pour la première fois, Hermione dormit paisiblement. La sorcière avait réussi à s'endormir malgré les questions auxquelles elle n'avait pas encore eu de réponse. Elle se réveilla reposée et détendue. Aujourd'hui, elle n'avait pas de cours le matin et elle en avait profité pour se reposer. À son éveil, Lucy était assise silencieusement face aux grandes fenêtres. Sa peau blanche semblait encore plus pâle sous la lumière verdâtre des eaux du Lac Noir. Elle ne semblait pas encore avoir remarqué qu'Hermione était éveillée. La jeune femme prit la parole :
- «Bon matin, Lucy»
Lucy sursauta. Elle semblait tendue et elle répondit :
- «Bon matin, tu sembles avoir bien dormi… Tu n'as pas crié cette nuit» répondit la sorcière aux cheveux noirs. Cette réponse étonna Hermione.
- «Je… Je crie la nuit?» bégaya-t-elle.
- «Ça t'arrive presqu'à chaque nuit. Tu bouges beaucoup, tu marmonnes et parfois tu cries.»
- «Oh… Je ne savais pas. Je m'excuse. J'espère que ça ne t'empêche pas de dormir». Hermione espérait qu'elle n'avait rien révélé de compromettant pendant son sommeil.
- «T'inquiètes, j'ai eu des voisines plus bruyantes que toi. De la potion de sommeil-sans-rêve pourrait t'aider à mieux dormir» proposa Lucy.
- «Ça m'a aidé lorsque j'en ai pris. Je fais souvent des cauchemars» bailla Hermione.
- «Bon, je pense que je te dois des explications…» La jeune femme se tut.
- «Tu n'es pas obligée de me dire quoi que ce soit» répondit Hermione.
- «Non, je dois t'expliquer quelque chose, mais tu dois me promettre de ne pas le raconter. Si tu parles, je te jure que je ferai apparaitre des horribles pustules sur tout ton corps. Compris?» menaça-t-elle.
- «Je te jure que je garderai le silence. Je ne veux pas de pustules et je ne veux pas te décevoir» répondit la jeune femme aux cheveux bruns en bataille.
- «C'est vrai que j'évite Severus… Il est mon cousin puisqu'il est le fils de la sœur de mon père. Nous ne nous sommes presque jamais vus hors de l'école puisqu'Eileen, sa mère, à marier un moldus. Ma famille est plutôt… Hum… Traditionnelle…Non… Le bon terme est arriéré. Par conséquent, les Prince l'ont déshéritée et ils ont coupé les ponts avec elle. Mon père est le seule qui a gardé contact avec Eileen.» Elle prit une pause et elle reprit son histoire. «J'ai appris à connaître Severus lorsque nous sommes arrivés à Poudlard. Je l'appréciais beaucoup au début. Il est très brillant et vif d'esprit. Les choses sont devenues plus difficiles lorsqu'on était en cinquième année. Mon cousin a commencé à traîner avec de nouveaux amis… On dirait qu'il réagissait à ce que lui faisait subir deux élèves de Gryffondor en se liant avec des intimidateurs encore plus horribles. Un soir alors que je revenais dans les donjons, Evan Rosier décida de me suivre. Je ne sais pas ce qu'il voulait faire, mais il m'a pétrifiée pour me mener dans un corridor désert. Lorsqu'il m'a libérée, je me suis défendue jusqu'à ce que McGonagall nous trouve. Rosier raconta que je l'avais attaqué sans raison. Severus qui était arrivé juste un peu avant la directrice de Gryffondor prit la défense de son ami en confirmant sa version des faits. Par conséquent, j'ai eu des heures de retenus. J'ai encore de la difficulté à imaginer ce que Rosier m'aurait fait si l'enseignante ne nous avait pas trouvé…» Elle soupira et poursuivit «Ce soir-là, Severus a choisi de défendre son ami alors qu'il m'avait attaqué. Aux dernières nouvelles, Evan a rejoint un groupe de radicaux depuis qu'il a terminé ses études… Mulciber et Avery ne sont pas mieux que lui. Ils sont violents, intimidateurs et ils parlent toujours de comment ils aimeraient dominer les moldus…»
- «C'est horrible» murmura Hermione.
- «Je suis persuadée que Severus n'est pas mauvais comme eux, mais je ne lui adresserai pas la parole tant qu'il va continuer à fréquenter ses amis. En plus, il me doit des excuses. C'est dommage, car je l'appréciais vraiment…»
- «Je suis désolée, peut-être qu'il changera ses amis» Répondit Hermione qui savait que le changement se produirait trop tard pour la famille Potter. Severus avait réussi à aliéner les gens qui l'appréciaient.
- «Bon…» Lucy se secoua la tête et tenta un faible sourire. «J'ai assez parlé. Il faut qu'on se dépêche si on veut avoir le temps de manger avant nos cours. De plus, ça risque de te prendre un peu de temps pour arranger tes cheveux. On dirait les brindilles d'un ballet» ria-t-elle.
Hermione porta ses mains à sa tignasse. Son amie n'avait pas tort. Les jeunes femmes réussirent à arriver à l'heure à leurs cours. Les heures passèrent rapidement. Hermione se dépêcha à manger afin d'aller rejoindre Rémus, son coéquipier pour le cours de potion, à la bibliothèque. Elle se sentait nerveuse de passer du temps avec son ancien professeur de défense contre les forces du mal. Durant la semaine, elle avait remarqué qu'il passait presqu'autant de temps qu'elle à la bibliothèque. Il était beaucoup plus calme et moins flamboyant que James et Sirius. En classe, il était très attentif et ne participait pas aux distractions que causaient ses meilleurs amis. Les Maraudeurs lui rappelaient beaucoup Fred et George Weasley. Hermione avait croisé Peter Pettigrew à plusieurs reprises. À chaque fois, elle devait se retenir pour ne pas l'exterminer comme le rat qu'il était…
Hermione entra dans la grande bibliothèque du château. Elle sentit immédiatement l'odeur rassurante du parchemin mêlée au parfum de la poussière et d'une touche de moisissure. La pièce était divisée par des rangées de livres. Des escaliers en colimaçons permettaient de monter aux balcons qui contenaient aussi des rayons de livres. Plusieurs volumes volaient tranquillement autour de la grande pièce. «Voilà les livres sur le quidditch» pensa Hermione. Celui sur la fabrication des vifs-d'or étaient particulièrement difficile à attraper. Dans un coin de la pièce, une grande cage contenait une édition spéciale du Monstrueux livres des monstres. Il était énorme et semblait plus agressif que celui qu'elle avait dû acheter pour le cours de soins aux créatures magiques. Hermione pensa, tout de suite, qu'Hagrid devait être le seul assez fou pour consulter ce volume. Elle eut un pincement au cœur. Elle s'ennuyait d'Hagrid, mais elle ne voyait pas comment elle pourrait aller lui rendre visite… Elle passa devant Mme Pince la bibliothécaire en allant au fond de la bibliothèque où elle avait l'habitude de partager, silencieusement, une table avec Lupin. La femme au regard sévère et aux longs cheveux noirs étaient aussi menaçante que dans ses souvenirs.
Hermione s'assit face à Rémus. Il esquissa un sourire en levant les yeux de ses livres de botanique. Il semblait plus pâle qu'au début de la semaine et ses yeux étaient cernés. «La pleine lune approche» pensa la jeune sorcière. Ils se saluèrent et commencèrent à discuter de leurs options. Rémus croyait plus simple d'améliorer une potion déjà existante. Hermione voulait concocter une nouvelle potion par attrait du défi. De plus, elle pensait que cette idée leur permettrait d'obtenir une meilleure note. Pendant leur discussion, Mme Pince vint les aviser en leur disant un «chut!» retentissant. Les étudiants baissèrent le ton pour poursuivre leur conversation lorsque soudainement :
- «Aie!» s'écria Rémus. Levant les yeux, Hermione réalisa qu'il venait de se faire mordre par une page d'un livre.
- «Ça va? Aie!» S'écria Hermione. Une page venait de s'attaquer à elle.
D'un coup de baguette, Rémus mis leurs livres dans son sac et saisit la main d'Hermione :
«Merde! Suit-moi vite!» cria le jeune homme.
Comprenant l'urgence de la situation, elle se laissa guider. Lorsqu'elle se retourna pour chercher la source de leur problème, elle réalisa que Mme Pince avait libéré le Monstrueux livre des monstres pour qu'il les attaque comme un chien de garde. Les deux étudiants coururent pour sortir de la bibliothèque. Une fois les portes franchies, ils ne purent s'empêcher d'éclater de rire face au zèle légendaire de la bibliothécaire. Le cœur léger, ils continuèrent à marcher sans réaliser qu'ils se tenaient toujours par la main. Rémus libéra sa main lorsqu'ils croisèrent un groupe d'élèves. Hermione trouva étrange de ressentir un pincement au cœur lorsqu'elle perdu la sensation chaude et rassurante de sa peau contre la sienne. Son camarade interrompit sa réflexion :
- «Il fait tellement beau. On pourrait aller continuer à travailler dehors»
- «Excellente idée» répondit Hermione à sa suggestion.
Ils marchèrent en silence pendant plusieurs minutes. Rémus n'était pas facile à suivre avec ses longues foulées. Il était silencieux et agile sur le chemin menant au Lac Noir. Les coéquipiers s'adossèrent contre un arbre mature. Rémus sortit les nombreux livres de son petit sac.
«Un sort d'expansion indétectable» souffla Hermione. Le jeune homme lui répondit en hochant la tête. Ils passèrent le début de la soirée à fouiller le livre de botanique à la recherche d'un ingrédient intéressant à utiliser pour leur projet. Ils décidèrent de se lancer dans la création d'une nouvelle potion. Après quelques heures de travail, leur discussion changea de sujet. Ils parlèrent longuement d'une foule de sujets hétéroclites. Lorsqu'ils abordèrent ce qu'ils voulaient faire après leurs études, Lupin se referma et elle put voir la tristesse dans son regard :
- «Je ne sais pas ce que je fais faire… C'est compliqué…» dit-il.
- «Je ne sais pas plus ce que je veux faire» répondit Hermione «Je ne sais pas encore quelle est ma place ici.»
Hermione comprit qu'ils avaient tous les deux de la difficulté à s'intégrer. Rémus vivait dans le secret comme elle d'une certaine façon. Ils restèrent silencieux un long moment. Il commençait à faire vraiment noir lorsque Lupin rompit le silence :
- «Il se fait tard. Je vais te raccompagner au château»
- «Merci» Répondit Hermione.
Ils marchèrent rapidement jusqu'au château. Lupin l'abandonna dans le hall d'entrée du château et retourna dans le parc. Il prétexta qu'il devait le patrouiller en tant que préfet. Hermione comprit que c'était la pleine lune et qu'il devait se rendre à la cabane-hurlante. Seule, elle descendit les marches qui menaient aux donjons. Elle devait se dépêcher, car elle avait déjà dépassé l'heure du couvre-feu. Connaissant moins bien les donjons, elle se trompa de chemin. Au bout d'un long corridor, elle fit face à une véritable scène d'horreur…
